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Histoire banale d'une femme d'âge mûre qui se fait escroquer par un gigolo.
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Seitenzahl: 155
Veröffentlichungsjahr: 2021
«L'amour est un secret entre deux cœurs, un mystère entre deux âmes. »
Anonyme
NOVEMBRE 2018
JUIN 2018
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
JUILLET 2018
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
AOÛT 2018
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
SEPTEMBRE 2018
Chapitre 16
OCTOBRE 2018
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
NOVEMBRE 2018
Chapitre 20
Chapitre 21
Quelque part dans Paris
Un quartier lugubre, un hôtel sordide, une chambre triste au papier peint fané et vieillot.
On se croirait dans un mauvais film américain de série B.
Une femme, à moitié dévêtue, assise sur un lit en fer défait qui grince à chacun de ses balancements.
A ses pieds, un homme, allongé un couteau dans le ventre et, sur sa chemise blanche, une tâche rouge qui s'élargit.
Elle compose le dix-sept. Au bout du fil, une voix ensommeillée questionne :
– Police secours. Que puis-je pour vous ?
– Je viens de poignarder mon amant. Je crois qu'il est mort.
– Que dites-vous, Madame, demande l'officier pour le coup totalement réveillé. Où êtes-vous ?
– A l'hôtel Blanc, rue des Oiseaux, chambre 23.
– Ne bougez pas ! Ne touchez à rien. Nous arrivons.
Elle referme son portable, recommence ses balancements auxquels s'ajoutent maintenant les paroles d'une chanson de Johnny qu'une radio diffuse quelque part dans la ruelle
« Je n'étais qu'une folle, mais par amour
Il a fait de moi une folle, une folle d'amour... »
La sirène de police déchire le silence. La lumière du gyrophare éclaire de tourbillons bleutés les murs gris, suintants d'humidité.
Immobile maintenant, la jeune femme a fermé les yeux.
Flash back : sur l'écran de ses paupières closes, défile le film de ces six derniers mois qui ont détruit sa vie.
* * * *
JUIN 2018 – Isabel
Isabel Berthier affichait fièrement ses quarante ans. Assez grande, elle avait des courbes et des rondeurs où il fallait, une chevelure d'ébène qui mettait en valeur ses grands yeux bleus. Toujours très élégante, elle attirait le regard des hommes mais restait célibataire. Elle revendiquait haut et fort, son statut de femme libre, sans attache. Elle aimait son indépendance et aucun homme jusqu' alors n'avait retenu son attention ou même fait battre son cœur.
Cadre supérieur dans une agence de la BNP, son désir de gravir les échelons lui avait pris beaucoup de son temps. Employée dans cette succursale depuis quinze ans, elle avait franchi toutes les étapes de son ascension grâce à Léon Aubry, l’ancien directeur. Après un BTS en comptabilité, obtenu brillamment, il avait, au cours de l'entretien, perçu tout son potentiel et l'avait recrutée. Il lui avait conseillé de présenter tous les concours internes qui se présenteraient. Il l'avait prise sous son aile et accompagnée dans sa progression. Grâce à la foi qu'il avait en elle, elle avait atteint le dernier palier. Aujourd'hui, elle occupait le poste de numéro deux dans l'agence, son espoir étant d'en devenir le numéro un : la directrice.
Lorsque Léon Aubry avait pris sa retraite, elle était certaine d'obtenir le poste. Pourtant la direction lui avait préféré un jeune homme, tout fraîchement sorti d'HEC, Aurélien Darcourt qui assurait cette fonction depuis un an. Sa déception fut immense mais n'affecta en rien son travail.
–- Ta valeur et tes compétences seront reconnues un jour et tu obtiendras ce poste, j'en suis certaine, lui disait sa sœur Nina, pour la consoler.
–- Espérons, répondait-elle.
Ses rapports avec le nouveau directeur n’étaient pas franchement cordiaux, mais plutôt tendus et acerbes. Dès sa prise de fonction, cet homme de trente-cinq ans, comme tout nouveau chef d’établissement, avait voulu appliquer ses méthodes et imposer d'autres techniques de travail, un règlement intérieur différent qui mit tous les employés en difficulté. Proches de la retraite, certains avaient fait toute leur carrière dans cette agence et eurent bien du mal à appliquer les nouvelles consignes qui bouleversaient leurs habitudes. Même la fidèle clientèle s'interrogeait, ne retrouvant plus la disponibilité des employés ni la chaleur des rapports d'avant. Pourtant rien ne stoppa ce besoin de changement. Rien ne le fit se détourner de son projet.
Dès son arrivée, il avait flashé sur la jeune femme. Se croyant autorisé à tout, il tenta de séduire Isabel, lui promettant plus de responsabilités et un meilleur salaire. Elle le repoussa en lui faisant clairement comprendre qu'elle n'était pas intéressée par une promotion canapé, qu'elle avait franchi tous les échelons par la seule qualité de son travail et qu'il pouvait l'oublier.
Éconduit aussi vertement, il en devint agressif et blessant, critiquant constamment la gestion de son prédécesseur, rendant Isabel complice de ses méthodes ancestrales. Il l’avait vexée à plusieurs reprises devant ses collègues, lui suggérant, au vu de son âge, de demander sa mise à la retraite. Elle tenait bon et continuait d'assurer sa tâche auprès de cet homme malgré les envies de vengeance et même de meurtre qui lui traversaient souvent l’esprit. Elle les repoussait mais à chaque nouvel affrontement, resurgissait cette envie irrépressible de lui sauter à la gorge.
* * * *
Vendredi 8 – La rencontre
Au volant de son Alfa Roméo Giuletta rouge, sa dernière petite folie, Isabel – elle avait hispanisé son prénom qui passait mieux dans ce milieu bon chic - bon genre dans lequel elle évoluait - pensait à son parcours professionnel. Elle percevait un salaire confortable qui lui permettait ce genre de caprice et de mener une existence agréable. Elle avait acquis un bel appartement dans une résidence sécurisée du 16e arrondissement de Paris, quartier calme et huppé, s'il en est. Elle aidait aussi financièrement sa sœur Nina et Bruno son mari, chauffeur de taxi. Depuis quelque temps, ils avaient des fins de mois difficiles. Elle couvrait de cadeaux leurs deux enfants, Lisa et Théo, ses neveux qu'elle adorait et qui l’adoraient aussi. Sa vie amoureuse se limitait à quelques aventures sans lendemain. C’est ce qui lui convenait le mieux. Jusqu’à présent elle avait eu la chance de tomber sur des partenaires de passage ou sur des hommes mariés, ce qui résolvait le problème. Lorsqu'on lui demandait pourquoi elle n'était pas accompagnée dans la vie, elle répondait :
– Je suis une femme libre. Je ne vois pas pour quelles raisons je devrais me mettre la corde au cou. Pour élever des mouflets ? Faire la cuisine ? Dormir toujours avec le même homme ? Quelle tristesse ! Très peu pour moi. Je suis trop bien comme ça. Je fais ce que je veux, quand je veux. Personne pour me contredire ou me sermonner. Libre, je suis libre.
Elle aimait aussi faire la fête et sortait beaucoup. Elle allait souvent en discothèque, une en particulier où elle avait ses habitudes et son cercle de connaissances. Elle allait au théâtre, visitait des expositions ou dînait dans les restaurants branchés. On l'invitait souvent dans des soirées programmées par des amis de longue date ou occasionnels mais triés sur le volet.
Elle remplissait sa vie et son vide par des plaisirs superficiels. Elle le savait mais n'en disait rien. Au fond d'elle-même, elle aspirait à rencontrer un jour l'homme qui ferait battre son cœur au point de vouloir franchir le pas et redevenir celle qu'elle cachait derrière cette fausse désinvolture : une femme fragile aspirant à trouver une épaule solide où poser enfin sa tête et son cœur. Elle émit un soupir.
Ce soir-là, elle était invitée chez son amie Charlène du Clos des Pins, styliste pour une grande maison de prêt-à-porter. - Elle aussi avait transformer son nom qui de « Duclos » était devenu « du Clos des Pins », une particule qui sonnait bien dans ce milieu Bon chic, Bon genre. -
Elle organisait une soirée pour fêter son anniversaire. C’est l’unique fois où il y avait un prétexte à faire la fête. La plupart du temps, c'était des soirées pour n’importe quoi et quand ça lui chantait.
A cette occasion, Isabel avait soigné tout particulièrement sa toilette, son maquillage et sa coiffure. Elle portait une combinaison noire, garnie d'une fine dentelle qui laissait entrevoir la peau dorée de ses épaules, des escarpins aux talons vertigineux et une pochette assortie à sa combinaison. Un léger mais savant maquillage, rehaussait le velouté de sa peau, mettait en valeur la profondeur de son regard et soulignait délicatement sa bouche. Ses cheveux d’ébène, savamment coiffés-décoiffés, encadraient son visage de mystère. Tout en elle attirait le regard.
L'ambiance était très animée. Les lumières changeantes d'une boule à facettes irisaient les murs et le plafond de l'immense salon, lançant des éclats colorés et mouvants. Le DJ s'activait derrière ses platines, proposant les musiques rythmées à la mode. Les invités évoluaient par petits groupes, certains se déhanchaient sur « Alexandrie, Alexandra », tandis que d'autres discutaient, un verre à la main.
Son amie la voyant arriver, émit un léger sifflement.
–- Quelle classe, ma chérie ! dit Charlène. Tu as fait fort ce soir. Tu es ma...gni...fique.
–- Tu aimes ? demanda Isabel en tournant sur elle-même pour se faire admirer Je l'ai achetée spécialement pour ce soir. Tu n'es pas mal non plus, mon chaton, remarqua-t-elle. Et tu n'as rien laissé au hasard : DJ, barman, serveur
–- Au diable l'avarice ! chuchota Charlène. On n'a pas tous les jours quarante ans. Mon banquier va me faire la tête, mais je l’amadouerai avec mon sourire Émail Diamant qu'il apprécie.
Elles s'embrassèrent puis son hôtesse entraîna Isabel vers le bar. Un expert en cocktails y jonglait avec son shaker. Elle se fit servir deux mojitos bien frappés. Les deux amies trinquèrent.
–- À nos amours et au preux chevalier qui osera ce soir nous conquérir, dit Charlène en riant.
-- Je ne voudrais pas te vexer mon Chaton, mais je crois que tu es de plus plus barrée ! rétorqua Isabel, dans un fou rire
-- Mais, j’espère bien ! Ah, tiens ! Viens que je te présente mon nouvel ami Arnaud. Nous nous sommes rencontrés à un vernissage. C’est un écrivain et je crois bien, un prédateur ! Méfie-toi ! chuchota-t-elle à l'oreille d'Isabel.
-- Prédateur, carrément ?
-- Oui, un tombeur, comme disaient nos parents. Il repère ses proies puis s'en va chasser. Allez, viens.
Le jeune homme se retourna au moment même où elles arrivaient près de lui. Il avait une coupe de champagne à la main, un sourire ravageur et des yeux de velours.
Isabel qui s'apprêtait à déguster son mojito, laissa son geste en suspens. La foudre venait de tomber à ses pieds, pulvérisant son âme. Elle manqua renverser son mojito. Mouvement qu'elle réprima rapidement mais qui n'avait pas échappé au chasseur.
Face à elle, deux yeux sombres, un visage taillé à la serpe et envahi par une barbe de trois jours soigneusement entretenue. Très grand, on devinait sa carrure d'athlète sous sa veste de smoking. Il devait avoir une trentaine d'années, beau à en couper le souffle. Pas un éphèbe sans consistance mais un homme viril, affichant sa masculinité sans prétention, sûr de lui et de son pouvoir de séduction. Le cœur d'Isabel se mit à battre de façon désordonnée. Elle essaya d'en rassembler les morceaux sans montrer son trouble. Comme dans un brouillard, elle entendit la voix de Charlène :
-- Cher Arnaud, permettez-moi de vous présenter ma meilleure amie, Isabel Berthier, banquière ou presque ! Isa, je te présente Arnaud de Brainville, écrivain. Pardon, je vous abandonne, d’autres invités arrivent. Faites connaissance, je reviens.
-- Mes hommages, belle Dame, susurra-t-il d'une voix grave, chaude et mélodieuse. Je suis ravi de faire la connaissance de la meilleure amie de Charlène.
--
-- Ravie de vous rencontrer, lança la jeune femme qui avait repris le contrôle de son cœur.
Leurs regards se croisèrent. Mystérieux, enjôleur pour lui. Prudent et détaché pour elle.
-- Ainsi vous êtes « presque » banquière ? dit-il en riant.
-- Banquière est un bien grand mot. Mais c’est ça, «presque». Vous connaissez l’humour de Charlène, je suppose. En réalité je suis adjointe au directeur d’une agence bancaire. D’où le «presque» de mon amie.
Ils rirent de bon cœur à la plaisanterie.
-- Et vous, dit Isabelle, êtes-vous « presque » écrivain ou « complètement » écrivain ? demanda-t-elle, amusée. Elle s'était ressaisie, même si elle fondait en le regardant.
-- Je le suis devenu complètement il y a quelques années, maintenant. C’est mon métier. Je devrais dire ma passion.
– Qu'écrivez-vous ? Je veux dire quel genre de livres ?
-- Des romans, des nouvelles, des essais mais surtout des romans, romans d'amour ou romans existentiels. Peut être avez-vous entendu parler ou lu peut-être le dernier « Une drôle de vie »?
-- Euh… je… en fait, le titre me parle.
-- Oh, mais ce n’est pas grave, rassurez-vous, je n’ai pas d’ego surdimensionné. Je compte donner prochainement une soirée pour fêter la vente de mon millième livre. J’aurai plaisir à vous y convier et à vous dédicacer un exemplaire.
-- J'en serais ravie, dit-elle. Ça me changera de parler d'autre chose que de chiffres et de gros sous.
-- C'est vrai que vous devez manipuler beaucoup d'argent dans vos fonctions ?
-- Beaucoup, oui, mais au bout de quelques années, on n’y fait plus guère attention.
Isabel luttait intérieurement contre une évidence : elle venait de succomber au charme de ce jeune auteur. Le coup de foudre, le vrai.
Charlène revenait vers eux.
– Bien, je vois que vous avez fait connaissance, j'en suis ravie. Mais vos verres sont vides, remarqua-t-elle. Venez, suivez-moi.
Ils emboîtèrent le pas de la maîtresse de maison.
– Chaton, est-ce que je peux utiliser ta salle de bains, ? demanda Isabel
– Je ne vois pas pourquoi tu demandes, tu connais le chemin. Je te ressers.
– Comme c'est mignon, dit Arnaud. Chaton, cela vous va bien.
– Merci ! Elle est la seule à m'appeler ainsi et j'aime bien.
Isabel avait ressenti le besoin de s'éloigner un moment pour reprendre ses esprits ; Charlène la rejoignit.
– Alors, que penses-tu de mon écrivain ?
– Il a un charme fou, c’est le moins qu’on puisse dire.
– Méfie-toi, n’oublie pas que je l’ai baptisé Prédator, dit-elle en riant.
– T’inquiète, lui dit Isabel. Je le trouve beau mec, mais je ne tomberai pas dans ses filets. Une nuit ou deux, je ne dis pas mais tu le sais, je suis vaccinée anti macho.
La jeune femme se mentait à elle-même, refusant de renoncer à être un cœur libre.
– C'était juste pour te prévenir, ma poulette. Et puis, tu es grande, n'est-ce pas ? se moqua Charlène.
– Oui, Chaton ! Je suis grande ! Arrête de me faire rire, j’aimerais bien que mon gloss tienne une partie de la soirée ! chuchota Isabel
– Viens, allons déguster ce sublime mojito, dit son amie en lui prenant le bras.
– Le barman n'est pas mal non plus et plutôt agile de ses mains ! dit Isabel avec un clin d’œil entendu.
-- Oh là ! Pas touche, jeune dame. Chasse réservée ! Pour ce soir, la couguar, c'est moi. répondit Charlène.
Un éclat de rire commun mais discret, les secoua. De retour dans la salle, Isabel remarqua que l’écrivain parlait et riait avec un petit groupe de cinq à six femmes. Il était à l'aise au milieu de ses admiratrices qui le dévoraient des yeux.
Elle regretta de ne pouvoir se joindre à elles sans paraître importune et décida de déambuler de façon à ce qu'il la voie. Elle embrassa au passage Christian Delors, un ami d’enfance habitant le même quartier qu'elle.
– Ah, c’est toujours les mêmes, dans ces soirées, plaisanta-t-elle. Ça va, mon Chris ?
– T’as raison, va falloir qu’on change de crèmerie un de ces jours, pour plus voir les mêmes tronches ! Je dis pas ça pour toi, Isa.
– Je l’espère bien, voyou. Excuse-moi un instant, dit-elle.
La conversation terminée, Arnaud était de nouveau seul, sa coupe de champagne en main. Elle continuait sa progression lente vers un groupe de connaissances lorsqu'il la remarqua. Arborant son plus beau sourire, il l'intercepta au passage.
– Je vous kidnappe. Je me suis libéré de ces admiratrices un peu trop collantes et j'ai envie de me nettoyer l'esprit, lui chuchota-t-il à l'oreille. Venez ! Faisons un tour à l'extérieur.
– Volontiers, dit Isabel, ravie de l'avoir pour elle seule.
Ils s'éclipsèrent discrètement et gagnèrent la terrasse
– Nous sommes seuls, remarqua-t-il. Un peu de silence nous fera du bien.
– Effectivement, c'est assez bruyant ce soir.
Ils s'installèrent sur un canapé garni de coussins moelleux et entreprirent de discuter de Charlène, de ses créations qui faisaient fureur, de sa gentillesse. Elle occupa une grande partie de leur discussion. La proximité du jeune homme affolait Isabel. Alors, prétextant un rendez-vous le lendemain, elle se leva et prit congé.
Il lui proposa de la raccompagner chez elle. Elle déclina son offre.
– Je suis venue avec ma voiture et je dois la récupérer pour me rendre à un rendez-vous en banlieue, dimanche matin mais merci de me l'avoir proposé. Bonne fin de soirée.
– Donnez-moi au moins votre numéro de téléphone que je puisse vous joindre, je vous donne le mien en échange ! implora-t-il
Elle accéda à sa demande et ils partagèrent leur numéro. Sa poignée de mains ferme et chaude la troubla comme une caresse. Il retint sa main un moment et demanda :
– Accepteriez-vous de prendre un verre à La Rotonde Montparnasse, ce soir à dix-neuf heures ?
-- Ce soir ? Dit-elle.
-- Eh bien oui ! Il est deux heures du matin, nous sommes donc samedi. Il riait
-- Je n'ai pas vu le temps passé ! Pourquoi à pas, dit-elle sans plus réfléchir. Entendu ! Ce soir dix-neuf heures à La Rotonde.
Elle s'en fut rapidement. Quelle émotion !
– Que m'arrive-t-il ? s'interrogea-t-elle. Assise à son volant, elle regrettait maintenant d'avoir refuser qu'il la raccompagne. Elle aurait très bien pu laisser son véhicule dans la parking souterrain.
L’immeuble de Charlène était sécurisé et elle pouvait le récupérer n’importe quand dans la journée, son amie lui ayant donné le code d’accès. En fait, son refus n’était qu’un acte de résistance contre l'émotion ressentie pour cet homme.
Isabel se dit que ce qui lui arrivait était pour le moins étrange. Elle tourna la clé de contact et dit à haute voix :
— Je ne me laisserai pas avoir, mon vieux ! Non et non, pas question…
Mais tout au fond d'elle, elle se savait prise au piège de deux grands yeux sombres comme la nuit et d'un sourire à faire craquer la plus entêtée des vieilles filles célibataires.
* * * *
Samedi 9 – 19h à La Rotonde
Le rendez-vous avec Arnaud de Brainville avait été fixé à dix-neuf heures. Malgré la chamade qui agitait son cœur à l'idée de le revoir, Isabel décida d’arriver avec dix minutes de retard. Pas question de lui montrer le trouble immense qu’il avait provoqué en elle. Malgré tout, elle était inquiète. Ne la voyant pas arriver, n'allait-il pas renoncer et s'en aller? Elle se dit que ce serait une preuve et s’en tint à sa stratégie.
