Journal 2015 - Patrick Sansano - E-Book

Journal 2015 E-Book

Patrick Sansano

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Beschreibung

Chaque année, Patrick Sansano publie son journal. Celui-ci relate l'année 2015, marqué par les attentats à Paris et la mort de plusieurs grands artistes : Pino Daniele, Demis Roussos, Richard Anthony, James Horner, Guy Béart. Il a aussi publié "Journal 2016" (ce dernier en deux tomes), "De Muriel Baptiste à Lara Fabian Journal 2017", "L'année blanche Journal 2018", "L'année d'Emma Marrone Journal 2019". Il écrit actuellement après une absence de trois ans "En attendant Emma Journal 2023".

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Seitenzahl: 112

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

Valence, 1

er

janvier

1

er

février

3 mars

4 avril

Valence, 1

er

mai

2 juin

1

er

juillet

1

er

août

1

er

septembre

2 octobre

2 novembre

1

er

décembre

Valence, 1er janvier

2014 est à ce jour la pire année de ma vie, ma fille ayant perdu la garde de mon petit fils en juillet. Cela fait sept mois que le cauchemar est là. Le jugement a été prononcé en août 2014.

Ce drame a tout occulté depuis le 12 juin, lorsqu’un huissier de justice est venu frapper à la porte de ma fille Claire pour une assignation en référé.

Je me dis que le jugement d’appel qui ne va pas tarder à tomber sera décisif. Il faut malgré tout continuer à vivre. Rien ne sera plus jamais pareil.

Que va donc m’apporter 2015, en faisant abstraction de cette affaire ? Cette année marque le vingtième anniversaire de la mort de la comédienne Muriel Baptiste, que j’aime depuis toujours, et quand je dis toujours, cela a commencé à l’âge de sept ans. En 1974, elle a quitté le métier et s’est évanouie dans la nature. Je n’ai appris son décès que le dimanche 6 novembre 2005, plus de dix ans après, à dix-huit heures.

Mon deuil, si je peux le qualifier ainsi, est donc décennal, puisque mon esprit l’a pris en compte lors de la connaissance de la terrible nouvelle.

Tout le monde a oublié Muriel aujourd’hui, même si en son temps (1964-1974), elle a connu son moment de gloire, particulièrement à la télévision, à l’ORTF. Elle a été la vedette de cinq feuilletons, celui qui est passé à la postérité est « Les Rois maudits ».

Je sais que beaucoup me prennent pour un illuminé. J’ai réalisé un blog sur elle, et ai publié à compte d’auteur « Muriel Baptiste, la reine foudroyée », en 2007, et « Muriel Baptiste, la vie : quelle gifle ! » en 2014. Mes livres se sont mal vendus, quelques dizaines, mais ils représentent pour moi une trace bien plus durable qu’Internet. Je trouve cette technologie peu fiable et peu durable, tant de sites et de forums ont disparu depuis que je surfe sur la toile comme on dit.

Si je suis encore là le 1er janvier 2016, je pourrai tenir le même discours. Muriel encore, Muriel toujours. Elle est vivante tant que je le suis, puisque je parle d’elle, perpétue son souvenir. La grande question est de savoir si quelque chose existe « après ». Eternelle question pour moi qui ait été croyant les quinze premières années de ma vie, puis comme le chante Michel Sardou qui ait surtout cru lorsque j’en avais besoin. En 1997, malade, je suppliais le ciel de m’épargner. J’étais bien sot alors, me croyant atteint d’un cancer du foie alors que je ne souffrais de rien du tout. Depuis 2005, j’ai tout intérêt à ce qu’il y ait un ailleurs, un au-delà, un Paradis, et ce qui me conforte à y croire est le fait d’avoir parfois « senti » Muriel me soutenir, en de rares occasions toutefois.

Ce nouvel an 2015, j’ai décidé de ne pas regarder de DVD, comme c’est mon habitude la plupart du temps. Sur TF1, j’ai choisi de voir « Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » de Luc Besson avec Louise Bourgoin. A part la beauté de l’actrice, je me suis ennuyé. Le film date de 2010. C’est le genre de films que les Américains réussissent et les Français ratent, faute de moyens financiers. On a voulu ici jouer la carte de la dérision, de la parodie, et la mayonnaise ne prend pas. De toute façon, le cinéma américain lui-même ne m’enthousiasme plus, il a perdu sa magie, est devenu un spectacle pour mangeurs de pop-corn. James Bond, jadis enthousiasmant, bien que britannique, a perdu tout son charme depuis l’arrivée catastrophique de Daniel Craig en 2006. On veut faire des films sombres, à l’image du 11 septembre 2001, déjà les Batman ont montré la voie.

Quelle place aurait Muriel aujourd’hui dans le paysage audio-visuel, quoiqu’à soixante-douze ans, elle aurait pris une retraite méritée ? Elle n’était pas faite pour cette époque, pas davantage que moi. Les films français sont devenus ennuyeux, oubliant la magie de Belmondo, Delon, De Funès, Fernandel, Bourvil, Lino Ventura, Jean Gabin. Les comédies sont vulgaires et débiles, et Vincent Cassel peut remercier le sort d’être le fils de Jean-Pierre, sans cela, il m’aurait fort étonné qu’on l’engage pour jouer Jacques Mesrine. Il n’a aucun charisme, mais qui en a : Frank Dubosc ? Dany Boon ? Christian Clavier et Jean Reno ?

« Adèle Blanc-Sec » est adapté d’une bande dessinée. L’exercice n’est pas facile. Je me souviens des deux « Tintin » avec Jean-Pierre Talbot dans les années soixante qui étaient des désastres. Il n’y a plus de filles comme Muriel aujourd’hui. La gloire s’acquiert trop rapidement pour vite s’évanouir, notamment avec la téléréalité. Les comédiennes qui tournent des séries (Muriel en a fait cinq) sont sans doute plus médiatisées avec les technologies modernes, l’information immédiate, Internet. Je pense à Ingrid Chauvin qui a vécu des drames, Muriel en a eu aussi, mais à son époque, il était bien plus difficile de savoir ce que devenaient nos vedettes. Elles pouvaient mettre une chape de plomb sur leur sort.

La chaîne Histoire a eu la bonne idée de rediffuser « Les rois maudits », dans une copie remastérisée, l’image est bien supérieure au coffret mis en vente par TF1 vidéo dont les couleurs sont saturées et « bavent » parfois. Les deux épisodes avec Muriel sont repassés, les 20 et 27 décembre, ce qui m’a amusé, car en 1972, ils avaient été diffusés presque à la même époque, les 21 et 28 décembre. Cette rediffusion est soi-disant en hommage à la presque centenaire Hélène Duc qui vient de nous quitter.

J’ai pu parler avec elle, en 2010, au téléphone, lui demandant de me recevoir, ce qu’elle a refusé. J’ignorais la maladie de sa fille, la comédienne Elisabeth Catroux, depuis décédée le 22 juin 2013. Hélène Duc m’a adressé deux charmantes lettres depuis 2005, elle est ravie de ma fidélité à celle dont elle écorche le prénom, en l’appelant « Murielle ». Elle m’a écrit que des carrières comme la sienne, je parle d’Hélène Duc, dépendent des fidélités de spectateurs comme moi. André Falcon, que je n’ai malheureusement connu que durant les trois dernières années de sa vie, me parlait et m’écrivait de cette façon.

Christian Marin lui me manque. Il ne savait pas grand-chose sur Muriel, mais il était d’une gentillesse extrême, au point de m’appeler lui-même au téléphone ayant compris que j’étais timide. Son décès a été un coup dur car il m’aidait dans mes recherches, ayant joué deux fois avec Muriel, dans « Les chevaliers du ciel » puis dans un film dont il ne se rappelait rien : « Le mois le plus beau ». J’ai cru, un temps, que Bernard Rousselet allait être un substitut de Marin, pour l’aide qu’il m’a apporté à mon deuxième livre, « La vie, quelle gifle ! », mais je me suis trompé. Il m’a livré des informations sur le tournage des « Dernières volontés de Richard Lagrange », l’un des feuilletons de Muriel, mais ne m’a plus donné signe de vie et ce n’est pas mon genre d’harceler les gens. Christian Marin se serait coupé en quatre pour me trouver une information inédite sur Muriel, mais malheureusement, sa bonne volonté ne suffisait pas.

2 janvier

Pas de DVD non plus ce soir, ma mère, avec laquelle je vis depuis mon divorce, adore Jean-Pierre Foucault qui propose « Qui veut gagner des millions ? ». Voilà un monsieur pour lequel je n’ai guère de sympathie. En 2007, je lui ai écrit à Carry Le Rouet pour qu’il m’aide à trouver un éditeur pour « La reine foudroyée ». Fâché d’être dérangé par un importun, il m’a répondu assez sèchement : « Vous me demandez de vous aider à vous ouvrir les portes du monde de l’édition, ce n’est pas mon métier, ce n’est pas mon domaine. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur ». Sa lettre, datée du 31 janvier 2007, a été expédiée de Paris, à l’enseigne de la société « Parasol productions ».

Il est certain que lorsque vous vous voulez publier un livre, Monsieur Foucault, vous n’avez aucun problème pour dénicher un éditeur en raison de votre notoriété. Albin Michel, Calmann-Lévy et l’incontournable Michel Lafon, éditeur de toutes les stars de TF1, de ceux qui écrivent leurs livres tous seuls, ou ont recours à des nègres. Michel Lafon m’a gentiment fait savoir de ne pas leur envoyer de manuscrits, ils ont des agents de prospection qui se chargent eux même de trouver les auteurs et les livres à écrire, dont acte.

Dans le même genre, j’ai eu une lettre de Patrick Poivre d’Arvor, plus sympathique, le 7 février 2007. L’enveloppe et la lettre sont à en tête de TF1. « J’ai bien reçu votre courrier et je vous en remercie. Il m’est malheureusement impossible de porter sur votre manuscrit un jugement tant que j’anime l’émission « Vol de nuit ». Il est trop difficile d’être juge et partie. Je souhaite très vivement pour vous que ce projet puisse voir le jour. Je vous adresse à cet effet une liste d’éditeurs qui, je l’espère, pourront vous aider plus directement ». Suit une liste de grands éditeurs comme Calmann-Lévy, Fayard, Albin Michel, Actes Sud, Flammarion, Gallimard. Il est évident que tous ces éditeurs font partie des 40 et quelques que j’ai contacté dès 2006 et qui à l’unisson m’ont refusé. Je sais depuis que 99% des manuscrits ne sont pas lus dans les grandes maisons d’éditions lorsqu’ils sont envoyés de façon anonyme, sans recommandation.

Mais en soit, le problème est que Muriel Baptiste, totalement oubliée, n’est pas un sujet vendeur. On ne compte plus les livres sur les vedettes de la téléréalité, qu’ils n’ont pour la plupart par écrits eux-mêmes, ne maîtrisant que le langage SMS. Mais c’est vendeur. Le public a les livres qu’il mérite.

3 janvier

Sur la chaîne Histoire, à 22h30, troisième épisode des « Rois maudits » : « Les poisons de la couronne ». Heureusement que c’est un samedi, cela me permet d’enregistrer l’épisode en direct, sans les aléas de la programmation.

Je me rends compte que par rapport à quelques années auparavant, je reçois très peu de cartes de voeux. J’avais prévu beaucoup de timbres et de cartes, et finalement je n’ai que quelques réponses à faire. Il y a ceux qui sont morts, ceux que l’on a perdu de vue, la famille qui diminue. Les cartes de voeux sont aussi victimes d’Internet remplacées par les messages virtuels. Pour moi, cela n’a pas le même charme. C’est pour cela que je préfèrerai toujours un livre ou un disque à un téléchargement.

Aux informations, j’entends qu’en Espagne le parti Podemos a le vent en poupe. C’est le mouvement des indignés, qui suit les traces des grecs.

4 janvier

Chaque dimanche soir, je regarde précisément la comédienne Muriel Baptiste sur des DVD à la télévision. A part la rediffusion des « Rois maudits », qui est un peu un cas exceptionnel, il ne faut pas compter sur les chaînes d’aujourd’hui pour nous proposer des programmes avec elle. L’auteur de la biographie de Bernard Noël, le premier Vidocq, écrivait la même chose il y a dix ans ou presque, sur le comédien disparu. Le dimanche est le soir de Muriel. Elle nous laisse un héritage limité mais je m’en contente. Je n’ai jamais vu d’elle le très rare film « Le mois le plus beau », sorti en juin 1968, diffusé une seule fois à la télévision en 1984 à mon insu. A cette époque, je prenais mon indépendance loin du cocon familial, je n’étais pas tous les soirs scotché devant mon écran de télévision.

Pourtant, Muriel m’aura suivi toute ma vie.

6 janvier

Pino Daniele est mort le 4 janvier, je l’apprends deux jours après. Si en France, il est depuis longtemps oublié, après avoir publié ses premiers albums en pressage français en plus des éditions de son pays, et participé au Printemps de Bourges en 1985, il est resté un de mes artistes favoris, même si la cadence avec laquelle ce napolitain sort des albums m’a empêché de tous les acheter. Pino n’a que 59 ans, et si la nouvelle passe inaperçue dans l’Hexagone, toute l’Italie, Naples en premier, est en deuil. Bien sûr, je pense tout de suite à un cancer, mais en fait l’artiste a succombé à une crise cardiaque.

Il avait encore beaucoup à offrir, de musiques à composer, même si ces dernières années, il avait un peu ralenti le rythme des sorties d’albums, sans doute en raison de la crise de l’industrie du disque. C’est une grande perte pour le monde de la musique, mais comme pour Lucio Dalla, la France n’en fait pas cas.

Ce napolitain qui par sa corpulence me rappelait parfois un peu Zucchero avait réussi à construire une carrière durable, à la différence d’un autre napolitain de sa génération que j’aime beaucoup, Alan Sorrenti, qui ne sort plus de disques et se produit, en Italie, dans des discothèques. Pino lui remplissait les stades. Voilà une année qui commence bien mal.

Depuis que j’ai appris, en novembre 2005, la mort de Muriel, le décès d’un artiste, s’il m’attriste, ne me cause jamais la peine qu’elle me causait avant. J’ai été choqué par les disparitions de Michel Berger, Nino Ferrer, C Jérome et Sacha Distel, sur une période qui va donc de 1992 à 2004. Mais depuis Muriel, une disparition d’artiste n’a plus le même effet sur moi. Je ne dis pas que cela me laisse indifférent, surtout dans le cas de quelqu’un comme Daniele qui avait encore des choses à offrir. Mais le choc n’est plus le même, la nouvelle de la mort de Muriel m’a trop secoué.

7 janvier