Infinity - Caroline Desreumaux - E-Book

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Caroline Desreumaux

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Beschreibung

Et dire que les sorciers pourraient contrôler ce monde … mais ils sont bien trop occupés à autre chose ! 


Malorie va devoir sortir des sentiers battus pour se libérer de la voie qui est toute tracée pour elle. L’amour a bien des facettes, et le destin réserve bien des surprises.


Un roman fantastique truffé de magie, à lire au plus vite !


À PROPOS DE L'AUTEURE


A 34 ans, Caroline Desreumaux écrit des romans depuis quelques années pour son entourage. Ces romans s'inscrivent dans le style fantasy. 

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Seitenzahl: 263

Veröffentlichungsjahr: 2022

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INFINITY

Caroline Desremaux

Chapitre 1

C'est au beau milieu du parc national des Carpates, en Ukraine, que le coven de Malorie s'est installé, il y a de cela plus de 4 000 ans. Ce petit havre de paix, isolé de la civilisation, bénéficie de tous les avantages. La nature offre de magnifiques montagnes, des forêts à perte de vue, des lacs et des rivières. Un vaste terrain de jeu que Malorie connaît maintenant par cœur. Il faut dire que cela fait plus de 200 ans qu'elle vit ici. Mais comme tous les adolescents, à présent, elle rêve d'une autre vie.

Le coven compte une trentaine de sorciers. Et à travers le monde, il doit y en avoir une vingtaine de plus. Tous se connaissent plus ou moins. Tous les cent ans, un rituel rassemble tous les sorciers. C'est une occasion pour les sorciers de se ressourcer, de laisser circuler les flux magiques et de refaire le plein de vitalité. Cette cérémonie est très importante pour pérenniser le pouvoir de chaque sorcier. Et c'est le pouvoir qui les rend immortels. Enfin … oui et non. Il faut savoir qu'à ce jour, aucun sorcier n'est encore mort de vieillesse ! Ils ne peuvent pas mourir de maladie ou d'accident non plus. Mais, s’ils le souhaitent, ils ont la capacité de se donner la mort eux-mêmes. Et en théorie, si tous les sorciers se liguaient contre un seul, ils pourraient certainement le supprimer. Mais cette hypothèse n’a encore jamais pu être vérifiée, faute de candidat à abattre. Mais revenons-en à l'immortalité. La croissance d'un sorcier est plutôt lente. À 20 ans, ils ressemblent physiquement à un bébé de 1 an. À 175 ans, ils en paraissent 10 et à 350 ans, ils ont l'apparence de quelqu'un de 20 ans. Les sorciers ne cessent de vieillir tout au long de leur vie. Alors, lorsqu’ils s’approchent des 1500 ans, ils ressemblent à des vieillards. Leurs corps se rabougrissent, ils se momifient petit à petit. Certains choisissent alors plutôt la mort.

Les sorciers deviennent fertiles pour la première fois à 350 ans. Ensuite, ils devront attendre un autre cycle de 350 années avant de l'être à nouveau. C'est pour cela que la population de sorciers s’accroît très lentement malgré leur immortalité.

Malorie est le deuxième enfant de ses parents, elle a fêté ses 200 ans il n'y a pas si longtemps. Et son grand frère, Marc, fait partie de ces sorciers qui préfèrent vivre parmi les mortels plutôt que de rester vivre au coven. Les sorciers dissidents enchaînent des vies fictives pour pouvoir s'intégrer aux mortels, mettant ainsi leurs pouvoirs au service du maintien de l’illusion. Ce type d'existences est plutôt mal vu par les sorciers du coven. Ils n'y voient qu'une perte de temps et d'énergie magique inutile. Les sorciers ne sont pas des êtres exubérants, bien au contraire. Le pouvoir ne leur monte pas à la tête, ils sont naturellement très mesurés, réfléchis et pragmatiques. Au coven, les sorciers s'emploient à créer de nouveaux sortilèges ou à chercher des solutions pour ralentir le processus de momification des Anciens par exemple. Ils leur arrivent de faire des excursions dans le monde des mortels mais c'est essentiellement pour décompresser, changer d'air avant de replonger dans le travail. Contrairement aux humains, ils ne sont pas du tout dans l'émotion ni dans la recherche de sensations fortes.

Chapitre 2

Pour célébrer ses 200 ans, Malorie décida de rejoindre Marc, son frère aîné, dans le monde des mortels. Ils ne s'étaient pas vus depuis environ 85 ans. Depuis qu'il était parti du coven. Et ils n'avaient jamais repris contact. Ils s'entendaient pourtant plutôt bien, ils passaient du temps ensemble et partageaient de bons moments. Mais en partant, Marc avait coupé les ponts avec tous les membres du coven, y compris avec sa famille. Seulement voilà, aujourd'hui Malorie avait besoin de se rapprocher de lui. Elle avait annoncé à ses parents son envie soudaine d'ailleurs, de voler un peu de ses propres ailes vers de nouveaux horizons. Elle était déjà allée ponctuellement dans le monde des mortels avec ses parents. Il fallait dépenser quotidiennement pas mal de magie pour subsister mais malgré son jeune âge, Malorie montrait déjà un très bon potentiel magique. Seul son inexpérience pouvait poser problème … c'est pourquoi elle avait pensé à rejoindre Marc. Le sort de localisation lui avait indiqué qu'il se trouvait sur une plage en Australie. Une destination fort attrayante pour couronner le tout ! Malorie prit un papier, un crayon et commença à rédiger une lettre.

« Mon cher Marc,

Comme tu peux t'en douter, j'ai passé les 200 ans récemment. J'ai décidé de partir quelques temps à la découverte du monde. Si tu le permets, j'aimerais que tu sois mon guide et mon ange gardien pour cette expérience. Cela nous permettrait également de nous revoir et d'apprendre à mieux nous connaître. C’est dommage que l’on se soit perdu de vue, tu ne crois pas ?

Si tu es d’accord, tu peux m'invoquer à n'importe quel moment. Moi, je suis prête ! »

Malorie coupa une petite mèche de ses cheveux qu'elle glissa dans la lettre afin que Marc puisse lui lancer un sort d'invocation. Elle craqua une allumette et récita la formule d'envoi. Elle enflamma la lettre et la regarda s'embraser entre ses doigts jusqu'à disparaître. Son cœur palpitait. Elle espérait tellement changer de vie … ne serait-ce que quelques années. Elle se sentait à l'étroit dans le coven, limitée. Les mortels ne l'intéressaient pas vraiment mais elle n'y connaissait pas grand-chose. Ce serait un bon moyen de voir pourquoi son frère avait choisi l'exile plutôt qu'une vie de sorcier au coven. Malheureusement, les jours passèrent et Marc ne donna aucun signe de vie. Malorie était déçue … non seulement il ne l'avait pas invoquée après avoir reçu le message, mais le pire, c'est qu'il n'avait même pas pris la peine de lui répondre ! Peut-être n'avait-il pas apprécié le fait qu'elle le recontacte uniquement parce qu'elle avait besoin de lui … alors qu'elle n'avait jamais pris la peine de prendre de ses nouvelles depuis qu'il était parti tout seul dans un monde inconnu, livré à lui-même. Malorie se mordit la lèvre. Depuis son départ, elle n'avait jamais vraiment pensé à lui. Le coven méprisait les sorciers dissidents alors le sujet était plutôt tabou. On n'en parlait pas, on préférait ignorer le problème. D'ailleurs, Malorie ne savait pas pourquoi son frère avait choisi de s'exiler.

Perdue dans ses pensées, Malorie était à table avec ses parents lorsqu'elle commença à ressentir des picotements dans la nuque. Un immense sourire s'afficha sur son visage. L'heure était enfin venue. Marc était en train de l'invoquer ! Elle salua ses parents et s'effaça progressivement de leur champ de vision. Malorie se matérialisa devant Marc. Elle se jeta dans ses bras. Marc fut surpris et hésita un instant avant de refermer son étreinte autour d'elle. Il enfuit son visage dans ses cheveux qui avaient un doux parfum sucré.

- J'ai bien cru que tu allais me laisser tomber encore une fois !

- Toujours aussi mélodramatique à ce que je vois.

- J'ai eu le temps d'imaginer toutes sortes de scénarios. Tu aurais au moins pu me répondre quelque chose pour me faire patienter.

- Depuis quand as-tu besoin que l'on te rassure ?! Il me fallait un peu de temps pour m'organiser avant de t'appeler. Tu as le don pour tout chambouler, tel un tsunami. Même à l'autre bout du monde, je n'arrive pas échapper à ma petite sœur.

- Serais-tu en train d'insinuer que je suis responsable de ta fuite ?

- Je ne fuie pas ! Je me tiens juste à l'écart des sorciers autant que possible.

- Avant d'être une sorcière, vois-moi comme ta sœur.

- Inutile de me le rappeler mais nous sommes des sorciers avant tout autre chose. Et cela pollue notre existence entière, qu'on le veuille ou non. En vivant au milieu des mortels, j'ai parfois la chance d'oublier qui je suis, ne serait-ce que quelques minutes, et c'est fou comme ça peut faire du bien !

Malorie ne s'attendait pas à voir un homme aussi amer. Dans ses souvenirs, Marc était plutôt quelqu'un de calme et de posé. Il tenait toujours des propos mesurés et il se montrait compréhensif. Elle ne lui connaissait pas cette haine des sorciers. Peut-être était-elle trop jeune à l'époque pour s'en rendre compte. Elle n'avait jamais posé de questions sur son départ … alors qu'elle passait le plus clair de son temps avec lui avant. Étrange. Elle aurait dû s'en inquiéter ou du moins chercher à savoir pourquoi Marc était parti du jour au lendemain sans préavis. Mais il faut croire que les sorciers ont le don pour s’adapter facilement aux imprévus.

- Et moi je débarque avec mes gros sabots de sorcière pour te rappeler qu'on existe quand même malgré tout. Je suis désolée, je ne savais pas que tu avais autant de rancœur envers nous.

- Ce n'est pas contre toi. Désolé pour cet accueil des plus tristes. Après tout, tu es ma sœur et je peux bien t'accorder un peu de temps. Considère ceci comme ton cadeau d'anniversaire un peu en retard.

- Je te remercie de m'offrir cette opportunité, c'est exactement ce que je voulais, ça tombe bien ! Je tacherai de te déranger le moins possible, c'est promis.

- Le secret pour réussir ta vie de mortel, c'est de t'immerger totalement dans le rôle que tu as défini. Ainsi, tu vivras une vie pleine de surprises, de découvertes et d'apprentissages. Laisse la sorcellerie de côté et affronte l'humanité avec les moyens du bord. J'ai déjà vécu différentes vies et à chaque fois, elles ont su me surprendre !

- Tu en parles avec passion. C'est tentant.

- Alors au boulot. Il faut que l'on mette en place un sortilège qui va te créer une identité à part entière dans ce monde.

Le lendemain matin, Malorie attaquait sa nouvelle vie. Malorie Park, 16 ans, petite sœur de Marc Park, 18 ans. Leurs parents avaient divorcé quelques années auparavant. Malorie était restée vivre avec sa mère à Canberra alors que Marc avait suivi son père sur la côte, à Brisbane. Leur mère s'était remariée depuis peu et elle passait le plus clair de son temps au travail. Malorie ne s'entendait pas très bien avec son beau-père et avait donc décidé d'aller vivre chez son père. Voilà pourquoi elle débarquait en plein milieu de l'année scolaire. Elle s'était inscrite dans le même lycée que Marc. C'était d'ailleurs l'heure d'aller en cours ! Malorie se regarda une dernière fois dans le miroir … avec le sort de Marc, elle paraissait avoir 16 ans. C'était étrange de voir son propre reflet et de ne pas tout à fait se reconnaître. Avec ses 200 ans, elle ressemblait normalement à une fillette de 10 – 11 ans. Elle était ravie de cette nouvelle apparence.

Grâce au sortilège d'intégration, Malorie était attendue au lycée, tout avait était prévu pour son arrivée et une place lui était réservée en classe. La première matinée se déroula sans encombre. Elle suivait le rythme comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle avait même eu l'occasion de discuter avec quelques élèves de sa classe. Lorsque midi sonna, Marc l'attendait déjà devant l'entrée de la cantine. Elle faillit ne pas le reconnaître. Elle se dirigea vers lui, soulagée de voir enfin quelqu'un de familier.

- Alors … vos premières impressions madame ?

- Bizarrement, j'ai l'impression d'être retombée en enfance. Les professeurs ressemblent à des animateurs et les élèves ne comprennent pas ce qu'ils font là. Je ne suis pas certaine qu'ils apprennent grand-chose ici.

- Je te l'avais dit, c'est dépaysant.

- C'est surtout une perte de temps.

- Faut avoir l'esprit plus ouvert surtout. L'enseignement est basique mais il y a des choses intéressantes tout de même. Et puis, quand tu te seras faite des amis, ce sera plus sympa, tu verras. Laisse-leur une chance.

Les semaines passèrent et Malorie réussit à s'intégrer. Elle était plutôt appréciée parce qu'elle était belle, gentille et intelligente. Mais Malorie ne connaissaient rien aux mœurs et coutumes des lycéens. Marc l’autorisa à se servir de la magie pour parfaire sa culture générale afin de pouvoir suivre les conversations de ses nouveaux camarades. Mais Malorie était prévenue, c’était la seule concession qu'avait faite Marc concernant l'utilisation de la magie dans le quotidien. Si elle voulait utiliser la magie et avoir une vie de sorcière, elle pouvait toujours retourner vivre au coven ! Bien entendu, elle pouvait également apporter des modifications au sortilège qui définissait sa vie humaine. Par exemple, manipuler le père fictif ou créer d'autres souvenirs pour que sa couverture reste cohérente. C’étaient des impondérables magiques.

Le temps filait à une vitesse folle. La fin de l'année scolaire approchait à grands pas. Avec les beaux jours, les fêtes se multipliaient, les week-ends plage, le camping ou bien les petits concerts organisés par le club de musique du lycée. Malorie appréciait ces moments de légèreté et d'insouciance. Elle se rendit compte que parfois, le bonheur résidait dans des petits riens. Boire un verre avec ses amis face à l'océan, faire un barbecue sur la plage ou encore écouter Erwan chanter et jouer de la guitare. Toutes les filles admiraient Erwan. Il faut dire qu'il avait tout pour lui. Un grand brun aux yeux noirs que ses cheveux venaient cacher lorsqu'il penchait la tête. Chanteur et guitariste dans le meilleur groupe amateur de la ville !

Lors d'une soirée organisée sur la plage, il se faisait tard et beaucoup de monde avait déjà déserté la fête. Malorie aperçut Marc autour du feu de camp. Il était seul et semblait perdu dans ses pensées. C'était rare de le voir tout le seul, il était en permanence entouré par des tas d'amis. Malorie, alla s’asseoir à ses côtés. Il affichait un air sombre avant de lancer un sourire à Malorie lorsqu'il remarqua sa présence. Pour détendre l'atmosphère, Malorie lui raconta quelques anecdotes sur le déroulement de la soirée avec ses copines. Marc se contentait de fixer les flammes et de hocher la tête de temps en temps pour lui signifier qu'il écoutait ce qu'elle disait. Elle se rendit bien compte qu'il avait l'esprit ailleurs.

- Merci de m'avoir fait découvrir cette vie formidable. Je comprends pourquoi tu as délaissé le coven. La vie des mortels est beaucoup plus amusante.

Marc eut un sourire amer et soupira avant de lui répondre.

- Ce que tu peux être naïve …

- Pourquoi tu dis ça ?

- J'ai vraiment l'impression d'avoir affaire à une gamine de 16 ans là !

- C'est bien toi qui m’as dit de m'immerger complètement dans cette vie-là, non ?

- Tu es consciente que ce que l'on vit là n'est pas représentatif de la vraie vie ?!

- Pourtant, leurs vies me semblent bien réelles …

- On est dans un contexte favorisé, dans une tranche d'âge qui ne connaît pas de vrais problèmes. J'ai connu des vies où enfance rimait avec violence, où il fallait fuir, se cacher pour échapper à la mort, où les gens crevaient littéralement de faim, où il fallait travailler jusqu'à n'en plus pouvoir et s'écrouler.

- Je ne vois pas en quoi ces vies sont plus vraies que celle-ci.

- Mais la souffrance, elle, elle est bien réelle.

- Pourquoi avoir choisi de t'infliger ça alors ?

- Parce que c'est ça aussi la vie des hommes. Lorsque les sorciers viennent ici, ils ne prennent que le bon côté, ce qui les arrange et ils se font une fausse idée du sort des mortels. J'étais comme ça moi aussi avant … je venais passer des vacances et je rentrais au coven l'esprit léger. Puis, j'ai commencé à m'intéresser à ces êtres que je ne comprenais pas. Je voulais percer le mystère. Je suis donc resté ici de plus en plus longtemps et de plus en plus souvent. Je vivais des vies faciles et je m'amusais beaucoup. Jusqu'à ce que je côtoie la misère et que je m'y penche de plus prêt. J'ai expérimenté toutes sortes de classes sociales à travers le monde, me laissant bercer par la dureté et la cruauté de la vie. J'ai nagé parmi les pires horreurs et les ténèbres m'ont contaminé encore un peu plus que je ne l'étais déjà. En fin de compte, j'ai quitté le coven s'en même en avoir conscience.

Malorie passa son bras autour de sa taille et posa sa tête sur son épaule. Elle ne disait rien. Ils restèrent ainsi un moment jusqu'à ce que quelqu'un fasse irruption derrière eux.

- Hey, Marc ! Alors comme ça, tu joues les romantiques au coin du feu sous le clair de lune …

- Salut Erwan. Il était super ton concert ce soir. Comme d'habitude tu me diras.

Erwan s'assit à côté d'eux en se laissant tomber lourdement sur le sable.

- Merci mec. Tu ne me présentes pas à ta nouvelle copine ? Tu as peur qu'elle tombe sous le charme ?

- Puisque tu y tiens, j'te présente Malorie, ma petite sœur. Et si tu ne séchais pas autant les cours, tu l'aurais croisé au lycée. Et Malorie, j'te présente Erwan, un pote qui s'intéresse aux filles trop jeunes apparemment.

Erwan protesta l'air outré et poussa Marc à la renverse pour se chamailler gentiment avec lui. Malorie se mit à rire. Elle aimait l'aura qu'Erwan dégageait. Il se démarquait des autres. Toutes les filles le regardaient avec envie. Mais lui, il semblait l'avoir remarquée elle. Malorie était flattée.

- Malorie, n'écoute pas ce que dit ton idiot de frangin. Je suis un adorable prince charmant, qui sait reconnaître une pierre précieuse quand il en voit une. C'est tout !

- J'aurais plutôt dit un pirate, attiré par tout ce qui brille mais bon …

- Maiiiiiis … ce n’est pas gentil ça ! Tu me juges alors que je suis innocent. Ce n'est pas de ma faute si je suis victime de mon succès ! Et par conséquent, je suis toujours bien entouré !

- Ma sœur aussi a du succès. Elle est plutôt populaire dans sa classe.

- N'importe quoi ! Ce n'est pas vrai. Je suis tout à fait ordinaire et comme les autres.

- Plus jolie que les autres en tout cas …

- Stoooop !!! Je ne veux plus rien entendre sortir de ta bouche ! Mes oreilles de grand frère se mettent à saigner ! Je fais une hémorragie les gars, faut que je rentre me coucher !

- Oh, tout de suite les grands mots ! Mais quel cinéma ! Restez encore un peu, le feu n'est pas encore éteint. Ce n'est pas prudent de le laisser sans surveillance ! Ce serait irresponsable de votre part !

Erwan avait toujours un ton taquin et un petit sourire malicieux au coin des lèvres.

- Bah, vous le surveillerez tous les deux. Moi, je file me coucher. Je veux être en forme pour pouvoir aller surfer avec tout le monde demain. Mais, fais gaffe, si j'apprends qu'il y a eu un incendie, j'te coupe la tête !

- Ah ah, t'inquiète, je gère ! Je ne te retiens pas plus longtemps. Bonne nuit !

Erwan n'en revenait pas qu'il laisse sa sœur seule avec lui ! Mais il n'allait pas s'en plaindre, bien au contraire. Malorie, quant à elle, était un peu mal à l'aise. C'est toujours compliqué de discuter avec des gens que l'on ne connaît pas. Et encore plus lorsque l'on aimerait faire bonne impression. Au coven, elle n'avait jamais eu ce problème puisque tous les sorciers se connaissaient depuis toujours. La timidité était spécifique au monde des humains. Mais malgré tout, ils parvinrent à discuter un très long moment autour du feu qui n'était plus qu'un tas de cendres. Elle ne pouvait pas lui parler de ses 200 années en tant que sorcière mais elle raconta des anecdotes qui auraient pu se produire si elle avait été humaine. Elle lui avoua qu'elle n'avait encore jamais eu de petit copain parce que jusqu'à maintenant, elle avait eu une vie très différente de celle-ci. Erwan était quelque peu dubitatif mais après tout, tout était possible. Ce détail avait un certain charme. Les autres filles ne l'auraient pas assumé aussi facilement que Malorie. Erwan vit ça comme un défi. Il serait le premier. Un enjeu de taille.

Chapitre 3

Les examens de fin d'année approchaient à grands pas. Erwan n'avait plus le choix, il devait réviser à fond s'il voulait avoir une chance d'obtenir ce maudit diplôme ! Il pourrait alors partir à la fac et tenter de mieux faire connaître son groupe. Il avait des rêves et des projets pleins la tête. Et par chance, il pouvait lier l'utile à l'agréable pour les révisions. Marc avait accepté de l'aider à réviser. Cela lui donnait l'occasion d'aller chez lui et de pouvoir croiser Malorie fortuitement.

Les révisions avançaient bien mais il avait accumulé tellement de retard et de lacunes que la mission était quasiment impossible. Il lui faudrait un miracle pour réussir les examens. Mais ce qui le démoralisait le plus dans ces révisions titanesques, c'était qu'il n'avait pas pu apercevoir Malorie ne serait-ce qu'une seule fois ! Ça le rendait dingue. Il ne comprenait pas pourquoi elle restait aussi distante avec lui. Le soir du feu de camp, ils avaient bien accroché pourtant. Au moment de se quitter, il avait voulu prendre son numéro de portable mais il n'avait plus de batterie. Il lui avait donc noté le sien sur son téléphone en lui disant de ne pas hésiter à lui envoyer un message. Mais il n'avait rien reçu. Ni le soir en rentrant, ni le lendemain, ni les jours qui suivirent. Peut-être avait-il mal noté le numéro ? Ou bien n'osait-elle pas lui envoyer de message ? Et si elle lui avait envoyé un message qu'il n'avait jamais reçu ? Il devait savoir, il ne supportait pas de rester dans l'ignorance. Erwan s'excusa auprès de Marc pour aller faire un tour aux toilettes. Il décida de se tromper de porte et de rentrer par erreur dans la chambre de Malorie. Elle était couchée à plat ventre sur son lit, les écouteurs sur les oreilles, en train de faire ses devoirs nonchalamment. Lorsqu'il entra, elle tourna la tête vers lui et descendit le casque autour de son cou.

- Oh pardon, excuse-moi, j'me suis trompé de porte !

- Salut ! T'inquiète, ce n'est pas grave, les devoirs devraient survivre à cet affront !

- Pour me faire pardonner, je peux t'aider à les faire si tu veux. Je suis en terminale alors, ça ne devrait pas trop poser de problème.

- C'est gentil mais ça va. C'est plutôt facile. Et puis, tu as des révisions importantes à faire de ton côté me semble-t-il.

- C'est vrai qu'il faut que je m'occupe de ça aussi … c'est dommage que tu ne puisses pas m'aider. Je préférerais travailler avec toi plutôt qu'avec ton frère. Il m'énerve à tout savoir !

- Qui te dit que je ne suis pas une surdouée cachée ?!

- Parfait, alors aide-moi !

- Je plaisantais. Je n'ai aucun talent particulier.

Voyant que la conversation touchait à sa fin, Erwan arrêta de tourner autour du pot et se lança à poser la question qui le tourmentait depuis une semaine.

- Pourquoi tu ne m'as pas envoyé de message ?

- Le lendemain on a fait un tournoi de beach volley avec les copains et ensuite, Marc m'a dit que tu devais te mettre au boulot pour avoir une chance de décrocher ton diplôme alors, je ne voulais pas perturber tes efforts.

- Il y a un temps pour chaque chose tu sais. Moi, je ne pouvais pas te contacter puisque je n'ai pas pu prendre ton numéro.

- Oh, tu avais quelque chose à me dire ?

- Non, non, rien en particulier. Bon … ce n’est pas le tout mais faut que j'y retourne sinon ton frère va croire que j'ai déserté ! A plus Malorie.

- Ciao !

Erwan était en train d'expérimenter la sensation de courir après quelqu'un. D'habitude, les filles recherchaient sa compagnie mais Malorie restait distante malgré le fait qu'elle semblait tout de même intéressée par lui. Cette fille était étrange. Erwan n'appréciait pas trop que les rôles soient inversés. Certaines filles auraient tué pour avoir son numéro …

Le lendemain matin, au lycée, Erwan croisa Malorie dans les couloirs entre deux cours. Ils s'arrêtèrent discuter une minute. Erwan lui proposa d'aller manger une glace après les cours. Malorie accepta en le gratifiant d'un sourire avant de reprendre son chemin pour ne pas arriver en retard en classe. Il resta un instant à la regarder s'éloigner. Des filles regardaient la scène de loin. Elles transpiraient la jalousie. Pourquoi s'intéressait-il à elle ?

À 17h, Erwan était au milieu de la cour, entouré par une multitude de personnes comme à son habitude. Il guettait discrètement le porte. Lorsque Malorie apparut, elle leva les yeux vers l’attroupement. Erwan était en pleine discussion et faisait mine de ne pas l'avoir remarqué. Malorie traversa la cour sans s'arrêter et franchit le portail extérieur du lycée. Erwan ne l'avait pas quitté des yeux. Il s'était un peu senti désemparé lorsqu'elle ne s'était pas arrêtée au niveau du groupe. Il prit congé de ses amis et se dirigea vers la sortie. Des millions de questions se bousculaient dans sa tête. Il était frustré de se retrouver dans cette situation. Puis, soudain, ses yeux se posèrent sur Malorie. Elle était là, adossée contre l’abris-bus, elle l'attendait. Il fut soulagé en un instant.

Ils dégustèrent une glace tout en se baladant sur la plage. Ils parlèrent de tout et de rien. Erwan demanda à Malorie ce qu'elle comptait faire après son diplôme mais elle ne sut quoi répondre. Elle avait bien du mal à se projeter, elle n'y avait jamais réfléchi car elle ne s'était jamais posé la question. Elle n'avait aucune idée de son avenir en tant qu'humaine, ni en tant que sorcière d’ailleurs !

- Tu parais bien songeuse …

- Figure-toi que je ne sais pas trop quoi te répondre en fait. Je viens de réaliser que je ne me suis jamais posé la question et que je n'ai aucune idée de ce que je voudrais faire plus tard.

- Pourtant, depuis tout petit, les gens n'arrêtent pas de nous demander ce que l'on voudrait faire quand on sera grand. On a tous des rêves de gosses plus ou moins réalisables.

- Je me suis toujours dit que j'avais le temps et que je verrais bien le moment venu.

- Moi j'espère pouvoir percer dans la musique car il n'y a que ça que j'aime faire. Mais si ça ne marche pas, je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre.

- Tu sais au moins dans quelle direction tu veux aller, c'est déjà pas mal comparé à moi.

- Je ne m'inquiète pas trop pour toi, tu auras l'embarras du choix. Et comme tu dis, tu as encore un peu le temps après tout, avant de te décider.

- Oui, on verra bien si je me décide pour astronaute ou bien charmeuse de serpent dans cirque itinérant …

- Moi je suis déjà charmé en tout cas.

Erwan se pencha vers Malorie pour l'embrasser. Elle ne bougea pas, curieuse de voir ce que cela allait donner. Son premier baiser. Avec l'un des mortels les plus intéressants qu'elle ait pu croiser jusqu'à maintenant. L'expérience était des plus plaisantes. Marc avait raison, les humains avaient des émotions et des coutumes dépaysantes. Malorie était assaillie par des sentiments contradictoires. Le temps était suspendu et son cerveau analysait des tas de choses en même temps. Et lorsqu'Erwan l'enserra dans ses bras, une sensation de bien-être l'envahit.

- Tu es tellement jolie.

- C'est la première fois que quelqu'un m'embrasse.

- Ça m'étonnerait que je sois le premier.

- Et pourtant, c'est bien le cas.

- Je t'ai alors volé ton premier baiser !

- On va dire offert plutôt que volé, non ?

Ils s'embrassèrent à nouveau avant de se remettre en route. Il la raccompagna jusqu'à chez elle tel un gentleman puis s'en retourna chez lui tout guilleret.

- Alors ? C'était bien ?

- De quoi tu veux parler ?

- Bah de ton rencard avec Erwan ! Tout le monde ne parlait que de ça au lycée.

- Ah bon ?! Ouais c'était sympa. On n’a pas fait grand-chose, on s'est promené sur la plage en mangeant une glace puis avant de se quitter il m'a embrassé.

- Mmmm … le premier flirt. C'est excitant, tu ne trouves pas ?

- Mon cœur s'est un peu emballé et j'avais les jambes en coton. Appréhension et émerveillement je dirais. Un ressenti intéressant.

- Arrrgh ton côté sorcier ressort encore ! C'est frustrant. Ça gâche ce genre de moments ! Faut penser à rien pour profiter vraiment de l'expérience.

- Mais à un moment, je n'ai pensé à rien et je me sentais bien.

- Ton cas n'est peut-être pas aussi désespéré que ça alors … mais en tant que bonne adolescente que tu es, tu devrais être survoltée et accrochée à ton téléphone pour tout raconter dans les moindres détails à tes copines !

- J'aimerais mieux arrêter le temps pour pouvoir réfléchir sereinement à tout ce qu'il vient de se passer. Beaucoup de questions se bousculent dans ma tête et je n'arrive pas à y mettre de l'ordre.

- Ah, la voilà la fameuse crise d'ado ! Quand les hormones viennent tout perturber …

- Au risque de te décevoir, je crois que tu fais fausse route. Quand on se promenait, il m'a demandé quels projets d'avenir j'avais et je n'ai pas su quoi lui répondre.

- Oh ! Vous en êtes déjà là ?!

- J'ai réalisé que je n'en savais rien. Tu te rends compte, je n'y ai jamais pensé ! Je ne sais même pas ce que j'envisage de faire de mon avenir !

- De quelle vie parles-tu ?

- De ma vie de sorcière bien entendu !

- Ouais, j'me disais aussi que c'était bizarre de te voir avec un air aussi sérieux en parlant de ta vie humaine.

- Je dois absolument trouver des réponses. Comment ai-je pu avancer jusqu'ici sans savoir où je voulais aller au final ?! C'est étrange, non ?

- La vie au coven ne nous incite pas vraiment à nous poser des questions. Mais tu vois, tu ne seras pas venue ici pour rien au moins.

Malorie passa une nuit agitée. Qu'est-ce qu'elle aimerait bien faire de sa vie ? Qu'est-ce qui pourrait bien la motiver à aller de l'avant ? C'est peut-être pour cela, qu'inconsciemment, elle avait rejoint son frère. Contrairement à lui, elle ne ressentait pas le besoin de s'éloigner des sorciers et de la magie. La vie des mortels avait énormément de choses à lui apprendre, comme le lui avait dit Marc, cependant, son destin l'appelait ailleurs. Erwan lui avait permis de découvrir le sentiment amoureux et c'est dans cette direction qu'il fallait creuser, elle en était persuadée. L'amour était mystérieux, incompréhensible et insaisissable. Un challenge à lui tout seul. C'était exactement ce dont elle avait besoin pour mener une vie heureuse.

Le lendemain matin, comme à son habitude, Malorie arriva pile lorsque la sonnerie retentit. Ses copines venaient toujours en avance pour avoir le temps de discuter avant le début des cours. Aujourd'hui, elles auraient rêvé que Malorie fasse de même. En effet, tout le monde au lycée ne parlait que de ça. Erwan sortait avec Malorie ! C'est Tania qui les avait vu s'embrasser la veille sur la plage. En un rien de temps, la rumeur fusa à travers tous les téléphones des lycéens. La terrible nouvelle affligea un grand nombre d'admiratrices d'Erwan … comme à chaque fois qu'il avait une nouvelle copine ! Malorie était au centre de l'attention et cela ne lui plaisait guère. Elle était harcelée de questions et de reproches.

- Pourquoi tu nous l'as caché ?

- Je ne l'ai pas caché ! Ça vient juste de se produire. J'allais vous en parler.

- Pourquoi tu ne l'as pas fait hier ?

- Parce que je comptais vous le dire aujourd'hui directement.

- Tu aurais dû nous appeler tout de suite !

- On s'est juste embrassé, pas de quoi lancer une alerte planétaire !

- Tu rigoles ! C'est une bombe atomique cette nouvelle ! Tu n'as pas vu la tronche de Laura ce matin, sa dernière copine, elle était dans tous ses états !

Les filles jacassèrent ainsi toute la matinée, à se lancer des petits mots à travers la salle et à chuchoter sans jamais s'arrêter. Malorie était à bout de nerfs. Cette meute de loups affamés l'irritait au plus haut point. Dans un premier temps, elle tenta d'arrondir les angles et de calmer les esprits mais il y en avait toujours une pour en remettre une couche. Malorie ne rêvait que d'une chose … les réduire au silence ! Mais ce serait la guerre avec Marc si elle leur jetait un sort pour s'en débarrasser. L'heure du déjeuner approchait, Malorie envoya un SMS à son frère : « par pitié, viens manger avec moi en ville à midi. Je ne supporte plus les mortels ! ». La réponse ne se fit pas attendre.

- affronte ton destin avec courage ;) 

- elle est belle l'entraide entre frangins, tiens !