Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
... L'aube vient quand-même
Le ciel est encore là
Il pleut
Vous sortez
Vous marchez
Attention !
Coupure
Éboulis
Écroulement
Partout des vagues
Félines blanches...
Chaque fois que je viens sur la hauteur du Cap Blanc-Nez, par temps clair et dégagé, je suis saisi du même frisson devant l’étendue des vagues qui cavalent jusqu’au mur de craie blanche au loin. Vertige du Temps ! Ici se chevauchent et s’intensifient toutes les coupures, mon bref segment de vie, les six millénaires d’irruption marine qui ont fait de cette vallée nommée Doggerland par les géologues un fossé large de trente-cinq kilomètres, la fracture entre langues anglo-saxonnes, celtes et romanes, l’interminable suite de liens et scissions dans l’Histoire de l’Occident. Debout à la verticale des craies fragmentée par l’érosion de l’eau c’est le bruit palpable du Temps lui-même que j’entends, corps d’écume et de vents. N’est-il pas nouveau que notre Mémoire s’approfondisse aux fosses de l’archéologie (St. Acheul, Chauvet, Lascaux), s’accroisse d’effondrements cosmiques (Storregas, Tsunamis) ? Et si c’était à l’horloge des irruptions marines que nous allions devoir calculer notre âge désormais ? Ici, à Blanc-Nez, promontoire miniature, je recommence d’aller cueillir la fleur ancienne «Sagesse des sommets». Tailler de minimes marches d’arrêt dans le Temps requiert le sens des pentes, de l’étalement des plans. Exercices de souffle suspendu, aujourd’hui, au-dessus du chenal, du Channel!
J. D.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Darras compose depuis 1988 un poème en huit chants sur une petite rivière côtière du Ponthieu et du Marquenterre, la Maye — il livre ici le premier texte du chant VIII intitulé « Le Chœur maritime de la Maye ». Il a par ailleurs traduit de l’anglais
Walt Whitman,
Samuel Taylor Coleridge,
Ezra Pound,
William Carlos Williams,
Allen Ginsberg,
Malcolm Lowry, etc.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 129
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Jacques Darras
Irruption de la Manche
Poème avec dix-huit gouaches
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6671-2
© Le Cri édition,
Avenue Léopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
En couverture: © Gouache originale de l’auteur.
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Ce texte ouvre le volume VIII du poèmeLa Maye,
intituléLe Chœur maritime de la Maye
1.Blancheur approximative de Blanc-Nez
NEITHER IN A SINGLE NIGHT NOR IN A SINGLE DAY
NEITHER IN A SINGLE MONTH NOR IN A SINGLE WEEK
NEITHER IN A SINGLE YEAR NOR IN A WHOLE DECADE
NEITHER IN A CENTURY NOR IN MANY SUCCESSIVELY
NEITHER IN A MAN’S LIFETIME NOR IN HIS FAMILY’S
NEITHER IN A MAN’S MEMORY NOR IN HIS PROGENY’S
NEITHER IN A WOMAN’S MISGIVINGS NOR IN HER HOPES
NEITHER IN A CAIRN’S RAISING NOR IN ITS ERASING
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Est l’infinitif de la mer
Est l’infinitif de la mer infiniment infinitive
Est l’infinitif de la mer revenant au repos d’elle-même
Est l’infinitif de la mer revenant verbe à elle-même redevenue nom
Est l’infinitif de la conjugaison ambiguë de la mer
D’elle-même avec elle-même
Dans la détente du temps
Dans la détente pulmonaire pneumatique du temps
Dans le froissement de plèvres marines du temps
Dans l’ample souffle de marathonien du temps
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Ce qui revient avec la mer c’est l’illusion du revenir
Ce qui revient avec la mer c’est l’illusion du mouvement de la vague
Ce qui revient avec la mer c’est l’illusion de l’avancée de la vague
Ce qui revient avec la mer c’est l’illusion de l’allongement de la vague
Vers le sable
Vers la dune
Vers les terres
Vers nous
Le revenir de la mer est le revenir de la cavale imagée du souffle
Le revenir de la mer est le revenir de la succession des images
Le revenir de la mer est le revenir de l’illusion de course des images
Le revenir de la mer est l’effacement de l’infinitif en lui-même
En sa dépense minimale d’infinitif
En sa dépense minimalement infinitive d’espace
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
L’infinitif revenir de la mer est la plus haute image du temps
L’impensable image de l’impossibilité d’être du temps
Autrement que sous l’image du repos actif de la mer
Du long revenir de la mer sur elle-même
Dans la multiplicité plurielle des vagues
Revenant à plusieurs en même temps à l’infinitif du revenir
Revenant à l’impassible l’impossible unité infinitive du revenir
Revenant à l’illusion d’une fin frontalière définitive
Que l’expiration de l’eau sur la terre déterminerait
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
Revenir
*
Je me trouve au Touquet c’est en 1930
Je croise mes parents ils ont quinze
Et seize ans ils ne me reconnaissent pas
Or je sais moi — privilège de l’âge —
Qu’ils furent mes parents, eux s’en vont
Par les rues qui conduisent à la plage
Se tenant par la main et marchant
Dans le bonheur d’une journée d’été
Sans nuages, les villas sont récentes,
Il y a de grands espaces pour chacune,
Des vacances pour une ville de vacance
Et dans le bois de pins qu’on nomme
« La forêt » on ne trouve que des arbres,
Pas encore des rêves de retraités.
J’avance dans leur dos ils parviennent
À la mer : « Regarde ! s’écrie ma mère
Comme elle n’a pas changé ! » Descendus
Sur le sable ils s’approchent des vagues,
Ils se mettent en maillot, bretelles sur la
Poitrine l’un et l’autre, c’est une cure
De jouvence pour eux jeunes et pour moi
Qui suis leur aîné quoique pas encore né.
La mer ne change pas non la mer ne
Change pas mais alors qu’est-ce qui change ?
Qu’est-ce qui nous donne le change,
L’illusion d’avancer puisque, dans la mémoire,
Mon père, ma mère et moi leur produit
Fréquentons la même plage au même
Âge sans nous êtres rencontrés ?
Ces Terrassiers creusant
Tranchée d’aval
Afin que crues de Somme
Ne s’emplissent d’eau de mer des marées
Tant elle depuis sa source
Est basse donc
Sujette à inondation
Savaient-ils qu’en même temps qu’ils œuvraient
Dans l’Espace
Ils ouvraient l’Écluse
Du Temps ?
Coup de fer sur un os
(Rhinocéros ?)
Voici jaillir l’étincelle à partir de quoi Illuminer
Nos antécédents :
Depuis nous marchons courant Mémoire Continue
Dont Dieu Ier
(Lux ! Lux !)
Dans nos cerveaux posa Le Filament —
N’eussent-ils heurté cet os de forme spécifique
Qu’ils fussent passés à travers
Grande Fosse Commune L’Anonymat
Or Chance !
Chance !
Le caillou (« Biface » pour la science)
Qu’une main humaine d’il y a cinq cent mille ans
Tint pour tuer
Abel ou Caïn ou tel renne paissant paisiblement
Les arrêta net :
Ah ! comme j’eusse aimé
Oui eusse aimé !
(Conditionnel passé irréel du présent)
Entendre tinter la Crayeuse
Pépite qui de l’or
Auquel s’activaient alors Tamis d’Amérique
N’avait pas l’étincelant
(étain celant)
Quand d’Abbatis VillaAbbeville
Ville d’Abbés
S’exhuma
Flamboyante Majesté Soi-Même
Le Temps
Utile à rien d’autre qu’à la futilité de voir les autres vieillir
Et qu’en cette Ville-Somme
D’où je naquis-naîtrais
Cent ans exactement plus tard
(Boucher des Pertes ou Crévecœur ?)
Lui
Temps
Nous rajeunit rajeunissant lui-même
Par simple hasard
D’un TPC
i.e
Tout Petit Caillou (You !)
Biseauté
Chantourné
Chanfreiné
Dont la bi-face
N’avait dû prendre que quelques jours/heures au plus
À tailler
Et
Demeurer cachée
De nous
Cinq cent mille ans
Car distances temporelles sont distances
D’avec nous
Qui jouons
À nous faire peur
(Hou ! Hou !)
Donc pourquoi ne pas s’insurger
Contre règles
Faites par Matière à nos
Os osant par
Exhaussement anticipé de leurs ossements
Nous anthumer
Nous avancer
De notre vivant
À La Grande Horloge Résurrectionnelle
Les confiant
Les confisant Vers & Vertébres
(Confit et Or)
À de Grands Mannequins
Pour defilés verbaux
Squelettes marchant Anche Manche
Bien dégagée vers l’Avant ?
DID THE NORTH SEA WAVES RUSH IN AUDIBLY
DID THE SUB-ARCTIC WAVES CONQUER DRAMATICALLY
DID THE NORWEGIAN STORREGA SLIDE DECISIVELY
DID THE DOGGERLAND SHORE SUBSIDE GRADUALLY
FOR THE FLOODING MUST HAVE BEEN SLOW AT FIRST
FOR IT MUST HAVE STARTED AS GENTLE TRICKLING
FOR IT MUST HAVE SOUNDED LIKE ANY OTHER OOZING
FOR IT MUST HAVE SEEPED IN BEYOND ANYONE’S NOTICE
Nous nageons dans la mer
Nous nageons dans l’amour
Nous écartons nous refermons les jambes
Nous avançons au ciseau
Nous ouvrons les bras nous fermons les bras
Nous glissons sur le ventre
Nous glissons ventre à ventre avec l’eau
Nous avançons dans l’eau femme
Nous mimons la mer
Nous nous mimons nous-même naissant dans l’eau
Nous nageons dans un rêve d’eau portante d’eau montante
Nous nous appuyons l’un sur l’autre
L’un sur l’outre
L’un sur l’eau
Ohohohohoh !
Nous pesons
Nous pensons
Nous ne pensons plus
Nous dansons nous dansons nous dansons
Nous nageons la danse
Nous dansons la nage
Nous sommes en nage
Nous sommes en danse
Nous sommes en transe
Nous sommes en cadence
Ohhhhhhhhhohhhhhh !
Nous chantons
Nous crions
Nous créons
Nous croyons
Nous croyons
Nous croyons encore encore encore
Nous croyons
Nous rions
Nous avons crié cru ri
Nous croierons crierons rirons
Nous crûmes criâmes rîmes
Nous rimons rimerons rimâmes
Nous ramons ramerons ramâmes
Nous sommes un petit rameau de la grande conjugaison
*
Un ancêtre fut Paul Mas
Que je vois en mémoire
Enfant vieux de cinq ans confié aux vieillards
Par la guerre des Grands
Or si petit fussè-je
Des Grands je me moquais
La moquerie je la garde
Intacte au fond de moi
Préférant la rivière pour moi chose seule sérieuse
Comme je la préférais
À ce grand-père d’arrière arrière-
Flandre au cou brut
Maître d’arme en son temps
Qui fut la Première Guerre
Nous c’était la seconde
Et le siècle s’écoulait tel un flot de sanies
Moi j’étais dans mon nid
Grandissant poule d’eau
Sarcelle ou bien héron
Oreille proche du courlis
Contemplant la matière d’en haut
Et sifflant son mépris
Paul Mas je l’ai dompté
La Maye l’amollissant il
Consent aujourd’hui à couler en rivière
Maas que j’ai fait Meuse
En tirant sur son « a »
Poème, admettez-le, c’est
Aussi faire la guerre
C’est à Amiens sur la colline
Où Saint-Martin dit-on en deux
Coupe son manteau
Par le milieu
Faisant cadeau d’une moitié
À un pauvre hère (considérez
L’usage du glaive qu’il eût
Pu faire comme de
Trancher le pauvre en deux
Moitiés de ver
De terre) c’est au sommet
D’où l’on domine
La Somme ses affluents
L’Ancre l’Avre la Noye lesquelles cheminent
En un dédale de marais
Semblable aux dalles cathédrales
Dalles noires dalles blanches
(Et l’on se prend à mé-
Diter lequel des deux — étangs
Carrelage — imite l’autre)
C’est le quartier qu’on dit Acheul
Où est un trou dans de l’argile
« Acheuléen »(Acheul/Achille
Le bien nommé qu’à son talon Zénon
D’Élée haussa d’une semelle immobile)
En préhistoire désigne cent
Mille ou deux cent mille années
Bien avant les Martins
Moitiés manteaux moitiés sainteté
Soldats du Christ Humanitaire
Car quant à partager
Le temps en deux
Pour nous pauvres mendiants
Grelottant sur la Terre
Voyez quelle injustice
Voyez quelle équité
Dites-nous quel cavalier du haut de sa monture
A pu ainsi tirer
À lui toute l’étoffe pour s’en faire
Une parure
Ou bien soutiendrez-vous qu’il fallait
Que l’injustice fût
Pour qu’elle soit réparée
Imposture ! Imposture !
Le tout petit caillou que montre sur une photo
Le doigt d’un terrassier
Cependant que d’Amiens son frère
Assis cul sur sa
Brouette pour l’éternité
Fait scandale
Nos sandales éléates nos semelles ailées
N’avancent plus depuis lors
Percluses par ce gravier
Qui altère la marche qu’aux étoiles nous visions
Toutes ces tonnes de terre comme du temps raffiné
En poussière
Nous écrasent
Nous assomment
Et la Somme n’est pas si vive rivière
Que nous puissions nous y laver
(Les yeux sinon les pieds)
Y lisant le reflet
De pourquoi nus nous sommes
Depuis plus de cent deux cent mille ans
Plus qu’à moitié
YET THE FISHER-HUNTERS WHO ROAMED THE LAND
YET THE HARPOON-CARVERS WHO SCOUTED THE SEA
YET THE SHELL-GATHERERS WHO ADDED UP MIDDENS
YET THE WHELK-GULPERS WHO FEASTED GLEEFULLY
CANNOT BUT HAVE ASSESSED THE RISING TIDE-LEVELS
CANNOT BUT HAVE DISCUSSED THE ENCROACHING SEA
CANNOT BUT HAVE HAD THOUGHTS OF RAISING DAMS
CANNOT BUT HAVE PLANNED UP FURTHER MIGRATIONS
2. La Guerre de l’Érosion n’est pas totalement achevée à Escalles.
Nous passerions l’agrégation du sable
Nous apprendrions la culture du raffinement
Nous nous minimiserions
Nous nous amoindririons
Nous nous rapetisserions
Nous nous rémoulerions
Nous nous laminerions
Nous nous ponctualiserions
Cela prendrait au mieux plusieurs siècles
Plusieurs millénaires
Plusieurs ères
Plusieurs éons
Nous irions tous les jours à l’école de l’érosion
Nous nous placerions à la disposition du vent
Nous nous laisserions manipuler par les rouleaux de la mer
Nous essaimerions sous forme de grains
Nous deviendrions plage
Nous serions vacance
Nous ferions le vide en nous
Nous ferions le vide autour de nous
Nous fermerions la porte au ciel
Nous jaunirions
Nous nous hâlerions
Nous nous confondrions avec l’été
Nous réverbérerions
Nous réfléchirions
Nous nous abstrairions
Nous nous indifférencierions
Nous nous généraliserions
Nous entrerions dans la famille de la poussière
Nous serions ses élus
Nous aurions du grès dans notre pedigree
Nous aurions du granit dans nos grains
Nous prendrions la dorure des champs aurifères
Nous serions devenus le sable
Nous nous agrégerions
Nous serions agrégés
*
C’était au printemps 2004
C’était en Mai et il pleuvait
C’était un huit Mai de pluie
Soit un Jeudi soit un Samedi
Ou un Dimanche ou un Lundi
Ma mère ma mère se mourait
Cela prenait beaucoup de temps
Nous vînmes en fin d’après-midi
Nous refermâmes nos parapluies
Dans l’ascenseur vers les étages
« Méconnaissable ! » fut notre mot
Méconnaissable l’avait la peau
Désassemblée de sur ses os
Triangulée menton plongeant
Dans les poumons tambour battant
Nous eûmes froid elle avait chaud
Ultime tentative du Printemps
Pour faire rebouillir son sang
Cette nuit-là elle s’éteignit
D’excès de feu sa lumière vit
Voici un an qu’elle se propage
Comme chaque année qu’approche
Mai moi je plierai en 8 mes phrases
Je chanterai : mère refleuris !
Vous dites Amiens ?
Je dis Cagny je le maintiens
Dans la petite banlieue
D’Amiens
À quelques pas de l’Avre
Et des carrières de craie de Boves
Qui sont des « boves »
Autrement dit des grottes qu’on fait
Dans la craie
D’où extraire la pierre à cathédrales
Dont l’amiénoise
(Vous y tenez !)
Cagny je dis
Même si Cagny ne vous plaît pas !
Pourquoi ?
J’y viens
Venez-y avec moi
Poussons ensemble une clôture
Ouvrant sur prairie de pommiers
Avançons jusqu’au pied
D’un talus
La cathédrale est là
(Vous vous moquez ?)
Regardez face à vous
La paroi
(Qu’y voyez-vous ?)
J’y vois ce que je sais pour l’avoir lu
Cette falaise en terre
Crue
Est le Conservatoire du Temps
Depuis cinq cent mille ans
Quelle église
Vous en donne autant ?
Asseyez-vous restez debout comme vous voudrez
Et méditez
Nul sacrifice n’est demandé
À vos genoux
Nulle supplique à vos doigts
Tenus joints
Admirez ces sept mètres d’argile naturelle
Naïvement
Comme si c’était un nuancier
Du Temps
Et qu’au lieu de nuages comme en contient le Ciel
Ces dépôts de terre ocre
Terre brune
Terre pâle tirant sur le blanc craie
Se fussent l’un après l’autre
En pluie fine déposés
Voyageurs immobiles de la terre condensée
Vous voyez cet endroit n’appelle pas la prière
N’ayant pas les verrières qu’au soleil
Flamboyant
Allument les cathédrales
(D’Amiens, entre autres)
Vous ne dites plus rien ?
Comment ne pas se taire en effet
Devant ce pur effet de terre
Que cet artiste d’art brut
Sculpta
Anonymement
Ici Mindel ici Riss ici Wurm
Séparés d’interstades
Chacun vingt mille ans
Je m’imagine camper par-delà les changements
De climat
Dans mon imperméable à averses
Millénaires
Restant jambes croisées
En position tailleur (tailleur de pierre ?)
Tandis que tombent les ans
Mince poussière
M’enterrant
Et comme je suis assis à mon siège je me fonds
Mon œil contemplatif se fait verre cathédrale
Mon cerveau d’un pommier prend ramification
Et d’une pie jacassante je fais Annonciation
BEFORE THE WHOLE LANDSCAPE WAS SLOWLY FLOODED
BEFORE THE OLD SEASCAPE WAS GRADUALLY INDENTED
BEFORE THE WHOLE HUNTSCAPE WAS SADLY UNPEOPLED
BEFORE THE HERDS OF REINDEER GOT TO ICIER REGIONS
AT THE SAME TIME AS THE AIR AROUND WAS WARMING
AT THE SAME TIME AS TREES AROUND WERE SWARMING
AT THE SAME TIME AS GRASS-BLADES WERE GROWING
AT THE SAME TIME AS HAZEL-NUTS WERE THICKENING
La mer est le bruit de notre respiration magnifié
La mer nous disposons de réserves d’air inépuisables
La mer nous aurons des transfusions d’iode s’il le faut
La mer j’aimerais mourir devant une fenêtre ouverte sur le large
La mer m’emporterait petite barque disparaissant à moi-même
La mer le grand reflux final aurait commencé
La mer au-revoir mes pores au-revoir ma peau au-revoir poème
La mer je vous abandonne mon sac gluant de méduse sur le sable
La mer mon gigantesque corps pulmonaire extérieur
