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La vieillesse, les illusions, l'envie d'y croire encore un peu. L'amitié, la filiation, l'égoïsme et la solitude. Le jeu et la mélancolie sont autant de thèmes présents dans cette pièce et se conjuguent en mêlant sourire, humour et désenchantement.
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Seitenzahl: 106
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Kostia, un pensionnaire
Caractère passionné, souvent excessif, mais sensible et humain
Louis, dit «Bobo», un autre pensionnaire
Un homme simple, gentil, conciliant. Le souffre-douleur de Kostia
Hélène Clarine dite «ClarinettE»,
Directrice de la pension de famille, un peu fofolle, conciliante et dévouée
Justin, garçon de café-restaurant
Egalement metteur en scène et interprète de Cléante
Sacha, le fils de Kostia
A toi, Père,
à ton ami Georges
qui m’avez inspiré
ces figures attendrissantes
Acte I
Scène 1
Scène 2
Scène 3
Scène 4
Acte II
Scène 1
Scène 2
Scène 3
Scène 4
Acte III
Scène 1
Scène 2
Scène 3
Scène 4
Acte IV
Scène 2
Scène 3
Scène 4
Scène 5
Une place de vieux village provençal. Au fond du décor, une fontaine.
Sur le devant de la scène et sur le côté, quelques tables de café et des
chaises. On entend le chant assourdissant des cigales. Une dizaine de
secondes puis Kostia et Louis, rentrent par le fond de la scène. Ils ont tous deux atteint l’âge des souvenirs.
Bobo s’appuie sur une canne.
Il porte un feutre, il est chaudement vêtu pour la saison.
Kostiad’un air satisfait
Ah, nous voici arrivés!
Bobo
S’exprimant toujours avec une certaine lenteur …
Pres…que arrivés! Il s’évente un instant avec son journal
Toutes ces promenades interminables… Kostia! Pourquoi t’obstines-tu à m’infliger cette épreuve jour après jour? Explique-moi… A quoi bon marcher alors qu’il fait si chaud!
Kostia
S’arrête sans prêter attention à la plainte de Bobo
Et que ferais-tu d’autre de tes journées, mon pauvre Bobo, tu peux me le dire? Temps Ah, ce bon air, cette quiétude…Respire ces odeurs enivrantes, ces parfums enchanteurs, savoure donc un instant la douceur de l’air… Il s’étire avec volupté et respire à pleins poumons
Bobo
se plaignant à nouveau
J’ai chaud, Kostia! Il fait vraiment trop chaud!
Kostia
Mais que me racontes-tu à la fin! Il fait très bon. Tu ferais mieux d’apprécier ce moment au lieu de ronchonner en permanence. Tout de même, quand j’y pense… Neuf ans de promenade, neuf ans de plaintes qui rythment inlassablement les saisons! Un peu agacé Tu pourrais quand même faire un effort pour te renouveler!
Boboboudeur
Je crois bien que j’ai mal aux pieds…
Kostia
Allons Bobo, sois raisonnable! Encore un tout petit instant et tu pourras te reposer.
Bobo
C’est que mes jambes ne me portent plus…J‘ai peur de tomber, Kostia!
Kostiadésinvolte
Qu’est-ce que tu me chantes là, à présent! Mais tu as peur de tout, Bobo! Bientôt tu vas finir par avoir peur de ta peur…
un temps, puis d’un ton caustique
Au moins l’avantage de marcher au grand air, c’est que tes soupirs s’évanouissent avec les caresses du vent… sans s’accrocher à ma veste comme des miasmes malsains!
Bobo
On dirait que tu prends un malin plaisir à me faire souffrir…
Kostia
Sornettes et balivernes! Tu sais bien que le médecin t’a recommandé de marcher. C’est bon pour la circulation du sang... D’ailleurs, c’est encore la seule chose qui circule à peu près normalement chez toi…! Changeant de ton Et puis c’est bien fait! Je t’avais bien prévenu de ne pas sortir aussi couvert. Mais comme d’habitude, Monsieur n’en fait qu’à sa tête. Qu’à sa tête de mule, dois-je préciser. Oui, c’est cela! Tu n’es qu’une mule. Et encore ces pauvres bêtes savent-elles qu’il fait chaud dans le Midi. Mais cela, c’est au-dessus de tes forces! Toi, tu n’écoutes jamais rien. Tu es pire qu’un troupeau de mules…Je vais te dire une bonne chose, Bobo. Ici, la seule menace d’étouffement, c’est toi!
Bobosongeur
Pourtant, je me souviens, qu’à une époque…
Kostiaen aparté
Je m’attends au pire
Bobo
Quand je venais en vacances dans le Midi…
Kostiatoujours en aparté
C’est bien ce que je craignais!
Bobo
D’abord il y avait beaucoup moins d’anglais…
Kostia
Mais qu’est-ce que tu me racontes encore?
Bobo
Et puis, les températures n’étaient pas si élevées…
Kostia
Ben, comment donc!
Bobo
Oh! Il faisait tout au plus vingt degrés, c’est tout….
Kostia
Mais bien sûr…! Vingt degrés en Provence au milieu de l’été. Tu dois avoir raison. Où avais-je la tête! Un temps, il regarde Bobo avec ironie Je crois que je vois ce qui se passe. Et c’est pire que ce que je craignais! C’est toi qui commence à chauffer du caisson, mon pauvre Louis…
Bobo
Sur le ton de l’enfant à qui on fait des reproches injustifiés
Mais tu m’avais pourtant dit de faire attention…
Kostia
Je t’ai dit de faire attention parce que nous nous apprêtions à sortir pour aller marcher. Or, dès que nous sortons marcher, c’est plus fort que toi…Tu oublies toujours quelque chose à la maison. Donc, je gâche la moitié de mes promenades à faire des allées et venues éreintantes parce que tu ne penses jamais à rien, c’est agréable! Quand je pense que le médecin me dit de me ménager…. un temps C’est tout, je ne t’ai rien dit de plus!
Bobomême air
Mais tu aurais pu me dire qu’il faisait chaud…
Kostia
Mais enfin Bobo, tu es infernal à la fin! Tu ne pouvais pas faire attention en te préparant ce matin, quand tu as mis le nez à la fenêtre! Tu aurais bien constaté par toi-même qu’il faisait beau et chaud.
Bobogêné
Tu sais bien que cela me donne des vertiges…
Kostia
Mais il ne fait pas chaud au point que tu aies des vertiges, enfin, Bobo!
Bobo
Je le sais bien. Ce n’est pas la chaleur qui me donne des vertiges… c’est la hauteur…ton pédagogue Si j’étais allé me pencher à la fenêtre, j’aurais eu des vertiges…
Kostia
Je ne sais plus quoi te dire! Par moments, tu es pire qu’un enfant qu’il faut surveiller sans arrêt. Des fois, tu me rappelles mon fils, Sacha, et ses pitreries. Toujours en quête d’une idée saugrenue pourvu que cela le rende intéressant… Dire qu’il m’aura fallu supporter cela pendant vingt ans! Temps Bien, si tu as des vertiges, tu peux toujours demander à Clarinette de te changer de chambre. Elle t’installera au rez de chaussée. Tant pis pour la vue qui est admirable, entre nous soit dit. Remarque… comme tu ne prêtes pas la moindre attention à ce qui t’entoure, au moins tu ne seras pas trop dépaysé!
Bobo
Tu es injuste et cruel. Tu ne penses qu’à toi. J’ai mal aux jambes et j’ai mal aux pieds…. Et puis, arrête de m’appeler tout le temps «Bobo». Les gens vont finir par s’imaginer des choses!
Kostia
Des choses?
Bobo
Parfaitement. Des choses
Kostia
Ce n’est quand même pas ma faute si tu te plains tout le temps. Conciliant Bon, excuse-moi, je te taquinais. Allez viens, mon vieux Bobo! Ne boude pas et allons nous asseoir. Puis il se retourne et appelle
Pantoufle…! Où est-elle encore passée celle là? J’ai une chienne, c’est un vrai courant d’air. Tout le contraire de toi quand j’y pense ! Elle ne songe qu’à courir la campagne quand toi, tu passerais ta journée prostré près de la cheminée, une couverture sur le dos! Moqueur Tu dois sentir le vieux bois moisi! C’est cela qui doit lui faire peur…Il tourne deux, trois fois sur lui-même Pantoufle! Viens ici, ma belle. Temps Encore une qui s’empresse de me faire plaisir, c’est un régal! Décidément, il en va de Pantoufle comme des femmes que j’ai fréquentées dans ma vie… Il suffisait que j’implore «Viens ici, ma belle» pour provoquer illico une débandade affolée…! Réflexion Toi au moins, tu ne t’es jamais enfui quand je t’appelle, hein mon vieux Bobo!
Bobo
Je me permets de te rappeler que je n’ai jamais fait pas partie de tes conquêtes, même si tu me traites la plupart du temps comme si c’était le cas….
Kostia
Ça, c’est bien vrai. Pour une fois, je dois reconnaître que tu n’as pas tort… Je parle des conquêtes, cela va de soi. Pour le reste, je te traite comme tu le mérites! Temps, puis songeur Comme quoi, Bobo, il vaut mieux parfois s’appuyer sur un vieux tronc sec… il le regarde Tu vois ce que je veux dire… que chercher à faire de la balançoire sur une jeune branche mal équarrie…! Allez, viens, finissons-en. Il lui prend le bras pour l’aider à avancer Tu n’auras qu’à lire le journal quand on sera assis… Cela t’occupera bien assez jusqu’au déjeuner.
Bobo
Je voudrais bien…
Kostia
Tu voudrais bien quoi?
Bobo
Pouvoir m’occuper jusqu’au déjeuner
Kostia
Mais… qu’est-ce qui t’en empêches? Tu n’as que cela à faire.
Bobo
Je ne peux pas m’occuper si je suis préoccupé!
Kostia
Pardon? Répète ce que tu viens de dire à l’instant?
Bobo
Pédagogue, détachant chaque mot
Je te dis que mes soucis me préoccupent
Kostia
le regardant à nouveau avec ironie
Ecoute Bobo, Je ne sais plus quoi faire! Je suis désarmé. Voilà tout. La prochaine fois que nous sortirons, tu essaieras de réfléchir deux secondes, deux petites secondes, si tu peux encore te permettre cet effort et, crois-moi, après cela tu auras les idées beaucoup plus claires! Tu ne vas quand même pas me gâcher le reste de la journée avec tes sornettes de pieds enflés! D’ailleurs, je ne vois pas où est le problème puisque nous sommes arrivés. Assieds-toi et respire la vie, ça va te soulager!
Ils sont arrivés devant la terrasse du café
Les mêmes et Justin, le garçon de café. Ils s’installent. Arrivée de Justin coiffé d’un chapeau de paille. Justin parle avec un léger accent provençal
Justin
Ah, bonjour messieurs, alors comment vont ces messieurs aujourd’hui?
Kostiasatisfait
Justin, vous voilà. Bonjour. On peut dire que je suis bien content de vous revoir.
Justin
Mais, moi tout pareillement monsieur Kostia… Monsieur Louis aussi, bien sûr…
Kostia
On dira ce qu’on veut mais il ne m’est pas donné tous les jours de voir un visage souriant se tourner vers moi! Il regarde Louis N’est-ce pas Bobo, tu vois ce que je veux dire!
Bobo
Parce que toi, peut-être, tu souris en permanence?!
Kostiad’un air accablé
Ah, Justin, si vous saviez… j’ai soif
Justinempressé
Mais tout de suite messieurs, tout de suite, c’est la moindre des choses, je suis là pour ça!
Kostiaun peu grandiloquent
… Justin, j’ai soif d’un immense retirement en Dieu ou de quelque chose qui touche à l’éternité!
Justinsourit
Je crains que nous n’ayons pas cela à vous offrir aujourd’hui, monsieur. Si vous me permettez, vous devriez peut-être essayer un peu plus loin…, chez le curé peut-être?
Bobose met à rire doucement
Arrête-toi, tu vas finir par le gêner ce petit!
Kostiatoujours sur le même ton
…Voyez-vous, Justin, je suis las de tous ses caprices, des exigences incessantes de ce vieux Louis qui me sucent le sang et vont finir par me déshydrater complètement… Louis m’entraîne chaque jour un peu plus vers ma perte. Vous me direz que tout le monde ne s’en plaindra pas forcément! Mais quand même… J’ai bien droit, moi aussi à un peu de repos et de soulagement. Changeant de ton Tiens, à propos de soulagement, on ne va pas tout de même pas se laisser complètement abattre, n’est-ce pas, Justin?
Justin
Mais certainement, monsieur
Kostia
Eh bien! Je prendrai un grand pastaga ce matin… Grand et bien tassé, comme ma pauvre carcasse, j’en ai peur…
Justinrasséréné
Ah là, vous exagérez monsieur Kostia. Je ne vous ai jamais vu aussi resplendissant
Kostia
Pardon, mon petit Justin, vous disiez? Je ne vous ai pas bien entendu…
Justincomplaisant
Je disais que je vous trouve resplendissant
Kostia
Ah, la bonne heure! Tu vois ça, Bobo comme ce petit est aimable et souriant. Tu devrais en prendre de la graine! Bobo hausse les épaules
Justin
Bien, alors nous étions en train de parler d’un pastis, donc. Et pour vous monsieur Louis? Un léger remontant?
Boboréfléchit un instant
Moi je prendrai plutôt quelque chose de plus léger… Il semble hésiter Un thé frais, peut- être, si vous avez cela?
Justin
Un thé frais, comme d’habitude donc, bien sûr monsieur Louis.
Je vais vous amener cela tout de suite. Avec des glaçons, le thé?
Bobose tourne vers Kostia
Qu’en penses-tu Kostia?, tu crois que je peux prendre des glaçons?
Kostia
Oh, si tu les suces doucement, cela ne pourra pas te faire de mal. il s’adresse à Justin Dites-moi, Justin…Vous n’avez pas vu ma Pantoufle, par hasard?
Bobo
Bon, alors avec des glaçons, mais pas trop frais, de préférence, s’il vous plaît….
