Jamais le temps - Christiane Legris-Desportes - E-Book

Jamais le temps E-Book

Christiane Legris-Desportes

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Beschreibung

Virginie en a vraiment assez : ses parents n'ont jamais le temps. Enfin, jamais le temps, c'est une façon de parler. Comme par hasard, c'est toujours quand elle leur demande quelque chose. Elle voudrait tant qu'on s'occupe d'elle, qu'on l'écoute, qu'on l'aime, quoi ! Elle se demande comment faire pour devenir importante. Découvrir un vaccin ? Sauver quelqu'un en train de se noyer ? Aller sur la lune ? Difficile, quand on n'a pas de laboratoire scientifique, que l'on ne sait pas nager et qu'on vomit en avion. Alors elle imagine un stratagème... Un drôle de stratagème. Ou plus exactement, « une bêtise tellement grosse que si c'était un animal, ce serait un mammouth carnivore, avec des yeux méchants et des défenses pointues ». En plus, Virginie va le découvrir à ses dépens, des parents trop attentionnés, ce n'est pas toujours bien non plus ! Surtout quand on se met à avoir soi-même besoin de beaucoup de temps...

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Seitenzahl: 66

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Du même auteur

Un terrible secret - Éditons BoD, 2016

Pour Charles et Louise, ainsi que tous les enfants dont les parents n’ont jamais le temps (enfin, quand il s’agit de s’amuser !)

Tables des matières

Chapitre 1 Pauvre de moi !

Chapitre 2 Un stratagème génial

Chapitre 3 Un avenir radieux

Chapitre 4 Un plan qui échoue

Chapitre 5 Triste vie !

Chapitre 6 La folie gagne !

Chapitre 7 Rien ne va plus, sauf…

Chapitre 8 La clef du mystère

Chapitre 9 Renversement de situation

Chapitre 10 Course contre le temps

Épilogue

CHAPITRE 1

Pauvre de moi !

Je ne sais pas pour toi, mais moi, mes parents, ils n’ont jamais le temps de rien.

Enfin, jamais le temps de rien, c’est une façon de parler. Ça dépend pourquoi. Comme par hasard, c’est toujours quand c’est moi qui leur demande quelque chose. Parce que si c’est pour leur travail, alors là, c’est différent.

Exemple, mon père à sa chef :

– Mais oui, bien sûr, Laurence, pas de problème, je vais y travailler et je te termine ça pour lundi.

Tu vois le genre, juste le jour où on devait aller au parc Astérix.

– Une réunion demain soir ? Mais, Laurence, j’avais promis à Virginie… Euh, oui, tu as raison, je ne peux pas manquer cette rencontre, je viendrai.

Alors, c’est Virginie qui sera sans papa pour son spectacle de danse.

Et Virginie, bien sûr, c’est moi. Virginie Bissan, bientôt dix ans et pas encore toutes ses dents. Mais je devrais plutôt te présenter d’abord Laurence-les-dents-longues, vu tout le temps que mon père passe avec elle…

Laurence : Madame De-chez-C’est-Toujours-Pressé, de son vrai nom Laurence Dechay. Elle est directrice Marketing De-chez-J’veux-vous-en-vendre-plus-des-shampooings et c’est la MECHE de mon père, sa Maîtresse En CHEf, quoi !

Enfin, elle n’est pas sa maîtresse au sens qui fait pleurer ma tante Christine : mon père, c’est différent de mon oncle, il n’est pas amoureux, il ne parle pas de nous quitter pour aller vivre avec Laurence (quoique de toute façon, vu le temps qu’ils passent ensemble au bureau, ça ne changerait pas grand-chose !). Je l’appelle comme ça simplement parce qu’elle est toujours en train de lui donner des devoirs, même les jours de vacances, et bien sûr, papa, il obéit. Un petit document à lire par-ci, deux petits bilans par-là, trois petites notes et puis papa s’en va ! Tu pensais peut-être que les notes, c’est juste tant qu’on va à l’école ? Eh bien non ! Quand on est adulte, on n’a plus de notes, mais à la place, on fait des notes : des documents très difficiles à écrire qui te demandent un temps fou. Mon père, c’est sûr qu’il prend ce genre de trucs bien plus au sérieux que moi, les devoirs ! Le pire, c’est qu’en fait, j’ai l’impression qu’il adore travailler à la maison, en tous les cas, nettement plus que de s’occuper de moi.

Calculer les ventes de shampooings de l’entreprise, il ne pense qu’à ça. Alors moi, rien que pour l’embêter, je me lave les cheveux avec du savon, et encore, c’est parce que je déteste être sale, sinon je ferais grève de lavage.

Ma mère, elle, c’est autre chose, mais ce n’est pas mieux. Tu en connais beaucoup, toi, des mères qui sont menuisier-ébéniste ? Il a fallu que ça tombe sur moi ! À l’école, quand on me demande sa profession, je n’ose plus le dire car à chaque fois, ils me font tous remarquer que c’est un métier d’homme. Déjà que je trouve que ma mère est trop souvent en pantalon, pas comme son amie Cécile qui est si belle, si bien habillée, avec du beau rouge à lèvres !

En plus, ma mère travaille à la maison... Je te vois venir avec tes gros sabots de cheval de bois ignorant : génial, alors, elle est souvent là, que tu te dis !

Souvent là, tu parles ! Toujours là, oui.

Mais en dessous. Au sous-sol. Elle a réquisitionné le garage pour y installer son atelier. C’est sympa chez nous : interdit de garder trop de jouets car on n’a pas assez de place pour les stocker. Et en hiver, avec notre pauvre voiture qui dort dehors, on est toujours en retard pour aller à l’école car il faut gratter le givre. Après, j’ai les doigts gelés pendant des heures. Quand je pense que pendant ce temps-là, ses grosses machines à bois nous narguent, bien au chaud !

Ma copine Marion, elle a trop de chance, elle. Sa mère est fleuriste, son père vend des voitures : eh bien, quand les boutiques ferment le soir, ils rentrent chez eux et sont VRAIMENT là, eux.

Parce que moi, mon gros problème, c’est que même quand ils sont là, mes parents, c’est comme s’ils étaient ailleurs.

Ma mère reste enfermée des heures et des heures dans son atelier, puis quand elle émerge enfin de son antre, elle pense encore à ses meubles. Et si j’ai le malheur de lui demander de jouer avec moi, oh, rien qu’un petit jeu très sympa et pas long, genre une partie de pouilleux massacreur, eh bien on dirait que je commets un crime de lèse-majesté ! Quoi, alors qu’elle a justement un buffet Louis XVI à terminer, moi, petit sujet de rien du tout, je voudrais qu’elle perde de son temps précieux !

Je n’en peux plus d’entendre parler d’un côté d’essences de bois et de teintures, et de l’autre, de ventes de shampooings et de sondages.

Et les soirs, au moment de se coucher, je te laisse imaginer la scène. Toujours la même.

– Allez, s’il te plaît, papa, lis-moi une histoire, rien qu’une petite.

– Euh, pas ce soir, Virginie, je n’ai pas le temps, j’ai un travail à terminer. Et puis, je t’ai déjà dit que tu es bien trop grande pour ça, maintenant !

– Dis, maman, et toi, tu veux bien ? Rien qu’une page… Un paragraphe ! Un mot !

Je peux essayer tous les tons, du plus suppliant au plus autoritaire, rien n’y fait. Alors, pour me consoler, seule dans mon lit, je ne lis plus que des BD. Je choisis bien sûr celles qu’ils détestent, Titeuf par exemple.

Mais quand même, ce n’est pas drôle. J’en ai vraiment marre de tout ça.

Je voudrais qu’on s’occupe de moi. Qu’on m’écoute, qu’on me chouchoute, qu’on m’aime, quoi ! J’en ai assez d’avoir l’impression de compter seulement pour mon chien Topie.

Comment fait-on pour devenir importante ?

On fait de grandes choses.

On découvre un vaccin.

On sauve quelqu’un en train de se noyer.

On va sur la lune.

On arrête des terroristes.

Mais moi, je n’ai pas de laboratoire scientifique, je ne sais pas bien nager, je vomis en avion et je rate toujours ma cible aux tirs dans les kermesses.

Par contre, je sais bien faire le grand écart.

Réciter l’alphabet en rotant.

Choisir les habits qui vont ensemble.

Inventer de belles histoires et les dessiner.

Imiter ma grande sœur.

Mais ça, mes parents, ils ne trouvent pas que c’est important. Je crois même qu’ils s’en fichent complètement. De ça comme de tout ce qui me concerne d’ailleurs. C’est sûr que si papa pouvait me shampouiner avec des statistiques et maman me coiffer avec un rabot, là, ce serait différent.

Mais que veux-tu, je suis juste normale.

Tristement normale.

CHAPITRE 2

Un stratagème génial

Ça y est, j’ai trouvé !

Je sais ce qu’il faudrait pour que mes parents s’intéressent à moi ! Une solution tellement géniale que je me demande comment je ne l’ai pas trouvée plus tôt !

Ça sert d’être forte en maths ! Parce que les maths et la vie, finalement, c’est pareil : les adultes nous posent des problèmes, il faut trouver la bonne manière de faire, l’opération ou le raisonnement à appliquer, on y va, et puis, plus de problème ! Réduit à l’état de solution, le problème !

Tu vas voir un peu ma démonstration ! Admire le travail ! Bon, je sais, il ne faudrait pas devenir prétentieuse, mais tu vas reconnaître qu’il y a de quoi être fière de soi :