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"l'absence" est une pièce intimiste à trois personnages qui évoque de façon onirique le thème de la disparition et le cheminement douloureux de la reconstruction
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Seitenzahl: 70
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Antoine, mari de Belle
Belle, sœur de Lui
Lui
Pour Bénédicte,
de la part du semeur d'étoiles
« Il y a bien des raisons de mourir.
Sans doute y en a-t-il autant de vivre.
C'est pourquoi les unes et les autres
se tiennent plus ou moins en équilibre.
On ne vit pas, on ne meurt pas.
On se laisse vivre et puis on se laisse mourir... »
Philippe Forest
Le chat de Schrödinger
Chapitre 1 : Lui
Chapitre 2 : Les mêmes et Lui
Chapitre 3 : Belle et Lui
Chapitre 4 : Belle et Antoine
Chapitre 5 : Antoine et Lui
Chapitre 6 : Antoine et Belle
Chapitre 7 : Lui
Chapitre 8 : Belle et Lui
Chapitre 9 : Antoine et Belle
Chapitre 10 : Antoine, Belle et Lui
Sur le fond de la scène un écran sur lequel s'affichent
quelques paroles de la chanson
« Wasting my young years » de London Grammar
« Do you find it hard to sit with me to night
You'll never know what was like to be fine
I'm wasting my young years
I wouldn't worry, you have all your life
I have heard it takes some time to get it right »
La pièce doit être interprétée sur un ton nostalgique, aux accents
oniriques, sans effets mélodramatiques.
En ouverture la chanson se déroule en fond sonore. Elle s'arrête après la reprise de « May be I'am wasting my young years »
Décor épuré d'un environnement anonyme et éthéré contrebalancé par la présence de quelques objets très personnels, porteurs d'une histoire : un miroir, un bureau, un canapé, une boîte à musique.
Lui est seul en scène, plongée dans le noir, et se tient face au public sur l'un des côtés. Il est vêtu d'un suaire noué à la taille par une cordelette. Il porte un grand chapeau de paille qui confère à sa silhouette une allure décontractée et bucolique, presque amusante.
Le halo d'un projecteur vient l'éclairer tandis qu'il déambule de long en large.
Lui : sur un ton détaché Des fois, quand il m'arrive d'y repenser, je ne peux m'empêcher de noter quelques coïncidences troublantes. C'est vrai ! Je ne suis pas particulièrement superstitieux, mais vous avouerez qu'il y a de quoi être interpellé. Je m'explique. J'allais avoir trente ans. Ah, ce cap de la trentaine, je le guettais depuis un bon moment ! Je me répétais, tu vas voir, ça va être une décennie extraordinaire. Tu vas enfin pouvoir réaliser tes rêves ! Oui, trente ans. Ç'aurait dû être trois jours plus tard, pour être précis. Ma sœur, Belle, et son mari Antoine m'avaient convié à fêter mon anniversaire avec eux. Juste tous les trois. Une petite réunion intime mais conviviale, comme c'était le cas chaque fois qu'il m'était donné de les retrouver. J'avais posé trois jours de congés, en plus du week-end, pour me retaper un peu parce que j'étais très fatigué. Ce jour là, pourtant, j'étais d'humeur joyeuse. Après le déjeuner, pendant qu'on prenait le café, Belle m'avait fait tordre de rire en me racontant pour la centième fois avec une voix de fillette l'histoire des trois petits cochons... temps Et puis, sur les coups de trois heures, j'ai eu envie d'aller faire un tour en vélo, histoire de me dégourdir les jambes. J'ai dû faire environ trois kilomètres à bon train quand mon téléphone a sonné. J'allais prendre un virage un peu serré dans une petite côte assez sinueuse. A la troisième sonnerie, la curiosité a été la plus forte. Je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un œil sur le cadran de mon portable... Elle a surgi à cet instant précis en se déportant sur la gauche de la chaussée, face à moi. Quand j'ai relevé la tête, c'était déjà trop tard pour l'éviter. Voilà comment ça s'est passé. Ballot, n'est-ce pas... ?!
Le noir se fait sur lui tandis que la scène éclaire Antoine et Belle. Il vient de charger la musique de « Wasting » sur un lecteur de CD.Au bout d'un moment il arrête la musique.
Antoine : Tu connaissais cette chanson ?
Belle : elle est en train de dépoussiérer le bureau Oui, plus ou moins. Elle se tourne vers lui Pas vraiment, en fait. temps Pourquoi dis-tu « connaissais »?
Antoine : Je ne sais pas, Belle. Je me disais que ça te rappellerait peut-être des souvenirs. Tu as de ces questions parfois ! C'est un mot qui m'est venu spontanément. Pourquoi ? Ça te gêne ? Ce temps te gêne ?
Belle : Non, pas du tout, je ne crois pas. Mais généralement, quand on parle à l'imparfait de quelqu'un ou de quelque chose...
Antoine : Oui...
Belle : Cela évoque un passé, une disparition, une fin... C'est le cas ? Je veux dire, cette chanson...
Antoine : Oui...
Belle : Il lui est arrivé quelque chose de particulier ?
Antoine : Non, pas à elle. Pas que je sache. Rien de tout cela, même.
Belle : Ah bon !
Antoine : J'ai dit « connaissais »... sans doute parce qu'elle ne date pas d'hier
Belle : Peut-être, pourquoi pas... temps En même temps, tu avais un air songeur.
Antoine : Moi, j'avais un air songeur ?
Belle : Oui. Enfin, je crois. Tu as évoqué ce morceau comme s'il appartenait déjà à un temps révolu
Antoine : Ou bien, c'est tout simplement, parce qu'il évoque en moi des sentiments particuliers
Belle : Et c'est le cas ?
Antoine : Oui, je pense
Belle : Tu veux m'en parler ?
Antoine : Oui..., non... Plus tard, si tu veux bien. Quoi qu'il en soit, tu t'es fait des idées. C'est vrai, il doit avoir tout juste quatre ou cinq ans. Tu vois, ce n'est pas très vieux !
Belle :rêveuse Quatre ou cinq ans... Tu as raison. C'était hier. Mais parfois, c'est déjà l'éternité. Parfois encore, c'est un jour qui se répète à l'infini...
Antoine : Oui, enfin pour une chanson, tu reconnaîtras que c'est un peu rapide pour la mettre au rayon des souvenirs !
Belle : Je ne pensais pas qu'aux chansons
Antoine : J'ai bien compris, Belle. Mais là, tu vois, je me contentais de mentionner ce point bien précis. Une chanson et une date. Pas vraiment de quoi en faire un souvenir
Belle : Je ne sais pas. Si tu y réfléchis, certains souvenirs conservent une telle importance qu'on en parle encore comme s'ils s'étaient produits la veille.
Antoine : C'est vrai
Belle : D'autres, au contraire, plus immédiats sont effacés en un rien de temps de notre mémoire, alors qu'ils n'ont même pas eu le temps de décanter
Antoine : C'est vrai aussi
Belle : Donc ? Qu'est-ce qui est vrai dans tout cela ?
Antoine ; Ce que tu viens de dire... sur la mémoire, le souvenir
Belle : Alors, n'en parlons plus. Ça me gêne... Tu sais que tout ça me met très mal à l'aise.
Noir La lumière revient sur Lui
Lui : C'était il y a trois ans. Tous ces trois, cela a quelque chose de troublant. Vous ne trouvez pas ? Vous me direz, c'est trois fois rien. Et puis, cela prouve quoi ? Et vous n'aurez pas forcément tort. Belle me le reprochait souvent. Affectueusement, bien entendu. Elle disait que j'ai trop d'imagination, que j'attache de l'importance à des symboles insignifiants. C'est possible. Ceci dit, « la guerre de trois » a bien eu lieu et on connaît le perdant ! Aujourd'hui, notez bien, je commence à prendre du recul. C'est étonnant comme on perçoit mieux les choses quand on met ses émotions de côté. La colère, la tristesse, l'envie... Je ne sais même plus ce que cela veut dire ! Il me reste de la curiosité. J'ai toujours été très curieux. Je suis un garçon secret et curieux. Je regarde les gens à distance. Plus ou moins rapprochée. Et j'observe... temps Celle qui me cause vraiment du souci en ce moment, c'est Belle. Elle a un mal de chien à s'en remettre. Cela me touche beaucoup, bien sûr mais je suis inquiet. Antoine fait de son mieux pour l'aider mais je le trouve un peu pataud. Alors, je viens leur rendre visite de temps en temps. Aussi discrètement que possible. Je ne veux pas m'imposer ! J'essaye simplement de lui insuffler quelques pensées positives. A ce train là, elle va gâcher sa jeunesse et ça, je me le pardonnerais difficilement... Voyons voir dans quel état d'esprit se trouve ma charmante petite sœur aujourd'hui...
Noir La lumière revient sur le couple
Belle : C'est quoi au juste ?
Antoine : Quoi donc ?
Belle
