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Confrontant à la tradition spirituelle diverses situations-types où la religion catholique est mal discutée, autant par la parole que par les mots, l’abbé Dinouart dissèque les multiples origines possibles (politiques, psychologiques et sociales) de ces dérives par une petite typologie de ces situations, classées selon le profil des caractères de discoureurs à travers un échantillonnage minutieux traversant les classes sociales et les milieux culturels. C’est également une invitation à reconsidérer la place du silence dans les débats : trop souvent soit méprisé comme un refuge médiocre pour les faibles d’esprit et de caractère, soit cantonné à la discipline régulière des cloîtres monastiques ; il serait plutôt, en réalité, non seulement une marque de sagesse mais également une disposition d’esprit privilégiée d’une grande âme en quête de vérité.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Joseph Antoine Toussaint Dinouart, né à Amiens le 1er novembre 1716 et mort le 23 avril 1786, est un prédicateur, polémiste, compilateur ès sciences sacrées et apologiste du féminisme français. L'art de se taire, principalement en matière de religion est publié en 1771. Néanmoins, l'ouvrage est ouvertement inspiré par des publications du siècle précédent : « Un auteur du siècle précédent, et dont je n'ai pu découvrir le nom, a donné dans une lettre très courte, des règles pour parler ; j'en ai adopté les principes, et j'ai développé ses idées. »
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Seitenzahl: 220
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Abbé Joseph Dinouart
L’art de se taire
Principalement en matière de religion
L’art de se taire, principalement en matière de religion ;
Par M. l’Abbé Dinouart, Chanoine de l’Église Collégiale de Saint-Benoît, et de Académie des Arcades de Rome.
Qui filere non novit, is neque loqui admodum scit Aristot. appui Stout.
À PARIS,
Chez G. DESPREZ, Imprimeur du Roi
et du Clergé de France, rue S. Jacques.
M. DCC.LXXI.
Avec Approbation et Privilège du Roi.
Le Cardinal le Camus disait au P. Lamy de l’Oratoire, lorsqu’il lui offrit un de ses ouvrages, dont le titre est l’art de parler : voilà, sans doute, un excellent art ; mais qui nous donnera L’art de se taire ? Ce serait rendre un service essentiel aux hommes, que de leur en donner les principes, et de les faire convenir qu’il est de leur intérêt de savoir les mettre en pratique. Combien y en a-t-il qui se sont perdus par la langue, ou par la plume ! Ignore-t-on que plusieurs doivent à un mot imprudent, à des écrits profanes, ou impies, leur expatriation, leur proscription, et que leur infortune n’a pu encore les corriger ?
La fureur de parler, d’écrire sur la religion, sur le gouvernement, est comme une maladie épidémique, dont un grand nombre de têtes sont frappées parmi nous. Les ignorants, comme les philosophes du jour, sont tombés dans une sorte de délire. Quel autre nom donner à ces ouvrages dont nous sommes accablés, d’où la vérité et le raisonnement sont proscrits, et qui ne contiennent que des sarcasmes, des railleries, des contes plus ou moins scandaleux ? La licence est portée au point qu’on ne peut passer pour bel esprit, pour philosophe, qu’autant qu’on parle, ou qu’on écrit contre la religion, les mœurs et le gouvernement.
L’ouvrage que je présente guérira-t-il ces cerveaux blessés ? Non, sans doute, puisqu’ils affectent un mépris souverain pour ceux qui honorent encore la vertu. En effet, la nouvelle philosophie permet tout, excepté d’être chrétien et sujet. Du moins pourrai-je faire voir combien ils sont coupables, et empêcher plusieurs de ceux qui commenceraient à se laisser séduire par leur exemple, de tomber dans les mêmes égarements. La philosophie n’est plus aujourd’hui qu’un abus du mot. Il faut revenir au sentiment de Socrate et à celui de Sénèque, lorsqu’en parlant des grammairiens, des géomètres et des physiciens, ils disaient : il faut voir si tous ces hommes nous enseignent la vertu ou non ; s’ils nous l’enseignent, ils sont philosophes. Qu’on juge par cette maxime des auteurs qui méritent le nom de philosophe, que tant d’écrivains, prétendus beaux esprits, s’attribuent seuls parmi nous.
De quelque sexe et de quelque condition que soient ceux qui liront cette instruction, chacun pourra prendre, à ce qui est dit en général, la part qui le touche. Ce n’est point à moi à faire cette application ; et quand j’en aurais la liberté, je ne pourrais m’en servir, sans pécher peut-être contre les règles du silence que je propose aux autres.
Comme il y a deux voies pour s’expliquer, l’une par les paroles, et l’autre par les écrits et par les livres, il y a aussi deux manières de se taire ; l’une en retenant sa langue, et l’autre en retenant sa plume. C’est ce qui me donne lieu de faire des remarques sur la manière dont les écrivains doivent demeurer dans le silence, ou s’expliquer en public par leurs livres, selon cet avis du sage : Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler.
Un auteur du siècle précédent, et dont je n’ai pu découvrir le nom, a donné dans une lettre très courte, des règles pour parler : j’en ai adopté les principes, et j’ai développé ses idées. Je souhaite que le présent ouvrage soit utile dans ce temps, où le silence est devenu indispensable, comme étant, pour beaucoup de personnes, un moyen sûr de conserver le respect pour la religion, et de procurer à l’État des citoyens fidèles, discrets et vertueux.
Nous avons des règles pour l’étude des sciences et pour les exercices du corps. La république littéraire est remplie d’art de penser, d’art de l’éloquence, d’Introductions à la géographie, à la géométrie, etc. Pourquoi n’enseignerait-on point l’art de se taire ; art si important, et cependant si peu connu ? Essayons d’en expliquer les principes et la pratique. Je ne commencerai point cet ouvrage par l’exposition des avantages qu’on en retire ; chacun les connaît assez : je me bornerai dans cette Introduction, à quelques remarques nécessaires pour la suite de cet ouvrage.
1°. On ne peut donner une connaissance exacte de certains objets, sans en expliquer en même temps d’autres, avec qui ils ont des rapports essentiels : ainsi on ne peut parler des ténèbres, sans connaissance de la lumière ; ni du repos, sans rapport au mouvement, etc.
En traitant du silence, je ferai donc souvent des réflexions sur la parole, afin d’expliquer l’un plus clairement, relativement à l’autre, ou plutôt de les expliquer tous deux ensemble, en distinguant cependant avec soin, ce qui regarde les règles du silence.
2°. Je suppose ici qu’il ne suffit pas, pour bien se taire, de fermer la bouche, et de ne point parler : il n’y aurait en cela nulle différence entre l’homme et les animaux ; ceux-ci sont naturellement muets : mais il faut savoir gouverner sa langue ; prendre les moments qui conviennent pour la retenir, ou pour lui donner une liberté modérée ; suivre les règles que la prudence prescrit en cette matière ; distinguer, dans les événements de la vie, les occasions où le silence doit être inviolable ; avoir une fermeté inflexible, lorsqu’il s’agit d’observer, sans se démentir, tout ce qu’on a jugé convenable pour bien se taire : or tout cela suppose réflexions, lumières et connaissance. C’est peut-être dans cette vue, que les anciens Sages ont dit que, pour apprendre à parler, il faut s’adresser aux hommes ; mais qu’il n’appartient qu’aux Dieux d’enseigner parfaitement comment on doit se taire.
3°. La connaissance dont je parle, est différente parmi les hommes mêmes, selon la diversité de leurs caractères. C’est ici le point distinctif de la manière de se taire, qui semble commune aux Savants et aux Ignorants ; je l’expliquerai dans la suite.
Le premier degré de la sagesse, est de savoir se taire ; le second, de savoir parler peu, et de se modérer dans le discours ; le troisième, est de savoir beaucoup parler, sans parler mal et sans trop parler.
Établissons les principes sur lesquels porte le présent ouvrage : ils seront pris des oracles du plus sage des hommes, des maximes des saints Pères et des savants, qui ont la réputation d’être les hommes les plus éclairés de leur siècle.
1º. On ne doit cesser de se taire, que quand on a quelque chose à dire qui vaut mieux que le silence.
2°. Il y a un temps pour se taire, comme il y a un temps pour parler.
3°. Le temps de se taire doit être le premier dans l’ordre ; et on ne sait jamais bien parler, qu’on n’ait appris auparavant à se taire.
4°. Il n’y a pas moins de faiblesse, ou d’imprudence à se taire, quand on est obligé de parler, qu’il y a de légèreté et d’indiscrétion à parler, quand on doit se taire.
5°. Il est certain qu’à prendre les choses en général, on risque moins à se taire, qu’à parler.
6°. Jamais l’homme ne se possède plus que dans le silence : hors delà, il semble se répandre, pour ainsi dire, hors de lui-même, et se dissiper par le discours ; de sorte qu’il est moins à soi, qu’aux autres.
7°. Quand on a une chose importante à dire, on doit y faire une attention particulière : il faut se la dire à soi-même ; et après cette précaution, se la redire, de crainte qu’on ait sujet de se repentir, lorsqu’on n’est plus le maître de retenir ce qu’on a déclaré.
8°. S’il s’agit de garder un secret, on ne peut trop se taire ; le silence est alors une des choses dans lesquelles il n’y a point ordinairement d’excès à craindre.
9°. La réserve nécessaire pour bien garder le silence dans la conduite ordinaire de la vie, n’est pas une moindre vertu, que l’habileté et l’application à bien parler ; et il n’y a pas plus de mérite à expliquer ce qu’on sait, qu’à bien se taire sur ce qu’on ignore. Le silence du sage vaut quelquefois mieux que le raisonnement du philosophe ; le silence du premier est une leçon pour les impertinents, et une correction pour les coupables.
10°. Le silence tient quelquefois lieu de sagesse à un homme borné, et de capacité à un ignorant.
11°. On est naturellement porté à croire qu’un homme qui parle très-peu, n’est pas un grand génie, et qu’un autre qui parle trop, est un homme étourdi, ou un fou : il vaut mieux passer pour ne point être un génie du premier ordre, en demeurant souvent dans le silence que pour un fou, en s’abandonnant à la démangeaison de trop parler.
12°. Le caractère propre d’un homme courageux, est de parler peu, et de faire de grandes actions : le caractère d’un homme de bon sens est de parler peu, et de dire toujours des choses raisonnables.
13°. Quelque penchant qu’on ait au silence, on doit toujours se méfier de soi-même ; et si on avait trop de passion pour dire une chose, ce serait souvent un motif suffisant pour se déterminer à ne plus la dire.
14°. Le silence est nécessaire en beaucoup d’occasions mais il faut toujours être sincère : on peut retenir quelques pensées ; mais on ne doit en déguiser aucune : il y a des façons de se taire sans fermer son cœur ; d’être discret, sans être sombre et taciturne ; de cacher quelques vérités, sans les couvrir de mensonges.
Il est un silence prudent, et un silence artificieux ;
Un silence complaisant, et un silence moqueur ;
Un silence spirituel, et un silence stupide ;
Un silence d’approbation, et un silence de mépris ;
Un silence de politique ;
Un silence d’humeur et de caprice.
1°. Le silence est prudent quand on sait se taire à propos, selon le temps et les lieux où l’on se trouve dans le monde, et selon les égards qu’on doit avoir pour les personnes avec qui on est engagé à traiter et à vivre.
2°. Le silence est artificieux, quand on ne se tait que pour surprendre, soit en déconcertant par là ceux qui nous déclarent leurs sentiments, sans leur donner à connaître les nôtres, soit en profitant de ce que nous avons entendu et remarqué, sans y avoir voulu répondre autrement, que par des manières trompeuses.
3°. Le silence complaisant est une application non seulement à écouter sans contredire ceux à qui on a dessein de plaire, mais encore à leur donner des marques du plaisir qu’on prend à leur entretien, ou à leur conduite ; de sorte que les regards, les gestes, tout supplée au défaut de la parole, pour leur applaudir.
4°. Le silence moqueur est une réserve maligne et affectée, à ne point interrompre, sur les choses dépourvues de sens, ou inconsidérées, les sottises qu’on entend dire, ou que l’on voit faire, pour jouir du plaisir secret que donnent ceux qui en sont les dupes, en s’imaginant qu’on les approuve et qu’on les admire.
5°. C’est un silence spirituel, quand on aperçoit sur le visage d’une personne qui ne dit rien, un certain air ouvert, agréable, animé, et propre à faire comprendre, sans le secours de la parole, les sentiments qu’on veut laisser connaître.
6°. C’est, au contraire, un silence stupide, lorsque la langue étant immobile et l’esprit insensible, tout l’homme paraît être abymé dans une profonde taciturnité qui ne signifie rien.
7°. Le silence d’approbation consiste dans le consentement qu’on donne à ce qu’on voit et à ce qu’on entend, soit en se contentant d’y avoir une attention favorable, qui marque le cas qu’on en fait, soit en témoignant, par quelques signes extérieurs, qu’on le juge raisonnable et qu’on l’approuve
8°. C’est un silence de mépris, que de ne pas daigner répondre à ceux qui nous parlent, ou qui attendent que nous nous déclarions sur leur sujet, et de regarder avec autant de froideur, que de fierté, tout ce qui vient de leur part.
9°. Le silence d’humeur est celui d’un homme dont les passions ne s’animent que suivant la disposition, ou l’agitation de l’humeur qui domine en lui, et d’où dépendent la situation de son esprit et l’opération de ses sens, qui trouve bien ou mal ce qu’il entend, selon que la physique fait bien ou mal ses fonctions ; qui n’ouvre la bouche que par boutades, et pour ne dire rien que de désobligeant, ou de déplacé.
10°. Le silence politique est celui d’un homme prudent, qui se ménage, qui se conduit avec circonspection, qui ne s’ouvre point toujours, qui ne dit pas tout ce qu’il pense, qui n’explique pas toujours sa conduite et ses desseins ; qui, sans trahir les droits de la vérité, ne répond pas toujours clairement, pour ne point se laisser découvrir. Il a pour devise ces paroles d’Isaïe Secretum meum mihi. Il est d’autres politiques, rusés, fourbes, qu’on ne connaît que trop dans le monde, et qu’il est inutile de définir ici, omnium temporum homines ; leur silence se rapporte à celui du numéro 2 ci-dessus.
Les différentes manières de se taire, naissent de la variété du tempérament et de l’esprit des hommes.
1°. Le silence prudent convient aux personnes douées d’un bon esprit, d’un sens droit, et d’une application exacte à observer les conjonctures qui engagent à se taire, ou à parler.
2°. Le silence artificieux plaît aux petits esprits, aux gens méfiants, vindicatifs, et occupés à surprendre les autres.
3°. Ceux qui sont d’une humeur douce, facile et accommodante ont plus de penchant au silence complaisant.
4°. Ceux qui aiment à se divertir de tout, aiment aussi le plaisir qu’ils trouvent dans un silence moqueur.
5°. Le silence spirituel ne subsiste qu’avec des passions vives, qui produisent des effets sensibles au-dehors, et qui se montrent sur le visage de ceux qui en sont animés. Ainsi on voit que la joie, l’amour, la colère, l’espérance font plus d’impression par le silence qui les accompagne, que par d’inutiles discours, qui ne servent qu’à les affaiblir.
6°. Il est aisé de juger à qui convient le silence stupide ; c’est le partage des esprits faibles et imbéciles.
7°. Au contraire, le silence d’approbation suppose un jugement sûr et un grand discernement pour n’approuver que ce qui mérite de l’être.
8°. La dernière espèce de silence, qui est celle de mépris, est l’effet de l’orgueil et de l’amour-propre, qui porte les hommes de ce caractère à penser qu’on ne mérite pas un moment de leur attention. Quelquefois aussi ce silence peut se trouver dans un homme de jugement, qui ne juge pas que ce qu’il méprise par son silence soit digne d’une plus grande considération.
Telles sont les vues générales qu’il faut avoir sur le silence, pour apprendre à se taire : nous en avons développé la nature, les principes, les diverses espèces et les causes différentes ; l’expérience en fait connaître la vérité dans l’usage du monde. Ce qu’on a dit du silence peut s’appliquer, par proportion au discours prudent ou artificieux, complaisant ou moqueur, spirituel ou stupide, plein de témoignages d’approbations ou de marques de mépris, etc.
Mais il ne suffit pas, pour notre dessein, d’avoir l’esprit prévenu et rempli de ces idées générales. La pratique est la partie la plus considérable de cet ouvrage : tâchons de l’expliquer comme nous l’avons conçu, après que nous en aurons représenté ici le plan, qui servira à faire comprendre la suite avec plus de clarté et de méthode.
L’usage du silence et de la parole consiste, dans une juste application des principes susdits, à la conduite ordinaire de la vie. Cette application doit se faire selon deux rapports, où tout se réduit dans le monde.
Le premier regarde les matières qui sont le sujet du commerce de la vie, et de l’entretien des hommes. Les plus importantes sont les matières de religion et je ne m’arrête présentement qu’à celles-ci, qui serviront d’exemples et de modèle pour les autres.
Le second rapport regarde les personnes mêmes, selon les différences ordinaires qui les distinguent dans le monde ; comme sont les personnes jeunes, et les personnes avancées en âge ; les grands et le peuple, les savants et les ignorants.
Or, il arrive souvent que, pour ne pas savoir gouverner sa langue selon ces deux rapports, on tombe dans des fautes considérables.
Il est donc à propos d’examiner, premièrement, en quoi nous manquons, et ensuite comment il faut s’en corriger, suivant le projet que nous formons dans cet ouvrage.
C’est-à-dire, que, pour ce qui concerne la religion, j’expliquerai, premièrement, ce que je pense de la conduite ordinaire des jeunes personnes, et comment elles doivent régler leur silence et leurs discours dans une matière si importante ; nous passerons ensuite aux grands et au peuple, aux savants et aux ignorants.
Mais comme il y a deux moyens de s’expliquer, l’un par la parole, et l’autre par les écrits et par les livres, il y a aussi deux manières de se taire, une en retenant sa langue, et l’autre en retenant sa plume. J’examinerai donc, non seulement ce qu’il faut régler dans les discours du monde, qui sont superflus, ou nuisibles, mais encore ce qu’il convient de faire à l’égard d’un nombre infini de livres inutiles, ou pernicieux, si l’on veut réduire les choses à une conduite irréprochable.
Commençons par la jeunesse.
Je n’exposerai point ici tout ce qu’une jeunesse étourdie et livrée à ses passions déréglées, est capable de dire d’une religion qui l’incommode et dont la sainteté condamne le libertinage. Les discours scandaleux de ces esprits, dévoués à l’impiété, ne peuvent inspirer trop d’horreur. Leur langue est celle du serpent, et le venin des aspics est caché sous leurs lèvres. Ps. 139.
Combien de ces jeunes gens petits-maîtres, prétendent qu’il est de bon ton de persifler tout ce qui appartient à la religion, de mépriser ses ministres, de jeter un ridicule sur la piété, de regarder comme une faiblesse de croire en Dieu, de ne voir dans l’homme qu’un animal à deux pieds, que la mort détruit comme les autres animaux ? Ces hommes sans pudeur, comme sans espérance, devraient s’éprouver et s’examiner très sérieusement, avant que de se déclarer esprits forts, ou libertins, afin, au moins, selon leurs principes, de finir comme ils vivent ; ou s’ils ne se sentent pas la force d’aller si loin se résoudre de vivre comme ils voudront mourir.
Être brillant,
Sémillant,
Pétillant ;
S’occuper éternellement
De sa parure,
De sa figure,
De sa voiture ;
Se mettre sérieusement
À la torture,
Pour se donner contre nature
Certain jargon,
Certaine façon,
Certain ton,
D’enfantillage,
De papillonnage.
De persiflage,
Qu’on appelle le bon ton :
Faire l’amateur,
Le connaisseur,
Le protecteur ;
N’avoir qu’un caquet
De perroquet ;
Et cependant
D’un ton pédant,
D’un air suffisant
Décider souverainement ;
Tout mépriser,
Sur tout gloser,
Ricaner,
Fredonner,
Turlupiner,
Déraisonner,
Polissonner ;
Ne songer dans la vie
Qu’à végéter ;
Mettre toute son industrie
À se flatter.
Se dorloter,
Se délicater ;
Voilà, des gens de cette espèce,
En quoi consiste la sagesse.
D’autres sont moins coupables mais aussi peu instruits à gouverner leur langue sur la religion ; et j’en connais de deux sortes : il est des jeunes gens qui parlent assez de la religion, et il en est qui n’en parlent jamais. Les uns en parlent, parce qu’ils aiment à beaucoup parler et à parler de tout ; les autres gardent, sur ce sujet, un profond silence, parce qu’ils vivent dans une extrême ignorance de tout ce qui regarde les choses saintes. Les premiers, persuadés que rien n’est plus estimable que la liberté à parler ne sont aucun cas de ceux qui sont réservés en ce point. L’importance et la nécessité de savoir sa religion sont des prétextes favorables à leur inclination. S’il naît quelque difficulté nouvelle, dont les théologiens soient embarrassés, un jeune discoureur la décide sans hésiter. Les hommes que l’âge et l’expérience ont instruits à parler avec connaissance ne l’incommodent point dans une conversation ; il les prévient, il les interrompt, il s’égale à eux, et sa langue est dans un mouvement continuel, parce que son esprit n’est pas dans une situation fixe. Il semble que s’il a encore quelque chose à désirer, c’est d’apprendre à s’expliquer toujours avec plus de liberté ; mais je ne sais si un pareil disciple trouverait un maître qui voulut s’en charger. Il faudrait qu’il pût en trouver un de l’humeur de cet Ancien, qu’un jeune homme, grand parleur, allât trouver, et qu’il priât de le recevoir au nombre de ses disciples. Celui-ci, qui en reconnut le défaut dans le peu de temps qu’il lui parla, consentit néanmoins à sa demande. Il n’y mit qu’une condition : c’était que le nouveau disciple lui donnerait deux fois autant que les autres, premièrement pour apprendre à se taire, et ensuite pour apprendre à parler.
Ceux qui ne parlent jamais de la religion, faute de vouloir s’en instruire, sont des muets coupables, et embarrassés par les chaînes qu’ils ont eux-mêmes formées : elles sont de différente nature, comme on peut le remarquer. C’est en quelques-uns une extrême négligence qui ne peut les justifier ; c’est en d’autres la crainte d’examiner des matières qui leur semblent abstraites, et difficiles à concevoir. Ils ne considèrent pas que ce qui est abstrait dans la religion, doit être adoré comme les Mystères ou est réservé pour l’école, et pour les savants, obligés à répondre aux hérétiques et aux libertins. Tout esprit raisonnable doit savoir la religion qu’il professe. La religion chrétienne nous apprend la fin à laquelle nous sommes destinés, et les moyens qui y conduisent, elle est à la portée de tous les esprits.
Il est d’autres liens moins faciles à rompre que les premiers : ce sont les attachements d’un jeune homme, tout occupé de ce qui peut charmer les sens, ou de ce qui plaît à l’esprit, dans la dissipation où il se trouve à cet âge. Comment s’entretenir de la religion durant ces engagements, qui font rejeter jusqu’aux apparences de la piété ? Et où ne conduit point un esprit dissipé, quand on s’y abandonne ?
On est surpris de voir de jeunes personnes donner subitement dans une espèce de délire où l’on ne comprend rien ; leurs paroles deviennent libres, leurs desseins vagues et stériles, leurs occupations ridicules : on dirait qu’ils ont oublié ce qu’ils sont, pour jouer dans le monde un rôle qui ne leur convient point et qui les déshonore. Tout ce qui n’est pas de leur société, leur semble méprisable et se trouve exposé à leur critique et à leurs froides railleries : la fierté, l’indépendance, et souvent le crime, succèdent à leur bizarre changement. Peut-on douter que ce ne soient là autant d’obstacles qui les empêchent de penser à la religion, de s’instruire de ses maximes, et d’en parler ? Ne doit-on pas leur faire ici ce reproche, dans les termes d’un homme savant ?
Un silence continuel, dit Ennodius, est la marque d’une ignorance grossière et coupable :rougissez-en, et rompez les chaînes qui vous lient la langue. Quel sujet de confusion pour de jeunes Chrétiens, d’ignorer ce qu’ils sont absolument obligés de savoir, et de savoir ce qu’ils devraient toujours ignorer ! Quelle honte que de jeunes hérétiques soient plus savants dans l’erreur, que les Catholiques ne le sont dans les vérités de la Foi ! et quel temps ceux-ci ont-ils donc destiné à s’instruire, s’ils laissent passer l’âge où le Seigneur a ordonné de former son esprit et son cœur à le connaître et à l’aimer ?
Après ce que je viens de dire, il est facile de voir que la jeunesse passe ordinairement à des extrémités blâmables, en ce qui touche la religion ; car ou elle en parle mal, ou elle en parle trop, ou elle n’en parle pas assez.
Remarquons ces trois sortes de fautes : parler mal de la religion, en parler trop, et n’en pas parler assez. Comme elles sont communes, en quelque chose, aux jeunes personnes, et à ceux qui sont avancés en âge, aux grands et au peuple, aux savants et aux ignorants, la réflexion que je fais ici sera nécessaire, quand je les considérerai chacun à son tour, après avoir fini le chapitre de la jeunesse, en lui appliquant les règles qui lui sont propres.
1°. Les jeunes personnes qui, par inclination au dérèglement, se sont fait une habitude criminelle de parler mal de la religion doivent premièrement s’appliquer par respect à se taire absolument sur cette matière. Ce serait trop leur demander d’abord que d’exiger qu’ils en parlent bien ; c’est un langage auquel ils ne sont point accoutumés. Le silence est un parti plus aisé, et il leur convient, suivant le premier principe : on doit se taire, si l’on n’a rien à dire qui vaille mieux que le silence.
Cependant qu’ils consultent leur cœur, et qu’ils s’occupent à le réformer, la langue n’en est que l’interprète. Qu’ils tâchent de bien comprendre, pendant le silence qu’on leur prescrit, le sens de ces paroles de Salomon : Un cœur réglé gouverne la langue avec beaucoup de sagesse, et l’instruit à bien parler. [Proverbe 19.] On leur permettra ensuite de s’expliquer sur la religion, et d’édifier, par leur changement, ceux qu’ils auront scandalisés par leurs discours impies.
2°. Il y a un temps pour se taire, comme il y a un temps pour parler. C’est à ce principe que je renvoie les jeunes personnes qui pèchent, par le défaut de trop parler
