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En même temps qu’elle réfléchit à ses rivières nos vies, nos pensées, l’eau avance. Le temps avance. Vers l’embouchure finale. Chaque fois individuelle, chaque fois renouvelée. La réflexion se fait toujours en allant, en marchant. C’est pourquoi le poème est ici « parlé marché ». Pourquoi il dialogue avec l’immobilité de la peinture (
Rembrandt,
Rubens,
Mondrian,
de Kooning,
van Eyck,
Spilliaert,
Ensor etc…). Pourquoi il bouscule la philosophie (
Descartes,
Husserl,
Heidegger). Pourquoi il marche joyeusement à travers la barrière des langues (Bruxelles, la Flandre). Pourquoi il réfléchit à l’Europe d’aujourd’hui, belle abstraction sans corps réel. Sans corps sensuel. Pourquoi enfin il se réjouit du goût des nourritures (les huîtres, les moules, la bière, le pain d’épice). Ici le poème réfléchit à la réflexion. Au réfléchissement et au mouvement qui nous emporte vers le large. Quel large ? C’est à venir. À deviner. À devenir.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Darras compose depuis 1988 un long poème en 8 chants,
La Maye, dont il donne aujourd’hui le septième. Il a par ailleurs traduit de l’anglais
Walt Whitman,
Ezra Pound,
Samuel Taylor Coleridge,
Malcolm Lowry,
Ted Hughes,
William Carlos Williams,
Allen Ginsberg etc. Il a écrit des essais sur la mort, sur la mer, sur le nord et le romantisme. Parmi lesquels
Nous sommes tous des romantiques allemands (Calmann-Lévy) et
Nous ne sommes pas faits pour la mort (Stock). Il a reçu le prix Apollinaire et le Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son travail.
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Seitenzahl: 408
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Moi j’aime la Belgique,copyright Gallimard/ L’Arbalète 2001.
Brève méditation sur le nom de Maastricht, René Descartes avec Héléna Jans
dans la Frise, Éloge du Pain d’épice, Huit réfléchissements de la Maye,copyright
Jacques Darras 2009.
Jacques Darras
La Maye réfléchit
Moi j’aime la Belgique
Brève méditation sur le nom de Maastricht
René Descartes avec Héléna Jans dans la Frise
Éloge du Pain d’épice
Huit réfléchissements de la Maye
La Maye,t. 7
Poème
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6672-9
© Le Cri édition,
Av Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
poème parlé marché
Un pays est toujours plus que la somme de ses habitants
Un pays est toujours la somme de ses rêves.
Des ses habitants plus leurs rêves.
Au-delà de lui-même en permanence, derrière l’horizon
Il n’existe pas d’arithmétique nationale, il existe l’arithmétique approximative.
Déjà inventée, qui se nomme « littérature ».
Les hymnes nationaux sont la littérature en peau de chagrin.
Vous prenez un drapeau vous vous essuyez une larme au coin de l’œil.
En Belgique, tout le monde prend le même mouchoir, noir, jaune, rouge.
Cela tombe bien.
Je déteste les hymnes nationaux mais je pleure quand je les entends.
Je me déteste de pleurer quand je les entends.
Je me déteste d’être Belge quand je rêve debout à la Belgique.
Heureusement, je ne suis pas Belge.
C’est pourquoi je me mouche dans mon mouchoir individuel à grands carreaux
Un mouchoir qu’on agite, plus ou moins sale parce qu’il a servi, peut suffire à faire un emblème de paix.
Pourquoi m’arrive-t-il donc de tant rêver à la Belgique ?
Parce que je suis Français, que mon rêve de la Belgique est l’immédiateté de mon rêve le plus proche.
La Belgique commence, commençait au bout de mon jardin.
J’ai longtemps rêvé du jardin d’en face, d’au-bout, d’au-delà l’horizon.
Enfant, le Nord m’attirait.
Le cadastre de mon village était disposé de telle façon que la partie nord était plus spectaculairement en pente, couverte de bois de bosquets.
Au Nord, il y avait un moulin de pierre à cheval sur deux cadastres.
Au Nord de mon cadastre, la terre faisait de petites vallées valleuses qu’empruntaient les lièvres, oreilles aplaties pour ne pas attirer l’attention des chasseurs à l’automne.
J’aimais un Nord lièvre, Nord perdreaux, Nord couleur d’automne.
La Belgique, mon automne permanent, attitré.
Rien de nostalgique, là.
Non, il y a de l’aubépine dans les champs au printemps, ici comme ailleurs.
L’été se fait sentir sur le sable entre de Panne Knokke-le-Zout comme ailleurs.
Bistre, rayé de baches d’eau reflétant les nuages, mer verte et huileuse au large.
Belge des plages, j’eusse sans doute rêvé aux falaises de Douvres, du Kent.
Nous habitons la géographie, la part de la géographie que nous n’habitons pas effectivement, nous la rêvons.
Créatures d’espace, les enfants surtout, arrière-arrière petits-fils de chasseurs à l’imagination lièvre.
Notre pays, la somme de nos fuites dans l’imagination, la somme de fois où nous avons fui poursuivis par les plombs de la réalité.
Je reprends la course encore une fois, épurée, abstraite, comme rêvant à elle-même à mesure qu’elle se court.
Je parlerai donc rêveusement de la réalité.
L’incompressible gloire nationale est faite du rêve des autres à son sujet.
Il y a des invasions multiples multi-séculaires qui, sans bruit, invisiblement, viennent regonfler les rêves nationaux les uns des autres.
Pour ces invasions-là je ne connais qu’un hymne, le poème.
Le poème marché, le poème parlé, le poème rêvé.
Il y a toutes sortes de nationalités poétiques qui n’ont pas encore été répertoriées.
Ce sont chaque fois des nationalités d’emprunt.
Nous entrons dans un monde de nationalités d’emprunt, provisoires, clandestines.
Les vieux douaniers se crispent, reprennent du service, guettent le passage du lièvre, arme et larme à la bretelle.
Douaniers de l’automne, qui ne voient passer qu’un rêve, qu’une couleur rousse, qui ne voient rien passer, qui tirent au jugé, au hasard.
Quelle gibecière pour le lièvre poétique ?
Aucune, toutes sont faites de mailles bien trop larges pour retenir l’automne.
Je croise mon hétéronyme, hétéronome lièvre belge.
Il porte un drapeau français dans le regard qui est l’envers du mien.
Un drapeau de printemps, l’herbe française est tellement plus tricolore !
Nous nous ignorons superbement.
J’ai vu au passage sa carte d’identité, son passeport, le lièvre en question se nomme Henri Michaux.
C’est un lièvre de Namur que son cadastre ennuyait fortement.
Je connais bien l’église Saint-Jean à Namur.
J’aime Namur comme une curiosité, je ne suis pas sûr que j’y vivrais, Namur est ville parfaite pour l’imagination.
Tous les hôtels s’y nomment Charles Baudelaire, vous entrez, vous devenez aphasique.
On ne vous demande rien, on vous donne une chambre.
Chambre avec bergerie Louis XVI au chambranle, vous êtes aphasique mais pas sexuellement inerte.
Aphasie du haut simplement, pas du bas, rappelez-vous.
Traverser une frontière c’est immédiatement tomber dans la sexualité.
Voulez-vous une sexualité du Nord avec tapis en laine, douche forestière ou baignoire multipositionnelle ?
Charles choisit la Meuse comme baignoire, c’est un esthète, Monsieur Turner a déjà couché avec son cheval dans cette chambre.
Une écurie la Belgique ?
Une écurie picturale, basse-cour royale, ferme avec fumier fumure sur position automatiquement drôle.
Nous avons le purin surréaliste courant à tous les étages, j’arrive, j’arrive !
Qu’y a-t-il mais qu’y a-t-il ?
J’allais me noyer dans mon rêve, je suis nu dans de l’eau chaude, une femme est nue à côté de moi dans la même eau, je lui caresse la pointe du sein droit avec la paume droite, son téton se lève, elle met son bras autour de mon cou.
Aacchh ! ce que j’aime l’automne en Belgique.
Rimbaud, à force d’avoir couru quelques kilomètres avec lui en direction de Vienne, m’exaspère, je dois vous le dire, j’ai fait demi-tour, rebroussé chemin.
Lui et sa famille, quelle haine non mais quelle haine, je le trouve trop pierre-à-fusil, trop militaire dans ses marches, comme un fantôme de la Grande Armée napoléonienne revenu faire résumé d’histoire européenne à des élèves poète-officier.
Donc je me raminteuve, lièvre picard parti en visite chez son amie la tortue wallonne par la route Aisne Oise, la route Charlemagne qui mène aux eaux d’Aix-la-Chapelle.
Doucement Arthur, doucement, dit la tortue à son ami, doucement, tu ferais mieux comme moi de déguster chaque millimètre de cette grande histoire, toutes les laitues y sont laiteuses et latitudineuses à souhait.
Arthur n’écoute pas, il a pris un siècle d’avance, se plaint qu’on ne le ratttape pas.
Tu seras bientôt dépassé mon petit lapin, arroseur de rosée arrosé à Rosée, sur la route de Philippeville Dinant.
La tortue s’appelle Georgette Pérec, il est évident qu’avec un nom pareil elle n’est sans doute pas Belge. Bretonne peut-être, peut-être même, pour si étonnant que cela paraisse Judéo-Celte car elle porte la trace de nombreux pointillés sur sa valise-carapace.
Raminteuve-toi dit Georgette, la tortue psychanalyste.
Je me raminteuve (me ressouviens en picard).
La première fois que mes parents m’emmenèrent au Nord, j’avais huit ans dans une Peugeot 202, assez basse de l’arrière pour déloger les poules de leur nid, ce dut être aux alentours de 1947.
Orchie, j’ai retenu le nom comme si c’était aujourd’hui.
Nous allions visiter un oncle de mon père qui avait été trépané lors de la Grande Guerre — Grande par opposition à la petite comme chacun sait — qui avait une plaie mal recousue, à peau rosacée, là où était entrée la balle, au milieu du front.
Je vais au front pan ! ils ne me ratent pas, les douaniers chasseurs allemands d’en face, au beau mitan du front, bravo, bien visé, je sens que j’ai deux lobes peut-être même trois.
Je reviens chez moi traînant ma cervelle par terre, l’on me dit de tous côtés « On voit que vous êtes allé au front ! ».
Ce n’est pas encore une histoire belge, juste frontalière.
Mon oncle Paul Mas Paul Meuse d’Orchies a deux filles plus âgées de beaucoup que le petit huitard moi.
Frédette, Micheline.
Belles comme filles de quinze seize ans aux yeux de moi moutard de huit.
Le désir m’en monte encore au nez.
Frédette, ça sent le Franc, la Franquie, le Mérovingien, je ne me trompe pas ?
À quoi vous ajoutez une bonne odeur de chicorée grillée dans les rues d’Orchies.
L’odeur de la chicorée, je l’emporte collée dans mes fosses, le nom Frédette dans la glotte.
Au fond du jardin d’Orchies il y a la Belgique, c’est plaine plate, on avance, tout à coup quelqu’un crie : vous êtes en Belgique !
Mince, c’est facile !
Je recommencerai.
Je n’ai pas fini de recommencer.
Merci la Grande Guerre, merci Paul, merci les Francs de Clovis et Frédette.
Je vous dois une dette -dette -dette franchement si, je m’en affranchis.
Je passe sur mon deuxième, mon troisième, mon quatrième souvenir.
J’en viens à mon cinquième.
J’ai une enfance double.
Le jour j’étudie dans un Lycée triste près de la prison d’une ville caserne.
Rimbaud bis, Rimbaud junior à Charles-Abbeville.
Création de Carolus Magnus, d’Angilbert son gendre.
La Carolingie d’alors est plus que la Somme des petits carolingiens d’aujourd’hui.
Dans de beaux linges la Carolingie !
Angilbert, Frédette, additionnez cette France franque à mes aïeuls Fréville, est-ce que ça ne frotte pas est-ce que ça ne frictionne pas de la fricative contre le palais, je vous demande ?
Le jour, les humanités.
La nuit, les inhumanités.
La Saxonnerie, les cochonneries.
Un autocar vibre du vilbrequin en bas devant la porte, il est quatre heures.
La nuit n’en finit pas d’être la nuit, la reine carolingienne ne paraît pas pressée de remonter les draps du jour sur ses pieds.
Où allons-nous dans ce char-à-banc char-à-boeufs ?
Han ! fait mon père l’Islandais.
Han quoi Han qui ?
Je m’endors sur les seins d’une banquette, rêvant des kilomètres de rêves.
Quelques forêts entrent clandestinement à mes paupières.
Chaque fois que je cille c’est une cime d’arbre qui bouge.
La transformation en fable s’opère peu à peu.
Ma hure reconnaît ses bauges, ses faînes, ses ronces, ses fougères.
Le cuir de la banquette s’est confondu avec le cuir de ma peau, mes cheveux se hirsutent dans le sens du sommeil.
De sommeil à sommière il n’y a qu’un houx.
Houx y es-tu ?
Je descends, jeune sanglier.
Houx sommes-nous ?
C’est l’Ardenne me grogne un adulte qui parle du groin.
Commence la longue marche vers l’intérieur de la terre.
Tout à coup je suis dans une leçon d’histoire naturelle.
C’est comme une salle de classe autour de nous mais il y fait noir, une petite lampe portée à bout de bras par le maître d’école éclaire faiblement le tableau.
Les paroles résonnent.
Les voix viennent de plus loin qu’elles-mêmes.
Si l’on chantait ? — mais personne ne chante, on se tait comme à l’église.
Église école dans un même lieu.
Ce n’est plus l’histoire, c’est avant l’histoire.
— « mite monte », dit l’instituteur vocal.
— « tite tombe », reprend l’écho.
Stalag, demande quelqu’un, c’est dans quel sens ?
Long malaise généralisé.
L’humidité nous frappe, nous éternuons.
Elle est retrouvée, l’éternuité !
À vos soues à vos souhaits !
Quand nous sortîmes nous plongeâmes tout de suite vers la vallée nous laver les yeux les oreilles les mains dans la Meuse.
Je prends le temps du passé simple qui est le temps favori des rédactions.
Le passé simple est le lavoir aux souvenirs.
L’épopée lave plus blanc plus pur.
Ajax, ma publicité favorite.
Maintenant nous pouvons revenir au présent du récit.
D’abord nous déjeunons.
À Dinant.
Belgique c’est le décalage horaire des repas.
Déjeuner à Dinant.
Qui dort dîne.
Qui déjeune vieillit.
Déjà je suis moins jeune d’un jeûne brisé.
Ma première Meuse, j’en tremble encore.
Tout passe d’abord par le regard.
Ensuite vient la voix.
Vivre c’est rejoindre le regard de l’enfance par la voix.
Dire le regard.
Dire la Meuse vue, je n’aurai vécu que pour dire la première Meuse.
Ma Meuse ma Muse.
L’eau ne m’usera pas.
J’y suis en transparence, je parle à travers l’eau, d’une voix de cuivre gravé.
Et Liège ?
Plus tard Liège, un autre jour !
C’est dans la même direction, pourtant.
Trop jeune trop léger pour venir à Liège, Liège il faut être plus vieux plus lourd.
Oui, pourquoi ?
Question de flottabilité.
Lourd Liège, vous riez ?
Je ne rie pas avec Liège, j’ai mal à la Meuse à Liège, je n’ai jamais su compris pourquoi Liège est une de ces rares villes où le frisson de la vie me traverse l’échine d’une infinie d’une incommensurable tristesse, la rivière passe mal sous mes propres arches, je fais le grand écart cela m’est douloureux comme l’arthrite comme l’art triste, nous reviendrons tout à l’heure à Liège, plus tard, je promets, après assouplissement — étrange comme certaines villes fluviales ont problème avec la liquidité.
Laissez-moi vieillir mon rêve d’une moitié d’enfance.
Belgique divisée par deux, je viens à la Flandre.
Seize ans pour gagner le fond de mon jardin côté Flandre.
Rêverie patineuse patinée.
Patine flamande, commencer par housser la voix, mettre de la cire sous les semelles, apprendre le pas du patineur Patinir glissant au parquet des Musées.
D’où vient cet amour de la Flandre ?
Si malheureusement répandu chez les Français déplore l’ironie belge commisérante.
Entendue même dans la bouche de Flamands expatriés à Bruxelles, atteints de brucellose aiguë version francophone du bacille.
Se produit pour Bruges ce qui se produit pour Venise.
Immense jalousie admirative.
Suspectes les villes qui par fondation eurent, gardent commerce avec l’eau.
Le fond, les fonds.
Affaire de liquidités, vous comprenez.
Je sais, jouer sur la langue est une aisance.
Aisance de bourgeoisie assise sur ses fonds, fosse d’aisance.
Nous entassons tableaux, argenterie, pignons, tourelles au bord du reflet.
Dans le reflet, la bourgeoisie.
Réfléchissez, dit-elle, à ses philosophes qu’elle emploie pour la conservation du reflet.
Ainsi la phénoménologie, comble de la philosophie bourgeoise (fermons la parenthèse).
Éteignez toute velléité villéité d’incendie, Bruges ne brûle, ne brûlera pas !
Vous ne verrez de nous que reflets, nous ne sommes qu’images dans le courant.
Mon narcissisme ici, votre natation là.
Refaire Venise, donc, mais à l’abri des marais des marées.
Pour cela il faut des Italiens.
Des Italiens, des Allemands.
Italiens pour la banque, Allemands la peinture.
Oui oui, je vous vois lever le sourcil, abaissez-le abaissez-le.
Memling Van Eyck sont Mosano-Rhénans, parfaitement.
Où vais-je chasser cela ?
Chasse d’eau et châsse d’os vont en bateau, laquelle tombe à l’eau ?
À seize ans, j’aime une petite bretonne-cretonne tête ronde frange Jeanne d’Arc sur les yeux, que me chipe un de mes copains.
Cheap cheap ma propriété ma propriété !
Bruges est-elle génitale, est-elle anale ?
Bruges est la concrétion terrestre du Paradis.
L’image que les artistes employés par la bourgeoisie ont donnée du Paradis par projection réfléchie au ciel de la ville tangible.
Par reflet de l’art gagé sur l’argent le confort.
Il y aurait des canaux, il y aurait de petits ponts — soupir soupir — il y aurait des pignons en escalier pour monter au faîte plus près des nuages.
Il y aurait du lierre qui bouclerait aux murs derrière lesquels se donnerait des fêtes l’imagination, sevrage d’herbe concrète.
Les écrans, les paravents, tout y parlerait à l’âme en secret la couleur de la propriété suprême.
Louis XIV veut bombarder la Belgique, veut absolument la bombarder, personne ne m’empêchera de bombarder la Belgique si j’en ai envie, Louis Médicis qui a des comptes à régler avec les Portinari les Adorno, déclare qu’il ne bombardera pas Bruges car il y a trop de jardins et que bombarder des jardins ne rapproche pas du Paradis de la Gloire Suprême
S’il vous pleut s’il vous plaît m’sieurs dames, un p’tit louis d’or à l’entrée dans le tronc !
Ville propriété, Bruges,
L’intimité faite ville, faite urbaine (intra muros meos) à portée de la propriété commune communale.
Bruges replis, concavités, jardins au petit jour, dentelle d’architecture suavement déchiquetée en clochetons par l’eau et, dans la brume carillonnante, le bleu de la musique des heures venant régulièrement mourir comme vague de l’océan sur le tympan.
Qui donc n’aimerait pas mourir à Bruges, au plus for de son intimité à sa propre intimité et monter directement au ciel peint par Memling suivant la façade d’un pignon, l’âme disant au-revoir à chacune des fenêtres en montant comme une fumée d’existence.
Bruges, de la Terre au Paradis par la domesticité.
Mon reflet mon âme ma fumée liquide, je suis une larme à qui on pardonnera d’avoir beaucoup fait pleurer.
Le symbolisme y a demeure, comprenez-vous.
Le symbolisme est l’argent de la littérature.
Je m’entends.
Mon symbole m’achète une propriété réflexive.
Le métal des mots est pièce d’or éclairée par la lumière solaire.
Un poème, une aune de draps des Flandres musical.
Pourrai-je vous payer en espèce ?
Avec votre cornette, si vous voulez.
Je ne vais pas me décornetter devant vous.
Let’s begin at the béguinage pourquoi pas biguine ma béguine, je vous veux nue et pas nuée, épanouie et pas nouée.
Guillevic Eugène, un jour à la radio, voix cancérisée de vieux menhir résistant par toutes les graines de son granit à la marée montante.
Assis au bout de la table ovoïde que préside Alain Veinstein enregistrantNuit Magnétiqueen plein jour.
S’en prend à moi qui viens de publier «Arpentage de la Poésie Contemporaine» où il ne figure pas.
Je n’aime pas ce mot d’arpentage (Guillevic)
(Alain Veinstein) Pourquoi ?
C’est un mot de l’ancien régime (Guillevic).
Dans ce cas pourquoi le français a-t-il gardé « arpenteur, arpenter » ? (Jacques Darras).
Je suis partisan du système métrique (Guillevic)
Moi compatriote de Delambre, qui me considère comme républicain, j’aime mieux les mémoires doubles. Enfant…
(Veinstein Alain tord les épaules comme s’il allait couper le micro de Jacques D… )
… j’accompagnais mon père l’instituteur dans les champs, portant la chaîne d’arpenteur. L’arpentage s’applique aux espaces du dehors, le métrage des métreurs à l’intérieur des maisons. Moi-même quand je marche sans but réel, j’arpente. On arpente une ville, Monsieur Guillevic, on ne la mètre pas. Le mètre relève du métronome, la poésie de l’arpentage.
Nous ne nous serrons pas la main, Eugène Guillevic et moi.
Pathétique péripathétique lui, dans le même programme, revendique une poésie courte, une poésie qui manque de souffle.
Brusquement, Eugène s’étrangle en direct.
La toux, la toux est mon atout.
Des kilomètres de tresses de feuilles de tabac séché frissonnent dans le studio, Colombie la Bleue dépose un halo autour de la tête d’Eugenio le Latino.
Il s’en fallut de peu que nous ne toussâmes tous Toussaint l’Ouverture symphonique autant que fûmes que fumâmes.
L’émission légendaire se fût légendée : « poètes préhistoriques français regagnant chacun sa caverne pulmonaire ».
Dissipons dissipons.
Que fait en l’occurrence Guillevic ?
Que fait à ce stade fluidement narratif ce percepteur d’impoésie ?
Nous aurait-il vu entrer dans la ville de Bruxelles en contrebande ?
Sans avoir fait déclarations d’usage au passé simple passé composé présent de narration ?
Car il est beaucoup plus tard que l’enfance.
Il est 1958, l’heure de l’Atomium.
La Belgique s’expose au monde universellement.
Le Dimanche soir il faut hausser le son à la RTB pour entendre la voix du commentateur… Luc… Luc… j’oublie son nom… décrochons le récepteur immédiatement… Allo Marc ? (Mon ami de Bruxelles, lui-même fils de footballeur gantois).
Mark me Marc, please tell me dis-moi comment se nommait ce reporter à l’accent inimitablement inimitable qui exhortait les Diables Rouges d’Anderlecht vers le but adverse, de préférence flamand… .Luc… Luc…
… Varenne, je vois que tu t’intéresses toujours autant à la Belgique (air navré, commisérabilissime de Marc)
Varenne me fuyait ! Ah !, comme je m’échappais, m’échappais vers la Belgique à l’heure royale des vêpres footballistiques… .
Van den Broucke sur le côté gauche reçoit une longue transversale contrôle de la poitrine met la balle sur son pied droit s’échappe s’échappe dribble dribble oh ! oh ! oh ! mais quel dommage, il a perdu la balle c’est Van Ilst Van Himst Vent des Flandres-qui-souffle-de-la-mer qui la récupère attention il faut dire « récupère » en rétrécissant au maximum l’ouverture du « è » le belge ferme les voyelles en même temps qu’il raidit les consonnes surtout les « r » cela fait du « r » quelque chose d’âpre de râpeux le français de Belgique est râperie à « r comprimé » la consonne s’appuie sur la voyelle tourne le dos à la voyelle pivote pivote pivote toujours dos appuyé contre la voyelle et tout à coup ââârrrme son tir la balle va se ficher s’enfoncer s’incruster se loger action replay action replay directement dans la lucarne dans la lucarne dans la luc luc luc luc lucarne.
L’amour de la Belgique commence surtout par l’exagération de la langue française jusqu’au comique, jusqu’au parodique, jusqu’au paroxystique.
Le français de Belgique est parotidite de la langue.
Où vous soignez-vous ?
À Soignes la forêt, c’est plus près.
Moi je prends chaque année des cures à La Salive-sur-Meuse.
La rivière en crue ?
Il ne faut pas nécessairement croire ce qu’on raconte.
Je n’en cure pas mes oreilles.
Ce sont les papilles qui font résistance surtout.
Voulez-vous que je vous vende une histoire ?
Dites voir !
C’est mon ami Gaston Guillevic qui me l’a racontée.
Le poète breton ?
Non le percepteur alsacien.
Celui qui a marié une Flamande et pris sa retraite à Alost où il coulonne ?
Lui-même, c’est une histoire authentique concernant le Conservatoire de Bruxelles. Le Chef du Conservatoire a besoin de recruter un flûtiste.
Un Monsieur qui joue de la flûte, cela paraît normal pour un orchestre.
On lui en envoie un mais il n’est pas content, pourquoi ?
C’est un saxophoniste, peut-être ?
Non, c’est un socialiste.
C’est une histoire si véritablement authentique comme vous dites que je ne sais pas si elle franchira facilement la frontière.
Dis-moi Blaise est-on encore loin de Bruxelles ?
Plusieurs verstes, lieues, yards, furlongs, milles marins, petite Jeanne.
Pourquoi faudrait-il proscrire de son lexique le mot « arpent » ?
Ne vous repentez pas, suivez votre pente.
Bruxelles, j’ai suivi ma pente.
Ville en gradins comme pour l’applaudissement.
Qu’êtes-vous en train d’applaudir ?
La mer, l’horizon, le ciel, les oiseaux, les mouettes, les corbeaux, l’entrée du Christ dans Bruxelles, l’entrée de James Ensor à Jérusalem, la sortie de Charles-Quint, l’enterrement de Baudouin à Sainte-Gudule, que sais-je encore, ici tout est fait pour applaudir.
À propos, talking of boots, at cross-purpose, à brûle pourpoing savez-vous quelle est la dénivellation de la Grand Place ?
Jamais pensé, non ?
Téléphonez à l’urbanisme de l’Hôtel-de-Ville.
Savent-ils ?
Ils disent quatre mètres environ.
Beaucoup quatre mètres, l’Europe a donc une capitale en pente ?
C’est plus facile Bruxelles, tout le monde descend.
Ce qu’il y a de bien avec la Belgique c’est qu’on peut en sortir.
Autant de fois qu’on veut.
Au besoin plusieurs fois dans une même seule journée par plusieurs côtés.
Sans le vouloir comme en le voulant.
Là est l’insolite.
L’insolite dans le solite.
Je peux, à l’horizon d’une journée complètement désoeuvrée dépourvue d’autre but, jouer au jeu de la sinusoïde avec les frontières belges.
Est-ce preuve de bon voisinage avec les pays limitrophes que l’absence de marque frontalière au sol ?
Oui sans doute.
Toutefois persiste un doute au fond du oui du oui.
La Belgique n’a plus de frontière extérieure.
Donc s’en est créée d’internes.
Frontières d’intérieur, comme on dit mobilier d’intérieur.
Premier pays moderne aménagé pour la grande domesticité à venir.
Moderne, modèle.
Je ne me découpe plus selon les pointillés ciseaux pot de colle feuille de papier identitaire blanche à remplir après trois lectures attentives.
Belgique n’est plus la vieille bureaucrate douanière abritée des pluies actionnant de sa guérite l’entrebâillement-baillage à autos.
Même à Macquenoise, cherchez vous-même sur la carte, Charlemagne avec son train passent inaperçus sans déranger la manille de ces messieurs.
Nous ne vous dérangeons pas ?
Que nénille, me trouble seulement que j’étais en train de couper un roi.
Charles se magne.
S’en va frôlant rasant la France vers Spa Verviers Aix Aachen.
Curiste incognito, se dissout dans l’épaisseur du maquis maquillage ardennais.
Royauté transparente invisible dont le souffle ne s’entend plus que comme bruissement de vent dans la grande hêtraie de l’Histoire.
Ô les hêtres de l’Histoire ô la Meuse ô Jupille.
Longtemps je confondis par myopie préventive le nom de la bière liégeoise « Jupiler » avec celui du maître de l’Olympe.
Que la romanité marquât les enseignes de son imprégnation me semblait relever d’un pays de « limes ».
Limes le seuil, j’imaginais un Roi des Seuils.
Je suis le Roi des Seuils qui passe son temps à se désaltérer dans sa longue et interminable journée
Jupiter le Romain ayant son culte dans la partie orientale de la Belgique, laissait Rodenbach le païen régner sur les gosiers de l’Ovest België.
Jusqu’à ce que je vinsse un jour à Jupille sur la rive de la Meuse en aval de Liège, vinsse visse les grandes usines blanches de la brasserie carolingienne.
Je contemplai le fleuve, le trafic des péniches filant vers Maastricht, Nijmegen et Rotterdam, la Meuse pressée de se rhénaniser.
Sur l’autre rive était Herstal Heristal, berceau des Pipinnides issus du tronc de Martel, matrice de toutes les sarrasinades passées et encore à venir.
Les fleuves coulent irrésistiblement à la verticale de l’Histoire, pensai-je.
Nous laissent sur leurs rives, nous les latéraux les humains.
L’Histoire est histoire de latéralisation.
Nous nous divisons par latitudes.
Peu de latitude en fait.
Très peu de latéral à nos horizons.
Le parallèle qui traverse les sources de l’Oise dans la prairie du côté de Chimay, le cinquantième, partagera d’ici quelques fuseaux les deux Corées.
Un Belge flamand regardant une mappemonde eut un jour une idée.
Il y avait la Corée du Nord et la Corée du Sud, que partageait une même langue.
Pourquoi ne pas imaginer, par projection, une frontière latitudinale qui marquerait la division de la Belgique en deux langues.
Il inventa la Chicorée du Nord et la chicorée du Sud.
La frontière ne se verrait pas.
Elle s’entendrait.
Ce serait une frontière aurale et non plus oculaire.
Je vois un Belge quelconque, je ne sais pas dire s’il est du Nord ou du Sud.
Il me faut attendre qu’il ouvre la bouche.
Or tous les Belges n’ouvrent pas la bouche en même temps.
Il peut même se faire peut même se faire qu’un Flamand ouvre la bouche en flamand dans la partie wallonne.
Qu’en déduire ?
Rien sinon que la frontière est une frontière ouverte.
Je ne peux pas moi douanier vous verbaliser parce que vous avez la bouche ouverte.
Peut-être manquez-vous d’air tout simplement.
Quoiqu’on n’ait jamais vu de Flamand manquer d’air.
Il y a des mois en « r » pour les moules et les huîtres.
Il peut bien y en avoir pour les Flamands et les Wallons, mon Dieu.
C’est logique.
Donc les deux Chicorées se partagèrent, entre celle du Midi celle du Nord.
Comme les Gares à Bruxelles.
Mais il n’y aurait pas de Chicorée centrale, ça non, le coeur de la chicorée est beaucoup trop maigre pour y faire une gare.
Ainsi la Belgique est un pays essentiellement végétal légumier, où les salades se font à feuille séparée.
Il ne sert à rien de se le cacher.
La langue est condiment trop fort, irrite trop poivreusement les bouches pour se contenter d’un seul et même assaisonnement.
Est-ce qu’on comprend bien ce qu’il en est de la latitude ?
Est-ce qu’on comprend bien comment la latitude peut conformer l’attitude.
Quant à l’altitude, elle est nécessairement de la partie.
Il se trouve que la Chicorée du Sud a pour elle le relief, les hauteurs, les vallées profondes, les petites rivières à eau douce pour la fabrication des bières.
Inversement la Chicorée du Nord est le fief de la plaine la plus plate qui se puissse imaginer, la feuille de salade la plus passivement étendue pour le passage de l’huile.
Les deux Belgiques ne se touillent pas.
Tout avance par deux, aucune n’avance devant l’autre.
Ce sera au mieux statu-quo et laitue-qua.
Il y a compétition féroce entre les deux parties de la même salade.
D’autant que celle-ci se subdivise en branches et feuilles sulbalternes toutes enclines à l’auto-reproduction par semis privés, qui sont un peu mutatis non mutandis comme clans et tribus à l’époque de la conquête par Jules César.
Nous ne dirons rien par exemple des endives ou chicons, lesquels poussent dans des plates-bandes séparées, voire séparatistes.
Voit-on quelques germes d’unité dans cette querelle jardinière ?
N’y aurait-il pas quelque possibilité d’accordement par l’horticulture royale ?
Non car quand la laitue prolifère dans le sens de la latitude, on ne voit plus du tout à quoi sert la serre.
Ceci est l’histoire de l’arbre et la forêt dont La Fontaine ne fit jamais la fable.
Y a-t-il un remède ?
Aucun, l’émiettement humain étant une donnée de la Nature, peut se poursuivre à l’infini, le paradoxe étant que ce qui apparaît aujourd’hui comme un chancre pourrait se révéler demain saine graine d’anarchie.
La Belgique est donc le pays le plus naturel qui soit ?
Le plus naturel parce que le plus artificiel, comme Charles Baudelaire n’avait pas eu temps de voir.
Le grand progrès est que l’humain se cultive aujourd’hui en pots, dans un maximum de lumière à l’abri du froid.
C’est le principe même de l’ameublement flamand, faire d’une salle à manger un pays exotique, où fleurissent et végètent les caoutchoucs.
Pays infiniment extensible à l’intérieur, la Belgique est le premier pays à avoir utilisé au mieux les propriétés de l’hévéa.
Depuis que j’ai découvert la Mer du Nord je l’insinue partout.
Je la fais se glisser sans bruit dans mes souvenirs.
Je la fais rentrer très loin à l’intérieur des terres du continent.
Je me promène en permanence sur une plage.
Vous me voyez dans la rue ?
C’est moi, marchant sur un trottoir parisien, lillois ou bruxellois, avançant de face comme font les promeneurs naturels, urbain rêveur donnant l’impression de regarder devant lui, de savoir où il va.
C’est sûr, je sais où je vais.
Ce que vous ne voyez pas cependant, comment le verriez-vous, c’est que, dans le moment même où je m’apprête à vous croiser, je ne vous ferai sans doute pas bonjour, excusez-moi, je ne reconnais personne, je suis distrait j’ai les yeux toujours au loin, à la seconde même de notre croisement je serai suivi par la mer.
La mer me suit, m’accompagne, oui.
Ne faites pas ces yeux-là.
Écoutez-moi, ne me regardez pas.
Écoutez-moi.
En pleine ville pleine foule, à l’heure de midi, je suis suivi par la mer.
Parfois c’est elle qui me devance.
Me dépasse, d’une vague un peu plus forte.
À peine visible, la vague avance, s’aplatit, s’évapore.
Léger grésillement.
Je la sens qui m’entoure, qui m’enveloppe.
En pleine ville.
Nous venons tous de l’eau.
Une vague nous porte nous emporte, à déferlement plus ou moins immédiat.
Plus ou moins concentré sur lui-même.
Notre vie notre marche sont déroulement d’un mouvement sur lui-même.
Laissez-vous porter par l’eau qui est derrière vous.
Laissez-la passer devant.
Laissez-la jouer jusqu’au bout son mouvement d’eau.
Laissez-la vous entourer de large.
Ô le paradoxe.
C’est la toute toute petite Belgique qui m’aura donné ce sens du large.
Du voisinage avec le large.
Ce sens du débordement immédiat.
Moi dans le cadre, je marche.
Je me vois qui, vous me voyez qui.
Suis en train de marcher.
Mon regard porte ma décision.
Qu’est-ce qui porte mon regard ?
Mon corps.
Et mon corps ?
Le mouvement, l’onde du mouvement que je génère avec mes pieds, l’onde de la marche.
La voici à mes pieds justement.
Regardez-la qui dépasse d’une bonne pointure la pointe de ma chaussure.
Les images de mer débordent toujours un peu.
S’étalent, ne peuvent pas s’empêcher de progresser.
Il n’y pas de frein à la mer.
La lune, peut-être.
Moi j’aime mes lunes liquides.
Donc j’avance dans une rue comme en lisière d’une plage.
À Ostende, Knokke ou de Panne.
Quel est le nom de mon chausseur de vagues, demande-t-on ?
Où peut-on se procurer la même marque ?
J’ai tout à fait saisi le sel de l’ironie.
Laissez-moi vous donner son nom, il s’appelle Spilliaert.
Léon Spilliaert.
Léon est prénom qui fait un peu rire, je sais.
Pourquoi ne voit-on plus le lion dans Léon, pourquoi les lions ne sont plus à la mode, je ne sais pas.
Crinières de lion crinières de vagues, il y a des modes dans les images.
Il y a des associations qu’on ne peut plus faire.
L’animalité de la nature suit l’artifice.
Il faut s’adapter au pas de la mode dans la manière de marcher.
Voyez comme j’ai pris mes précautions pour sortir de la mer à l’instant !
Pas facile la bonne dégaine, n’est-ce pas.
Pas évident de placer la Mer du Nord, moins encore la Belgique, dans le poème
Osé, non ?
Critiques à crinières critères traînant par terre, fait-il moderne ou pas sur vos plages ?
Eux: votre Mer du Nord remonte au plus tard à 1908, nous semble un peu dépassée déchaussée.
Moi: la mer est une ride sans ride, les roches s’érodent, la mer ne vieillit pas.
Eux: c’est glacial un Spilliaert !
Moi: vous vous rappelez le « Retour du Bain », les six sept petits bonshommes nus qui courent se réchauffer sur le sable en faisant de grands gestes avec les bras, celui tout en haut à gauche, c’est moi.
Eux: quel âge aviez-vous ?
Moi: je n’étais pas né, il faut me croire sur parole.
Eux: voulez-vous inventer une nouvelle forme d’art ?
Moi: oui, comme on marche à la mer la marche à la parole, les éléments ne sont là que pour nous accompagner, nous soutenir, nous mettre à l’épreuve. De la Maye jusqu’à la Haye une seule unique ligne de partage, la mer le sable. Ceux qui savent d’instinct qu’une plage monte, qu’est ouest sont de chaque côté d’une longue perpendiculaire Nord Sud et que l’horizon est vertical, ceux-là ont la pointure Spilliaert.
Maintenant des platanes.
L’écorce du platane, tendresse verte de la Méditerranée.
Passons à côté de Paul Valéry en méditation devant son platane particulier.
Platane d’essence platanante.
Comment, des platanes au Nord ?
Des platanes au Nord, oui.
Devant la maison grand-parentale.
Déplantés transplantés face aux vents d’Ouest Nord-Ouest.
Qui ont appris le chant, ils aiment ils chantent.
Leurs feuilles larges paumes de feuilles s’ouvrent aux pluies aux grêles.
Ils chantent à toute ramure ils rament dans la tempête.
Jamais mistral méditerranéen ne les eût fait chanter comme ils chantent.
Ici Porte du Bois, sur cette colline préhistorique, la nuit tire un chant tendu de leurs racines.
Captifs, ils se sont accordés au climat.
Sous la couverture de son lit un petit garçon les entend échanger leur chant parlé.
Leur parole passe loin au-dessus de sa tête, approfondissant la nuit.
Un moteur d’avion bien décidé à suivre sa route se mêle parfois à eux.
L’Angleterre son but.
Le jour, ce sont les troncs que l’on voit.
Immenses fûts d’écorce vert pâle ou blanche, élégamment désquamée.
La tempête fait grandir l’enfant.
Il grimpe monte en hauteur touche à l’adolescence.
Le vieillissement des platanes ne l’affecte ni ne le marque.
Leurs feuilles d’automne font d’épais tapis craquants sous les pneus des autos.
Leurs ramifications d’hiver maintiennent le ciel.
Ils sont un Lycée à eux seuls.
Un Lycée de croissance de grandissement.
Ouvrez vos livres à la page de la forêt.
Obéir est un charme.
Même platanes du Sud, les arbres n’ont jamais besoin d’excuses.
Ils ont colonisé la vallée du Scardon comme des Vandales, conquérants verts.
Derrière les portes qu’ils protègent, à midi le jeune adolescent oublie la prison scolaire.
Approche son oreille de la boîte radiophonique.
Boîte à ondes faisant voyager inaudiblement la parole lointaine.
Dehors il y a le vent de l’univers, dedans le vent des mots.
Deux souffles, deux voix, deux sources.
L’atmosphère.
Le ciel des paroles.
L’aiguille se déplace sur la bande lumineuse, capte des amorces de langues.
Suivant les ondes courtes, longues ou moyennes.
Du russe, de l’espagnol, de l’italien, de l’anglais font une bouillie buissonnière.
Un maquis, une fûtaie, les langues humaines, une Babel de branches tronquées.
L’aiguille court, est ouest, comme est divisé le monde d’alors.
L’adolescent voyage par l’oreille.
Chasse comme chien dans les fourrés les mots fuyants.
Rayonnante radio, les murs des maisons deviennent transparents.
Ne tombent pas, se traversent.
Une rivière est détournée, qui coule dans le salon sans laisser de traces.
L’intimité se généralise, Paul Valéry parle du platane savamment.
On tourne le bouton, on se sauve vers des paroles plus vertes, plus drues.
On aime particulièrement l’Ardenne où sont les embuscades de la ruse financière.
Le Luxembourg fait pleuvoir des orages de réclames secs.
De luxuriantes jungles de jingles débordent des casseroles, des poêles et des pots.
Noël est un ménager qui fait profession de ses conseils.
Le sapin devient une plante d’intérieur envahissante.
Des savons à consonance latine moussent moussent infiniment.
Cadum, Cadum trouble le latinisant qui conjuguait le verbe « cado ».
Cecidi, le parfait, déteint en « ceci dit ».
Une grammaire barbare agace les syntaxes classiques.
Indiscutablement, la romanisation recule.
Aucun concile académique n’arrêtera cette dégradation verbale.
Tout à coup, d’au-milieu de la forêt contradictoire, émerge la voix d’un chanteur.
Caler l’aiguille sur la bonne fréquence, éliminer les parasites immédiatement.
Du relief, du paysage, du volume passent dans la voix.
L’émotion dessine un affluent qui débouche dans l’Escaut et court jusqu’à la mer.
C’est fort d’entraîner une rivière malgré elle !
Annexer la plaine, les dunes à la musique ne va pas d’évidence.
Il y faut la puissance du vent.
Il l’a.
À l’évidence, il l’a.
Flandres devient tout à coup un mot rayonnant, comme « flambe ».
La chanson âtre brûle d’une volée de bûches qui claquent sèchement.
La pluie contient mal son émotion de pleuvoir, la gorge filtre ses gouttes.
Des larmes font-elles jamais un fleuve ?
Il n’attend pas la réponse.
C’est un pâtre, c’est un père, c’est un pater qui pousse gens et choses devant lui.
Dehors, à la plage, à la mer ! exhorte exulte sa voix.
Au large !
Tout à coup la Belgique entière entre dans la mer, les maisons marchent sur le sable.
Messieurs Knopff, Ensor, Spilliaert, Delvaux font une haie surréaliste d’honneur.
Une voix s’est mise en marche qui fait trembler l’aiguille, la Bible s’ajoute un nouveau chapitre vocal.
Certes nous exagérons mais l’exagération, l’hyperbole est figure rhétorique qui convient.
Brel Jacques ouvre une plaine avec la main, nous tous y sommes somnolant dans nos Breughels respectifs, écoutant d’une oreille distraite la prédication de Paul, moi le jeune paysan j’observe (picard, je mile) la pie perchée sur une haute branche, dont je compte bien dénicher le nid.
Qui chante, qui chante ?
Un prédicateur belge à la voix de polyptique tous volets ouverts, pressez-vous pressez-vous, les anges musiciens se sont rassemblés en une polyphonie harmonieuse.
Vous voulez dire Van Eyck ?
J’ai bien dit Van Eyck.
Je croyais que c’était Brel.
C’est lui-même.
Non !
La même incarnation, si.
L’agneau, lui ?
Non, le peintre à brosse en poil de loup, de martre, de fouine, de belette qui se trouve dans la prairie au moment de la crucifixion.
Je n’en crois mes oreilles ni mes yeux.
Regardez, voyons !
Où ?
Vous ne voyez pas que mes platanes bougent !
Quels platanes ?
Les platanes qui font voûte au-dessus de la maison de mon adolescence, à Abbeville, dans la Somme, au sud de la Belgique.
Vous rêvez !
Oui, je rêve, oui je rêve, c’est parce que je rêve que mes platanes se sont mis en marche plus au Nord, ils veulent plus de mer à proximité d’eux, ils veulent plus de vent sur plus de plaine, ils veulent des ailes qui démultiplient la puissance du souffle de la mer, ils veulent l’ouverture complète du ciel, eux platanes Méditerranéens ne craignent personne pour le déracinement, ils veulent l’affrontement avec le déracinement suprême.
Vous délirez !
Mais le poème chanté est déracinement de soi du sol de soi, entendez-vous ?
Comment, qu’est-ce que vous dites ?
Vous ne m’entendez plus, ça souffle trop, c’est normal nous nous rapprochons de la Prairie, la Prairie Mystique, je ne vous entends plus non plus, portez vos mains à votre bouche, oui ça souffle ça souffle, c’est le vent du Nord, c’est le vent du Nord oui, regardez mes platanes vous avez vu comme ils dansent comme ils dansent sur leurs racines comme ils dansent oui !
Blanche évidemment.
Blanche comme seule la neige est blanche.
Blanche comme ne l’est jamais aucun papier d’aucune page.
Blanche comme un printemps universel.
Blanche comme l’automne qui remplacerait le printemps.
Toutes les fleurs de tous les cerisiers à terre.
Vite vite remontez à vos branches les fleurs c’est trop tôt.
Blanche comme une erreur blanche dans les saisons.
Blanche comme une programmation ratée de la pluie.
Blanche comme une belle erreur du ciel.
Blanche comme du bleu qui aurait déteint mais quelle surprise.
Blanche comme une montagne tout à plat.
Blanche comme une comparaison blanche.
Blanche comme le féminin de blanc.
Blanche comme le masculin avec de l’eau glacée.
Blanche comme une rivière en poudre.
Blanche comme la pureté imaginaire.
Blanche les nuits elles-mêmes parfois sont blanches.
Blanche comme du noir retourné à l’envers.
Blanche comme les plumes de mille oiseaux.
Des plumes d’oiseaux aux aiguilles des sapins.
Blanche comme des ailes qui sont inutiles.
Voler à blanc jamais ne pouvoir prendre essor.
Blanche comme des ailes infantilisées dans la patience.
Blanche comme des divisions d’ange en réserve.
Blanche comme du latin inactif au milieu d’une phrase française.
Blanche comme acies comme agmen d’armée défaite.
Nous subissons l’émiettement de la réversibilité divine.
Quelle est la couleur de l’habit dominical ?
Blanche comme le jour Dimanche dans la semaine des jours.
Blanche comme un calendrier sans dates.
Fin d’effeuillement fin d’énumération.
Fin provisoire dans l’infini des images du blanc.
Fin provisoire pour la stabilité du décor la progression de la narration.
Fin provisoire par freinage arrêt dérapage sur la neige changée en glace.
Dans le paysage faire glisser crisser des lames de ski.
Courte trace continue au crayon du mouvement.
Une famille de jambes chacune écartée sur sa planche.
Gardant équilibre précaire les enfants buste accentué vers l’avant.
Vivre c’est en pente la neige le confirme.
Vivre c’est le précipice avec modération.
La leçon de la neige n’est pas la blancheur pour la marche.
La blancheur éblouit les yeux.
Aujourd’hui l’éblouissement vient du mot Ardennes.
Nous nous y jetons, pieds tournés vers la littérature.
Il y a Dhôtel André Gracq Julien chacun sa sente.
Soleil sur les sommières les laies étincellent.
Il y a Hubert Juin voix bourdonnante d’une fumée vocale bleue.
Ils bûcheronnent les uns les autres.
Abattent leurs stères leurs pages désenlierrent les énigmes des vieux troncs.
Recherchent l’appui des solitaires.
Une hure passe-t-elle à distance, ils la ferrent.
Nous, sous le bleu Midi légitimant sapins ou hêtres courons activement l’image.
Morcelons la neige la tassons dans nos mains.
La réchauffons en glace.
La durcissons avec la paume.
Poème en boule d’hérissonnement.
Prends ça, je t’envoie ma forêt à la figure !
Attrape, esquive le mystère forestier en déclinaison blanche !
Oh ! les poumons comme ils brûlent !
Les merles ?
Inadaptés au blanc au chant neigeux ils flûtent dans le midi.
Comptent les gouttes du dégel.
Toi Christian Hubin, doigt sur la bouche, découpes tes schistes.
L’ardoise, de champ dans la blancheur s’évase tout à coup.
Voici, mes chers maîtres d’école, où Gracq soldat attendit l’Allemand.
Corrigez : le Germain.
Les sapins prennent aussitôt pointes à leurs casques.
Forêt, c’est le lieu des métamorphoses guerrières.
François Jacquemin le doux, comment fit-il pour supporter la ferraillerie ?
La ferronnerie ?
Aux forges Cockerill.
Lui qui ne connaissait de fonte que celle du flocon.
La neige, charbon ardent de chaleur intense mais limitée.
Gerçures, les mains l’accueillent à petits stigmates.
Ce jour-là, comme nous étions tout prês de Roche, je crus voir Arthur.
L’imaginai suivant les haies, les fagnes, les lisières animalement.
Avec la démarche du charbonnier (renard) protégeant sa fourrure.
D’épaisseurs de neige pour refroidir les images se servant.
À la terre même.
Genoux très près du sol, très loin de la religion.
La Nature est un temple où de vivants piliers laissent passer les fusils.
Entre deux fûts, deux fugues, et un canon de Pachelbel.
Quel calibre ?
Con suo basso und gigue.
Non, l’Allemagne jamais ne fut aussi proche de notre creuset.
Allemagne à blanc, la France ?
La Belgique alliage fragile, friable, la guerre neutralisée.
Nous, Belges, nous déclarons des trêves fréquentes comme fusillade.
La paix éclate.
J’aime le choc évité des lisières, les enlisements par faute de combattant.
Ici, deux langues s’affrontent par géologie interposée.
Le guttural, le schisteux, le chuintement des fartages coupent la pureté blanche.
En face l’enclume vocalique transforme la neige en verre.
Bach à Baccarach.
Du cristal contre du fer, qui remporte la fable ?
La fable ne le dit pas, cesse avant de conclure.
Décliner la neige.
Parler la blancheur exige du temps, de la patience.
Blancheur ou l’infini.
Nous nous infinissons.
L’hiver est un infinitif du ciel.
Pluie chaude déguisée en froid, enfer cueillable, recueillable.
Saison des cerises ferroviaires.
Des pruniers chaudronnants.
La poésie est une industrie métaphorique indigène.
Pourquoi les forêts lui sieyent.
La scierie, la sciure du savoir, les blanchissements de l’aubier.
Une fournaise fruitière, des pulpes sans noyau.
Ardennes ardentes, à la lisière du lire du délire, du faire du défaire.
Neige, métal urgent.
Prenez une carte de la frontière Nord.
Que vous dépliez.
Michelin 236, 241.
Dans la partie Chaumont-Porcien Château-Porcien.
Vous ne connaissiez pas ?
Moi non plus.
C’est en France c’est en France
Près Mainbresson Mainbressy.
En France aussi.
Par contre, vous avez raison, Momignies est en Belgique.
Forcément vous avez la carte sous les yeux, ne pouvez tricher.
Nous ne jouerons pas aux noms.
Ce serait interminable.
Avez-vous déjà réfléchi à la multitude des noms qui ne se ressemblent pas ?
L’étonnante poussière de dissemblance, l’infinie pulvérulence qui crible notre paysage ?
J’en suis tout toponymifié moi-même quand j’approche ma myoponymie de l’échelle bibendable.
La 1/200 millième, un centimètre deux kilomètres.
Pattes de mouche je moucheronne sur la carte.
M’englue dans l’insignifiant.
M’arachne dans un frêle réseau de communes communettes.
Nampcelles-la-Cour Brunehamel Landouzy-la-Ville Plomion.
L’inouï.
Devient tout à coup audible.
Prend forme pour ces noms que nulle bouche ne prononça.
Se fait bouche par la bouche même de la déclinaison.
Quoi d’étonnant que de jeunes braconniers poètes demeurent tout ébaubis.
Poème républicain disent-ils, j’appelle les conscrits dont les noms suivent.
Alignant la carte de France par le menu le minime le minimissime le microminymique.
Poète cantonnier, émietteur de mottes par les racines, curateur de fossés.
Fossoyeur réanimateur.
Novarineur vicinal.
Prigent de police.
Verheggenien de la verveine camomille nominale.
Ceux qui ont le foie républicain trop engorgé boiront ces décoctions.
Par la racine les pissenlits désormais, service obligatoire national.
Les colchiques ne sont plus pour les vaches seules, la poésie laitière devra se parfumer à l’amertume.
La Suze ne s’usera que si l’on Sancerre.
Bon, baissons le coude.
La France embelgifiée, voilà ce à quoi aspirent nos pailles respectives.
Ma paillotte à Rosoy, j’en rosis d’émoi.
J’affirme qu’il y a plusieurs Belgiques en puissance dans la France.
Même s’il n’y a qu’une Belgique nominale réelle.
Revenons-y.
À la vraie l’unique.
Alunissons à l’unisson.
D’un jet de moteur, ruade quadrimotrice, retour à la case frontière.
Fut un tempstempus fuitdans notre apprentissage de la France décentralisée, où nous explorâmes par l’automobile coins recoins notre toute neuve région.
Thiérache,Thiérache, ruminais-je, comme veau analphabète rongeant son foin.
Courus au dictionnaire.
Robert.
Littré.
Von Wartburg, Suisse radical.
Thiérache Tierrrage origine obscure, désigne une terre récemment essartée.
Je prends mon essart, j’embraye.
Tombe au beau milieu d’un troupeau de vallées à croupes normandes.
De flanc éminemment flattable.
Merveille, une petite Normandie parachutée derrière les lignes allemandes.
Avec pommiers incorporés, cidre à la demande, fromage puanteur garantie.
Gudérian ses panthères rugissent de jalousie, font demi-tour.
Trop tard l’automne est avancé, Enchanteur Pourrissant leur barre la retraite à Stavelot, les chars mérovingiens patinent dans la purée, s’enlisent à Senlis.
Mon armistice pour un wagon.
Marseillaise la Marseillaise qui s’était maquisée sort maquillée en morse du fond des gorges régionales.
Pom-pom pom-pom pom pom pom pom pompom… .
Moi roulant délibérément à contre-sens de l’Histoire récente, vous l’aurez remarqué, ne me contente pas de cette étape.
Petit coup d’accélérateur.
Impossible à transcrire d’une phrase.
Cercueil noir Volkswagen au volant de laquelle conduit Faust, laisse l’Histoire sur place.
C’est fait, Thiérache kaputt.
Entrons dans le mythe.
Consommation d’essence, une Arabie en quinze minutes.
Faust oriente son véhicule vers la frontière la forêt.
Saint-Michel, ne tremble pas, voici ton dragon.
La forêt s’est tue, n’y résonne plus chant d’oiseau — que l’eau de l’Oise, jeune Oise.
Sommière, sommière, sommière, layons, layons puis laies.
Cercueil noir s’enfonce sous les noisetiers, vers quelle cérémonie ?
Où, s’interroge, ralentissant, Faust, gorge étreinte de ne plus sentir aucune présence hors la sienne, suis-je ?
Cette saignée devant, qu’est-ce ?
Douane ?
D’auto-immobilité ?
Il y est.
Frontière la frontière s’indique cessation de route.
Plus de voie vers.
S’il y avait piège ?
On le détrousserait le dépouillerait.
On le tuerait sans témoin.
On maquillerait l’auto.
Des tueurs.
Ils existent justement.
Raffolent de la marque allemande noire.
Volkswagen, mon démarrage laisse la loi coite.
Petit Faust des noisetiers, des coudriers picards, tu trembles, n’est-ce pas ?
Les frontières sont la mort en sursis, pointillés sur le sol.
Surseoyons !
Nommer, ne pas cesser de semer essaimer les semis semailles de nos noms est stratégie militaire essentielle.
Poète guerrier, pas l’avant-garde, non !
Pas la page rose dictionnaire futur, ma tête s’encadre dans la fenêtre coucou le train de la mort m’emporte, non !
L’automne, non !
L’été, oui !
Le est être de l’été, oui !
Pas le passé mais la poussière volant avant qu’elle ne se repose.
C’est monument mobile le poème, mobile volubile.
Ne laissez pas les mots moteurs arrêter de tourner.
Compris, hein, vous Compiégnez bien ce que je dis ?
J’aimerais déjeuner de trois douzaines d’huître, un Ensor devant les yeux.
J’entre au Musée Royal d’Anvers.
Je vais droit au tableau le décrocher avec des précautions.
Merci les gardiens merci pas la peine de m’aider je fais ça tout seul.
Je ressors, dépose la « la Mangeuse d’Huîtres » sur la banquette arrière de l’automobile.
Direction Ostende.
Anvers Ostende par la mer
Content d’aller revoir la digue d’Ostende ?
Answer me James.
