Houari Boumediene… - Hamid Abdelkader - E-Book

Houari Boumediene… E-Book

Hamid Abdelkader

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Beschreibung

Houari Boumediene a toujours suscité à la fois admiration et médisance. D’un point de vue purement politique, les uns l’ont dénigré, en le cantonnant dans le rôle d’un simple colonel, tandis que d’autres l’ont vénéré, au point de le considérer comme un grand révolutionnaire et bâtisseur d’un État. La transmission de la mémoire de Boumediene a été victime de cette vision. La guerre de Libération a été soumise à la mémoire et non à l’histoire. Une histoire sujette aux luttes et aux enjeux politiques, communautaires et identitaires qui sévissaient dans la société. Loin de toute subjectivité et influence politique, et à travers divers témoignages recueillis, Hamid Abdelkader lève le voile sur cette personnalité révolutionnaire, tout en retraçant son parcours et définissant son rôle pendant la révolution algérienne.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Houari Boumediene...

Un homme, une révolution

(1954-1962)

Hamid Abdelkader

Houari Boumediene...

Un homme, une révolution

(1954-1962)

chihab editions

© Éditions Chihab, 2012

Isbn : 978-9947-39-020-7

Dépôt légal : 5479/2012

Tél. : 021 97 54 53 / Fax : 021 97 51 91

www.chihab.com

E-mail : [email protected]

Introduction

La personnalité de Houari Boumediene a suscitébeaucoup de passions et de polémiques. Sujet à controverse, il a été diversement cerné et décrit, tantôt par ses opposants politiques qui l’avaient dénigré et sont allés jusqu’à lui dénier un rôle primordial dans la révolution algérienne, en donnant de lui l’image d’un simple colonel cantonné dans la région de Ghardiamou à la frontière Est, tantôt par ceux qui l’avaient vénéré et l’avaient considéré comme un grand leader révolutionnaire qui n’avait pas failli à sa mission.

Le romancier Tahar Djaout le décrit comme bâtisseur d’un Etat, à l’instar de Massinissa et de l’émir Abdelkader. Même ses opposants politiques, à l’image de Mohamed Boudiaf, ont reconsidéré leur position envers Houari Boumediene le jour de sa mort, en cessant de le critiquer, ayant jugé que tout le peuple qui a marché derrière sa dépouille méritait d’être respecté.

Un grand nombre de leaders nationalistes furent victimes d’une profonde confusion, due essentiellement à une lecture politique de l’histoire. Toute une génération a malheureusement appris à lire l’histoire d’un point de vue purement politique. Le résultat est catastrophique, car toute notre histoire s’est vue être sujette aux luttes et aux enjeux politiques, communautaires et identitaires qui sévissaient dans la société. Car lorsque la société refuse l’ouverture, la mémoire devient le lieu privilégié de luttes et d’enjeux politiques.

La transmission de la mémoire de Houari Boumediene a été victime de cette vision rétrograde. Nous avons soumis la guerre de libération à la mémoire et non à l’histoire. Une fois que l’histoire est dissociée de toute influence politique, l’image de Houari Boumediene peut être sera perçue autrement. Ainsi le lecteur va découvrir tout au long de ce livre le rôle de Houari Boumediene pendant la révolution algérienne, retracé de re objective, loin de toute influence politique.

Lorsque l’insurrection armée du 1er novembre 1954 éclate, Houari Boumediene est étudiant au Caire. Il rejoint l’Egypte en 1951 où il côtoie les milieux nationalistes arabes et maghrébins, particulièrement le « bureau du Maghreb arabe », il décide alors d’interrompre ses études, et adhére au centre de Hélouân près du Caire, où il subit un entraînement militaire.

En février 1955, Ahmed Ben Bella, qui était membre de la délégation extérieure du Front de libération nationale (FLN) au Caire, lui confie la mission d’acheminer les armes en wilaya V dirigée alors par Larbi Ben M’hidi, à bord du Dinah, le yacht de la princesse de Jordanie.

Il arrive à bon port, et travaille sous les ordres d’Abdelhafid Boussouf. Très vite, il deviendra son lieutenant principal et adopte le nom de Houari Boumediene. Il montrait une grande prévoyance, et une connaissance aigue des hommes et de l’organisation militaire, sans négliger la dimension idéologique de la guerre révolutionnaire.

En 1957, Abdelhafid Boussouf qui accède au Comité de Coordination et d’Exécution (C.C.E), le nomme commandant de la wilaya V en raison de son efficacité discrète. Depuis il devient le plus jeune colonel de la révolution.

Un an après, Il devient le Chef du C.O.M.-Ouest, (Comité d’Organisation Militaire pour la zone Ouest), et réussi à établir une organisation parfaite, contrairement à son homologue du C.O.M.-Est, Mohammedi Saïd.

Peu de temps après, nous retrouvons Houari Boumediene dans l’affaire dite « complot Laâmouri » contre le gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A), où il fait montre d’une très grande discipline en tant que président d’un tribunal révolutionnaire condamnant les compagnons de Mohamed Laâmouri.

Il joue un rôle important lors de la réunion des 10 colonels, dite « Réunion des 100 jours » à la veille de la réunion du Conseil National de la Révolution Algérienne (C.N.R.A) (décembre 1959-janvier 1960), qui verra la création de l’Etat-major général (E.M.G). Il réalisera, selon plusieurs historiens français et algériens, en très peu de temps ce que Krim Belkacem n’a pas pu faire quelques années auparavant.

En 1962, il s’oppose au G.P.R.A., qu’il accuse dès le 4e C.N.R.A. réuni à Tripoli du 22 au 27 février 1962, de liquider l’Algérie à Evian. Il refuse les accords d’Evian et explique son attitude ainsi : « ma confiance, je ne pouvais la donner que sur un texte écrit, net. J’ai voté contre parce que les résultats de sept ans de guerre ne se retrouvent pas dans les textes que l’on nous a présentés. L’objectif de l’indépendance n’est pas atteint ; on nous promet seulement une indépendance formelle. Et je vois aussi qu’il n’y a rien qui puisse nous permettre de poursuivre la révolution ».

Il entre enfin, à la tête de l’armée des frontières en Algérie, et aide Ahmed Ben Bella à faire son entrée à Alger le 9 septembre 1962.

Chapitre I : Un Algerien nommé mohamed boukharouba

Une enfance dure

Houari Boumediene, de son vrai nom Mohamed Boukharouba, est né le 23 août 1932, dans la mechta de Beni Addi, à 15 km à l’est de Guelma, à proximité de la route menant à Constantine, au village Medjez Amar, de Aïn Hassaïnia (ex-Clauzel, qui porte aujourd’hui le nom de Houari Boumediene). Il est l’aîné d’une famille de cinq enfants.

Dès l’âge de quatre ans, il fréquente l’école coranique. En 1938, alors âgé de six ans, il rejoint l’école française à Guelma. Ses camarades se souviennent d’un petit garçon timide, secret qui aimait se mettre seul au fond de la classe et qui ne chahutait pas à la sortie1.

Slimane Benabada, instituteur de français à la retraite, camarade de classe, assis sur le même banc que lui, à l’école d’Alembert à Guelma entre 1940 et 1945, rapporte ce témoignage : « Nous étions (Mohamed Boukharouba et moi), en classe primaire. Il y avait des classes dites françaises et des classes indigènes. Les classes françaises étaient réservées aux fils de colons et aux enfants de notables, de riches commerçants, fonctionnaires... Nous étions en classe de CP 2 (cours préparatoire) avec M. Ségala qui au milieu de l’année fut appelé au service militaire et fut remplacé par M. Leroy qui continua à nous faire la classe jusqu’au mois de juin. Notre salle de classe était au rez-de-chaussée de l’école d’Alembert, actuellement C.E.M Mohamed Abdou2. »

Le journaliste français, Paul Balta rapporte dans une longue interview avec l’écrivain Mohamed Chafik Mesbah qu’un jour où il faisait observer à Houari Boumediene qu’il maîtrisait bien la langue française, ce dernier lui a précisé (ce qui ne figurait alors dans aucune de ses deux biographies3) qu’il avait rejoint l’école primaire française, à six ans et qu’il s’y rendait à pied. Il y avait acquis les bases qui lui serviront à se perfectionner dans cette langue. Ses parents l’avaient mis aussi, parallèlement, dans une école coranique où il apprendra, parfaitement, les soixante « hizb » du Coran.

Comme tous les enfants de cette époque, Mohamed Boukharouba a connu une enfance dure. La situation était telle, raconte-t-il, que « la majeure partie des Algériens ne mangeaient pas à leur faim (...) Un grand nombre de nos camarades de classe marchaient pieds nus et leurs vêtements étaient rapiécés ». Le petit Mohamed Boukharouba portait une djellaba de laine de couleur marron, tissée par sa mère4 au douar. Elle lui allait bien. Son visage était ovale, rougeaud, il était bien portant. Selon Benabada, comme Mohamed Boukharouba était plus grand de taille que ses camarades, le jour où le photographe venait comme chaque année pour faire des photos collectives de chaque classe, le maître le mettait en arrière-plan5.

L’instituteur Slimane Benabada poursuit : « Je ne l’avais jamais entendu se plaindre du froid, de la faim ou de la fatigue. Il affichait une fierté et une dignité remarquables pour son jeune âge, et je me souviens, comme si cela datait d’hier, qu’il n’avait jamais mis les pieds à la cantine scolaire faite pour les nécessiteux et les élèves qui n’habitaient pas la ville. Au début de chaque année, l’administration scolaire enregistrait les noms des élèves dont les parents étaient pauvres et les élèves qui habitaient loin de la ville. Mohamed n’avait jamais levé le doigt pour se faire inscrire et pourtant ses parents étaient à Beni Addi… Son père lui apportait de quoi se nourrir (blé, huile...) de la parcelle de terre qu’il avait à Beni Addi. C’était en période de guerre6. »

Dans la biographie qu’ils consacrent à Houari Boumediene, Ania Francos et J.P. Serini, notent que la tribu des Boukharouba a eu un jour de bonnes terres dans la vallée, à deux kilomètres au nord de Guelma. Mais vers 1850, des colons européens venant d’Espagne, d’Italie, de Malte et de Loraine, s’y sont installés.

Le père de Houari Boumediene, Brahim Ben Abdallah, petit propriétaire terrien, ruiné par la crise économique, avait décidé de confier son fils à Abdelkader Bensmaïn, un ami à lui qui travaillait comme secrétaire chez le notaire Bouracine, à la rue du Fondouk (aujourd’hui, rue Malika Bouzit) à Guelma.

Brahim Ben Abdallah devait comme c’était l’usage à cette époque, aider de temps en temps la famille qui accueillait son fils, en lui ramenant du douar des pots de beurre, des légumes, etc. Une sorte de pension indirecte, en somme. Deux ans plus tard, Brahim fut obligé de reprendre son fils à la demande d’Abdelkader Bensmaïn. Il sera placé chez un vieil homme surnommé Lekbaïli, de son vrai nom Ba Messaoud, un tailleur qui confectionnait spécialement des burnous (on peut comprendre pourquoi il avait une prédilection pour ce vêtement). Ce dernier habitait dans une grande maison située à la rue Mohamed Debabi (ex-Mogador) où il occupait une chambre de 14 m2 environ, où vivaient huit personnes, et qui faisait office de chambre à coucher, de cuisine, etc. Après un peu plus d’une année, selon Ali Bouhzila, oncle maternel du défunt Houari Boumediene, de six ans son aîné, on dira à Brahim Ben Abdallah qu’il devait changer de famille d’accueil. Qu’à cela ne tienne, les amis de Dieu sont nombreux, ce sera chez Kherchiche L’Hocine, dans la même rue, près de la porte de Skikda, dans la grande maison dite de « l’Allemand ».

Peu de temps après, il fut placé chez un cheminot, Rabah Bendoghmane. Houari Boumediene vivra donc dans la Cité des indigènes ou « Boumarché arabe », appelée ainsi pour la différencier de « Boumarché francisse », cité de villas somptueuses située à quelques centaines de mètres en face. Le fils de son hôte, Saci Bendoghmane, sera son copain et ami, voire un frère7.

Durant ces années, le projet Blum-Violette, avait soulevé chez les masses indigènes un immense espoir et causé un choc capable de créer une large unanimité sur la charte revendicative du peuple algérien. En matière indigène, dira Charles-André Julien, le colon algérien est obstinément et biologiquement, opposé à toutes réformes8.

Entre 1934 et 1936, la radicalisation des masses à gauche mène à la victoire électorale du Front populaire. Cette nouvelle situation accroit l’espoir d’indépendance des Algériens. La polémique « indépendance ou autonomie » revient au premier plan autour du projet Blum- Violette en 1936. Le gouvernement du Front populaire propose une assemblée indigène avec une forme de suffrage censitaire. Messali Hadj et l’Etoile Nord Africaine (l’E.N.A) rejettent cette réforme car elle créerait des divisions entre riches et pauvres en Algérie, et au sein du mouvement nationaliste et réclament l’indépendance totale.

Peu de temps après, Houari Boumediene entre à la Médersa El-Kettania de Constantine où l’enseignement était dispensé uniquement, en arabe. Il est certain cependant, qu’il avait déjà contracté le goût de la lecture, en français. Il l’a vraisemblablement, conservé toute sa vie.

Construite par Salah Bey en 1775, El-Kettania a été prise en charge par l’administration française à la fin du 19ème siècle. Lorsque le parti du Peuple Algérien (P.P.A) fut créé, Messali Hadj décide d’investir El-Kettania, et ordonne à ses militants de ne pas inscrire leurs enfants à l’institut Ben Badis. C’est dans cette Médersa que le jeune Houari Boumediene adhère au P.P.A. Il fut un militant ordinaire, il ne rêvait que de quitter le pays pour le Moyen Orient afin d’éviter le service militaire.

Le 8 mai 1945… « Ce jour là, j’ai vieilli prématurément »

Au mois de juin 1940, le jeune Houari Boumediene a huit ans. L’Algérie française fidèle à Vichy, vit à l’heure de la collaboration avec les nazis. Ce fut la période vichy, et de la révolution nationale des pieds noirs, qui sombrent dans un antisémitisme à l’hitlérienne.

Deux ans après, quelques militants du P.P.A. ont commencé à être imprégnés par l’action, ils appartenaient à une nouvelle génération de militants guidés par un jeune médecin nommé Mohamed Lamine Debaghine. Les aînés de Houari Boumediene, et plus précisément la génération qui était proche de lui, et qui fréquentait les lycées, critiquaient déjà leurs parents qui courbaient l’échine. Cette nouvelle génération croyait à l’indépendance comme unique fin, et à la lutte armée comme seul moyen pour se libérer du joug colonial.

Lorsque le 9 novembre 1942, les alliés débarquent à Alger, avec leur irrésistible masse de matériel de guerre, le pays est traumatisé, rationné, et touché par la famine. L’Algérie devient le bastion de la stratégie américaine en Afrique du nord, et les Algériens sont tout de suite subjugués par la force militaire américaine. Ils viennent de découvrir un vainqueur et, une France vaincue pour la deuxième fois en peu de temps. Cette défaite a été largement ressentie par les masses musulmanes. L’image d’une France coloniale forte commençait à tomber et à s’effriter aux yeux de la génération de Houari Boumediene. Ce fut un vrai choc moral, qui vit la poussée du nationalisme algérien, même dans les campagnes où les paysans dépossédés de leurs terres fertiles et refoulés dans des zones arides et caillouteuses, s’étaient résignés au fatalisme.

Ainsi, avec les désillusions, se généralise dans tout le pays le sentiment profond de la force du nombre et de la validité de la violence pour sortir de la spirale infernale de la colonisation, de la misère et de la sujétion. Les Algériens prennent conscience de leur identité et revendiquent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes9.