Homicide marchand - Gustave Tatouche - E-Book

Homicide marchand E-Book

Gustave Tatouche

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Beschreibung

Le Raisonalisme, quèsaco ? Un système alternatif qui propose de « raisonner » le capitalisme en limitant ses conséquences néfastes comme l'enrichissement démesuré de quelques-uns aux dépens des autres. Comment ? Grâce à un ingénieux mécanisme de régulation prenant pour étalon la valeur moyenne d'une maison dans un pays. Pour en en savoir plus, lisez ce manifeste ! Vous y apprendrez que le raisonalisme est aussi un modèle politique, écologique, philosophique voire existentiel qui repense toutes les composantes de notre société à commencer par l'école.

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Seitenzahl: 127

Veröffentlichungsjahr: 2022

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du même auteur : - « La piste du raisonalisme » paru en 2014 aux Éditions Réfraction

À NOUS TOUS

À NOS FACONS DE VIVRE

À NOTRE PLANÈTE

Sommaire

Le capitalisme se meurt, vive le raisonalisme !

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CONCLUSION

Le capitalisme se meurt, vive le raisonalisme !

Étonnamment, je me rappelle peu mon enfance. Ce que je peux dire, c’est que j’ai grandi au début des années 1960 dans la région lilloise. À Faches-Thumesnil exactement, où mes rares souvenirs de la petite école semblent tout droit sortis des photos en noir et blanc que mon père développait avec passion. Je soupçonne ainsi ma mémoire de s’être quelque peu glissée dans ces nombreux clichés...

J’étais un enfant hyperactif et nerveux. Souvent « dans la lune ». Je réfléchissais trop, malgré moi. De façon quasi maladive. Aussi, je me sentais différent. Soit j’observais les autres, tel un journaliste embusqué pour les nécessités d’un reportage, soit au contraire je me donnais en spectacle en faisant le pitre ou en enfilant le costume de grand organisateur de nos activités enfantines. Ces façons de systématiquement me distinguer du « troupeau » étaient sans doute un subterfuge, car je bégayais. J’ai mis longtemps à surmonter ce problème d’élocution (qui m’a perturbé jusqu’à la trentaine). Aujourd’hui je n’y pense plus et j’en ai même fait un avantage. Quand je bégaye, je sais que mon inconscient m’alerte : quelque chose ne tourne pas rond avec mon interlocuteur. Soit il ne m’écoute pas, soit je parle trop !

Mais revenons à mes premières années... Si j’étais souvent en décalage avec mes camarades, on peut dire que j’avais aussi bien les pieds sur terre ! Par exemple, je faisais le banquier dans la cour de récré et prêtais de menues sommes à mes camarades à des taux carrément prohibitifs. Si je « donnais » 50 centimes, il fallait m’en rendre 60... Un redoutable apprenti capitaliste ! C’est drôle quand on sait que, une fois adulte, je n’aurai de cesse de remettre en cause ce système économique qui nous rend trop matérialistes et nous fait perdre de vue la vraie valeur des choses.

Ma famille n’était pas très nombreuse. Ma mère n’avait ni frère ni sœur et le seul frère de mon père est mort en février 1945, dans le camp de concentration allemand de Gross-Rosen (situé en Pologne). Cette tragédie hantera à jamais ma famille paternelle. Mon oncle avait été arrêté par la police de Vichy, en décembre 1943, à l’aube d’une carrière prometteuse de batteur, à Paris. Ville dans laquelle il lui arrivait de côtoyer Pierre Nicolas1, le contrebassiste de Georges Brassens.

Un autre drame a profondément marqué notre famille. En 1965, lorsque j’avais quatre ans, mon grand-père maternel a été mortellement renversé alors qu’il se dirigeait vers son usine à vélo. Il travaillait dans une râperie de betteraves et m’emmenait souvent faire des tours avec lui, en me calant comme il pouvait sur son guidon !

Je me souviens aussi qu’en classe j’étais nul en sport et en français. Maintenant, ce sont mes domaines de prédilection. J’excellais néanmoins dans les récitations durant lesquelles, comme par enchantement, mon bégaiement disparaissait. La musique était mon autre point fort. Et quand je chantais, je ne bégayais pas non plus. Pour ce qui est de jouer d’un instrument, j’ai débuté très jeune puisque mon père m’a fait étudier le piano dès l’âge de 5 ans. Puis la guitare. À l’époque, je n’aimais pas le piano en raison de la façon académique voire austère dont on l’enseignait au conservatoire. Là-bas, impossible de rigoler ! Plus tard, devenu un adolescent de 14 ans, je ne l’oublierai pas et donnerai déjà des cours mais à ma manière. Nettement plus ludique !

Trois ans plus tard, en classe de première donc, mon père m’a offert un orgue. Je vivais chez lui (mes parents se sont séparés à mes 13 ans) et son magnifique cadeau m’a permis de me produire à Paris, avec mon professeur de guitare. Mais, plus la musique prenait de la place dans ma vie, plus je décrochais de mes études. Cette même année, j’ai rejoint une chorale en tant qu’accompagnateur. Plus tard, j’en deviendrai le chef de chœur tout en continuant à accompagner les choristes au piano, comme le fait le pianiste et chef d’orchestre argentin et israélien Daniel Barenboim dont je suis admiratif. Ma scolarité a pâti de cet engagement musical et j’ai échoué par deux fois au bac, devenant le vilain petit canard de la famille. En effet, mes parents étaient professeurs de mathématiques et ma sœur (qui est à présent chercheuse en biologie moléculaire) a toujours brillé en cours.

À 19 ans, je décidais de ne pas m’installer à mon compte comme professeur de musique. Je voulais que ma passion reste un plaisir et ne devienne pas un gagne-pain. Jouer à l’occasion dans un piano-bar, oui, mais pas de façon contrainte et plusieurs fois par semaine ! Pour les cours, c’était la même chose. Je ne me voyais pas en dispenser régulièrement. J’ai donc passé un concours pour entrer dans la fonction publique, où j’ai gravi peu à peu les échelons jusqu’à obtenir - peut-être pour me venger de ce bac qui m’avait un moment échappé - le concours interne d’ingénieur en informatique.

En dehors de la jolie « mécanique » des ordinateurs, j’aime aussi beaucoup la philosophie et l’art. Je suis curieux par nature. J’ai toujours eu soif d’apprendre, de comprendre. Je m’intéresse à tous les domaines. Et à la politique, notamment. Au collège, j’organisais des jeux de rôle dans lesquels je m’amusais à incarner le président François Mitterrand. Cela me plaisait. Mes copains jouaient, eux, les autres hommes politiques du moment. Après, même attiré par l’écologie, je me considère comme libre penseur et ne me réclame d’aucune chapelle. Pour preuve, je n’ai peut-être participé qu’à une dizaine de réunions politiques dans toute ma vie.

Je me sens d’autant plus éloigné des partis qu’ils ont selon moi complètement abandonné les idées de fond. L’extrême gauche peut difficilement nous resservir le communisme quant à la gauche classique, elle s’est inclinée devant le capitalisme, en 1983, avec le tournant de la rigueur. Aujourd’hui, si celle-ci se pare des « vertus » de la social-démocratie, majoritaire en Europe, elle semble avoir capitulé face au capitalisme. De son côté, la droite, traditionnellement conservatrice, ne va pas bousculer un système dont son électorat (souvent plus aisé que la moyenne) pense profiter. Quant à l’extrême droite, il faut croire que ses obsessions nationalistes s’accommodent fort bien des systèmes économiques en place...

Dans les programmes de ces différents partis ne figurent essentiellement que des variations de nombre : de fonctionnaires, d’immigrés, de revenus, de taxes, de pourcentage de la dette publique à ne pas dépasser, etc. Bref presque toujours des propositions d’ajustements, des accommodements, et non une réflexion sur les mécanismes économiques fondamentaux qui servent à faire fonctionner une société de manière satisfaisante. Il semblerait donc que le néolibéralisme, bras armé du capitalisme débridé, ait pour l’instant gagné sur toute la ligne puisque son idéologie est implicitement validée par nos politiques.

Pour ma part, je déteste les dogmes et n’ai pas peur de m’y « attaquer ». Un mauvais système quel qu’il soit peut (et doit) être amélioré. Mais si j’aime réfléchir aux grands concepts, aux idées, et prendre de la hauteur, j’ai besoin également de concret. Or, je sais qu’une démonstration philosophique, aussi séduisante intellectuellement soit-elle, peut n’aboutir sur rien de tangible et rester à l’état « gazeux » de théorie. De même, la politique politicienne résout rarement les problèmes économiques ou sociétaux. Inutile de le démontrer.

La cause de cette victoire capitaliste serait donc plutôt à chercher dans le fait que les politiques, corsetés par la mondialisation, essaient de contenter un maximum d’électeurs en gouvernant à vue. Ils tentent tant bien que mal de reboucher les fissures sociales, sans être guidés dans leurs actes par une nécessaire vision à long terme. Les mesures qu’ils prennent sont désespérément isolées les unes des autres. Sans ligne directrice. Plus tard, s’il s’avère qu’elles ne marchent pas, celles-ci seront éventuellement retirées par un autre camp arrivé au pouvoir ou alors finiront-elles par être plus ou moins récupérées par le système. Par être « retournées » en quelque sorte.

Imaginons ainsi qu’un pays décide d’augmenter les salaires de 20 %. Les salariés verront leur pouvoir d’achat grimper de 20 % mais, quelques années plus tard, il est fort probable que tout coûte 20 % plus cher ! Ce qui revient à annuler le bénéfice qu’on croyait avoir obtenu, et les inégalités de continuer à se creuser, comme c’est le cas malgré par exemple l’augmentation conséquente de 35 % du Smic en 19682. Autre exemple, le chômage, qui a longtemps été le problème numéro un en France. Aujourd’hui, on manque plutôt de bras mais cela paraît en définitive peu changer le ressentiment des Français au moment où le capitalisme se « rattrape » avec la hausse du coût de l’énergie ou des carburants. Un peu comme un boxeur qui absorberait les coups que vous pensez lui avoir portés à un endroit, tandis qu’il vous les rend au round suivant, d’une façon que vous n’aviez pas envisagée !

L’argument phare des néo-libéraux consistant à dire que le capitalisme contribue à un enrichissement systématique et durable des individus est pour moi une parfaite illusion. Après avoir dégagé de la misère des pans entiers de la population mondiale en créant une classe moyenne ex nihilo, le système capitaliste s’avère dans un deuxième temps provoquer un retour drastique de balancier. Cette même classe s’appauvrissant et s’amenuisant au bénéfice de quelques-uns devenant exagérément plus riches. C’est un vrai problème parce que ce mirage de l’enrichissement, que ce soit en France ou ailleurs dans le monde, nous coûte très cher d’un point de vue social et environnemental. Social car les citoyens sont « pressés » de gagner davantage d’argent (souvent en dégradant leur qualité de vie), et environnemental car pour ce faire on néglige généralement les éléments naturels (et les animaux), relégués à de simples paramètres économiques.

Ce qui rejoint ici mes deux dadas : la lutte contre une pensée réductrice faisant perdre le sens des valeurs en favorisant chez nous la cupidité et, son pendant, la nécessité d’introduire des limites efficientes, c’est-à-dire dynamiques et pertinentes. Nous avons tous été des enfants, alors avons-nous très probablement eu maintes occasions de vouloir franchir des limites qui nous avaient été posées. Ces limites nous ont aidés à nous construire, à évoluer. Or, j’ai constaté que le capitalisme, idéologie victorieuse (que reste-t-il du communisme, à l’heure de l’ouverture de la bourse de Pékin3?) a instillé un poison dans nos têtes : celui de l’absence de limite.

Tous les dictateurs, les chefs d’État corrompus, les hommes et les femmes d’affaires d’influence douteuse sont les premiers à se servir habilement des rouages de ce système pour se constituer des patrimoines financiers démesurés. Cette absence de limite gangrène même parfois le milieu associatif, censé défendre de nobles causes. Rappelez-vous le scandale de L’Arc (association de recherche sur le cancer), qui avait éclaté dans les années 1990. L’ancien président et fondateur Jacques Crozemarie avait ainsi détourné plusieurs centaines de millions de francs.

D’ailleurs, difficile de se justifier en croyant que l’extrême richesse favorise de larges dons dans le monde. Déléguer nos missions humanitaires à des milliardaires nous expose à des zones d’ombre, comme le raconte Natacha Polony4 à propos du premier philanthrope du monde, Bill Gates, présent à la COP26 de Glasgow. Avec le raisonalisme, à part les nations dont on peut espérer qu’elles agissent principalement au nom de leurs populations, toutes les entités privées puissantes seraient forcément constituées de nombreux petits actionnaires (en raison des plafonds de patrimoine), évitant l’arbitraire des intérêts individuels avançant souvent masqués.

Le capitalisme, c’est comme un vaste Loto planétaire. On y participe tous dans l’espoir de devenir un jour millionnaire voire milliardaire ! Nos jeunes lorgnent du côté des influenceurs qui gagnent très bien leur vie tout en restant chez eux, en faisant apparemment ce qu’ils veulent. Un proche alléguait récemment qu’il suffirait d’empêcher certaines personnes de « mal s’enrichir ». Il voulait dire aux dépens des autres. Mais comment juger ? Sur quels critères ? Et qui contrôlerait ? L’un des symptômes de l’incapacité politique à trouver des solutions est la place que les économistes de tous poils ont prise aussi bien dans les médias que dans les coulisses du pouvoir. Même s’ils se trompent régulièrement ! Un peu comme certains experts médicaux depuis l’apparition de la Covid-19. Et tout cela ne change malheureusement pas grand-chose au cours du capitalisme...

À mon sens, laisser un individu s’enrichir démesurément a un impact fort sur la société. Lorsque vous achetez un objet de consommation courante, sa vente à l’autre bout de la chaîne profite souvent à quelque grand entrepreneur capitaliste ayant pour objectif premier le maintien de son haut niveau de vie. Celui-ci n’hésite pas à faire pression sur son entreprise à travers la politique salariale, et cela se ressent inévitablement dans la manière dont l’objet est fabriqué (parfois dans des conditions indignes). En achetant l’objet en question, vous renforcez ce système et, malgré vous, le cautionnez. Si vous vous dites que ce n’est pas grave parce qu’un jour vous vous trouverez peut-être vous aussi à « l’autre bout de la chaîne » (c’est-à-dire en ayant un capital conséquent à gérer, à faire fructifier), sachez que votre chance est aussi infime que celle de gagner des millions au Loto. Cela vaut-il vraiment la peine de détruire notre planète pour ça ?

À ce propos, je parlais récemment de l’EuroMillions avec ma kinésithérapeute (contractures musculaires du sportif obligent !), et celle-ci estimait que gagner d’un coup l’équivalent d’une maison améliorerait nettement la vie d’une personne. Je lui ai précisé que le dernier jackpot5 remporté équivalait au prix de 1 000 maisons ! Alors nous sommes finalement tombés d’accord sur le fait que cette somme folle était davantage susceptible de déstabiliser un individu que de lui garantir le bonheur.

En nous focalisant sur ce rêve séduisant mais ô combien illusoire de richesse, nous nous auto-empoisonnons. Et perdons tout sens des réalités, un peu comme si une fantastique voiture de course avait oublié qu’elle roulait sur une route départementale ! Nous devons redescendre sur terre, nous réveiller et résister à l’éclat du miroir aux alouettes. Nous devons combattre courageusement ce travers du capitalisme, non seulement à l’extérieur mais à l’intérieur de nous-mêmes, pour ainsi nous pencher sur nos propres contradictions et comportements. C’est le sujet de cet ouvrage, et des propositions que je vais y développer dans cette perspective.