L'erreur - Olivier Magendie - E-Book

L'erreur E-Book

Olivier Magendie

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Beschreibung

Et si l’au-delà ne mettait pas fin aux problèmes sociaux des vivants ? L’erreur peut-elle également appartenir au registre divin ? Voilà les questions que nous pouvons nous poser et qui, pour notre plus grand plaisir, vont être l’actualité de Valéry Béluche, lequel, par erreur, vient de mourir en lieu et place de son frère Geoffroy. Professeur de latin grec mais avant tout contestataire dans l’âme, comptez sur Valéry pour faire entendre sa voix et réclamer réparation dans des limbes où, en définitive, rien n’est simple. En effet l’éternité, loin d’être un néant pur, nous offre dès son seuil un univers d’absurdités profondément humaines mais passablement déroutantes. Dans cette petite odyssée où prédominent les désillusions, où les rencontres et les victoires laissent inchangé le statut de victime des protagonistes, on ne peut que s’attacher au sort de notre malheureux Ulysse.

La pièce L’erreur a reçu une mention spéciale du jury au concours 2020 « Nouvel auteur de comédie » de la fondation Bajen.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Olivier Magendie est juriste de profession. Il se lance dans l’écriture théâtrale en 2014 à l’occasion d’un hommage à Cocteau en signant un prologue à son Antigone. Depuis, ses textes remarqués ont abordé les registres les plus divers. L’année 2022 verra la création de son premier seul en scène. 

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Seitenzahl: 106

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Olivier MAGENDIE

L’ERREUR

Comédie

ISBN : 979-10-388-0357-2

Collection : ENtr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : Mai 2022

©Photo de couverture : Stéphanie Mc Clung

©Photo auteur : Valentine Magendie

©Couverture ExÆquo

©2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de

traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous

pays. Toute modification interdite.

Éditions Ex Æquo

PERSONNAGES

VALÉRY : Mari d'Andrée

ANDRÉE : Épouse de Valéry

CLAUDE-ÈVE : Fille unique de Valéry et d'Andrée.

Prologue

(Scène dans le noir. Douche sur la fille placée en avant-scène.)

CLAUDE-ÈVE

Claude-Ève ! Oui, vous avez bien entendu : Claude-Ève ! Avec une finale érotique écrasée par ce Claude ambigu et venu de nulle part, ce prénom ne ressemble à rien et c'est hélas le mien. J'en veux terriblement à mes parents qui sont incapables de me dire pourquoi ce choix si ce n'est par désinvolture et vengeance car ils ne voulaient pas d'enfant. Ils voulaient être stériles. D'ailleurs je n'ai ni frère, ni sœur, puisque du jour où ma mère a appris sa grossesse, mon père et elle ont cessé tout rapport sexuel. À trois, nous formons la famille Béluche ; à savoir Valéry. (Douche sur la mère à cour, qui fait non de la tête : la douche s'éteint pour s'ouvrir sur le père à jardin.) Oui, mon père porte le prénom de Valéry, Valéry avec un y, le fameux y qui en génétique distingue les mâles des femelles...mais placé là où il est, il manque ailleurs ; c'est pourquoi la nature, à sa naissance, en a fait un poisson plutôt qu'un taureau... Père est prof de latin grec en collège, à la tête d'une classe de quatre boutonneux ; depuis dix ans, je ne sais toujours pas si je dois considérer cette situation comme admirable ou pathétique, c'est un débat... À voir comme ça, mon père ne paye pas de mine mais il est férocement cultivé (Il sourit fièrement.), inévitablement prolixe et donc souvent gonflant (Il fusille du regard Claude-Ève.) Toute son existence est construite sur la critique et la révolte permanente;  On peut se demander comment Albert Camus a pu écrire son livre " Le révolté" sans l'avoir connu... (Un temps.) et il y a ma mère, Andrée. (Douche sur la mère qui sort immédiatement ses lunettes de

soleil pour se protéger les yeux.) Elle est chercheuse dans un laboratoire pharmaceutique et passe ses journées à torturer des souris blanches.

ANDRÉE

(La mère tient par la queue une souris blanche au-dessus d'un bocal et chante.)

 « Une souris verte, qui courait dans l'herbe, je l'attrape par la queue ...et hop ! » (Elle la glisse dans le bocal et ferme le couvercle.)

CLAUDE-ÈVE

Selon elle, les souris ne sont pas des animaux... 

ANDRÉE

Exact ! ce sont des outils de laboratoire !

CLAUDE-ÈVE

Ma mère déteste les animaux.

ANDRÉE

Non : j'adore l'agneau !

CLAUDE-ÈVE

À la vérité, ma mère souffre d'une incapacité à aimer quoi que ce soit.

ANDRÉE

(Haussant les épaules.)

N'importe quoi !

CLAUDE-ÈVE

Elle déteste également les tâches de calcaire sur les robinets inox, les poignées de main, les fruits et légumes frais au motif qu'ils sont les discrets pourvoyeurs des germes fécaux...

ANDRÉE

Sous un microscope, ce monde invisible est des plus terrrrrrrifiants ! Certains staphylocoques, par exemple, ont des poils comme...

CLAUDE-ÈVE

(La coupant.)

Et mon père, lui, déteste l'humanité entière.

VALÉRY

La sagesse est de considérer l'homme comme un nuisible à détruire.

CLAUDE-ÈVE

Entre les deux, j'ai donc dû apprendre à grandir sans me corrompre le cœur et l'esprit, ce qui m'a demandé une vigilance permanente au même titre que la survie en milieu hostile. J'y ai laissé quelques plumes mais je suis toujours là, vivante et sociable avec le tour de force d'avoir, malgré tout, réussi à tisser un réseau d'amis, amis que je préserve comme toute espèce menacée d'extinction.

(Découverte de la scène en plein feux. Les trois personnages vont en coulisses. Le décor représente un coin de cuisine avec une table et trois chaises. Le couvert est dressé sur une nappe.)

Scène 1La cuisine

VALÉRY

(Entrant en scène avec un cartable à la main et parlant à la cantonade.)

Que personne ne me demande comment a été ma journée : elle a été épouvantable !

ANDRÉE

(Voix off.)

Et comment a été ta journée ?

VALÉRY

Comme d'habitude !

ANDRÉE

(Entrant, une trousse et une paire de ciseaux à la main.)

Je parie que tu vas me dire qu'elle a été épouvantable !

VALÉRY

Comment as-tu deviné ?

ANDRÉE

Je suis une femme !

VALÉRY

Ah ! L'intuition du sexe...

CLAUDE-ÈVE

(Entrant en peignoir.)

Il faudrait faire quelque chose pour la prise électrique dans la salle de bain ! Bonsoir père... Un de ces prochains jours je vais renoncer à me laver !

VALÉRY

Ne comptez pas sur moi ce soir, ma journée a été épouvantable.

CLAUDE-ÈVE

La salle de bain est un lieu propice à la nudité mais, à mon sens, pas pour les fils électriques.

(Elle sort.)

VALÉRY

Détrompe-toi ; c'est un dispositif utile et dissuasif pour éviter de transformer la douche en sauna !

CLAUDE-ÈVE

(Voix off.)

Trouvez-en un autre pour que la douche ne soit pas transformée en chambre froide !

VALÉRY

(Un temps.)

As-tu vu ce type qui campe au pied de l'immeuble ?

ANDRÉE

Non.

VALÉRY

Un de ces déclassés poussés à la rue. Je l'ai vu dérouler son sac de couchage près du bosquet.

ANDRÉE

Devant l'entrée de l'immeuble ?

VALÉRY

Oui.

ANDRÉE

Oh non !

VALÉRY

Tu peux le dire !

ANDRÉE

Pourquoi les pauvres viennent-ils maintenant dormir dans le quartier ?  Le ciel n'est pas plus étoilé ici qu'ailleurs !

VALÉRY

Il faudrait lui demander !

ANDRÉE

Tu ne t'es pas approché de lui j'espère ?

VALÉRY

Non, je ne l'ai même pas regardé... C'est déjà difficile à supporter.

ANDRÉE

Désinfecte-toi les mains s'il te plaît. Tous ces pauvres, j'avoue que c'est révoltant !

VALÉRY

(Sortant.)

On ne peut pas faire grand-chose. Et donner de l'argent ne sert strictement à rien. Un pauvre est toujours aussi pauvre après avoir reçu de l'argent. C'est pour ça que je ne donne jamais un centime pour ce genre de cause.

ANDRÉE

C’est prouvé.

VALÉRY

(Revenant.)

D'ailleurs, je ne comprends pas que nos gouvernements s'obstinent à soutenir les associations et à dépenser des millions pour lutter contre la pauvreté alors que les budgets passent et les pauvres trépassent ! (Il sort à nouveau.)

ANDRÉE

C'est le problème de tous ces politiques sans aucun esprit déductif. Si tu testes un traitement sur une population de souris malades et que la moitié des bestioles meurt dans les 24 heures, on peut en déduire que le traitement est inefficace ; tu peux faire crever l'autre moitié pour vérifier et recommencer le test sur un autre lot pour confirmer, mais après, il faut songer à tenter autre chose. Pourquoi ne suivent-ils pas le même raisonnement avec les pauvres ?

VALÉRY

(Revenant avec un flacon de gel hydroalcoolique.)

Parce que la politique du chèque est une solution qui offre l'apparence de la générosité et du partage !

ANDRÉE

C'est révoltant !

VALÉRY

Si tu regardes bien, il existe des pauvres qui sont heureux : tiens ! Prends les tribus amazoniennes, ou les groupes mongols qui vivent les uns et les autres dans des lieux reculés avec le strict nécessaire... et interroge-les : que te répondront-ils ?

ANDRÉE

Qu'ils sont heureux sans argent !

VALÉRY

Cela signifie que la pauvreté est une question d'état d'esprit ! D'état d'esprit, rien d'autre ! Donc, il faut éduquer les pauvres à s'épanouir sans rien plutôt que de leur faire miroiter un confort qu'ils n'auront jamais. Tout le monde y gagnera !

ANDRÉE

(S’éclipsant.)

En attendant, la véritable injustice, c'est que l'on demande toujours aux mêmes, nous les classes aisées, de faire des efforts !

VALÉRY

Le monde ne sera proprement moderne que lorsque l'on aura réussi à reconsidérer la misère non plus comme une plaie mais comme une noblesse ; c'est ce qu'ont voulu atteindre les régimes communistes mais leurs dirigeants ont manqué de persévérance...

ANDRÉE

(Voix off.)

À parler comme ça, certains pourraient nous prendre pour des égoïstes...

VALÉRY

Tu plaisantes !  Comment peut-on nous traiter d’égoïstes, nous qui passons notre vie à parler des autres !

(Andrée entre avec un gros classeur, le pose sur la table et vire d'un coup de coude le cartable de Valéry qui tombe par terre.)

ANDRÉE

Tu as pensé à me rapporter le journal d'hier ?

VALÉRY

(Il tire de son cartable un journal.)

Oui, le voilà ! L'article qui t'intéresse est en page centrale.

ANDRÉE

Tu l'as lu ?

VALÉRY

Non.

ANDRÉE

Comment non ? Un scandale pareil !

VALÉRY

Quel est le problème au juste ?

ANDRÉE

(Elle enfile des gants chirurgicaux et commence à découper l'article.)

Les lobbys industriels ont obtenu le droit de fabriquer des « Camemberts de Normandie » avec du lait pasteurisé !

VALÉRY

Et alors ?

ANDRÉE

Alors c'est la mort du vrai camembert, celui fait au lait cru depuis le XVIème siècle : autant parler d'un crime gastronomique.

VALÉRY

Tu comptes classer ce sacrilège dans la famille des scandales ou celle des oppressions ?

ANDRÉE

(Elle feuillette son classeur sans savoir où glisser l'article.)

Je dois garder une grande rigueur dans mon classement ; j'ai considéré les affirmations selon lesquelles un soldat anglais serait dans le cercueil de Napoléon comme un grand scandale, et la demande de restitution de la victoire de Samothrace par les grecs comme une violente injustice donc, je vais mettre cette histoire de camembert... dans la famille des marqueurs de la décadence de la

civilisation européenne. (Elle sort.) Ça mériterait une bombe à Bruxelles...

VALÉRY

Je te l'ai dit cent fois, l'important est de prendre acte, pas d'agir.

ANDRÉE

(Voix off.)

La révolte, c'est quand même une forme d'action non ?

VALÉRY

Non, c'est d'abord être en accord avec soi-même.

ANDRÉE

(Revenant avec un deuxième classeur.)

À compter d'aujourd'hui nous n'achèterons plus aucun laitage.

VALÉRY

Même le beurre ?

ANDRÉE

Même le beurre. Les géants laitiers font leurs bénéfices dessus. (Elle glisse son article dans son classeur.)

VALÉRY

Dis, tu comptes en faire combien de tes classeurs ?  Les étagères du bureau sont saturées et je n'ai pas envie de les voir conquérir la chambre ou le salon.

ANDRÉE

Si je m'échine à collecter depuis tant d'années les scandales révoltants de notre société, c'est pour actualiser l’œuvre de Hugo, Balzac et Malraux. (Elle brandit son classeur.

VALÉRY

Tu cites des auteurs que tu n'as même pas lus !

ANDRÉE

Nous sommes au XXIème siècle Valéry, chacun son époque. (Elle sort emportant ses classeurs.)

(Valéry se pose dans un fauteuil et allume un petit poste de télévision. Une chaîne d'informations continues diffuse les titres de l'actualité.)

« ...L'incendie a donc ravagé la totalité du bâtiment emportant avec lui l'exceptionnel plafond à la française inscrit au patrimoine mondial dont L'UNESCO... »

VALÉRY

Pas grave, il a été pris dix mille fois en photos !

(Il zappe.)

« ...L'enquête a révélé que depuis au moins deux ans les maltraitances étaient quotidiennes dans l'établissement, et exercées au vu et au su de l'ensemble du personnel de l'EHPAD. Le parquet a déclaré être en mesure, en l'état des faits recueillis, de poursuivre trois d'entre eux pour des actes de viols en réunion... »

VALÉRY

D'un autre côté, la vie sexuelle du troisième âge est tellement pauvre... !

(Il zappe.)

« ...En Malaisie, après le passage du typhon Marguerite, les autorités annoncent 800 morts et 1500 disparus... La France et la Grande Bretagne assurent leur solidarité et promettent l'envoi de 30 tonnes de matériels et de médicaments vers Kuala Lumpur. »

VALÉRY

Mais heureusement ! Heureusement qu'ils sont morts ! Il n'y a pas de place dans les hôpitaux !

(Claude-Ève entre et se place face aux images.)

CLAUDE-ÈVE

Oh là là ! Regardez cette désolation... Il ne reste plus rien debout !

VALÉRY

C'est normal, leurs maisons sont en papier...

CLAUDE-ÈVE

Deux tempêtes tropicales en moins d'un mois, c'est affreux !

VALÉRY

C'est de saison.

CLAUDE-ÈVE

Papa !

VALÉRY

Ils ne vont tout de même pas nous faire pleurer ? Aller s'implanter en masse sur des îles sans relief et placées en plein couloir de tornades, c'était évidemment chercher les ennuis ! (Il zappe.)

« ...La pollution chimique invisible et silencieuse a engendré sur les naissances de nombreuses malformations sévères privant certains enfants de leurs membres supérieurs, comme le constate le docteur Charaka Shemani… » 

VALÉRY

(Il éteint le poste et s'emporte.)

Non, non, non et non ! C'est insupportable !