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Absurde, un peu, beaucoup, passionnément... pas du tout. Lorsque j'ai passé Histoires Loufoques à Groucho, il l'a littéralement avalé entre deux tranches de pain de mie et m'a assuré s'être régalé. Pierre Dac, toujours cabot, l'a rongé comme un os à moelle. Raymond Devos, lors d'un diner, m'a affirmé que la raison du plus fou est toujours la meilleure. Tout ceci est très encourageant. Dans ce recueil de 20 nouvelles, partez à la rencontre de personnages extravagants, embringués dans un monde qui perd la boule et qui les dépasse. Notons qu'entre deux situations burlesques, l'auteur qui n'est pas né de la dernière pluie, prend le temps de répondre à quelques questions existentielles, comme la chance, c'est quoi ? Il intente également un procès au Temps, invente un tout nouvel horoscope, se rend chez le coiffeur, chez le garagiste, court faire les soldes... et comme il se targue d'être généreux , en prime, il vous livre la vraie recette des crêpes bretonnes. Elle est pas belle la vie ?
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Seitenzahl: 155
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Si la matière grise était plus rose,
le monde aurait moins les idées noires.
Pierre Dac
1. Le Manteau
2. Le Monde Terrifiant des Garagistes
3. Les Sectes
4. Une Partie de Chasse
5. Problèmes Insolubles dans l’eau
6. Halloween Contrariée
7. Le Procès du Temps
8. Le Retour du Chasseur
9. La Chance, C’est quoi ?
10. Grattage et Conséquences
11. La Vraie Recette des Crêpes Bretonnes
12. Divorce à l’amiable
13. Vive le Sport du Futur
14. Drôle d’équidé
15. L’Horoscope Chinçais
16. Un Coiffeur au Poil
17. Le Retour du retour du Chasseur
18. Une Histoire de Cul
19. L’Éléphant et L’Extraterrestre
20. Remerciements
Pas plus tard que la semaine dernière, je reçus l’appel d’une amie que j’avais perdue de vue depuis près de six mois. Sans l’anachronisme suranné d’une carte postale envoyée pour mon anniversaire, j’aurais pu la croire disparue corps et âme. Aussi, fus-je enchanté d’apprendre son retour, d’autant que je dois bien l’avouer, j’ai toujours eu une certaine attirance pour elle. Grande, blonde, spirituelle et sémillante, il faudrait être extraordinairement sourcilleux ou un sacré imbécile pour ignorer sa présence. Pour tout dire, son périple au Népal étant terminé, elle regagnait avec une certaine angoisse, la civilisation, pour reprendre ses propres termes. Alors que je m’attendais à ce que la discussion prenne une tournure mystico-bouddhiste, elle m’avoua sans ambages qu’elle n’avait plus rien à se mettre. Elle avait perdu quelques kilos, je ne sais où, et après avoir contemplé sa garde-robe avec désolation, elle avait décrété qu’une délocalisation de ses guenilles vers un entrepôt de la Croix-Rouge serait on ne peut plus opportune. Comme un empereur déchu observant la déroute elle marmonna : Morne plaine avant de refermer la porte de l’armoire. De fait, sa requête était simple, elle me demandait si je voulais bien l’accompagner toute la journée du lendemain, pour faire les boutiques. Pris par surprise et étant ce jour-là d’humeur particulièrement enjouée, j’acceptai sans réfléchir. Je ne sais pas dire non, surtout aux jolies frimousses.
« Super ! Nous déjeunerons ensemble et je te raconterai mon voyage. Je passe te prendre vers huit heures, bisous, à demain. »
Bisous ! Et déjà, elle n’était plus là, sûrement la tête dans sa penderie à remplir des cartons.
Mon sourire du ravi de la crèche s’effaça presque instantanément. Mon cerveau quittant sa consternante béatitude me rappela avec virulence que demain, j’avais entendu ça quelque part, déboulait le premier jour des soldes. Et il me vint un haut-le-cœur.
Comment vous expliquer succinctement à quel point, j’abhorre cette période affligeante de tintamarre mercantile ? Difficile, mais sachez qu’avec moi, il ne suffit pas d’agiter une pancarte flanquée d’un -50 %, pour que je me rue sur l’article fallacieusement dévalué. Si l’on me propose un âne en solde, je ne vais pas illico le prendre sous le bras, le ranger dans le coffre de ma voiture, pour l’installer ensuite confortablement dans mon salon. Certains prétendent même que le baudet du Poitou a horreur des canapés, des tables basses et, n’apprécie que très moyennement la télévision. Que pourrais-je bien en faire ? Le présenter à ma belle-mère ? N’y pensez pas, elle habite depuis peu l’Australie. Le laisser choir près de la débroussailleuse que j’achetai l’an dernier alors que j’habite au 3e étage, sans balcon ? Allons ! Soyons sérieux.
Alors, me direz-vous sans complaisance, pour quelle raison obscure ne pas annuler si j’étais à ce point hostile à cette belle journée de promiscuité.
Par pure lâcheté.
Ainsi donc, le lendemain à huit heures pétantes, Aurore sonnait à ma porte. Fortement contrarié, je n’avais pas fermé l’œil de la nuit et portais une tronche que je ne conseille à personne. J’en étais à mon cinquième café et après l’avoir embrassé, je lui en proposai un qu’elle refusa tout de go, histoire de ne point être en retard. Le mot « retard » aurait dû me mettre la puce à l’oreille et j’aurais pu prétexter une sévère dysenterie pour retourner me coucher, mais je n’en fis rien. Inutile de tergiverser, tel un Ferris Bueller déjanté, nous étions en route pour une folle journée, moi avec ma gueule de chien battu, elle, rayonnante comme un mioche au matin de Noël.
Pour agrémenter le tout, dehors il gelait à pierre fendre, le vent et la bruine s’étant aussi donné rendez-vous pour profiter des soldes. Assis dans la voiture, chauffage à fond, Aurore me fit un résumé sommaire de nos déambulations à venir. Malgré une curieuse et subite envie de pleurer, je gardai la tête haute et fis mon plus beau sourire en espérant qu’il fût convaincant. La tournée des grands ducs commençait par le « Printemps » le mal nommé, car de la neige fondue venait de faire son apparition. Tant bien que mal nous arrivâmes à bon port en moins de trente minutes. Un exploit, lorsqu’on considère qu’Aurore n’avait pas conduit depuis six mois, que la visibilité était quasi nulle et le trafic intense (pléonasme). Huit heures trente-cinq, nous étions devant les portes. Le magasin ouvrant à neuf heures, nous eûmes l’insigne honneur de faire partie des cinquante premiers pigeons, le bec collé contre les dégouttantes vitrines.
« Sinon, après il n’y a plus rien ! » me fit-elle, alors que je remontais ma capuche pour ne pas crever de froid et me protéger de la quinte de toux qui ébranla mon voisin le plus proche (trente centimètres à peine) et qui devait ignorer l’invention du mouchoir et de la bienséance.
Encore cinq minutes à attendre et nous serions au chaud. Un bruit à l’intérieur vint confirmer que l’ouverture des portes était imminente. La foule s’ébroua bruyamment alors que montait une sorte de clameur empirique à vous glacer le sang. Le gémissement des grilles ne fit qu’accentuer ce sentiment et au milieu du brouhaha, nous pûmes un instant apercevoir les pieds des vigiles. Les portes s’ouvrirent enfin sur l’eldorado.
« J’étais là avant toi connasse ! » furent les dernières paroles distinctes que j’entendis avant de me retrouver à califourchon sur le dos d’une dame bâtie comme une lutteuse de l’Est et qui avait pris tout le monde de vitesse. Juché sur mon destrier improvisé, j’aperçus un des vigiles cul à terre qui entamait, comme un dernier recours, un Je vous Salue Marie. Par chance, la foule transportée l’évita de justesse, et se contenta de piétiner son talkie-walkie qui se retrouva bientôt en pièces détachées. La grosse dame que j’appellerai Pétrovna, par commodité, car nous n’avions pas été présentés, se dirigeait, semble-t-il, vers le rayon des petites robes. Tout est petit chez ces élégantes, petits hauts, petits pantalons, petites jupes… du 38 au 50. Sans oublier, le petit sac. Mais, j’y reviendrai plus tard, curieusement, à cet instant précis, cet abus de langage me passait par-dessus la tête. Caracolant fièrement sur ma monture, nous passâmes au triple galop devant le rayon informatique où je m’étais promis de me rendre. Impossible de descendre, sans me faire piétiner. Les disques même durs pouvaient bien attendre, car une cohorte de ménagères, mégères et autres femmes d’affaires nous collaient aux basques. J’essayai bien quelques coups de talons pour faire bifurquer une Pétrovna rétive, mais en vain. Les hommes tournèrent sans surprise au rayon bricolage, nous donnant un peu d’espace et de visibilité. Deux énergumènes tombés de la dernière pluie s’empoignaient déjà pour une paire de housses auto en peau de zébu synthétique vantée sur la toile. Un autre, visiblement fier de lui, regagnait les caisses avec quatre coffrets de perceuses électriques... Je pressentais que ma journée serait longue, j’en avais fissa la confirmation. Perdu dans mes pensées, je fus débarqué sans ménagement de l’imposante Pétrovna et me retrouvai dans un immense bac de chaussettes de sport bariolées qui amortirent aimablement mon vol plané.
« Au revoir Camarade ! heureux d’avoir pu faire un bout de chemin ensemble ».
Craignant que je n’accapare tout le stock de chaussettes, pensant peut-être que j’entretenais une amitié perverse avec un mille-pattes, je fus sommé par un groupe de furies de déguerpir sur-le-champ, car : « Pour qui je me prenais ? Il en faut pour tout le monde ! Enfoiré ! ».
Sous les quolibets, habillé pour l’hiver et pour pas un rond, je rejoignis le rayon librairie, où singulièrement, les prétendants à la culture bon marché étaient rares. Je mis à profit ce court moment de répit pour reprendre mon souffle. Dix minutes venaient de s’écouler et je n’avais plus aucune nouvelle d’Aurore. Une manière d’habitude. J’avais cru comprendre qu’elle espérait débusquer un manteau pas trop cher, chaud et confortable, saillant, couleur bleu nuit, point trop long ni trop court et surtout… à la mode. Aucun rapport avec ces vestes dépenaillées, ringardes et clownesques qui hantaient jadis son armoire, il y a de cela quelques heures, et qui feraient désormais le bonheur d’un Bozo ou d’un Zavatta. J’allais donc essayer une brasse coulée jusqu’à l’endroit dédié à ces petites merveilles.
De nouveau parmi le flot des excités de la carte bleue, j’évitai in extremis un convoi exceptionnel chargé de trois téléviseurs cent-quatre-vingts centimètres. Je restai perplexe tout en agrippant un chariot qui empruntait la même direction. Je croisai Maria avec une essoreuse à salade sous le bras et un horrible chapeau sur la tête. L’inverse eût été plus judicieux. Un homme d’un certain âge en tenue de cycliste fluorescente passa avec un vélo sur le dos alors qu’un gamin de deux ans, assis dans un chariot, hurlait à mon oreille qu’il fut bien plus à l’aise dans le ventre de sa mère. Compatissant, j’approuvai sans réserve et je ne sais pour quelle raison, les nerfs sans doute, je me mis à applaudir. Enfin, le rayon des manteaux fut dans ma ligne de mire. Je me jetai sur le côté en une sorte de roulade pitoyable, et là, je fus témoin d’une scène qui restera pour moi une des plus étranges de ma vie. Alors que dans le reste du magasin la simple prédisposition d’un papier toilette à fleurs suscitait la convoitise, ici l’endroit était singulièrement calme. L’absence de paroles, d’agitation, de cris me rappela une convention de sourds-muets à laquelle j’avais eu l’honneur d’assister tantôt. J’aperçus Aurore près d’un monticule de manteaux et la rejoignis sans encombre.
— Que se passe-t-il ? osai-je.
Et là, je vis… Les manteaux affichant 80 % de remise avaient trois manches. Deux normales bien disposées, l’autre d’une couleur différente, positionnée en haut du dos, près de l’encolure.
Mon amie semblait littéralement tétanisée. Le spectacle de cet étalage baroque et fantasque provoquait l’ébaubissement. Certaines de ses consœurs plus hardies se permirent d’effleurer le tissu, mais sans grande conviction face à ce terrible dilemme existentiel. Mettre ou ne pas mettre ?
Soudain, un hurlement de joie suivi d’une courte phrase nous fit quitter le multivers. Une petite brunette qui avait oublié d’être cruche venait de compulser son smartphone.
— Eh ! Il paraît que ça se vend comme des Hamburgers aux États-Unis ! À New York, c’est la mode de la...
La mignonnette n’eut jamais le loisir de terminer sa phrase. En une seconde, tous quittèrent leur abyssale léthargie, femmes, hommes, enfants, chèvres, moutons… et se ruèrent sur les paletots jusqu’alors incongrus. S’en suivit un combat épique d’époque ne faisant pas la part belle au plus faible. Ne souhaitant pas crever un cintre planté entre les côtes, je me frayai un passage en jouant des coudes et quittai le périmètre à risques. De retour donc en zone de basse pression, j’observai le tumulte du haut d’un marchepied abandonné à son triste sort. Aurore m’ayant aperçu, juché sur mon promontoire, vint me rejoindre. Un manteau sous le bras, affichant un sourire carnassier, elle ne faisait aucun effort pour cacher sa satisfaction. Toute tension avait disparu, ne restait plus que la félicité suprême de la victoire.
— On va se boire un petit café ? me lança-telle, tout de go.
Je la suivis sans mot dire, bien qu’à mon humble avis, un cognac eût été préférable.
Par pure compassion, j’éviterai de m’étendre sur l’incommensurable volupté du passage en caisse où par le plus curieux des hasards, un article sur deux affichait un prix fantaisiste et demandait les compétences prodigieuses de la cheffe de rayon ; j’ai nommé évidemment : Madame Germaine.
Le reste de la journée se délita comme un sucre dans un bol d’eau froide. Lentement, très lentement, mais ne fut émaillée d’aucune autre manifestation paranormale. À la question : « Mais que vas-tu faire de ce machin à trois bras ? » sa réponse fut enfantine.
— Eh ben ! Si c’est la mode, je vais le mettre, sinon... il rejoindra les autres dans un container ad hoc. Tu me prends pour une idiote, ou quoi ?
Loin de moi cette pensée maladroite. Car, qui suis-je pour me railler ? Moi qui ayant tenu bon jusque vers 17 h pour finalement succomber lamentablement à la tentation et enfin revenir chez moi avec un lot de maniques ? Des maniques ! Je ne fais jamais la cuisine et n’ai pas la moindre petite intention de m’y mettre.
Dieu me pardonne, je l’ai emmanché sur la poignée de la débroussailleuse qui gît penaude dans mon débarras.
Tout un chacun a été confronté à ce problème. Au bout du compte, il suffit d’être le pitoyable possesseur d’un véhicule motorisé. Ce problème, il n’est pas superflu de le préciser, c’est la panne. Qu’il s’agisse d’une moto, d’une voiture, d’un camion ou même d’un vélo électrique, lorsque la panne survient, nous nous sentons démunis, abattus, fiévreux, à la limite de la dépression nerveuse. Pourquoi ?
C’est chose simple, parce qu’il existe un monde qui nous est totalement inconnu, abscons et hermétique, où s’agitent des termes et des signes cabalistiques effrayants. Un espace qui se dévoile sous nos yeux stupéfaits lorsque s’ouvre le capot de notre voiture, je veux parler du Monde terrifiant des Garagistes.
Un frisson vient de me parcourir l’échine, à la seule pensée de tous ces tubes, courroies, fluides… mais poursuivons.
Pour parler de la panne, il est indispensable d’adopter une théorie holistique. Sans cela, nous passerions à côté du problème. Tout d’abord, il est de notoriété publique que la panne est sournoise, vicelarde, son esprit retors se fiche éperdument des circonstances, elle a sa propre vie, ses propres codes et desiderata. Soyez assuré que lorsque pour vous, le moment est mal choisi, c’est précisément sur ce moment qu’elle va jeter son dévolu.
Primo – Le choix de l’instant.
Il existe trois cas d’école. Tous assez succulents si l’on se délecte de l’amertume. Un point commun les unit : Ils sont propices à d’incommensurables emmerdements. Pour avoir goûté à chacun, je ne souhaite ces instants à personne. Enfin, presque.
Cas n°1 — Vous êtes à votre domicile, vous avez un rendez-vous urgent. Choisissons le dentiste par commodité, avec le proctologue, ça marche aussi, mais dans les circonstances actuelles, sans aucun fondement. Vous devez absolument faire soigner l’abominable carie qui vous persécute. Votre joue est enflée comme celle d’un crapaud-buffle et ostensiblement vous défigure. Vous rasez les murs, évitez vos amis, les railleries de vos collègues de travail toujours bienveillants et vous ne dormez plus que trois heures par nuit. Pour faire court : vous avez une tête de déterré. Walking dead. Donc, après presque trois mois d’une attente interminable, c’est enfin le grand jour (D-Day guy), mais bien évidemment, vous êtes en retard. Pas de course jusqu’à votre véhicule, une berline d’à peine cinq ans, clés, contact et là : Ouah, ouah, ouah, ouah… Prout et puis plus rien. Le vide.
Votre rage de dents vient de s’envoler avec une flopée de jurons que je me refuse à retranscrire ici. Il va de soi que votre mère n’a strictement rien à voir dans l’histoire. La panne se gausse de votre courroux. Alors pour éviter les larmes, dans un dernier acte de bravoure, vous sortez la bouteille de whisky cachée dans l’armoire, douze ans d’âge, spécial grande occasion.
Cas n°2 — Vous roulez plaisamment sur l’autoroute, un petit cent-quarante pour enfreindre la loi, mais pas trop, le mur de camions est insupportable tant il semble interminable alors, vous ne quittez plus la voie de gauche. Le soleil est radieux, l’air est doux, dans trois heures vos pieds fouleront le sable de Valras-Plage. Vous avez réservé un charmant restaurant de fruits de mer directement sur le port et pourquoi pas, vous n’êtes pas hermétique à une sympathique rencontre. Ah ! Doux sentiment de plénitude.
Je précise de nouveau pour les personnes lymphatiques, que cela peut aussi se décliner avec Plougonvelin, Ollioules, Barbentane ou Cucuron les olivettes. Chacun se rend où il veut, on s’en fiche royalement.
Bref, vous doublez depuis près de dix minutes lorsqu’un petit voyant rouge vous fait de l’œil. Un tout petit voyant rouge dont vous vous désintéressez dédaigneusement, plongé dans le miroitement de vos aspirations débordantes. Malgré vos coups d’accélérateur répétés, votre vitesse décroît, vous apercevez enfin le voyant devenu écarlate. Prisonnier entre un trente-huit tonnes, un camping-car et une Audi qui vous colle aux fesses, l’épouvante s’installe. Warning, coups de volant intempestifs, klaxon, votre vitesse n’est plus que de cinquante kilomètres/heure, la sueur ruisselle sur vos tempes. Enfin, le poids lourd, grand seigneur, décide de vous accorder la vie sauve et accepte à contrecœur de céder sa place. In extremis, votre petit coupé qui faisait votre fierté s’immobilise sur la bande d’arrêt d’urgence. Une légère fumée blanche s’échappe par l’avant et vous vous dites entre deux tremblements : « Putain, j’ai failli crever ! ».
Et c’est vrai. Belle perspicacité.
La panne a encore frappé, échafaudant pour votre plus grand désespoir, un scénario qu’elle affectionne particulièrement. Palpitations déclinantes, il ne vous reste plus qu’à contacter un dépanneur. D’après les commentaires d’un ami, fin connaisseur de ce genre de désarroi, le parcours du combattant commence. Après quelques minutes d’attente, votre sauveur vous annonce qu’il sera là d’ici une trentaine de minutes et qu’il vous en coûtera la coquette somme de cent-cinquante euros, la bretelle de sortie se situant à cinq kilomètres environ. Comme recommandé, sécurité avant tout, vous enfilez votre gilet jaune en faisant un gros effort pour ne pas vous jeter sous le prochain poids lourd rugissant qui passe. Vos yeux sont irrités, le vacarme des moteurs singe l’enfer, l’air est devenu irrespirable. Le doux fumet des moules farcies et autres coquillages s’estompe peu à peu. Pour ce qui est d’une éventuelle rencontre ; faites une croix dessus.
Cas n°3 — De loin le plus intéressant, car il met en situation plusieurs personnages. Pour la panne qui se complaît à emmouscailler le monde, pourquoi se satisfaire d’un seul quidam ? Quand y’en a pour un…
