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Jean-François Galaup, comte de La Pérouse (1741-1788), est chargé par le roi Louis XVI, passionné de géographie, de mener à bien un ambitieux voyage de découverte en 1785. Avec de nombreux scientifiques à bord des deux frégates La Boussole et L’Astrolabe, il part à l’assaut des mers du sud et fait naufrage. On reste sans nouvelles de l’expédition pendant deux ans avant d’envoyer le chevalier D’Entrecasteaux à sa recherche.
Entretemps, la France connaît des bouleversements sans précédent… S’appuyant sur les journaux de navigation de La Pérouse lui-même, Jules Verne donne à revivre cette aventure aux dangers innombrables, lot de tous les explorateurs : reconnaissance et baptême de terres nouvelles, émerveillement face à une faune et une flore généreuses, observation des peuples rencontrés, description de leur moeurs…
La cartographie, la botanique et l’ethnologie s’en trouvent grandement enrichies. Dans les années 1850, Jules Verne (1828-1905) fréquente Jacques Arago, un explorateur devenu aveugle. Il partage avec lui sa passion des pays lointains et publie en 1879, chez Hetzel son éditeur de référence, un ouvrage consacré aux Grands navigateurs du XVIIIe siècle, illustré de dessins de Paul-Dominique Philippoteaux, de fac-similés de documents anciens remarquables et de cartes, tous reproduits ici.
Le célèbre romancier, aidé par Gabriel Marcel, géographe, directeur de la section des cartes et plans à la Bibliothèque nationale, retrace ici le parcours de ces héros de l’aventure authentique.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jules Verne est un écrivain, dont une grande partie de l'œuvre est consacrée à des romans d'aventures et de science-fiction (appelés à l'époque de Jules Verne, romans d'anticipation).
Après un bac littéraire, Jules Verne suit des études de droit à Paris. Il se consacre ensuite au théâtre, grâce au soutien des Dumas, père et fils, et devient secrétaire du théâtre lyrique jusqu'en 1854 où il fait représenter des pièces écrites en collaboration avec Michel Carré.
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Seitenzahl: 125
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Autres titres de Jules Verne dans la même collection :
Bougainville
Christophe Colomb
La Conquête des Indes
Les Conquistadors
Les Découvreurs de l’Afrique
Les Découvreurs de l’Asie
Les Découvreurs des Amériques
Magellan
Marco Polo
L’Expédition de La Pérouse
Le Passage du Nord-Ouest
Les Trois Voyages du capitaine Cook
L’expédition de La Pérouse
© MAGELLAN & Cie
Table des matières
Préparatifs et départ de Brest14
Escales atlantiques : Madère et Ténérife24
Traversée de l’Atlantique Sud et escale au Brésil42
Jules Verne
L’expédition de La Pérouse
Récit
MAGELLAN & Cie
L’honneur d’un roi décapité
Brest, 1er août 1785.
La Boussole et L’Astrolabe, deux frégates chargées d’une impressionnante quantité de matériel scientifique et de vivres, quittent la France pour une expédition censée durer trois ans et plus. Dans chaque navire, on trouve trois cent cinquante tonneaux de nourriture, cinq vaches et leur fourrage, une quarantaine de moutons, une vingtaine de cochons, des centaines de volailles en cage, et cinq cents tonnes de matériel : instruments scientifiques, caisses pour recueillir les plantes, ancres, des mètres de cordages, mâts et embarcations de rechange. Sans compter divers objets à échanger contre des produits frais lors des escales : outils, verroterie, boucles d’oreilles, rubans et galons, miroirs, grelots, médailles à l’effigie du roi...
À bord, une centaine d’hommes dans les deux cas : officiers, savants et marins. Ces derniers sont bretons pour la plupart, venant majoritairement de Brest et du Finistère. L’homme qui dirige l’expédition a quarante-quatre ans. C’est un marin chevronné, né en 1741 près d’Albi, qui s’est comporté brillamment pendant la guerre de Sept-Ans et pendant celle qui a conduit à l’indépendance américaine : Jean-François de Galaup a fait ajouter à son nom le titre de comte de La Pérouse, comme s’intitulait l’une des propriétés familiales. Il connaît aussi parfaitement les dangers de l’océan Indien où il a longuement croisé entre 1772 et 1775. Il embarque sur La Boussole. Le commandement de L’Astrolabe est confié à son adjoint Paul-Antoine Fleuriot de Langle, officier scientifique qui a déjà combattu sous ses ordres en 1782. Les deux hommes s’entendent très bien. L’aventure, préparée avec soin, disposant de larges moyens et menée par des hommes d’expérience, s’annonce sous les meilleurs auspices.
Louis XVI l’a voulu. Le roi est passionné par tout ce qui touche à la géographie et aux grandes expéditions de découverte. Le compte rendu de Bougainville, premier Français à avoir fait le tour du monde vingt ans auparavant, n’a pas de secret pour lui. Le rapport sur les découvertes australes de Kerguelen en 1772, pas davantage. Pendant les affrontements face aux Anglais au début de la guerre d’Amérique, il a expressément donné l’ordre de ne pas s’en prendre au bateau de James Cook qui devait se trouver dans les parages. Quand le directeur des Ports et Arsenaux, le chevalier de Fleurieu, lui expose son idée d’une expédition géographique, ethnologique et politique qui compléterait les découvertes de Cook, tué à Hawaï en 1779, le roi s’enthousiasme. Les intérêts français sont en jeu dans ces contrées encore mal connues : explorer le Pacifique jusqu’en Australie, ouvrir de nouvelles routes maritimes, collecter des plantes et des végétaux introuvables en Europe, chasser la baleine et rapporter quantité de fourrures, trouver les remèdes indispensables pour lutter contre le scorbut et toutes les maladies spécifiques liées à la navigation, installer des comptoirs commerciaux qui seraient autant de comptoirs coloniaux pour la plus grande gloire de la France… Le projet est énorme. Le document qui lui est remis contient tous les détails et annonce les ambitions. Louis XVI, qui n’a encore jamais vu la mer, reprend tout et annote ce mémoire d’une main sûre, corrigeant ou complétant les insuffisances par ses propres connaissances géographiques, s’attachant à réduire les risques pour la sécurité des navires, à rectifier les itinéraires envisagés en fonction des saisons des tempêtes, et à choisir les meilleurs hivernages. Les instructions générales sont rédigées de sa main. L’ambition scientifique de l’expédition est inégalée : ingénieurs, médecins, géographes, météorologues, physiciens, naturalistes, botanistes, entomologistes, astronomes, horlogers, interprètes, dessinateurs et artistes (sans oublier les aumôniers), avec leurs instruments et leurs livres, sont recrutés pour leur fonction et leur compétence. Ce qui ne manquera d’ailleurs pas de provoquer des tensions entre les nécessités de la navigation et les souhaits affirmés de quelques rêveurs exigeants.
La phrase fameuse attribuée à Louis XVI : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse », alors qu’il monte sur l’échafaud le 21 janvier 1793, si elle a peu de chances d’avoir été réellement prononcée, n’en reflète pas moins une inquiétude réelle et fondée sur le sort d’une aventure exceptionnelle en laquelle il a profondément cru. Cette phrase ultime a lancé la mythologie qui s’est développée autour de l’expédition.
Jules Verne, dans sa narration, reprend l’ensemble des connaissances de son époque pour retracer cette histoire : l’expédition en elle-même, les recherches entreprises par le contre-amiral d’Entrecasteaux dès 1791 et par Dumont d’Urville en 1828, le journal de bord de La Pérouse qu’il cite et commente abondamment… Ce dernier, en marin expérimenté, à chaque fois que c’était possible, a fait expédier ce journal à la cour de Versailles, accompagné de dessins, de cartes, de documents et de pièces, confiés aux mains du naturaliste Dufresne débarqué à Macao en 1787, et à celles de Lesseps débarqué un peu plus tard au Kamtchatka. Les trajets et ses difficultés sont ainsi connus pour l’essentiel, jusqu’à la mystérieuse disparition. Avec son style inimitable, l’auteur de la fiction mondialement célèbre Vingt mille lieues sous les mers donne au lecteur l’impression de partager les aventures, cette fois réelles, de deux poignées d’hommes intrépides qui croyaient en leur bonne étoile. Grâce à lui, citant un grand nombre de marins partis sur ces routes hasardeuses, renaît sous nos yeux toute la légende des mers du sud.
Les chercheurs d’épaves se sont vite emparés de cette histoire extraordinaire. Dès 1826, le capitaine irlandais Peter Dillon découvre dans les îles Salomon une série d’objets étranges, dont une poignée d’épée d’officier français, qui l’orientent vers l’île de Vanikoro. Le mauvais temps l’empêche d’y débarquer mais les objets sont rapidement authentifiés auprès des services du consul de France à Pondichéry. À son tour, Dumont d’Urville fait route vers le lieu du drame. À Vanikoro, malgré une mer toujours agitée, il localise une épave en 1828. Il fait édifier un cénotaphe à la gloire de La Pérouse et de son équipage. Il faut attendre ensuite 1962 pour qu’un plongeur néo-zélandais découvre la seconde épave à l’extérieur de la barrière de corail. Les campagnes de fouilles se succèdent ensuite entre 1981 à 2005. Les vestiges du camp des survivants sont mis à jour en 1999 ; un squelette est découvert dans la seconde épave en 2003 ; et en 2005, un sextant confirme que cette épave est bien celle de La Boussole. La Pérouse et ses hommes sont morts avec leurs secrets. En partant pour l’inconnu, le capitaine aux ordres du roi de France avait exprimé un vœu puissant : « Si l’on imprime mon journal avant mon retour, que l’on se garde bien d’en confier la rédaction à un homme de lettres : ou il voudra sacrifier à une tournure de phrase agréable le mot propre qui lui paraîtra dur et barbare, celui que le marin et le savant préféreraient et chercheront en vain ; ou bien, mettant de côté tous les détails nautiques et astronomiques, et cherchant à faire un roman intéressant, il commettra, par le défaut de connaissances que son éducation ne lui aura pas permis d’acquérir, des erreurs qui deviendront funestes à mes successeurs : mais choisissez un rédacteur versé dans les sciences exactes, qui soit capable de calculer, de combiner mes données avec celles des autres navigateurs, de rectifier les erreurs qui ont pu m’échapper, de n’en point commettre d’autres. Ce rédacteur s’attachera au fond ; il ne supprimera rien d’essentiel ; il présentera les détails techniques avec le style âpre et rude, mais concis, d’un marin ; et il aura bien rempli sa tâche en me suppléant, et en publiant l’ouvrage tel que j’aurais voulu le faire moi-même. »
Jules Verne, marin et homme de lettres sensible à cet avertissement et admirateur du capitaine hardi et déterminé, fait vibrer dans ce texte toutes les étapes d’une odyssée hors du commun.
Marc Wiltz
Préparatifs et départ de Brest
Le voyage de Cook1 n’était encore connu que par la mort de ce grand navigateur, lorsque le gouvernement français voulut mettre à profit les loisirs que procurait à sa marine la paix récemment conclue2. Une noble émulation semblait s’être emparée de nos officiers, jaloux des succès acquis sur un autre théâtre par leurs éternels rivaux, les Anglais. À qui donner le commandement de cette importante expédition ? Les concurrents de mérite ne manquaient pas. C’est là que gisait la difficulté.
Le choix du ministre s’arrêta sur Jean-François Galaup de La Pérouse, que ses importants services militaires avaient rapidement élevé au grade de capitaine de vaisseau. Pendant la dernière guerre, il avait été chargé de la très délicate mission de détruire les établissements de la Compagnie anglaise dans la baie d’Hudson3, et il s’était acquitté de cette tâche en militaire consommé, en habile marin, en homme qui sait allier les sentiments de l’humanité avec les exigences du devoir professionnel. On lui donna comme second M. de Langle4, qui l’avait vaillamment secondé pendant l’expédition de la baie d’Hudson.
Un nombreux état-major fut embarqué sur les deux frégates La Boussole et L’Astrolabe. Sur La Boussole, c’étaient La Pérouse, de Clonard qui fut fait capitaine de vaisseau pendant la campagne, l’ingénieur Monneron, le géographe Bernizet, le chirurgien Rollin, l’astronome Lepaute-Dagelet de l’Académie des sciences, le physicien Lamanon, les dessinateurs Duché de Vancy et Prevost le jeune, le botaniste Collignon, l’horloger Guery. Sur L’Astrolabe, outre son commandant, le capitaine de vaisseau de Langle, on comptait le lieutenant de Monti qui fut fait capitaine de vaisseau pendant la campagne, et l’illustre Monge5, qui, heureusement pour la science, débarqua à Ténériffe le 29 août 1785.
L’Académie des sciences et la Société de médecine avaient remis au ministre de la Marine des mémoires, dans lesquels ils attiraient l’attention des voyageurs sur divers points. Enfin, Fleurieu, alors directeur des Ports et Arsenaux de la Marine, avait dressé lui-même les cartes qui devaient servir pour cette campagne, et y avait joint un volume entier des notes les plus savantes et de discussions sur les résultats de tous les voyages connus depuis ceux de Christophe Colomb.
Les deux bâtiments emportaient une prodigieuse quantité d’objets d’échange, une énorme quantité de vivres et d’effets, un « boat » ponté d’environ vingt tonneaux, deux chaloupes biscayennes, des mâts, un jeu de voiles et des manœuvres de rechange.
Les deux frégates mirent à la voile le 1er août 1785, et mouillèrent à Madère, treize jours plus tard. Les Français y furent accueillis par les résidents anglais avec une courtoisie et une affabilité qui les surprirent et les charmèrent tout à la fois. Le 19, La Pérouse relâcha à Ténériffe.
« Les différentes observations de MM. de Fleurieu, Verdun et Borda ne laissent rien à désirer, dit-il, sur les îles de Madère, Salvages et Ténériffe. Aussi les nôtres n’ont-elles eu pour objet que la vérification de nos instruments… »
On voit par cette phrase que La Pérouse savait rendre justice aux travaux de ses devanciers. Ce ne sera pas la dernière fois que nous aurons à le constater.
Tandis que les astronomes occupaient leur temps à déterminer la marche des montres astronomiques, les naturalistes, avec plusieurs officiers, faisaient une ascension du Pic et recueillaient quelques plantes curieuses. Monneron était parvenu à mesurer la hauteur de cette montagne avec bien plus d’exactitude que ses devanciers Herberdeen, Feuillée, Bouguer, Verdun et Borda, qui lui attribuaient respectivement 2 409, 2 213, 2 100 et 1 904 toises6. Malheureusement, ce travail, qui aurait mis fin aux contestations, n’est jamais parvenu en France.
Le 16 octobre, furent aperçues les îles, ou plutôt les rochers de Martin-Vas. La Pérouse détermina leur position et fit ensuite route au plus près, vers l’île de La Trinité, qui n’était distante que d’environ neuf lieues dans l’ouest. Le commandant de l’expédition, espérant y trouver de l’eau, du bois et quelques vivres, dépêcha une chaloupe à terre avec un officier. Celui-ci s’aboucha avec le gouverneur portugais, dont la garnison était composée d’à peu près deux cents hommes, dont quinze vêtus d’un uniforme, et les autres d’une seule chemise. Le dénuement de la place était visible, et les Français durent se rembarquer sans avoir rien pu obtenir. Après avoir vainement cherché l’île de l’Ascension, l’expédition gagna l’île Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil.
« Après quatre-vingt-seize jours de navigation, lit-on dans la relation du voyage publiée par le général Millet-Mureau, nous n’avions pas un seul malade ; la différence des climats, les pluies, les brumes, rien n’avait altéré la santé des équipages, mais nos vivres étaient d’une excellente qualité. Je n’avais négligé aucune des précautions que l’expérience et la prudence pouvaient m’indiquer ; nous avions eu en outre le plus grand soin d’entretenir la gaieté en faisant danser les équipages chaque soir, lorsque le temps le permettait, depuis huit heures jusqu’à dix.
« L’île Sainte-Catherine – dont nous avons eu plusieurs fois l’occasion de parler au cours de cet ouvrage – s’étend depuis le 27° 19’ 10’’ de latitude sud, jusqu’au 27° 49’ ; sa largeur de l’est à l’ouest n’est que de deux lieues, elle n’est séparée du continent, dans l’endroit le plus resserré, que par un canal de deux cents toises. C’est sur la pointe de ce goulet qu’est bâtie la ville de Nostra-Señora-del-Destero, capitale de cette capitainerie, où le gouverneur fait sa résidence ; elle contient au plus trois mille âmes, et environ quatre cents maisons ; l’aspect en est fort agréable. Suivant la relation de Frézier, cette île servait, en 1712, de retraite à des vagabonds qui s’y sauvaient des différentes parties du Brésil ; ils n’étaient sujets du Portugal que de nom et ne reconnaissaient aucune autre autorité. Le pays est si fertile, qu’ils pouvaient subsister sans aucun secours des colonies voisines. Les vaisseaux qui relâchaient chez eux ne leur donnaient, en échange de leurs provisions, que des habits et des chemises, dont ils manquaient absolument. »
Cette île, en effet, est extrêmement fertile, et le sol se serait facilement prêté à la culture de la canne à sucre ; mais l’extrême pauvreté des habitants les empêchait d’acheter les esclaves nécessaires.
Les bâtiments français trouvèrent en cet endroit tout ce dont ils avaient besoin, et leurs officiers reçurent un accueil empressé des autorités portugaises.
« Le fait suivant donnera une idée de l’hospitalité de ce bon peuple. Mon canot, dit La Pérouse, ayant été renversé par la lame dans une anse où je faisais couper du bois, les habitants, qui aidèrent à le sauver, forcèrent nos matelots naufragés à se mettre dans leurs lits, et couchèrent à terre sur des nattes au milieu de la chambre où ils exerçaient cette touchante hospitalité. Peu de jours après, ils rapportèrent à mon bord, les voiles, les mâts, le grappin et le pavillon de ce canot, objets très précieux pour eux et qui leur auraient été de la plus grande utilité dans leurs pirogues. »
La Boussole et L’Astrolabe levèrent l’ancre le 19 novembre, dirigeant leur course vers le cap Horn. À
