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Cet anartiste a beaucoup compté pour moi, il est toujours là présent comme le furent à toutes époques ces femmes ou hommes à la marge, ceux qui ne sont pas dans le moule, il a beaucoup compté oui et moi je n'ai pas compté les dessins que j'ai pu faire en son hommage, 100, 200 ? moins, plus, peu importe, tu étais là à me regarder, à souffler sur mes révoltes, de Mai 68 au Larzac, partout et encore à la veille de l'absence, ce témoignage je te le dois, toi qui m'as donné l'envie de la négation pour affronter d'autres langages, toi qui m'as donné ce démon de la révolte qui tord les tripes, cette envie de transgresser, de créer l'imprévisible, de déconstruire et d'inventer, de rompre et choquer, je suis né de ton insoumission et je l'ai reproduite en retour en écrits et en dessins et c'est pour ne pas oublier que ce livre voit le jour, pour vous mais aussi pour les générations futures, Merci Couté, merci mille fois. JIHEL.
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Seitenzahl: 87
Veröffentlichungsjahr: 2021
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INTRODUCTION ( JIHEL)
PRÉFACE ( Christian Chesnault )
PRÉAMBULE ( Thierry Delmotte )
LE CH’MIN DE L’ANARCHIE
LES CABARETS
LES CARTES PUZZLE
LES ÉVÈNEMENTS VITICOLES DE 1911
LE SUBÉZIOT
L’ITINÉRAIRE
LES AMIS DE COUTÉ
LES POÈTES
L’ORGUE DE BARBARIE
ILS ONT INTERPRÈTÉ GASTON COUTÉ
LES UCHRONIES
LES PIEDS NICKELÉS
LES POLÉONS DE GASTON COUTÉ
L’ATARCHIE
ABSINTHE
DESSINS A 4 MAINS
PORTRAITS
DIVERS
ÉPREUVES
LE DESSIN QUI N’EXISTE PAS
MAXIMES JIHEL
AFFICHE EXPO
ÉPILOGUE
REMERCIEMENTS
Dessin de Phil Casoar détourné par Jihel
Ce 23 septembre 1880, il ne faisait pas chaud, pas question d'été indien à Beaugency dans ton Loiret et pourtant ton cri de naissance résonna de tes révoltes futures, un peu rauque et sourd avec ce rien de vertige qui donne la bonne contradiction, celle qui renvoie de suite à la poésie.
Tu grandis entre Beauce et Sologne, malgré des débuts d'études brillants, tu rêvais préférant les champs de blé à la Communale, déjà la solitude s'emparait de ton esprit indiscipliné et turbulent, tu fus renvoyé de ton lycée car tes mots ne coïncidaient pas avec ceux académiques de l'institution et oui les papillons noirs frôlaient tes différences vagabondes, tu étais en partance... Villon t'obsédait et tu le tutoyais dans ton imaginaire insolent.
Ce poste de gratte-papier, eux ils disent commis de perception, que tu occupes à 16 ans n'était qu'un pas de côté sur l'écriture, tu rêvais d'un ailleurs, Orléans n'était pas ta ville, le Progrès du Loiret, pas ta feuille, quelques mois pour casser le temps et l'ironie puis un remerciement à la clef, la révolte n'est pas de mise chez les bourgeois patentés... ou alors il ne faut pas qu'elle dépasse leur peur. Alors en ce mois d'octobre 1898 ton point de mire se dénommait Paris, le Paris des Communards où tu allais vivre pleinement ta bohème de cabarets en bouges, Montmartre et ses rues en pente, étroites, là récitant et chantant tes poèmes paysans pour une révolution qui se donne à corps perdu. Le mélange d'argot et de patois Beauceron résonne encore à mes oreilles complices, j'étais là au fond de la salle t'écoutant dénoncer les bourges et les curetons, ta blouse bleue flottait sur ce qu'on peut appeler une scène accompagnant ton large chapeau de feutre sombre, j'ai tout noté et même plus, je savais qu'un jour par le jeu des déformations et interprétations symboliques je guiderais en anarchie tes pas dans l'esprit de mes contraires, tu allais devenir ce labyrinthe un peu fou de mes uchronies. Je me suis refusé à emprisonner mon regard sur toi et j'ai laissé parler la forme et la matière, tu es en mouvement, tu es vivant. Ta vie sera désordonnée mais pleine d'un talent qui résonne encore aujourd'hui pour qui sait t'écouter, te lire.
Ta fibre anarchisante va te conduire dès 1899 au journal "Le libertaire" où tes pamphlets ne passeront pas inaperçus, Sébastien Faure remarqua cette pointe d'inquiétude qui frôle les murs sans les toucher, une évidence, il te convia à collaborer au "Journal du Peuple" , là tu mis en couleurs des textes de révolte qui fleuraient bon la poésie tant les mots étaient soignés et occupaient l'espace désigné. Tes mots épongeaient la médiocrité du conformisme bourgeois, ils essuyaient d'un revers de main la stupidité et la méchanceté de cette période dite "belle époque".
Ta passion de l'absinthe va te conduire dans les nuits de Montmartre de cabaret en cabaret, au Lapin Agile, Tu te lieras d'amitié avec Picasso, Kupka, Max Jacob, Apollinaire, Carco et bien d'autres, initiés eux aussi au rituel de la fée verte. Syndiqué à la C.G.T tu participas à de nombreux meetings de soutien en faveur des ouvriers en grève.
Puis ce fut l'épisode de "la guerre sociale" de Gustave Hervé (Ce "gas" qu'à vraiment mal tourné au point de devenir nationaliste et soutenir Pétain par la suite, mais c'est une autre histoire et tu ne pouvais pas le savoir, pardon ce n'est pas le sujet.) A la une de cet hebdo antimilitariste, tu imposas chaque semaine une chanson calquée sur un air connu, moins de poésie, l'actualité ne s'y prêtait guère. Nous sommes en 1910, il te reste un an à vivre, près de 60 chansons virent le jour sous ta plume si on cumule ton éphémère collaboration à "La barricade" et là celui qui siffle, le Subéziot était à son apogée.
Ces chansons faisaient le tour du Paris libertaire et révolutionnaire, on chantait dans la rue, les usines, les meetings, tu étais devenu la coqueluche de la révolte et des anarchistes. Partisan du sabotage, tu ne te privais pas de le chanter en soutien aux cheminots en grève, le Préfet Lépine fit engager des poursuites contre toi pour des moqueries sur de "pauvres" agents de police blessés pendant la manifestation du 1er mai 1911, ces poursuites n'aboutirent pas, et pour cause…
Cette même année la révolte se précise chez les vignerons Marnais, tu n'es pas en reste et tu publieras 4 chansons à leur gloire dans "La guerre sociale" Il te restait peu de temps à vivre, quelques mois seulement, affaibli par la vie de bohème, une mauvaise nourriture et l'alcool (Ces mauvaises absinthes frelatées) ta santé se détériore de jour en jour, squelettique, en ce mois de juin 1911 tu n'es plus que l'ombre de toi même, une mauvaise congestion pulmonaire va t'emporter un jour maudit de juin 1911, le 28, tu n'avais que 31 ans ou presque. Tu seras inhumé le 1er juillet dans le Loiret à Meung-sur-Loire, ta ville.
Cet anartiste a beaucoup compté pour moi, il est toujours là présent comme le furent à toutes époques ces femmes ou hommes à la marge, ceux qui ne sont pas dans le moule, il a beaucoup compté oui et moi je n'ai pas compté les dessins que j'ai pu faire en son hommage, 100, 200 ? moins, plus, peu importe, tu étais là à me regarder, à souffler sur mes révoltes, de Mai 68 au Larzac, partout et encore à la veille de l'absence, ce témoignage je te le dois, toi qui m'as donné l'envie de la négation pour affronter d'autres langages, toi qui m'as donné ce démon de la révolte qui tord les tripes, cette envie de transgresser, de créer l'imprévisible, de déconstruire et d'inventer, de rompre et choquer, je suis né de ton insoumission et je l'ai reproduite en retour en écrits et en dessins et c'est pour ne pas oublier que ce livre voit le jour, pour vous mais aussi pour les générations futures, Merci Couté, merci mille fois.
JIHEL.
Quand j’ai fait part, en mars 2021, à Jacques Lardie, alias Jihel, de mon intention de rechercher toutes les cartes postales qu’il avait dessinées sur lesquelles Gaston Couté était représenté ou cité, celui-ci pensait qu’il y en avait, tout au plus, une cinquantaine. Après cinq mois de recherches, nous en avons trouvé 250 et cet inventaire n’est pas exhaustif!
Jihel et Couté sont frères de sang. En effet, Jacques Lardie se présente ainsi: "Je m’appelle JiheL, et je suis antireligions (toutes), antimilitariste, anti colonialiste, anticapitaliste… Bref Anarchiste et ça me va bien." Comment, dans ces conditions, pouvait-il ne pas rencontrer Gaston Couté? Il déclare aussi: "Il y a des personnages comme ça qui se sont imposés tout au long de ma carrière et qui revenaient sans cesse me rappeler à l'ordre."Gaston Couté un poète sans dieu, ni maître qui glace ma plume au souvenir de ce mal à venir , écrit-il encore dans une carte qu’il partage avec la poète Françoise Chapron.
Jihel connait bien l’œuvre de Gaston Couté, nous en trouvons des titres ou des extraits au hasard de ses créations."Après vendanges", "Les absinthes", "Les électeurs", "En revenant du bal", "L’amour qui s’fout de tout" (Amour anarchiste), "Complainte des ramasseux d’morts", "La jolie Julie", "Le Christ en bois", "La dernière bouteille", "Nos vingt ans", "J’ai fait des bleus sur ta peau blanche", etc.
Il connait aussi, bien sûr, celles et ceux qui l’ont interprété, et leur rend hommage, des plus célèbres : Edith Piaf, Bernard Lavilliers, Monique Morelli, Marc Ogeret, Loïc Lantoine aux moins connus : Gérard Pierron, Bernard Meulien, Marc Robine, Pierre Dumousseau, Jacques Florencie, Claude Antonini, Vania Adrien-Sens, la Princesse Barouline, Yann Malau ou Bruno Daraquy. Leny Escudero n’a pas chanté Gaston Couté mais Jacques Lardie le considère comme son "digne successeur". Lors d’un récital de ce chanteur dans une petite ville bretonne, en 2005, un rédacteur du Télégramme n’écrivait-il pas : "En l’écoutant, on pense aux grands poètes populaires Jehan Rictus, Gaston Couté, Jules Laforgue : fils du peuple comme eux, Leny Escudero n'a pas de mots assez durs contre les puissants et les arrogants, assez tendres pour les petits et les humbles. " Jacques Lardie qui rappela à Leny Escudero ce que fut l’anarchisme espagnol, dit modestement: "Ah oui Leny, un ami de toujours et ce depuis 68... où nous avons fraternisé après quelques engueulades sur le communisme dont je le trouvais trop proche parfois, il a fallu que je lui explique la guerre d'Espagne à la manière Durruti et ce ne fut pas simple. Après notre conversation Leny a fait des galas en soutien aux libertaires. Y-a-t-il un lien de cause à effet ? Ne voulant pas le gêner je l'ai félicité, sans lui demander le pourquoi. On se comprenait souvent dans des silences." Jihel honore également Georges Brassens uni à Gaston Couté par "le lien libertaire de la poésie" tout comme François Béranger.
Louise Michel "transitant", selon lui, l’image et la musique de Gaston Couté, c’est en toute logique qu’il les associe tous deux, sur fond de Commune et de lutte des Cossiers. Cette révolte des vignerons de la Marne et de l’Aube pour laquelle Gaston Couté prit fait et cause quelques mois avant sa mort, est un mouvement insurrectionnel qu’il a, lui aussi, à cœur de glorifier. Sur les très nombreuses cartes dédiées à ce sujet, une vingtaine font référence à Gaston Couté dont 4 qui reproduisent intégralement le très beau texte, "Ces Choses-là", paru dans La Guerre Sociale, du 12 avril 1911. Gaston Couté est encore représenté auprès de bien d’autres anarchistes, tels Sébastien Faure, Jules Grandjouan ou Miguel Almereyda et de quelques poètes de la même veine, à commencer par François Villon dont l’histoire est aussi liée à Meung-sur-Loire, ainsi que Tristan Corbière, Jehan Rictus (celui d’avant 1914) ou Eugène Bizeau.
