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Élaborer l’histoire du Congo implique de la situer dans la longue durée et d’analyser les éléments de sa permanence qui justifient sa spécificité d’hier et d’aujourd’hui et donnent un sens à son devenir. Aussi convient-il d’étudier l’évolution de son espace, la mobilité de sa population et la construction progressive de son identité. En effet, issue des temps immémoriaux, cette épopée s’est élaborée peu à peu au cours des millénaires à partir de données écologiques et technologiques, fondements d’une certaine vision du monde et de traditions ancestrales. Cet « héritage des temps longs » rejoindra alors celui des « temps courts » pour former, étape par étape, le visage identitaire du Congo actuel. Nous verrons donc comment, à partir d’un espace déterminé, les hommes se sont approprié la terre et comment, façonnés par cet environnement, ils l’ont à leur tour modulé pour en faire leur territoire… (
Elikia M’Bokolo)
À PROPOS DE L'AUTEUR
Isidore Ndaywel, président de la
Société des historiens congolais, est professeur ordinaire au département des sciences historiques de l’université de Kinshasa, membre correspondant de l’Académie royale des sciences d’outre-mer à Bruxelles et chercheur au centre des mondes africains de l’université Paris I – la Sorbonne à Paris. Il est, sans conteste, une référence incontournable en matière d’Histoire du Congo.
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Seitenzahl: 447
Veröffentlichungsjahr: 2021
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H I S T O I R E D U C O N G O
Dans la même collection
Chez le même éditeur
Jean Kristine,La Piste des Congo,roman, 2008
Marie-Louise Mumbu (Bibish),Samantha à Kinshasa, roman, 2008
Colette Braeckman,
Vers la deuxième indépendance du Congo, histoire, 2009
Bestine Kazadi Ditabala,Infi(r)niment Femme,poésie, 2009
Isidore Ndaywel è Nziem,Nouvelle histoire du Congo,2009*
Jocelyne Kajangu,Pas seuls sur terre,poésie, 2010
* Le présent ouvrage est une version condensée de l’édition originale: Ndaywel è Nziem, Isidore,Nouvelle histoire du Congo, Des origines à la République démocratique , Le Cri/Afrique Éditions, 2009.
Isidore Ndaywel è Nziem
Histoire du Congo
Des origines à nos jours
Histoire
www.lecri.be
Pour la Belgique :
ISBN 978-2-8710-6651-4
© Le Cri édition,
Avenue Léopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
Dépôt légal en Belgique
D/2012/3257/72
En couverture : © Photo C. Verdussen 2010.
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
La République Démocratique du Congo — le Congo —, malgré sa taille continentale, son passé colonial unique par rapport au reste du continent, et son importance stratégique pour la stabilité et le développement de l’Afrique Centrale, continue à être un pays dont l’histoire est mal connue ; elle est mal connue autant à l’étranger que par les Congolais eux-mêmes.
Pourtant ce ne sont pas des publications sur le Congo qui font défaut. Si elles sont nombreuses, elles présentent l’inconvénient de ne pas posséder une histoire qui soit complète, d’accès facile et d’un prix accessible. Cette édition abrégée de la Nouvelle Histoire du Congo du prestigieux historien Isidore Ndaywel cherche à contribuer à combler ce vide ; elle s’est efforcée de rendre plus accessible les éléments essentiels de l’histoire fascinante de ce pays.
Ce projet se veut une humble contribution de la coopération espagnole aux festivités du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la RDC. Dans cette optique, la version française de cet ouvrage sera suivie immédiatement d’une édition en lingala et en kiswahili, les deux principales langues nationales. Et, j’espère pouvoir compter, dans la suite, sur une édition en espagnol, pour une diffusion auprès des lecteurs hispanophones.
Je remercie le professeur Isidore Ndaywel de nous avoir permis de prendre part à cette belle aventure éditoriale et j’invite le lecteur à découvrir ce petit grand livre dont la lecture est si agréable.
Felix Costales Artieda,
Ambassadeur d’Espagne
en République Démocratique du Congo.
La campagne d’éducation à la citoyenneté, qui a connu un tournant décisif à l’occasion de la célébration du Cinquantenaire de l’indépendance de la RDC, a servi d’incitation à la publication de cettebrève histoire du Congo.
Établie à partir de laNouvelle histoire du Congo, cette version, qui porte une fois de plus sur l’ensemble de la lecture de l’histoire du Congo des origines à nos jours, se veut un outil, à portée de main, pour soutenir la mémoire et compléter l’information. En effet, prendre le plus bel élan, pour bâtir un pays plus beau qu’avant, comme le recommande l’hymne national, est une démarche qui repose d’abord sur une connaissance sans cesse actualisée de l’histoire nationale.
Et, pour celui qui, de l’extérieur, aborde les faits du Congo, cet ouvrage servira d’appoint pour établir ses repères dans le temps et l’espace, comprendre le présent à partir de ses racines et, situer les attentes à partir des aspirations qui s’expriment au quotidien.
Ce projet n’aurait pu aboutir s’il n’avait bénéficié de l’appui de l’AECID (Agencia Española de Cooperación Internacional para el Desarrollo) et des encouragements de S.E.M. Félix Costales Artieda, Ambassadeur d’Espagne à Kinshasa et de son assistante Angela Maria Rivera Yepes.
Je tiens aussi à dire ma reconnaissance à Christian Lutz pour m’avoir épaulé dans la réalisation de cette tâche difficile et ingrate de résumer l’exposé initial et, à Mme Nadine Omoy Mundala, d’avoir bien voulu relire l’ensemble du travail pour me faire part de ses observations pertinentes.
ABA Académie des Beaux-Arts
Abako Alliance des Bakongo
Abazi Alliance des Bayanzi
ABIR Anglo-Belgian India Ruber and Exploring
ABMU American Baptist Missionary Union
ACL-PT Assembléeconstitutive et législative
Parlement de transition
ACMAF Association des classes moyennes africaines
ADAPES Association des anciens élèves des Pères de Scheut
ADP Alliance démocratique des peuples
AEF Afrique équatoriale française
AFDL Alliance des Forces démocratiques pour
la libération du Congo
AGEL Association générale des étudiants de Lovanium
AIA Association internationale africaine
AIC Association internationale du Congo
AICA Association internationale des critiques d’art
AMI Assistants médicaux indigènes
AMIPRO Amicale des protestants
AMP Alliance pour la majorité présidentielle
ANC Armée nationale congolaise
ANEZA Association nationale des entreprises du Zaïre
ANI Agence nationale d’immigration.
ANR Agence nationale de renseignements
APCM American Presbyterian Congo Mission
APL Armée populaire de libération
APR Armée patriotique rwandaise
ARSC Académie royale des sciences coloniales
ARSOM Académie royale des sciences d’outre-mer
ASAP Association des anciens élèves des Pères jésuites
ASSANEF Association des anciens des Frères des écoles chrétiennes
ASSORECO Association des ressortissants du Haut-Congo
ATCAR Association des tshokwe du Congo, de l’Angola et de la Rhodésie du nord
BAD Banque africaine de développement
BALUBAKAT Baluba du Katanga (Association et parti politique)
BCC Banque centrale du Congo
BCECO Bureau central de coordination
BCK Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga
BDE Bibliothèque de l’étoile
BMS Baptist Missionnary Society
CADULAC Centre agronomique de l’université de Louvain au Congo
CARD Colonies agricoles pour relégués dangereux
CCCI Compagnie du Congo pour le commerce et l’industrie
CCFC Compagnie du chemin de fer du Congo
CEB Communautés ecclésiales de base
CEC Centre extracoutumier
CEHC Comité d’études du Haut-Congo
CEI Commission électorale indépendante
CEPGL Communauté économique des pays des Grands Lacs
CEREA Centre de regroupement africain
CFC Compagnie du chemin de fer du Congo
CFL Compagnie des chemins de fer du Congo
supérieur aux Grands Lacs
CICIBA Centre international des civilisations bantu
CICM Congrégation du Cœur immaculé de Marie
CNS Conférence nationale souveraine
CMB Compagnie maritime belge
CMZ Compagnie maritime zaïroise
CNKI Comité national du Kivu
CNL Conseil national de libération
CNRD Conseil national de résistance pour la démocratie
COAKA Coalition kasaïenne
CONACO Convention nationale du Congo
CONAKAT Confédération des associations tribales du Katanga
COTONCO Compagnie cotonnière congolaise
CPC Conseils protestants du Congo
CPP Comités du pouvoir populaire
CSK Comité spécial du Katanga
CVR Corps des Volontaires de la République
DEMIAP Direction militaire des activités antipatrie
DGC Direction générale des Contributions
DGM Direction générale des migrations
DSP Division spéciale présidentielle
DTS Droits de tirage spéciaux
ECC Église du Christ au Congo
ECZ Église du Christ au Zaïre
EIC État indépendant du Congo
ENDA École nationale de droit et d’administration
FAR Forces armées rwandaises
FARDC Forces armées de la RDC
FAZ Forces armées congolaises
FAZA Forces aériennes congolaises
FBI Fonds du bien-être indigène
FC Franc congolais
FEC Fédération des entreprises du Congo
FEPAZA (CO) Fraternité Évangélique de la pentecôte en Afrique et au Zaïre (Congo)
FLNC Front de libération nationale du Congo
FMI Fonds monétaire international
FNL Forces nationales de libération
FORCAD Formation des cadres
FOREAMI Fonds de la reine Élisabeth pour l’assistance médicale aux indigènes
FORMINIERE Société internationale forestière et minière
FOMULAC Fondation médicale de l’Université de Louvain au Congo
GECAMINES Générale des carrières et des minerais
GEOMINES Compagnie géologique et minière
GSSP Groupe spécial de sécurité présidentielle
HCB Compagnie des huileries du Congo belge
HCR Haut Conseil de la République
HCR-PT Haut Conseil de la République-Parlement de transition
IBTP Institut des bâtiments et travaux publics
INEAC Institut national pour l’étude agronomique au Congo belge
IPN Institut pédagogique national
JMPR Jeunesse du mouvement populaire de la révolution
KA Kizito-Anouarite
KDL Compagnie des chemins de fer Katanga-Dilolo-Léopoldville
LIM Livingstone Inland Mission
LMS London Missionary Society
LUKA Union kwangolaise pour l’indépendance et la liberté
MARC Mouvement d’action pour la résurrection du Congo
MIB Mouvement d’immigration des Banyarwanda
MLC Mouvement pour la libération du Congo
MNC Mouvement national congolais
MNC-L Mouvement national congolais — Lumumba
MOPAP Mobilisation, propagande et animation politique
MPLA Mouvement pour la libération de l’Angola
MPR Mouvement populaire de la révolution
MUB Mouvement pour l’unité des basongye
NAHV Nieuwe Afrikaansche Handels-Vennootschap
NRA National Resistance Army
NZ Nouveau Zaïre
OCI Office des cités indigènes
OFIDA Office de douanes et accises
OGEDEP Office de gestion de la dette publique
Okimo Office de Kilo-Moto
ONATRA Office national de transport
OTRACO Office des transports du Congo
PA Présence Africaine
PALU Parti lumumbiste unifié
PPRD Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie.
PRINT Programme intérimaire de réhabilitation économique
PRP Parti de la révolution populaire
PSA Parti solidaire africain
PUNA Parti de l’unité nationale
RCD Rassemblement congolais pour la démocratie
RDLK Rassemblement démocratique du lac Léopold II et du Kwilu-Kwango
REGIDESO Régie de distribution d’eau
RVA Régie des voies aériennes
SAB Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo
SADC Southern African Development Community
SARM Service d’action et de renseignements militaires
SDN Société des Nations
SEDEC Société d’entreprises commerciales du Congo belge
SEE Stanford Exploring Expedition
SEP Services des entreprises pétrolières
SMF Svenska Missionsförbundet
SNCZ Société des chemins de fer zaïrois
SNEL Société nationale d’électricité
SNIP Service national d’intelligence et de protection
SONAS Société nationale d’assurances
UDPS Union pour la démocratie et le progrès social
UGEC Union générale des étudiants congolais
UMHK Union minière du Haut-Katanga
UN Union pour la nation
UNAR Union nationale rwandaise
UNIMO Union mongo
UNTC l’Union nationale des travailleurs congolais
UNTZA Union des travailleurs du Zaïre
URAC Union des républiques du Congo
USORAL Union sacrée et alliés
UTC Union des travailleurs congolais
YMCA Young Men’s Christian Association
Administrateur de territoire
Albert (commune)
Albert (lac)
Alberta
Albertville
Armée nationale congolaise
Astrida
Bakwanga
Banningville
Banzyville
Bas-Congo
Baudouinville
Bourgmestre
Brabanta
Camp Cito (cité)
Centre extra-coutumier
Chambre des représentants
Charlesville
Commune
Congo belge
Coquilhatville
Costermansville
Cristal (monts)
Délégué apostolique
Dendale (commune)
Député
District
Édouard (lac)
Élisabetha
Élisabethville
État indépendant du Congo
Flandria
Gouvernement
Gouverneur/
Commissaire de province
Jadotville
Kalina
Katanga
Léopold II (lac, district)
Léopoldville
Leverville
Luluabourg
Mérode
Ministre
Mission
Mont Stanley
Nouvelle-Anvers
Paulis
Parlement
Province des Falls (orientale)
Renkin (quartier)
Rhodésie du nord
Rhodésie du sud
Saint-Jean (commune)
Secteur
Stanley (commune)
Stanley pool
Stanleyville
Tanganyika (pays)
Territoire
Thysville
Urundi
Usumbura
Vicaire apostolique
Vicariat apostolique
Commissaire de zone
Kamalondo (zone)
Mobutu (lac)
Ébonga
Kalemie
Forces armées zaïroises
Butare
Mbuji-Mayi
Bandundu
Mobaye-Mbongo
Bas-Zaïre
Moba
Commissaire de zone urbain
Mapangu
Quartier Kauka
Cité
Conseil législatif
Djokopunda
Zone
Zaïre
Mbandaka
Bukavu
Mayumbe (mts)
Nonce apostolique
Kasa-Vubu (commune)
Commissaire du peuple
Sous-région
Idi Amin (lac)
Lukutu
Lubumbashi
Zaïre
Boteka
Conseil exécutif
Commissaire de région
Likasi
Gombe
Shaba
Maindombe
(lac, sous-région)
Kinshasa
Lusanga
Kananga
Tshilundu
Commissaire d’État
Paroisse
Mont Ngaliema
Mankanza
Isiro
Conseil législatif
Région du Haut-Zaïre
Matonge (quartier)
Zambie
Zimbabwe
Lingwala (zone)
Collectivité
Makiso (zone)
Pool Malebo
Kisangani
Tanzanie
Zone
Mbanza-Ngungu
Burundi
Bujumbura
Évêque/ archevêque
Diocèse
Administrateur de territoire
Kamalondo (commune)
Albert (lac)
Ébonga
Kalemie
Forces armées de la RDC
Butare
Mbuji-Mayi
Bandundu
Mobaye-Mbongo
Kongo central
Moba
Bourgmestre
Mapangu
Quartier Kauka
Cité
Assemblée nationale
Djokopunda
Commune
Congo (RD)
Mbandaka
Bukavu
Mayumbe (mts)
Nonce apostolique
Kasa-Vubu (commune)
Député
District
Édouard (lac)
Lukutu
Lubumbashi
Congo (RD)
Boteka
Gouvernement
Gouverneur de province
Likasi
Gombe
Katanga
Maindombe (lac, district)
Kinshasa
Lusanga
Kananga
Tshilundu
Ministre
Paroisse
Mont Ngaliema
Mankanza
Isiro
Assemblée nationale
Province Orientale
Matonge (quartier)
Zambie
Zimbabwe
Lingwala (commune)
Secteur
Makiso (commune)
Pool Malebo
Kisangani
Tanzanie
Commune
Mbanza-Ngungu
Burundi
Bujumbura
Évêque/archevêque
Diocèse
Première partie
LeCongo, à l’origine nom d’un royaume puis du grand fleuve qui le magnifie, est devenu, depuis le 1juillet 1885, un État qui, malgré des appellations multiples au cours du long feuilleton de son élaboration, s’est transformé en un même espace national, habité par un mêmepeuple congolais.
C’est par une trajectoire bien remplie que, depuis le premier millénaire, les ancêtres organisèrent ce territoire jusqu’au jour où il devint la République démocratique du Congo, membre à part entière des nations modernes et, troisième pays africain par sa superficie, après le Soudan et l’Algérie.
Sonemblème,le drapeau bleu ciel, orné d’une étoile jaune dans le coin supérieur gauche et traversé en biais d’une bande rouge finement encadrée de jaunetrouve son origine auxixesiècle. Il est l’héritage du drapeaubleu ciel étoilé d’oradopté, en 1877, par la Commission internationale del’Association internationale africaine(AIA), organisme philanthropique et scientifique créé au terme de laConférence internationale de géographieréunie en 1876 au Palais de Bruxelles et point de départ de l’aventure de Léopold II en Afrique centrale. Le roi belge, son président, se préoccupa, dès le départ, de lui trouver un emblème qui fût distinct de celui de la Belgique et de toute autre nation, pour préserver son caractère international. Ce drapeaubleu ciel étoilé d’or,peut-être inspiré de l’ancien drapeau américain de la Confédération sudiste lors de la Guerre de sécession, pouvait, en définitive, s’interpréter comme l’évocation del’azur du ciel africain, avec une étoile d’or au milieu.
Sous ces couleurs, des stations se créèrent le long du cours du fleuve Congo et de ses affluents. Et c’est ce drapeau qui flotta, le 1erjuillet 1885, à Vivi la première capitale, lors de la proclamation sur l’espace congolais de l’existence d’un État nouveau. De là, la continuité historique fut assurée de manière quasi rigoureuse. En 1960, l’emblème acquit, en plus, six petites étoiles jaunes rangées longitudinalement, symbolisant les six provinces constitutives du Congo indépendant. Leur multiplication, en 1964, amena à gommer cette représentation À sa place on ajouta une bande rouge, symbolisant le sang des martyrs, victimes des violences de la colonisation et de la décolonisation. C’est la forme qui prévaut encore de nos jours, malgré son abandon provisoires au profit du drapeau vert à la période où le pays s’appelaZaïre.
Ladevisedu Congo contemporain,Justice, Paix, Travail,remplaça, en 1964,Travail et Progrèsde l’État indépendant du Congo, qu’accompagnait à l’ère colonialel’Union fait la force,la devise de la Belgique. De la période léopoldienne à nos jours, le « travail » fut donc l’élément permanent, auquel s’accolèrent deux autres valeurs cardinales, auxquelles le Congo aspire : « la justice et la paix ».
L’hymne national,c’est leDebout Congolaiscomposé en 1960 par le jésuite Simon-Pierre Boka aidé par Joseph Lutumba et diffusé au lendemain de la fête de l’indépendance. Au Katanga, à la période de la sécession, il fut remplacé par laKatangaise,une composition de Joseph Kiwele, comme il le fut, dans l’ensemble du pays, par laZaïroise,de 1971 à 1996, à cause du changement du nom du pays. Comme leDebout Congolais, laZaïroisefut l’œuvre de Boka et Lutumba, symbolisant en cela la continuité, malgré le changement apparent.
Quant auxarmoiries,elles étaient composéesd’une tête de léopard encadrée, à gauche et à droite, d’une pointe d’ivoire et d’une lance, le tout reposant sur une pierre. Elles connurent ensuite une modification notable et furent constituéesd’une tête de lion encadrée de deux palmes, à gauche et à droite, avec au centre trois mains enlacées.
Ces deux fauves, qui symbolisent la force et qui font partie de la faune nationale, occupèrent donc successivement les armoiries nationales : partant dulionde l’ère coloniale, on s’attacha auléopard, puis à nouveau aulion, pour effectuer enfin un retour vers leléopard
Chapitre 1
Le contrôle de l’espace vital est la première préoccupation des peuples : c’est à partir d’une terre déterminée que l’on assure sa subsistance. Pour l’apprivoiser s’inventent des stratégies de survie et des instruments indispensables pour l’assurer. Forêts et savanes, montagnes et bords des rivières deviennent terroirs revendiqués par des occupants. On étudiera ici cinq sujets : Quelles sont les particularités de ce territoire ? Comment y assurait-on la subsistance ? Quels furent les premiers outils ? Comment se réalisa le partage des espaces ? Comment s’établirent les liens entre les premiers occupants ?
I. Territoire et terres
L’espace congolais occupe les 2 345 409 km² de l’Afrique qui s’étendent du 5°2’ de latitude nord au 13°15’ de latitude sud et, en longitude est de Greenwich, du 12°15’ à 31°15’. Cette position le place exactement de part et d’autre de l’Équateur et l’amène à faire frontière avec neuf pays différents : à l’ouest, la République du Congo ; au nord-ouest, la République centrafricaine ; à l’extrême nord-est, le Soudan ; de là, sa frontière serre de près l’axe tectonique des Grands Lacs et le sépare d’avec l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie, par le lac Albert, la Semliki, le Ruwenzori, le lac Édouard et le lac Tanganyika ; au sud, il se démarque de la Zambie par la ligne de partage des eaux Congo-Zambèze et, de l’Angola, par une ligne fort embrouillée, suivant le cours du Kasaï pour rejoindre enfin l’estuaire du Congo.
Ce territoire congolais fait partie d’un espace géographique qui a, lui aussi, sa propre histoire, liée à la naissance et à la formation du continent africain. L’identité géologique congolaise naquit il y a 65 millions d’années, quand le socle de l’Afrique, aplati dans sa partie centrale par des érosions, commença à se fissurer, donnant lieu à de vastes espaces marécageux en son milieu. De ce fait, sa périphérie connut un relèvement graduel et variable, avec des bas plateaux au nord et des plateaux étagés au sud. Le centre devint la partie la plus déprimée de la région, entourée de toute part par des plateaux, tandis que le relief le plus surélevé se situait à l’extrême est. Cette zone du Congo constitue cette région singulière d’Afrique orientale qui combine tectonique cassante et volcanisme ; les fossés d’effondrement s’y succèdent. À partir du sud de l’Éthiopie, la grande déchirure continentale est dédoublée ; la branche occidentale qui constitue l’espace congolais, présente une succession de lacs encaissés au fond des grabens : lacs Albert, Édouard, lacs Kivu, Tanganyika, Moëro. La crête Congo-Nil, ligne de partage des eaux entre les deux fleuves offre un véritable musée volcanique ; la diversité écologique, la profusion de la faune et de la flore justifient la création en 1925, au Congo, du premier parc naturel d’Afrique, le parc Albert (de nos jours, leparc Virunga).
Il n’est pas étonnant que ces milieux des Grands Lacs aient été propices aussi à l’évolution de l’humain, comme en témoigne l’exceptionnelle richesse des sites archéologiques qui confirment l’Afrique dans son statut de berceau de l’humanité (Lucie, découverte dans l’Afar, a été datée de 3,2 millions d’années ; leMillenium ancestordu Kenya remonterait à 6 millions d’années).
Les terres congolaises ont donc leurs particularités qui distinguent la cuvette centrale de l’espace des grands lacs, les plateaux du sud de ceux du nord. La cuvette centrale est plus tardive. Sa grande caractéristique réside dans la production d’un réseau de cours d’eau, de rivières et de lacs.
L’identité congolaise, c’est aussi d’être unÉtat hydrographique, construit pour contenir en un seul ensemble, à part quelques entorses, l’intégralité du bassin du fleuve éponyme. La construction du fleuve s’est étalée dans le temps. Il est possible qu’il se soit constitué de l’addition de deux réseaux, distincts au départ : l’un atlantique et l’autre tributaire de l’océan Indien, enrichis par des captures d’eau.Sur le plan hydrographique, l’ensemble du territoire national est très bien arrosé. Et le fleuve Congo, chanté par Léopold Sédar Senghor comme le symbole de la mère Afrique, est le ciment de l’unité du pays, dont l’espace coïncide pratiquement avec la surface de son bassin (2 300 000 km² sur 3 700 000 km²). Ce grand fleuve, le second du monde par le volume après l’Amazone, l’a pourvu d’un réseau hydrographique dense et équitablement réparti, drainant les eaux nationales de toute provenance.
La forêt congolaise fait partie de la grande nappe qui, depuis le Cameroun, s’étire vers l’est et touche à la région des Grands Lacs. Elle aussi a son histoire qui n’est pas encore bien connue. Vers 16 000 avant J.-C., le climat y avait atteint son plus haut niveau d’aridité. Les forêts tropicales sempervirentes ne survécurent que sous forme de refuges entourés de zones semi-caducifoliées. Lorsque le climat devint plus humide, vers 10 000 av. J.-C., les forêts s’étendirent jusqu’à un millénaire avant l’expansion bantoue, puis allèrent en diminuant. Ce manteau végétal fut donc dépendant de la situation hydrographique. Son évolution révèle qu’il n’a pas subi de modifications physiologiques importantes depuis le Tertiaire. Dans sa partie centrale, le territoire national est donc constitué d’un massif forestier, entouré de tout côté de formations végétales plus ouvertes : des forêts de bambous, des bruyères arborescentes et des mousses sur les pentes des hautes montagnes de l’est ; la savane herbeuse ou boisée au nord comme au sud, dont l’avancée est, dans l’ensemble, le fruit de l’œuvre destructrice de l’homme au cours des temps, bien que la forêt garde tous ses droits et couvre encore les 43 % du territoire national.
Sur le plan climatique, la grande partie du territoire congolais est soumise aux conditions du climat tropical, quoique la diversité de relief et de situation impose des distinctions notables. Il y a inversion des saisons selon qu’on se situe au nord ou au sud de l’Équateur. Les hautes terres de l’est présentent des températures tempérées, avec neiges éternelles et glaciers au sommet du Ruwenzori ; elles contrastent avec les étendues de l’intérieur du bassin du Congo, avec températures et pluviométrie élevées et absence de véritable saison sèche. Au nord et au sud de cette zone équatoriale, c’est le domaine des climats tropicaux à saisons alternées, la saison des pluies et la saison sèche, s’inversant suivant l’hémisphère ; seule exception, le Katanga méridional connaît six mois secs alternant avec six mois pluvieux.
II. Environnement et subsistance
L’appropriation de l’espacese réalisait de plusieurs manières : conquête, absorption des premiers occupants ou découverte et prise en charge d’une terre inoccupée. Le mouvement s’amorçait par le besoin de trouver de meilleures zones d’approvisionnement, quand les terres occupées devenaient pauvres. S’imposait alors la nécessité de rapprocher les campements de ces nouveaux sites. Cette mobilité de proche en proche, étalée dans le temps, finissait par passer pour une migration.
À la base,le chasseur. C’est lui, bien souvent, qui était à la recherche des terres giboyeuses et finissait par en rapprocher les siens, afin d’écourter les distances de plus en plus longues pour aller à la chasse. Lors de ses déplacements, il lui arrivait de découvrir d’autres groupes, avec lesquels s’établissaient des rapports d’hostilité ou d’amitié. Parfois, il était fait prisonnier ou s’égarait, de sorte qu’il finissait par intégrer une autre communauté ou par en former une nouvelle. Les royaumes anciens ont presque toujours eu pour fondement l’histoire d’unemobilité. Et les commencements se réalisaient de plusieurs manières : soit l’occupation d’une terre jusque-là vacante, soit une guerre de conquête mettant en déroute les premiers habitants, soit une intégration sociale par le jeu des alliances matrimoniales amenant les nouveaux venus à se faire accepter et à se laisser absorber par les premiers occupants ou l’inverse.
Mais le processus d’appropriation d’une terre n’était pleinement réalisé que lorsque les ancêtres y vivaient, ce qui supposait une longue occupation, avec pour conséquence l’inhumation dans ce site de générations d’ancêtres. Le cimetière participait donc de ce processus de sédentarisation. L’espace se dotait alors de bois, de montagnes ou de sources d’eau sacrés. Êtrepropriétaire de terresignifiait lui être lié par des voies supranaturelles, avoir le contrôle des biens qu’elle détenait au sol et au sous-sol et la capacité d’y procéder à des prélèvements. Aussi, avant d’aller à la chasse était-on tenu de demander la bénédiction du chef de terre et de lui offrir un tribut au retour, en signe de reconnaissance. C’est lechef de terrequi était habilité à procéder à l’investiture duchef politique. Le premier pouvoir était d’ordre supranaturel, le second d’ordre temporel.
Voilà pourquoi, le Congolais vit le culte des origines. À chaque individu correspond une appartenance familiale le rattachant à unecommunautéet à uneterre ancestraleoù reposent les ancêtres, même si on est citadin ou né à l’étranger. Dans cette logique, la citoyenneté communautaire conférait par elle-même un droit de propriété et la terre ne pouvait en principe faire l’objet de cession, de vente ou d’expropriation, si ce n’est pour son seul usufruit.
L’environnement était respecté, en tant que siège des esprits et source de vie. Son exploitation, soumise à des règles strictes pour permettre sa régénérescence, correspondait au même mode d’autosubsistance. En effet, la cueillette, la pêche et la chasse se ramenaient à la seule et même préoccupation de prélever directement sur la nature tout ce dont on avait besoin. Ces possibilités étaient nombreuses et diversifiées suivant les particularités du site, que ce soit dans le sol, la flore, les ressources halieutiques ou le règne animal.
Ce n’était pas la nourriture qui faisait défaut. L’enjeu revenait à repérer dans cet environnement des éléments utiles à l’homme et à élaborer des techniques spécifiques de captation. La comestibilité des produits s’établissait par essai et erreur, diffusion d’une expérience déjà acquise ou observation des animaux et de leur nourriture. De nos jours encore, la cueillette, la pêche et la chasse demeurent des sources alimentaires pertinentes, en particulier dans le monde rural, quoique ce mode d’approvisionnement soit de moins en moins sauvage. La pêche et la chasse ont bénéficié, au cours des temps, d’instruments plus perfectionnés, par l’introduction des hameçons, des filets et des fusils qui ont pris la relève des lances, arcs et flèches.
Au-delà de la subsistance immédiate, d’autres besoins devaient être satisfaits : se soigner, se vêtir, s’amuser, se protéger, être beau et se faire aimer. La nature offrait les ingrédients nécessaires. L’argile présida à l’invention de la poterie et intervint dans la construction des habitations ; la liane rendit possible l’art de la vannerie et du tissage ; les écorces d’arbre permirent la fabrication de tissus pour se vêtir ; la paille fit office de chaume ; les plantes et les fruits vénéneux formèrent des poisons, tandis que les bénéfiques à la santé furent à la base des médicaments. D’autres encore servirent de produits de beauté pour l’embellissement de la peau ou des dents. La découverte des propriétés de la nature est un long processus, toujours en cours.
Le relief
L'hydrographie
III. L’Avènement de l’outil
Aucune terre n’est en principe insalubre, à la condition de disposer des techniques nécessaires pour parer à ses inconvénients. Voilà pourquoi le domaine des technologies est associé à la maîtrise de l’environnement et à la production des biens de consommation. À cause de sa fragilité, la main, dans l’exercice de sa fonction, se fit accompagner d’un objet matériel, lui servant d’auxiliaire et d’élément de protection. Ainsi naquit l’outil, en tant que prolongation de la main. L’espèce humaine n’y eut recours qu’à partir du moment où son évolution biologique l’autorisa enfin à marcher sur ses deux pieds et à utiliser en plus les mains. Devenues libres, celles-ci libérèrent à leur tour la mâchoire de la fonction de préhension. Le partage équilibré des tâches fut désormais ainsi établi : les pieds servaient à marcher et à rester debout, les mâchoires à broyer et à mâcher et les mains, à prendre et à toucher.
C’est à l’outil qu’est associée l’apparition de l’homme ; il devint la preuve que le stade de la révolution physiologique le différenciant de l’animal était enfin accompli. Instrument standard, fabriqué de manière intentionnelle pour correspondre à un même type d’usage, il était donc reproductible, sans se confondre pour autant avec le recours ponctuel à un élément de la nature, à portée de la main, comme peut en faire usage un singe. Aussi l’avènement de l’outil n’est-il attesté que si l’on découvre la preuve d’une « industrie », autrement dit, d’une production nombreuse et récurrente.
Le premier matériau utilisé dans la fabrication de l’outil fut lapierre, l’élément le plus solide qu’offrait spontanément la nature. Il fut ensuite évincé par lefer, qui présentait la même garantie de solidité tout en étant plus malléable.
Il est en tout cas reconnu que le territoire congolais était habité 200 000 ans avant Jésus-Christ, au plus tard. Des traces de cette présence, à l’âge ancien de la pierre, ont été identifiées au Katanga et au Kivu. De même, l’âge moyen de la pierre, est présent à peu près partout en Afrique centrale, manifesté par une évolution dans l’outil, depuis les galets taillés et les pics simples ou doubles, jusqu’à une grande variété de pointes foliacées bifaces, finement travaillées, des ciseaux, haches et herminettes, s’élevant au-dessus des problèmes immédiats d’autosubsistance. On constate, en outre, l’emploi de matières colorantes, l’utilisation du quartz : harpons en os, bâtons incisés, manches d’outil, etc., et l’apparition plus généralisée de la céramique. Deux fragments osseux trouvés àIshango(au bord du lac Édouard) constituent le vestige du plus ancien système mathématique du monde. À partir de 3 000 ans avant notre ère, les chasseurs-cueilleurs, fabricants d’outils de l’âge récent de la pierre, furent en contact avec les premiers villageois installés sur les affluents du Congo.
Quant à la connaissance du fer, elle semble avoir été fort précoce en Afrique centrale. Contrairement à ce qu’on pensait naguère, elle s’est diffusée au Congo à partir des innovations locales, avant d’être enrichie des apports externes. Au Kivu, ce premier âge du fer est attesté dans la région des Grands Lacs à partir de -2 600 ans au plus tôt et est associé à l’apparition d’un type de céramique particulière ornée de décors géométriques. Le Katanga a développé le fer à partir de -1 400 ans, et sa poterie le rattache aux autres villages de l’âge ancien du fer du Copper Belt, installés en Zambie. Des vestiges de métallurgie ont été signalés, vers -1 900 ans, dans une aire couvrant les deux rives du fleuve. Concluons qu’au tout début de notre ère, les techniques de la forge peuvent être considérées comme généralisées dans le Congo ancien et qu’elles allaient connaître un plus grand perfectionnement dans les siècles futurs.
IV. De la cueillette à l’agriculture
L’agriculture fut rendue possible par la maîtrise progressive des techniques de la cueillette. Elle fut le produit de notre histoire en Afrique, même si, par la suite, des apports extérieurs vinrent renforcer des pratiques déjà largement maîtrisées. Cette invention naquit d’un double besoin : soutenir la reproduction dans l’environnement des plantes utiles et les rapprocher des habitations, pour en faciliter l’usage.
Arbre fruitier sauvage ou arbre à chenilles étaient protégés en forêt en cas d’utilisation du feu pour la chasse ; lors de déménagements, les boutures de certaines espèces sauvages, comme les lianes à fruits juteux, lecolatier, leparasolier,lesafoutierou lepalmier à huile, étaient prélevées pour être repiquées dans les espaces nouveaux. En plus de ces pratiques préagricoles d’aménagement de la nature sauvage, les premières activités agraires concernèrent les plantes domestiquées localement, comme des variétés d’igname, des céréales comme lesorghoet lemillet, des légumineuses comme lescourgeset lesépinardslocaux et d’autres plantes utiles, comme laplante à calebasseet le palmier à huile.
Au Kivu existaient aussi, en montagne, des plantes domestiquées comme l’éleusine, le faux bananier et le caféier. Le caractère généralisé de cette activité et son degré d’intégration sont les preuves de son ancienneté.
Les premières plantes d’importationfurent d’origine asiatique. Grâce aux contacts anciens établis par les mondes malais et indonésien avec le littoral oriental, on assista à l’introduction du taro et surtout de la banane. À cause de son rendement au moins dix fois plus important, cette dernière prit la relève de l’igname sans l’évincer tout à fait ; sa présence est attestée dès la fin du premier millénaire.
Une nouvelle vague de plantesfitson apparition entre lexvieet lexviesiècle, d’origine américaine, amenée à partir de la côte atlantique à la faveur de la traite négrière : la patate douce, le manioc, le maïs, l’arachide et le tabac. Si ces nouveaux produits supplantèrent les anciennes céréales, tubercules et légumineuses, les techniques traditionnelles de consommation leur furent transférées. Les manières de traiter l’igname furent appliquées à la banane et au manioc. De même, le maïs fut consommé comme du sorgho ou du millet.
Lexixesiècle, puis lexxesiècle apportèrent une dernière vague de plantes, introduites tour à tour par les Arabo-Swahili à partir de la côte orientale, surtout des arbres fruitiers (manguier, oranger, citronnier, mandarinier, avocatier) et par la colonisation, qui compléta la gamme des légumineuses et des plantes florales (bougainvillier, frangipanier, hibiscus, etc.).
L’élevagefut et demeure une activité marginale, en dehors de la région des Grands Lacs. Notons cependant qu’en Afrique de l’Est, notamment dans la Rift Valley, la présence des bovins est attestée au moins dès le premier millénaire avant notre ère. Ailleurs dans l’espace congolais, cette activité n’était pas connue. Le petit élevage apparut au royaume du Kongo dès lexviesiècle. Selon toute vraisemblance, certaines variétés de chiens furent domestiquées localement ; ils intervenaient à la fois comme auxiliaires de chasse et comme produits de consommation. Ce dernier usage se limita à certains peuples, à la suite de l’introduction de la chèvre, du porc et du mouton. C’est sans doute la poule qui fut l’animal domestique le plus intégré dans l’ensemble de l’espace congolais, de même que la chèvre utilisée dans des libations funéraires.
Chapitre 2
Le cycle de vie, fait de mobilité et de sédentarité, engendra des organisations sociales et politiques, dont la pluralité résulta de la multiplicité des familles et des langues. Le Congo était par chance le carrefour de multiples identités, chacune porteuse d’un héritage spécifique et rattachée à une relation communautaire particulière. Plus tard s’y ajoutèrent les spécificités inventées par l’ethnographie coloniale et par l’organisation administrative qui prévalut. Ainsi, plusieurs modes de fraternités se mirent en place et coexistèrent à l’âge contemporain : la parenté, le village ou le quartier, l’ethnie et la région.
I. Terre de mobilité
La première mobilité de l’homme se serait portée d’abord sur les régions du voisinage et donc sur l’ensemble de l’Afrique centrale, avant de s’orienter vers le nord pour aller peuplerl’Eurasie, par les deux seules voies disponibles : la vallée du Nil et le Sahara.
Au plus tard en 200 000 ans avant notre ère, la présence humaine dans le bassin du Congo était attestée, à la fois par des groupes de pêcheurs le long des cours d’eau et de chasseurs-cueilleurs dans des forêts. Les premiers maîtrisaient des techniques élémentaires de pêche : nasse, hameçons, pêche par barrage, etc. et échangeaient leur production avec les produits de la terre ferme : fruits, légumes, tubercules. Les seconds avaient accumulé une somme de connaissances du milieu : faune, flore, conditions physiques, en plus des techniques de chasse. Tous pratiquaient l’exogamie et les systèmes de filiation parentale. Au début de notre ère, des vagues de migrants, provenant des terres septentrionales commencèrent à se mélanger aux autochtones.
Depuis la désertification du Sahara – jadis « Sahara vert », des pressions provenant du nord incitèrent à ces expansions vers le sud. Les habitants, pêcheurs, cultivateurs et pasteurs furent contraints d’abandonner la région à des populations nomades, pour se répandre vers les terres méridionales. Cette expérience, entamée il y a environ cinq millions d’années, dura près d’un millénaire, ce qui montre combien ce mouvement d’expansion était lent. Non prémédité, il s’imposa comme conséquence d’une série de facteurs : brouille au sein des communautés, quête de meilleures zones d’approvisionnement, ou simplement recherche d’aventures de quelques hommes jeunes et ambitieux.
Avant d’atteindre les terres congolaises, ces migrants se seraient divisés vers c. 3 000 avant J.-C., en deux branches de directions différentes, orientale et occidentale. Le groupe oriental préféra la savane du nord-est et du Kivu et se spécialisa dans la culture des céréales et l’élevage du bétail. Le groupe occidental, le plus important, se répandit dans les forêts et continua cette expansion jusque dans le Maniema méridional.
En se mêlant aux autochtones, les uns et les autres furent à la base d’autres mouvements internes opérant le mélange, non seulement avec ceux-ci, mais aussi entre eux. Puis, le bloc oriental, rencontra le bloc occidental. La redistribution spatiale fut à la base d’un tel amalgame que les premiers paysans immigrants dans les forêts du Maniema méridional étaient déjà une population composite. L’espace congolais fut donc entièrement occupé vers 500 de notre ère, en tout cas avant la fin du premier millénaire.
Le stade final des grands mouvements d‘expansion ouvrit une nouvelle ère, grâce à la mise en commun des héritages spécifiques. Chaque groupe avait développé une connaissance détaillée de son habitat et forgé des relations fondamentales avec d’autres. Dans cette dynamique se mirent alors en place, sous des formes diverses, des systèmes d’organisation sociale plus structurés. Si, d’une région à l’autre, les évolutions se différencièrent, cependant, une forte convergence subsista, attestée par la communauté d’institutions, de croyances et de valeurs, déjà observable vers la fin du premier millénaire.
De nos jours, la population congolaise est estimée (2010) à 68 985 000 habitants, dont la moitié est composée de jeunes de moins de 18 ans. Une démographie jugée faible au vu de la superficie du pays et dont la densité est de 21,5 habitants au km² en moyenne, alors qu’elle est comprise entre 1 à 5 dans la cuvette centrale. En dépit de l’hécatombe due à la guerre avec les États voisins, le Rwanda et l’Ouganda, l’évolution est globalement prometteuse, avec un taux de croissance très élevé, surtout en zone urbaine. Les trois points de haute occupation, d’origine historique se localisent dans les périphéries et correspondent aux deux zones de savane et à la région agro-pastorale des Grands Lacs, qui mobilisent la grande partie de la population. Le premier axe important englobe la région méridionale, surtout le Bas-Congo, le Kwilu et le Kasaï ; le deuxième est le versant congolais du fossé des Grands Lacs. Le troisième, enfin, est septentrional et couvre les plateaux du nord.
II. Transactions et marchés
La transmission des idées entraîna celle des biens, à base dutroc : poissons contre bananes, viande contre igname, produits d’artisanat contre chèvre, etc. L’existence des mêmes types de poterie, de vannerie ou d’autres ustensiles constitue la preuve de la profondeur et de l’ampleur des rapports qui existaient entre nos communautés.
Dans la suite, le système évolua, par le fait qu’à certainsproduits d’échangefut assigné le rôle de servir aussi demoyens d’échange. Ainsi, en déterminant qu’une chèvre coûtait dix poules et la lance, cinq poules, le calcul s’effectua à partir de lapoule,à la fois produit et moyen d’échange.Cette polyvalence fut, de plus en plus, reconnue aux objets durs, faciles à transporter et impropres à la contrefaçon. Non seulement, le principe de monétarisation de la vie commerciale était né, mais il affectait certains objets en particulier :le coquillage, le tissu de raphia et les objets en métal.
Lecoquillageest un produit naturel et donc ramassé. Il est étrange par sa forme et sa solidité qui ont dû très tôt intriguer l’homme. Soumis à de multiples usages, il fut d’abord extramonétaire, utilisé comme objet de parure, porte-bonheur, symbole de la féminité et de la maternité, objet de prestige et instrument de justice dans des ordalies. Mais il possédait aussi toutes les qualités reconnues à une monnaie : il ne changeait ni de poids ni de couleur, il se prêtait à être dénombré et transporté aisément. Dans le Congo ancien occidental, il s’imposa comme tel et sa pêche devint parfois privilège royal Cette production fut même étalonnée, grâce à des paniers mesures qui contenaient en principe un nombre précis de coquillages. Ce système monétaire fut plus tard combattu par les négriers.
Le coquillage subit très tôt la concurrence dutissu de raphia, l’un des premiers produits de l’industrie locale à avoir servi à l’habillement. Objet de parure et de prestige, il devint, toujours dans les régions occidentales et centrales, instrument d’échanges. Il en existait de plusieurs types, répandus pratiquement dans tout le Congo ancien. Il se créa même un système de convertibilité avec la monnaie coquillage, mais elle présentait l’inconvénient de ne pas disposer d’un calibrage strict.
D’autres instruments d’échange furent faits de métal,le fer ou le cuivre. L’importance dufer, dans le Congo ancien, est attestée par la symbolique généralisée qui entourait le travail même de la métallurgie, associée à la hiérarchie politique (roi-forgeron), à la structuration sociale (caste de forgerons) et à la culture (connexion avec le monde de l’au-delà). Il servait, d’autre part, comme marchandise en tant que matière première intervenant dans le travail de la forge et comme monnaie, pour rendre possibles des transactions matrimoniales (paiement de dot) et commerciales. Il revêtait plusieurs formes, par exemple des perles en fer, réunies en colliers. Mais la forme la plus courante était la barre de fer qui, dans son type archaïque, était de fabrication locale. Dans la suite, elle devint un produit importé, initiative coloniale qui eut sans doute pour objectif de détourner les autochtones du travail d’extraction de minerais.
Plus restreint que le recours au fer, lacroisette de cuivreconstitua une innovation particulière de l’espace cuprifère du Katanga où le cuivre était fondu au moins depuis le Vesiècle. Il joua ici la fonction de l’or, pourtant connu, mais qu’on trouvait trop mou ; on préféra donc l’or rouge (le cuivre) à l’or blanc. Le cuivre était transformé sur place en lingots sous la forme de produit semi-fini, soit des barres de cuivre, soit de petites croix (croisettes)
Lesbarres de cuivrefurent coulées à partir duxviiiesiècle. Elles alimentèrent le commerce à longue distance et auraient été exportées jusqu’en Inde où elles étaient préférées, pour leur qualité, au cuivre importé d’Europe. Quant aux croisettes, il en existait plusieurs modèles. Les plus archaïques avaient la forme de la lettreH. Les plus courantes (en forme deX) furent fabriquées au moins à partirxviiiesiècle. Elles étaient associées à toutes les pratiques symboliques déjà reconnues, comme monnaie et unité de compte, comme signe de prestige et comme ingrédient magique.
En plus des transactions commerciales, les croisettes intervenaient aussi dans les compensations matrimoniales, les apurements des dettes de sang et les paiements des droits d’admission dans des sociétés secrètes. Elles étaient utilisées comme insignes de pouvoir ou comme marques de légitimation de l’autorité et servirent de base à un système décimal : dix croisettes constituaient une unité de compte. Coquillages, tissus de raphia, barres de laiton ou de cuivre, ces monnaies locales furent complétées par des objets importés, de formes et de contenus similaires à partir duxviiiesiècle.
Lecauris(cyproea moneta), introduit à partir de la côte indienne, fut affecté aux mêmes usages que le coquillage. Plus luisant et d’accès plus aisé, il eut davantage de succès et fut d’usage dans l’ensemble du pays, comme bijou, monnaie et signe du pouvoir. Il en fut de même des tissus importés (americani, indigos, drills), du laiton et du fer d’importation, ainsi que des perles.
Le besoin de la monnaie dans les transactions s’accompagna de celui de la fixation des espaces et des lieux pour les échanges. Ainsi se créale marché, d’abord des marchés locaux, complétés ensuite par des marchés interrégionaux. La distinction se situait sur le plan des marchandises échangées, de la périodicité et de l’origine des marchands. Le marché local, regroupant la clientèle de voisinage, se limitait à des produits de consommation courante ; le marché interrégional présentait un étalage plus riche et était fréquenté par des marchands venus de loin. C’est ainsi que l’activité fut liée à un calendrier précis, connu de tous, au sein de chaque espace local ou régional.
Lecalendrierancien obéissait à la conception cyclique du temps : le début et la fin de l’année coïncidaient à ceux des saisons et le mois, aux métamorphoses de la lune. Voilà pourquoi, dans les langues congolaises, le « mois » est synonyme de la « lune ». Puisqu’au cours des 28 jours du mois lunaire, l’astre de la nuit connaissait quatre quartiers de sept jours, la semaine retenue, dans le Congo ancien occidental, adopta la division du mois en sept semaines de quatre jours, au lieu de quatre semaines de sept jours. Parmi ceux-ci, le « jour du marché », faisait fonction de « dimanche », jour du repos. Et, à chacun son calendrier, donc son marché, de sorte que cette institution joua aussi un rôle extraéconomique. Le marché était en outre un lieu de divertissement, l’espace où s’exerçaient des activités judiciaires et où les lois étaient promulguées. Les lieux en étaient soigneusement choisis, en fonction des critères de communication et de sécurité. Inscrits dans les paysages, ces sites se transformèrent peu à peu en « gros villages » qui marquèrent le début de l’urbanisation. Il n’est donc pas étonnant que nombre de nos villes actuelles se soient érigées à partir de ces « villages-marchés », commeKinshasa, Kisangani, Kasongo,etc.
L’occupation et la répartition de l’espace conduisirent à sa maîtrise qui, à son tour, rendit possible la circulation des hommes, des idées et des biens. Sur fond du même mode de vie, des cultures particulières naquirent, des structures sociales et politiques firent leur apparition. Elles connurent leur apogée au cours des premiers siècles du deuxième millénaire, avant de subir l’épreuve des interventions extra-africaines à partir duxviesiècle, et surtout duxixesiècle.
III. Organisation familiale
Tout au long de la première occupation de l’espace, le lien familial constitua le mode pertinent d’organisation. Sa structure permanente, à la fois virtuelle et physique, était la « maison », regroupant tous ceux qui se retrouvaient autour du même « feu » : le père, la mère (ou les mères), les enfants. La famille nucléaire était donc lafamille foyer. En son sein, les enfants étaient desfrèresetsœurs, le père,l’épouxet les mères, desrivales.
Ayant pour origine un « ventre féminin », lafamille foyerétait donc fondée sur une alliance entre deuxfamilles sang, celle de l’époux et de l’épouse. Les enfants étaient considérés comme appartenant à l’une ou à l’autre, suivant le principe de filiation en vigueur, patrilinéaire ou matrilinéaire.
Lafamille sangétait de taille variable. Au-delà de sa forme nucléaire, elle était le regroupement de tous ceux qui avaient conscience de la relation de consanguinité qui les unissait ; elle constituait ainsi lelignage, doté d’une hiérarchie interne, les aînés ayant la charge des cadets qui leur devaient respect et considération. Cependant, telle n’était pas la portée maximale de lafamille sang : au-delà de la consanguinité, elle prenait une dimension inconsciente, assumée, notamment, pour écarter l’éventualité des unions incestueuses : c’était leclan, doté d’une identité par laquelle il ne pouvait souffrir de confusion. Il s’agissait de sonnomet de soninterdit alimentaire, éléments par lesquels ses membres se reconnaissaient. Lesnoms de clansétaient des mots anciens, chargés d’histoire et désignant, soit des ancêtres, soit des lieux mythiques, souvent réutilisés comme noms de village. Quant auxinterdits, ils affectaient en principe des espèces animales symbolisant ces clans. D’où le choix du léopard et parfois du lion comme animal totem du clan royal ou aristocratique. Le consommer, c’était pratiquement commettre un acte de cannibalisme, de surcroît sur l’un des siens, et s’exposer à des ennuis de santé, tels que l’éruption de boutons sur la peau.
Cette architecture familiale complexe était simplifiée au vécu par le recours à laterminologie classificatoire, la même appellation revenant à plusieurs individus. Par exemple, étaient pères et mères, non seulement les géniteurs directs, mais aussi les frères du père et les sœurs de la mère et, par généralisation, tous les membres du clan dans cette même situation, quel que fût leur âge, d’où la distinction entre lepère aînéet lepère cadet, pour qualifier le frère aîné et le frèrecadet du père. Les seules situations particulières étaient celles defrères de mère, desœurs depèreet decousins croisés(enfants des uns ou des autres). Les frères de mères étaient desoncles, et leur influence était déterminante en famille matrilinéaire en tant que chefs de lignage. Lestantes(sœurs de père) jouaient un rôle non moins important dans l’éducation des enfants du lignage et dans sa gestion interne.
Les relations familialesétaient articulées sur trois générations, celles des parents et des enfants, en plus de la sienne propre. Les parents étaient des « aînés » par excellence, à qui on devait respect et considération. Quant aux petits-enfants, ils constituaient une génération de réactualisation de leurs grands-parents.
Trois moments particuliers marquaient la vie familiale : lanaissance, lemariageet lamort.
Toutenaissanceétait considérée comme une bénédiction, parce qu’elle assurait la continuité de la famille et la pérennité du clan. Le nouveau-né obtenait une identification circonstanciée. Le nom de famille étant implicitement celui du clan, imposé à tous les parents consanguins, l’enfant recevait plutôt un patronyme, son nom individuel, le prénom, qui pouvait être tiré d’une multiplicité de registres. Les plus courants, valables dans l’ensemble du Congo ancien, étaient desnoms de réincarnation : appropriation d’un nom d’ancêtre comme dans le cas deNimy ; desnoms de prédestination,immortalisation des conditions de naissance comme celles de jumeaux (Nsimba, Nzuzi, Nlandu,premier, deuxième, puîné) ; d’enfants nés par le siège (Nsele) ou avec le cordon ombilical autour du cou (Mujinga) ; desnoms de circonstance : évocation d’un événement important ayant coïncidé avec cette naissance commeFataki(cartouche) ou encore, denoms d’exotisme, par l’africanisation des mots portugais, arabes, anglais ou français comme dans le cas deKapita(capitâo),Ramazani(ramadani),Picha(picture) etKamanda(commandant). L’enfant gardait en pratique deux ou trois noms, auxquels, à son baptême s’ajoutait un prénom chrétien, parfois encore enrichi d’unsurnomà l’occasion de circonstances particulières.
L’initiationse conférait au début de l’âge adulte. Mais elle ne constitua pas un fait généralisé. Là où elle se pratiqua, elle représentait un véritable apprentissage. Par groupes et en quarantaine, les jeunes gens étaient formés à la vie sociale, y compris matrimoniale. À l’occasion, ils étaient circoncis. Quant aux filles, elles subissaient directement l’éducation à la vie en famille, sous la guidance des aînées du clan. L’excision n’était pas en usage ici.
Le mariageétait une association entre deux clans par l’entremise de deux familles. Il donnait lieu à la parenté par alliances possédant son code de bonne conduite. Certains mécanismes sociaux permettaient le renouvellement des unions jugées fructueuses, d’où l’existence desmariages préférentielsentre jeunes des deux clans alliés. Les deux formules les plus courantes étaient l’union préférentielle entre cousins croisés ou encore, entre la jeune fille et son grand-père classificatoire (le petit-neveu de ce dernier). Quel que soit le cas, le mariage était symbolisé par le paiement de la dot, de la famille du garçon à celle de sa future épouse.
Lamortétait un véritable désastre. Sa cause devait être décelée et le défunt devait être pleuré. Le rituel des funérailles était précis. Le corps était exposé en attendant le rassemblement de toute la parenté et la réalisation du cercueil (tronc d’arbre évidé). Naguère, la momification par le feu était pratiquée. À l’enterrement succédaient des concertations familiales pour examiner la situation nouvelle et résoudre les litiges qui s’y rapportaient (cause du décès, partage de l’héritage, prise en charge de la veuve et de ses enfants). La veuve pouvait être donnée en mariage à l’un de ses beaux-frères dans le cadre de la continuité du mariage déjà contracté. Dans le cas contraire, elle était ramenée dans sa famille d’origine. Les enfants continuaient à être à charge de la parenté, puisque les orphelins n’étaient pas orphelins. Toutefois, ils acquéraient parfois des noms rappelant leur drame intime dans le cas deKatshuva(enfant né après la mort de celui qui le précédait).
IV. De la famille à la communauté
Leclan, cet ensemble de lignages ayant les mêmes interdits comme signes de leur relation par consanguinité, présentait l’inconvénient d’être dispersé suivant des fortunes diverses et de regrouper des gens s’ignorant les uns les autres et parlant des langues différentes.
La communauté opérationnelle était plutôt l’association desfamilles maisons, qui offraient des similitudes de parler, de territoire et d’usages. Homogène sur le plan social et linguistique, mais hétéroclite au point de vue de la consanguinité, elle fut qualifiée par l’ethnographie coloniale d’ethnieou detribu. Parlons plutôt ici decommunauté.
Si le processus de mise en place de ce mode de regroupement est connu, le mode d’émergence de chaque unité communautaire est à rechercher, chacune d’elles ayant son histoire particulière. Globalement, les premiers ensembles naquirent du brassage des populations à l’ère de l’occupation et de la répartition de l’espace du Congo. Suivant les vicissitudes de l’évolution, ces premières vagues connurent alors des trajectoires diverses. Certaines se segmentèrent, donnant naissance à de nouvelles unités autonomes ; d’autres, intégrant des groupes étrangers, se transformèrent. Ce serait donc ce mouvement d’émiettement ou de regroupement qui générerait la production communautaire, encore en cours pendant la période coloniale et postcoloniale.
En principe, toute communauté se définit par une identité nominale, une langue, un territoire et des institutions sociales communs.
L’identité de la communauté(l’ethnonyme) est la marque de la conscience de son existence, à l’origine de son histoire, qu’elle eût été accompagnée ou non d’un déplacement dans l’espace. Son nom fut au départ un sobriquet d’origine externe qui finit par être assumé ; il émana aussi, parfois, d’un nom d’ancêtre, de site géographique ou d’activité le plus souvent exercée, et même du contexte colonial exotique.
Au-delà du nom, c’est lalanguequi est la caractéristique principale de la communauté. Autant l’outil est le fondement de l’humain, autant la parole est celui de la communauté, parce qu’elle établit la communication entre individus. Aussi la distinction se fait-elle entre ceux avec qui on communique et ceux avec qui on n’est pas capable de le faire. À chaque communauté, son parler (glossonyme
