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« En qui croire lorsqu'on ne fait que traverser les couleurs de la réalité ? » Peindre les émotions de la vie, plonger au coeur d'un maelstrom aux milles nuances, sentir sur sa peau les notes ensorcelantes du chant des âmes. Entrevoir le monde à travers un prisme aux facettes uniques. Kieran traverse son adolescence dans une multitude de filtres sensoriels qui l'amènent à voir par-delà la réalité. Et lorsque les bords de cette réalité s'estompent, il peut toujours compter sur ses proches pour le rattraper. Une ancre qui le stabilise dans ce monde naturel. Mais quand il est happé par une aura mystérieuse, il doit trouver une aide plus puissante... une aide surnaturelle.
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Seitenzahl: 323
Veröffentlichungsjahr: 2023
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« Il n’y a pas de pire agonie que de garder en soi une histoire jamais racontée »
Maya Angelou
BIBLIOGRAPHIE
2013-2022
Diverses publications (en ligne, dans des recueils, romans et autres supports)
retirées de la vente.
2020
Ani'mots Vol.3 · Un Amour Bleu
2021
Liens de Famille · L'Amour au premier regard
Liens du Cœur · Nouveaux Horizons
2022
Les Mythes de l'Horreur
Sous la lune
Les Chroniques d’Ici et d’Ailleurs · Le Fiasco Enchanté
Mon Voisin pour Noël
2023
Mission Saint-Valentin !
A Foreign Feeling
Par-delà la réalité I · L’Appel de l’Océan
Série de contes revisitées à paraître à partir de cette année…
PROLOGUE
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
ÉPILOGUE
À PROPOS
D’aussi loin que je me rappelle, l’inconnu ne m’a jamais fait peur. Ni même l’obscurité. L’angoisse provoquée par ce que l’on ne voit pas n’est qu’un simple tour de l’esprit. C’est donc quelque chose de totalement inutile.
Seulement dans cette idée réside la raison pour laquelle je me baigne de nuit, dans la baie de Santa Barbara, là où les marins nichent leurs voiliers et les riches leurs yachts. L’étendue noire m’entoure de tous les côtés, sans que je ne puisse rien détecter en-dessous de la surface. La seule lumière provient du lampadaire à l’entrée des quais ; d’où je suis, nul éclairage factice ne détruit la beauté de l’obscurité ambiante. Je plonge la tête sous l’eau froide et agréable. Je remonte lorsque je n’ai plus de souffle. Je nage lentement, prenant plaisir aux sensations que m’offre la mer. Je lèche mes lèvres asséchées, nappant ma langue d’un goût salé. Je tousse, doucement. L’eau calme, sereine, ondule à mes côtés.
Je reste encore quelques minutes puis ma gorge se rappelle à moi. Je retourne lentement vers le bord du débarcadère et grimpe par l’échelle. Près du plot en bois le plus proche, je farfouille dans mon sac et prends une bouteille d’eau que je bois avidement, laissant le vent frais faire naître des frissons sur ma peau nue.
Un petit rire me fait alors sursauter.
Surpris, je me relève, cherchant l’origine de la voix grave et douce, son éphémère et empreint de mystère dans le calme et l’obscurité de la nuit.
Je ne mets pas longtemps à la trouver : du haut d’un toit de yacht, une silhouette masculine me fait face, assise nonchalamment, une jambe repliée sur son torse. D’un mouvement gracieux, elle la délie et saute sur la jetée, flottant comme un oiseau et semblant atterrir dans un brouillard d’une tiède douceur. Son visage sombre que je peine à définir s’attarde sur moi. L’éclat de son regard, mystifié par la lune ronde, m’indique que ma nudité l’amuse, et je devine ses lèvres s’étirer en un large sourire.
Il s’approche sans un bruit. En fait, je me rends compte qu’il n’y a aucun bruit autour de nous : pas de son de criquets fourmillant parmi les fougères, pas de vagues clopinant contre la roche, ni même de chauffard insomniaque sur la route attenante… Je suis étonné mais je n’ai pas peur ; c’est inutile. Toutefois, le souffle de sa respiration m’hypnotise, m’emplit d’un sentiment rassurant incongru. Il tend sa main, frôle ma peau lentement. Une onde de chaleur parcourt mon corps, générant une chair de poule bienfaitrice à partir du léger point de contact de ses doigts. Son parfum m’enivre, un parfum de bois et de plantes. Mes jambes tremblent, je sens que je vais défaillir…
Il rit à mon oreille, murmure quelque chose que je ne comprends pas et me lèche le lobe, son souffle me faisant frémir.
Puis il disparaît.
Je me réveille ce matin l’esprit dans le brouillard et la gorge irritée. La nuit me paraît comme un songe brumeux, irréel… Pourtant, mon mal me confirme que tout ceci est bien arrivé.
Je me lève et vais prendre une douche chaude malgré la chaleur étouffante de ma chambre. J’ai la gorge sèche et le nez qui coule : rien de pire que de se chopper la crève une rentrée des classes ! Je vais prendre mon petit-déjeuner en compagnie de mes sœurs. Papa est déjà parti ouvrir sa boutique et maman est sûrement encore endormie dans le garage. Stacey et Sharon babillent sur la rentrée comme les gamines de douze ans qu’elles sont. Karine, mon aînée, est plus calme, buvant son café en lisant le journal.
— Je t’ai préparé des biscottes, m’informe-t-elle sans lever les yeux du papier.
Je la remercie en me servant un lait chocolaté puis amène mes tartines à table. Un peu de beurre de cacahuète dessus et je déguste avec plaisir… pour m’étouffer à la première bouchée.
— Berk ! Kieran, fait gaffe ! peste ma petite sœur.
— T’en as mis partout ! renchérit sa jumelle tandis que j’essaye de reprendre mon souffle.
— Ça va ? me demande Karine tout en me donnant un verre d’eau.
— Hum hum.
Je bois d’une traite, dégageant ma gorge de tout parasite. Je repose mon verre et décide d’abandonner les galettes de blé meurtrières, me contentant juste d’une boisson pour ce matin. Après avoir récupérer une pastille pour la gorge dans la boîte à pharmacie, je retourne dans la salle de bain pour me rafraîchir un peu avant de rejoindre mes sœurs à bord du bus scolaire. Par habitude, je m’assois aux places royalement libérées à notre attention au fond du bus alors que mes sœurs restent à l’avant. Steve est déjà là, comme tous les matins depuis tant d’années.
— Yo !
Je lui renvoie son salut et m’installe devant lui. Je l’écoute se pavaner sur les filles qu’il s’est tapées cet été aux Bahamas avec moquerie : Steve a toujours tendance à exagérer ses propos. Pendant une accalmie de son flot de paroles, je tente de glisser un mot sur mes vacances en Grèce mais très vite je m’essouffle ; le car est enfin arrivé à l’arrêt tant attendu. Steve reprend son histoire mais sa voix n’est qu’un fond sonore inaudible à mes oreilles lorsqu’il monte enfin. Tous les regards se braquent sur lui, rougissant et murmurant des saluts incertains. Il distribue son sourire éclatant à qui veut bien le recevoir, faisant de la masse d’élèves devant nous plus qu’un vulgaire tas de mélasse. J’ai aussi droit à ma part, fondant littéralement alors qu’il s’installe sur le siège de la rangée à côté de moi.
— Steve, Kieran, ça va les gars ?
Je hoche de la tête tandis que Steve reprend ses racontars. Très vite, on est rejoint par Denis et Zaccaria, formant ainsi la bande au complet. Ces derniers ne se privent pas de charrier Steve et ses exagérations, ce qui me laisse le champ libre pour discuter avec un Dave riant aux éclats.
— Et toi ? As-tu passé de bonnes vacances ? demandé-je.
— Nan, la merde ! grogne-t-il. Il a plu tous les jours ! Impossible de profiter de Paris quand tu ne pensais qu’à te protéger des trombes dans les pubs surpeuplés ! La France, c’est à chier !
Je ris légèrement, peiné de ses malheurs. Il grogne encore mais sourit en me disant qu’il est content d’être rentré. Son regard bleu me pénètre et je m’imagine de faux espoirs.
L’école apparaît bien trop vite à mon goût. On nous laisse le passage pour descendre, tous les cinq, avant que les autres ne suivent. Tous les regards se braquent à nouveau dans notre direction lorsqu’on franchit la grille. Les salutations timides, excités, crânes ou courageux se succèdent les uns après les autres. Cet état de fait ne m’a pas manqué ; je me suis toujours senti mal-à-l’aise dans ce genre de situation, me demandant même comment je puisse faire partie du groupe. La réponse est toute simple en réalité : tous les cinq nous avons le même parcourt scolaire et nous entendons plutôt bien.
Cela ne va pas plus loin.
Les choses sont devenues ce qu’elles sont au début du collège, lorsque chacun de nous s’est vu excellé dans un domaine d’intérêt particulier. Denis fait partie d’un groupe de rock dont les membres changent sans arrêt. Il est guitariste et s’est autoproclamé chanteur – ce qui, avec sa voix grave, suit la logique du bon vouloir. Zaccaria est notre mascotte : petit de taille, traits fins et regard d’onyx, il est super-actif et aide toute personne en ayant besoin dans tout le lycée. De par ses origines asiatiques, il a un don pour les arts martiaux que lui enseigne son père depuis l’enfance. Steve, quant à lui, aime parler. Il adore faire circuler des rumeurs, détruire des réputations et trouver de quoi faire jacasser les élèves pendant des semaines. Il s’est approprié le Gossip Show, le journal du lycée, dont il est le président et vice-président – ayant ainsi toujours le dernier mot pour faire de ce papier ce qu’il en veut.
Enfin, il y a Dave, tout simplement parfait dans tous les domaines et bien évidemment le quarterback prodige de notre lycée. Beau, athlétique et intelligent, il a tout pour faire fantasmer même les lesbiennes. Il est incontestablement la star de notre lycée et le chef de notre groupe – si chef il y a besoin. La seule ombre au tableau – mais qui joue en sa faveur – est son hétérosexualité.
Je soupire en le regardant se diriger vers la chef des cheerleaders, Brianna Wallas, petite amie obligatoire. Leur échange de salive baveux et bruyant m’écœure et je détourne le regard. Zaccaria les charrie mais il est très vite sollicité auprès des professeurs pour une quelconque raison. Un regard derrière moi et je constate que les deux autres sont déjà partis rejoindre leur club respectif.
La sonnerie annonçant le début des cours ne jouera pas avant plusieurs minutes. Je soupire à nouveau et me dirige vers mon propre club. Je monte le premier étage, passe l’éternelle porte aux couleurs de Britto et respire l’air saturé de térébenthine de la salle.
Eh oui, moi, je suis l’artiste du groupe. Celui qui est considéré comme mystérieux, rêveur et que sais-je encore. Celui aux côtés de qui on glousse pour un rien. Celui que l’on nomme communément « l’Intouchable », l’icône du groupe.
Il est vrai que cette situation ne me dérange pas le moins du monde : au moins, je n’ai pas de filles à rejeter à tout bout de champ. Mais d’un autre côté, on se fait de fausses idées sur moi…
J’aime rendre immortel ce qui me paraît magnifique. Pouvoir figer dans le temps un dessin ou une sculpture est ce qui me passionne. Je peux passer des heures à ça, sourd au monde qui m’entoure. Et j’aime plus que tout que ce soit des personnes… mais si j’ai le malheur de prendre comme modèle quelqu’un de l’école, on croit immédiatement que je sors « enfin » de ma bulle et que la personne m’intéresse. La première fois que ça m’est arrivé au début du collège fut la dernière. D’où mon surnom « d’Intouchable ».
Personnellement, je pense que celui qui mérite le nom d’Artiste – avec un grand A – est bien Daniel. C’est un génie à l’état pur, pouvant utiliser tout ce qui existe au monde, du matériel le plus commun au plus surprenant, au plus recherché. Et lui au moins, vit vraiment dans sa bulle, à l’écart des autres.
Mon « salut » passe dans les oreilles d’un sourd, comme je m’y attendais, et je jette un coup d’œil à son projet. Sous les traits de peinture fraîche, je devine un croquis détaillé d’une femme nue sur un lit dans une position que certaines églises condamneraient. La femme possède les critères de beauté propre à l’art et non à l’esprit contemporain : toute en chair, une poitrine opulente, des membres irréguliers et un regard qui finira probablement sous des couches mystérieuses de couleur.
Je le laisse à son bonheur et vais m’occuper du mien. Je m’installe sur une chaise, devant un chevalet, et sors de mon sac mon carnet de croquis. Je tourne les pages noircies tantôt au crayon, tantôt au fusain, et trouve, heureusement, quelques feuilles vierges vers la fin. Prenant un critérium en main, je me mets à dessiner cet instant magique devant moi : un artiste plongé dans son art. Les traits durs et concentrés de Daniel apparaissent peu à peu sur le papier. Ses cheveux noir d’encre méritent ce nouveau fusain que je me suis acheté la semaine dernière après avoir fini celui que je possédais. J’utilise de la sanguine pour donner un éclat à sa peau et mon crayon blanc pour accentuer certains endroits. Je tente de regarder à travers ses yeux pour reproduire ce qu’il voit et le tableau d’une femme peine à prendre forme. Je soupire : ce qui lui appartient ne peut être retranscrit par ma main. Je tente alors de créer ma propre vision lorsqu’une voix se fait brutalement entendre, me sortant littéralement de ma bulle.
— Pourquoi ne suis-je pas surpris de vous voir ici, tous les deux ?
Je me retourne pour faire face à Jack, un pion qui a toujours travaillé là, d’aussi loin que je m’en souvienne. Je cligne des yeux plusieurs fois avant de le saluer poliment.
— Tu sais que les cours ont commencé depuis un moment ?
Je jette un œil au-dessus de sa tête, là où se trouve l’horloge murale, et jure peu élégamment. Presque deux heures se sont écoulées sans que je ne m’en sois rendu compte ! Je range mon matériel sans omettre de passer du fixatif sur mon dessin malheureusement inachevé, puis me rue vers ma salle de cours tandis que Jack essaye de capter l’attention de Daniel, visiblement avec difficulté. Je frappe et demande la permission d’entrer.
— Vous commencez mal, Mr McKenzie, m’admoneste la professeure mécontente. Asseyez-vous et que je ne vous y reprenne pas !
Je me dirige vers la seule place libre au fond de la salle sous les gloussements des filles. Quelques « artiste » et « mystère » parviennent désagréablement à mes oreilles.
Peut-être que, finalement, je mérite ce nom d’Artiste qu’on me donne…
Avant de m’asseoir, je vais prendre un livre dans l’armoire du fond puis demande à mon voisin la page. Durant le quart d’heure qui suit, je tente de comprendre pourquoi des indigènes ont été chassés de leurs terres et enfin la cloche sonne. Avant de parvenir à m’éclipser, Mrs McDonnell me demande de venir la voir. Je soupire et, sans avoir le moindre choix, la rejoins et l’écoute :
— Mr McKenzie, je sais très bien à quel point l’art compte pour vous mais nous n’allons pas commencer l’année sur de mauvaises bases, n’est-ce pas ? Je pourrais vous donner un devoir à faire pour vous excuser de votre absence ce matin mais nous n’allons pas refaire la même débâcle que l’année dernière, n’est-ce pas ?
Je fais « non » de la tête.
— Nous verrons bien. Contentez-vous de récupérer le cours d’aujourd’hui et nous aviserons… s’il y a à aviser, ce que je n’espère pas !
Je m’excuse à nouveau, faute de mieux, et promets des efforts auxquels ni elle ni moi ne croyons ; je suis bon pour collectionner les heures de colle cette année aussi.
Je me dirige vers les casiers devant la sortie donnant sur le parc, notre point de rendez-vous habituel. En les attendant, je sors de mon sac mon calepin pour voir si mon dessin n’a pas été abîmé, comme je l’ai fermé avant que le fixatif ne sèche, et fais tomber mon fusain qui se brise en mille morceaux. Je jure et l’agacement me gagne quand j’entends des soupirs attristés à mes côtés.
Alors que je me baisse pour ramasser les bouts éparpillés, une main s’affaire de m’aider, calmement. Je lève les yeux et fais face au regard gris acier du « Vampire ». C’est triste comme surnom mais j’ai pris, comme tout le monde, la mauvaise habitude de l’appeler ainsi.
On se relève et il me donne mes bouts de fusain.
— Merci, Vamp…
Je me mords la langue mais c’est trop tard : il m’a entendu. Son visage, déjà peu expressif, réussit l’exploit de se fermer davantage.
— Désolé, mauvais réflexe, tenté-je de m’excuser.
Un sourire moqueur apparaît alors sur ses lèvres.
— Très mauvais réflexe, l’Intouchable, se venge-t-il.
Je me tends. Je n’aime déjà pas ce surnom mais, là, avec son petit air hautain, ça m’irrite au plus haut point. Je m’apprête à lui dire le fond de mes pensées très fleuries lorsqu’une main s’abat avec violence sur les casiers au-dessus de ma tête. Je me retourne, surpris, et fais face au regard assombri par la colère de Dave. Dieu merci, ses yeux ne sont pas posés sur moi.
— Qu’est-ce tu lui veux, sale vampire !
Autour de nous, les gens se sont arrêtés de faire ce qu’ils faisaient pour nous regarder, non sans murmurer.
— Pff ! Ça manque d’originalité tout ça, entends-je Brennan dire d’un air suffisant. C’est mon look total cuir qui te fait dire ça ? T’as peur que j’ensorcelle tes groupies ?
Dave me contourne dans l’intention de s’approcher à mauvais escient de Brennan mais je l’en empêche.
— Qu’est-ce tu fous, Kieran !?
— Rien, réponds-je en gardant mon calme. Il m’a juste aidé à ramasser mes fusains, alors que personne ne se bougeait.
Cette fois-ci, ce sont des chuchotements embarrassés qui parcourent l’assistance.
J’entends le soupir moqueur de Brennan et me retourne pour lui envoyer un regard noir. Il hausse les épaules et s’éloigne en m’envoyant :
— Fais gaffe, la prochaine fois, l’Intouchable.
Je fronce les sourcils et souffle d’exaspération. Dave se contente de mettre en mot ce que je pense :
— Pauvre con !
Puis s’adressant aux autres autour de nous :
— Vous auriez pu l’aider au lieu de laisser l’autre connard l’approcher !
Des têtes baissées, honteuses, des murmures d’excuse, puis chacun se fait discret et part.
— Ce n’est pas parce que tu es intouchable que tu es inapprochable ! grogne Dave en se mettant face à moi.
Il est plus grand que moi alors je suis obligé de lever les yeux pour croiser les siens de la couleur du ciel. Ça l’énerve cette attitude passive qu’ont les autres avec moi et il semble encore agacé à cause de Brennan… Même si je sais que ça ne veut rien dire, ça me touche énormément.
— Ça fait rien, Dave, lui souris-je.
Je prends plaisir à le voir se calmer. Je m’imagine que c’est grâce à moi et ça me comble de bonheur.
Les autres nous rejoignent et on va se détendre dans le parc, pendant les quinze minutes de récré qui nous sont avarement offertes. Puis on retourne en cours et la journée continue.
Je suis passé chez le médecin avant de rentrer ; à midi, j’ai failli m’étouffer avec une viande feuilletée et mon nez n’a pas cessé de couler à cause de la clim’. J’en ressors avec un début de grippe qui me prévoie des migraines dans la soirée. Et ça ne rate pas. Allongé dans mon lit, je tremble de froid, je suis brûlant de fièvre, et le sang cogne affreusement dans ma tête. Ma mère, enfin sortie du garage, m’amène une soupe mais elle ne reste pas ; autant elle s’inquiète un minimum pour moi, autant elle ne souhaite pas abandonner son projet en cours pour un simple rhume.
Maman est une artiste ; je tiens ça d’elle. Elle récupère des vieux meubles et les rénove en y ajoutant toutes sortes de décorations originales : une coiffeuse sur lit de sable, une chaise en bois illustrée tel un fauteuil royal, une table avec une ondine en mosaïque… Elle vit également de peintures et de sculptures en tout genre, allant des simples bibelots aux statues plus imposantes en passant évidement par les figurines et autres ornements.
Elle aussi mérite son nom « d’Artiste dans sa bulle ».
J’avale avec difficulté le bouillon, prenant le temps qu’il faut, puis engloutis les médicaments avant de sombrer dans le sommeil.
Je rêve.
Je rêve que je suis à nouveau sur les quais. Je suis nu mais ça ne m’étonne pas. Un vent doux me frôle agréablement. L’eau ondule sous mes pieds mais je flotte au-dessus ; pourtant, j’en ressens la fraîcheur au bout de mes orteils. L’air s’embaume de terre et de fleurs. Ça sent comme une prairie après la pluie. Un rire flotte dans l’air. Je suis surpris par la présence et me retourne à sa recherche. Je ne vois personne. J’ai beau regarder de tous les côtés, je suis seul. Le rire se cristallise à nouveau, toujours plus proche mais insaisissable. Comme répondant à mes pensées, elle murmure en écho :
— Intouchable, intouchable, intouchable…
La voix me paraît familière, comme un mélange de plusieurs souvenirs.
— Intouchable…
Je sens son souffle sur ma nuque. Je veux me retourner mais il m’est impossible de bouger.
— Intouchable…
Elle respire ma peau, semble vouloir s’imprégner de mon odeur mais ne me touche pas, jouant ainsi avec mes nerfs.
Les murmures cessent et laissent place à une voix claire que je reconnais malgré moi :
— Tu n’es pas intouchable.
Et là, je sens les lèvres de Brennan se poser sur moi.
Je m’éveille en sursaut dans un noir complet. Je mets quelques minutes à reprendre ma respiration avant d’allumer ma lampe de chevet. La maison est silencieuse. Un coup d’œil au réveil m’indique qu’il est trois heures du matin passé. Je me rallonge et soupire.
— Foutu fièvre, murmuré-je.
Je tâte mon front et le sens moins brûlant. Je soupire et me tourne mais une gêne au bas du ventre m’empêche de poursuivre le mouvement. Je grogne d’exaspération : avoir une réaction physique avec un rêve aussi étrange causé par la fièvre m’agace. J’aurais préféré penser à Dave…
Dave.
Aujourd’hui, il a pris ma défense. Ce n’est pas nouveau mais ça me fait toujours plaisir. Je me permets de m’imaginer, à l’abri dans mon lit, que s’il a agi comme ça, c’était par jalousie. Et son caractère possessif s’est manifesté en volant à mon secours. Je m’imagine qu’après cet incident avec Brennan, il m’a emmené dans les toilettes, prétextant que je ferais mieux de me rafraîchir le visage. Pourtant, c’est lui qui passe sous l’eau, permettant à ses cheveux d’or de briller rien que pour moi. Quelques gouttes épousent son merveilleux visage lors de leur langoureuse descente et viennent se nicher au creux de son cou. Je sens son regard brûlant sur moi mais je l’évite, préférant suivre la course effrénée de l’eau. Elle glisse sur sa peau mise à nue, narguant ses tétons durcis qui réclament de l’attention. Elle descend encore, frôlant ses muscles en mouvement. Je veux la voir atteindre son ultime but mais il est maintenant trop près de moi pour ça. Ses mains, grandes, à la fois puissantes et douces, encadrent mon visage pour me le relever. J’obéis avec réticence mais un cadeau comble ma faim visuelle : ses lèvres, douces, sucrées, enivrantes, se posent sur les miennes. Elles réclament toute mon attention, exigent que je participe à la danse envoûtante qu’elles entreprennent. Je le rejoins dans ce ballet magique, euphorique. Ses doigts, hésitants sur ma peau, créent un nuage de frissons qui m’enveloppe tout entier. J’entends les gouttes d’eau clapoter sur l’étendue fraîche à mes pieds. Je me sépare doucement, regrettant de devoir reprendre mon souffle, même dans un rêve. Il fait sombre maintenant tout autour de moi. L’air embaume de parfum sensuel. Je le sens se rapprocher encore de moi. Je plonge dans ses yeux noirs, hypnotiques, et goûte à une toute nouvelle saveur, plus saisissable, plus réelle. Ses mains semblent peu sûres d’elles, pourtant elles doivent savoir que je n’attends qu’une chose : qu’elles me touchent. Un rire chaud et suave répond à ma demande. Je gémis. Je colle mon nez à sa peau. J’inspire profondément, humant tout ce qu’il a à m’offrir, regrettant de devoir relâcher tout cet arôme. J’agrippe les quelques mèches ailes de corbeau qui viennent emprisonner ma vue. Je mordille son épaule, l’appelant ainsi à agir. Un nouvel éclat de rire souffle sur mes nerfs à fleur de peau. Mon désir me fait souffrir. Son organe tumescent répond au mien et commence alors une nouvelle danse que je ne connaissais pas. Peau contre peau, il se balance tout contre moi. Allongé sur les planches du quai, Brennan n’est qu’à quelques centimètres de mon souffle. Je sens le bois griffer mon dos alors qu’il bouge contre mon corps à fleur de peau, son sexe caressant avidement le mien. Je halète de plus en plus fort, comblé par son regard brumeux. Ses prunelles s’éclairent au fur et à mesure que je les observe avant de replonger dans l’obscurité. Ça m’envoûte littéralement. Je gémis et agrippe ses épaules de mes mains. Je veux le sentir plus proche encore. Alors tout doucement, il se laisse venir à moi. Son torse frôle le mien de manière indécente, rythmé par les assauts de son bassin. Je lui mords l’épaule, laissant des sillons sur sa peau parfaite. Je manque de souffle tandis que le mouvement s’accélère. Je hurle, demandant toujours plus. Je me tends et griffe son dos quand la jouissance est au summum.
Je me réveille brusquement et jure sur la tournure qu’ont prise les événements. Un coup d’œil sur les draps me confirme ce que je craignais : ils ont besoin d’un lavage en bonne et due forme. Ainsi que mon pyjama. Et mon corps aussi, histoire de me rafraîchir les idées.
Le pire qui puisse arriver après un rêve comme celui de cette nuit est de croiser la personne en question dans des couloirs vides à cause d’un retard.
Évidemment, à mon arrivée, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller en salle d’art, non pas pour dessiner cette fois-ci, mais pour reprendre mes esprits. Durant le trajet en car, Dave a senti que quelque chose n’allait pas.
Bien sûr, je ne pouvais rien lui dire.
Et comme si c’était mon destin, concentré sur mes pensées, je n’ai pas entendu la cloche sonner ; heureusement que Jack reprend son habitude de venir vérifier si Daniel et moi ne traînions pas.
Dix minutes après la sonnerie et les couloirs sont déjà entièrement déserts. À croire qu’on est tous consciencieux… Ou alors, exceptionnellement aujourd’hui, le Destin a voulu se moquer de moi et me jouer un sale tour.
Un rictus moqueur étire ses lèvres. Je lui réponds par un regard noir mais quand ses yeux sombres me fixent, je baisse les miens, rougissant de honte.
J’entends des chuchotements et surpris, je relève les yeux pour constater qu’il n’est pas seul. Une fille, probablement plus jeune que nous, et trois garçons l’accompagnent. Ils se glissent quelques mots que je n’entends pas et se quittent les uns après les autres. Je les regarde partir et replonge dans le regard d’onyx de Brennan.
— Tu ne les suis pas ? l’abordé-je sans m’en rendre compte.
— Pourquoi les suivrais-je ? réplique-t-il.
Sa réaction me déroute un peu alors c’est sans réfléchir que je dis :
— Ce sont tes amis, non ?
Il m’observe, étonné, puis éclate de ce rire chaud qui m’a tant fait frémir cette nuit. J’en ai des frissons dans tout le corps et je rougis aux souvenirs obscènes qui montent en moi.
— Ce ne sont pas mes amis, ce sont mes cousins, nuance, murmure-t-il tout contre mon oreille.
Je sursaute, surpris de le voir si près de moi sans que je ne l’aie vu venir. Mon nez dans son cou, je hume son odeur si familière. Une odeur de terre et de plante. Son rire flotte à mes oreilles et je ressens du désir pour lui. Un nouveau murmure caresse ma peau quand je me rends compte d’un certain déjà-vu.
— Tu es vraiment le gars du quai…
Il se recule en me regardant dans les yeux.
— Tu en doutais ?
Je me sens vexé.
— Tu m’as reconnu… Tu te moquais de moi, c’est ça ? peiné-je à dire, la gorge serrée.
— Ai-je dis ou fait quelque chose qui t’ait fait croire que je me moquais ? contre-t-il en fronçant les sourcils, la voix dure.
Je baisse les yeux, embarrassé sans savoir si c’est dû au souvenir de notre rencontre ou au rêve érotique et délirant que j’ai fait cette nuit.
— Tu… commence-t-il avant d’être interrompu par un éternuement de ma part.
Je tousse également, m’éloignant un peu de lui. Et à nouveau, j’entends son rire moqueur.
— Voilà ce qui arrive quand on se baigne à poils en pleine nuit.
Je rougis à l’évocation de cette scène. Par réflexe, je tends la main vers mon oreille, celle qu’il avait léchée. Collé à moi, il souffle sur ma main comme pour vouloir la faire partir. Ma respiration se coupe, mon cœur bat la chamade.
— On pourrait remettre ça une prochaine fois, l’Intouchable, finit-il en partant, me laissant seul avec mes pensées tumultueuses.
Les fenêtres grandes ouvertes pour laisser le vent aérer la salle, je m’adosse contre l’un des murs. Face à moi, le chevalet sur lequel repose l’œuvre presque achevée de Daniel. Dans une position langoureuse, une main attachée au pied du lit et l’autre posée sur son sexe dans un mouvement lascif, la femme semblait attendre quelque chose de moi. Ses yeux à la couleur indéfinissable étaient empreints de mystère, comme s’ils pouvaient voir des choses que d’autres non. J’essaye, en vain, de comprendre son message. Hypnotisé, je remarque le léger changement qui s’opère : c’est un regard gris qui me fait alors face.
Je cligne des yeux plusieurs fois, surpris, cherchant à chasser l’illusion. Un coup d’œil sur la toile me confirme mon délire. Je secoue la tête et respire un grand coup, les paupières fermées.
Dans cette position, cela me permet de réfléchir. Réfléchir à ce qui venait de se passer. Réfléchir à Brennan.
Cherchant dans ma mémoire, je me demande s’il a toujours été dans mon lycée. Ce serait logique, comme la plupart des élèves ici. Rare étaient les nouveaux et en général, on les remarquait de suite. Donc oui, je peux en conclure qu’il a toujours été là… Pourtant, ce ne fut que lorsqu’il a été surnommé par les élèves que j’ai commencé à remarquer sa présence. Il n’a pourtant rien du vampire hollywoodien classique. Il n’est certes pas très loquace mais ne joue en rien les mystérieux qui doivent porter le monde sur leurs frêles – mais étrangement musclées – épaules. Il semble juste particulièrement aimer porter du cuir. Tenues qui lui vont à ravir, soit dit en passant, lui conférant tout de même un certain côté sauvage, puissant. Mais on est bien loin de Buffy et son ténébreux Angel.
Je soupire en pensant cette fois à ses yeux. Ses yeux noirs qui, j’en ai l’impression, deviennent gris à certains moments. Ses yeux qui me fixent sans cesse, aussi moqueurs que la moue qui orne en permanence ses lèvres.
Je rouvre les paupières sur le tableau de Daniel. Cette fois, le message de la femme est plutôt clair.
— Tu es dans de beaux draps, mon petit Kieran…
Je me relève et me dirige vers mon prochain cours.
Je suis dans mon lit, la nuit est tombée depuis longtemps et tout le monde est endormi à la maison. Pourtant, moi, je n’y arrive pas. Quelque chose m’empêche de fermer l’œil. Comme un appel irrésistible.
Je me relève, bien décidé à répondre à ce silence oppressant. Je mets un jean et un polo pour ne pas risquer d’être encore plus malade, puis me glisse par la fenêtre de ma chambre située au rez-de-chaussée, évitant ainsi tout incident avec les femmes de la maison. Je prends soin de la fermer en laissant un petit espace pour me permettre de revenir l’ouvrir. Puis je coure dans la douce nuit. Ma route est éclairée par les lampadaires jusqu’aux quais plongés dans l’obscurité. C’est pourtant sans crainte que je parcours les planches de bois vers ma destination : ce coin privilégié, le plus éloigné de l’entrée, que je côtoie depuis quelques temps.
Je soupire, déçu pour j’ignore quelle raison. Je regarde l’eau, l’onde formée par le vent, et mon sang bouillonne. La mer m’appelle, comme toujours.
Je souris et malgré mon état encore un peu fiévreux, enlève mes vêtements un à un, jusqu’à me trouver nu. Je plonge alors dans l’eau glaciale et fais quelques tours pour me réchauffer. Quand je me retourne, il est là, assis sur les planches, les pieds dans l’eau.
— L’eau est gelée. M’étonne que tu attrapes la crève, marmonne-t-il.
Je fais quelques brasses dans sa direction. Arrivé à son niveau, je garde un peu mes distances et lui demande :
— Tu me suis ?
— J’étais là avant, répond-il, un rire dans la voix.
— Je ne t’ai pas vu.
— Je sais, élude-t-il.
Je n’ose pas lui en demander plus. Un silence s’installe, pas désagréable, mais étrange… Un silence que Brennan rechigne à briser.
— Tu… murmure-t-il en un souffle. Tu aimes vraiment venir ici…
— Oui, expliqué-je sur le même ton. Le silence de la nuit m’apaise. Et l’eau… elle est comme une source de vie pour moi.
Il rit, de cette voix chaude, et je suis pris de tremblement. Ses lèvres sont entrouvertes et, sous une impulsion, je décide de vérifier si mon rêve est aussi doux que la réalité. Son odeur de musc et de plante m’enivre dès la première seconde. Sa bouche m’électrise mais j’attends sa réaction avant de pouvoir continuer. Elle souffle et me permet de commencer une chorégraphie qu’elle suit sans problème. Nos langues se joignent aux pas de danse et le ballet dure ainsi pendant plusieurs minutes. Quand je m’arrête, je constate que je suis sur ses genoux, l’eau dégoulinant sur ses vêtements. Je souris en remarquant qu’il ne porte qu’un simple jogging et un débardeur, noirs évidemment. Je gémis quand ses lèvres se posent sur mon cou et je me demande si je suis en train de rêver.
— Tu es plutôt agréable au toucher, me taquine-t-il, le nez toujours dans mon cou.
Je grogne mais ne le repousse pas. Mon cœur cogne violemment mais agréablement à chaque endroit qu’il caresse. Je frissonne. De froid ? De plaisir ? Je l’ignore mais ne l’empêche pas de continuer ses douces tortures.
Et je tremble encore. Mais cette fois, il s’écarte de moi, le regard accusateur.
— Ton but est de me mettre ta mort sur la conscience ou quoi ?
Je grelotte pour toute réponse. Il grommelle en nous relevant et m’emmène à l’intérieur du yacht sur lequel il était assis la nuit dernière. Il allume une lumière et me demande de l’attendre. Je m’exécute, n’ayant d’autre choix de toute façon, et en profite pour découvrir l’intérieur. Cette pièce est probablement la principale. Elle est spacieuse, dans des tons clairs et agréables, aménagée comme une sorte de salon de repos, bar à cocktail au centre évidemment.
Je reste dans mon coin, mes affaires posées à mes pieds, ne voulant rien salir de ce qui m’entoure, quand Brennan réapparaît avec deux serviettes. Il pose la première sur mes épaules et tout de suite je me sens mieux. Avec la seconde, il m’essuie délicatement le visage, le cou, puis mes cheveux courts, sans un mot, pendant de longues minutes où je ne peux détacher mon regard du sien. Je le vois de temps à autre capter mon attention mais il se détourne aussitôt, un sourire en coin, continuant sa tâche fastidieuse.
Je l’embrasse pour la seconde fois seulement et, pourtant, mes lèvres trouvent le chemin de sa langue sans difficulté. Il me rend mon baiser, doucement, tout en continuant de me masser les cheveux avec la serviette. Je frémis et part à la recherche d’un peu de chaleur : je me colle à lui, à son torse, et place mes mains derrière sa nuque. Je me frotte à lui, de la même manière qu’il l’a fait dans mon rêve. Je sens la serviette glisser de mes épaules ; Brennan tente de la rattraper mais ce ne sont finalement que ses doigts que je sens sur ma peau. Je gémis et peine à reprendre mon souffle. Brennan glisse sa main sur mes reins et, d’une légère pression, me dirige contre un des canapés. Je sens le cuir blanc crisser sous notre poids. Le froid du tissu me fait trembler et je l’oblige à venir me réchauffer. Il répond à mon désir avec un certain plaisir. Je perçois son sourire légèrement moqueur et ses yeux si étranges passer du noir au gris. Quand je glisse mes mains vers son sexe, ils deviennent définitivement gris. Il inspire profondément, son corps tendu vers ma main, attendant la suite. Le voir frémir sous mes caresses me grise et j’entreprends alors un mouvement lascif, qui va de plus en plus vite. Il me rend la pareille et là, je ne pense plus à rien. Je gémis de plus en plus fort, incapable de retenir ma voix. Mon souffle se coupe lorsque je jouis, ma semence glissant sur nos deux torses collés l’un à l’autre. Je retombe en arrière, respirant profondément. Je me sens fatigué, j’ai besoin d’un peu de temps pour me reprendre mais il ne me laisse pas tranquille. Son rire moqueur accompagne ses mains qui s’activent ; l’une d’elle tente de faire réagir la bête à nouveau et l’autre, après avoir récupéré mon fluide corporel, tente de se frayer un chemin dans mon intimité.
Je me crispe instantanément.
— Non…
— Shhh, me rassure-t-il. Reste calme.
Je sens son sexe encore gonflé de désir se frotter à moi alors qu’il me prépare. Impossible de me détendre alors que je redoute ce qui va suivre.
— Shhh… continue-t-il de murmurer à mon oreille.
Il tente de me rassurer par ses douces paroles, m’ouvrant tout doucement pour le recevoir. Mon cœur bat à tout rompre. Je tremble et je sens que je ne peux rien faire sous les puissants bras de Brennan. Je suis ses indications, lui offrant sans fondement ma confiance. Mes muscles découvrent de nouvelles sensations que j’ignore aimer ou non. Ma poitrine est sur le point d’exploser. Mes jambes tressautent, réagissant bizarrement à cette nouvelle intrusion. Brennan m’embrasse, m’enfermant dans un cocon de prudence, de sécurité. Je me perds et m’oublie dans cette nouveauté insidieuse et pourtant pleine de promesses. J’inspire, j’expire… et je hurle. Je mords à sang l’épaule qui s’est mise devant ma bouche. Brennan grogne de douleur mais ne bouge plus. Il attend. Attend encore. Je ne sais pas combien de temps il a attendu avant de se mouvoir en moi mais tout est différent maintenant. Je le sens, je sens son mât de chair dure aller et venir en moi, épouser la forme de mes muscles pour mélanger douleur et plaisir. Je le serre encore plus fort, les sensations gonflant en moi, et mes cris deviennent gémissements. Je respire de plus en plus fort, de plus en plus difficilement, mais ça ne l’arrête pas : il continue à venir de plus en plus vite.
— Bren… Brennan ! Ah ! Aaah !!
