J'arrête de fumer - Vincent Seutin - E-Book

J'arrête de fumer E-Book

Vincent Seutin

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Beschreibung

Pourquoi fumez-vous ? Quels sont les effets du tabac sur votre corps ? Pourquoi est-ce si difficile d'arrêter ?

Si, chaque année, des campagnes sont lancées afin de responsabiliser la population, la cigarette fait toujours un tabac. Les experts de la santé se montrent d’ailleurs très inquiets car on ne perçoit aucune diminution du nombre de fumeurs. Or les effets sur la santé sont dévastateurs. Mais alors qu’est-ce qui nous pousse à fumer et pourquoi n’arrêtons-nous pas ? Ce livre répond à 30 questions afin de mieux comprendre les effets du tabac sur l’organisme du fumeur ainsi que sur celui de son entourage et donne des conseils pratiques au lecteur pour en finir avec le tabac. Quels produits retrouve-t-on dans le tabac ? Quel est l’effet de la nicotine sur le cerveau ? Quels sont les effets néfastes du tabac sur le foetus durant la grossesse ? Si vous pensez qu’arrêter de fumer est mission impossible, cet ouvrage est l’outil idéal pour vous prouver le contraire !

Ce livre pratique et complet, rédigé par la Cellule Drogues de l’université de Liège, vous aidera à comprendre pas à pas l'addiction au tabac et à vous donner le chemin à suivre pour s'en débarrasser.

EXTRAIT

Il est intéressant de signaler ici que la nicotine est la drogue la plus addictive qui soit, en tous cas si l’on fait le rapport entre le pourcentage de personnes dépendantes d’un produit et le pourcentage de personnes qui en ont consommé au moins une fois. D’après une étude qui fait autorité, ce rapport est de 32 % pour la nicotine, alors qu’il est de 23 % pour l’héroïne et de 15 % pour l’alcool. Une raison possible est la vitesse incroyable avec laquelle la nicotine passe dans le cerveau après inhalation : on constate déjà des effets centraux 10 secondes après l’inhalation, ce qui est tout à fait exceptionnel et est lié à sa grande lipophilie. Des enquêtes récentes ont d’ailleurs montré que l’industrie du tabac a réalisé de nombreuses recherches pour augmenter cette lipophile – et y est arrivée !
De même, la durée et l’intensité de la dépendance à la nicotine sont grandes, et beaucoup de fumeurs abstinents le ressentent : même s’ils ont arrêté depuis un certain temps, l’envie est toujours là, et la prise d’une bouffée risque de les faire replonger dans leur consommation antérieure, et ce, au même niveau (même nombre de cigarettes/jour) ce qui indique que le niveau de consommation est très difficilement modulable par le consommateur (voir question 25). Ces caractéristiques pourraient également être dues à un phénomène très particulier, qui est une augmentation paradoxale de la densité des récepteurs nicotiniques en cas de consommation chronique. Celle-ci perdure un certain temps après l’arrêt de la prise.

À PROPOS DES AUTEURS

La plupart des auteurs de l’ouvrage sont membres de la Cellule Drogues de l’université de Liège (Belgique), un groupe de réflexion multidisciplinaire composé notamment de psychologues expérimentaux et de cliniciens, de neurobiologistes, de médecins, de psychiatres, de toxicologues et de pharmacologues. Il a été coordonné par Vincent Seutin, Jacqueline Scuvée-Moreau, Pierre Bartsch et Étienne Quertemont.

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Seitenzahl: 285

Veröffentlichungsjahr: 2019

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J’ARRÊTE DE FUMER

Vincent Seutin, Jacqueline Scuvée-Moreau, Pierre Bartsch et Étienne Quertemont

Cellule Drogues de l’Université de Liège

J’arrête de fumer

Comprendre son addiction pour mieux la vaincre

Avant-propos

La collection « Santé en soi » évolue pour vous aider à devenir un acteur clé de votre santé.

Le temps est révolu où le patient n’avait que peu de ressources pour appréhender la maladie dont il souffrait. Même si les rapports entre le monde professionnel de la santé et le patient changent, le temps consacré à l’information manque régulièrement. De plus, sous la pression politique et dans un souci d’efficience économique, les institutions de soins développent des alternatives à l’hospitalisation et aux soins classiques. Il devient donc nécessaire pour toute personne d’acquérir plus d’informations pertinentes et d’autonomie face à la maladie.

Depuis sa création, dans chacun de ses ouvrages, la collection « Santé » des éditions Mardaga relève le défi d’apporter, sous une forme très accessible, une information médicale de grande qualité. Elle vise à offrir à tout lecteur des ouvrages qui traitent des questions qui animent aujourd’hui tant la communauté scientifique que la société autour de la santé dans sa définition la plus large.

Le livre que vous vous apprêtez à lire répond à un seul but : vous aider à devenir cet acteur bien informé et incontournable tant de votre santé que de vos soins médicaux. En effet, face à la multitude de sources d’informations consultables sous toutes les formes (réseaux sociaux, blogs, web, podcast, conférences, télévision, magazines), il est difficile de déterminer si les contenus sont fiables, validés par des experts ou douteux. Retrouver son chemin et un esprit critique dans cette infobésité qui nous pousse à appréhender beaucoup de données dans un temps de plus en plus court est parfois bien ardu.

Notre collection se veut être votre fil d’Ariane dans ce labyrinthe de surcharge informationnelle. Vous aider à apprendre et à comprendre tous les éléments utiles, sans pour autant les simplifier à outrance, est notre principale préoccupation.

Dans cet objectif, la collection évolue et évoluera encore avec la volonté d’offrir, si le sujet s’y prête, des approches plus dynamiques telles que des questions-réponses, des entretiens ou encore des contro­verses, tout en gardant un haut niveau de rigueur académique.

Au nom de toute la maison d’édition, je remercie les auteurs du présent ouvrage d’avoir répondu avec brio à cette approche dynamique de l’entretien avec un expert dans le domaine.

Je vous invite maintenant à lire ce livre, à le faire résonner dans votre quotidien et surtout à bien prendre soin de vous !

Professeur Frédéric Thys, Directeur de la collection

Introduction

Le tabac est une plante originaire d’Amérique et importée en Europe au xvie siècle. Ce sont les feuilles qui sont utilisées, après séchage et fermentation, pour fabriquer les cigarettes et autres produits du tabac. Il est consommé pour ses effets psychostimulants causés par l’action de la nicotine sur des récepteurs spécifiques situés au niveau du cerveau, dans des régions impliquées dans le renforcement et la motivation. L’usage répété de nicotine entraîne des modifications à long terme dans ces régions et peut conduire à une addiction redoutable et destructrice. Outre la nicotine, de nombreuses substances chimiques sont en effet présentes dans le tabac ou sont créées lors de sa combustion. Plus de 5 000 composés de structure très variée ont été identifiés dans la fumée de cigarette et un grand nombre de ceux-ci sont nuisibles pour la santé. Plus précisément, la dangerosité du tabac est due au potentiel cancérogène, au risque d’affections cardiaques ou respiratoires, à la toxicité pour la reproduction ou le développement embryonnaire. Le tabagisme est la cause principale de mortalité prématurée évitable dans le monde. Les derniers chiffres (mai 2017) de l’Organisation mondiale de la Santé sont interpellants : le tabac tue plus de 7 millions de personnes chaque année ! Plus de 6 millions de ces décès sont liés à l’usage direct du tabac, les autres résultant du tabagisme secondaire. Le coût sociétal du tabagisme est aussi très important, avec notamment des pertes de productivités (arrêt maladie, absentéisme) et des dépenses liées aux soins de santé. Ce coût dépasse largement le montant des taxes prélevées par l’État ainsi que l’indiquent les chiffres d’une étude réalisée par l’Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) en 20151. Arrêter de fumer ne peut donc être que bénéfique en termes de santé personnelle et publique ! Il est d’ailleurs bien établi que l’arrêt du tabagisme, quel que soit l’âge auquel il survient, réduit clairement la morbidité et la mortalité qui y sont associées.

Plus de 70 % des fumeurs envisagent d’arrêter de fumer, qu’ils soient ou non menacés d’une affection mortelle. Mais, sans aucune aide, seulement quelques pour cent y arrivent, malgré parfois plusieurs tentatives. Cette difficulté s’explique non seulement par le pouvoir fortement addictif de la nicotine, l’arrêt s’accompagnant de divers signes de manque difficilement supportables, mais également par l’acquisition de comportements et d’expériences sensorielles indépendantes de la nicotine elle-même.

Cet ouvrage est divisé en deux parties principales. La première a pour but d’aider à mieux comprendre le tabac et ses effets. Le lecteur pourra y trouver des réponses à des questions diverses, telles que : Comment cette plante considérée au début comme dotée de vertus merveilleuses est-elle devenue un poison qui tue lentement un con­sommateur sur deux ? Quelles substances chimiques peut-on trouver dans le tabac et dans sa fumée ? Le tabac est-il vraiment une drogue et, si c’est le cas, comment explique-t-on ses propriétés addictives ? Le tabac a-t-il vraiment des propriétés promnésiques (c’est-à-dire est-il capable de vous faire apprendre mieux et plus vite ?), antidépressives et anxiolytiques ? Y a-t-il un seuil à la toxicité du tabac ?

La seconde partie est destinée à apporter de l’aide au fumeur désireux d’arrêter. Sous forme de questions-réponses, elle aborde les différents traitements et interventions destinés à lutter contre le tabagisme, leurs modalités, leurs bénéfices et leur efficacité.

1. OFDT, Le coût social des drogues en France, décembre 2015.

Partie 1

Mieux connaître le tabac et ses effets

1

Qu’est-ce que le tabac ? D’où vient-il ? Quelle est son histoire ?

Pierre Bartsch & Michel Frédérich

“Réponse brève : Le tabac est une plante originaire d’Amérique centrale, déjà connue et fumée probablement 1000 ans avant Jésus-Christ dans ces régions. La plante a été ramenée en Europe par Christophe Colomb, mais l’usage du tabac a surtout été popularisé, en France, par Catherine de Médicis. Considéré comme une plante aux vertus merveilleuses, le tabac s’est progressivement révélé être un poison redoutable tuant lentement un consommateur sur deux… ”

L’histoire de la fascination de l’homme par le tabac a peut-être commencé avec la découverte et la maîtrise du feu par l’homme. En fait, il semble que, contrairement aux autres espèces animales, l’homme préhistorique trouvait, après un incendie déclenché par la foudre, la possibilité de se procurer une nourriture particulièrement appréciée, au point que la fumée était pour lui l’indice d’un mets délicieux. Dans un article publié dans les Cahiers d’Éthologie, Demaret souligne la fascination de l’être humain pour le feu qui non seulement le réchauffait mais agissait comme un signal olfactif déclenché par l’odeur de la fumée, peut-être inscrit dans nos gènes, et reproduit à notre époque dans le plaisir social déclenché par un barbecue (Demaret, 1998). Les psychanalystes voient également dans le fait d’aspirer la fumée d’une cigarette, le souvenir du plaisir de téter le sein ou encore, après Freud, l’assimilation d’un « gros ! » cigare à un symbole phallique. Certains physiologistes soulignent par ailleurs que l’espèce humaine est particulièrement adaptée à tolérer la fumée car elle posséderait, parmi toutes les espèces, les glandes lacrymales les plus développées, lui permettant de supporter, entre autres, l’enfumage des cavernes. Demaret souligne également que les enfants ont très fréquemment fait des expériences de fumage avant de connaître la nicotine en fumant de la moelle de sureau (Sambucus nigra L.) ou encore de la clématite des haies (Clematis vitalba L.), sorte de liane très poreuse. Je me rappelle personnellement avoir évidé la moelle d’une branche de sureau pour écraser dans la cavité obtenue, des feuilles de tilleul (Tilia sp.) séchées afin de les fumer !

Les Romains et les Grecs fumaient, selon Hérodote et Pline, bien avant l’importation du tabac par les Européens, des végétaux divers comme la lavande (Lavendula angustifolia Mill.), la bétoine (Stachys officinalis (L.) Trevisan), l’arnica (Arnica montana L.), l’armoise (Artemisia vulgaris L.), le tussilage (Tussilago farfara L.), l’aspérule odorante (Galium odoratum (L.) Scop), les feuilles de poirier (Pyrus communis L.) ou d’eucalyptus (Eucalyptus sp.), voire des champignons séchés (Demaret, 1998). Quant à nos ancêtres les Gaulois, on sait que les druides faisaient des fumigations de chanvre (Cannabis sativa L.) avant les sacrifices.

Néanmoins, à notre connaissance, aucune propension à un usage compulsif n’a été décrite avant l’utilisation de cette plante particulière venue d’Amérique et contenant 2 à 15 % de nicotine qu’elle avait « inventée » comme insecticide, tout comme un certain champignon contenant de la muscarine (Amanita muscaria Lam.), ce qui l’a fait appeler amanite tue-mouches. Même chez les Amérindiens, la dépendance tabagique ne semble pas avoir été décrite, peut-être à cause du caractère sacré et de la rareté du tabac.

Quels que soient les symboles du feu et de la fumée dans l’histoire du développement humain, il apparaît que le plant de tabac contenant la plus grande charge en nicotine, est bien « né » sur le continent américain.

Figure 1 – Tabac, Nicotiana tabacum. A : fleurs de tabac ; B : plante (© M. Frédérich) ; C : illustration de la plante (Franz Eugen Köhler).

Le tabac, dont deux espèces sont utilisées (Nicotiana tabacum L. et Nicotiana rustica L.) appartient à la famille des solanacées, comme la pomme de terre et la tomate. Le tabac est une plante atteignant 2 mètres de hauteur, annuelle, possédant de très grandes feuilles alternes et sessiles, ainsi que des fleurs rosées à rouge (voir figure 1). Ce sont les feuilles qui sont utilisées, généralement après séchage et fermentation. Outre les alcaloïdes de type nicotine, la feuille de tabac est également riche en sucres (40 %), en protéines et en acides organiques (15 à 20 %) (Bruneton, 2016 ; voir la question 2 pour plus de détails concernant la composition chimique du tabac).

Les Indiens Hurons2, dans leur mythologie, décrivent que, quand la terre était déserte et que le peuple souffrait de la faim, le Grand Esprit a envoyé une femme pour sauver l’humanité. Quand elle parcourait le monde, là où sa main droite touchait le sol, poussait la pomme de terre, là où sa main gauche touchait le sol poussait le maïs et là où elle s’asseyait et se reposait poussait le tabac (Borio, 2001). On a trouvé dans les terrains où vivaient les Hurons de grandes quantités de pipes en terre.

On pense que la plante de tabac a commencé à pousser en Amérique 6000 ans avant Jésus-Christ et que, vers l’an 1000 avant Jésus-Christ, les Amérindiens utilisaient le tabac en le fumant mais aussi en le mâchant et même en l’administrant en lavements hallucinogènes dans les populations primitives péruviennes. Une poterie maya datant vraisemblablement du ixe siècle montre un personnage fumant ce qui pourrait être aujourd’hui un cigare (figure 2).

Figure 2 – Vase du « singe fumant ». Poterie maya représen­tant un singe en train de fumer du tabac et tenant une cabosse de cacao. Époque classique récente (de 600 à 900 apr. J.-C.).

L’utilisation du tabac par les Mayas est également corroborée par une étude récente qui a mis en évidence la présence de traces de tabac dans une poterie datant de 700 ans après Jésus-Christ, poterie par ailleurs illustrée par une feuille de tabac (Zagorevski & Loughmiller-Newman, 2012). En 1492, Christophe Colomb découvre les Antilles et le tabac. Ce produit était appelé « pétun » par les Amérindiens et « tabacco » était en fait le nom du tuyau qu’ils utilisaient pour fumer la plante ; il restera pour désigner le produit. Au xviie siè­cle, le verbe « pétuner » signifiera d’ailleurs « fumer ». Quant à « tabacco », il est à l’origine du nom que donna Christophe Colomb à l’une des deux îles qu’il découvrit en 1498, Trinidad et Tobago.

L’histoire nous apprend que le premier fumeur du Vieux Continent était Rodrigo de Jerez, marin de la Santa Maria qui, imitant les Cubains, a ramené en Europe cette consommation. La fumée qui sortait de sa bouche et de son nez a tellement effrayé ses voisins que la Sainte Inquisition l’a emprisonné pendant sept ans, considérant peut-être que cette fumée avait été conçue dans le feu de l’enfer !

Les consommateurs, qu’ils soient Aztèques, Mayas, ou encore Indiens de la région de Montréal, semblent éprouver beaucoup de bien à l’utilisation de cette plante. C’est ainsi que Jacques Cartier écrit en 1535 : « Ils [les Indiens de la rivière Hochelaga] prétendent que cela [la fumée de tabac] les maintient au chaud et en bonne santé. Ils ne voyagent jamais sans cette herbe. »3

Figure 3 – Portrait d’André Thévet par Thomas de Leu.

Certains Indiens d’Amérique du Nord, nomades et chasseurs, vivaient dans un climat sec et sur une terre aride en beaucoup d’endroits, au point que le tabac était une plante rare et que certaines tribus avaient recours à un succédané, une plante nommée tabac indien (Lobelia Inflata L.) contenant un alcaloïde voisin de la nicotine, la lobéline. Par un retour de balancier étonnant, cette plante est entrée dans la composition, au xxe siècle, de préparations pour aider au sevrage du tabac ! (Stead & Hughes, 2012).

Après Christophe Colomb et Rodrigo de Jerez, qui ramenèrent quelques échantillons de plante, le moine voyageur André Thévet (figure 3) semble être le premier à importer en Europe le plant de tabac et à l’y acclimater. Il l’a en fait importé du Brésil où les Portugais en avaient planté.

En 1560, Jean Nicot de Villemain, ambassadeur de France au Portugal où la plante est importée deux ans auparavant ainsi qu’en Espagne, décrit cette dernière comme une panacée et en fait cadeau à Catherine de Médicis pour soigner ses migraines et celles de son fils, le futur François II. La plante sera surnommée Herba Régina. La prise de tabac se répand à la cour de France. Quelques années plus tard, le botaniste français Delachamps oubliera André Thévet, au grand dam de celui-ci, et se souviendra du nom de Jean Nicot pour dénommer le genre botanique (Nicotiana) auquel appartient le tabac (Nicotiana tabacum), ce que confirma, deux siècles plus tard, le célèbre naturaliste Carl von Linné, qui oublia lui aussi André Thévet. Quelques années plus tard, les botanistes réparèrent en partie l’injustice en créant le genre Thevetia (Laurier jaune), plantes contenant des hétérosides cardiotoniques, médicaments du cœur.

1. Le tabac, plante médicinale ou poison ?

On ne s’étonnera pas qu’André Thévet, partisan de l’effet thérapeutique de la poudre de tabac prisé, le recommandait à Catherine de Médicis car il était l’aumônier de cette dernière. À la même époque, Ambroise Paré en fait l’éloge en même temps qu’il flatte la reine Catherine de Médicis en nommant dans ses Œuvres l’herbe appelée pétun par les anciens, « Cathe­rinaire » ou « Médicée », ou, pour que tout le monde comprenne, « Herbe à la Reine ». Un certain délire saisit la médecine : on peut lire dans un ouvrage intitulé Tabacologie de l’Allemand Johann Neander (1626), plutôt favorable à l’usage du tabac, qu’un barbier qui a autopsié un soldat grand fumeur a trouvé que l’intérieur du crâne de ce dernier était noir (figure 4) !

Figure 4 – J. Neander, Tabacologia, 1626.

Si on devait croire ce curieux rapport d’autopsie, il démontrerait un trajet pour le moins original de la fumée de tabac avec une communication non encore décrite entre les bronches et la boîte crânienne ! Il faut dire qu’à l’époque, des « savants » écrivaient que si on laissait une carotte dans un pot de tabac (méthode reconnue à ce moment pour garder une certaine humidité de bon aloi à ce précieux végétal), on pouvait découvrir qu’il était apparu dans ce pot… une souris ! Il fallut attendre Pasteur pour démontrer que la génération spontanée n’existait pas, et que la souris en question était une carotte couverte de moisissures grisâtres et poilues !

Molière, qu’on ne peut soupçonner de tendresse pour les médecins, fait dire à Sganarelle dans Dom Juan en 1665 : « Quoi que puissent dire Aristote et tous les philosophes, il n’est rien d’égal au tabac. » ou encore « C’est le plaisir des honnêtes gens, et qui vit sans tabac est indigne de vivre. ».

En 1721, un célèbre médecin français, Tissot, affirme que la noyade se soigne par injection de fumée dans les poumons, à compléter par la même opération… dans le fondement. Il n’y aura bientôt plus de clystère (lavement) ou de vomitif sans extrait de ce qu’on appelait alors la nicotiane. Des décoctions de tabac utilisées en lavement seront ainsi préconisées comme purgatif pour traiter la dysenterie, l’iléus (occlusion de l’intestin), la hernie étranglée (section de l’intestin qui se trouve bloquée en dehors de sa cavité naturelle), la colique de plomb (intoxication au plomb), la tympanite (gonflement de l’abdomen lié à une accumulation de gaz), etc., et ce encore au xixe siècle (Trousseau & Pidoux, 1839 ; Doyle, 2005).

Le docteur Pécholier, dans le Dictionnaire des sciences médicales de 1885, défendait encore le tabac comme plante médicinale : « […] Lorsqu’on trouve dans une substance des effets aussi énergiques sur le corps vivant que ceux du tabac et de la nicotine, nous estimons qu’on doit les croire capables de produire des modifications thérapeutiques de premier ordre. » (Dautzenberg, 1996).

Cependant, dès les débuts de l’usage du tabac, celui-ci a connu ses détracteurs.

À l’époque de Jacques Ier qui succède à Élisabeth Ire, la reine vierge, ce dernier bannit le tabac de la cour d’Angleterre, déclarant l’odeur du tabac nauséabonde et son usage malfaisant pour la poitrine, des siècles avant la découverte médicale des liens entre tabac, bronchite et emphysème ou encore cancer du poumon et infarctus du myocarde.

Sous le règne d’Élisabeth Ire, Sir Walter Raleigh nommera la Virginie comme telle en son honneur. A-t-il ramené du tabac de Virginie, l’histoire ne nous le dit pas, mais en tout cas c’est lui qui a amené la mode du tabac à la cour d’Angleterre du temps de cette dernière. La fortune politique étant à l’époque dangereusement instable et la disgrâce mortelle, il sera condamné à mort et montera à l’échafaud la pipe à la bouche. Était-ce un prélude à la cigarette du condamné ou plus simplement un dernier pied de nez à Jacques Ier qui l’avait déjà enfermé à la Tour de Londres entre 1603 et 1616 ? Il aura juste le temps de réaliser une exploration de l’Orénoque avant de mourir en 1618 sur l’échafaud londonien.

Le pape Urbain VIII publie en 1642 une Bulle contre le tabac : « Interdisons et défendons à tous en général et à chacun en particulier, aux personnes de tout sexe, aux séculiers, aux ecclésiastiques, à tous les ordres religieux, à tous ceux faisant partie d’une institution religieuse quelconque, de prendre dans la suite sous les portiques et dans l’intérieur des églises, du tabac, soit en le mâchant, en le fumant dans des pipes, ou en le prenant en poudre par le nez ; enfin de n’en user de quelque manière que ce soit. Si quelqu’un contrevient à cette disposition, qu’il soit excommunié. » (Dautzenberg, 1996)

Notons que, en 1655, le tsar Alexis déportait les fumeurs en Sibérie et les punissait de la peine de mort s’ils causaient un incendie… Le moins que l’on puisse dire c’est que la liberté de fumer n’était pas acquise en ce temps et en ce lieu.

Les médecins français n’avaient pas tous la position du docteur Pécholier puisque, dans le même Dictionnaire des sciences médicales en 1821, on trouvait un article qui demandait de limiter fortement l’usage du tabac : « Le tabac considéré sous le rapport de son utilité en médecine est du nombre des végétaux dont les qualités dangereuses à cause de leur trop grande activité de leur action en quelque sorte corrosive sur les tissus doit en rendre l’emploi fort rare, et son administration doit être surveillée avec le plus grand soin. »

L’usage en décoction, tel que décrit plus haut, entraîna ainsi de nombreux accidents. Un cas a ainsi été décrit à Liège par le Professeur Ansiaux, au début du xixe siècle. Une « once » de tabac infusée dans l’eau avait été administrée à une patiente dénommée Élisabeth Peyne. Assez rapidement, la malade développa des convulsions et celle-ci décéda en quinze minutes. L’affaire fut jugée en justice, et le « praticien », qui en réalité n’était pas médecin et avait administré une dose probablement trop élevée, fut condamné (Chevallier, 1827).

Si, pendant des siècles, le tabac a été considéré comme une véritable panacée « herbe propre à tous les maux », c’est en 1828 que deux chimistes de l’Université d’Heidelberg, Poselt et Reimann, ont, pour la première fois, isolé la nicotine, dont le caractère volatil et basique avait déjà été démontré en 1809 par le pharmacien français Vauquelin. Des propriétés fortement toxiques ont alors pu être évoquées.

Pendant le xixe siècle, la plupart des médecins pensaient qu’un tabagisme modéré chez les adultes n’était pas dangereux pour la santé mais que fumer était mauvais pour les enfants. Cette position était davantage inspirée par une attitude morale que par une évidence scientifique. Néanmoins, en Angleterre, en 1908, le Children Act a considéré comme un délit de vendre des cigarettes à des jeunes âgés de moins de 16 ans (Borio, 2001).

La première évidence, basée sur l’étude d’une population importante, du danger de fumer le tabac est attribuée au travail de Wynder et Graham (1950), même si d’autres rapports antérieurs sur des cas individuels avaient soulevé la possibilité d’un rapport causal entre le tabac et le cancer du poumon. Finalement, ce sont les études de Doll et Hill qui ont donné ses lettres de noblesse à l’épidémiologie et montré de manière indiscutable le danger du tabac pour la santé (Doll & Hill, 1950, 1952, 1956).

2. L’épidémie mondiale du tabagisme

L’invention de la cigarette est portée au crédit des clochards de Séville qui récupéraient les mégots de cigare des riches bourgeois de la ville pour les émietter et les disposer dans un rouleau de papier journal, également de récupération ! Ces malheureux cumulaient les risques du tabac, inconnus à l’époque, avec ceux de l’inhalation des produits de l’encre d’imprimerie, sans compter les risques infectieux. Cet ancêtre de la cigarette s’appelait « papeletes » ou « papelitos ».

Ce sont probablement les artilleurs égyptiens, lors d’un conflit avec les Turcs en 1832, qui ont réinventé la trouvaille des Sévillans : pour augmenter leur cadence de tir, des canonniers égyptiens ont imaginé préparer la dose de poudre nécessaire, à l’avance, en roulant cette dernière dans un tube de papier. La hiérarchie les a récompensés en les gratifiant d’une livre de tabac… On imagine la suite, les pipes en terre qui se cassent… et le tube de papier utilisé à une autre fin, progressivement par les Égyptiens et leurs adversaires turcs.

Le premier artisan qui fabriqua, en 1847, des cigarettes roulées manuellement à l’époque, dans son atelier de Londres, porte un nom qui est encore présent dans l’histoire : il s’appelle Philip Morris et fabrique des cigarettes turques !

Un autre conflit, la guerre de Crimée (1853-1856) fit découvrir aux soldats anglais combien est pratique l’usage des papirossi de leurs alliés turcs ; ils ramenèrent en Angleterre la pratique, et le commerce de Philip Morris ne peut que prospérer. De plus, les Anglais se sont emparés d’un convoi de provisions russe, contenant entre autres choses des cigarettes, toujours appelées papirossi aujourd’hui en Russie.

Peu après Philip Morris, en 1849, un autre artisan s’installa en Amérique du Nord, à Saint-Louis, John E. Liggett dont les descendants continuent, aujourd’hui encore, à faire prospérer son entreprise. Un autre nom toujours aussi présent aujourd’hui dans l’industrie cigarettière est celui de Lorillard qui est crédité de la première opération de marketing : il dispose au hasard un billet de 100 $ dans certains paquets de cigarettes ! Nous sommes en 1860 et c’est le début d’un important commerce de la cigarette qui s’industrialisera quatre ans plus tard quand une première compagnie parvint à fabriquer 20 millions de cigarettes. Les compagnies similaires se multiplièrent et, à l’exposition organisée à l’occasion du centième anniversaire de Philadelphie en 1876, le stand d’une compagnie cigarettière fut si somptueux que certains journalistes comparèrent l’invention de la cigarette à celle du téléphone !

Nous n’ajouterons rien à cette histoire d’un développement industriel qui créera ce que l’Organisation mondiale de la Santé appellera l’épidémie mondiale du tabagisme (2015) et que Dubois qualifiera, à juste titre, de pandémie (Dubois & Tramier, 2001).

2. Nation indienne qui vivait le long du Saint-Laurent et au nord du lac Ontario.

3. In Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie, 1921.

2

Que sait-on de la composition du tabac et de sa fumée ? Quels sont les effets toxiques des différents produits identifiés ?

Marine Deville & Corinne Charlier

“Réponse brève : Le tabac, produit d’origine naturelle, contient plus de 5 000 composés chimiques de structure très variée. Parmi ceux-ci, les carbohydrates (sucres) sont les plus abondants, tandis que la nicotine est le principal agent responsable de l’addiction au tabac. À côté de ces composés naturellement présents dans les feuilles de tabac, plusieurs centaines d’autres sont susceptibles d’être ajoutés par les industriels afin d’améliorer les produits finis. Autant de composés se retrouvent alors dans la fumée qui est inhalée par le consommateur. On citera ainsi le monoxyde de carbone, responsable des maux de tête ressentis par certains fumeurs, et de nombreux agents cancérogènes comme le benzène, le formaldéhyde, les nitrosamines spécifiques du tabac, le benzo-(a)-anthracène, le cadmium ou encore l’arsenic. ”

Le tabac est un produit d’origine naturelle obtenu par séchage des feuilles de Nicotiana Tabacum, plante de la famille des solanacées, décrite en détail à la question 1. Ces feuilles de grande taille (50 à 70 cm de long et 30 à 45 cm de large) ont une forme ovale à lancéolée (voir figure 5 ; Bruneton, 1999 ; Schep, Slaughter & Beasley, 2009).

Figure 5 – Feuilles de tabac.

Bien qu’il existe plus de 60 espèces différentes de Nicotiana, Nicotiana Tabacum est la seule plante cultivée servant à la production com­merciale de tabac. Cette plante renferme des substances organiques hétérocycliques azotées d’origine végétale, les alcaloïdes, dotés de propriétés pharmacologiques et capables de neutraliser les acides au même titre que les bases. L’alcaloïde majoritaire du tabac est la nicotine, principale substance responsable de l’addiction au tabac (Le Foll & Goldberg, 2006). Dans la plante, elle agirait comme agent anti-infectieux et la protégerait contre les insectes (Siegmund, Leitner, & Pfannhauser, 1999). Ceci explique la raison pour laquelle la nicotine a longuement été utilisée comme insecticide en agriculture. La nicotine est fabriquée au niveau des racines de Nicotiana, mais s’accumule dans les feuilles, parties de la plante contenant la plus grande quantité de cette substance. Par ordre décroissant, on trouve les racines et les tiges (Djordjevic & Doran, 2009 ; Perriot, 1995). La quantité d’alcaloïdes contenue dans Nicotiana Tabacum peut atteindre 15 % et dépend de nombreux facteurs : la position des feuilles sur la tige, les pratiques agriculturales (notamment l’utilisation d’engrais) ainsi que le degré de maturation de la plante. Parmi les autres alcaloïdes présents dans la plante, on trouve la nornicotine, la myosmine, l’anabasine et l’anatabine qui ont une structure chimique très proche de celle de la nicotine. La nornicotine, l’anatabine et puis l’anabasine sont les alcaloïdes les plus abondants après la nicotine. Comme illustré par la figure 6, les différents alcaloïdes présentent une structure très similaire, ce qui explique que les alcaloïdes minoritaires peuvent exercer un effet addictif semblable à celui de la nicotine, mais de puissance moindre (Van de Nobelen, Kienhuis, & Talhout, 2016).

Figure 6 – Structure chimique de la nicotine et autres alcaloïdes du tabac.

1. La composition du tabac

Le tabac contient un grand nombre de composés chimiques (plus de 5 000) de structure très variée. Ce nombre ne cesse d’augmenter grâce à l’amélioration des techniques de mise en évidence, et de nouvelles molécules, en quantité trop faible pour être accessibles aux méthodes d’identification actuelles, pourront vraisemblablement s’ajouter plus tard à cette liste déjà longue (Perfetti & Rodgman, 2011).

Comme l’indique le tableau 1, les constituants majoritaires des feuilles de tabac sont des carbohydrates, de l’amidon, de la pectine et de la cellulose, qui représentent à eux seuls 40 % des composés présents dans les feuilles. On y trouve également des protéines et des acides carboxyliques (15 à 20 %) (Bruneton, 1999).

Tableau 1 – Composition chimique du tabac (Perfetti & Rodgman, 2011).

La composition chimique des feuilles dépend d’un grand nombre de paramètres, comme la variété du tabac, la région géographique de la culture, le climat pendant la croissance, la position des feuilles sur la tige et les pratiques locales de culture puis de séchage du tabac. Après récolte, le tabac peut en effet être séché de différentes manières, au soleil, au four, ou encore suspendu dans un hangar par le pied de la plante. On obtient ainsi différents types de tabac, bruns ou blonds (par exemple le Burley, le Virginie ou le tabac d’Orient), qui sont alors mélangés entre eux pour fournir les différents goûts (Perriot, 1995). On peut ainsi dénombrer plusieurs paramètres capables d’agir sur la concentration des constituants du tabac et, en conséquence, sur leur concentration dans la fumée (Borgerding & Klus, 2005).

Dans les cigares et les cigarettes, le tabac n’est pas présent sous forme naturelle et pure. Des substances autres que celles initialement présentes dans la plante sont ajoutées afin d’améliorer les produits finis, de les rendre plus savoureux et plus attractifs pour le consommateur. Le recours à ces ingrédients, appelés additifs, permet de blanchir la fumée et les cendres de la cigarette ou d’adoucir la fumée inhalée réduisant ainsi l’irritation des voies respiratoires. Certains additifs sont des aromatisants utilisés pour masquer le goût désagréable de la fumée et d’autres sont des humectants, tels que le glycérol ou le propylène glycol, qui permettent de maintenir l’humidité du tabac et ainsi éviter qu’il ne se dessèche. Enfin, des agents de combustion permettent de contrôler la manière avec laquelle les cigarettes se consument.

Environ 600 substances sont ainsi utilisées par les industriels comme additifs du tabac, bien que leur emploi ne soit pas sans danger. Certains peuvent être toxiques, soit à l’état naturel, soit après combustion. Ils peuvent également faciliter ou augmenter l’absorption de nicotine et, de ce fait, contribuer à l’effet de dépendance. Enfin, certaines essences (cacao, vanille) sont utilisées pour rendre les cigarettes attractives, en particulier pour les plus jeunes. La Commission européenne a établi une liste de 48 additifs prioritaires devant faire l’objet d’une attention particulière et nécessitant des compléments d’étude afin de réglementer, voire interdire, leur utilisation dans les produits du tabac. Parmi ces substances :

• 17 sont toxiques (6 sont cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) ;

• 14 produits facilitent l’inhalation ou augmentent l’absorption de la nicotine ;

• 17 matières sont des arômes susceptibles d’accroître l’attractivité des cigarettes ;

• 20 molécules sont transformées en produits toxiques après combustion.

Certains additifs répondent à plusieurs de ces critères. Parmi ceux-ci, on trouve le menthol, l’un des additifs les plus utilisés à travers le monde, en raison de sa saveur particulière et de son effet de fraîcheur. Le menthol exerce par ailleurs un effet anesthésique, bronchodilatateur et antitussif, qui permettra une inhalation plus profonde de la fumée de tabac, augmentant de ce fait l’exposition à la nicotine (European commission, 2016).

2. La composition de la fumée

Lorsque le fumeur allume une cigarette, le tabac contenu à l’extrémité de celle-ci entre en combustion et sa température peut atteindre 920°C au moment de l’inhalation. Entre les aspirations, la température du cône de combustion est encore de 800°C (Borgerding & Klus, 2005). Cette température élevée n’est atteinte que localement et diminue très rapidement au fur et à mesure que l’on s’écarte de l’extrémité de la cigarette. Lors de la combustion, les constituants du tabac subissent des réactions chimiques variées (pyrolyse, oxydation, sublimation, etc.), entraînant l’apparition de nouveaux composés, dont certains sont très toxiques.

Une cigarette en combustion générera trois courants de fumée :

• la fumée primaire est libérée par le côté filtre de la cigarette lors de la bouffée et pénètre dans la bouche du fumeur. On l’appelle aussi courant ou fumée centrale ou principale ;

• la fumée secondaire se dégage dans l’air ambiant entre les bouffées à partir de l’extrémité allumée de la cigarette quand le fumeur ne tire pas sur sa cigarette. Elle est aussi appelée courant ou fumée latérale ;

• la fumée tertiaire est rejetée par le fumeur après la bouffée.

Le plus souvent, même si chaque composé se comporte de façon variable, les substances présentes dans la fumée primaire sont également retrouvées dans la fumée secondaire, mais les proportions des différents produits sont influencées par les différences de tempé­ratures du cône de combustion pendant l’aspiration d’une part et lorsque la cigarette se consume d’autre part. À titre d’exemple, le monoxyde de carbone est 2,5 fois plus concentré dans la fumée latérale comparé au courant primaire. La fumée tertiaire est moins toxique que les deux précédentes. En effet, les poumons du fumeur agissent comme un filtre qui va emprisonner des substances toxiques aspirées par le fumeur. Ces substances ne sont donc pas rejetées dans l’air ambiant.