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À partir de l'histoire du célèbre petit garçon qui depuis des siècles se soulage en plein coeur de Bruxelles, l'auteur relate les grands moments de l'histoire de la ville elle-même, et de la Belgique en relation avec ses voisins. Fort de son expérience de folkloriste, il a rassemblé pour la première fois par écrit plusieurs traditions autour de l'origine de la petite statue. Que l'on soit historien ou simplement amoureux de Bruxelles, on ne peut qu'être comblé par une aussi charmante lecture.
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Seitenzahl: 99
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Histoire du
Manneken-Pis
Racontée par lui-même
Jacques Collin de Plancy
Fait par Mon Autre Librairie,
À partir de l’édition Arnold Lacrosse, Bruxelles, 1824.
https://monautrelibrairie.com
__________
© 2020, Mon Autre Librairie
ISBN : 978-2-491445-42-3
Table des matières
Chapitre premier
Origine de Bruxelles. – Naissance duManneken. – Sainte-Gudule. – Le vieilermite. – Origine de la fontaine.
Chapitre II.
Origine du Lion belge, et autres belles choses.
Chapitre III.
Histoire des trois pucelles.
Chapitre IV.
Histoire du prince Henri, et comment saint Michel partagea avec sainte Gudule lepatronage de la ville.
Chapitre V.
Origine de la soirée des dames. – Histoire des trois petits moines. – Saint Guidon. –La procession de Poméganck.
Chapitre VI.
Comme quoi Notre-Dame devint protectrice du grand Serment de l’Arbalète. – Les deux marmitons de la porte de Flandre.
Chapitre VII.
Les Saintes Hosties poignardées par les Juifs. – Ruine du château de Gaesbeek. – Tournoi de 1444.
Chapitre VIII.
Origine de la fontaine du Régorgeur. – La joyeuse entrée. – Aventure de Charles-Quint et du paysan qui pisse.
Chapitre IX.
De l’ordre de la Toison-d’Or. – L’Inquisition en Brabant.
Chapitre X.
Le duc d’Albe. – Les Gueux. – Sédition de 1486. – Le Manneken à Anvers, et autresdétails.
Chapitre XI.
Quesnoy bronze le Menneken. – Premières gazettes. – Un mot sur les hostiesmiraculeuses. – Bombardement de 1695.
Chapitre XII.
Encore la procession de l’Oméganck. – LeManneken volé plusieurs fois. – Variétés. –
Conclusion.
Appendices
Appendice au chapitre premier
Appendice au chapitre 5
Appendice au chapitre 6
Appendice au chapitre 7
Appendice au chapitre 9
Appendice au chapitre 10
Appendice au chapitre 11
Appendice au chapitre 12
Aux dames de Bruxelles
Quand de ce Manneken charmant
J’ose vous présenter l’histoire,
Je songe à votre amusement,
Et je ne cherche d’autre gloire
Que d’obtenir votre agrément.
Au sein d’une cité fameuse,
Où les Dames ont tant d’attraits,
Où le sexe ne perd jamais
De sa puissance gracieuse,
L’enfant qui fixe son séjour
Trahit son origine heureuse.
Je crois aussi que c’est l’Amour.
Chapitre premier
Origine de Bruxelles. – Naissance du Manneken. – Sainte-Gudule. – Le vieil ermite. – Origine de la fontaine.
Mon histoire se trouve tellement liée à celle de la ville de Bruxelles, dont j’ai l’honneur d’être le plus ancien bourgeois, que je ne puis guères conter mes aventures sans parler quelquefois de la cité célèbre où j’habite depuis si longtemps. Le lecteur en tirera profit ; il apprendra en partie l’histoire d’une grande ville en lisant celle d’un petit homme d’une coudée.
Mon nom veut dire petit homme pissant, on me l’a donné à cause du métier que je fais depuis tant de siècles ; j’en conterai tout à l’heure l’origine.
Comme la ville est plus ancienne que moi, je dois dire d’abord que le nom de Bruxelles signifie les cabanes du pont, parce que cette cité fameuse commença par quelques cabanes construites dans l’île de Saint Géry, qui communiquait à la terre ferme par un pont de bois jeté sur la Senne, à l’endroit qu’on nomme aujourd’hui Borgval, mot flamand qui veut dire forteresse ; car il faut savoir qu’aut les villages étaient fortifiés.
Bruxelles était déjà au septième siècle un hameau considérable où les hommes vivaient à peu près comme des ours. Le pays était couvert de bois et de marécages. Nos pères se nourrissaient de chasse et de pêche ; les belles dames s’habillaient de peaux de cygnes, qui étaient communs dans la contrée. Il y avait du reste fort peu de luxe.
La ville cependant s’étendait peu à peu. C’était en l’an 700 une bourgade déjà forte, qui avait un seigneur puissant pour maître. Ce seigneur faisait aussi les fonctions de magistrat, et avait des gens d’armes, comme le roi d’Yvetot. Saint Vindicien, évêque d’Arras, vint prêcher et mourir à Bruxelles, en l’année 705 ; il logea chez le seigneur en question, lequel, n’ayant pas d’enfants, se recommanda instamment aux prières du saint. Vindicien se prêta de bonne grâce à ses désirs. Sa femme devint enceinte, et au bout du neuvième mois, je vins au monde. J’étais tellement petit que c’est de moi sans doute qu’on a pris l’idée du petit poucet. Vindicien était mort, on alla chercher sainte Gudule pour me bénir. Cette sainte était si belle que mon père en devint éperdument amoureux. Elle avait été élevée à Nivelle, sous les yeux de sainte Gertrude sa parente, et elle vivait dans une grande piété au château de Ham, qui appartenait à sa famille.
Mon père comprima à peine trois mois sa passion pour Gudule. Il alla enfin la trouver dans son château, un jour qu’il savait qu’elle y était seule ; et se voyant repoussé avec indignation, il voulut user de violence. La sainte se réfugia contre une colonne, qui s’ouvrit pour lui donner asile ; et là, impénétrable à l’audace du bon seigneur, elle lui dit : « Tu seras puni dans ton fils de ta témérité. » Mon père, épouvanté de la menace et du miracle qui venait de se faire, s’en revint tristement, et vécut dans le repentir jusqu’en l’année 712, où mourut sainte Gudule.
J’étais dans ma septième année. Je croissais si lentement que je n’avais pas encore la moitié de la taille que j’ai aujourd’hui. Ma mère était désolée ; à quinze ans j’étais haut d’une coudée comme à présent, je courais les champs avec gaieté, et ma petitesse ne m’empêchait pas de faire des espiègleries.
Un jour que je m’étais égaré seul, à l’endroit que j’occupe présentement, je m’arrêtai à la porte d’un petit ermitage qui ferait aujourd’hui le coin de la rue du Chêne, mais qui était alors isolé en pleine campagne. Je crus faire une bonne malice en pissant à cette porte. Il en sortit un vieillard fort grave, qui portait une longue barbe blanche. « Pisse, mon ami, me dit l’ermite, tu pisseras longtemps. » Hélas ! je ne me suis pas arrêté depuis cet anathème.
Je restai en place, immobile, et je perdis l’usage de la parole. Mon père, ne me voyant pas rentrer, me chercha avec de vives inquiétudes. Ce ne fut qu’après cinq jours de courses qu’il me trouva dans la position où l’ermite m’avait mis. Il voulut tirer de moi quelques éclaircissements ; je ne pus rien répondre. Il ordonna à ses gens de m’emmener à son manoir ; je sentis aussitôt mes pieds se fixer à terre, je devins statue et ne conservai que le sentiment.
On fit venir l’ermite, qui dit : « Votre fils vivra plusieurs siècles dans l’état où vous le voyez. Faites-lui élever une petite niche et prenez votre parti. » On me mit donc à l’endroit que j’occupe, et mon père, qui m’aimait, fit bâtir vis-à-vis une maison où il vint demeurer. Il mourut peu de temps après, en l’année 724.
Chapitre II.
Origine du Lion belge, et autres belles choses.
Mon aventure toute récente attira beaucoup de curieux qui vinrent me voir. On éleva quelques maisons dans mon voisinage. Il fut même question de faire de moi un petit saint. L’eau que je fournissais eut de la réputation ; on s’en servit pour faire quelques guérisons miraculeuses, et l’on m’eût bâti une chapelle, si le pape Léon III ne fût venu dans notre ville, en l’année 804, avec l’empereur Charlemagne. Ces deux grands hommes organisaient alors ce tribunal secret de Westphalie, que l’inquisition a pris depuis pour modèle, et qui faisait mettre à mort, par des mains invisibles, ceux qui refusaient le baptême. Léon ne recula pas devant l’idée d’exterminer des milliers d’hommes. Il se fit scrupule de laisser honorer un enfant, qui lui semblait dans une posture indécente.
Au reste, il eut raison. Je me serais ennuyé à être saint. Il lança des anathèmes contre ceux qui oseraient me rendre un culte, et je ne dus les visites qu’on m’a faites depuis qu’à la curiosité. Je me dis, en me consolant, que du moins c’est pour moi-même que l’on me vient voir.
La ville s’étendait tous les jours. Mon père étant mort sans enfants, ses sept frères, chefs de nos sept familles patriciennes, se partagèrent la seigneurie de Bruxelles et firent bâtir sept châteaux autour de l’île de saint Géry. Le plus jeune de mes sept oncles, qui était pieux et brave, s’était fait bénir par le pape Léon III, dont il porta depuis le nom. On l’appelait en langue du pays Sleuws, ou ser Leeuws, qui signifie sire Lion. Il portait une peau de lion en guise de manteau ; sa bravoure et sa magnanimité le firent remarquer autant que son nom ; et c’est en mémoire de lui que notre patrie porta depuis un lion sur ses étendards.
L’aîné de mes oncles eut un fils célèbre, qui se nommait sire Hugues, et que les historiens honorent du titre de duc de Lorraine et de Brabant ; il livra bataille aux Normands sur les bords de la Senne, à peu de distance de Bruxelles, en l’an 900. Il y mourut en combattant. Ses deux filles, qui étaient encore vierges, vinrent pleurer sur son corps et firent bâtir à leurs frais une chapelle où elles le déposèrent. C’est cette chapelle qui est devenue l’église de Notre-Dame de Laeken.
Mes autres parents se liguèrent avec leurs voisins contre les Normands, qu’on eut beaucoup de peine à chasser du pays, où ils avaient déjà planté des pommiers et installé des avocats.
Je ne dois pas oublier de dire que saint Géry, évêque d’Arras, mort en 619, est l’apôtre de la Belgique, où il apporta le christianisme, et qu’on lui éleva au milieu du septième siècle, à Bruxelles, une petite église qui était la plus ancienne du pays. L’empereur Othon II, qui passa quelques mois chez nous en l’année 976, la fit orner avec un certain luxe, parce qu’il y allait entendre la messe. La cour d’Othon amena aussi l’intempérance : on commença à boire de la bière vers ce temps-là, et l’on imagina les tartines au beurre.
Chapitre III.
Histoire des trois pucelles.
J’ai dit que mes deux cousines pleurèrent tendrement la mort de sire Hugues. L’une d’elles se consacra aux soins de son tombeau, et mourut dans un âge avancé. L’autre se maria un peu tard, et n’eut de son mari que trois belles filles, qu’on admirait autant à cause de leur pudeur qu’à cause de leurs grâces. Comme on prêchait alors l’excellence du célibat, elles résolurent de ne se point marier ; ce qui fit qu’on les nomma les trois pucelles.
Charles, frère de Lothaire, roi de France, étant devenu duc de Lorraine et de Brabant, fixa sa résidence à Bruxelles, et se fit bâtir un palais dont on voyait encore quelques vestiges il y a peu de temps, à peu de distance de l’église de Saint Géry qui n’existe plus. Deux jours après son arrivée dans la ville, il donna une fête, qui aujourd’hui semblerait peut-être burlesque. Il y invita entre autres personnes les trois pucelles, qui le séduisirent par leur extrême beauté ; et il résolut de tout tenter pour leur plaire.
Pendant qu’il faisait ses efforts, un puissant seigneur du voisinage, nommé Ermenfrède, vint à sa cour ; et trouvant également les trois pucelles à son gré, il les enleva. Cet homme avait usurpé des biens sur le monastère de Morzèle dans le pays d’Alost. Il tenait dans ses cachots plusieurs prêtres captifs, et il avait dérobé à force armée diverses reliques, dont les châsses dorées l’avaient tenté. C’était un noble brigand qui dévastait la contrée.
