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Paris est connu et aimé surtout en "surface". Des générations de touristes ont parcouru ses rues et ses boulevards, visité ses musées, admiré ses monuments. Mais sous la ville, sous les égouts et sous les lignes de métro elles-mêmes se cache une autre ville. D'innombrables galeries courent à 15-25 mètres de profondeur, quelquefois sur deux ou trois niveaux et sur presque 300 kilomètres sous la ville intra-muros: les Catacombes de Paris. À l’origine anciennes carrières de pierre d’où furent extraits les matériaux pour la construction d’innombrables monuments et bâtiments. Aujourd’hui ces souterrains offrent la possibilité inédite et inattendue de découvrir un Paris ancien et oublié. Parce que ces galeries ont su conserver des traces et des témoignages de l’histoire passée et des nombreux évènements dont Paris a été le théâtre au fil de l’Histoire. Des traces qui ont disparu de la surface. Officiellement, on ne peut visiter qu'une toute petite partie de ces mystérieux souterrains, située sous la rive gauche, d'environ 6 km et qui abrite une partie des anciens cimetières de la ville: 6 millions de restes humains. Le reste des galeries sont encore aujourd'hui parcourues par quelques aventuriers qui défient l'interdiction et les obstacles pour y entrer, généralement des plaques qui couvrent les puits à barreaux pour y descendre, souvent murés ou plombés. En fait, il est depuis toujours interdit d'entrer dans ces galeries et de les parcourir. Elles furent utilisées pour se cacher, s'enfuir ou se déplacer dans la ville de façon discrète pendant toutes les périodes "chaudes" de l'histoire de Paris: dès la Révolution française, pendant la Commune de Paris et dans toutes les époques agitées. Elles sont mentionnées à plusieurs reprises dans la littérature du XIXe siècle et plus récemment par Umberto Eco dans "Le Cimetière de Prague". Ces souterrains eurent une importance stratégique même à une époque plus récente quand, en 1937, la Cagoule, faction armée d'extrême droite, tenta un coup d'état fasciste peu connu; pendant la seconde guerre mondiale les allemands y construisirent des bunkers anti-aériens tandis que la Résistance Parisienne les utilisa comme quartier général à la Libération; pendant la guerre froide, le Gouvernement les utilisa, à l'insu du grand public, pour construire des refuges antiatomiques sous quelques bâtiments publics. Un Paris à découvrir.
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Veröffentlichungsjahr: 2013
Fabrizio de Gennaro
Histoire des souterrains secrets de Paris
De la Révolution à l'affaire de la Cagoule
DIGITAL INDEX
À Isabeau, lux tenebrarum
Nombreux sont ceux que je dois remercier pour le présent ouvrage.Pour leur soutien, leurs encouragements, le temps qu'ils ont consacré à répondre à mes questions et pour leurs précieux conseils:le journaliste et écrivain George Verpraet,l'historien Henri Amouroux,l'historien Henri Noguères,le Directeur du Musée National de la Résistance, M. Krivopisko,le Commandant des Forces Françaises de l'Intérieur en 1944, Rol-Tanguy,le Président du Comité Parisien de la Libération en 1944, André Tollet,mes maîtres d'armes à la Préfecture de Police du Vearr., André et Jean Piot,
et en outreDavid Adelinet, Valerio Caruso, Xavier Ramette, Éric Sendre, Luca Sergi et tant d'autres cataphiles pour toutes les nuits et les émotions souterraines partagées,Virginio Bortolani pour ses précieux conseils de départ,la Professeur Vera Zamagni pour son intérêt et la liberté avec laquelle elle m'a permis de rédiger la thèse à l'origine de cet ouvrage,le metteur en scène Sébastien Carfora pour avoir donné voix et images aux émotions,Gérard Lambert pour tout son soutien dans les traductions,Mario de Gennaro et Nicole Tavaux parce que sans eux, littéralement, cet ouvrage n'aurait jamais vu le jour.
On imagine que Paris est percédans son sous-sol par son système d'égoutset c'est de celui-ci dont parlentvolontiers les romanciers,mais sous le réseau des égouts la ville,jusqu'à ses limites et même au-delà, estun enchevêtrement de carrières de calcaire et de gypseet d'anciennes catacombes.On sait beaucoup de choses sur certaines et très peu sur d'autres...
Umberto Eco, Le cimetière de Prague, 2010
Paris est connu et aimé surtout en "surface". Des générations de touristes ont parcouru ses rues et ses boulevards, visité ses musées, admiré ses monuments.
Certes, pour rejoindre tous ces centres d'intérêt il faut prendre le métro et pour celui qui n'a pas l'habitude cela peut être pittoresque, voire un peu aventureux.
Mais sous la ville, sous les égouts et sous les lignes de métro elles-mêmes se cache une autre ville.
D'innombrables galeries courent à 15-25 mètres de profondeur, quelquefois sur deux, trois niveaux, sur presque 300 kilomètres sous la ville intra-muros: les Catacombes de Paris.
À l’origine anciennes carrières de pierre d’où furent extraits les matériaux pour la construction d’innombrables monuments et bâtiments, aujourd’hui ces souterrains offrent la possibilité inédite et inattendue de découvrir un Paris ancien et oublié: ces galeries ont su conserver des traces et des témoignages des nombreux évènements dont Paris a été le théâtre au fil de l’Histoire. Des traces qui ont disparu de la surface.
Officiellement, on ne peut visiter qu'une toute petite partie de ces mystérieux souterrains, située sous la rive gauche, environ 6 km et qui abrite une partie des anciens cimetières de la ville: 6 millions de restes humains.
Le reste des galeries s'étendent sur des centaines de kilomètres et sont encore aujourd'hui parcourues par quelques aventuriers qui défient l'interdiction et les obstacles pour y entrer, généralement des plaques qui couvrent les puits à barreaux pour y descendre, souvent murés ou plombés.
En fait, il est depuis toujours interdit d'entrer dans ces galeries et de les parcourir. Elles furent utilisées pour se cacher, s'enfuir ou se déplacer dans la ville de façon discrète pendant toutes les périodes "chaudes" de l'histoire de Paris: dès la Révolution française, pendant la Commune de Paris et dans toutes les époques agitées. Elles sont mentionnées à plusieurs reprises dans la littérature du XIXe siècle et plus récemment par Umberto Eco dans "Le Cimetière de Prague".
Ces souterrains eurent une importance stratégique même à une époque plus récente quand, en 1937, la Cagoule, faction armée d'extrême droite, tenta un coup d'état fasciste peu connu; pendant la seconde guerre mondiale les allemands y construisirent des bunkers anti-aériens tandis que la Résistance Parisienne les utilisa comme quartier général à la Libération; pendant la guerre froide, le Gouvernement les utilisa, à l'insu du grand public, pour construire des refuges antiatomiques sous quelques bâtiments publics.
Depuis les années 80 elles sont le refuge d'innombrables fêtes clandestines où un cercle fermé d'étudiants, mais pas seulement, réussissent en faisant la nique aux autorités à pénétrer dans les souterrains bien que les plaques pour y entrer soient régulièrement condamnés.
En fait, il est strictement interdit de pénétrer et de circuler dans ce qu'on appelle désormais les Catacombes de Paris.
Le but de cet ouvrage est d'illustrer leur histoire et d'offrir la possibilité d'explorer et de découvrir les nombreux sites, méandres et labyrinthes qui rampent sous une ville de Paris qui ne s'en doute pas.
L'originalité de l'œuvre, à l'origine une thèse de maîtrise en Méthodologie de la recherche historique soutenue à l'Université de Bologne en Italie, est que son auteur a eu la possibilité de consulter des archives de la Police Parisienne inaccessibles depuis des décennies aux chercheurs français et d'offrir ainsi des documents et des témoignages inédits sur de nombreux événements "souterrains" qui ne figurent même pas dans les livres sur les Catacombes de Paris publiés en France.
On trouvera en appendice une partie de cette documentation inédite.
Je tiens à souligner ce qui suit à ceux qui, à la lecture de l'histoire des Catacombes de Paris, sentiraient l'appel de l'aventure et mûriraient le projet de poursuivre personnellement des recherches sur le terrain: l'accès aux souterrains de Paris est une activité dangereuse et, surtout, interdite.
Au cas où la connaissance de cette interdiction ne serait pas suffisante pour dissuader les esprits libres de notre temps, je compte bien que la lecture de ce texte aidera à comprendre à quels risques ils s'exposeraient tant au regard de la loi qu'à l'égard de leur propre sécurité: abstenez-vous d'avancer dans cette voie surtout si vous n'avez pas une préparation physique adéquate et les équipements nécessaires.
Enfin j’invite les taguers et les plus créatifs, ou simplement qui voudra laisser son propre graffiti dans les Catacombes de Paris, à respecter la valeur historique et artistique de tout ce que ces souterrains ont conservé et qu'ils nous offrent aujourd'hui: respectez ceux qui vous ont précédé et ceux, nombreux, qui y ont trouvé leur ultime demeure.
D'autres détails utiles sont disponibles dans le Guide pratique sur www.parigisotterranea.it/fr/guide.
L'histoire de l'homme est riche de témoignages du passé encore vivants et préservés, mais ceux-ci sont fatalement destinés à disparaître: le temps et les objectifs de la société se projettent vers le futur. En ce sens, Paris se montre différente d'autres grandes villes qui, pour grandir, ont dû faire place nette et balayer leur ancienne topographie et, souvent, tout ce qui s'y rapportait historiquement. Paris a oublié ou plutôt a pu oublier son sous-sol. Sa croissance s'est faite dans le sens de la hauteur et de la superficie et en partie seulement vers le bas. On y a construit de nouveaux immeubles et de nouveaux monuments au-dessus des anciens, on a ouvert de nouveaux boulevards entre les vieilles rues et on y a construit le métro à une profondeur relativement limitée.
Le peu d'intérêt envers les couches plus profondes de son sous-sol a permis de les préserver, contrairement à tout ce qu'il y avait en surface, qui a été complètement transformé.
Le sous-sol plus profond a ainsi servi à débarrasser la ville de ses anciens morts: à partir du XVIIIe siècle ce sont plus de 6 millions de dépouilles qui ont été transportées dans les souterrains et les victimes des divers massacres qui ont marqué l'histoire de Paris y ont elles aussi trouvé une dernière demeure discrète, chaque fois qu'il ne fallait pas troubler l'opinion publique: en ceci Ancien et Nouveau Régimes se sont tacitement rejoints.
Ces souterrains sont devenus le subconscient de la ville. Une grande poubelle morale et historique où jeter aussi, avec les morts, les extrémismes de tout bord pour les y oublier et abandonner et permettre aux vivants de poursuivre leur chemin. Le sous-sol a ainsi conservé une trace du passé que seul un explorateur attentif peut encore lire.
Lors des nombreuses périodes tumultueuses qu'a vécues Paris au cours de son histoire, bien des fois les galeries ont été le théâtre de trafics illicites, la cachette ou les voies de communication de sectes et sociétés secrètes, intentionnellement ou inconsciemment protégées par la peur et la superstition populaire. Les circonstances et leur morphologie ont ainsi permis à ces anciennes carrières de calcaire de rester inchangées jusqu'à nos jours et de nous donner la possibilité unique et extraordinaire de déchiffrer et découvrir quelque chose qui est souvent inaccessible et totalement insaisissable: l'Histoire.
Ces mystérieuses galeries sont cependant atteintes d'une maladie séculaire: si pendant plus d'un millier d'années les catacombes1 ont été oubliées parce que relativement dépourvues d'intérêt, périodiquement une partie des galeries est noyée par le ciment, indispensable pour consolider quelque nouvel édifice qui doit être construit en surface. Dans les années 80, le projet "Laser" promu par le maire de Paris de l'époque, Jacques Chirac, aurait dû faire passer autoroute et voies ferrées sous la ville à une profondeur qui aurait imposé la destruction d'une grande partie des anciens souterrains. Ce projet a été mis en sommeil, mais l'épée de Damoclès du développement et du modernisme pend toujours au-dessus des Catacombes de Paris.
En fait, le travail de l'Inspection Générale des Carrières2 continue. Chaque année, une partie des galeries disparaît irrémédiablement dans le béton. Tout cela rend leur visite non seulement clandestine, mais encore de plus en plus difficile et aventureuse.
Le fait que l'accès aux anciennes carrières de pierre souterraines soit catégoriquement interdit a empêché leur étude systématique. Aucune équipe de télévision, aucun conférencier, historien, archéologue, bref, pratiquement aucun chercheur n'obtient la permission de descendre et de parcourir les centaines de kilomètres de souterrains du réseau non officiel des Catacombes.
Bientôt, il ne restera plus que les livres, les photos et les vidéos clandestines pour illustrer les souterrains de Paris.
J'engage les personnesqui n'ont pas vu d'intérieur de carrièreset qui ont du goût pour l'horribleà aller visiter cette colossale curiositépendant qu'il en est temps encore.
L. F. Hivert, Esquisse sur les Catacombes de Paris, 1861
Les palais, les églises, les murailles, les monuments de Paris ont été érigés en extrayant de son sol la plupart des matériaux avec lesquels ils ont été construits. L'argile, le gypse et la pierre étaient à portée de main, il suffisait juste de creuser.
Le Bassin Parisien repose en fait sur diverses couches géologiques: le gypse, qui est le plus important, l'argile, le calcaire (auquel les géologues ont donné le nom de lutétien) et des couches de sédiments alternant avec du calcaire.
Montmartre et Belleville, qui dominent la capitale, sont des collines de gypse; le nom de Lutèce descendrait de Lucotèce, du grec λευκοτες, blancheur, parce qu'à l'extérieur les maisons étaient bâties en plâtre. Cette variété de matériaux a été une véritable richesse pour les gallo-romains, qui commencèrent à agrandir la ville autour de l'îlot originel sur la Seine, la Cité, en particulier sur la rive gauche, où se dressaient un bon nombre des constructions publiques romaines.
Toutes les excavations faites en dehors du périmètre ancien de Paris et qui sont maintenant en plein centre ont laissé des traces profondes dans la topographie et dans le sous-sol. Rares sont les Parisiens à savoir qu'ils marchent sur près de 300 km de galeries (800 hectares sur les 10.000 de la ville, près d'un dixième du total), ce qui reste des anciennes carrières de calcaire. Plus de la moitié des arrondissements ressemblent à un gigantesque gruyère de pierre.
Qu'il suffise de se dire que l'ensemble des lignes du métro, qui comme on sait forment une toile d'araignée impressionnante, dépassent de peu les 200 km de longueur. L'enchevêtrement des souterrains, souvent sur plusieurs niveaux – en général pas plus de trois –, occupe 700 hectares sous la Rive gauche, les Ve, VIe, XIIIe, XIVe et XVe arrondissements, sous la Montagne Sainte Geneviève, le Jardin du Luxembourg, le Jardin des Plantes, la Place d'Italie, Denfert-Rochereau, Glacière, la Butte aux Cailles, Montsouris, etc.
Sur la Rive droite, il y a deux réseaux souterrains creusés dans le calcaire, dans le XVIe arrondissement, sous Passy et la colline de Chaillot (le Trocadéro), et dans le XIIe arrondissement, sous le quartier Daumesnil, vers la Porte Dorée, pour un total d'environ 50 hectares.
Les galeries de calcaire ne s'arrêtent pas à la limite du Paris intra-muros, mais au contraire s'enfoncent sur de très nombreux kilomètres en plus sous la banlieue, en particulier vers le sud, l'est et le nord-ouest.
Les carrières de gypse, aujourd'hui remplies d'éboulis et de matériaux de remblai, étaient toutes concentrées sur la Rive droite, sous les VIIe, Xe, XIIe, XVIe, XVIIIe et XIXe arrondissements, sur plus d'une soixantaine d'hectares. Les galeries étaient impressionnantes, leur hauteur pouvait atteindre 18 mètres, les piliers naturels autour desquels on creusait pour extraire le matériau ressemblaient à des pyramides renversées.
Diverses carrières de gypse se trouvaient sous les collines de Montmartre, de Belleville, de Ménilmontant (sous le cimetière du Père Lachaise) et du Mont-Valérien.
Déjà développée à l'époque des Mérovingiens, la fabrication du plâtre connut une forte poussée au XVIIème siècle. Dans certaines plâtrières on creusa jusqu'à quatre niveaux de galeries qui augmentèrent leur fragilité. Suite à de graves accidents ce furent les premières à disparaître. C'est pour cela qu'il ne reste désormais rien de ces cavités gigantesques.
La tranquillité de la pax romana encouragea la construction de bâtiments en pierre, on commença à creuser dans le flanc est du mont Leucotitius des puits d'une vingtaine de mètres pour extraire le calcaire qui se trouvait à cette profondeur, puis on avança horizontalement en creusant et en extrayant au fur et à mesure de la progression. Comme la demande de matériaux était en croissance constante, on continua à extraire en direction du cours de la Bièvre, un affluent de la Seine, à la hauteur de ce qui est aujourd'hui le Jardin des Plantes. La Bièvre, ainsi nommée par les Romains en raison de la présence de castors (biber), traversait la Rive gauche de la ville et confluait avec la Seine près de l'emplacement actuel du pont d'Austerlitz. La Bièvre, recouverte au XXème siècle, est aujourd'hui un grand collecteur du réseau d'égouts.
Quand les travaux de construction ou d'élévation d'un palais ou d'une église touchaient à leur fin, la carrière était abandonnée et, au fil des ans, oubliée. Ce système d'extraction resta en vigueur depuis le Haut Moyen-Âge jusqu'au XVIIIème siècle, quand apparurent les premières interventions législatives pour contrôler et freiner les extractions dans le sous-sol de Paris.
À partir du XVIIème siècle, on reporte sur les plans de la ville les puits d'extraction et on les symbolise avec une grande roue semblable à celle d'un moulin (qui dans ce cas servait à soulever les blocs) placée sur l'entrée du puits; des informations précieuses pour leur identification ultérieure.
Le 12 Juillet 1678 Colbert, ministre de Louis XIV, ordonna aux membres de l'Académie d'Architecture de visiter incessamment toutes les anciennes églises et bastiments de Paris et des environs pourexaminer la qualité des pierres dont ils ont été batis, celles qui ont été endommagées par l'air, l'humidité, le soleil et la lune.3
Les travaux prirent fin le 10 Avril 1679 et c'est ainsi qu'on découvrit que les fondations de l'église de Saint-Étienne-des-Grès (où Saint Denis, le saint patron de la ville, célébra sa première messe en l'an de grâce 251) furent construites avec les pierres provenant des carrières voisines, sous les champs au-delà des murs, près de la Bièvre, qui sont maintenant les anciens quartiers Saint-Marcel et Saint-Victor. De même pour les Arènes de Lutèce, un vaste amphithéâtre romain construit dans une carrière à ciel ouvert abandonnée dans le quartier Saint-Victor. C'est de ces mêmes carrières que furent extraites les pierres des Thermes de Julien.
L'Abbaye de Sainte-Geneviève, commencée sous le roi mérovingien Clovis Ier vers l'an 500, a été construite avec des matériaux des carrières de Saint-Marcel et de même pour le portail de l'église Saint-Julien-le-Pauvre.
La tour de Notre-Dame-des-Bois, érigée dans l'ancien cimetière des Innocents (disparu au XVIIIème siècle) pour protéger l'entrée de la ville et de l'Hospice de Sainte-Catherine, à la lisière d'un bois, maintenant les Halles, fut construite avec les pierres des carrières près de la Bièvre, tout comme l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs, ancien palais de Robert II, fils de Hugues Capet, et toutes les constructions antérieures à 1067.
Les fondations de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, construite en 1245, étaient en cliquart et liais4 provenant des carrières proches de la rue inférieure (ou via Infera), celles des moines chartreux et du boulevard d'Enfer et Mont-Parnasse.
Les murs les plus anciens de Notre Dame de Paris, ceux érigés vers 1257, avec l'or des Templiers, si l'on en croit la légende, sont en calcaire provenant des quartiers Saint-Michel, Saint-Jacques et Saint-Marcel.
Les pierres du couvent des Cordeliers, dans le faubourg Saint-Marcel, l'ancien palais de la reine Marguerite, épouse du roi Louis IX, qui en fit don aux religieux en 1294, proviennent des carrières voisines, sur les bords de la Bièvre ou du Marché aux Chevaux.
La grande tour carrée du Temple, le Donjon du Temple, bâtiment principal de la citadelle fortifiée des Templiers, avait été construite en 1306 avec les pierres des carrières du Faubourg Saint Jacques et de Montsouris5, ainsi que toutes les constructions antérieures à 1385 de l'Hôtel-Dieu, le plus ancien des hôpitaux de Paris.
Le château de Madrid, construit sous François Ier près du Bois de Boulogne, fut érigé avec des pierres extraites à Chaillot.
Le but de l'étude de Colbert était de trouver les meilleures pierres pour la construction du Louvre, pierres qui seront extraites des carrières de Saint Cloud et de Montparnasse.
Au XVIIème siècle, quand l'architecte François Mansart se vit confier la tâche de la construction pour Anne de MÉDICIS du monastère du Val-de-Grâce, il dut faire face à de très longs travaux de consolidation: sous les fondations de la future abbaye on découvrit en effet pas moins de trois niveaux de galeries, pour un total de 40 km de souterrains.
Sous Louis XV, on édifia l'École Militaire avec les pierres des nouvelles carrières que l'on dut ouvrir sous ce qui est aujourd'hui le quartier de Vaugirard. À l'époque de l'étude demandée par Colbert pour les constructions contemporaines du Marais, du Palais Royal, de l'île Saint Louis, de la place Dauphine, des ponts, etc., la pierre était extraite des banlieues d'Arcueil, Bagneux et Montrouge et des quartiers de Saint Jacques et Saint Marcel.
Quand on avait extrait toute la pierre des carrières les plus proches, on allait un peu plus loin, hors de la ville, chercher de nouveaux matériaux.
On peut donc affirmer qu'à chaque bâtiment de la ville correspond un vide de masse identique dans le sous-sol: sous le profil de Paris, il y a son revers...
À toutes les époques Paris a eu ses carrières de pierre, juste hors de son périmètre, et ce n'est qu'en 1910 que la dernière fut fermée. Celles de Montmartre et des Buttes Chaumont, qu'on appelait "carrières d'Amérique" parce que le gypse qu'on y extrayait était exporté jusqu'aux États-Unis, ne furent définitivement abandonnées qu'après la guerre de 1870.
Les premiers événements que rapporte l'Histoire sur les anciennes carrières sont recueillis dans une ancienne chronique du XVème siècle: "Journal d'un Bourgeois de Paris", écrite par un clerc anonyme. Dans la dernière semaine de Septembre 1434, pendant la Guerre de Cent Ans, un boulanger du nom de Jean Trotet aurait tenté, avec d'autres comparses, d'introduire dans la ville des soldats des troupes écossaises de Charles VII. Le plan était bien échafaudé, de faux prisonniers, escortés par des complices, devaient entrer par les portes de Saint Denis et Saint Antoine en dissimulant leurs armes: "Ce n'étaient pas moins de trois ou quatre mille Armagnacs qui devaient s'embusquer autour de Paris à l'intérieur des carrières des alentours, qui ne manquent pas autour de Paris (...). Mais Dieu, qui eut pitié de la ville, fit en sorte que leur plan fût dévoilé...".
En 1438, un traître nommé Miles de Saulx, avant d'être décapité, avait dévoilé l'entrée d'anciennes carrières et galeries qui menaient jusqu'à l'intérieur de la ville et par où les Anglais auraient pu passer. En effet, déjà en ces temps-là, un grand nombre de galeries creusées aux époques précédentes puis abandonnées avaient été oubliées et ce n'est que par hasard qu'on pouvait les trouver. "Et cestui Miles enseigna plusieurs grandes et anciennes caves, touchant aux carrières, desquelles on ne savait rien, par lesquelles on devait bouter les Anglais dedans Paris, mais Dieu qui tout sait ne voulut consentir."6
À l'utilisation stratégique en temps de guerre succédaient des activités d'un tout autre genre en temps de paix. L'actuelle place Saint Jacques, qui était au XIXème siècle le lieu de l'exécution des condamnés à mort et une des portes des murs d'enceinte érigés en 1783, était au XVIème siècle un endroit mal famé et fréquenté par des brigands, ou plus exactement le sous-sol tout à côté: la route qui conduisait à Orléans, alors parmi les plus importantes car elle reliait la capitale à la partie méridionale du royaume, passait au-dessus des carrières dont les galeries pénétraient en profondeur sous les quartiers de Notre Dame des Champs et de Saint Jacques et fournissaient un refuge sûr à une "moltitude de flambards, pillards de route et ribleurs de nuits".7
Les voyageurs étaient si souvent dépouillés qu'en Mai 1548 le Parlement de Paris ordonna aux habitants du quartier de former une milice qui, cependant, non seulement faillit à sa tâche, mais fut carrément "... battue, ridiculisée, rançonnée, blessée et ne servit à rien". En 1563, suite à de nouvelles plaintes, le Parlement ordonna finalement la fermeture des entrées des carrières la nuit et pendant les fêtes.
L'origine du nom Tombe-Issoire est liée à diverses légendes. Son origine exacte est controversée. Il ne reste aujourd'hui que le nom d'une rue, rue de la Tombe-Issoire, et quelques inscriptions anciennes dans les souterrains pour rappeler d'anciennes histoires.
Selon certains historiens, l'origine de ce nom remonte à un brigand célèbre, ISOUARD, ISORÉ, ISOIRE OU ISSOIRE, qui, arrêté et exécuté, aurait été enterré ici. Une autre légende parle au contraire d'un Sarrasin géant qui, à l'époque de Charlemagne, était arrivé jusque sous les murailles de la ville, accompagné de 15.000 hommes. Il fut tué en combat singulier par un chevalier nommé Guillaume puis enterré dans un grand mausolée à l'endroit où il était tombé. L'origine de la légende est un poème épique, le Moniage Guillaume8 , composé au XIIème siècle et dont on connaît deux versions: l'une composée vers 1160 et l'autre vers 1180.
Pour rendre leurs récits plus crédibles, les auteurs de l'époque avaient souvent recours à des précisions topographiques. Cependant, et c'est important, ces informations se référaient souvent à l'époque à laquelle avaient été rédigés les récits plutôt qu'à l'époque des événements rapportés.
Le conte épique narre les aventures de Guillaume d'Orange, qui s'opposa à l'invasion germanique d'Othon II en 978. Une légende au cœur de l'Histoire: l'empereur Othon II avait envahi la France et était arrivé jusqu'à la colline de Montmartre, où ses troupes campèrent, pour provoquer le roi Lothaire; et voilà qu'un soldat allemand, qui s'était avancé jusqu'à la Porte de Paris, lance un défi à quiconque aurait l'intention de l'affronter. Le défi est relevé par un guerrier franc qui a raison de cet adversaire et le tue.
L'auteur de ce geste héroïque est toujours resté inconnu mais, dans le poème épique, il est appelé Guillaume, lequel a tué ISORÉ (le brigand) "de Saxe", qui était à la tête d'une armée de Sarrasins.
Les nombreux historiens qui se sont arrêtés sur l'épisode se sont trompés sur le lieu du combat, comme l'ont démontré une étude de 1897 et une autre plus récente.9
Il se serait déroulé au contraire sur la rive droite de la Seine, devant la "Grande Porte", là où vers 1150 fut construit le Châtelet. La tombe d'ISORÉ, qu'au Moyen Âge on identifia avec un tumulus sur la route d'Orléans, était en réalité le dernier point de référence, la ligne de "frontière" avant de sortir (sortir >> issir) du territoire de Paris quand on va vers le sud. "Issoire" serait l'adjectif verbal dérivé du participe passé de "issir".
Ainsi la tradition a transmis une erreur topographique que de nombreux historiens ont répétée.
En tout cas, il est historiquement prouvé que sur le même site, à peu près où passe la rue du Saint Gothard, non loin de la rue de la Tombe-Issoire, s'élevait la commanderie de Saint Jean de Latran de l'Ordre des Chevaliers de Malte. Dans le sous-sol les religieux creusèrent des cryptes ou furent enterrés des Chevaliers de leur ordre et des Templiers.
Un acte du 26 Octobre 1396 nous révèle l'étendue exacte des propriétés de la commanderie de Saint Jean de Latran qui, en plus de posséder "un moulin a vent appellé la Tumbe Ysore, et plusieurs autres terres, heritages et possessions assis au dit lieu", avait "plusieurs quarrieres [carrières] de pierre, lesquelles quarrieres yceulx religieux avoient acoustume de bailler et faire bailler par ateliers à plusieurs personnes qui en avoient eu et auroient à faire pour certains pris et sommes d'argent que yceulx pre-venus en etoient tenuz de paier...10".
Ces carrières étaient louées par les religieux aux carriers qui payaient une redevance en fonction des quantités de pierres qu'ils extrayaient. Au cours de quelques travaux au début du XXème siècle, on redécouvrit l'escalier qui menait à ces souterrains, où l'on retrouva de nombreux ossements. Ceux-ci furent portés à l'Ossuaire principal, tandis que l'escalier fut détruit et les galeries malheureusement complètement obstruées.
Les vides immenses que l'on peut découvrir – seulement clandestinement11 – sous l'ancien Monastère du Val de Grâce, maintenant Hôpital Militaire du Val de Grâce, sont impressionnants. Ce dédale de galeries, long de plusieurs kilomètres, s'étend sous tout le quartier et avant d'ériger le monastère on dut l'explorer et le consolider dans sa totalité.
En 1645, Anne d'Autriche chargea son architecte Mansart de la construction du monastère. Et en effet Mansart ne s'imaginait pas qu'il découvrirait, en creusant les fondations du futur édifice, pas moins de trois étages de galeries, pour une étendue totale d'environ quarante kilomètres...
Tous les fonds qui lui avaient été versés servirent ainsi à consolider le sous-sol. Il fit construire un magnifique escalier, profond de 18,9969 mètres (comme l'indique l'inscription à côté!), qui devait faciliter aux ouvriers l'accès aux souterrains: c'est l'escalier le plus important pour accéder aux carrières de Paris. Comme il permet d'accéder à l'intérieur du vaste Hôpital Militaire, il a évidemment été muré en surface.
Mansart fit construire une multitude d'étançons et c'est alors seulement qu'il put démarrer les travaux de surface du Monastère. Il n'avait atteint que le premier étage quand l'argent se termina. La régente lui retira le chantier et le confia à trois architectes qui surent accélérer les travaux et finirent rapidement la construction, grâce aux indispensables travaux préliminaires de Mansart. En explorant les immenses vides restés inchangés depuis plus de trois siècles, on peut arriver dans une salle où se trouve un puits qui mène à la surface ou, plus exactement, aux appartements privés d'Anne d'Autriche: c'était le trou de services de Madame la Reine. Obstrué depuis longtemps, c'est un des sites qu'on a l'habitude de visiter quand on se promène dans le labyrinthe du Val de Grâce.
Des inscriptions de l'époque signalent la présence d'un réservoir qui existait, dans le passé, dans les jardins du couvent, ou la position du Pavillon de la Reine.
À partir du XIIème siècle, nombreuses furent les congrégations religieuses qui, propriétaires de vastes terrains, en particulier sur la rive gauche de la Seine, recommencèrent à extraire des pierres d'anciennes carrières abandonnées ou en ouvrirent de nouvelles. Ainsi firent les génovéfains, les feuillantines, les religieux de Saint-Victor, les ursulines et surtout les chartreux.
Les souterrains des moines chartreux sont parmi les mieux conservés. Ils sont le meilleur exemple du panorama historique dont ils furent les témoins. L'origine des souterrains a des racines très lointaines et les événements qui se sont déroulés à l'intérieur de ces souterrains se prolongent jusqu'à nos jours.
La Chartreuse disparut avec la Révolution française et ce n'est que grâce à ses souterrains qu'il en reste une trace.12
Non loin de l'endroit où se dresse aujourd'hui le siège du Sénat, dans la partie sud des jardins du Luxembourg, le roi Robert II, dit le Pieux (967-1031), fils d’Hugues Capet, avait fait construire un château avant l'an 1000. Il se dressait dans une vallée loin des murailles de la ville, dans la Vallis Viridis, d'où découle le nom Château de Vauvert.
Selon les habitudes d'alors, les pierres qui servirent à sa construction furent extraites aux alentours, laissant ainsi de vastes cavités qui furent abandonnées une fois les travaux terminés.
La décision de construire le château juste à l'extérieur des murailles fut prise après que le pape Grégoire V eut invalidé son mariage et demandé la séparation. Le mariage du roi en 995 avec une cousine au quatrième degré, la comtesse Berthe, fut considéré comme un acte incestueux hautement blâmable. De sombres manœuvres de politique et d'héritage, la résistance des époux aux exigences de séparation expliquent la décision du concile de Rouen de prononcer l'excommunication. Furent suspendus l'archevêque de Tours, qui les avait mariés, et les évêques qui avaient accepté cette union.
Comme cette lutte inégale et sans espoir persistait, le roi alla se retirer dans son château à l'extérieur de Paris, avec seulement deux serviteurs qui pour l'habiller ou le servir ne pouvaient pas le toucher et brûlaient tout ce que lui touchait. Finalement, Robert II se soumit à la puissance de l'Église, en se confessant en public et en rompant tout lien avec Berthe, non sans avoir auparavant eu un fils d'elle.13
Le château fut abandonné et bientôt les ronces le recouvrirent. Comme il avait appartenu à un excommunié, plus personne ne voulait s'en approcher. Et très vite il fut considéré comme la demeure du diable. La route d'Issy, une ancienne voie romaine, qui passait près du château, prit alors le nom de Via Infera, puis de Chemin d'Enfer et c'est ainsi que naquit le Diable de Vauvert, qui pendant des années terrorisa tous ceux qui devaient passer par ce tronçon de route.
Selon un point de vue ésotérique particulier, en ce lieu se tenaient les sabbats, ces cérémonies qui témoignaient de la survivance de rites païens dans le christianisme.14
Pour d'autres auteurs, le château abandonné, en ruines et maudit, érigé au-dessus de souterrains inexplorés et oubliés, au pied du Mont Souris, mont initiatique dans la scène païenne, devint en réalité la cachette idéale pour les bandits, coupeurs de gorge et autres diables en chair et en os qui attendaient les voyageurs faisant route vers les murailles de la ville toute proche.
La légende, alimentée par des feux, des fumées de soufre et des bruits nocturnes, ne servit qu'à mieux protéger la cachette. Les gens étaient convaincus que c'était la demeure des diables: ils y faisaient un tintamarre épouvantable. Personne n'y pouvait passer, qui ne fust frappé, offensé ou navré. Un chacun en fust effrayé.15
En 1257, Louis IX, Saint Louis, voulut que les disciples de Saint Bruno, les moines chartreux, fussent accueillis près de la ville. Le roi donna à Dom Jean de Josserand et aux quatre moines qui l'accompagnaient des terres et des vignes à Gentilly, près de Paris. Mais au bout d'une année les cinq chartreux demandèrent à pouvoir s'installer dans le château abandonné de Vauvert, qui convenait parfaitement à l'austérité de leur ordre. Le roi le leur accorda volontiers, ainsi que toutes les dépendances et terrains adjacents, en les avertissant que "l'hotel de Vauvert étoit depuis longtems en ruines et que les malins esprits i faisoient leur résidence".
La bataille, selon les chroniques anciennes, fut terrible. "Dom Joceran et sept de ses frères entrèrent en la maison de Vauvert, le jour de la Sainct Collumbain, abbé, 21 novembre, ou ils furent trois jours et trois nuicts continuellement en prières, faisant procession par ledict hostel. Or, en trois jour, iceux religieux et autres de leur famille ou domestiques ouyrent tonner et bruire en autre manière qùils n'avoient accoutumé, et virent en icelle maison s'eslever des fumées et comme brouillards noirs et puants, qui corrompirent l'air, car les malings esprits s'efforcoient d'empescher le dessin desdits religieux et leur nuire ou mesfaire. Mais, enfin, ils n'eurent aucune puissance sur eux et furent contraints de quitter la place".
L'appel aux Chartreux par Saint Louis aurait pu se justifier aussi par la nécessité d'éteindre les derniers foyers de paganisme qui subsistaient encore dans l'ancienne zone romaine de Vauvert, une situation que les Chartreux avaient déjà affrontée près de la Bièvre dans leur première résidence de Gentilly. Seul le courage des disciples de Saint Bruno pouvait espérer anéantir le « traditionalisme néolithique dégénéré », qui de toute évidence ne pouvait ni ne voulait s'intégrer au christianisme.16
Le roi, avant son départ pour les croisades, fit restaurer le manoir, où furent aménagées huit cellules, et fit cadeau aux Chartreux d'autres vignes proches de Vauvert achetées par le diocèse de Saint-Étienne-des-Grès. Pendant la deuxième croisade, la construction de l'église à la place de la chapelle du château fut interrompue. Elle parut trop grande et trop magnifique pour la simplicité de leur ordre. Puis les travaux reprirent: "ils ouvrirent deux carrières, qui étoient dans leur clos même, d'ou ils tirèrent si grande quantité de pierres qùils en remplirent tout leur hotel, car ouvriers, de bras et de carrières, ils n'en manquoient pas. Mais de maçons et tailleurs de pierre ils n'en avoient qùà peine et par la faveur de leurs amis, parce qùenviron ce même temps, l'on faisoit grans ouvrages et somptueux édifices en Paris, comme les Cordeliers, les Quinze-Vingts, les Blancs Manteaux, Sainte-Crois de la Bretonnerie, et nombre d'autres églises et communautés".17
Par la suite et toujours avec les pierres extraites du sous-sol on érigea un mur qui entoura toute leur propriété.
Pendant de longs siècles les Chartreux submergèrent de paix ce coin de campagne au-delà des murs de Paris, tout en continuant à embellir leur chartreuse.
Leurs travaux se poursuivirent même après 1778, malgré l'interdiction du Conseil d'État d'extraire de la pierre à l'intérieur de Paris. C'est ainsi qu'ils arrivèrent jusque sous les rue d'Enfer, rue de Tournon, rue de l'Odéon, rue Casimir Delavigne, rue Cassette, rue Bonaparte, rue Campagne-Première, etc.
