L'art de changer de vie en 5 leçons - Philippe Gabilliet - E-Book

L'art de changer de vie en 5 leçons E-Book

Philippe Gabilliet

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Beschreibung

Savez vous que 7 français sur 10 aimeraient changer de vie (OpinionWay,2016)? et que 20% se disent prêt à tout quitter afin d'aller à la rencontre d'eux-même, de se réaliser pleinement et de vivre l'autre vie qui les attend?

Mais pourquoi changer de vie ? Et changer quoi, pour aller où, avec qui, pour quelle existence ? Et si ce n'était pas le bon choix ? Et s'il valait mieux se contenter de ce que l'on a ? Notre monde moderne est certes riche de possibilités, de bifurcations et d'opportunités inattendues. Mais le possible et l'opportun sont-ils toujours souhaitables ?
Chacun a le droit de vouloir changer de monde. Mais l'optimisme du rêve se heurte parfois durement au mur de la réalité, laquelle ne se laisse pas bouleverser si facilement. Pourtant, le changement de vie – qu'il soit choisi ou subi - obéit toujours aux mêmes principes simples : réflexion préalable, prise de décision et passage à l'action. Omettre une de ces étapes, c'est prendre le risque de rater la bifurcation, de se fourvoyer dans des chemins de vie sans issue, et de le regretter ensuite.
Dans cet essai pragmatique et qui appelle à l'action, Philippe Gabilliet nous rappelle que s'il peut être légitime de vouloir changer de vie, il est toujours préférable de le faire avec discernement, en se posant en temps et heure les bonnes questions sur soi, sur les autres et sur la vie à laquelle on aspire.
C'est la raison pour laquelle l'auteur entreprend – à travers cinq leçons nourries d'exemples - de nous accompagner pas à pas tout au long des étapes qui font les changements de vie réussis.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Philippe Gabilliet, professeur de psychologie et de développement personnel de l'ESCP Europe (Paris), où il enseigne depuis plus de vingt ans. Ses travaux les plus récents l'ont conduit à étudier en profondeur la capacité que nous avons à transformer notre vie en faisant en toutes circonstances le choix de l'audace et de l'enthousiasme. Il est l'auteur de 2 best-sellers : Eloge de l'optimisme. Quand les enthousiastes font bouger le monde (2010) (25000 exemplaires), de l' Eloge de la chance. L'art de prendre sa vie en main (2012) (18000 exemplaires) et d' Eloge de l'audace et de la vie romanesque (2015) (4000 exemplaires), tous parus aux éditions Saint Simon.

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Couverture

Page de titre

Introduction Quand tout (ou presque) devient possible

À mon avis, c’est ça qui déglingue les gens, ne pas changer de vie assez souvent.

‒ Charles BUKOWSKI

Mon arrière-grand-père maternel s’appelait Paul Cabrol. Il était né à Faugères, dans l’Hérault, à une quinzaine de kilomètres de Pézenas, en 1860. La vigne était son métier, comme celui de son père et de nombre de ses contemporains dans la région. La chronique familiale raconte que Paul naquit, grandit, poursuivit ses études à Béziers, avant d’épouser Marie-Antoinette. Ils donnèrent ensuite naissance à Pierre, Suzanne, Eva et Georges (mon grand-père et père de ma mère). Paul cultiva ses terres, fabriqua son vin et acheva sa vie une après-midi ensoleillée de 1932. Presque toute son histoire, semblable à tant d’autres, à cheval entre les deux derniers siècles, se déroula dans un rayon de trente kilomètres autour de son lieu de naissance. Il ne quitta jamais son village haut-languedocien de cinq cents habitants, berceau historique de la famille depuis la révocation de l’édit de Nantes (1685).

Dans le monde de Paul, et depuis des générations, la question d’un éventuelchangement de viene se posait pas vraiment ; ou du moins pas dans les mêmes termes qu’aujourd’hui. Il arrivait qu’on en redoute la venue, comme on redoute les caprices de la grêle ou les folies nées de la guerre ou des persécutions. Mais il en était peu qui en rêvaient, voire qui y aspiraient plus que tout. Sinon quelques rares aventuriers, explorateurs ou voyageurs tentés par l’appel du grand large, maritime ou terrestre. Le monde de Paul était globalement stable, socialement et culturellement. Et les déterminismes collectifs y pesaient de tout leur poids. Le libre arbitre, hors personnalités et circonstances exceptionnelles, n’était encore qu’une idée philosophique de plus. Dans la réalité vécue du quotidien, prêtres, pasteurs, instituteurs, notaires et notables veillaient de concert à maintenir l’ordre des choses. Un ordre aussi hiérarchisé que stable, dans lequel l’aristocrate, le vigneron, l’ouvrier, le clerc ou le bourgeois avaient vocation à demeurer tels. L’ascenseur social n’en était qu’au stade de prototype. En outre, l’information et la connaissance étaient rares et chères. On ne comptait qu’environ 10 000 bacheliers par an, soit 2 % d’une classe d’âge et uniquement des garçons. Quant aux grands voyages, ils étaient à la fois longs, risqués et presque toujours coûteux.

Et lorsque les aléas de l’existence poussaient certains à réellementchanger de vie, c’était la plupart du temps dans un cadre de pressions, d’obligations voire de contraintes dont les intéressés se seraient bien passés. N’en déplaise à la fibre romantique et romanesque dont est parfois tissée la mémoire collective, les grands déplacements et autres migrations prirent plus souvent la forme de fuites imposées que d’exils magnifiques. Pour les autres, les bases du destin étaient globalement posées. Dans le monde de Paul, les jeunes hommes (en tout cas les moins chanceux ou les moins riches) partaient plusieurs années sous les drapeaux ; mais ils n’avaient de cesse de revenir ‒ si possible indemnes ‒ dans leur terroir natal. Les jeunes filles, mariées à un gars du village, du canton ou de l’autre bout du département, s’en allaient parfois vivre une vie semblable à celle de leursmères avant elles, mais en d’autres lieux, au sein d’autres communautés villageoises en tous points identiques. Elles poursuivaient alors une existence prédictible, faite essentiellement de labeur agricole et de soucis domestiques. Cette même existence était émaillée d’enfantements multiples, souvent accompagnés du chagrin violent des morts précoces, auxquelles on était pourtant préparés. Nous avons oublié qu’en 1850, un enfant sur six ne fêtait jamais son premier anniversaire. Tel allait le monde. Un monde dans lequel, comme nous le rappelle Jean Viard1, l’essentiel des 500 000 heures d’une vie humaine moyenne2était consacré à travailler (200 000 heures) et à dormir (200 000 heures). Ce qui laissait à peu près, autour des années 1900, quelque 100 000 heures de temps libre, là où notre génération en dispose d’environ 300 000 à 400 000 à dépenser, hors travail et sommeil ! De quoi avoir envie de tester d’autres types de vie, et de vivre d’autres histoires…

Puis le temps a passé. Le monde de Paul a peu à peu disparu. La société s’est ouverte et le champ des possibles n’a cessé de s’élargir. Les distances se sont raccourcies. L’information et le savoir se sont diffusés. Les nouvelles technologies de la connaissance ont même fini par nous convaincre qu’il est plus facile d’apprendre aujourd’hui que ça ne l’était hier. Les carcans culturels et sociaux existent encore, bien sûr, mais ils se distendent chaque jour davantage. Nous voici à l’époque de toutes les instabilités, marquée par la volatilité des statuts et des trajectoires de vie, les rendant plus imprévisibles que jamais. La modernité nous a offert un temps qui nous fait croire qu’il s’accélère, alors que nous n’en avons jamais eu autant à notre disposition. Au cœur des itinéraires biographiques, la bifurcation a su trouver sa légitimité et sa place. Et face à l’affaiblissement relatif des cadres sociaux traditionnels ‒ école, église, famille, communauté ‒ les forces du changement et celles de la conservation n’en finissent plus de s’affronter.

Tel est d’ailleurs le grand paradoxe du temps. Certes, nous n’avons jamais eu autant de choix de toutes sortes. Mais les contraintes demeurent. Elles ont tout simplement changé de nature. Et, aujourd’hui comme hier, seuls celles et ceux qui disposent des bonnes capacités d’action (matérielles, financières, intellectuelles, culturelles, sociales) peuvent tirer parti des opportunités offertes par la vie et poser ainsi leurs propres choix.

D’où ce sentiment parfois douloureux de coexistence entre une seule et unique vie ‒ par définition limitée dans le temps ‒ confrontée à tant de possibilités inaccomplies. Tant de choix pour si peu de temps. Comment s’étonner dès lors que nous soyons de plus en plus nombreux à craindre de passer à côté de notre vie, derater le coche, bref de gâcher le temps disponible accordé par le destin, de nous perdre sur des itinéraires sans issue qui, fondamentalement, ne nous correspondent pas, qui ne sont pas les nôtres.

N’oublions pas que le changement, en général, a lui aussi vu son statut évoluer au fil des années, en particulier dans les pays développés. Aujourd’hui, il faut accepter de changer, et si possible avec le sourire. Le changement doit même être activement recherché, voire désiré. Il faut être mobile, flexible et surtout capable de se remettre en question chaque fois que nécessaire. L’échec, toujours présent, doit désormais être géré, optimisé. L’heure est au rebond. La vie n’est plus ce qui nous arrive, mais ce que nous allons faire avec ce qui va nous arriver. Rien de pire qu’une opportunité que l’on n’a pas osé saisir, qu’un chemin de traverse que l’on n’a pas osé emprunter par simple frilosité, amour de ses habitudes et volonté de conserver son confort.

Pourtant, si le changement de vie est toujours possible, est-il toujours souhaitable ? Sa recherche effrénée ne nourrit-elle pas une illusion de toute-puissance sur notre propre devenir ? Comme s’il n’y avait qu’à désirer pour que le changement advienne. Gustave Flaubert fit déraper Emma Bovary sur la pente glissante d’une vie rêvée à une époque où l’on interdisait aux femmes de rêver autrement qu’endormies… Oui mais auXXIe siècle, à l’heure des réseaux sociaux, des sites de rencontres et des vols à bas prix, sans oublier le covoiturage ou l’hébergement chez l’habitant, l’aventure du changement de vie n’est-elle pas, enfin, au coin de la rue ? Le temps serait-il enfin venu du « Quand on veut, on peut » ?

Selon une étude récente3, 7 Français sur 10 affirment envisager de changer de vie, dont 20 %fréquemment!Cette envie est encore plus forte chez les femmes (75 %) et chez les jeunes gens de 18 à 24 ans (79 %) ainsi que dans ce que l’on nomme le cœur des actifs, c’est-à-dire l’ensemble de celles et ceux âgés de 35 à 49 ans (80 %). Pour 1 Français sur 3,changement de vieest à la fois synonyme de changement d’environnement et de liberté retrouvée. Enfin, 1 Français sur 5 déclare être prêt à « tout quitter », si l’occasion devait se présenter.

Mais existe-t-il vraiment un mode d’emploi pour réussir son changement de vie, si possible sans occasionner trop de dégâts collatéraux ? Désireux d’aller plus loin, j’ai demandé à mon moteur de recherche préféré de me faire une requête rapide autour des mots-clés suivants : « comment + changer + de + vie ». J’ai instantanément obtenu 29 millions de réponses. Désireux d’affiner, je me suis donc tourné vers la version française d’un autre célèbre site de vente de produits culturels en ligne. J’utilisai une fois encore les mêmes mots-clés. Il apparut instantanément que 11 000 titres d’ouvrages correspondaient à ma demande… Décidément, le changement de vie est partout. Pas une librairie où les rayons Psychologie, Philosophie ou Développement personnelne vous proposent chaque mois leur lot de nouveaux témoignages, récits, réflexions inspirantes et autres livres-outils destinés à vous faire prendre votre vie en main, cette vie « dont vous avez toujours rêvé », et que vous allez enfin pouvoir changer. La presse magazine, quant à elle, n’est pas en reste. Là de même, toute la gamme des approches permettant de « changer sa vie » nourrit à longueur d’année dossiers spéciaux et numéros hors-série. Quant aux coaches, thérapeutes, conseillers d’orientation et autres experts de l’accompagnement professionnel et personnel, ils savent mieux que quiconque que l’heure est désormais au changement de vie sous toutes ses formes, qu’il prenne pour nomtransition, mutation, repositionnement, refondation, recomposition, chambardement, métamorphose, rupture existentielle, grand départ, saut dans l’inconnu, appel de la vocationouvie rêvée.

Depuis bientôt trente ans, j’ai accompagné des hommes et des femmes sur ce chemin du changement de vie, que ce soit par la promotion de la vie optimiste4, l’entraînement à saisir sa chance, à identifier des circonstances inattendues5ou l’audace de passer enfin à l’action6. Autant l’avouer, je n’ai guère trouvé de recettes miraculeuses. Mais j’y ai acquis quelques convictions simples qui, je le crois, ont pu aider certains à prendre les bonnes décisions de vie ; ou du moins les décisions qui leur semblaient les meilleures pour eux-mêmes, à un moment donné, charge à eux de tout faire pour tenter de les rendre bonnes une fois prises.

J’ai regroupé ces quelques réflexions en cinq courtes leçons :

La première s’attachera au sens véritable du « changement de vie », en tentant de comprendre ce que ce terme veut vraiment dire et quels en sont les ingrédients essentiels, ceux sans lequel le festin final risque de manquer de saveur ou dont l’excès peut au contraire diffuser une amertume fort peu propice à la dégustation des plaisirs de la vie.

La deuxième leçon nous conduira à interroger le désir même de changer de vie, dans toute sa diversité. Pourquoi envisager un tel choix ? Et, tant qu’à changer, est-on sûr de le faire pour de bonnes raisons ? Ou au contraire est-on à nouveau victime des illusions d’une prétendue « vie autre », fantasme insaisissable qui ne cesse de se dérober sous nos pas ?

La troisième leçon nous rappellera à propos que si les candidats au changement de vie sont légion, les élus le sont moins. Non par manque de volonté ou de persévérance, non par manque de discernement ou de lucidité, mais plus souvent par manque de réflexion stratégique sur l’« écologie » des changements rêvés. « Nul n’est une île », a écrit le poète anglais John Donne (1572-1631). Et c’est en particulier vrai lorsque l’on envisage de changer de vie.

La quatrième leçon tentera quant à elle de dégager les enjeux individuels ‒ en particulier d’identité ‒ que recouvre le projet de changer de vie, qu’il soit au final une réussite, un échec ou un mélange des deux. Et si changer de vie peut parfois conduire à changer de lieu et d’espace, il est avant tout un changement intérieur, une reconfiguration existentielle majeure, un nouvel alignement de ces planètes ayant pour noms désirs, valeurs, rêves, espoirs, buts et projets.

La cinquième et dernière leçon abordera la réalité du changement de vie véritable. Partant du principe qu’il faut bien commencer par quelque chose, autant réussir son nouveau départ à travers quelques décisions simples. Toute nouvelle vie est semblable à un jeune enfant, à la fois prometteuse et fragile. Car le champ des possibles, où ondoie le chant des sirènes, peut finir par se transformer en champ de mines, sur lequel le candidat au changement de vie finit par sauter, voyant exploser son existence et se disperser ses rêves.

1. Jean Viard,Nouveau portrait de la France, L’Aube, 2011.

2. 50 ans et quelques mois en 1900.

3. OpinionWay,Les Français et le Changement de vie, étude réalisée pour ING Direct en novembre 2015.

4.Éloge de l’optimisme. Quand les enthousiastes font bouger le monde, Saint-Simon, 2010.

5.Éloge de la chance. Apprendre à saisir les opportunités de la vie, Saint-Simon, J’ai Lu, 2016.

6.Éloge de l’audace et de la vie romanesque, Saint-Simon, 2015.