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Il y a de l'autre côté de la terre un petit Archipel qui regroupe plusieurs dizaines d'îles et d'îlots tous plus beaux les uns que les autres...
On doit de nous les avoir fait connaître à quelques hardis capitaines européens qui nous ont ouvert toutes grandes les portes de l'Océan Pacifique pour qu'on puisse y accéder.
Ce fut alors un afflux d'aventuriers de tous poils pillant sans vergogne les petits biens des indigènes. Ils précédaient les préposés à la christianisation qui confisquaient leurs us et coutumes et pour finir on installa les outils de la colonisation organisée dans le cadre d'un improbable condominium Franco-Britannique.
C'est alors que les habitants s'essayèrent à se donner un ROI. Ce fût d'abord le roi Mata le roi historique ; puis un roi mythique qu'on appela John Frum ; un roi de cœur le Prince Philip ; un roi éphémère Antoine Fornelli avant d'essayer un roi coutumier le métis Jimmy Stevens et un pasteur Anglican le Révérend Walter Lini qui préféra installer une République.
C'est leur histoire que le livre raconte ; mais il passe sous silence mon envie sous-jacente de candidater à mon tour.
À PROPOS DE L'AUTEURL'écrivain Vincent Raude est un temps Trésorier-payeur Général de la Nouvelle Calédonie et amoureux inconditionnel de l'Île de Tanna.
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Seitenzahl: 307
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Vincent Raude
L’Archipel des Nouvelles-Hébrides (Vanuatu)
À la recherche d’un Roi
Histoire
ISBN : 979-10-388-0725-9
Collection : Les Savoirs
ISSN : 2428-9450
Dépôt légal : juillet 2023
© couverture Ex Æquo
© 2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
Les Blancs nous ont empêchés d’être.
Jean-Marie Tjibaou, 1985
Je ne sais pas ce que c’est, la coutume. Je connais des rites précis qui ont des noms précis. La coutume, je l’ai dit, c’est le nom un peu méprisant que les non-Kanak donnent à ce que font les Kanaks.
Jean-Marie Tjibaou, 1985
Sommaire
Aux commencements13
Chapitre I18
Les premiers explorateurs18
Magellan, ou l’exploit sans égal19
Le premier voyage de Alvaro de Mendana (1567-1569)28
Le second voyage de Mendana (1595-1597)32
Chapitre II57
Après les explorateurs, les exploiteurs57
La traite négrière ou blackbirding (1866-1906)67
Chapitre III74
La christianisation de l’Archipel74
Chapitre IV93
Le Condominium franco-britannique93
La Seconde Guerre mondiale vue de l’Archipel111
Chapitre V116
Roi Mata, le roi historique116
La légende de l’ogre Utuama120
Chapitre VI122
John Frum, le roi mythique122
1944-1956 : crainte d’une insurrection des John Frum133
La construction d’un ordre John Frum136
Chapitre VII139
Le Prince Philip, le roi de cœur139
Chapitre VIII144
Antoine Fornelli, le roi éphémère144
Chapitre IX159
Jimmy Stevens, le roi de Santo159
Chapitre X165
Walter Lini, le révérend roi165
Chapitre XI168
Les prémices de l’Indépendance168
Chapitre XII183
Chronologie de 1606 à 1994191
Bibliographie200
Glossaire204
Remerciements206
Il existe, dans l’hémisphère Sud, en bordure de la mer de Corail, plusieurs archipels qui regroupent des dizaines de petites îles plus belles les unes que les autres. Parmi elles, on peut avoir la chance d’en rencontrer une qui est à la recherche d’un roi. C’est assez fréquent en Océanie et c’est ce qui est arrivé, à plusieurs reprises, dans l’archipel des Nouvelles-Hébrides, devenu en 1980 le Vanuatu.
Ah, ces îles des Nouvelles-Hébrides… Ambrym, Futuna, Efaté, Espiritu Santo, Mallicolo, Erromango, Vanua Lava, Tanna. Autant de noms qui chantent, autant de vues paradisiaques qui me reviennent aisément à l’esprit. Autant de rencontres avec des hommes et des femmes de là-bas riches d’expériences et d’humanités.
Les Nouvelles-Hébrides sont entrées dans ma vie sans crier gare, il y a de cela plusieurs années. Je m’incline devant cette évidence : parce que c’étaient-elles et parce que c’était moi, pour paraphraser Montaigne et ça a marché.
Tant d’écrivains, parmi les plus belles plumes de notre temps, ont été emportés par les charmes et la beauté des lieux comme Pierre Benoit, J.M.E Le Clézio, Robert James Fletcher, Joël Bonnemaison, Jean-Claude Guillebaud, Jean Guiart, Marc Tabani, José Garanger, le Père 0’ Reilly…
Il est vrai que j’ai toujours eu pour les îles une curiosité sans limites et des élans du cœur irrésistibles. Bref une prédisposition. Tout au long de mon existence, il m’a été donné de pouvoir en rencontrer un grand nombre, et cela aux quatre coins de notre planète. J’ai même eu la joie d’en habiter quelques-unes pendant plusieurs années comme Saint-Louis au Sénégal et la Grande-Terre en Nouvelle Calédonie.
Au soir de ma vie, j’habite Port Navalo, à l’abri de trois d’entre elles : Belle-Île en mer, Houat et Hoëdic qui méritent aussi, et à plus d’un titre, d’être inscrites au club des plus belles îles du monde. Elles sont miennes et me protègent des vents méchants du large. Et puis, tout juste sur ma gauche, s’ouvre le golfe du Morbihan.
C’est « ma » mer intérieure parsemée de nombreuses îles et îlots, une soixantaine environ. Elle couvre cent kilomètres carrés de paysages époustouflants. Hâtez-vous d’y accourir…
Enfin, si vous êtes, un jour, appelé à visiter le cimetière de l’île de Groix, vous y trouverez nombre de tombes qui portent mon nom rappelant, si besoin est, les origines insulaires de ma famille.
S’agissant de « mes » îles en mer de Corail, j’aurais dû garder mes distances tant leur réputation a de quoi inquiéter. L’Indice mondial des risques naturels, établi par les Nations Unies, les présente comme les lieux de vie les plus risqués au monde. Le Vanuatu est, il est vrai, tout entier d’origine volcanique. Il héberge plusieurs volcans encore très actifs comme le Mont Yasur à Tanna et le Benbow à Ambrym et il doit aussi, trop souvent, faire face à de gigantesques cyclones, à des typhons presque toujours meurtriers, à des raz de marée de plus en plus dévastateurs.
À la vérité l’histoire de l’Archipel auquel elles sont liées a été plutôt agitée depuis sa découverte par le Portugais Pedro Fernandes de Quiros. En effet, les Nouvelles-Hébrides, qui sont devenues, comme on l’a dit, le Vanuatu en 1980, ont connu tout au long de leur existence maintes agressions comme la traite négrière organisée à grande échelle, le pillage intensif de leurs richesses au temps des santaliers. Puis il y a eu l’arrivée de missionnaires de tous poils parfois plus enclins à la rapine qu’à la prière, sans oublier la domination d’un improbable et peu efficace condominium franco-britannique et encore, à sa porte, la guerre du Pacifique, avant qu’il puisse accéder enfin dans la difficulté à l’Indépendance.
Mais ces îles ont, quand même, pu aussi bénéficier de moments heureux, notamment quand le roi Mata{1} a régné sur l’archipel tout entier depuis son site de Mangaasi à l’ouest de l’île d’Efaté. Vrai chef de guerre et homme de paix, il a su réunir son peuple dans un ensemble pacifié. Extraordinaire chance encore pour l’île de Tanna quand elle a été choisie par un mystérieux personnage nommé John Frum et sur lequel on va revenir. Puis arriva le temps des épanchements du cœur lors de la visite du prince Philip d’Angleterre. Il était bel homme et on l’aurait bien gardé. Mais il était déjà installé en ménage en d’autres lieux et en royale compagnie de surcroît. Ce fut ensuite un Français, Antoine Fornelli, qui fut le premier à avoir eu le courage d’écrire à la Reine d’Angleterre et au Président de la République française pour qu’ils accordent à Tanna l’indépendance désirée. Las ! Comme récompense, Antoine fut jeté au cachot. Un chef coutumier, le métis Jimmy Stevens, tenta ensuite de libérer l’île d’Espiritu Santo. Et comme pour Fornelli on l’a mis en prison. Mais Fornelli et Stevens avaient lancé l’idée de l’indépendance. En 1980, toutes îles de l’archipel y compris Santo et Tanna, accédèrent, en même temps, à la souveraineté. Du coup, l’Archipel, libéré de ses oripeaux européens, changea de nom pour s’appeler désormais Vanuatu (la Terre).
Aux commencements des Nouvelles Hébrides il n’y avait que la mer. Puis, sous la surface de l’eau, la croûte terrestre se fractura et des îles, ici et là, firent progressivement surface. Elles étaient toutes d’origine volcanique. Les premières ont émergé il y a environ vingt millions d’années{2} : ce sont Espiritu Santo, Mallicolo et les îles Torrès. Sept millions d’années plus tard, de nouvelles îles, telles Maewo et Pentecôte, ont surgi des profondeurs. Mais c’est au cours des trois derniers millions d’années que la plupart d’entre elles, comme Anatom, Futuna, Amina, Erromango, les Sheperd, Ambrym, Amabae, les Banks et Tanna, ma préférée, ont vu le jour.
Les plantes et les animaux ont suivi. Ils arrivaient des terres voisines et, avant que les hommes ne débarquent, de très épaisses forêts avaient déjà recouvert presque tous les sommets. Les plus proches de l’Équateur étaient les plus fournies et les plus humides.
Les hommes sont arrivés environ un millier d’années avant Jésus-Christ. Ils venaient de la Papouasie voisine et appartenaient à la civilisation Lapita{3}. Des fragments de céramiques ont été trouvés sur l’île Malo, datés de 1300 avant J-C. Pour les voyages, ils empruntaient de grandes pirogues qui pouvaient transporter jusqu’à deux cents passagers à la fois. Ils arrivaient chargés de nourritures très diverses : ignames, tarots, bananes, palmier sagoutier, maïs, fruits de l’arbre à pins, canne à sucre… Le règne animal lui aussi s’est alors progressivement développé. Sur les beaux rivages des îles du sud, des tortues marines viennent pondre. À Santo, Mallicolo et Efaté, on trouve des grenouilles. À Vana Lava et aussi à Santo, il arrive que l’on capture un crocodile marin venu des îles Salomon. On peut observer dans l’archipel dix-neuf espèces de reptiles terriens et douze familles de lézards, dont cinq sortes de geckos. Dans les îles de Santo, Vana Lava, Mallicolo, Efaté et Erromango, on rencontre le boa du Pacifique.
Dans les airs se promènent soixante et une sortes d’oiseaux et à Tanna même on repère vite les vols très fournis de merles des Moluques. Ils doivent descendre d’un ancêtre rescapé du naufrage d’un bateau et depuis se sont multipliés. Onze familles de chauve-souris, des rats venus de Polynésie et des escargots géants, originaires d’Afrique, notamment à Santo et à Mallicolo, complètent ce tableau.
Autant qu’on le sache, les îles des Nouvelles-Hébrides{4} n’ont jamais constitué un Pays tout à fait unifié avant l’arrivée des premiers Européens excepté avec la parenthèse de Roi Mata. Au départ, c’est un territoire situé à plus de 600 km des Salomon et à plus de 500 km de la Nouvelle-Calédonie, fragmenté en un peu plus de quatre-vingts îles, dont plusieurs demeurent encore inhabitées. Il s’étend sur une superficie très modeste de douze mille km².
Dans chaque île habitée, les occupants sont organisés en tribus indépendantes souvent en conflit et qui, de plus, parlent des langues différentes — plus d’une centaine encore soit la plus grande densité au monde. Mais presque tous les Hébridais parlent aussi le français, l’anglais et le bichelamar ou pidgin, la troisième langue officielle du pays avec celles de Molière et de Shakespeare. Selon la Banque Mondiale, la population de l’archipel était en 2020 de 307 150 habitants.
S’il y a eu des tentatives d’unification interinsulaires, elles n’ont pas dû être très nombreuses. La plus sérieuse remonte à Roi Mata{5} qui, à partir du XIIIe siècle ou bien les siècles suivants, semble être parvenu à rassembler, au centre de l’archipel, plusieurs îles, d’Efaté à Épi. Sa tombe a été exhumée en 1967 et si son « royaume » ne lui a pas survécu, son épopée, en revanche, est maintenant bel et bien entrée dans les mémoires, depuis peu il est vrai.
Jusqu’aux années 1830, l’archipel n’a pas suscité beaucoup d’intérêt, excepté de la part de quelques explorateurs, d’abord portugais et espagnols, puis anglo-français. À partir des années 1840, la donne pour les habitants va changer du tout au tout. Ils vont être contraints d’accepter l’arrivée d’étrangers plutôt envahissants qui, sans ménagement, vont bousculer leur mode de vie de fond en comble.
Les santaliers, d’abord, qui vont piller sans modération les forêts d’arbres à santal. Puis il y a eu les pêcheurs de bêches-de-mer et les baleiniers qui ont amputé, sans retenue, les ressources alimentaires issues de la mer. Dans les années 1860, commence la traite négrière. Elle va gravement mettre à mal la santé des hommes et l’équilibre démographique de l’archipel. Enfin des missionnaires de toutes religions vont se présenter. Ils vont s’attaquer aux us et coutumes du pays, sans beaucoup de ménagement, mais hélas avec force prêches et interdictions et non sans rapines de toutes sortes.
C’est à partir de 1880 que les premiers colons, en majorité des Anglais et des Français, s’installent à demeure dans l’archipel, au moment où la population indigène commence à décroître sensiblement. Certes, un semblant de maintien de l’ordre paraît alors installé avec la création, à cette fin, d’une commission mixte franco-britannique disposant de bateaux de guerre pouvant intervenir rapidement. Mais la loi du plus fort continuera longtemps encore à l’emporter le plus souvent.
En 1906, les deux puissances européennes vont s’impliquer un peu plus dans la gestion de l’archipel en installant un condominium qui n’était, tout bien considéré, pas lui non plus très favorable aux premiers occupants.
Un peu plus de soixante-dix ans plus tard, en 1980, les habitants se sont enfin libérés de ces contraintes en créant un nouvel État qui va être appelé le Vanuatu c’est-à-dire « notre terre ». Cet État, situé dans la mer de Corail, fait partie de la Mélanésie. Il est composé de 83 îles qui forment une sorte de grand « y » inversé.倍
Le premier explorateur qui est parvenu à naviguer dans les parages des Nouvelles-Hébrides était Magellan. Lorsqu’il est passé à la hauteur des îles de l’archipel, il se trouvait bien trop au nord de celles-ci pour pouvoir les apercevoir, mais il a pu révéler à ses successeurs que de l’autre côté de l’Amérique il y avait un immense océan jusque-là inconnu, et désormais accessible. L’océan découvert était tout à fait navigable et hébergeait, de surcroît, des milliers et des milliers d’îles.
Ensuite et grâce au Portugais Magellan, l’Espagnol Mendana, le Portugais Quiros, le Français Bougainville, l’Anglais Cook, et aussi le malchanceux La Pérouse, ont fait leur entrée dans l’Océan Pacifique et ces grands capitaines méritent vraiment qu’on partage ce que furent leurs extraordinaires aventures.
Pour réussir leurs explorations lointaines, ils ont tout jeté dans la balance, y compris leurs propres vies offertes pour nous ouvrir ce monde merveilleux de l’Océanie. Plusieurs d’entre eux n’en sont pas revenus : Magellan blessé à mort par une flèche empoisonnée, Mendana mort d’épuisement sans avoir pu réaliser son projet d’installer à demeure une colonie dans les îles Salomon, Cook poignardé à Hawaï ou encore La Pérouse disparu corps et biens à proximité de l’île de Vanikoro alors que son ami et équipier, le Breton Fleuriot de Langle, avait, peu de temps avant, été sauvagement achevé à coup de massue en accostant la petite île de Maouna (archipel des Samoa).
Le 25 septembre 1513, alors qu’il est en mission d’exploration dans la cordillère du Rio Chucunaque au Panama, le conquistador espagnol Vasco Nunez de Balbao se trouve en compagnie de quelques-uns de ses hommes lorsqu’il aperçoit, depuis le sommet où il se trouve, l’impressionnante étendue d’une mer inconnue jusque-là.
Dévalant de la hauteur, il arrive quelques jours plus tard au bord de cet océan qui lui paraît absolument sans limites. Aussitôt, dans un geste un peu théâtral, il élève ses deux mains, l’une armée d’une épée et l’autre tenant un drapeau où est peinte la vierge Marie, puis il pénètre dans l’eau jusqu’aux genoux et, « au nom des souverains de Castille », il déclare, haut et fort, prendre possession de ce nouvel espace maritime{6} apparemment sans fin.
Le 19 janvier suivant, Balbao confie à un de ses hommes la mission de porter en Europe cette incroyable nouvelle. Au-delà de l’Amérique, il y a bel et bien un immense océan. Et cette information va immédiatement susciter une curiosité considérable dans toute l’Europe.
C’est en octobre 1517 que Fernand de Magellan, gentilhomme portugais, arrive à Séville en Espagne. Il a trente-sept ans et n’est pas très beau. La description qu’en fait Stefan Zweig{7} lui est plutôt défavorable : « L’habileté et la souplesse ne furent jamais son fait. Si peu que nous le connaissions, il demeure certain que cet homme, effacé et taciturne, ne possédait à aucun degré l’art de se faire aimer des grands ni des inférieurs ». Magellan était petit, plutôt noiraud, caché dans une large barbe touffue et, de surcroît, claudicant. On sait peu de choses de son enfance. Il aurait vu le jour à Porto en 1480. Puis il aurait été petit page à la cour de la Reine Léonor du Portugal pendant quelques années avant de choisir d’entrer dans l’armée et de servir sur les bateaux. Il aurait ensuite participé à plusieurs expéditions lointaines souvent violentes, notamment à Goa en Inde puis à Malacca en Malaisie et aussi au Maroc. C’est lors de l’expédition de Malacca qu’il sauva de la mort un certain Francisco Serrao, qui devint par la suite un ami intime et qui aura beaucoup d’influence sur le cours de sa vie et de ses choix.
Au retour de ses campagnes où, à plusieurs reprises, il avait fait la preuve d’une extraordinaire bravoure, Magellan a souhaité être reçu par le roi du Portugal pour que celui-ci reconsidère sa situation personnelle. Mais le roi n’a pas voulu reconnaître les mérites pourtant bien réels de son visiteur. Il est vrai qu’à cette époque Magellan ne bénéficiait pas d’une excellente réputation tant il avait mauvais caractère et peut-être aussi en raison de cette lame musulmane qui lui avait sectionné un tendon du genou et causé sa démarche boiteuse. À moins que ce ne soit en raison d’une histoire plutôt subalterne de quelques têtes de bétail disparues alors qu’il en avait la garde.
Quoi qu’il en soit, Magellan, très affecté par l’attitude du roi du Portugal, décide de s’expatrier et d’aller s’installer en Espagne. Peut-être a-t-il aussi eu alors à l’idée de rejoindre son ami Francisco Serrao qui, lui, avait définitivement jeté l’ancre aux îles Moluques où il nageait dans la joie de vivre et qui l’invitait, à longueur de lettres, à venir le rejoindre. Magellan y a sans doute réfléchi et peut-être a-t-il envisagé de faire le voyage, mais en choisissant pour rejoindre les Moluques un autre chemin que celui utilisé jusqu’alors par les Occidentaux. Choisir par exemple de s’y rendre en empruntant la route de ce nouvel océan repéré au-delà de l’Amérique et dont tout le monde en Europe ne finissait pas de parler. Pourquoi pas en effet choisir ce chemin jamais emprunté ?
À cette époque, Magellan est lié à un vieux garçon un peu bizarre du nom de Faleiro qui sait calculer les longitudes et lire les cartes marines. Il partage avec lui l’envie de réaliser ce beau projet de voyage jusqu’aux Moluques. Cependant, Faleiro a dû provisoirement demeurer au Portugal, après le départ de Magellan, pour liquider leurs affaires communes.
À Séville, où il s’installe, Magellan va, plutôt rapidement, entrer en relation avec un homme en état de l’aider du nom de Diego Barbosa. Le sieur Barbosa est, comme lui, un Portugais passé au service de l’Espagne et, également, un habitué à tout ce qui touche aux Indes. Barbosa est l’alcade de l’arsenal de la ville, c’est-à-dire le responsable en titre de tous ses équipements. De surcroît, il a été nommé commandeur de l’ordre de Saint Jacques, ce qui témoigne de la considération des Espagnols à son égard. Dans la foulée, Magellan va aussi se lier avec le fils de Diego Barbosa, le jeune Duarte, et il ira même jusqu’à épouser la fille de Diego, la jolie Béatrice.
Son projet d’emprunter le chemin du nouvel océan pour se rendre dans les îles aux épices n’est pas a priori rejeté. Il est soumis à l’examen de Juan de Aranda, une personnalité qui compte en Espagne, car il est, à la cour, membre de l’Office des Indes. Et Aranda ne dit pas non. Il en fait même un rapport favorable au Roi. En haut lieu, le projet intéresse. Il faut encore associer un financier en état de prendre en main l’organisation et la gestion de l’expédition. À cette fin, Magellan prend l’attache de Christopher de Haro, un homme d’affaires d’Anvers habitué à gérer les opérations de cette nature. Puis le moment arrive où il faut agir pour emporter la décision du jeune roi Carlos, qui n’est autre que le futur Charles-Quint. Excusez du peu !
À la satisfaction générale des artisans du projet, le roi donne son feu vert ! Plus rien n’empêche sa réalisation. On entre alors dans le concret. Et le concret du projet c’est d’abord de décider du nombre de bateaux qui seront nécessaires. Après maintes discussions, une escadre de cinq navires et 265 marins est prévue. Ces marins seront en majorité des Espagnols. La liste définitive des matelots retenus comportera néanmoins trente-cinq Portugais et quarante-cinq étrangers de diverses nationalités. Cela contrevient quelque peu aux ordres du Roi et aux directives du conseil des Indes. Mais Magellan leur démontre que le recrutement d’un équipage aussi composite était inévitable faute de trouver suffisamment de volontaires espagnols. La vérité oblige à dire qu’on a même dû embaucher quelques hommes sortant tout droit de prison. C’était alors un usage plutôt fréquent.
En revanche, le roi va accorder, sans discussion aucune, sa pleine et entière confiance aux cinq capitaines qui ont été choisis. Magellan excepté, ils sont en effet tous Espagnols.
Le pape devait bien évidemment être lui aussi consulté, et ce pour désamorcer d’éventuels heurts entre les Espagnols et les Portugais. Les marines des deux États étaient alors souvent en contact. Le pape va alors garantir, sur toute la planète, les zones d’interventions imparties aux deux couronnes.
Le moment du départ est arrivé. On est le 10 août 1519. Magellan va quitter Séville à la tête de son escadre. Elle comprend cinq caraques, c’est-à-dire des bateaux caractérisés par une coque arrondie et deux hauts châteaux, l’un à l’avant et l’autre à l’arrière. Le bateau amiral, celui que Magellan doit commander, a pour nom « La Trinidad ». Il jauge 110 tonneaux et transporte 62 marins. La flotte comprend aussi « le San Antonio » (capitaine Juan de Cartagena), 120 tonneaux et 55 marins, « la Conception » (capitaine Gaspar de Quesada), 90 tonneaux et 44 marins, « le Santiago » (capitaine Juan Serrano), 75 tonneaux et 31 marins, et enfin « la Victoria » (capitaine Louis Mendoza), 85 tonneaux et 45 marins{8}.
Selon l’usage, un contrat a été établi en bonne et due forme pour définir les obligations respectives. Le roi octroie à ce titre aux deux organisateurs de l’expédition, Magellan et son associé Faleiro, une liste d’avantages loin d’être négligeables :
- le monopole sur la route découverte, assuré pour une durée de dix ans ;
- une nomination comme gouverneurs des terres et des îles qui seront découvertes :
- le vingtième des gains du voyage ;
- le droit de prélever mille ducats sur les prochains voyages ;
- la concession d’une île à chacun des deux partenaires.
Tout cela est à l’évidence de nature à assurer à Magellan, à son retour en Espagne, un rang important dans la société madrilène, si bien sûr il parvient à mener à bien son entreprise.
Le départ, en fin de compte, n’aura pas lieu à la date convenue. Est-ce un mauvais présage ? Annonce-t-il les difficultés que l’expédition va rencontrer ? Pendant toute la durée de ce voyage absolument exceptionnel, il est vrai que Magellan va connaître une véritable descente aux enfers avant de disparaître, dans des conditions tragiques, sans même avoir atteint tout à fait l’objectif qu’il s’était fixé au départ, c’est-à-dire accomplir un tour du monde complet en revenant à Séville le port du départ.
Ce sera, en définitive, le 20 septembre 1519, soit un mois et dix jours après la date prévue initialement, que l’escadre va quitter l’Espagne à Sanlucar de Barra Meda, petit port au nord de Cadix.
La traversée de l’Atlantique, via les Canaries, est réalisée sans trop de difficultés et la côte du Brésil est atteinte le 29 novembre 1519. On observe néanmoins au sein de l’escadre un certain énervement du côté des capitaines, car Magellan ne leur a pas livré beaucoup d’indications sur la route qu’il veut emprunter. La seule directive précise qu’ils ont reçue leur fait obligation de coller au bateau amiral, un point c’est tout. Une fois les Canaries passées, les capitaines se demandent pourquoi Magellan ne vire pas plus vite en direction de la côte brésilienne au lieu de continuer à descendre toujours plus au sud et en arriver jusqu’à hauteur de la Guinée. À ce stade de l’expédition, les rapports entre l’amiral portugais et ses capitaines espagnols ne sont guère fameux.
Le 13 décembre 1519, on arrive à bon port de l’autre côté de l’océan Atlantique. La flotte jette l’ancre dans la baie de Santa-Lucia, aujourd’hui connue comme étant la baie de Rio de Janeiro. Les Espagnols débarquent, ce faisant, dans un pays qui n’est pas le leur, puisqu’il se trouve sous le contrôle des Portugais. Mais les choses se passent au mieux, surtout pour les équipages qui vont profiter d’un accueil plus que chaleureux de la population locale, notamment féminine. C’est déjà un peu l’ambiance que l’on connaît de nos jours à Rio. En revanche il n’y aura aucune mauvaise rencontre des équipages avec des cannibales, par exemple, qui, à cette époque, représentaient en ces lieux comme en bien d’autres endroits encore un réel danger.
Fin décembre, après une escale de quatorze jours, la flotte reprend sa route vers le sud. Dans l’escadre, on se demande si l’amiral sait vraiment bien où il va. Le passage recherché sera, semble-t-il, accessible à tribord, mais on ignore à quel moment les bateaux arriveront à sa hauteur. Toutes les criques qu’on croise sont explorées. Tous les estuaires aussi. Mais ce n’est jamais le bon.
Progressivement, le froid s’abat sur l’escadre et Magellan ne voit pas d’autre solution que d’hiberner là où il se trouve, à hauteur des côtes de la Patagonie. Le 31 mars 1520, l’escadre jette donc l’ancre dans un estuaire argentin du nom de Port San Julian dans la province de Santa Cruz. Tout cela ne fait pas l’affaire des équipages ni de leurs capitaines. Les moments d’inactivité ne sont jamais bons pour le moral des hommes à bord, d’autant qu’ils regrettent encore les bons moments passés au Brésil. En clair, ils s’ennuient. Les capitaines, de leur côté, n’apaisent pas les choses, continuant à reprocher à Magellan de ne pas fournir des informations précises sur les étapes du voyage à venir. Si bien qu’une mutinerie va finir par éclater. On l’appellera la « mutinerie de Pâques ».
C’est une épreuve dont on se serait bien passé et qui laissera des traces pendant tout le reste du voyage. Magellan va parvenir à y mettre fin, non sans difficultés. La rébellion était dirigée par trois des cinq capitaines de l’escadre : les sieurs Cartagena, Mendoza et Quesada. Trois Espagnols donc qui n’apprécient pas ce commandement venu d’ailleurs. L’amiral, avec les marins qui lui sont demeurés fidèles, va néanmoins parvenir à faire face à la mutinerie. Cela prendra environ une semaine, du 2 au 7 avril 1520. Magellan ne devra sa victoire qu’au seul fait qu’il avait vu venir la mutinerie et pris le temps d’élaborer son plan pour la déjouer.
Il commence par faire exécuter, par surprise, le capitaine Mendoza qui sera frappé d’un coup de poignard dans la gorge par un des marins fidèles à Magellan. Le second capitaine mutin, Gaspar Quesada, qui a blessé à mort un des pilotes, va être arrêté, jugé et exécuté dans le respect des formes requises. Quant à Cartagena, le troisième, il sera abandonné sur le rivage de la Patagonie avec une épée et un peu de pain. On a aussi dit qu’on avait laissé à terre avec lui un religieux.
Les autres mutins vont aussi être condamnés, mais ils seront vite amnistiés, car Magellan a besoin de tous les hommes embarqués pour mener son voyage à son terme. Quelques-uns néanmoins seront punis pour l’exemple et subiront l’affreux supplice de l’estrapade, qui consiste à suspendre l’accusé au bout d’un cordage et à le laisser choir une ou plusieurs fois, soit dans l’eau, avec éventuellement la noyade au bout, ou à même le pont du bateau, avec le risque de s’y briser les os.
Comme désormais on ne peut plus différer la poursuite de l’expédition, Magellan reprend sa navigation. Il lui faut trouver, en longeant la côte, ce fameux chenal accessible. Le San Antonio est ainsi envoyé pour repérer ce passage éventuel ; mais malheureusement le bateau s’échoue. On est en mai 1520. Restent quatre bateaux, sur les cinq partis de Sanlucar de Barra Meda. Le 21 octobre 1520, Magellan aperçoit enfin un cap qui devrait marquer l’entrée du fameux détroit susceptible de l’amener de l’autre côté, vers cet océan décrit comme immense. Magellan baptise ce promontoire « le cap de la Vierge » et entreprend de s’engager dans ce chenal. Rien ne lui sera épargné, car les navires vont se trouver en face d’un foisonnement d’obstacles inattendus : parois parfois trop rapprochées ou hauts fonds capables de bloquer la route. Pour tout arranger, une nouvelle rébellion va éclater. Cette fois, c’est le pilote Estevao Gomez, qui, depuis la précédente rébellion, n’a plus qu’une idée en tête : rebrousser chemin et revenir à Séville. Il va y parvenir en compagnie des cinquante hommes présents à son bord et surtout avec des provisions et des marchandises qui vont ensuite beaucoup manquer à ceux qui vont continuer le voyage.
Le 28 novembre 1520, c’est enfin l’exploit réalisé. Magellan est arrivé de l’autre côté du détroit. Il navigue maintenant dans cet immense océan qu’on va appeler « Océan Pacifique » tant il est souvent apparu comme étonnamment calme et offrant pendant de longues périodes une vraie mer d’huile. Magellan se sent désormais en mesure de rejoindre son objectif sans coup férir.
Mais bien des événements vont s’y opposer. D’abord, l’amiral doit faire route vers le nord en longeant la côte du Chili. L’escadre va alors subir, de plein fouet, une succession de tempêtes plus violentes les unes que les autres. À partir du 18 décembre, c’est un changement du tout au tout. Les trois navires sont en effet entrés dans une mer étrangement calme. Ni vents ni vagues en vue, ce qui fait que c’est très lentement qu’on vogue vers les archipels espérés. Puis, très vite, les nouvelles conditions du voyage deviennent infernales. Dans cet océan désespérément vide, aucun réapprovisionnement ne peut être effectué et on commence à manquer de tout. À bord, un rationnement de plus en plus strict est imposé à l’équipage. On en arrive à la pénurie. Pas le moindre biscuit, même dur comme de la pierre, pas davantage de lard, même rance ou trop salé. La faim torture tout le monde. Pour ne pas mourir, on mange tous les animaux se trouvant à bord, apprivoisés ou non : chiens, chats, rats et souris… Les maladies comme le scorbut et le béribéri commencent à frapper les marins les plus vulnérables, et bientôt c’est une moitié des équipages, extrêmement affaiblis, qu’il faut laisser se reposer dans des hamacs.
C’est seulement le 6 mars 1521, un an et demi après le départ de l’Espagne, que le reste de l’escadre de Magellan parvient dans une région un peu plus agréable à explorer. Elle est peuplée d’indigènes plutôt accueillants, qui acceptent de bien recevoir les marins et d’organiser avec eux des échanges. Magellan est alors parvenu aux îles Mariannes et sera bientôt en vue de Guam. Il ignore toutefois que ces îles ont été baptisées les « îles des voleurs » L’objectif d’atteindre les îles Philippines, désormais toutes proches, est ardemment espéré.
Le 17 mars, l’escadre arrive sur l’île de Homonhon. Tout est fait, dans cette île, pour enchanter les navigateurs. Les paysages, bien sûr, mais aussi les oiseaux multicolores, les épices, les mets, et aussi les indigènes. Les explorateurs naviguent d’île en île au hasard des courants et du vent et perdent progressivement toute prudence. Comment en effet ne pas être totalement conquis quand, par exemple une fois débarqué le 7 avril sur l’île de Cebu, Magellan obtient très rapidement la conversion au christianisme de son roi, Humabon, qui sera imité par tout son peuple. C’est un ravissement.
Mais, juste en face de l’île de Cebu, se trouve la petite île de Mactam, où le roi Lapu-Lapu ne voit hélas pas les choses de la même façon. Et lui s’oppose brutalement au débarquement des équipages espagnols, plus que surpris, et on le serait à moins, par un accueil si différent. Il s’ensuit une confrontation inattendue qui ne tourne pas à l’avantage des navigateurs, car ceux-ci ont vraiment sous-estimé les dangers. À peine débarqués, ils sont agressés puis submergés par une véritable foule et plongés au sein d’une mêlée confuse. Magellan est blessé par une flèche empoisonnée et meurt le 27 avril 1521, à l’âge de quarante et un ans.
Certes, il a bouclé son tour du monde en amenant ses équipages sur une terre déjà visitée par d’autres Européens, mais qui y étaient parvenus en passant par une autre voie, celle de l’océan Indien.
La suite de l’expédition de Magellan, désormais disparu, tournera vite à la catastrophe. Sur les deux cents officiers et marins embarqués en Espagne, cent soixante-dix auront péri ou déserté. Un seul bateau, sur les cinq navires engagés dans l’aventure, reviendra à bon port. Après la disparition de Magellan, il ne restait déjà plus que deux bateaux en mesure de reprendre la mer et de parvenir enfin aux îles Moluques. Seul le petit « Victoria » rejoindra en fin de compte l’Espagne, via le cap de Bonne-Espérance, sous les ordres de Juan Sebastian Del Cano{9}. Ce pauvre bateau est alors à l’état d’une épave flottante ; ses jointures gémissent et les vieilles planches du pont qui ne sont plus jointes laissent l’eau s’infiltrer.
Mais, dans l’histoire de l’humanité, le tout petit « Victoria » sera donc le premier navire à avoir accompli un tour du monde complet et avoir ainsi confirmé que la terre était bien ronde.
Près de quarante années après l’incroyable expédition de Magellan, un nouveau voyage se prépare dans le petit port de Callao, proche de Lima, au Pérou. Le projet se situe, cette fois, du côté de l’océan Pacifique. Il vise à aller à la rencontre de toutes ces îles du Pacifique à peine entrevues par Magellan. Callao, fondé en 1537, est très vite devenu le principal port de commerce ouvert sur l’océan Pacifique. Ce voyage est organisé par le jeune Alvaro de Mendana de Neira, neveu du gouverneur du Pérou, et sera financé par le roi d’Espagne en personne.
La flotte prend la mer le mercredi 19 novembre 1567 vers seize heures. Elle se compose de deux navires, le « Todos los Santos », navire amiral, et le « Los Reyes ». Environ cent soixante hommes ont été embarqués à leurs bords pour une expédition prévue pour durer deux années. C’est au cours de ce voyage que les îles de l’archipel des îles Salomon seront largement explorées et c’est à Herman Gallego, le chef pilote de l’expédition, qu’on doit le récit de cette exploration qui va affronter des situations très difficiles.
Quelques semaines après, le vendredi 10 janvier 1568, à environ mille quatre cent cinquante lieues nautiques de Lima, l’escadre rencontre sa première île qui est baptisée l’île de Jésus. Elle appartient à l’atoll de Nui (Tuvalu{10}). Il y a quelques habitants sur l’île : ils sont nus, ont le teint mulâtre et les cheveux crépus.
À partir de cette île, la navigation de l’escadre va devenir problématique. Elle est très perturbée par des grains avec force éclairs et coups de tonnerre. Le 1er février 1568, l’escadre pénètre dans l’archipel des îles Salomon. Pourquoi Salomon ? Parce que les supposées richesses de ces îles devaient ressembler à celles du roi d’Israël.
Ce n’est pas rien, cet archipel, bien que sa superficie totale ne soit que de 27 500 km² environ. Ce qui en fait la richesse, c’est surtout qu’on y rencontre des dizaines et des dizaines d’îles de toutes les dimensions. L’expédition de Mendana s’est fixé le but d’en visiter le plus grand nombre possible et la navigation prendra plutôt l’apparence d’un minutieux cabotage plutôt qu’une exploration réalisée dans de grands espaces.
Le 7 février, les hommes de Mendana débarquent sur l’île de Sainte Isabelle. C’est l’une des plus étendues de l’archipel. Ils entreprennent alors de construire une brigantine qui sera beaucoup plus maniable pour ce qu’ils veulent faire que leurs lourds navires. Après avoir mis ces derniers à l’abri dans une crique, à partir du 7 avril jusqu’au 5 mai, ils vont explorer consciencieusement tout l’archipel en baptisant à tour de bras toutes les îles qu’ils rencontrent : Santa Isabel, Malaïta, Ramos, puis Galera, Buena Vista, San German, Guadalupe, Florida, Guadalcanal, San Jorge et plusieurs autres îlots. Ayant choisi comme base de départ Guadalcanal, la brigantine va explorer San Juan, puis Santa Anna et Santa Catalina.
Les explorateurs vont de découvertes en découvertes, comme la présence dans des manières de temples de véritables colonies de serpents et de crapauds et d’autres animaux tout proches. Les habitants se nourrissent de noix de coco et de racines comme le taro. En revanche, ils ne consomment ni viandes animales ni boissons toxiques. Les navigateurs comprennent assez vite que les indigènes mangent en revanche de la chair humaine : on leur offre en effet comme cadeau de bienvenue le bras et la main d’un jeune garçon. Les indigènes manifesteront une réelle peine en voyant les Européens refuser de consommer ces mets qui pour eux sont des mets de choix.
Les habitants sont organisés en clans rivaux qui se font périodiquement la guerre au moyen de casse-têtes, d’arcs et de flèches et se capturent les uns les autres. Sur certaines îles, les habitants se blondissent les cheveux et donnent l’alarme au moyen de coquillages et de tambours. Sur d’autres îles de grandes quantités de racines de gingembre vert et de patates douces emplissent les paniers. Ailleurs, on trouve quelques perles, mais les habitants n’y font pas plus que ça, grande attention. Dans une autre île, on rencontre des chauves-souris qui mesurent au moins cinq pieds d’une extrémité à l’autre des ailes{11}. À un autre endroit, les indigènes paraissent très attachés à des dents qui semblent être celles d’un grand animal alors non identifié.
