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UN NOËL DETONNANT SOUS LA NEIGE CANADIENNE Elyna, parisienne au tempérament de feu, s'attendait à un Noël tranquille au Canada pour le mariage de son frère. Mais tout bascule quand elle tombe sur "lui" : un séduisant Québécois, rencontré dans l'avion, qui lui propose un jeu de séduction aussi audacieux que dangereux. Pire encore ? Ils vont partager la même maison pour les fêtes, avec des chambres voisines. Témoin de la mariée et expert en flirt, il adore la pousser à bout. Elyna jure de résister. Seulement, entre les soirées au coin du feu, la neige qui tombe doucement et des regards qui en disent long, la tension devient impossible à ignorer. Alors, jusqu'où ira-t-elle avant de céder ? Et que cache-t-il derrière son sourire malicieux ? Ce Noël pourrait bien réserver plus de surprises qu'elle ne l'imagine... et pas seulement sous le sapin. Dans l'atmosphère féérique des fêtes, où chaque instant semble magique, Elyna va devoir se demander si elle est prête à prendre le risque de succomber à la tentation. Après tout, Noël, n'est-il pas le moment des miracles ?
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Seitenzahl: 373
Veröffentlichungsjahr: 2024
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„Love me, please love me
Je suis fou de vous.
Pourquoi vous moquez-vous chaque jour de mon pauvre amour ?“
Michel PolnareffLove me, please love me (1966) de Michel Polnareff.
« A toi, mon coup de foudre qui dure !
A toi, qui a capturé mon cœur alors qu’il était inaccessible,
A nous deux, qui avons traversé tant d’épreuves ensemble depuis que nous parcourons notre route main dans la main.
Pour nous, tout est allé très vite,
un regard et nous étions ensemble,
quelques jours et nous nous sommes dit « oui »,
quelques mois, et nous nous sommes offert le fruit de notre amour, notre belle et précieuse « petite » fille,
car lorsque l’on a la chance de trouver la bonne personne, il faut foncer, pour vivre pleinement et intensément chaque seconde, car la vie ne tient qu’à un fil…
Nous en savons quelque chose… »
« A vous, lecteurs, lectrices, qui allez me lire, je vous souhaite tout le bonheur du monde, et de vivre chaque seconde pleinement avec celui ou celle que vous portez dans votre cœur.
Et si vous n’avez pas encore trouvé votre moitié(e), je fais le vœu que vous croisiez son chemin très vite !»
Eva Baldaras
« Tu ne peux pas empêcher ton cœur de battre, tu ne peux pas empêcher tes yeux de regarder. Surtout lorsque tous tes sens sont attirés automatiquement par un autre être que tu portes dans ton âme. Cet autre être qui te fera oublier tout le mauvais de ta vie »
Eva BALDARAS
Prologue
Chapitre 1 : Départ
Chapitre 2 : Roissy
Chapitre 3 : l’avion et la fille de la photo
Chapitre 4 : Montréal
Chapitre 5 : deuxième fois
Chapitre 6 : Montréal
Chapitre 7 : Noël
Chapitre 8 : Salle de bain
Chapitre 10 : la glace et le feu
Chapitre 11 : seuls
Chapitre 12 : en ville
Chapitre 13 : Julian
Chapitre 14 : Alicia
Chapitre 15 : à cran
Chapitre 16 : enterrement de vie de célibataire
Chapitre 17 : le restaurant
Chapitre 18 : après l’incident
Chapitre 19 : après quoi ?
Chapitre 20 : le trip baise
Chapitre 21 : le trip de baise
Chapitre 22 : le lendemain matin, vingt-quatre décembre
Chapitre 23 : étrangers
Chapitre 24 : tensions
Chapitre 25 : le père Noël n’existe pas
Chapitre 26 : la promesse
Chapitre 27 : la promesse
Chapitre 28 : seuls au monde
Chapitre 29 : Noël et moi
Chapitre 30 : la surprise
Chapitre 31 : la surprise
Chapitre 32 : la vie
Chapitre 33 : Rien que toi
Chapitre 34 : rebelle
Chapitre 35 : ma belle
Épilogue 1 : semaine du Nouvel An
Epilogue 2 : le mariage, le 14 février suivant
Épilogue 3 : le 28 février un an plus tard
L’aventure de Ely et Noël continue…
Page de copyright
« Une voyante m’a prédit un jour que je rencontrerais l’homme de ma vie par hasard quand je m’y attendrais le moins. Qu’il serait bélier, un signe compatible avec le mien.
Alors s’il te plaît, père Noël, étant donné que cela fait maintenant un an que j’espère et que la solitude commence sérieusement à me peser (et surtout que je viens d’avoir trente ans et que je vais bientôt être très vieille), offre-moi cet homme pour Noël, cette année…
Fais-le tout de suite, pourquoi pas ? De la manière que tu veux ! Avec une marque de reconnaissance ! Ainsi, je saurai que tu existes…
Merci d’avance.
Ely »
C'est la semaine de Noël, celle où mon frère Julian va épouser sa fiancée québécoise, Charlie. Leur mariage aura lieu dans quatre jours, le soir du réveillon du 24 décembre. Quant à moi, je suis en route pour les rejoindre, assis dans cet avion à destination de Montréal, qui, à mon avis, tarde un peu à partir…
Sans la moindre information sur ce retard déjà accumulé de quinze minutes, et inquiète à l’idée que le vol puisse être annulé, j'interpelle poliment une hôtesse qui passe près de mon siège.
— Excusez-moi, pourriez-vous me dire pourquoi l’avion n’a pas encore reçu l’autorisation de décoller ? je demande, mes lèvres se crispant légèrement en un sourire.
Elle marque une pause et me répond d'une voix très douce, illuminée par un sourire radieux.
Je me demande comment les hôtesses de l'air réussissent à maintenir une telle bonne humeur en permanence.
— Oh, bien sûr. Nous attendons notre dernier passager et nous partirons tout de suite. Ne vous inquiétez pas, nous atterrirons bien à l’heure à Montréal !
— Je vous remercie.
Une fois qu'elle disparaît de mon champ de vision, je laisse échapper un soupir en regardant par le hublot, comme si cela pouvait changer quoi que ce soit.
Un passager qui se permet de nous faire attendre…
Puisqu'il faut patienter, ai-je vraiment le choix ? Non. Est-ce une raison de m'énerver ? Pas du tout !
Car aujourd'hui, je m'apprête à faire un vol de près de huit heures dans un avion plein à craquer, direction le Canada, en plein hiver, avec un décalage horaire de six heures. Et je suis ravie !
Ce matin, j’avais pourtant plusieurs raisons de m’agacer : d’abord, j’ai failli oublier ma trousse de toilette, heureusement sauvée in extremis par l’un de mes colocataires qui m’a rattrapée dans l’escalier, l’objet en main. Ensuite, j’ai failli manquer mon taxi, qui m’attendait déjà depuis dix minutes.
Sans compter les embouteillages à Paris causés par une grève. Et pour couronner le tout, j’ai failli glisser sur une peau de banane… ce qui m’a fait éclater de rire ! Rien ne peut gâcher ma journée, absolument rien !
Je souris en me disant qu'à l'hôpital, on ne pourra pas me solliciter en cas de besoin, car je serai éloignée : de véritables vacances ! Pourtant, j'éprouve tout de même une légère culpabilité…
J’espère que mes collègues qui sont de garde les jours de fête n’auront pas trop de travail.
Je respire profondément, puis jette un œil à travers le hublot pour y découvrir le bitume et le ciel gris. Les premiers flocons sont tombés sur Paris ce matin. Ils prévoient une tempête de neige. C’est bien la première fois depuis des siècles qu’il fait ce temps-là ici !
On dirait que tout change.
Comme à chaque fois pendant cette période, mon esprit se rappelle la tragédie qui a frappé mes parents il y a cinq ans. Un accident idiot, un jour de froid glacial, sur une route glissante et enneigée. A la date d’anniversaire de leur mariage : un 24 décembre. Je me demande si Julian a choisi cette date exprès en leur mémoire.
Puis, je pense à ma vie sentimentale. Une catastrophe depuis que j’ai quitté Noah quand j’ai découvert son infidélité, il y a un an ! Je suis persuadée que je ne trouverai jamais d’homme qui me conviendra, malgré ce que m’a dit cette stupide « voyante » de foire l’été dernier.
Une certaine amertume me gagne et je soupire. Mes parents me manquent toujours autant. La vie est injuste. Ce qu’il leur est arrivé est injuste. L’hiver ne devrait pas exister. Jamais.
Et moi, je suis seule à Paris.
Mon petit frère vit au Canada depuis maintenant deux ans officiellement. Comme un vrai citoyen, je veux dire. Depuis qu’il a mis les pieds là-bas avec un programme d’étudiants, il en est tombé amoureux.
Le Canada. Le pays des immenses espaces, celui qui l’a fait rêver depuis tout enfant. Ce pays qui lui a offert son premier poste de journaliste et celui où il a rencontré sa future femme. Je suis l'unique famille qui lui reste et bientôt, il va en construire une à lui.
Je soupire, encore.
Il va se caser à seulement vingt-cinq ans et moi, qui en ai trente, je n’ai toujours pas trouvé chaussure à mon pied.
En songe, je revois son visage, que j’aperçois via FaceTime au moins une fois par semaine, et un sourire étire mes lèvres. J’adore mon petit frère.
Je me demande si je ne devrais pas envisager un nouveau départ moi aussi. Partir à Montréal ? Je suis infirmière, peut-être pourrais-je me renseigner pour savoir comment postuler à un poste dans un hôpital québécois ? Julian m’a souvent proposé de m’aider à faire les démarches administratives pour devenir résidente au Québec, mais jusqu’à présent, je n’étais pas d’accord. Alors que finalement…
Mes lèvres coulent un sourire et je me sens déjà beaucoup mieux.
Pourquoi ne pas envisager de vivre au Québec ? Montréal est une ville francophone, ce qui signifie que je n'aurai même pas besoin de parler anglais. De plus, il semble qu'elle recèle des trésors insoupçonnés. Certes, les hivers y sont souvent très rigoureux, avec des températures largement négatives, mais les étés, en revanche, sont agréables : ni trop chauds, ni trop frais.
Une chaleur inonde ma poitrine.
Cette idée me plaît de plus en plus.
Qu’est-ce qui me retient à Paris actuellement ?
Mon boulot.
Et mon travail ne sera plus un problème.
Mes amis colocs ?
Je peux entretenir une relation à distance et les revoir lorsque je viendrai à Paris « en touriste ».
Mon visage s’illumine, je suis satisfaite de ma réflexion : dès mon arrivée au Québec, j’y songerai sérieusement !
Je prends une profonde inspiration et je me sens de mieux en mieux.
Et moins seule.
Je jette un dernier coup d'œil par le hublot quand quelqu'un s'assoit soudainement à mes côtés. Intriguée, je me tourne vers lui pour découvrir qui il est.
Ou plutôt pour observer son visage… ou, plus précisément, ses yeux : de superbes iris gris qui se posent brièvement sur les miens, s’éloignent puis reviennent, comme si la scène se déroulait au ralenti. Mes yeux, figés, semblent en quelque sorte reliés aux siens par un fil invisible. On dirait que son regard est… aimanté, car je n'arriverai pas à m’en défaire.
Une onde de désir inattendu m’enflamme.
C’est quoi, cette nouveauté ?
Père Noël, c’est toi qui me fais ce coup-là ?
Le pilote annonce le décollage : a priori, c’est mon voisin qu’on attendait.
— Pourquoi me fixez-vous de cette façon ? me demande-t-il comme un reproche.
Déstabilisée par sa phrase d’entrée en matière insolente alors qu’une introduction par un « bonjour » aurait été plus appropriée, le rouge me monte aux joues. Je suis consciente de l’effet que son regard brûlant a sur moi, de l’attrait qu’il dégage et de l’intensité de son expression sombre. Pourquoi me scrute-t-il comme si je le fascinais, maintenant ? Ses prunelles grises semblent scintiller...
Non, mais, pourquoi j’ai l’impression qu’il me déshabille virtuellement ?
Je me racle la gorge pour reprendre mes esprits qui s’égarent, puis je me présente.
— Bonjour, je m’appelle Elyna, lui réponds-je d’une voix aimable.
Il incline la tête et me dévisage avec de gros yeux, comme si j’étais une extraterrestre. Mes narines détectent son odeur : un soupçon de parfum musqué et définitivement alléchant pour mon pauvre cerveau désorienté par son sex-appeal.
Il plisse le front et retrousse sa lèvre supérieure la bouche ouverte, comme s’il éprouvait du dégoût.
À mon tour, maintenant.
Je fronce les sourcils et j’ose une remarque qui le provoque, bien qu’elle soit d’actualité.
— Je trouve que vous n’êtes pas très poli, monsieur.
Il lève les yeux au ciel, puis souffle sans me répondre, comme si je l’importunais. Ma bonne humeur et mon trouble me quittent. Déterminée à ne pas me coltiner cet énergumène pendant tout le voyage, je décide d’interpeller l’hôtesse de l’air pour qu’elle m’autorise à changer de siège.
Par chance, celle-ci exécute une nouvelle traversée dans « notre » couloir.
— S’il vous plaît ! Puis-je permuter ma place avec celle d’un passager qui l’acceptera ? Un homme, de préférence. Je dis ça par rapport à cet individu, qui ne me paraît pas très affable avec la gent féminine, lui dis-je en désignant d’un doigt le type à mes côtés.
La jeune femme s’arrête pour me répondre, mais elle est prise de court par mon voisin provisoire, qui la devance.
— C’est impossible, car en cas de crash, il faudra que la compagnie aérienne puisse vous identifier pour annoncer votre décès à vos proches.
Charmant !
L’hôtesse me lance un regard horrifié et réconfortant à la fois. Je me demande d’ailleurs comment elle arrive à faire cela.
Elle confirme les dires de l'abruti à mes côtés. Enfin, en quelque sorte.
— C’est interdit dans les règles de notre entreprise, mademoiselle. Vous devez rester à votre place.
Un sourire professionnel s’affiche sur ses lèvres, elle puis massacre mon voisin d'un coup d'œil, avant de terminer sa prose :
— Il n’y aura pas de crash, monsieur. Inutile de faire peur à tout le monde.
Sans aucun autre mot, elle poursuit son chemin en le fusillant du regard une nouvelle fois, pendant que je pousse un long et profond soupir exaspéré, trahissant ma déception. Je vais devoir le supporter pendant tout le voyage.
C’est une blague, père Noël ? Si c’est ça, ce n’est pas drôle !
Le mec à côté de moi se laisse aller contre le dossier de son siège, puis ferme ses paupières en marmonnant.
— Elle est dingue de moi.
Je lève les yeux au ciel et secoue ma tête rapidement de gauche à droite.
Comme s’il était irrésistible !
Il m’agace tellement en cet instant que je ne peux m’empêcher de rétorquer une réplique bien salée à son intention, même s’il semble s’être assoupi. Tant pis si je le réveille !
Père Noël, je ne suis pas désespérée à ce point !
— Je doute qu’un homme de votre espèce, aussi mal élevé et arrogant, intéresse une seule femme ici !
Il roule la tête sur son dossier dans ma direction et ouvre les yeux d’un coup pour me fixer. Un éclair envahit mon estomac : angoisse ? Peur ? Effet de surprise ?
Dernière proposition valable…
Ses lèvres laissent échapper un sourire en coin avant d’articuler des mots. Sa bouche est…
Mon Dieu, mais pourquoi je pense à sa bouche, moi ?
— Vous ne le savez pas encore, mais vous coucherez avec moi, m’affirme-t-il.
Je me raidis, stupéfaite.
Il est sérieux, là ?
Je fulmine et lui lance un regard meurtrier. Indifférent, il ferme les paupières avec insolence, puis continue de plus belle.
— M’envoyer en l’air dans les toilettes d’un avion m’a toujours fait fantasmer.
Hein ? Il m’invite à… quoi ?! Non, mais quel culot !
— Eh bien, pas moi !
— Vous n’en êtes pas certaine. Alors, ça vous dit ? poursuit-il, les yeux clos.
Je n’en crois pas mes oreilles ! Quelle impertinence ! Pour qui me prend-il ? Je ne couche pas avec le premier venu !
La moutarde me monte au nez, chatouille mes narines tandis que je tente par tous les moyens de contrôler mes nerfs, qui sont à vif.
— C’est non, sans façon ! terminé-je, outrée.
Franchement, père Noël, tu abuses, là !
— Vous ne le regretteriez pas… me dit-il encore en rouvrant les yeux.
— J’ai un petit ami ! lancé-je du tac au tac, alors que c’est faux et que je ne sais pas pourquoi je dois me justifier.
Ni pourquoi je me sens obligée de le fixer à chaque fois que l’un de nous deux parle !
— Ça ne me gêne pas, me rétorque-t-il.
Je n’y crois pas ! Son toupet me révolte.
Je lui réponds d’un ton sec, excédée.
— Moi, si.
Connard arrogant ! S’il continue, je vais porter plainte !
— OK, comme vous voulez. Ma proposition est valable pendant le vol, conclut-il en prenant une forte inspiration.
Non, mais quel abruti ! Je suis certaine que de la fumée s’échappe de mes oreilles tant mon énervement arrive à son paroxysme. Je bous intérieurement. D’ailleurs, cela doit se voir sur mon visage, car j’ai soudain très chaud.
Tu parles d’un cadeau !
— Non, mais à quel moment vous ai-je dit que vous m’intéressiez ? m’écrié-je.
— Lorsque vous avez maté mes yeux et mes mains, me dit-il en m’adressant un clin d’œil appuyé.
— Non, mais, à quel moment vous ai-je laissé croire que vous pouviez me faire une telle proposition ?
— Lorsque vous avez jeté un œil à mon entrejambe tout à l’heure, me répond-il en désignant cette partie de son anatomie avec son index droit.
Mon visage s’empourpre pour de bon alors que je refuse qu’il le fasse, mais celui-ci ne m’écoute pas. J’ai juste jeté un œil comme ça… par inadvertance !
C’est vraiment vrai, ce que tu racontes ?
Oui, je sais, père Noël, je l’ai « un peu » regardé « à l’endroit que tu sais », mais il tire des conclusions trop hâtives ! Et puis, je t’avais demandé un homme genre relation stable, pas un coup vite fait dans un avion !
— Quoi ? Non, mais je rêve ! Je ne vous ai pas… j'observais le… bref, à quel moment vous ai-je autorisé à me parler ? lui demandé-je en bégayant, complètement perturbée.
Il détourne son regard de moi avant de me répondre d’un ton ironique.
— Je n’ai pas besoin d’une autorisation, je fais ce que je veux et là, je n’ai plus envie de vous parler. J’ai eu un dur moment tout à l’heure et une journée de merde.
Ensuite, il ose me dévisager une nouvelle fois. Ses pupilles ont l’air de sourire pendant que je plisse mes yeux d’une hargne qui l’abat sur place. Si j’avais un flingue, je crois bien que j’aurais descendu ce type.
Excuse-moi, père Noël, mais il pousse le bouchon un peu loin !
— Ça tombe bien, moi, je n’ai jamais eu envie de vous parler, conclus-je en croisant mes bras autour de ma poitrine tout en serrant mes dents.
Il m’énerve à un point inimaginable, autant que ses mains qui me font de l’œil.
Non, mais je divague ou quoi ?
— Cool ! me répond-il comme s’il était finalement soulagé, ce qui m’agace davantage.
— Fermez-la ! crié-je peut-être un peu trop fort.
Imperturbable, le mec fait mine de n’avoir rien entendu, puis reprend le fil de la conversation comme si elle était naturelle. Et surtout, comme si je l’avais autorisé à me parler !
— Sinon, vous vous rendez à Montréal pour affaires ? ose-t-il me demander en changeant de sujet sur un ton plus cordial.
— Ça ne vous regarde pas ! lui rétorqué-je.
J’ai dû élever légèrement la voix, car l’hôtesse refait une apparition pour prendre de mes nouvelles. À ma grande stupeur, je la chasse en m’attaquant à elle, alors qu’elle n’y est pour rien dans ce qui m’arrive.
— Vous allez bien, mademoiselle ? s’inquiète-t-elle.
— Je ne vous ai pas appelée, que je sache ! Je suis très bien, merci !
Je suis tout à fait consciente que mon ton est un peu rude alors qu’elle essaie juste de m’aider face à l’énergumène qui ne cesse de m’importuner, mais je ne m’excuse pas, car je peux me débrouiller toute seule ! Et surtout, je ne donnerai pas ce plaisir au mec du siège d’à côté, qui risquerait de penser que je suis une poule mouillée.
— Très bien, me répond-elle avec un visage sans sourire.
Je crois bien que je me suis fait une ennemie. Il faudra que j’aille la voir tout à l’heure pour m’excuser.
— En colère, vous êtes bandante, ajoute-t-il. Jetez un œil à mon entrejambe, il durcit…
Au summum de ce que je peux supporter, je me redresse. Ma main se lève instinctivement puis je lui assène une gifle magistrale sur sa joue droite, ce qui m’oblige à me rapprocher de lui. Il porte sa paume à son visage, attrape la mienne au vol avec son autre main et je reçois une décharge électrique. Un sourire diabolique apparaît sur ses lèvres.
— OK, j’imagine que je l’ai méritée. En fait, je voulais juste vous tester. Vous ne seriez pas sur la liste des femmes avec qui je pourrais coucher, de toute manière. Quoique…
Il semble réfléchir, puis poursuit sur un ton nonchalant :
— Non, désolé, vraiment, vous n’êtes pas mon genre, conclut-il avant de me lâcher.
Quel goujat ! Du coup, ses yeux gris me paraissent un peu fades.
Un frisson s’échappe de mon corps lorsque sa paume glisse sur la mienne en me libérant.
C’était quoi, cette sensation bizarre… ?
J’inspire un bon coup, puis expire lentement pour me calmer avant de lui répondre.
Sa main était si douce…
Non, mais je délire ?!
— Vous non plus, vous n’êtes pas mon type. De toute façon, je n’aime pas les retardataires qui font attendre un avion entier en se prenant pour le nombril du monde.
Donc, je ne suis pas assez bien pour lui ? Connard ! Tu crois que tu es mon genre, toi ?
Peut-être, finalement, sans cette insupportable impertinence…
— J’ai perdu un pari avec mon meilleur ami et je me suis engagé à coucher avec tous les contacts féminins qu’il a enregistrés dans son téléphone, donc j’aurai bientôt ce qu’il me faut, m’avoue-t-il soudain.
Mais je m’en fiche !
Sérieux, père Noël, ton cadeau ne me va pas du tout !
Et toi, la voyante, ta rencontre au hasard, pfff…
Il boucle sa ceinture pendant que je porte ma bouteille d’eau à ma bouche, puis reprend d’une voix incroyablement douce.
— Quoique, si vous voulez vous envoyer en l’air dans les toilettes de cet avion... bon, OK, j’arrête... Au fait, mon engin est de taille XXL…
Hein ? Père Noël, stoppe-le ou je te jure que je vais l’étrangler !
J’avale de travers, puis tousse tandis qu’il éclate de rire.
— Je fais toujours ça la première fois que je parle aux femmes, termine-t-il avec un clin d’œil.
— Vous n’êtes pas mon type d’hommes, je déteste les barbus !
— Ça, ça peut s’arranger… en fait, je n’aime pas les blondes non plus.
Ça, ça peut s’arranger… aussi…
C’est toi qui m’as fait songer de telles bêtises, père Noël ?
Je vais faire semblant de ne rien avoir entendu et observer avec curiosité les nuages à travers le hublot. Je vais dormir et lire pendant tout le voyage. Penser à autre chose que la chaleur qu’il a provoquée entre mes cuisses.
Père Noël, à partir de maintenant, reste en dehors de ma vie sentimentale.
Je tapote nerveusement mes ongles sur la tablette devant moi. C’est plus fort que moi, je ne peux pas passer outre de son comportement. Donc, j’ajoute encore une remarque à son attention, alors que je devrais me taire.
A ma décharge, il est tellement agaçant !!!
Quelqu’un doit le lui apprendre.
— Vous… vous êtes exaspérant !
Il me scrute un instant et son regard me donne des picotements dans le bas-ventre.
C’est une traduction de la colère dans mon corps, sans doute… quoi d’autre ?
— Finalement, je me suis trompé. Avec votre allure de Parisienne guindée, je pensais que vous étiez superficielle… que vous n’aviez rien dans le ventre et je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie de vous pousser à bout, pour voir jusqu’où vous me laisseriez aller.
Il se penche vers moi. Son souffle m’attrape de plein fouet, puis me donne le vertige. Mon cœur tape dans mes tempes.
— Je suis ravi de constater que vous ne vous laissez pas faire. N’y voyez rien d’autre, termine-t-il avec un clin d’œil.
C’était donc un test ?! Il me provoquait ? Mais pourquoi ? Et puis, qu’est-ce qui ne lui convient pas dans mon allure ?
De quoi je me mêle, d’ailleurs ? Je m’habille comme je veux !
— C’est certain, je ne suis pas du style, mais en quoi cela vous importe-t-il ? lui demandé-je d’un ton plus modéré en lui jetant un coup d’œil à la dérobée, alors que sincèrement, je ne comprends pas pourquoi je poursuis la conversation avec lui.
Et pourquoi j’ai l’impression que ses prunelles s’accrochent aux miennes à chaque fois qu’il me regarde… ?!
— Parce que j’aime bien que les femmes qui me plaisent me résistent d’abord.
Je ne sais pas pourquoi, mais là, j’ai envie qu’il m’emporte avec lui quelque part, me plaque contre un mur, écrase ses lèvres sur les miennes et me fasse taire.
Non, mais je suis sincèrement tarée ! Père Noël, au secours !!
— Je suis désolé. Aujourd’hui, j’ai vraiment eu une dure journée, je voulais juste plaisanter un peu, conclut-il avec une étincelle dans les yeux.
Son aveu me transperce et j’ai mal au ventre, un truc bizarre… Comment vais-je arrêter cette chaleur qui ne cesse d’augmenter entre mes cuisses, maintenant ?
J’ai besoin de chocolat, beaucoup de chocolat !
Il m’offre un sourire tellement sexy que cela me chamboule, mais m’envoyer en l’air avec un inconnu… très peu pour moi !
Il détourne sa tête, puis se détend sur son siège, ferme les yeux et me laisse tranquille une bonne fois pour toutes.
Moi, je serre les cuisses en écoutant la voix du pilote qui surgit enfin.
« Mesdames, messieurs, bienvenue à bord de ce Bœing 777 à destination de Montréal. La durée du vol sera de sept heures et trente-cinq minutes. Nous atterrirons à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau à dix-sept heures trente-sept heure locale. Aucune perturbation n’est prévue pendant toute la durée du vol. Nous vous souhaitons un agréable vol en notre compagnie et vous remercions d’avoir choisi Air France ».
Sept heures trente-cinq minutes à supporter mon voisin !
Ou plutôt l’effet qu’il a sur moi, parce qu’il est assis dans le siège d’à côté et qu’il m’ignore complètement.
Et moi ? Idiote que je suis ?!
Je brûle d’envie pour un inconnu qui m’insupporte !
Bordel ! Je me demande ce que je fous encore ici après soixante-douze heures de garde au lieu de me coucher pour être en forme demain.
Je déteste les au revoir. Moi, lorsque je pars, je m’en vais. Sans un regard en arrière.
— Tu es certain que tu as envie de rentrer chez toi définitivement ?
Je hoche la tête et avale une gorgée de bière. Mon ex boss s’assied sur le tabouret à mes côtés et pose son verre sur le bar.
— Dans tous les cas, si tu changes d’avis, tu sais que tu as toujours ta place dans cet établissement de santé. Tu es un chirurgien hors pair, Noël.
— Merci, Antoine, ça a été un plaisir de travailler avec toi. L’hôpital te regrettera lorsque tu quitteras tes fonctions. Un directeur qui s’intéresse d’abord à l’humain aussi bien que toi est précieux.
Il me sourit. Mon regard se pose sur les bouteilles d’alcool disposées derrière le comptoir de ce troquet parisien aux allures de pub irlandais où nous terminons la soirée.
— Le prochain n’est pas mal non plus, c’est un ami. Pour ma part, je m’en vais dans le sud profiter un peu de ma famille, que je ne vois que très rarement. À cinquante ans, il est grand temps que je pense à elle, tu ne crois pas ?
J’acquiesce d’un geste de la tête.
Sa femme et sa fille se trouvent à Montpellier, elles n’ont jamais voulu habiter à Paris. Je me demande comment il a tenu si longtemps loin d’elles.
Enfin, moi aussi, je suis loin des miens. Le Québec n’est pas tout près d’ici.
Je soupire et frotte ma barbe machinalement.
Maintenant, c’est l’heure de repartir chez moi. Je me suis assez exilé dans la capitale française. D’ailleurs, Antoine en connaît les raisons.
Deux ans pour oublier.
Deux ans qui ne m’ont pas fait perdre le souvenir de l’être que j’aimais le plus au monde.
À trente ans, il faut que je songe à moi.
— Toi, je pensais que tu allais te caser avec qui tu devines, me dit-il avec un clin d’œil en posant ses mains sur son pantalon en toile.
Je secoue la tête en riant et retrousse les manches de mon polo.
— Lisa est une erreur. Juste une fois qui n’a pas compté.
— Ah ? Je croyais que c’était plus sérieux entre vous. Bah, tu sais comment c’est, elle se voyait déjà au bras d’un chirurgien de renommée et en parlait partout !
Comme toutes celles qui m’ont fait du charme ces derniers temps.
Les femmes sont-elles toutes intéressées ? Je n’en sais rien. Je n’ai eu qu’une petite amie il y a cinq ans et je me souviens à peine de son odeur. Ni de ce qu’elle désirait vraiment. Enfin, si. Elle détestait rester seule lorsque je partais au boulot. Trop souvent, selon elle. S’unir avec un comptable est plus confortable de ce point de vue, je suppose.
D’ailleurs, j’ai appris de mes parents qu’elle nageait dans le bonheur avec son mari et son enfant.
Je suis heureux pour elle.
Mon ex-boss boit une gorgée de panaché et repose son verre sur le comptoir avant de bifurquer à un autre registre.
C’est drôle, il porte le même polo bleu que moi.
— Tu fêtes Noël chez ta mère et ton père ? me demande-t-il en passant une paume sur ses cheveux bruns d’une manière automatique.
Je secoue la tête avant de préciser ma pensée. Il connaît toute mon histoire, c’est devenu un ami. Celui qui m’a tendu la main sans hésiter une seconde, alors que je nageais en pleine tristesse à l’époque. D’autres ne m’auraient pas laissé ma chance, car un médecin ne doit pas montrer ses sentiments ni ses émotions, n’est-ce pas ? Il doit mettre des œillères et avancer. Dans sa vie comme au boulot. Enfin, surtout au travail. Seulement nous sommes des hommes et certains passages de nos existences nous marquent. À l’hôpital, j’exerçais mon métier, sans m’étendre sur ma vie personnelle. J’étais mal et n’avais envie de rien, sauf de soigner. Il m’a fallu tout ce temps pour retrouver un semblant de sourire.
Et une photo.
— Chez Charlie et son fiancé, à Montréal, ils se marient à Noël. Je me rendrai chez mes parents plus tard, ils habitent à Québec. Je commence mon nouveau poste à l’hôpital de Montréal officiellement la semaine qui suit le réveillon. Mon contrat est déjà signé, comme tu le sais.
Il incline la tête, puis fait une moue approbatrice.
— Aucune chance de te retenir, alors ?
Je lui assène un petit clin d’œil complice. Ses yeux bleus me scrutent.
— Aucune.
— Et la prédiction de la voyante de l’autre jour ?
Je ne crois pas aux présages, mais une patiente a tenu à me remercier en me tirant les cartes, elle y a deviné un avenir merveilleux pour moi. Étrange cadeau, mais j’ai cédé. Allez savoir pourquoi.
Parce que je suis content qu’elle vive et je voulais lui faire plaisir.
— C’est n’importe quoi ! ris-je.
On s’esclaffe tout en avalant nos boissons cul sec, avant de commander une nouvelle tournée.
Mon esprit est déjà ailleurs. À demain, plus exactement. À l’aéroport, puis dans l’avion, destination le Canada.
Ma main droite se pose inconsciemment au milieu de ma poitrine. J’ai la sensation que quelque chose se déchire en moi dans l’expectative de quitter Paris. Comme si quelqu’un pouvait me retenir. Quelqu’un que je ne connais pas encore. Et ce sixième sens m’emmerde.
Je ne peux plus envisager de rester en France. Mon existence est dans mon pays natal.
Là où était la sienne.
Chasser les démons qui me hantent depuis son décès en m’expatriant ne sert à rien, car ils sont présents, toujours aussi tenaces. Même à des milliers de kilomètres du cimetière où repose son corps.
La prédiction de la voyante dont j’ai sauvé la vie ?
« Vous partirez d’ici pour rentrer chez vous. Puis vous reviendrez sur vos pas, car la femme qui vous est destinée se trouve juste à côté de vous, à Paris, dans l’hôpital où vous travaillez. Vos yeux gris rencontreront ses yeux verts et ne se lâcheront plus. Vous serez de retour en début d’année prochaine. »
Je secoue la tête mentalement.
C’est idiot ! Tout est réglé. Plus d’appart depuis une semaine, plus de boulot à partir de maintenant, plus de rien du tout ici.
Soudain, la même sensation désagréable me surprend au milieu de ma poitrine. Cette fois, elle me rend fébrile.
Lisa ne compte pas, c’était juste un coup d’un soir. Et l’autre… n’existe pas pour moi. L’inverse est encore plus vrai.
Alors, pourquoi tu as l’impression que tu ne veux pas quitter Paris définitivement ?
Putain, si je savais !
Quoi qu’il en soit, je dois prendre cet avion. Et je ne dois pas le rater. Ça, c’est une certitude.
Je sors mon téléphone de la poche arrière de mon jeans et regarde l’heure machinalement : minuit. Je vais rentrer à l’hôtel, ma valise n’est pas encore complètement prête et je dois me reposer.
Une nouvelle vie m’attend et j’ai hâte de la commencer chez moi.
Lorsque je sors du taxi, une bourrasque me gifle. Le vent souffle fort, aujourd’hui.
Je resserre le col de ma veste et m’empresse de rejoindre l’arrière du véhicule pour récupérer mon bagage. Il fait froid, à peine un degré d’après la météo, mais rien de comparable aux températures de la ville de Québec, où je suis né.
Le chauffeur sort ma valise du coffre de sa voiture et je l’empoigne, juste avant de payer ma note.
Je soupire et passe une main sur mon visage fatigué. Après notre soirée, Antoine a été bipé en urgence. Le chirurgien de garde n’était pas joignable, moi si. Donc j’ai pris le relais à l’hôpital de deux heures à quatre heures du matin. Autant dire que je suis content de ne pas piloter l’avion dans lequel je vais prendre place.
Ma patiente est décédée sur la table d’opération, je n’ai rien pu faire de plus, elle est arrivée trop tard aux urgences. Je déteste quand l’issue n’est pas heureuse.
Je soupire et enfile mes œillères comme d’habitude pour oublier ce qui s’est passé. Ne pas porter le malheur de son mari sur mon dos et ses pupilles remplies de douleur lorsque je lui ai annoncé la triste nouvelle. Je ne suis pas Dieu, je ne suis qu’un être humain.
— Vous partez loin ? me demande-t-il, me tirant définitivement de mes pensées.
— À Montréal.
Il hausse les sourcils et exécute une moue d’étonnement.
— Vous auriez mieux fait de vous mettre en combi de ski. Mon frère habite là-bas et a priori, ça caille à vous brûler les os ! rit-il.
Son sourire amène le mien.
— J’ai l’habitude, je suis Canadien.
Il pointe son index devant lui et me fait signe d’un geste de la tête. Je le suis.
— Quoique, quelques flocons commencent à tomber, regardez ! Il paraît même qu’on prévoit une tempête de neige ! Ça fait longtemps qu’on n’a pas été bloqués sur les routes ! s’esclaffe-t-il.
— Faites attention, dans ce cas, lui dis-je sérieusement, ma vocation revenant au galop.
Quelques-uns peuvent s'échouer du ciel, c’est vrai, mais dans cette capitale, un demi-millimètre de poudre blanche s’entasse sur le bitume et c’est déjà le black-out.
Il n’en demeure pas moins que les imprudents tentent le diable. Et qu’en cette période, les médecins deviennent une denrée plus rare encore.
— Bon voyage et joyeuses fêtes, alors ! conclut-il en grimpant sur le siège conducteur.
Un signe de la main en sa direction plus tard et j’entre dans l’aéroport.
L’an dernier, j’ai passé Noël à l’hôpital, avec un maigre plateau-repas que j’ai à peine touché entre deux urgences. Cette année, j’assisterai au mariage de Charlie, l’ex de mon frère. Celle avec qui j’entretiens d’excellentes relations.
Elle épouse un Français dans quatre jours, un mec exilé au Québec. Julian est devenu un pote. Pourtant, je ne l’ai vu qu’une seule fois physiquement. Nous avons pris l’habitude de discuter régulièrement sur FaceTime. Amoureux des grands espaces et de la neige comme moi, il a toujours rêvé d’y vivre. Il avait intégré un programme d’étudiants. Mon pays lui a offert son premier poste de journaliste.
Il a rencontré mon amie il y a deux ans, après le départ de mon frère. Il l’a réconfortée et elle a fini par lui céder. Ou l’inverse, Charlie est très spontanée et entreprenante, si je peux dire ça ainsi. Jurer que ça ne m’a rien fait de la voir passer à autre chose serait mentir, car j’ai pensé qu’elle oubliait trop vite celui qui devait être son amour éternel. Seulement, le passé doit rester à sa place, le temps défile, et Julian est un chouette gars.
Je soupire.
Lui aussi a eu ses déboires. Comme Charlie et moi.
Ses deux parents sont morts dans un accident de voiture, en glissant bêtement sur une plaque de verglas, laissant deux orphelins. Lui, et sa sœur. Le pire ? Ils ont perdu la vie le jour de l’anniversaire de leur mariage, un 24 décembre. Charlie et Julian ont décidé de se dire oui à cette date. Une manière de conjurer le sort, je suppose. Mon frère est décédé pendant la période de Noël lui aussi, à la même date. Comme les parents de mon futur presque beau-frère.
En ce qui me concerne, je suis toujours seul. Je m’enfonce dans le travail. Mon unique raison de poursuivre. Ma destinée.
Vivre pour soigner les autres.
Je grimace en pensant qu’à l’hôpital, personne ne pourra m’appeler à la rescousse en cas de besoin, car je serai loin. Seulement, c’est mon choix, ils devront faire sans moi, maintenant.
J’espère que mes collègues qui sont de garde les jours de fête n’auront pas de cas difficiles à traiter. Que les urgences disparaîtront et que les personnes passeront un bon Noël sans emmerdes.
Les drames seront toujours monnaie courante, malheureusement.
Je respire profondément, puis accélère le pas.
Sans prévenir, l’image d’une photo de femme traverse mes pensées.
Je secoue ma tête pour l’effacer.
Je ne sais pas pourquoi cette fille m’obsède ainsi. Elle vit à Paris, je ne la rencontrerai jamais. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vue physiquement. Pourtant, mon cerveau ne songe qu’à elle depuis que mes yeux ont accroché les siens sur ce papier glacé. Je dois entamer une désintoxication spirituelle !
Je rentre chez moi. Définitivement.
J’enregistre mon seul bagage en soute et me rends dans la boutique duty free, pour acheter un souvenir de Paris. Une tour Eiffel, un bouquin, quelque chose, pour ceux qui vont m’accueillir chez eux. Je déteste arriver les mains vides, même s’ils vont me haïr, car ils ont le cœur sur la main et ne souhaitent rien en retour. Comme l’an dernier, quand je leur ai rapporté deux mugs à l’effigie de l’Arc de Triomphe. Ils ont braillé comme des putois et en définitive, ils prennent toujours leurs cafés dans mes tasses.
Ma bouche dessine un sourire à la pensée de ce que je vais leur offrir : un voyage de noces aux Bahamas. Ils ne s’attendent pas à ce cadeau de mariage, car ils refusent cette idée de trip après leur union, mais ils n’auront pas le choix.
Une certaine amertume me gagne et je soupire. Ma moitié me manque beaucoup. Depuis ce jour fatidique, j’ai l’impression qu’un morceau de moi est parti avec elle.
Après avoir acheté deux porte-clés à l’effigie de Paris, je passe le contrôle avec succès et me dirige vers le hall d’embarquement. Un pas plus tard, mon téléphone sonne dans ma poche. Je décroche.
— Salut, Charlie ! Déjà debout ? me moqué-je.
— Il est presque onze heures du matin, on dort plus depuis longtemps ! me répond-elle avec un soupçon d’agacement.
J’adore l’emmerder. Parce qu’elle démarre toujours au quart de tour.
Et que je suis taquin, en plus, - je l’avoue,- d’être un brin chiant quand je m’y mets.
Ma façon à moi de décompresser. Ma carapace.
— Tu es bien à bord de l’avion, j’espère ? reprend-elle avec le plus grand sérieux.
— Dans quoi ?
Elle soupire.
— Tu déconnes, là, encore !
Je lâche un petit rire.
— Non, sinon je ne te répondrais pas, lui dis-je sans blaguer.
— Ouais, enfin, tu m’as compris. Tu as le billet que je t’ai réservé, hein ?
Elle a tenu à me le payer, je pense pour être certaine que je me rendrais à son mariage. Comme si j’allais rater ça !
— Un billet ? Quel billet ? Merde c’est vrai, je dois en acheter un !
— Tu me fais chier, tu sais ça ?
— Oui, je l’ai ! D’ailleurs, je te le rembourserai dès mon arrivée.
— Tu rigoles, j’espère ?
— Pas cette fois-ci, ris-je.
Je prends place sur un siège de la salle d’embarquement.
Mes pupilles se posent sur une brunette qui me dévisage curieusement. Charlie poursuit.
— Tu es pénible, tu en as conscience ?! Bon… tu restes au moins deux semaines ?
— Comme prévu, le temps de chercher un appart à Montréal. L’agence m’a déjà fait plusieurs propositions.
Mes yeux dévient sur une femme de dos, et sur sa chevelure blonde qui tombe en cascade sur son manteau. Un spasme inopiné contracte mon estomac. Au moment où elle pivote sur elle-même, je baisse mon regard sur mes chaussures.
— À Montréal ? Mais pourquoi ? Tu te fous encore de ma gueule ? me demande-t-elle étonnée.
— Je suis très sérieux, Charlie, je quitte Paris pour toujours.
Trop tard pour la nouvelle, je viens de me trahir. Personne ne sait que je rentre définitivement chez moi. Ni elle, ni mes parents, ni ma famille. J’avais prévu de rester chez Charlie, et ensuite de prendre une location en attendant d’acquérir ma maison. Inutile de le lui demander, elle m’a martelé qu’elle m’accueillerait les bras ouverts si un jour je décidais de revenir.
Surprise !
— Parce qu’il est temps pour moi de passer à autre chose, mon nouveau poste m’attend à l’hôpital de Montréal, lui apprends-je.
— Quoi ?
— On dirait que tu n’es pas contente ?
Je lève la tête, mais la fille a disparu de ma vision. Je soupire.
Comme si ça pouvait être elle.
— Si, si, très. Bon, de toute façon, tu repartiras.
Je plisse les yeux vers le sol à la recherche d’un truc que je ne pige pas.
— De toute façon quoi ?
— Bon, de toute façon… écoute, ne m’en veux pas, hein, mais ton siège sera à côté de celui d’Elyna.
Je m’étrangle presque avec ma propre salive et mon cœur commence à marteler ma poitrine avec force. Mes prunelles balayent la salle d’une manière folle. Je me redresse sur ma chaise.
— Tu déconnes ?
C’était elle, j’en suis sûr, maintenant.
— Non, pourquoi ? Tu as dit à Julian que sa photo était magnifique. Je te donne l’occasion de la voir en vrai de près pendant sept heures ! C’est mieux, comme rencontre, tu ne trouves pas ?
Bordel ! Je désirais faire sa connaissance, c’est vrai. Mais pas dans un avion.
À côté d’elle !
— Tu déconnes ! m’agacé-je.
— Trop tard. De toute façon, l’appareil est plein. Si tu ne veux pas lui parler, vous vous retrouverez à la maison, poursuit-elle pendant que j’entends l’appel pour embarquer.
Dans sa quoi ? Bordel ! Mais bien sûr, elle va séjourner chez Julian. Pourtant, ce dernier m’avait juré que sa sœur ne viendrait jamais au Canada en hiver même s’il la traînait de force !
Elle a changé d’avis.
En même temps, ce n’est pas difficile à comprendre. D’après ce que me racontent Charlie et son fiancé, Julian et Elyna sont fusionnels. Je suppose que si j’étais à sa place, je ne raterais pas le plus beau jour de la vie de mon frère.
— Tu déconnes, Charlie ! Je quitte Paris, bordel !
Julian m’a prévenu que si un jour je rencontrais sa sœur, il m’empêcherait de l’approcher. En quelque sorte.
Elle est sur la liste « pas touche ».
Quoi qu’il en soit, elle se barrera après le mariage.
Et moi, je resterai.
Rien ne sera possible entre nous.
Mais pourquoi je pense ça ? Je ne la connais pas et s’il n’y avait que ça…
— Et Julian m’a interdit de…
Elle me coupe.
— Laisse mon chéri tranquille, c’est entre nous deux. Top secret jusqu’à ce que tu l’aies pécho. Enfin, je vais le lui dire, bien sûr, c’est mon fiancé ! Mais demain. Ou plus tard.
— Charlie, bordel !
— Je te l’ai dit, tu repartiras !
Elle raccroche pendant que mon cœur devient fou. Elyna, la sœur de Julian, celle qui m’obsède depuis presque six mois. Depuis que j’ai vu sa photo chez Julian et Charlie.
Elle sera là, putain !
Peut-être qu’elle a un caractère incompatible avec le mien, qu’elle a déjà un mec à Paris. Qu’elle n’est pas bandante comme je me l’imagine.
Je l’idéalise dans ma tête, tournant son être parfait et tout ce qu’elle me ferait en rêve. Avouons-le, j’ai construit une version de cette femme dans mon esprit, alors que pour l’instant, elle n’est qu’un vulgaire bout de papier.
Je suis pathétique.
