L'Audace de servir - Guillaume Malkani - E-Book

L'Audace de servir E-Book

Guillaume Malkani

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Beschreibung

Juristes, enseignants, ingénieurs ou jeunes diplômés, ils sont nombreux à s'engager comme officiers au terme de leurs études. Ils sont réservistes portant l'uniforme durant leurs congés, officiers sous contrat délaissant une vie confortable pourtant bien établie et un emploi parfois mieux rémunéré, ou encore polytechniciens choisissant de vivre une expérience intense dans le cadre de leur scolarité. Ils deviennent ainsi cadres de l'armée de Terre, prenant des décisions et donnant des ordres à leurs hommes, à l'entraînement comme en opérations. Ce sont les officiers formés à l'École Militaire des Aspirants de Coëtquidan - dite l'EMAC -, auparavant Bataillon EOR puis Quatrième Bataillon de l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr (ESM4), dont la formation de décideur et de chef militaire se déroule au coeur de la lande bretonne. Depuis la fin du XIXe siècle et les prémices de la Grande Guerre, ils servent la Nation sans forcément être militaire de carrière. Du Chemin des Dames jusqu'à la campagne de France, puis des rizières indochinoises jusqu'au djebel algérien, ces officiers sont aujourd'hui les vétérans des Balkans et de l'Afghanistan, toujours déployés au Proche-Orient et dans la bande sahélo-saharienne. En parallèle de l'École qui les forme aujourd'hui, ils sont dépositaires d'un riche et glorieux passé, et s'inscrivent dans les pas d'illustres citoyens devenus officiers - par la force des choses et par volonté -, d'Apollinaire à Péguy et de Lartéguy à Genevoix. Ce sont les retours d'expériences de cette population que nous vous proposons de découvrir dans cet ouvrage, laissant ainsi libre cours à la parole d'une cinquantaine d'entre eux. Ces témoignages exposent la singulière hétérogénéité de ces officiers néanmoins tous rassemblés autour d'une devise fédératrice : l'audace de servir.

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Seitenzahl: 480

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Du même auteur

Par l’ardeur et le fer : paroles de soldats-maintenanciers ; Guillaume Malkani et Antoine-Louis de Prémonville (co-directeurs) – Panazol : Lavauzelle, 2014 (Coll. Histoire, mémoire & patrimoine)

L’idéal de Jean Lartéguy ; Guillaume Malkani – Via Romana, 2016

L’Audace de servir, des officiers appelés de la Grande Guerre aux officiers sous contrat d’aujourd’hui (première édition) Guillaume Malkani – BoD, 2021.

Préface du général de division Hervé de Courrèges commandant l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan

PRIX LITTÉRAIRE « RAYMOND POINCARÉ » 2021

de l’UNOR (Union Nationale des Officiers de Réserve)

RÉÉDITION AUGMENTÉE 2023

À tous les officiers français qui ont eu

« l’audace de servir »,

Aux officiers appelés tombés au champ d’honneur,

Aux EOR, ORSA et OSC morts au combat, retournés à la vie civile

ou toujours en activité,

Et à Ségolène, qui a eu l’audace d’en épouser un.

Sommaire

Préface

Introduction

Partie I : paroles de cadres

Les commandants du Bataillon

Du Bataillon EOR à l'ESM4, le témoignage du colonel Éric Desgrées du Loû, COMBAT de 1991 à 1993

De la dernière promotion d'EOR 'appelés' à la mise en place des formations d'OSC, le témoignage du lieutenant-colonel Régis Martin, COMBAT de 2000 à 2003

Un microcosme atypique à la fois stimulant et exigeant, le témoignage du lieutenant-colonel Frédéric Duprez, COMBAT de 2016 à 2019

Former d’audacieuses générations d’officiers au cœur d’une nouvelle école, le témoignage du lieutenant-colonel Louis-Marie Levacher, COMEMAC de 2021 à 2023

Les formateurs

D'élève officier à formateur à l’ESM4, le témoignage du chef d'escadron Samuel Masseteau ; élève en 2005 puis cadre de 2010 à 2014

De l'encadrement des OSC aux polytechniciens en passant par les officiers de réserve, le témoignage du capitaine Alexis Guilmart, lui-même ancien élève de l'ESM4 en 2006 et 2009, puis cadre de 2015 à 2018

Une mission de formation et d'instruction passionnante, le témoignage du capitaine Mathieu Souleau, cadre à l’ESM4 de 2016 à 2019

Directeur d'un golfe et officier de réserve, le témoignage du capitaine Philippe Giboz, ancien cadre de l'ESM4 au profit des EO réservistes, formé à l’ESM4 en 2000

D’OSA de l’ESM de Saint-Cyr à OSA de l’EMAC, le témoignage du chef d’escadrons Stéphane B., affecté àl’EMAC depuis l’été 2022

Partie II : paroles d'élèves officiers

Les EOR 'appelés' et ORSA

Reporter et officier de réserve, le témoignage de Éric de Grandmaison aujourd’hui lieutenant-colonel dans les troupes de Marine, formé au Bataillon EOR en 1988

De la lande bretonne de Coëtquidan à celle de Yves Rocher, le témoignage d’Alexandre Rubin, PDG d’Yves Rocher France, ancien EOR d’une des premières promotions de l’ESM4, formé en 1991

De volontaire féminin EOR ‘toutes armes’ à ORSA puis officier direct intégré, le témoignage du lieutenant-colonel Violaine, formée à l’ESM4 en 1997

De la Bretagne aux États-Unis, et de l’ESM4 à IBM puis DocuSign, le témoignage de Jérôme Selva, formé à l’ESM4 en 1998

D'EOR à officier supérieur breveté et chef de corps, le témoignage du colonel Pierre Fontaine, formé à l’ESM4 en 1998

De l’ESM4 à l’EMIA, le témoignage du lieutenant-colonel (TA) Jean-Pierre Royet, ancien EOR aujourd’hui chef de corps dans la Légion étrangère

Agrégé de géographie puis officier d’active, le témoignage du lieutenant-colonel de réserve Paul-David Régnier, EOR d’origine aujourd'hui chef du cabinet de la maire de Paris, formé à l’ESM4 entre 1999 et 2000

Ingénieur en métrologie et officier supérieur de réserve, le témoignage du lieutenant-colonel Nicolas de Lemos, formé à l’ESM4 en 2000

Lorsque la volonté de servir supplante l'incertitude contractuelle, le témoignage du lieutenant-colonel Pierre Denis Beaucour, ORSA d'origine formé en école d’Arme en 1994

EOR, ORSA puis OSC : de l’intégration au commandement d’un détachement régimentaire, le parcours du lieutenant-colonel Adam Louzao formé en école d’Arme en 199

Les EOR 'post-conscription'et PGE

Deux carrières parallèles au sein du ministère des Armées, ingénieur civil de la Défense et lieutenant-colonel de réserve au 24

e

RI, le témoignage de Mathieu Kerloc’h, formé à l’ESM4 en 2004

Journaliste et officier de réserve régulièrement projeté en OPEX, le témoignage du chef de bataillon Christophe Sou-lard, formé à l’ESM4 en 2006

De Tahiti à Coëtquidan via le PGE, le témoignage du capitaine Édouard Gibert, autœntrepreneur et enseignant, CDU de réserve, formé à l’ESM4 en 2011

Chef de service dans la police municipale lyonnaise et officier de réserve opérationnel, le témoignage de Johan Leduc, ancien commandant d’unité du 1

e

régiment de Spahis, formé à l’ESM4 en 2011

À la fois enseignant en lettres classiques et officier réserviste, le témoignage du capitaine Yannick Giordan, formé à l’ESM4 entre 2012 et 2013, issu du rang

De directeur des affaires juridiques et OR en état-major à officier commissionné, le témoignage de l’IPMI Ugo Chauvin, formé comme OR à l’ESM4 en 2014

Attachée d’administration à l’Intérieur et officier-réserviste à l’état-major des Armées, le témoignage du sous-lieutenant Katia A, formée à l’ESM4 en 2016

Du commerce et des relations internationales au Partenariat Grandes Écoles, le témoignage de Romain le Berre, directeur commercial chez Nexter, formé à l’ESM4 via le PGE en entre 2014

Les OSC-E

Des relations économiques internationales à l'Infanterie de Marine, le témoignage du commandant Nicolas Barthe, officier sous contrat encadrement désormais officier d'active, formé à l’ESM4 en 2004

D'ingénieur en génie mécanique à officier en opération extérieure, le témoignage du commandant Katia Onda, officier sous contrat encadrement dans l'Arme du Matériel, désormais intégrée, formé à l’ESM4 en 2007

Des patrouilles de Gendarmerie aux bancs de l'école de commerce, et de l'exploitation viticole familiale à une carrière longue d'officier, le témoignage du capitaine Yoan Simoes, OSC-E intégré de l'ABC, formé à l’ESM4 en 2008

De l'industrie aéronautique à l'armée de Terre, le témoignage du capitaine Benoît Vicente, officier parachutiste sous contrat encadrement dans l'Arme du Matériel, formé à l’ESM4 entre 2011 et 2012

De l’AMSCC à l’École Nationale Supérieure de Police de Saint-Cyr au mont d’Or, en passant par l’IRA, le témoignage de Matthieu Fusil, formé à l’ESM4 entre 2011 et 2012………

Universitaire et officier sous contrat encadrement dans l'Arme du Matériel, le témoignage du capitaine Antoine de Prémonville, formé à l’ESM4 entre 2012 et 2013

De la mécanique automobile à la logistique opérationnelle, et de sapeur-pompier volontaire à officier dans l'armée de Terre, le témoignage du capitaine Yann Masseran servant sous contrat dans l'Arme du Train, formé à l’ESM4 entre 2012 et 2013

Des cours de l'institut d'études politiques aux opérations militaires, le témoignage du capitaine Mathieu Lepaon, OSC-E dans l'Arme des Transmissions, formé à l’ESM4 entre 2012 et 2013

De doctorante en droit européen à chef de peloton dans l’Arme Blindée Cavalerie, le témoignage du lieutenant Joanna R., major de la première promotion de l’EMAC, formée entre 2020 et 2021

De Belo Horizonte à Coëtquidan, et du marché des minéraux brésiliens à la formation tactique d’officier, le témoignage du lieutenant Jaouad Bounifi, formé à l’EMAC entre 2020 et 2021

D’un Master en stratégies culturelles internationales à l’EMAC, le témoignage du sous-lieutenant Hippolyte S., ‘vieux’ de la promotion 2021-2022

Les OSC-S et les OSC-P

Une carrière sous contrat : du rayonnement aux cellules de crises, le témoignage du lieutenant-colonel Nathalie Cris-pin, formée à l’ESM4 en 1997

Un officier du corps technique et administratif sous contrat formé à l'ESM4 en 2005, le témoignage du capitaine Renaud Arnoux

Une acculturation et un enrichissement permanents : de la formation initiale aux affectations et missions successives, le témoignage du capitaine Marie S, formée à l’ESM4 en 2006

De journaliste sur Radio Classique à OSC-S ’communication’, le parcours d’Émilie Guillaumin, aujourd’hui autrice reconnue ayant publié trois ouvrages, formée à l’ESM4 en 2012

De la programmation neurolinguistique à la communication militaire, le témoignage du capitaine Perrine P, formée à l’ESM4 en 2013

Pilote d'hélicoptère de combat : un rêve d’enfance devenu réalité, le témoignage du capitaine Malaury Viardot, formé à l’ESM4 en 2012

De la terre coëtquidanaise au ciel malien, le témoignage du lieutenant C. M., pilote d'hélicoptère de combat, formé à l’ESM4 en 2013

Les EOGN et les X

Une élève officier de Gendarmerie au Quatrième Bataillon : de la tactique aux traditions, le témoignage du capitaine Léa Chambonnière, formée à l’ESM4 en 2012

De Melun à la lande bretonne, le témoignage de la capitaine de Gendarmerie Ludivine Relano, ancienne EO en stage ‘CDS’ à Coëtquidan, formée à l’ESM4 en 2012

Un stage mythique et enrichissant alliant audace, réflexion et traditions, le témoignage de la polytechnicienne Louise Anfray, formée à l’ESM4 en 2016

Une aventure rustique axée sur la cohésion et la volonté de s'engager pour les autres, le témoignage du polytechnicien Vincent Berlizot, formé à l’ESM4 en 2016

L'école des valeurs, le témoignage du polytechnicien Gaspard D., formé à l’ESM4 en 2016

Une expérience humaine et professionnelle prolifique sur le court comme le long terme, le témoignage du polytechnicien Florian Abeillon, formé à l’ESM4 en 2017

Partie III : paroles de chefs

Les commandants de division d’application et chefs de corps

Les OSC : une faculté d'adaptation particulièrement développée, le témoignage du colonel Patrice de Camaret (Artillerie)

Les OSC : des prismes de lecture différents et complémentaires, le témoignage du colonel Jean-Jacques Fatinet (Arme Blindée Cavalerie)

Les OSC : une hétérogénéité de profils et une ouverture d’esprit accrues, le témoignage du colonel Hervé Tromeur (Matériel)

L’Épaulette,

association des officiers de recrutement semi-direct et contractuels

Le général Richard André, président

Le général Marc Delaunay, délégué général

D'Apollinaire à Lartéguy, quelques illustres parrains de promotion

'Pour l'audace de servir', chant de traditions de l'EMAC

Préface de l’édition initiale

(

GCA COLLET, COM AMSCC 2019-2021)

Remerciements

PRÉFACE

Par le général de division Hervé de Courrèges commandant l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan

L’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan constitue la maison mère des officiers de l’armée de Terre. Son objectif est de former des chefs prêts à faire face aux chocs les plus durs, dans un monde imprévisible et en pleine mutation.

Cette Académie militaire est riche de trois écoles, aux recrutements et aux vocations différenciés : l’École spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr, forme en trois ans les officiers des armes de recrutement « direct », l’École militaire interarmes (EMIA) forme en deux ans les officiers des armes de recrutement « semi-direct » et l’École militaire des aspirants de Coëtquidan (EMAC) forme les officiers sous contrat (OSC) des filières « encadrement », « spécialistes » ou « pilotes », ainsi que les officiers réservistes, les partenariats grandes écoles et les volontaires aspirants de l’armée de Terre. Elle contribue aussi à la formation de populations spécifiques extérieures à l’armée de Terre (élèves de l’École polytechnique, officiers logisticiens des essences, ingénieurs militaires d’infrastructure, ingénieurs des études et techniques de l’armement, etc.)

L’EMAC est la petite dernière des écoles du triptyque de formation puisqu’elle a reçu son drapeau le 6 juillet 2021 des mains de la ministre des Armées. Bâtie sur les fondements solides du quatrième bataillon de l’École spéciale militaire, cette école accueille en formation plus de 900 élèves par an.

Cette année, l’EMAC fête son troisième anniversaire et ce n’est pas trop s’avancer que d’affirmer, dès à présent, que sa création est un brillant succès. Un succès au regard du nombre d’élèves formés en constante augmentation, un succès au regard de la diversité des populations instruites, un succès au regard des résultats et des performances des élèves qui n’ont pas à souffrir la comparaison avec les deux autres écoles de l’Académie militaire.

Bon sang ne saurait mentir, ce succès est à mettre au crédit du bel arbre généalogique de l’EMAC parfaitement traduit dans cet ouvrage et de la qualité d’un brillant encadrement qui s’exprime aussi en ces pages.

Merci au capitaine Malkani de nous offrir cet album de famille au sein duquel le lecteur va rencontrer une foisonnante diversité de parcours qui convergent cependant vers un objectif unique : servir la France sous l’uniforme et lui consacrer ses talents.

Que cette jeunesse est belle dans son engagement !

Partez donc vite découvrir ces témoignages qui donnent foi en l’avenir et qui soulignent que l’école de « l’Audace de servir » forme avant tout des officiers qui servent avec audace.

Longue vie à l’EMAC, à ceux qui la font, à ceux qui la servent, à ceux qui en témoignent.

« La patrie est cette quantité de terre où l’on peut parler une langue, où peuvent régner des mœurs, un esprit, une âme, un culte. C’est une portion de terre où l’âme peut respirer. »

Lieutenant Charles Péguy, poète, écrivain et officier tombé en 1914.

« Une chose est certaine, c’est que dans un succès, il y a quarante pour cent de préparation, vingt pour cent de chance et quarante pour cent d’audace ».

Chef de Bataillon Joseph Perceval, officier de la France libre tombé en Indochine.

INTRODUCTION

Certains décident de s’engager comme officier sous contrat après avoir achevé une scolarité en école de commerce. D’autres après avoir soutenu leur doctorat en Droit. Dans le premier cas, le projet initial était de reprendre l’exploitation viticole familiale, dans le second, celui d’enseigner à l’université. Et puis voici une polytechnicienne qui a décidé de passer plusieurs mois au sein de l’armée de Terre dans le cadre de son stage de formation humaine et militaire. Ou encore un commandant d’unité de réserve qui, lorsqu’il n’est pas sur le terrain à la tête de sa compagnie, enseigne les lettres classiques dans un collège public. Quatre exemples, quatre cas concrets : tous furent élèves officiers à l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan (EMAC) ou, quelques années auparavant, au Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr (ESM4). Ils ne représentent qu’une infime partie de la diversité de cette population d’officiers aux origines diverses et aux cursus distincts. De l’officier sous contrat quittant parfois un emploi mieux rémunéré et un confort de vie bien établi à l’élève polytechnicien souhaitant vivre une expérience particulièrement intense, en passant par l’officier-réserviste prenant sur ses congés et son temps libre, ils font tous directement écho à la devise de leur formation : l’audace de servir.

Au moment où le Président de la République, chef des Armées, a décidé de remettre en place un service national obligatoire avec l’expérimentation du SNU1, une nouvelle période d’engagement semble se matérialiser dans le paysage national. SNU, accroissement des offres de recrutements au sein du ministère des Armées, sensibilisation de la population suite aux attentats ayant frappé la France ; autant de manifestations d’une volonté de la société – et de ses cadres – de servir la Nation. Une très grande partie d’entre eux sert néanmoins sous les drapeaux depuis de nombreuses années parallèlement aux officiers de carrière, des officiers appelés de la Grande Guerre d’hier jusqu’aux réservistes et officiers sous contrat d’aujourd’hui. C’est à cette population au recrutement hétérogène, marquée au sceau de l’audace et désormais instruite à l’EMAC que nous allons nous intéresser dans cet ouvrage.

Un peu d’histoire

Du plateau d’Austerlitz à la lande bretonne : les origines de l’ESM

Au début du XIXe siècle, le Premier Consul Napoléon Bonaparte crée l’École Spéciale Militaire (ESM) de Saint-Cyr. La loi du 11 floréal an X – c'est-à-dire du 1er mai 1802 – définie 'la Spéciale' en ces termes : Il sera établi dans une des places fortes de la République une école spéciale militaire destinée à enseigner à une portion des élèves sortis des lycées, les éléments de l’art de la guerre. Elle sera composée de cinq cents élèves formant un bataillon et qui seront accoutumés au service et à la discipline militaire.2

Initialement destinée à former des officiers de l’Infanterie et de la Cavalerie, l’école est d’abord implantée au château de Fontainebleau. Les premiers élèves débutent leur formation un an plus tard, en mai 1803. Recrutés entre seize et dix-huit ans à l’issue d’un examen sélectif, ils suivent à l’époque une formation de deux années. Celle-ci est néanmoins souvent raccourcie en raison des besoins croissants de la Grande Armée dont les pertes importantes caractérisent les guerres napoléoniennes, dévoreuses de cadres. Les élèves suivent un programme dense composé d’instructions militaires et physiques à côté d’un enseignement général, et ont pour encadrement de proximité un capitaine et un adjudant. Après avoir formé vingt-sept promotions à Fontainebleau, l’école doit s’agrandir. Elle est alors transférée en 1808 à Saint-Cyr3. Alors que l’objectif premier était de former cinq cents sous-lieutenants chaque année, l’état de guerre quasi permanent et la faiblesse numérique du recrutement de l’école expliquent que les effectifs soient en réalité bien moindres.

Les premiers officiers formés par cette école tomberont au combat lors de la bataille des trois empereurs à Austerlitz, le lundi 2 décembre 1805. Depuis, la victoire de Napoléon 1er et de ses grognards contre la coalition austrorusse est célébrée chaque année le 2 décembre à l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Cette commémoration annuelle proposant une reconstitution du plateau de Pratzen est baptisée '2S' par les élèves officiers qui ont identifié chacun des dix mois de leur année de scolarité, à partir d’octobre, par une lettre du nom 'Austerlitz'. Le mois de décembre devient ainsi le 'S'.

Durant près de soixante-dix ans, l’officier français est soit saint-cyrien, soit polytechnicien, cette seconde catégorie ayant été recrutée par les Armes savantes (Artillerie, Génie). Puis, créés par la loi du 13 mars 1875, commencent à apparaître les officiers de réserve. Cette loi va ainsi fixer la composition des cadres et des effectifs de l’ensemble de l’armée – qui ne feront qu’augmenter jusqu’en 1914 – tout en définissant les contours d’un corps d’officiers de réserve. C’est donc à partir de l’année 1875 qu’un autre type d’officier que le saint-cyrien ou le polytechnicien se manifeste dans le paysage militaire, au sein de la société civile comme sur le champ de bataille.

De la défaite de la guerre franco-prussienne à l’apparition des officiers de réserve

Le 19 juillet 1870, c’est dans la confusion la plus complète et face à une armée prussienne particulièrement aguerrie que les Français débutent le conflit. La défaite de Napoléon III est totale. Cependant, le désastre de la guerre franco-prussienne décide la IIIe République à réformer l’organisation militaire française. Cette priorité nationale s’inspire ainsi largement de l’exemple prussien et des leçons tirées de cet affrontement. L’armistice du 29 janvier 1871 est signé et de nombreuses restructurations sont rapidement entreprises au sein de l’institution militaire. Le système de formation et d’emploi des officiers français est ainsi de nouveau repensé dès la fin du XIXe siècle. Un an après la défaite de 1870-1871 est donc votée la première d’une longue série de lois permettant la naissance d’une force militaire logiquement organisée et fonctionnant sur un principe d’égalité. Le travail porte simultanément sur trois points : la reconstitution des effectifs, la réorganisation du haut commandement, la préparation à la guerre et la modernisation des forces.

C’est essentiellement l’amertume de la défaite et les menaces extérieures qui expliquent l’ampleur de la réforme. Débutant en 1872, celle-ci durera près de quatre décennies. Les effectifs fournis ayant été bien insuffisants, la défaite de 1870 contraint le gouvernement à intégrer ce qui reste de l’armée d’active dans la garde nationale. L’adoption du service militaire obligatoire et universel s’apparente alors à une nécessité absolue, premier véritable travail d’envergure réalisé dans le cadre de la reconstruction de l’outil militaire. La loi du 27 juillet 1872 portant sur le recrutement de l’armée institue le service militaire universel avec mise en œuvre du tirage au sort pour une durée de cinq ans4. C’est également à cette période qu’est créé le corps des officiers de réserve suite à la loi du 13 mars 1875 promulguée le 28 mars de la même année. Il s’agit de la troisième loi fondatrice de l’Armée nouvelle. Ce statut sera ensuite défini dans le décret du 31 août 1878. De ces trois dates naît historiquement l’officier de réserve (ou de complément), imposant ainsi une rupture dans la continuité du corps des officiers établi jusque cette période.

Ce sont notamment les cadres, d’active comme de réserve, d’état-major comme de corps de troupe, qui seront tout particulièrement pris en compte ; car c’est bien la formation du corps des officiers constituant le haut commandement et les états-majors de 1870 qui n’a pas permis de préparer ces cadres aux responsabilités et engagements rencontrés durant le conflit. La refonte de la formation des officiers français s’apparente ainsi à l’une des grandes leçons tirées de la défaite contre les Prussiens, l’objectif étant d’établir la parfaite synthèse entre formation académique et expérience pratique sur le terrain. Comme l’explique le lieutenant-colonel Olivier Entraygues5, « à partir du tournant du siècle, face aux volumes de soldats mobilisables et à la constitution d’un nombre important d’états-majors, les flux d’officiers brevetés ne suffisent désormais plus pour structurer l’ensemble des états-majors mis sur pied en temps de guerre. » Le commandant de réserve Mariotti dépose alors un rapport en 1882 sur le rôle des officiers de complément du service d’état-major. Puis en 1899 sont créées 'la Réunion', appellation historique désignant aujourd’hui les diplômés ORSEM6, et l’école d’instruction des officiers de complément du service d’état-major. Enfin, le 2 décembre 1911, par le biais d’une instruction ministérielle, cette population d’officiers de complément – issue d’un recrutement hétérogène – est rattachée à l’école supérieure de guerre.

Des officiers appelés aux OSC : historique de la formation entre la Première Guerre mondiale et la fin de la conscription

Durant la Grande Guerre, l’armée française compte dans ses rangs près de 195 000 officiers encadrant plus de 8 millions d’hommes. À l’issue du conflit, les pertes en officiers sont estimées à plus de 36 500 tués, disparus ou morts des suites de leurs blessures ou de maladies contractées pendant les opérations. De ces officiers morts pour la France entre 1914 et 1918, les saint-cyriens représentent 13 %, l’ensemble de la société et des cadres de la Nation ayant été mobilisés. À titre d’exemple, un normalien sur deux des promotions en cours de scolarité (1910-1913) à l’école normale supérieure de la rue d’Ulm n’est jamais rentré chez lui. Au cours du conflit, les pertes étant de plus en plus élevées et l’armée manquant alors de chefs, ce sont les officiers de réserve qui vont héroïquement prendre le relais pour encadrer la troupe. Officiers appelés, ils vont ainsi s’acquitter des devoirs et responsabilités des cadres-citoyens qu’ils sont, quittant leur confort de vie pour la boue des tranchées et le chant de la mitraille. Aux côtés de leurs camarades officiers de carrière, ils s’illustrent durant les nombreuses et féroces batailles qui rythment cette Première Guerre mondiale, et tombent en masse dans la Marne ou sur le Chemin des Dames.

En 1919, ce sont les écoles des élèves officiers d’active de Saint-Maixent et de Saint-Cyr qui assurent l’instruction des officiers de réserve. Le comportement des officiers appelés pendant la Grande Guerre et leur indéniable courage permettent au bataillon des élèves officiers de réserve (EOR) présent à Saint-Cyr d’être rattaché à l’École Spéciale Militaire. En reconnaissance et récompense du sacrifice consenti et du sang versé pour la France, les cadres portent depuis le grand uniforme.

En 1931, le Bataillon EOR prend l’appellation de Troisième Bataillon de l’ESM de Saint-Cyr. L’année suivante, un EOR est présent dans la garde au drapeau, symbolisant ainsi cette intégration à la vie de l’école. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, trente-cinq promotions d’EOR sortent des deux écoles, soit mille quatre cents officiers de réserve dont beaucoup donnent leur vie pour défendre la Patrie. Le 4 décembre 1942 est ensuite créée à Cherchell, en Algérie, une école d’élèves aspirants (EEA). Cette EAA devient l’École Militaire Interarmes le 13 décembre 1944. Le 5 juin 1945, l’EMIA rejoint le camp de Coëtquidan mais les élèves officiers de réserve restent à l’école de Cherchell. Celle-ci continue d’assurer la formation des EOR. Quatre cents officiers de réserve issus de ces écoles prennent ainsi une part active aux guerres de décolonisation, des rizières indochinoises aux djebels algériens. Puis le 10 mai 1958, l’école prend le nom d’École Militaire d’Infanterie (EMI) et reçoit son nouveau drapeau le 14 juillet de la même année. Elle se consacre alors uniquement à la formation des EOR.

En 1962, l’indépendance algérienne marque la fin de la formation des EOR au sein de l’école de Cherchell. Ce sont désormais les différentes écoles d’Arme qui assurent la formation de leurs EOR. L’EMI s’est installée à Montpellier et distingue les besoins de l’Infanterie mécanisée et motorisée. La première catégorie reste à Montpellier tandis que la seconde rejoint Coëtquidan. Cette dernière deviendra ainsi le Bataillon EOR d’Infanterie adoptant la devise : l’audace de servir. À partir de 1982, la scolarité de l’ESM est portée à trois ans et le Bataillon EOR d’Infanterie s’apparente alors à un bataillon à part entière : le quatrième, dénommé Bataillon EOR. C’est aussi à cette date qu’est institué un nouveau mode de formation initiale : les EOA du Troisième Bataillon de l’ESM et les EOR incorporés en septembre effectuent ensemble leurs premiers mois de scolarité.

En 1991, le Bataillon EOR devient officiellement le Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Suite à la fin de la conscription et face à la professionnalisation des armées, les premières promotions d’OSC (officier sous contrat) sont envisagées puis mises en place entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Prenant toujours en compte les officiers de réserve et encadrant d’autres stages, l’ESM4 forme les officiers sous contrat de l’armée de Terre, dignes successeurs des EOR et ORSA (officier de réserve en situation d’activité) jusqu’en 2021, année de création de l’École Militaire des Aspirants de Coëquidan (EMAC).

Qu’est-ce que l’EMAC, aujourd’hui ?

Organisation et fonctionnement

Lorsque nous évoquons aujourd’hui l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan, ex-Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, nous faisons référence à un ensemble de formations destinées à des officiers qui ne sont initialement pas engagés pour faire carrière. L’EMAC se distingue ainsi du cursus classique de Saint-Cyr se déroulant quant à lui sur trois années, du Troisième Bataillon (ESM3) au Premier Bataillon (ESM1). L’EMAC se différencie aussi de l’École Militaire Interarmes (EMIA) – dont les origines sont également étroitement liées à l’école de Cherchell – proposant une formation répartie sur deux années. Celle-ci permet ainsi aux jeunes sous-officiers et militaires du rang de devenir officiers par la voie semi-directe après un premier passage en corps de troupe.

Il nous faut également citer les officiers des domaines de spécialité (ODS), anciennement officiers d’active des écoles d’Arme (OAEA), qui s’apparentent à des semi-directs tardifs, généralement adjudants lors de la réussite du concours et de l’accession à l’épaulette, ainsi que les officiers issus du rang qui ont gravi tous les échelons de leur catégorie (parfois depuis le grade de soldat de seconde classe). Ces officiers sont d’ailleurs rattachés à l’EMAC lors de leur bref passage à Coëtquidan, lorsqu’ils apprennent notamment à manier le sabre de cérémonie en vue de leur adoubement, symbole ancestral et traditionnel de l’accession au statut d’officier.

Implantés en Bretagne, dans le département du Morbihan et au sud de la forêt de Brocéliande, ces trois cursus de formation initiale des officiers de l’armée de Terre constituent ainsi l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, dites AMSCC.

L'EMAC, c'est aujourd'hui une école à part entière, avec son propre drapeau, son uniforme et ses traditions – en grande partie héritée de la Grande Guerre –, composée de trois compagnies, la 13e, la 14e et la 15e qui forment environ un millier de personnes par année. Cette école dispense une formation militaire et humaine à de nombreux types de stagiaires ou d'élèves officiers différents au travers de multiples stages s'étalant sur des durées pouvant varier de plusieurs semaines à une année. Extrêmement sollicités, les cadres de l’EMAC ne connaissent que peu de répit. Au cours de l’année, plusieurs sessions ont lieu en parallèle et les scolarités, parfois très courtes, se succèdent en continu, d’une formation d’officiers sous contrat de la filière spécialiste durant trois mois à l’encadrement d’officiers de réserve de plusieurs semaines durant les vacances scolaires – les élèves concernés étant généralement soumis aux impératifs calendaires de leurs employeurs – jusqu’à la supervision d’une préparation militaire supérieure de trois semaines dont les stagiaires arrivent directement du monde civil. Le brassage est extrêmement large et le rythme de formation de l’École particulièrement soutenu, comme en témoignent les chiffres annuels précédemment évoqués.

La population des officiers sous contrat (OSC)

Sont instruits à l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan les officiers sous contrat. Sans en faire une synecdoque réductrice des officiers de l’ESM4 hier et de l’EMAC aujourd’hui, nous allons tout d’abord nous intéresser à cette population dont on distingue trois filières : la filière encadrement (OSC-E), la filière spécialiste (OSC-S) et la filière pilote (OSC-P). En remontant jusqu’en 2015, chaque année, l’armée de Terre recrute environ 750 officiers dont 150 sortant de classes préparatoires et formés en trois années à l’ESM de Saint-Cyr selon le cursus 'traditionnel'7, 350 issus du recrutement interne et plus de 250 officiers sous contrat militairement formés à l’EMAC. Officiers des filières encadrement, spécialiste et pilote, ils représentent près d’un quart des effectifs d’officiers de l’armée de Terre. Depuis 2010, un peu plus de 2000 officiers sous contrat (1000 OSC-E, 800 OSC-S et 200 OSC-P) ont été recrutés contribuant pleinement à la réalisation des missions confiées en métropole comme en opérations extérieures. En 2019, à titre d’exemple, les volumes annuels à recruter étaient de 140 OSC-E, 90 OSC-S et 35 OSC-P.8

Les officiers sous contrat de la filière encadrement (OSC-E), disposant généralement d'un Master 2 ou d'une Licence, représentent la plus importante formation de l’École, en effectif (plus d’une centaine a minima) et en durée (douze mois). Ils arrivent parfois déjà avec une première expérience professionnelle et constituent aujourd’hui le cœur de l’EMAC. Rejoignant l'année suivante leur école d'Arme, ces élèves officiers complètent leur dense formation initiale bretonne par un monitorat commando d'un mois particulièrement exigeant et un passage en corps de troupe, généralement en doublure d'un chef de section. Ils sont destinés à commander des unités des forces, section puis compagnie, puis à servir en état-major opérationnel, rattachés au corps des officiers des Armes (COA).

Les officiers sous contrat de la filière spécialiste (OSC-S), disposant d'un diplôme BAC + 3, au minimum, dans leur domaine d'emploi (communication, droit, ressources humaines etc.), sont formés durant trois mois à Coëtquidan avant de rejoindre leur garnison d'affectation. Il s’agit d’officiers destinés à tenir des fonctions techniques et administratives dans des domaines de spécialités correspondant à leur formation d’origine, rattachés au corps technique et administratif de l’armée de Terre (CTA).

Les officiers sous contrat de la filière pilote (OSC-P) rejoindront l'école de formation des pilotes d'hélicoptères de l'ALAT, l'aviation légère de l'armée de Terre, une fois leurs six mois de formation à l'ESM4 achevés. Ils sont rattachés au COA. Un baccalauréat est suffisant pour tenter cette voie, mais une partie des candidats est généralement détentrice d’un BTS, d’un DUT ou d’une Licence à dominante scientifique.

Les autres populations de l’EMAC

L’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan forme également les officiers de réserve (OR). La formation de ces élèves officiers de réserve, instruits en plusieurs phases et suivant leur filière, état-major ou régiment, tient aujourd’hui une place centrale à l’EMAC. L’encadrement de cette population à double identité, à la fois civile et militaire, offre une résonance particulière et historique à l’ex-Bataillon EOR, et se trouve être directement concerné par les enjeux contemporains, la réserve ayant suscité un regain d’intérêt suite aux attentats de 2015 et au risque de conflits de haute intensité récemment évoqués. Ces hommes et femmes de tout âge réalisent ainsi des périodes d’instruction à l’EMAC pouvant varier entre quelques jours et quelques semaines. Et ce, afin d’acquérir puis de parfaire les rudiments et connaissances nécessaires pour servir tout en ayant une vie professionnelle bien établie dans le monde civil.

L’EMAC accueille également les polytechniciens (X) choisissant de vivre une expérience dans l’armée de Terre. Ils sont ainsi formés durant presque quatre mois à Coëtquidan avant de partir en unité opérationnelle puis de finalement rejoindre leur école et cursus d'origine. Une infime minorité d’entre eux choisira ensuite de s’engager comme officier dans l’armée de Terre, à l’issue de leur scolarité à Polytechnique.

Par ailleurs, bien que ce ne soit désormais plus le cas, les officiers de la Gendarmerie nationale furent longtemps formés à l'ESM4, désormais EMAC, durant la phase de tactique militaire inhérente à leur scolarité.

Enfin, de nombreux autres profils tels que les ingénieurs militaires, les étudiants en écoles de commerce ou d’ingénieur du programme PGE (Partenariat Grandes Écoles) choisissant de vivre une expérience de plusieurs mois au sein de l'armée de Terre sont initialement formés à l’EMAC. Ces partenariats offrent aux futurs diplômés une instruction militaire initiale d’officier leur permettant de s’affirmer plus encore et de décider dans l’incertitude. HEC, ESSEC, Sciences Po sont autant de grandes écoles françaises qui ont participé au développement de ce partenariat désormais bien établi dans le paysage de l’AMSCC. Un temps de formation est dispensé à Coëtquidan puis poursuivi dans les écoles d’Arme de la mêlée et de l’appui. Les stagiaires sont ensuite introduits auprès des chefs de section lors de stages en corps de troupe afin de parfaire leurs savoir-faire de chefs et d’encadrant sur le terrain comme au quartier.

C’est également le cas des stagiaires effectuant une PMS, préparation militaire supérieure. S’étalant à chaque fois sur une période de trois semaines, il s’agit d’une découverte de la vie en campagne et d’une première approche du commandement pour de jeunes hommes et femmes issus du monde civil, souvent encore étudiants et souhaitant s’engager dans l’armée d’active ou bien la réserve opérationnelle.

La genèse du projet

Un bataillon méconnu devenu une école à part entière

L’ESM4 s’apparentait au 'bataillon de l’ombre'. C’était le moins connu des bataillons de l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, bien qu’il partageait des origines communes avec les autres formations de l’ESM ou bien l’EMIA. C’est aujourd’hui une jeune école qui tend à sortir de l’ombre. L’EMAC a hérité de la devise, l’audace de servir, qui fait écho au choix que réalisèrent les officiers appelés, chef de section ou commandant d’unité au combat, tombant au champ d’honneur sans être de carrière. C’est donc l’école militaire d’hommes aux personnalités très éclectiques, à la fois officiers et combattants, mais aussi poètes, écrivains, essayistes ou journalistes. C’est celle de Guillaume Apollinaire, de Charles Péguy, d’Erwan Bergot, de Jean Lartéguy ou encore de Maurice Genevoix.

Les officiers appelés de la Grande Guerre, les officiers de réserve formés à Saint-Maixent et Cherchell puis au Bataillon EOR et en école d’Arme s’apparentent ainsi aux Grands Anciens des officiers désormais instruits à l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan. La formation de tous ces officiers, non saint-cyriens d’origine, s’est faite parfois hors du cadre bien établi d’une école clairement définie. Mais c’est l’essence même de cette population d’officiers parfois atypiques dont les origines sont multiples. Le Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr s’apparentait finalement à une sorte de palimpseste : chaque phase de formation, régulièrement effacée, a été remplacée par une nouvelle formule qui toutefois ne la cache pas entièrement. Ainsi, l’ancienne structure reste toujours perceptible par transparence et perdure à travers les traditions qui s’étoffent continuellement, disparaissant néanmoins par moment au cours des années avant de soudain réapparaître. Chaque version de la formation, au fil des décennies, est dérivée de la précédente, non par imitation mais par transformation. Cette transformation constante est conditionnée par les impératifs du moment, qu’il s’agisse du domaine des ressources humaines et du recrutement des cadres, ou bien des nécessités propres au domaine de la guerre et de l’opérationnel. Aujourd’hui, après de nombreuses évolutions, l’EMAC, digne héritière du Bataillon EOR et de l’ESM4, propose des formations ancrées dans la durée et des traditions bien vivantes, arborant son propre drapeau sur les Champs-Élysées le 14 juillet tandis que les élèves défilent dans leur tenue ‘bleu horizon’.

C’est pourquoi il nous a semblé important – si ce n’est vital – d’évoquer l’histoire des différentes formations de cette population d’officiers non saint-cyriens ayant abouti à l’entité désormais bien établie qu’est l’EMAC. Riches d’une histoire mouvementée, intimement liée à celle de la Nation et aux soubresauts des guerres qui l’ont mise à l’épreuve depuis le XIXe siècle, ces officiers sont les grands absents du paysage – pourtant riche et de plus en plus dense – de la littérature militaire. Particulièrement attachés à nos origines, et souhaitant vivement offrir une visibilité plus accrue à cette population, nous nous sommes lancés durant plus de deux années dans une étude à la fois littéraire, historique et sociologique. La présente publication en est une réédition augmentée de plus d’une vingtaine de témoignages, EOR, OR, OSC-E, S, P, et plusieurs profils de cadres et d’élèves de l’EMAC, les premières promotions ayant quitté l’AMSCC.

Une enquête sociologique et historique

À partir d’une adresse postale ou d’un numéro de téléphone obtenu au détour d’une cérémonie ou d’une mission, nous avons ainsi pu remonter le fil des années et identifier un panel d’officiers illustrant pleinement la richesse de cette école hors normes. Du commandant de bataillon ayant mis en place les premières promotions d’OSC aux anciens EOR aujourd’hui officiers supérieurs parfois brevetés en passant par les souvenirs ou retours d’expérience des polytechniciens, ce recueil de témoignages brosse le portrait de chaque filière de l’EMAC concernée par cette audacieuse volonté de servir.

Nous avons également eu l’occasion d’observer l’évolution de la formation des différents types d’OSC, et de leur ressenti vis-à-vis de la formation initiale puis de l’arrivée en régiment. Nous avons aussi pu nous entretenir avec des EOR appelés et des réservistes 'nouvelle mouture', sans oublier ceux qui, désormais civils, occupent des postes à responsabilités stimulants et dont la réussite fut conditionnée par cette première vie d’officier formé à l’ESM4 désormais EMAC. Ainsi, il s’agit finalement de laisser s’exprimer un ensemble de témoins, officiers de tout horizon et de tout recrutement, ayant un lien avec les formations en école d’Arme, le Bataillon EOR, l’ESM4 et l’EMAC, qu’ils en soient issus ou en aient formé et encadré des élèves. Voire les deux. Leurs discours ont été recueillis dans le cadre d’échanges multiples, directs, téléphoniques, épistolaires et électroniques. Retranscrits au fil de cet ouvrage, ils permettent ainsi de découvrir plus en détail le large spectre de cette population d’officiers.

Au fil des propos retranscrits et de cette enquête en partie sociologique, nous constatons qu’une ligne directrice aux contours historiques semble se dégager. Les profils offrent ainsi un éclairage sur une fresque temporelle large dans laquelle nous distinguons trois périodes distinctes : le service militaire, la professionnalisation des armées et la période post-attentats de 2015. Les profils des différents acteurs avec lesquels nous nous sommes entretenus, d’origines extrêmement diverses, concordent et apportent chacun des éléments d’éclairage sur ce type d’officier transitant désormais par l’EMAC. Car c’est bien le peu de retours d’expériences et la quasi-inexistence d’écrits sur le sujet qui sont à l’origine de cet ouvrage. Nous comptons aujourd’hui plusieurs essais et plusieurs études sur les populations du cursus traditionnel de Saint-Cyr ou de l’EMIA. Mais il n’existe pratiquement rien sur l’EMAC, son histoire, ses officiers et ses traditions. Tandis que le cursus des officiers sous contrat semble être revalorisé et qu’il est désormais permis à ces derniers de préparer le concours de l’école de guerre ou bien le diplôme technique, il paraît légitime que cette population tendant à sortir de l’ombre puisse être valorisée mais surtout 'expliquée'. Les propos recueillis dans cet ouvrage intéresseront ainsi, outre le public sensible à la res militaris, les futurs élèves ou stagiaires de l’EMAC qui s’interrogeraient sur ce statut d’officier assez particulier et cette école un peu moins connue de l’AMSCC, tout autant que les personnes qui côtoient ou ont côtoyé cette population dont les origines semblent parfois légèrement floues.

Présentation de l’ouvrage

Ces propos, recueillis à partir d’une base commune d’interrogations et de pistes de réflexion, permettent d’apprécier une convergence de points de vue assez nette. Malgré une large et apparente hétérogénéité de profils, de parcours et de provenances, nous observons une homogénéité latente constituant finalement l’esprit de corps des officiers de l’EMAC (EOR, OSC, OR etc.) ou affiliés à cette population (ORSA, officiers des écoles d’Arme etc.) Réunis sous l’égide d’une devise commune, l’audace de servir, ces hommes et ces femmes aux origines variées et aux cursus très différents semblent tendre vers une certaine forme d’unité. De la multiplicité des profils émerge ainsi un invariant : l’unité de l’EMAC.

Celle-ci se manifeste au travers des réponses et développements de l’ensemble des officiers rencontrés, qu’il s’agisse du rapport avec le temps et de la notion de contrat (durées des contrats et renouvellements successifs au profit des officiers d’active comme de réserve), des souvenirs conservés des formations initiales d’officier (des années 1990 jusqu’aujourd’hui), de la définition de l’audace de servir (définissant l’essence même de leur engagement), ou encore des liens entretenus avec la société civile (à laquelle les officiers de l’EMAC sont tout particulièrement affiliés). Au fil des témoignages, c’est un véritable état d’esprit commun à l’ensemble de l’EMAC qui semble se matérialiser. Une éthique à la fois personnelle et collective se dégage de la diversité et de la richesse de chacun, traduisant ainsi un esprit de corps propre aux officiers composant l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan et aux entités et formations qui lui sont liées. Et ce, qu’il s’agisse du Bataillon des Élèves Officiers de Réserve (EOR) d’avant-hier ou bien du Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr d’hier (ESM4).

Le recueil des entretiens rapportés dans cet ouvrage s’est déroulé sur plusieurs années. En cela, plusieurs auteurs des propos relayés ici ont désormais de nouvelles fonctions, de nouvelles responsabilités et ainsi, pour certains, terminé leur formation qui était alors en cours.

Certains de ces échanges ont eu lieu avant la création de l’École Militaire des Aspirants de Coëtquidan, alors encore Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr.

1 SNU : Service National Universel.

2 Site Internet de l’Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.

3 En 1940, l’ESM est transférée à Aix-en-Provence, en zone libre. En 1942, cinq promotions transitent par Cherchell puis en 1945 le général de Lattre de Tassigny décide d’implanter l’école en Bretagne, à Coëtquidan.

4 La loi du 21 mars 1905, dite 'loi Berteaux' imposera ensuite le service universel et égalitaire pour tous sans dispense ou tirage au sort.

5 ENTRAYGUES, Olivier, L’École de guerre. La formation des chefs dans l’armée de Terre, 1870-1914, Nancy, Le Polémarque, 2018, 505 pages.

6 ORSEM : Officiers de Réserve Spécialistes d’État-Major.

7 Sauf les OST, les Officiers Sur Titre, qui ne font qu’une année à Saint-Cyr, rejoignant directement l’ESM1.

8 Données présentées dans le numéro 205 de la revue L’Épaulette datant de juin 2019.

Partie I Paroles de cadres

Les commandants du Bataillon

Du Bataillon EOR à l'ESM4, le témoignage du colonel Éric Desgrées du Loû

Le colonel Éric Desgrées du Loû est saint-cyrien de la promotion 'Lieutenant-Colonel Driant' (1965-1967). Officier de l’Arme Blindée Cavalerie, il a servi au sein de la Légion étrangère où il a notamment commandé une unité de cavalerie légère. Avant de rejoindre les Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan9 en 1991, il servait au sein du Centre Renseignement Avancé de la 1ère Armée.

« Les composantes de ma motivation pour ce poste étaient multiples et précises », se remémore clairement le colonel Desgrées du Loû qui a commandé le Quatrième Bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr de 1991 à 1993.

Au fil de cette réflexion rétrospective, quatre éléments semblent particulièrement resurgir et s’imposer :

- « Les possibilités de rayonnement sur l’élite de notre jeunesse, volet peu commun par rapport aux autres formations de l’armée de Terre.

- Un commandement dans l’environnement prestigieux des Écoles de Coëtquidan, commandées par des officiers généraux et un commandant des formations d’élèves connus au cours d’affectations précédentes, et particulièrement appréciés.

- La qualité exceptionnelle de l’encadrement de contact, gratin des jeunes officiers, et des sous-officiers supérieurs de l’armée de Terre.

- La spécificité du Bataillon, sa mission 'marginale' dans les Écoles, et son positionnement géographique, excentré, qui lui évitaient d’être 'sous les feux de la rampe' laissant aux cadres en général, et au commandant de bataillon en particulier, un champ relativement libre et beaucoup d’initiatives. »

Le commandant du Quatrième Bataillon est d’ailleurs généralement plus ancien et plus âgé que les autres commandants de bataillon, explique le colonel : « Il n'est pas breveté et sa carrière est souvent derrière lui. Il représente la 'vieille garde' pour ses jeunes camarades. Mais cela ne m'a nullement empêché de lier de fortes relations de camaraderie, voire d’amitié, avec les autres commandants de bataillon.

Les commandants de compagnie étaient quant à eux tous engagés dans le cycle de préparation au concours de l’école de guerre. Le bon commandant de compagnie était ainsi celui que cette exigeante préparation ne freinait ni dans son commandement ni dans ses relations avec le PC du Bataillon, ses chefs de section ou ses élèves. Et il y en a eu ! »

Pour le colonel, le bon chef de section est un jeune officier ouvert et en phase avec la jeunesse dont le désir de transmettre son savoir-être par l’exemple est plus grand que l’envie d’imposer ses galons. Il en était de même pour les autres cadres de contact. Cela s’explique par la nature et la qualité des élèves officiers de l’ESM4, souvent du même âge que les chefs de section, avec des niveaux d’études élevés et déjà, pour certains, une vraie expérience professionnelle. « Bref, des élèves qui jaugeaient rapidement le coté superficiel du 'vorace10 mythique à la mâchoire crispée' mais assez malins pour savoir l’observer avec gentillesse et s’en arranger. »

Quelque peu éloigné du cœur de l’ESM classique et traditionnel de Saint-Cyr, le Bataillon EOR est longtemps resté une formation en marge du système noble. C’est à cette époque (1991-1993) que le commandement des Écoles de Coëtquidan a confirmé avec fermeté la dénomination de cette formation d’élèves qui, de 'Bataillon EOR', est devenue le 'Quatrième Bataillon de l'ESM de Saint-Cyr'. Ce fut une grande fierté pour ses élèves. Le colonel Desgrées du Loû précise que pour l'encadrement, ce fut aussi un puissant levier pour exiger plus encore l'excellence.

Ainsi, les traditions du Quatrième Bataillon de Saint-Cyr, au sens large et à l’image des 1er, 2e et 3e bataillons, étaient d’une importance capitale dans l’apprentissage des savoir-être et la cohésion des unités, assure l'ancien COMBAT11. Ce volet 'traditions' fut particulièrement riche et dense en raison de la faible durée du séjour en école. Il s’agissait en quatre mois (voire deux mois pour certains EOR) de passer par un certain nombre d’étapes et de rites pour, à terme, constituer un groupe cohérent d'élèves officiers appelé 'promotion', présentable en fin de cycle de formation à l’armée de Terre, à leurs familles, à leurs amis et naturellement à l'ensemble de Coëtquidan.

« Afin de permettre le déroulement normal de l’instruction, les EOR étaient guidés dans ce parcours 'traditions' par un officier supérieur, adjoint au commandant du Bataillon. Les différentes étapes (choix de la fine12, choix du parrain, élaboration de l’insigne et de la plaquette, composition du 'chant promo', préparation des cérémonies en relation avec le nom du parrain, préparation du baptême…) occupaient une grande partie des temps libres. Mais, parfaitement rôdées, celles-ci se déroulaient le plus naturellement du monde, explique le colonel. Aux traditions considérées comme 'classiques', car communes à l'ensemble des bataillons des écoles militaires, on peut ajouter deux activités spécifiques : 'la remise des crevettes' et la 'turne'. À cette époque, la 'remise des crevettes' était une sorte de binomage qui avait lieu en tout début de formation et qui était conduit par la promotion sortante. Celle-ci remettait aux 'jeunes', en dehors de la présence (visible) de l’encadrement, le signe distinctif des EOR : une paire de passants bleus pour pattes d’épaule comprenant un liseré blanc et rouge. L’autre coutume – diversement appréciée par l’encadrement, se rappelle d’ailleurs le colonel Desgrées du Loû – était 'la turne'. C’était une représentation conduite par les élèves officiers au cours de laquelle les travers des uns et des autres (cadres comme élèves) étaient imités de façon hilarante, généralement avec tact et finesse. Cet exercice faisait du bien à tout le monde, aux élèves bien sûr, mais aussi aux cadres qui avaient là une occasion de découvrir et de corriger leurs tics et leurs raideurs.

Le Quatrième Bataillon disposait d’une longue expérience en matière de traditions, un timing avait été établi et il était suivi par l’officier adjoint responsable de ce domaine, en liaison avec le commandant de compagnie. Le COMBAT supervisait la manœuvre et proposait au commandement les différentes options qu’il avait choisies. Les moments 'tradi' les plus forts étaient les cérémonies les plus intimes, organisées par le Bataillon en relation avec le nom de promotion choisi par les élèves : cérémonies sur les traces du parrain, de sa famille, dans l’unité au sein de laquelle il avait servi, etc. À l'époque, ce nom de promotion était toujours choisi au sein de la compagnie d’élèves, les suggestions venaient des élèves eux-mêmes (parfois c’était un officier membre de la famille d’un élève) et de l’encadrement, des chefs de section souvent, du commandant de compagnie parfois. Les élèves présentaient généralement trois dossiers au commandant du Bataillon qui décidait de ceux qu’il soumettrait au général commandant les Écoles. »

Durant ses années de COMBAT, le colonel Desgrées du Loû a toujours eu un regard admiratif sur l'ESM4 : « Je pense cependant pouvoir rester objectif en vous décrivant le fonctionnement qui était alors le sien, et les populations que l'on pouvait croiser dans ce coin quelque peu reculé des Écoles... L’ESM4 était ˗ et c’est probablement toujours le cas pour l’EMAC ˗ un formidable creuset pour une jeunesse belle et volontaire, prête à servir et désireuse de se former pour assumer des responsabilités. C’était aussi une magnifique vitrine de notre institution pour ces futurs cadres de la nation, vitrine de la formation qu’on y dispensait et vitrine de la qualité de l’encadrement de l’armée de Terre.

L’organisation du Bataillon était bien adaptée aux différents cycles de formation officiellement définis et, malgré le rythme soutenu, les cadres étaient fiers et constataient, tous les deux ou quatre mois, que les aspirants partaient heureux et épanouis vers leurs nouvelles affectations avec la conscience que leur formation n’était pas terminée. Notre mission était remplie. » L’ESM4 accueillait un bon millier d’élèves par an se souvient le colonel Desgrées du Loû et cette population, très diverse, était la richesse du Bataillon. Leur durée de séjour à Coëtquidan variait en fonction des missions qu’ils auraient à remplir pendant leur temps de service militaire.

« La majorité était destinée à l’encadrement des sections d’instruction de tous les régiments de l’armée de Terre, alors armée de conscription. Leur formation durait quatre ou cinq mois selon qu’ils étaient brevetés PMS13 ou non. Les autres EOR, juristes, linguistes de haut niveau ou officiers d’état-major, suivaient une formation de deux mois. Les élèves officiers de la Gendarmerie nationale formaient une compagnie encadrée pendant quatre mois par des officiers des Écoles et par l’EOGN14. Le Bataillon accueillait également des officiers d’active étrangers pendant quelques mois avant qu’ils ne rejoignent leurs camarades saint-cyriens.

Dans les années 90, peu d’EOR de ma connaissance et issus du Quatrième Bataillon ont poursuivi dans la carrière militaire comme ORSA, peu ont donc été 'intégrés'15. En revanche, certains ont passé le concours de l’EMIA (ouvert à l’époque aux ORSA et selon certaines conditions), du commissariat ou encore celui de l’EOGN. La plupart des EOR ayant fait une carrière d’ORSA étaient issus des pelotons formés en écoles d’Armes. »

Un quart de siècle a passé, l’armée de conscription et le service militaire ont laissé leur place à une armée de métier. Les cycles de formation, les rythmes et les contenus ont évolué vers l’acquisition des savoir-faire de professionnels. « L’EOR de 91-93 n’était pas un professionnel du commandement sur le terrain. C’était un chef de section d’instruction ou un jeune officier servant dans une spécialité acquise auparavant et surtout pour une courte durée. Aujourd’hui, l’EMAC forme encore les officiers de réserve, mais également les officiers sous contrat de l’armée de Terre. Et au sein de ces derniers, les officiers sous contrat encadrement (OSC-E) vont exercer exactement les mêmes fonctions que leurs camarades officiers d’active.

Tous les chefs de section sur le terrain sont 'logés à la même enseigne'. Peut-être l’OSC voit-il sa formation initiale accélérée par rapport à celle du 'cyrard', mais ce déficit de formation ˗ s’il existe ˗ est rapidement comblé par l’exercice de la fonction16, affirme le colonel Desgrées du Loû. Le 'cyrard' et 'l’EMIA', du fait de leur statut et de leur ancienneté dans le grade, assurent moins longtemps que l’OSC la fonction de chef de section. Dans les unités, les OSC sont donc parmi les plus anciens chefs de section17. Ils sont ainsi de bons conseils pour le jeune 'saint-cyrien' découvrant le métier.

La motivation et le comportement de l’OSC sont parfois sujets aux incertitudes ˗ ou aux inquiétudes ˗ liées au statut. Il songe naturellement à l'issue de son contrat initial qui peut être ou non renouvelé. Celui-ci peut-il offrir la perspective d'une intégration ? Cela peut être un moteur ou un frein que ne connaît pas l’officier de carrière, et qu’il faut gérer, précise le colonel.

L’histoire militaire récente nous a montré qu’il n’est pas nécessaire d’avoir suivi deux ans de préparation postbac, trois ans de formation en école, et un an pour être un bon chef de section. En effet, ce n’est pas le premier emploi qui détermine le plan et la durée de formation du saintcyrien… Nos camarades, après quatre mois à Cherchell, ont fait des chefs de section parachutistes hors pair en Algérie ! Le commandement 'de contact' est affaire de charisme personnel plus que de technicité. La longue liste des parrains de promotion EOR est éloquente à ce sujet. »

Au sein des unités, la cohésion est facteur d’efficacité. Cette cohésion ne peut se passer de la complémentarité des personnes, des savoir-faire et des cultures. En cela, le corps des officiers de l’armée de Terre est remarquable par sa diversité. Chacun a sa place, quelles que soient ses origines. Chacun peut enrichir l’autre et son unité pour remplir la mission dans les meilleures conditions.

Durant mon commandement, le Quatrième Bataillon de l’ESM héritait de vingt-cinq années d’expérience. Ses missions étaient clairement posées, les besoins de l’armée de conscription n’avaient guère évolué dans les domaines qui concernaient l’ESM4. Les traditions étaient bien en place et satisfaisaient à la fois le commandement et les élèves. Il n’y avait aucune raison d’intervenir sur le fond de la mission. Les ajustements sur la forme restaient à la marge.

Pour la petite histoire, c’était tellement rôdé que le CEAT18 avait demandé au bataillon de refondre toutes les fiches d’instruction pour la formation élémentaire toutes Armes. Ce fut fait en moins d'un trimestre par l’encadrement du Bataillon. »

L’ancien COMBAT en est persuadé, le commandement d’une section d’élèves officiers est différent de celui d’une section d’infanterie dans un régiment. « Ce faisant, j’ai tenté d’apporter aux EOR la démonstration que le style de commandement n’est pas affaire de galons et de signes extérieurs mais bien de charisme, d’écoute et de lucidité.

Mon souvenir le plus marquant est évidemment la descente des Champs-Élysées à la tête de cent-dix EOR le 14 juillet 1992. C’était la reconnaissance devant la nation de l’excellence du Quatrième Bataillon de Saint-Cyr. »

De la dernière promotion d'EOR 'appelés' à la mise en place des formations d'OSC, le témoignage du lieutenant-colonel Régis Martin

Le lieutenant-colonel Régis Martin est officier de l'Arme Blindée Cavalerie (ABC) et saint-cyrien de la promotion 'Général Montcalm' (1980-1983). Il a servi au 5e Dragons, à l'escadron d'éclairage de la 7e DB et au 4e régiment de Chasseurs. Il a ensuite été affecté comme instructeur à l'école d'application de l'ABC. Avant de rejoindre les Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan le 1er juillet 2000, il servait au 2e régiment de Chasseurs de Verdun en qualité de chef du Bureau Organisation Planification Moyens.

« Ce qui m'attendait était assez singulier. Mais être militaire, c'est exercer un métier exceptionnel malgré les aléas rencontrés explique le lieutenant-colonel, car l'on fait travailler le corps, la tête, et le cœur. Ce qui est particulièrement motivant, c’est la richesse des relations humaines. Cette affectation à Coëtquidan aura ainsi été l'un des temps forts de ma carrière.

À Coët', le seul commandant de bataillon non breveté, c’est celui qui dirige le Quatrième Bataillon confie le lieutenant-colonel Martin. C'est une situation un peu marginale, mais confortable dans la mesure où il n’y a pas d’autre pression que de ‘bien faire le job’, la messe étant déjà dite. J’avais donc en perspective une grande liberté d’action.

Je déposais à peine mes valises qu’était anticipée l'arrivée des premiers OSC, initialement planifiée six mois plus tard. Rien n'était encore véritablement prêt, bien qu'un 'crash programme' ait été élaboré par mon prédécesseur. C’est-à-dire un 'début de commencement' de directives d'instruction, s'appuyant notamment sur les formations EOR. Les cadres ont été désignés de façon acrobatique en raison du plan de mutation et des permissions, et nous nous sommes lancés tous ensemble dans cette aventure. C'était en pleine période estivale, se rappelle le lieutenant-colonel, ce qui a rendu ce lancement assez confortable. En effet, la liberté d'action était alors assez grande, et les impératifs des Écoles – alors en congés – moins prégnants.

Quand j'étais élève officier, le Bataillon EOR ayant toujours été très autonome, on n'en voyait pratiquement pas les élèves. Quand je suis revenu en qualité de commandant de bataillon, j'ai donc véritablement découvert le Quatrième Bataillon. J'avais déjà été instructeur en école d'application au profit des jeunes lieutenants sortant de Coëtquidan, mais là, j'arrivais en territoire inconnu… Et je me suis vite rendu compte qu'il fallait vivre cette expérience de manière jubilatoire. Je savais pouvoir compter sur un encadrement solide, motivé et réactif.

Face à l'urgence et l'ampleur des besoins de l'institution, l'ESM4 a régulièrement accepté de former plus de stagiaires que prévu. Ainsi, les sections à vingt-cinq élèves officiers passaient régulièrement à trente-cinq chacune. »