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Les plus folles histoires de seins.
De Joséphine Baker à la Nana d’Émile Zola, en passant par le Marquis de Sade et Marie-Antoinette, les seins ont toujours passionné, interloqué et inspiré les poètes, les peintres, les écrivains, les cinéastes... Ils ont également joué un rôle dans notre Histoire, que ce soit avec les révolutions du topless, les strip-teases, l’art du body painting ou, plus simplement, l’invention et la démocratisation du soutien-gorge. Découvrez les plus folles histoires de seins, parmi lesquelles :
- celle des Amazones, ces guerrières mythiques qui coupaient leur sein droit afin de mieux bander leur arc,
- celle de sainte Agathe, dont les seins furent tranchés par Quintien. Elle est ainsi la Sainte Patronne des nourrices, la sainte des seins,
- celle des Amas, ces plongeuses aux seins nus, qui nourrissent encore aujourd’hui l’imaginaire érotique japonais,
- celle de l’île du Levant, le premier lieu naturiste français,
- celle de l’actrice Mae West, qui a donné son nom aux gilets de sauvetage des aviateurs américains...
...et bien d’autres !
Vous allez tout savoir sur les seins : des Amazones à sainte Agathe, en passant pas les Amas, l'île du Levant ou Mae West !
EXTRAIT
Nous la voyons chastement vêtue. Personne n’oserait se poser la question, mais... comment savoir si la Joconde avait de jolis seins ? La Joconde est connue pour son sourire énigmatique, son allure un peu guindée, le décor bucolique qui l’entoure. Mais que savons-nous d’elle, de sa personnalité, de son identité, quasiment rien, ou si peu de choses. Il s’agirait du portrait de Lisa Gherardini, l’épouse d’un noble florentin nommé Francesco del Giocondo, ce qui lui vaut d’être connue sous cette double identité, Mona Lisa ou la Joconde. Nous savons encore que Léonard de Vinci a réalisé son portrait entre 1503 et 1506 et qu’il emporta la toile dans son long voyage vers la France et Amboise où l’attend le roi François Ier. Et… Eh bien oui, nous savons également qu’elle a une fort jolie poitrine.
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Seitenzahl: 247
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© Éditions Jourdan
Paris
http ://www.editionsjourdan.fr
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ISBN : 978-2-39009-304-6 – EAN : 9782390093046
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Marc lemonier
histoires
de
seins
Auguste Clésinger : « Femme piquée par un serpent », 1847.
90 B…
« La très chère était nue […]
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne. »
Charles Baudelaire, Les Bijoux
Ces « grappes de nos vignes », les seins, sont au centre de tant d’histoires étranges, effrayantes ou libertines, que bien souvent on ne sait plus à quels seins se vouer ! Ils sont trop nombreux, ils envahissent les collections des musées, les cimaises des galeries d’art, la scène des cabarets, on les rencontre au détour des films et des séries télévisées…
Nus le plus souvent.
Les seins ne sont jamais anonymes, ils ont presque toujours une histoire. En voici quelques-unes qui viendront répondre à des questions que vous ne vous étiez évidemment jamais posées. La principale étant le plus souvent et le plus simplement : « Mais pourquoi ces jeunes femmes sont-elles nues ? »
Elles ont leurs raisons, nous vous les décrirons.
Vous saurez quel est le mystérieux modèle à la poitrine délicate qui a posé pour un portrait de Cléopâtre par Botticelli ; nous vous dirons où voir la Joconde les seins nus ; vous saurez qui trouvait que Colette avait de « beaux nichons » et comment il avait bien pu les voir… Vous saurez également pourquoi les chasseurs de scoops, amateurs de clichés de seins dénudés, se nomment des paparazzi…
Les statues antiques présentaient régulièrement des femmes aux seins nus, puis ils disparurent. Ils réapparaissent après la longue nuit du Moyen-Âge, sans doute plus paillard qu’on ne le dit, mais souvent plus chaste lorsqu’il s’agit de représenter le corps humain. À la Renaissance, la nudité féminine devient à nouveau un sujet à part entière. Depuis, des milliers de toiles offrant aux regards des femmes dénudées ont été peintes par des artistes qui se paraient presque toujours de prétextes mythologiques ou bibliques, nous vous les rappellerons, tandis que certaines femmes célèbres le sont autant grâce à leurs poitrines, évidemment dénudées, que par leurs multiples autres talents.
Nous vous les présenterons, en découvrant au passage que certaines de ces représentations contiennent des significations cachées au plus grand nombre, dont les seins sont les messagers.
Voici donc quelques histoires de seins.
90 b(elles) histoires racontées sans voiles.
Sebastiano del Piombo : « Le Martyre de sainte Agathe », 1520.
Sainte Agathe
Mais sous quel prétexte religieux un peu tordu les Siciliens en sont-ils venus à manger des gâteaux en forme de sein ? Ce serait leur manière, au goût peut-être discutable, de rendre hommage à sainte Agathe.
Agathe était la plus belle jeune fille de Catane. Quintien, consul de Sicile, tomba amoureux fou d’elle. Mais malheureusement pour lui, cette beauté fatale, issue du meilleur monde, touchée par la grâce divine, décida de demeurer chaste et pure au service du Christ. Après avoir vainement essayé de la séduire, Quintien fut pris d’une fureur à la mesure de sa passion. Il la kidnappa et la jeta entre les griffes d’Aphrosine, une tenancière de bordel. Pendant trente jours, les filles de la maison close tentèrent de la convaincre de céder au consul et de goûter aux plaisirs… Rien n’y fit.
Quintien décida de venger cet affront en lui infligeant d’ignobles tortures. Jacques de Voragine, dans sa « Légende dorée »1, raconte le supplice de la jeune fille obstinée… « Le consul furieux lui fit tordre les seins et ordonna ensuite de les lui arracher. » Et Agathe : « Tyran cruel et impie, n’as-tu pas honte de couper chez une femme, ce que tu as toi-même sucé chez ta mère ? Mais sache que j’ai d’autres mamelles dans mon âme, dont le lait me nourrit. »
La nuit même, un vieillard vint visiter Agathe dans sa geôle et – après quelques tergiversations encore liées à sa pudeur extrême – la jeune martyre accepta qu’il lui frôle ce qui lui restait de seins. Bonne idée, car c’était saint Pierre en personne. L’apôtre les lui fit repousser. « Et sainte Agathe se trouva entièrement guérie, avec ses deux seins restaurés par miracle. » Il va sans dire que cela ne suffit pas à calmer Quintien. Il la fait torturer à nouveau, elle est jetée dans les charbons ardents et les tessons brisés et meurt dans d’atroces souffrances, alors même que l’Etna entre en éruption, provoquant un terrible tremblement de terre…
Curieusement, les peintres choisirent de représenter le premier épisode de son supplice… Il faut dire que les occasions de peindre des femmes nues en invoquant des sujets religieux étaient les bienvenues. Au milieu du XVIe siècle, Jean Bellegambe présente la sainte topless, le front couvert d’une auréole de lumière. Sebastiano del Piombo, auteur d’une toile intitulée « Le Martyre de sainte Agathe », profite de ce magnifique prétexte pour donner à l’art érotique BDSM l’un de ses premiers chefs-d’œuvre : deux hommes de main, armés de longues pinces, triturent la poitrine menue de la sainte, tandis que la foule des voyeurs les entoure. Lanfranco Giovanni préfère figurer saint Pierre en train de soigner Agathe dans son cachot, lui caressant la poitrine du bout des doigts. C’est charmant. Le pudique Zurbaran, plus torturé lui-même que jamais, choisit de représenter les scènes postérieures au miracle de la repousse : Agathe porte ses anciens seins découpés sur un plateau, les Siciliens s’inspirant de la scène font même des gâteaux aux fruits rouges à l’image de ses nichons.
Mais le plus simple reste encore de représenter Agathe à demi nue, les seins intacts, superbes. Elle lève les yeux au ciel sans un regard pour la tenaille, instrument de son futur supplice. C’est la solution retenue par le peintre toscan Riposo Felice au XVIIe siècle, qui avait ce jour-là très envie de peindre une poitrine féminine dénudée… C’est d’ailleurs pour la même raison qu’il peignit la mort de Cléopâtre ou sainte Marie-Madeleine.
Sainte Agathe, fêtée le 5 février, est invoquée pour la prévention des tremblements de terre. Elle est naturellement par ailleurs la sainte patronne des nourrices. La sainte des seins.
Et donc pour honorer sa mémoire, les Siciliens dégustent des gâteaux en forme de seins. C’est d’ailleurs le sujet d’un roman de Giuseppina Torregrossa, « Les Tétins de Sainte-Agathe »2, qui présente une grand-mère parlant de tout et de rien à sa petite-fille tandis qu’elle pétrit la pâte destinée à produire les célèbres gâteaux en forme de nichons. L’histoire de la sainte, qu’elle lui raconte chaque année, lui permet de l’initier à mille et une petites choses de la vie d’une fille : « Tu dois savoir que, si tu ne ressens pas de plaisir quand ils te touchent, les hommes se sentent atteints dans leur virilité, mais gare à toi si tu y prends du plaisir, parce que là ils te prennent pour une putain. »
Sainte Agathe n’a jamais eu ce choix : elle est morte vierge et martyre.
1. de Voragine, Jacques, La légende dorée, Points-Seuil, 2014. Texte original rédigé entre 1261 et 1266.
2. Torregrossa, Giuseppina, Les Tétins de Sainte-Agathe, Le Livre de Poche, 2012.
Photo prise dans les années 50 par Iwase Yoshiyuki.
Les Amas
Que pouvaient bien faire ces jeunes Japonaises aux seins nus qui, depuis des millénaires, plongeaient dans les eaux claires de l’océan Pacifique ? Des baigneuses téméraires, des naïades, des sirènes, des pêcheuses de perles ?
Le peintre Hokusai a immortalisé la plus jolie d’entre elles dans une pause scabreuse, allongée nue sur le sable, un poulpe gigantesque s’insinuant entre ses jambes, collant sa bouche monstrueuse contre son sexe…
Les femmes du petit port d’Onjuku, sur la côte est du Japon, ne sont pas toujours aussi familières avec les animaux marins. Les Amas – les femmes de la mer – sont au contraire leurs prédateurs les plus redoutables et ce, depuis la nuit des temps. Chaque matin, elles filent vers le large en bateau, lestent leur ceinture de plaques de plomb et plongent une à une. Elles nagent en apnée, quelques dizaines de secondes tout au plus, le temps d’atteindre le fond pour capturer leur proie et de remonter. Elles répètent l’opération des dizaines de fois par jour. Reliées à la surface par une longue corde et armées d’un couteau de plongée, elles ramassent des ormeaux, de gros bigorneaux, des oursins ou des poulpes, parfois des huîtres, et très très rarement des perles… Car ce sont les célèbres « pêcheuses de perles » de la région d’Osatsu, même si cette activité tient de la légende, une légende plus spectaculaire que leur réalité banale de ramasseuses de coquillages. Quand elles ne sont pas en mer, on les croise aux alentours du temple Shinto d’Ishigamisan. Dans les villages, leurs maisons se reconnaissent à la présence sur le seuil de la grosse pierre ronde trouée avec laquelle elles lestent la corde qui pourrait les aider à remonter du fond en cas de problème.
Pourtant rien de tout cela ne suffirait à leur assurer une célébrité universelle. En effet, aujourd’hui, les Amas plongent le visage protégé par un masque et portent des palmes et une combinaison. Les plus jeunes d’entre elles ont une soixantaine d’années et leur belle équipe va disparaître un jour. Ce sont des petites dames dignes et charmantes.
Pourtant, il y a quarante ans à peine, elles scandalisaient et émoustillaient les Occidentaux. Les délicieuses Amas étaient comparées aux sirènes, le sexe à peine voilé par un pagne léger, maintenu par une cordelette se glissant entre leurs fesses rebondies. Elles plongeaient les seins nus. Elles étaient superbes, musclées, bronzées, le sein menu et ferme, aux tétons toujours érigés par la fraîcheur de l’eau, le corps luisant d’une myriade de gouttelettes…
Au cinéma, Kissy Suzuki, le personnage féminin du film « On ne vit que deux fois », une aventure de James Bond avec Sean Connery, se glisse parmi elles pour plonger discrètement vers une base ennemie. Malheureusement, il est déjà trop tard, la nudité quasi totale n’est plus de mise et les Amas portent des combinaisons légères et un fichu blanc censé conjurer le sort.
Heureusement, pour les retrouver charmantes et dénudées, il reste les estampes d’Hokusai et du mouvement artistique Ukiyo-e d’Utamaro. Mais la laideur n’est jamais loin, les bêtes guettent les Amas, les estampes les présentant en grand danger de se faire violer par des monstres marins.
Aujourd’hui encore, alors même qu’elles se sont rhabillées, l’imaginaire érotique japonais se nourrit de l’image délicate des Amas, les plongeuses aux seins nus.
Pierre Mignard : « La Rencontre d'Alexandre avec la reine des Amazones », vers 1660.
Les Amazones
Mais pourquoi ces cavalières émérites se faisaient-elles amputer un sein ?
Les héros grecs de l’Antiquité ne les ont jamais affrontées sans crainte. Les Amazones galopent à bride abattue sur les rives du Thermodon en Cappadoce : rien ne pourrait les arrêter et certainement pas des hommes, une engeance qu’elles n’aiment guère. Les mâles ne comptent quasiment pour rien dans leur société. Elles ne s’en servent qu’une fois par an, lorsqu’elles s’unissent avec les plus beaux spécimens mâles capturés chez leurs voisins les Scythes. Mais seuls les bébés de sexe féminin naissant de ces unions sont assurés de survivre. Les enfants mâles sont tués ou estropiés, puis réduits en esclavage. Selon d’autres versions de leur légende, elles apprécieraient la fréquentation des infirmes considérés comme les meilleurs amants pour leur étreinte annuelle et procréatrice.
Le reste du temps, elles se battent contre toutes les peuplades de Grèce et des alentours. Elles ont surtout maille à partir avec les grands guerriers de l’Antiquité. Tous, simples mortels, dieux ou demi-dieux, furent plus ou moins vaincus par les armes des redoutables cavalières, avant d’être séduits par leur reine Hippolyte. Achille, Thésée ou Priam les combattent. Héraclès lui-même doit les affronter pour voler la ceinture de leur reine, fille du dieu Arès. Il n’y réussit qu’en la tuant et en massacrant ses guerrières.
Il est d’ordinaire moins facile de les vaincre. Ces femmes de la tribu chevauchent les purs-sangs légers des steppes, elles portent une hache et un javelot et se protègent derrière un bouclier en forme de demi-lune. Mais surtout elles tirent à l’arc : ce sont de redoutables archères.
Pour être plus habiles encore au tir, elles se battent la poitrine nue et pour mieux plaquer la corde de leur arc contre le torse lorsqu’elles visent, elles sont toutes amputées du sein droit. Leur nom viendrait d’ailleurs de cette particularité, a (sans) et mazos (seins).
Et c’est ainsi qu’elles entrent dans la légende, tantôt grivoise, tantôt féministe ou guerrière, le sein nu.
Cette réputation de quasi-nudité ne pouvait qu’attirer les créateurs de fictions légères. Peu soucieux de véracité historique, les producteurs de films d’aventure déplacèrent les Amazones du Proche-Orient en Amazonie, sans doute pour justifier leur nom, en passant par l’Afrique, où elles affrontèrent Tarzan et Maciste. Les films les plus absurdes de l’Histoire du Cinéma bis ont les guerrières de Cappadoce pour héroïnes : « Lana la reine des Amazones », « Superman contre Amazone », « LesAmazones filles pour l’amour et pour la guerre », « Les Amazones du Temple d’Or », « Esclave des Amazones », sans oublier « Karzan contro le donne del seno nudo », rebaptisé en français « Maciste contre laReine des Amazones », réalisé – sous pseudonyme – par Jesus Franco.
Dans tous ces films, à l’image de Giana Maria Canale, l’héroïne de « la Reine des Amazones », ou de Magda Konopka dans « Superman contre Amazones », un personnage féminin, vaguement vêtu d’un pagne et d’un soutien-gorge en peau de bête, met sa poitrine au service de la légende des guerrières aux seins nus…
Wonder Woman elle-même, l’héroïne d’un comics américain imaginé par le dessinateur William Moulton Marston, est une Amazone, fille de la reine Hippolyte. Pourtant, ni la bande-dessinée, ni malheureusement la série où elle fut interprétée par la sculpturale Linda Carter, ni le film mettant en scène l’ancienne miss Israël, Gal Gadot, ne nous ont permis de découvrir un vrai combat d’Amazones, avec l’immémoriale technique de combat topless.
Quelques dizaines de parodies érotiques ou radicalement pornographiques viennent réparer cet oubli, inondant les écrans du spectacle d’Amazones les seins à l’air. Tant il est vrai qu’une Amazone trop chastement vêtue n’est plus une Amazone.
Théodore Chassériau : « Andromède attachée au rocher par les Néréides », 1840.
Andromède
Mais que fait cette pauvre fille enchaînée, les seins nus, sur la rive d’une mer tumultueuse ?
Elle s’appelle Andromède et c’est une femme autoritaire. On a beau tourner et retourner les étymologies grecques dans tous les sens, son patronyme le laisse augurer, signifiant « celle qui a la bravoure dans son esprit » ou « celle qui dirige les hommes ».
Andromède est la fille du roi d’Éthiopie, Céphée, et de la reine Cassiopée. Celle-ci n’est pas peu fière de la beauté éclatante de sa fifille adorée. Elle proclame un peu imprudemment qu’elle est bien plus gironde que les Néréides ou les nymphes marines qui font escorte au dieu Poséidon. Mais s’il y a bien une chose qu’il ne faut pas mettre en doute concernant une déesse ou une semi-divinité, c’est sa beauté. Les habitantes de l’Olympe et leurs amis peuvent tout supporter, qu’on les trouve cruels ou futiles, excepté qu’on puisse affirmer qu’ils sont moches ou qu’une simple mortelle puisse rivaliser avec eux sur le terrain de l’élégance.
Aussitôt, solidaire de ses copines les nymphes et très en colère, le dieu Poséidon provoque une inondation dévastatrice sur les côtes éthiopiennes et y envoie l’un de ses monstres marins favoris pour dévorer tout sur son passage, hommes, femmes, enfants et bétail. Le roi Céphée consulte alors l’oracle d’Ammon en Libye, qui trouve évidemment une manière simple de résoudre le problème, que l’on pourrait résumer ainsi : « Pour calmer la colère des dieux, il n’y a qu’une solution : vous allez exposer votre fille Andromède, dont la beauté est la cause de toutes ces catastrophes, nue, enchaînée sur un rocher, pour que le monstre puisse la dévorer à son tour, ce qui calmera son courroux. »
Il fallait se soumettre et tant pis pour la pauvre fille. Les Néréides, celles dont la reine Cassiopée avait froissé l’orgueil en les trouvant moins belles que sa fille, furent chargées de l’opération. Andromède est donc enchaînée, les seins nus frappés par les vagues en furie, tandis qu’à l’horizon surgit le monstre qui va bientôt la dévorer.
Mais heureusement, voici également son sauveur, le demi-dieu Persée en personne. C’est un garçon au destin un peu compliqué : sa mère Danaé a été séduite par Zeus qui, pour pénétrer dans sa chambre et lui faire l’amour, s’était déguisé en pluie d’or – une belle image du peintre Jan Gossaert en 1527 montre maman en peignoir, un sein nu, recevant extatique une sorte de douche dorée… Passons ! Depuis, la vie de Persée est une succession d’aventures parfois particulièrement dangereuses. Lorsqu’il s’avance sur les flots déchaînés, il vient tout juste de combattre et de vaincre Méduse et d’ailleurs, il porte encore sa tête sous le bras.
Voyant une belle fille nue enchaînée sur un rocher, il se précipite. La suite, c’est l’écrivain Ovide qui la raconte dans « Les Métamorphoses ». « Persée la voit attachée sur un rocher et, sans ses cheveux qu’agite le Zéphyr, sans les pleurs qui mouillent son visage, il l’eût prise pour un marbre qu’avait travaillé le ciseau. » Sous-entendu : « Tant son corps nu est parfait ! » Ce qui ne le laisse pas indifférent. « Atteint d’un feu nouveau, il admire et, séduit par les charmes qu’il aperçoit, il oublie presque l’usage de ses ailes. Il s’arrête et descend : “Ô vous, dit-il, qui ne méritez pas de porter de pareilles chaînes ; vous que l’amour a formée pour de plus doux liens, apprenez-moi, de grâce, votre nom, celui de ces contrées et pourquoi vos bras sont chargés d’indignes fers” ! Elle se tait : vierge, elle n’ose regarder un homme, elle n’ose lui parler. Elle eût même, si ses mains avaient été libres, caché son visage. »3
Son visage, mais pas ses seins.
Persée passe immédiatement un accord avec les parents de la belle enchaînée : « Je tue le monstre et vous me donnez la main de votre fille. »
Il se bat alors contre la bête, présentée tantôt comme une baleine et tantôt comme un dragon et, bien sûr, réussit à la tuer. Cette belle histoire aura des conséquences diverses. Persée épouse Andromède, comme convenu, mais pendant les noces, il doit tuer l’oncle de sa fiancée, qui la convoitait également et lorgnait le trône d’Éthiopie. De ce mariage tumultueux naquit une dynastie qui régna sur Mycènes et compta quelques personnages au destin compliqué, comme la reine Atrée ou Héraclès en personne. Rien de tout cela ne serait advenu si Andromède n’avait pas eu d’aussi jolis petits seins.
Ce qui fit le bonheur des peintres. Que ce soit par le Titien, Rembrandt ou Gustave Doré, Andromède est toujours représentée nue, enchaînée sur un rocher battu par les vagues, alors qu’un monstre hideux se déplace vers elle ou que Persée, monté sur un cheval volant s’approche à l’horizon.
Théodore Chassériau, en 1840, fut sans doute le plus inspiré par la scène. Il fit définitivement entrer l’aventure d’Andromède dans l’univers des représentations sadomasochistes, en la représentant le visage déformé par l’effroi, enchaînée par les Néréides, poitrine nue comme il se doit.
3. Ovide, Les Métamorphoses, édition de Jean-Pierre Néraudau, Folio, 1992.
Arletty dans « Le jour se lève» de Marcel Carné, 1939.
Arletty
La nudité des actrices à l’écran s’est banalisée dès le début des années 60. Pourtant, quelques jeunes femmes téméraires et émancipées tournèrent les seins nus bien avant cela. Que sont devenues les images de leurs apparitions ? Qui a bien pu faire disparaître l’apparition d’Arletty les seins nus dans son bain ?
Arletty, née Léonie Bathiat, la gouailleuse Garance du film « Les Enfants du Paradis », vécut sans entrave une sexualité aussi libre que l’était celle des personnages qu’elle incarnait.
À 19 ans, à la fin de la Première Guerre mondiale, elle quitta sa famille pour emménager avec l’un de ses premiers amants, qu’elle avait rencontré sur la plateforme d’un autobus. Jacques-Georges Lévy est un riche banquier. Avec lui, la jeune banlieusarde, fille d’un employé des tramways décédé en 1916 et d’une lingère, découvre un autre monde, celui de la haute société, mais surtout le monde de l’art, de la couture, des belles choses… D’ailleurs, elle fréquente ensuite Paul Guillaume, l’un des marchands de tableaux qui firent découvrir Soutine, Picasso ou Modigliani. Il la présente au couturier Paul Poiret aussitôt séduit par sa silhouette longiligne, ses formes androgynes et sa petite poitrine.
Arletty devient mannequin et comédienne au petit théâtre des Capucines, dirigé par l’un des amis de son nouvel amant. Elle chante l’opérette, fait évidemment ses débuts au cinéma tout en restant indifférente aux honneurs, à la gloire et à l’argent, jalouse d’aimer qui elle veut et comme elle le désire. Bien des hommes et quelques femmes – au nombre desquelles Antoinette d’Harcourt, l’épouse du célèbre photographe – se retrouvent dans son lit.
Ses seuls amours véritables sont tragiques. « Ciel », le jeune homme qu’elle aima durant son adolescence, est mort dès les premiers combats de la Première Guerre mondiale et, vingt ans plus tard, l’un de ses derniers grands amours est un officier allemand Hans-Jurgen Soehring, ce qui lui vaut d’être inquiétée à la Libération. À ceux qui lui reprochent cette liaison avec un occupant, elle répondit : « Mon cœur est français, mais mon cul est international ». C’est une aventure dramatique. Elle avorte sans doute durant le tournage des « Enfants du Paradis ». Elle est arrêtée le 22 octobre 1944 et passe onze nuits au cachot, puis est internée à Drancy. Son amant est lui aussi emprisonné et ils ne se retrouvent qu’à la fin de l’année 1946. Hans-Jurgen commet alors l’irréparable : il la demande en mariage. Sans doute le seul cadeau que la comédienne avait toujours refusé…
Arletty incarne la liberté et la sensualité. Ses airs canailles lorsqu’elle interprète Raymonde la prostituée héroïne du film « L’Hôtel du Nord » ou « Loulou, l’enjôleuse deFric-Frac » ne réussissent pas à faire oublier sa beauté unique.
Les peintres ne s’y trompent pas. Kees van Dongen réalise son portrait, le jeune Kisling la fait poser dans son atelier de la rue Joseph-Bara pour le « grand nu allongé » intensément voluptueux. Arletty raconta : « Parce qu’il m’avait vue pour ainsi dire nue, sortant d’une baignoire, dans une opérette, il n’avait pas eu à prendre de gants avec moi. C’était une joie de poser pour lui et on parlait de tout »4.
Car la liberté d’Arletty se manifeste également par son indifférence à l’idée d’apparaître nue. Dès ses débuts, elle incarne dans le film « Un chien qui rapporte », de Jean Choux en 1930, une jeune fêtarde qui attire ses amants fortunés grâce à un petit chien dressé à cet effet. L’actrice pétillante de gaieté et de liberté dévoile fugacement un joli sein nu, sans que cela semble lui poser de problèmes de pudeur.
Pourtant, il est visiblement trop tôt pour qu’elle puisse exhiber sa nudité sur les écrans en toute liberté. En 1939, elle tourne « Le jour se lève », un film de Marcel Carné dont elle partage la vedette avec Jean Gabin et Jules Berry. Durant quelques secondes, elle apparaît dans l’entrebâillement d’un rideau ouvrant sur une salle de bain rudimentaire. Elle est nue, debout dans un tub, sa jambe droite et une grosse éponge dissimulent son pubis, ses petits seins et son sourire éclatant semblant défier le spectateur… Et la censure.
Ce plan pourtant bien anodin fut supprimé de toutes les copies du film. Durant plusieurs décennies, on ne connut de ce moment qu’une photo prise par un photographe de plateau. Il fallut attendre 2014, après de longues recherches dans les cinémathèques du monde entier, pour qu’une réédition en DVD permette de voir à nouveau ces quelques images réinsérées dans le film.
Les petits seins d’Arletty, nus, 75 ans trop tôt.
4. Arletty, La Défense, autoportrait, Ramsay, 2007.
Bal des Quat'zarts. Comité dans la Cour d'Honneur de l'école des Beaux-Arts, juin 1934 (© Association 4'Z'Arts).
Le bal des Quat’z’arts
Qui sont ces jeunes gens débraillés, ces filles dépoitraillées, qui traversent Paris sur des chars de carnaval et quelle conséquence leurs folies eurent-elles pour l’Histoire du spectacle libertin ?
Brassaï a raconté et photographié ces fêtes carnavalesques et paillardes des années 30. Les étudiants déguisés en Romains d’opérettes se promenaient au bras de jeunes filles aux seins nus barbouillés de peinture. Les Beaux-arts et leurs modèles nus peuplaient l’imaginaire égrillard du bourgeois… Le journaliste et critique d’art André Warnod était du cortège. Dans son ouvrage « Les bals de Paris »5, il raconte que « les déguisés prenaient d’assaut les fiacres, chaque voiture était chargée de guerriers, de courtisanes, de barbares en loques, sales, portant sur leurs traits la fatigue de la folle nuit, les chevaux avaient de singuliers cavaliers, voire des cavalières nues ou presque ».
Chaque année, les plus jolies filles de Paris défilaient quasiment nues, ce qui attirait les foules. Un participant de l’époque décrivait le défilé comme une fête « avec toute (la) licence permise par le dieu de l’orgie Bacchus descendu pour un soir de l’Olympe. C’était une fête intime de trois à quatre mille individus. Pour y accéder, il vous fallait montrer “patte blanche”, en l’occurrence être artiste, avoir un carton d’invitation en bonne et due forme et surtout s’être confectionné un costume et des accessoires inattendus, mais ingénieux ».
Le lendemain matin, « les frustrés pouvaient toujours attendre, place du Palais-Royal par exemple entre sept et huit heures, pour voir passer une centaine de soldats romains accompagnés d’esclaves féminines de moins en moins vêtues qui investissaient le bassin pour le transformer en thermes antiques ».
Le bal de l’internat, à la Mi-Carême, était également l’occasion d’apercevoir quelques spectacles affriolants. Plus crus encore. Brassaï raconta le défilé de chars des carabins accompagnant les artistes, « d’une fantaisie rabelaisienne ». « Certains de ces chars étaient chargés de phallus géants autour desquels faunes et satyres s’ébattaient et violaient de ravissantes nymphes. Bien que strictement réservé au milieu médical, ce bal était pourtant accommodant avec les femmes. Ces volontaires, elles n’étaient ni doctoresses ni étudiantes – entre vingt et trente ans – bien décidées à se payer cette nuit-là une sacrée partie de jambes en l’air, venaient parfois de leurs lointaines provinces, rêvant de passer d’une loge d’hôpital à l’autre de minuit à l’aube ».
Le spectacle excédait évidemment les ligues de vertu. En 1892, quatre modèles, dont Sarah Brown furent jugés pour s’être montrés presque nus dans les rues pendant le défilé du bal des Quat’z’arts.
Le poète Raoul Ponchon composa ce diptyque en son honneur... :
« Ô ! Sarah Brown ! Si l’on t’emprisonne, pauvre ange,
Le dimanche, j’irai t’apporter des oranges. »
L’expression « t’apporter des oranges » resta. Mais ce ne fut pas la seule conséquence de ces débordements.
Ces démonstrations de liberté et de gaieté sont à l’origine de la naissance du strip-tease. L’idée de ce spectacle était venue à Maxime Lisbonne (ancien combattant de la Commune de Paris, journaliste, organisateur de spectacles...)à la suite d’un célèbre incident s’étant déroulé sur la place Blanche le 9 février 1893. Cette nuit-là, à la fin du Bal des Quat’z’arts, deux des filles accompagnant les étudiants, deux modèles nus, passablement éméchés, commencent à se disputer sur la beauté de leurs jambes, se proposant de demander l’avis du public en montant sur des chaises. Elles exhibent leurs mollets, ce qui ne suffit pas à les départager, puis leurs genoux, leurs cuisses. C’est alors qu’une troisième luronne reçoit les acclamations du public : elle grimpe nue sur une table… L’affaire était entendue.
Le sénateur Béranger, président de la Ligue contre la licence des rues, s’empara de l’affaire, ce qui lui valut le pseudonyme de « Père la pudeur ». L’impudente fut jugée et condamnée bien légèrement. Mais l’idée avait fait son chemin dans l’esprit de l’imaginatif Lisbonne, le spectacle d’une femme se déshabillant pouvait attirer le public.
Quelques semaines plus tard, le 13 mars 1894, la salle du « Divan japonais » présente une pantomime intitulée « Le coucher d’Yvette », interprétée par l’artiste lyrique Blanche Cavelli. Elle mime interminablement la gestuelle d’une femme qui se déshabille, ôtant corsage et corset, chemise du dessus et chemise du dessous, bas et jarretières, pour finir vêtue d’une sorte d’ample nuisette qui ne laisse quasiment rien deviner de ses formes. C’est alors qu’elle souffle sa bougie et que la lumière s’éteint.
Tout cela reste assez chaste, mais le mouvement était lancé.
Bientôt des dizaines de salles allaient ouvrir à Paris, présentant des spectacles de plus en plus osés et les petits seins nus des strip-teaseuses.
5. Warnod, André, Les bals de Paris, Grès et Cie, 1932.
Joséphine Baker dansant avec sa ceinture de bananes, 1926
Joséphine Baker
En se dénudant devant des publics européens, incarna-t-elle la « bonne sauvage » qui répondait aux fantasmes colonialistes des hommes blancs ou son sein dénudé fut-il le premier signe de la visibilité des femmes noires et de leur émancipation ?
Le 2 octobre 1925, le théâtre des Champs-Élysées accueille la « Revue Nègre »
