Je vais mourir dans deux heures - Henri Lecesve - E-Book

Je vais mourir dans deux heures E-Book

Henri Lecesve

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Beschreibung

Histoire d'un petit garçon de la campagne qui rêvait d'être explorateur et qui retrouva à visiter le monde au sein des Ambassades. Une quête qui le conduisit à découvrir, 70 ans après, les lettres écrites par son père avant d'être exécuté

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Seitenzahl: 221

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Sommaire

BISSEY

Les Maisons

LA VIE A BISSEY SOUS L’OCCUPATION

REIMS

PARIS

L’Armée…

QUAI D’ORSAY

ACCRA

TOGO

Essais Atomiques de Reggane

OKUME DAM

ADDIS ABEBA

TROUVAILLES

TIMKAT

MODJO

VISITE DU GENERAL DE GAULLE

TEHERAN

DJEDDAH

YEMEN

JORDANIE

DAMAS

BAGDAD

TEHERAN

BEYROUTH

DEBUT DES « EVENEMENTS »

SPEEDY

CE QUE FEMME VEUT…

PARIS

PORT-VILA

BANGUI

ZAIRE

FORT-LAMY

MOSCOU

CHINE

NAIROBI

NEW YORK

KUALA LUMPUR

INDONESIE

BANGKOK

FORT DE FRANCE

DJIBOUTI

RETOUR A BEYROUTH

40 ANS EN POSTE

Tahiti

Pour terminer

ANECDOTES

RACINES

PRISONNIER « NN »

TROIS LETTRES

Troisième lettre

CHADBURN

Les PAGNIERS

Questions sans réponse

Trois lettres rédigées deux heures

Il n’est pas évident d’écrire ses mémoires. A chaque relecture de nouveaux souvenirs remontent à la surface, ce qui fait que le lecteur jugera mon style décousu. Ces lignes ne sont pas un récit, mais une succession de « flash-back ». Son unique objet est de raconter à mes enfants et petits-enfants comment, du petit-garçon de la campagne normande que j’étais au moment du débarquement je me suis retrouvé un jour à servir dans des Ambassades et réaliser, en quelque sorte, mon rêve de devenir explorateur en visitant de nombreux pays.

Certains amis se reconnaitront dans ces lignes et se souviendront du temps que nous avons passé ensemble.

J’ignorais, lorsque j’ai entrepris d’écrire ces lignes, qu’elles me conduiraient à rechercher mes racines, tant maternelles que paternelles, et que je découvrirais dans les documents conservés aux Archivres Nationales, l’histoire de mon père, et de sa fin tragique et horrible dans une prison allemande en janvier 1944. Il était agé de 31 ans. C’est ainsi que j’ai découvert, 70 ans après, les lettres qu’il avait écrites deux heures avant son éxécution.

Moi qui n’ai jamais pris de notes je me suis mis dans la tête, avant qu’elle ne se vide, de raconter mes souvenirs … Mais par où commencer. Après avoir retourné cette question dans tous les sens, j’ai décidé de partir du point zéro, c’est-à-dire du jour de ma naissance… Je crois que mes souvenirs, un peu diffus, remontent à l’âge de dix-huit mois, quand je prenais encore le sein de ma mère… Et oui, j’ai été nourri au sein jusqu’à l’âge de 18 mois

Ma mère s’adressa à l’image de la Vierge sur le mur de sa chambre : « faites que ce soit un garçon ! ». Elle m’a toujours assuré que l’image battit des paupières en guise d’assentiment. Et c’est ainsi que vers 16 heures de l’après-midi, le samedi 1er mai 1937, je vis le jour, au premier étage de la petite maison située sur la place du Monument aux morts de Beaumont-sur-Sarthe.

La petite maison de Beaumont-sur-Sarthe

Un an plus tard, le ménage connut des problèmes financiers. Mon père, qui était électricien, s’essaya à divers métiers : Tour à tour dépanneur radio, vendeur de siphons, annonceur public avec un haut-parleur installé sur sa voiture. Mais dans un village comme Beaumont-sur-Sarthe, la clientèle était rare et les fonds vinrent bientôt à manquer au ménage, ce qui déclencha la venue de créanciers. Excédée, et sur les conseils de sa mère, ma mère demanda le divorce qui fut prononcé en 1938.

Son fils âgé d’un an sous le bras, Elisabeth regagna le domicile de ses parents, employés au château du Jardin, à Giel dans l’Orne, par le Vicomte Daugé. Je grandis donc élevé par ma mère et mes grands-parents. Une grand’mère possessive et sévère et un grand-père gâteau et protecteur qui m’appelait « mon p’tite gars ».

Ma mère partit un temps sur la côte normande, à Riva Bella, travailler dans un hôtel restaurant, puis… dans une fabrique d’obus !

Plus tard elle travailla, à Paris, chez le photographe Charles Guerschel. De son séjour parisien, elle prit le goût de la photo, et même apprit, en regardant son employeur, à développer, en cachette des films et tirer des photos. Un jour elle fut surprise par Guerschel qui la complimenta et lui donna la permission d’utiliser son laboratoire. Ce goût pour l’image ne la quitta jamais, et la technique avançant, elle se mit au film double 8, avec une camera Eumig que je lui avais envoyé du Ghana, puis à la vidéo. A 85 ans elle faisait encore des copies de films vidéo sur un magnétoscope de salon.

Un jour où je refusais de manger ma soupe, ma grand-mère Cornélie se fâcha et me jeta l’assiette à la figure, en disant « ah tu ne veux pas manger ta soupe, et bien tu vas la manger quand même » … Mon grand-père me prit dans ses bras et m’emporta dans le jardin pour me console.

Je me souviens encore, je devais avoir trois ou quatre ans, un petit avion anglais avait atterri à Giel dans un grand herbage du château, appelé « les noires terres ». Peut-être était-ce une prise de contact des Britanniques avec mon grand-père… En tout cas c’est lui qui était allé à la rencontre du pilote.

Ma grand’mère, Cornélie, était picarde, et mon grand-père, Léonard, anglais. Il était arrivé en France à l’âge de 20 ans, en 1906. Ils s’étaient connus à Caines, dans l’Oise et s’étaient mariés le 11 juin 1910. Elle décéda avant l’arrivée des Allemands et ne connut pas l’occupation.

Cornélie et Léonard

Louis Nelly Yvette et Elisabeth

Ils eurent quatre enfants : trois filles et un garçon. Ma mère était l’ainée, venaient ensuite Nelly, Yvette et Louis.

Mon grand-père s’occupait de chevaux. Il avait été garçon d’écurie et cocher chez le prince Murat. De par son mariage ma grand’mère eut, pendant 18 ans, la nationalité anglaise. En 1914/1918, il fut interné par les Allemands en tant que civil étranger. Le 18 juin 1928, à l’issue de la naturalisation de mon grand-père, ma grand’mère et ses enfants furent réintégrés dans la nationalité française.

Léonard

Enterrement de Cornélie

NellyLouis ElisabethYvette

En 1941 la famille quitta Giel, juste avant le début de la Guerre, pour s’installer au hameau de Bissey, dans une grande maison appelée « le chalet »

Apres les trois pièces de Giel, le « Chalet » me fit l’impression d’être un petit château. Situé au milieu d’un petit parc arboré, avec une petite pièce d’eau, disposant d’un grand jardin et de deux herbages, il y avait aussi des granges et un grenier à foin. Au fond du parc, une petite bâtisse : les toilettes a deux places, mais cétait un peu loin de la maison et les pots de chambre étaient encore utilisés. Au rez de chaussée la cuisine,, la salle à manger et une grande pièce appelée « le grand salon » et un « fruitier », à l’étage trois petites chambres et une très grande. Sous les combles deux petites pièces avaient été installées comme chambres de bonnes. Il y avait aussi un chenil dont les niches en dur étaient pour moi des « cabanes » Pas d’eau courante il fallait aller à la fontaine sur le bord de la route.

BISSEY

Bissey était un petit hameau composé d’une dizaine de familles : les Chevillon, Dubourg, Evelyne, Beauvais, Bellanger, Calus, Mesnil, Bazeille, Lannes et j’en oublie. J’eus une enfance heureuse et insouciante. Nos jeux étaient champêtres : avec les copains, Rémi, Raymond, Rock et Claude, nous allions capturer des grillons dans leurs terriers, et faisions des cages dans des boites d’allumettes ou avec des bouchons et des épingles. Il y avait aussi le lancer de petites patates, que nous piquions au bout d’une baguette pour les envoyer le plus loin possible. Nous dénichions des pigeons, des corneilles, des pies, des merles ou grives que nous nourrissions ensuite, espérant les apprivoiser. Seules les corneilles et les pies s’apprivoisaient bien. Nous courions dans les champs pour cueillir des bouquets de marguerites, coquelicots et bleuets. Dans les décharges, nous récupérions de vieux flacons ayant contenu du parfum, dans lequel nous mettions de l’eau, et que nous appelions « du sent bon » Les sœurs de Rock, France et Thérèse, nous coiffaient avec ce « sent bon ».

Il n’y avait qu’un seul chauffage pour toute la maison : la cuisinière. Le soir on emportait un fer à repasser, mis à chauffer sur la cuisinière, pour bassiner l’intérieur du lit avant de s’y glisser. Un gros édredon de plume nous tenait au chaud. La vie était on ne peut plus simple et sans luxe. Une seule assiette à chaque repas servait pour tous les plats et pour le dessert il suffisait de la retourner. Pas de vin mais de l’eau et du cidre.

Comme tous les gens du hameau, nous vivions dans une sorte d’autarcie, avec les légumes du jardin et les animaux de la basse-cour : lapins, poules, canards oies dindes.

Puis vint l’école ! Le premier jour, accompagné par ma mère, j’entrais dans la petite école du bas Habloville, et fus confié à la maîtresse. Il n’y avait qu’une unique classe pour les petits. Les grands allaient à la grande école du nouvel Habloville, (également classe unique). Au milieu de la matinée, ma mère eut la surprise de me voir rentrer seul à la maison. Je lui expliquais que la maîtresse était allée chez le coiffeur et nous avait libérés… Une demi-heure plus tard la maîtresse arrivait, affolée, sur sa bicyclette…et mon mensonge fut découvert. En fait, j’avais profité de la première récréation, jugeant que l’expérience était suffisante, pour prendre la clef des champs. Ce fut, je crois, la seule fois où je fis l’école buissonnière.

C’est vers cette époque que je tombais amoureux d’une petite fille aux cheveux bruns et bouclés. Elle s’appelait Françoise et était la fille de la postière d’Habloville. Je voulais à tout prix lui faire des bisous, mais elle n’appréciait pas et, finalement, sa mère dut intervenir pour me faire cesser mes avances… Je n’avais que sept ans.

Un jour, Colette, la fille d’un de nos voisins, qui avait sans doute dû assister aux ébats de ses parents, nous entraîna, Rock et moi, dans une grange, pour essayer de reproduire ce qu’elle avait dû voir. Nous n’avons pas très bien compris le but du jeu qu’elle nous proposait et qu’elle appelait « faire zizite » et nous en restâmes là…

En ce temps-là, les meules de foin et les greniers accueillaient souvent des amours illicites. Les petites serviettes éponges, qui séchaient sur les cordes à linge, renseignaient les hommes du voisinage bien mieux qu’un camélia.

Sur un album de bande dessinée de Félix le Chat, j’avais vu Félix partir en expédition en Afrique à bord d’un « Gyroptère », sorte d’Hélicoptère. C’est peut-être de là qu’est née ma vocation de devenir, quand je serais grand, explorateur.

Plus tard, lorsque la tante Nelly demandait à mon cousin Christian, ce qu’il ferait lorsqu’il serait grand, il répondait qu’il voulait être docteur… Il devint, effectivement, docteur… en automobile et travailla comme mécanicien dans un garage Renault. Moi je disais alors que je voulais être explorateur et la tante et me répondait «explorateur de mes fesses oui… » et j’étais mortifié de voir qu’on ne me prenait pas au séieux…

Comme on m’avait expliqué que pour attraper un oiseau, il suffisait de lui mettre un grain de sel sur la queue je décidais de vérifier la chose, et, armé d’une poignée de gros sel que j’avais mise dans la poche de mon petit tablier de jardinier, partis à la chasse, espérant qu’en lançant une poignée de sel en l’air, un grain finirait bien par retomber sur la queue d’un oiseau… je revins, hélas, bredouille…

Sous l’occupation allemande la plus grande pièce de notre maison (le grand salon) fut réquisitionnée par la Wehrmacht qui en fit une réserve de nourriture. Bien évidemment, on ne leur avait pas donné toutes les clefs, ce qui nous permit d’avoir, à portée de main, une épicerie fort bien garnie en saucissons et pâtes.

De ce que nous appelions la grande route, et qui n’était en fait qu’une petite route goudronnée (les autres routes étaient empierrées) reliant Putanges à Argentant, une allée bordée de grands pins conduisait à la maison. Par mesure de sécurité, il fut décidé de couper les arbres pour éviter qu’ils ne servent d’abri aux véhicules allemands et attirent des bombardements alliés.

La tante Nelly vint de Paris avec son mari, ses deux filles, Mai-Ten et Yolande et s’installa à Bissey durant toute la Guerre. Elle y donna, en 1944, naissance à des jumeaux, Bernard et Christian.

Le mari de la tante Yvette, qui travaillait à la SNCF, ancien séminariste, était surnommé par ses belles-sœurs « Le puceau ». Il écrivait des poèmes et dessinait fort bien.. Un jour, baillant à la fenêtre d’un train (il était contrôleur), son dentier tomba. Il fut forcé de descendre à la gare suivante et de refaire, à pied, sur la voie, le trajet en sens inverse pour le retrouver… La tante Yvette nous rendait visite quelque-fois en venant à bicyclette depuis Caen.

L’oncle Louis lui était prisonnier en Allemagne.

Dans la famille, les prénoms étaient remplacés par des surnoms. C’est ainsi que ma mère, qui avait la larme facile, était surnommée « Moumouille », la tante Nelly, décontractée, « Drouillon », la tante Yvette, qui était gourmande « Potiron, ou Citrouille » et l’oncle Louis, bagarreur « Drigneux ». Tout jeune, il récupérait des souris dans des pièges, leur coupait la queue et les relâchait. Ma grand’mère avait baptisé mon grand-père de plusieurs surnoms : le père la tuile, le père la goutte, le père Dick. C’est d’ailleurs sous le nom de Dick qu’il était le plus connu. Le mari de la tante Nelly ; venu d’Algérie, était arrivé en France comme Boxeur. Il était plus tard rentré chez Citroën avant de travailler chez Renault. Il avait hérité du surnom de «grand Marabout ».

Les fenaisons à Bissey - en arrière-plan le « Chalet » Albert, Léonard, Nelly avec ses filles, moi et Cornélie

Pour Noël, il n’y avait guère de choix. On m'avait expliqué que le père Noël avait des problèmes à cause de la guerre. J’avais compris et eus une idée de génie. Je demandais une baguette magique, ce qui me permettrait d’obtenir, par la suite, tout ce que je voudrais. Malheureusement, elle ne figurait pas au catalogue…

Lorsque j’avais environ quatre ou cinq ans, ma mère, je n’ai pas souvenir du lieu, m’emmena voir mon père. Ce fut la seule fois où je le rencontrais. A cette occasion, il m’avait offert une sorte de petit moulin à musique, et, paraît-il, je lui avais dit « c’est mémère qui va être contente… »

Plus tard, à Bissey, alors que je jouais dans le grenier, je vis un homme, accroupi, une casquette sur la tête, qui me faisait signe de venir le voir. Terrorisé je dévalais l’escalier pour dire qu’il y avait « un bonhomme » dans le grenier. Mais les recherches effectuées par ma mère et ma tante ne donnèrent rien… Et pourtant, plus de soixante-dix ans après, cette vision demeure aussi fraîche dans ma mémoire que si elle venait de se produire. Je devais avoir environ quatre ou cinq ans et j’en viens quelque-fois à me demander si « le bonhomme » aurait pu être mon père, venu me voir peu de temps avant son arrestation…à moins que ce ne fut son fantôme… Inconsciemment je pense que j’ai souffert de l’absence d’un père…

Ma mère adorait chanter. Son répertoire puisé dans les chansons d’Edith Piaf empruntait aussi aux chansons de 1885… Parmi ses favorites il y avait

Les Maisons

(Charles d’Avray/Eve Casanne)

La petite maison qu’habitait mon vieux père

Au bord de la riviere

Est encore aujourd’hui comme dans l’ancien temps

Pleine de mes vingt ans

Et dans ses murs vieillis tout couverts de poussière,

A sa place première

Est resté le fauteuil de ma vieille maman

Près d’un berceau d’enfant

Refrain

Les maisons pleines de tristesse,

les maisons pleines de gaité

Rappellent aux jours de vieillesse

Tous les souvenirs du passé

Et ni les ans ni les saisons, ni les embellissement même

N’efface rien de ce qu’on aime

Dans les murs des vieilles maisons

La sévère maison qui m’a servi d’école

Où j’allais tête folle

Mumurer comme antan les anciennes leçons

Aux filles, aux garçons

Et c’est le même pion qui vient par habitude

En surveiller l’étude

Si, sur sa chevelure il semble avoir neigé,

il a bien peu change

Refrain

La coquette maison où grimpe une glycine

La haut sur la colline

Sous son toit parfume conserva de longs jours

Mes plus chères amours

Elle a connu les cris de désir et d’envie

D’ivresse et de folie

J’ai laissé dans ses murs avec mon premier pleur

Les ruines de mon coeur

Refrain

Une tombe dans les blés

Un jour de grand soleil, courant dans les épis,

Deux fauvettes causaient tout près d’une croix noire.

L’une disait "Vois-tu, c’est là, pour leur pays,

Que des braves sont morts, j'en veux conter l’histoire.

J’étais bien jeune alors, à l’ombre des buissons

Qui bordent le chemin, sous l’aile d’une mère,

Je regardais passer ces hommes et ces canons

Dont les clairons sonnaient l’hymne de la frontière.

{Refrain:}

Dans un jour de revers, heureux celui qui tombe

Et pour toujours s’endort couché dans un sillon.

Lorsque tu voleras autour de cette tombe,

Fauvette, chante-lui ta plus douce chanson

De tonnerre et d’éclairs tout l’horizon s’emplit,

Tout tremblait sous le ciel, les oiseaux par volées,

Loin de la poudre, allaient chercher un autre nid.

Ma mère et moi restions seules sous la feuillée

Lorsque, pâle et souillé, superbe en reculant,

Apparut devant nous se soutenant à peine

Un groupe de héros, ils dorment maintenant

Dans ces blés où longtemps lutta leur capitaine.

{au Refrain}

Tous étaient blessés, leur sang jeune et vermeil

Rougissait les épis et, la mine hautaine,

Ils tombaient un à un dans un champ de soleil

Sous le plomb qui frappait sur cette gerbe humaine.

Quand il ne resta plus qu’un seul de ces vaillants,

Il ouvrit sa blessure et, d’un geste farouche

Pour arracher sa poudre aux soldats allemands,

Il noya dans son sang sa dernière cartouche.

{au Refrain}

C’est là qu’ils sont couchés sur ce tertre désert

Où nul ne vient prier pour ces maws superbes

Et quand Avril renaît parmi les gazons verts,

Il jette sa couronne en radieuses gerbes.

La blanche marguerite et les coquelicots

Viennent dans les bleuets chaque printemps éclore

Et, mêlant leurs couleurs au dessus des héros,

Font pousser sur leurs tombes un linceul tricolore

{au Refrain}

Le violon brisé

:

Sur la route poudreuse et blanche

Où nos drapeaux ne passent plus

Un vieillard va chaque dimanche

Rêver seul au pays perdu

Parfois, de sa lèvre pâlie

Monte une plainte vers les cieux

C'est le regret des jours Joyeux

Et c'est l'histoire de sa vie

(Refrain)

Ils ont brisé mon violon

Parce que j'ai l'âme française

Et que sans peur, aux échos du vallon

J'ai fait chanter la Marseillaise

J'ai voulu savou cette histoire

11 me l'a contée en pleurant

Gardez-là dans votre mémoire

C'est celle d'un coeur simple et grand

Un soir, me dit-il, sous les chêncs

Je faisais danser les enfants

Quand les ennemis triomphants

Jetérent l'effroi dans nos plaines

(au Refrain)

Tous s'eiifuyaient devant leurs armes

Rouges, hélas, de sang français

Fou de douleur, cachant mes larmes

Tout seul vers eux je m’avançais

"Qui donc es-tu, toi qui nous braves ?"

Firent-ils en me renversant

"Je suis, dis-je en me redressant,

L'ennemi des peuples esclaves"

(au Refrain)

"Tu railles bonhomme ? Eh bien, joue

Les hymnes chers à notre roi."

Alors, leur main souilla ma joue

Mais la France vivait en moi,

Je jouai de Rouget de Lisle

L’ardente et sublime chanson

Ils brisèrent mon violon

En voyant leur rage inutile.

(au Refrain)

Une autre chanson puisée dans le folklore picard était celle de la noce à Bobosse

L’noce à Bobosse

Un jour équej’étoê invité

Pour mi aller al noce*

D’em cousine Félicité

Et pis d’em cousin Bobosse

J’étois si contin d’vir tous mes parints

J’em disoiê un mi même

J’mingraî du fricot

Du flan du ragout

Pis d’el salade a l’creme (bis)

Pour mi paroiête bin pu bieu

J’avoiê mis m’rodingote

avec min pu grand capieu

pis min piu belle culotte

J’dis bonjour em vla

J’arrive em’voila

pis c’min qu’ca va

croyant qu’tout l’monde m’admire

Mais en voyant min capieu pi min pu grand col

Tout l’monde is’crévoiê d’rire (bis)

Au lieu d’intrer d’in l’maison

et pis d’nos mette a table

Is mettent a danser sus l’gazon

J’invoiê tout au diable

Et pourtant s’violon

Qui donnoiê du son

A fair prinde l’épouvinte

L’avait bien gratté ses boyeux

Sa m’rimplissoiê pas m’vinte (bis)

Restant la comme un étou

Ej’sintoiê l’cour qui minque

J’apercoiê un biu plat d’fricot

Tout un haut sur une plinque

Ej’monte sur un banc, pis j’allonge em’main

Pour en prinde un belle cote

Ej’rinverse es plat surm’tête sur mes bras

J’imberdouillais m’culotte (bis)

En m’sauvant comme un peteu

Par el porte ed deriere

J’mimpierge dans un quedron plein d’ieu

J’métalle d’min long par terre

J’déquire em n’habit, j’étoiê tout saisi

J’avoiê m’figure toute noire

J’rinte tout penau avec el vintre creu

Ainsi fini m’nistoire (bis)

LA VIE A BISSEY SOUS L’OCCUPATION

Comme tous les gens du village nous avions un jardin qui fournissait les légumes, un clapied avec des lapin, des poules, des oies et des dindes.

Un jour un soldat allemand vint demander à mes parents s’ils accepteraient de faire cuire deux oies. En compensation il nous en donnerait une troisième. L’affaire était tentante et le marché fut conclu. Quelques heures plus tard une voisine, affolée, vint nous avertir que des Allemands étaient en train de tuer nos oies… C’était nos oies ! qui vivaient en quasi liberté dans les champs autour de la maison… Le soldat allemand s’excusa, mais trop tard…il expliqua qu’il n’avait pas pensé, voyant un troupeau d’oies dans un champ, qu’elles nous appartenaient… et les pauvres bêtes finirent au four…

Les temps étaient durs et la partie de la famille restée à Paris espérait bien obtenir de la campagne, ce qui leur manquait. Ma mère, s’était confectionné une jupe avec des poches à l’intérieur où prenaient place des plaquettes de beurre et autres denrées rares. Un brassard blanc portant une Croix-Rouge lui servait de laissez-passer. J’ignore combien de voyages elle fit ainsi sans s’être jamais fait prendre.

Mon grand-père, lui, partait le soir avec des musettes remplies de crottin de cheval. Ce n’est que bien plus tard que j’appris que le crottin était destiné à cacher des mines qu’il déposait, avec des membres de la Résistance, dans les nids de poule des routes empierrées. Un jour, ayant assisté à un combat aérien nous avons vu un des pilotes sauter en parachute. Mon Grand-père, pensant qu’il s’agissait de l’Anglais enfourcha son vélo pour aller le recueillir et éventuellement le mettre à l’abri. Par chance c’était l’allemand qui avait été abattu…

Pendant un certain temps nous avons hébergé un aviateur américain, dont l’avion avait été abattu. En raison de la présence allemande, il lui fut conseillé de jouer un sourd-muet idiot. Ses vêtements furent échangés avec une veste et un pantalon trop courts, le tout complété d’un béret. Lors de la visite d’Allemands chez nous il se cachait dans un petit réduit sous les escaliers, mais grinçait des dents lorsqu’il en voyait au travers de la fenêtre. Son nom, mais était-ce son vrai nom, était Jim Bennett… Son parachute avait été enterré dans le fond du jardin, et son pistolet Colt 45 avait été caché dans le plafond de la pièce réquisitionnée par les Allemands où nous pensions que personne n’irait le chercher. Au bout d’un moment il fut néanmoins décidé de le retirer et de le cacher ailleurs… Bien nous en prit, car le soir même un bombardement faisait s’écrouler le plafond et les Allemands n’auraient pas manqué de le trouver et d’en tirer des conséquences néfastes pour mon grand-père.

Quelque temps après Jim nous quitta. Mon grand-père lui fit passer la ligne et nous n’avons plus jamais entendu parler de lui.

La tante Yvette vint se réfugier chez nous, avec des voisins de Caen, Rolande, surnommée « La Fouine » et son mari Daniel, leur vie devenant de plus en plus dangereuse au fil des bombardements. Un jour dans le champ des Chevillon, un taureau fut tué lors de mitraillages par les avions. Ils décidèrent de récupérer de la viande. Armés de couteaux ils entreprirent de découper des filets sur la carcasse. La viande était dure, sentait très fort et était immangeable.

Nous avions une pie apprivoisée, surnommée Javotte, mais la tante Nelly estimait que cet oiseau était attiré par tout ce qui brillait, et craignait donc pour les yeux de ses filles. Un jour elle décida de l’éloigner, la mit dans une boite et partie à bicyclette pour la lâcher dans la nature à une dizaine de kilomètres. Lorsqu’elle rentra à la maison, Javotte était déjà là… Elle décida alors de tuer la pie.

Un jour un avion allemand, avec un double fuselage, passa, avec un bruit assourdissant, au-dessus de la maison et mitrailla le champ. Je me demande, vu le bruit étrange qu’il faisait, si cela aurait pu être un avion à réaction ? J’avais une balançoire installée sur un pommier. La branche à laquelle elle était fixée fut coupée par les balles.

Il y avait, à côté de la maison, entouré d’orties, un grand merisier dont les petits fruits rouges, bien qu’hors de portée, me tentaient. Je décidai d’essayer d’en cueillir. Je mis mes petites bottes, pris une grande brouette, sur laquelle je mis un seau renversé. Monté sur le seau, je n’avais pas réalisé qu’il y avait des sortes d’oreilles où était fixée l’anse. Je n’ai pas eu le temps de cueillir des merises. Le seau bascula et je me retrouvais dans les orties… Mes cris et pleurs alertèrent le voisinage, et un soldat allemand arriva. Pour essayer de me calmer, il me montra sa baïonnette en disant « couper kabèche »… Ce fut ma seule tentative de goûter aux merises.