L'Inconnue du train de nuit - Vivian Stuart - E-Book

L'Inconnue du train de nuit E-Book

Vivian Stuart

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Beschreibung

"Fiançons-nous - juste temporairement!" Cela avait semblé être une bonne solution lorsque Jill l'avait suggéré. Ninian Moray était rentré chez lui après avoir été déclaré officiellement mort pendant deux ans - pour trouver son frère jumeau maintenant marié à l'ancienne fiancée de Ninian. De plus, Jill avait besoin d'un sauveur de visage pour un problème qui lui était propre. Mais d'une manière ou d'une autre, ce qui devait être une alliance sans sentiment de part et d'autre ne s'est pas déroulé comme prévu.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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L’Inconnue du train de nuit

L’Inconnue du train de nuit

Return to Love

© Vivian Stuart, 1957

© eBook: Jentas ehf. 2022

ISBN: 978-9979-64-615-0

This book is sold subject to the condition that it shall not, by way of trade or otherwise, be lent, resold, hired out, or otherwise circulated without the publisher’s prior consent in any form of binding or cover other than that in which it is published and without a similar condition, including this condition, being imposed on the subsequent purchase.

All contracts and agreements regarding the work, editing, and layout are owned by Jentas ehf.

I

On ne saurait dire que l’événement passa inaperçu, mais il n’eut qu’un rebondissement limité.

D’abord parce que c’était l’ « Année du Couronnement » et qu’en cette année qui devait immortaliser, par d’imposantes festivités. le sacre de la reine Elisabeth II, l’Angleterre était peu encline à accorder beaucoup d’importance à aucune autre chose.

Puis, parce que le navire n’était pas anglais, mais américain.

Certes, les journaux s’arrangèrent à glisser des notices nécrologiques et quelques commentaires dans ce que laissaient de place les articles consacrés aux fêtes du Couronnement. Le gouvernement de Sa Majesté britannique envoya, selon l’usage, ses condoléances sincères au président de la grande République amie. Il en reçut luimême en retour, puisque à bord de l’U.S.S. Manfred, perdu corps et biens dans l’océan Arctique, naviguait le lieutenant de vaisseau Ninian-James Moray, de la Royal Navy, observateur délégué par l’Amirauté britannique pour participer aux manœuvres de l’U.S. Navy au-delà du cercle polaire.

Mais le grand public avait peu de temps à consacrer à l’officier disparu, et il l’oublia bientôt.

Naturellement, le Scotsman et le Lorne Courier se devaient de parler plus longuement de la tragique disparition de Ninian-James Moray, héritier de l’ancienne baronnie de Guise. C’était un personnage très populaire dans les Scottish Highlands, où sa disparition fut unanimement déplorée. Les réjouissances préparées à Lorne pour fêter le couronnement furent supprimées. Le treizième baron de Guise, âgé de quatre-vingts ans, s’alita au reçu de la terrible nouvelle et il ne se releva plus.

C’est à la suite de ces circonstances qu’Andrew Moray, frère jumeau mais cadet de Ninian, devint le quatorzième baron de Guise et entra en possession des biens de la famille, qui étaient grands.

La fiancée de Ninian, Catherine Laidlaw, pleura comme il le fallait le disparu, puis elle épousa Andrew et fut quand même baronne de Guise.

Tout cela se fit le plus normalement du monde et rien ne laissait présager le bouleversement qu’allait provoquer la réapparition du frère présumé mort.

Car, deux ans plus tard, un hélicoptère russe aperçut, sur une banquise, qui aurait dû être déserte, un campement occupé par trois hommes, parmi lesquels, justement, se trouvait Ninian-James Moray. Il les amena à Arkhangelsk et, par la voie diplomatique, l’Amirauté fut informée de l’événement.

L’incroyable nouvelle tomba, cette fois, dans une période fort calme et les journaux s’en saisirent avidement. Uu peu partout, des articles parurent, les gens qui se croyaient quelque compétence dans les problèmes de l’arctique expliquèrent comment les trois rescapés avaient pu survivre, on discuta beaucoup, on se congratula et, bien avant que Ninian eût remis le pied sur le sol de la mère patrie, le trouble avait atteint le château de Guise, où l’on se demandait comment on ferait face à la nouvelle situation.

A son arrivée à Londres, Ninian-James Moray fut accueilli comme un héros, interviewé, photographié, filmé. En termes dithyrambiques, on célébrait son courage, son endurance, son ingéniosité. Il eut beau expliquer que son séjour involontairement prolongé sur la banquise avait été somme toute supportable, puisqu’il n’v était pas arrivé comme un naufragé se sauvant à la nage d’un navire éventré, mais comme un observateur déposé, avec des tentes, des vivres, du matériel et même des livres, par le U.S.S. Manfred qui mettait en place des équipes d’observation ; l’Angleterre tenait à son grand homme et ne le lâcha pas. On voulut, unanimement, voir le seul effet d’une louable modestie dans son refus de se considérer comme un homme tout à fait remarquable, un amusant goût du paradoxe dans son affirmation que la viande de phoque n’est pas, pour peu qu’on ait faim, tellement moins bonne que le « beef » national et l’on reconnut le célèbre humour britannique quand il affirma d’un air sérieux que sa plus grande privation avait été de ne pouvoir, à cause de l’épuisement des batteries, entendre les communiqués de la B.B.C.

Bref, on le bouscula à tel point que lui, qui avait supporté sans flancher un séjour de deux ans sur une banquise, frisa la dépression nerveuse après quelques jours de festivités diverses données en son honneur dans la Capitale. On dut l’envoyer dans une clinique où, les visites étant interdites, il recouvra aisément son équilibre.

Mais son état ne parut pas irréprochable aux hautes instances médicales et, un jour, un médecin militaire, très galonné, vint lui annoncer d’un ton paternel :

— Mon garçon, vous allez beaucoup mieux, mais ce n’est pas encore tout à fait ça... Je suis certain que ce qu’il vous faut, c’est une vie plus calme que celle que nous pouvons vous offrir. Dans votre famille, vous trouverez ce qui vous manque ici et vous serez dans les meilleures conditions pour reprendre goût à l’existence des civilisés. Je vous conseille de partir immédiatement. La reprise de contact avec la vie vous sera plus aisée dans les montagnes d’Ecosse que dans les rues bruyantes d’une ville. Les papiers sont prêts. Vous pourrez vous en aller après le déjeuner. Je vous souhaite un complet rétablissement.

Ninian avait répondu : « Merci, sir », et : « A vos ordres, sir ». Question de discipline militaire : il ne pouvait s’aviser de contredire un si haut personnage, qui lui témoignait tant de bienveillance et se trompait si complètement avec une entière bonne foi. Car Ninian savait fort bien que les difficultés commenceraient vraiment avec son retour dans le château des Guise...

Comment, en effet, espérer qu’après avoir été pendant deux ans considéré comme mort, un homme puisse sortir du tombeau et réclamer sa place au soleil sans provoquer des bouleversements ? Il ne retrouve pas les choses comme il les avait laissées... C’est impossible. On l’a pleuré, sans doute, mais désire-t-on sincèrement son retour ?

D’ailleurs, Ninian avait été averti que bien des changements étaient intervenus dans la maison familiale. Son frère, Andrew, avait fait le voyage à Londres. Il s’était excusé, avec beaucoup de phrases embarrassées, d’avoir, pendant deux ans, agi comme si les biens délaissés par son grand-père le treizième baron avaient été vraiment les siens et Ninian en avait conclu que son cadet n’avait pas eu la main légère quand il puisait dans la caisse.

Le vieux notaire de la famille Guise avait, lui aussi, fait le voyage à Londres. Il accourait du fond de son Ecosse pour présenter à la fois des félicitations et des regrets, faire des excuses, mais se justifier, code en main. Toutes ces choses, pour déplorables qu’elles fussent, s’étaient opérées de la façon la plus légale du monde, puisque l’Amirauté avait officiellement déclaré’ le fils aîné « mort en service commandé ». Personne ne pouvait mettre en doute une déclaration officielle de l’Amirauté, que rien n’oblige à faire entrer dans ses conclusions l’éventualité d’un miracle tel que celui auquel Ninian devait de pouvoir donner un démenti aux autorités les plus qualifiées.

Ninian avait aussi, en six jours, reçu de sa grand-mère six longues lettres. Elle parlait de bien des choses, faisait beaucoup de commentaires et de déclarations, et ne songeait certainement pas à présenter des regrets pour ce qu’avait pu faire Andrew ou à exprimer des excuses... Il est vrai, se répétait Ninian, sans amertume, que le cadet avait toujours été son préféré, que la douairière possédait un caractère autoritaire et que le retour à l’existence du petit-fils qu’on s’était accoutumé à placer parmi les morts mettait Andrew dans une situation bien embarrassante, surtout sous le rapport des biens de ce monde. Elle s’en attristait clairement et si elle n’allait pas jusqu’à dire que l’hélicoptère russe aurait mieux fait d’aller bourdonner ailleurs que sur ce coin de banquise où trois Robinsons survivaient en paix, on pouvait lire entre les lignes qu’elle redoutait plus les complications dues au retour du disparu, qu’elle ne se réjouissait de le serrer dans ses bras...

Donc, pendant près de deux ans, le quatorzième baron de Guise avait administré le patrimoine familial. Il avait parlé à son frère des énormes droits de succession, et de tout ce qu’il avait fallu vendre pour les acquitter... Pour vivre, aussi, bien sûr, et un peu moins mesquinement que ne l’avaient fait les ancêtres...

De l’avis de Donalson qui, en bon Ecossais, détestait la prodigalité, Andrew avait pris l’habitude de faire des dépenses extravagantes.

Il avait aussi, et c’était bien le pire, épousé Catherine Depuis plus d’une année, l’ancienne fiancée de Ninian était, par son mariage avec Andrew, devenue la châtelaine de Guise.

En l’expédiant se reposer dans ce « foyer familial », le médecin militaire faisait preuve d’un optimisme que rien ne justifiait. Le malade n’y serait certainement pas, en dépit des souvenirs d’enfance et de la splendeur des monts écossais, dans les meilleures conditions possibles pour retrouver l’équilibre, la paix et la joie de vivre !

* * *

Mais, puisqu’il faudrait de toute façon retourner au château qui lui appartenait, Ninian n’avait pas de bonne raison de tarder davantage. Il quitta la clinique, emportant dans une petite valise ses quelques effets personnels, et consacra l’après-midi à diverses visites plus ou moins protocolaires. Puis il dîna seul dans un restaurant et, vers dix heures, se rendit à la gare. Il comptait bien pouvoir prendre le train de nuit pour l’Ecosse, mais n’espérait pas y trouver une couchette. Il avait pensé trop tard à en réserver une. La perspective de faire le voyage dans un confort assez relatif pour un convalescent ne l’effrayait pas, mais il redoutait la rencontre de curieux tout disposés à le priver de sommeil pour le plaisir d’interroger un homme qui, pendant deux ans, s’était nourri de poisson et de phoque et semblait pourtant ne pas s’en ressentir exagérément.

Son congé de convalescence l’autorisait à quitter l’habit militaire, mais Ninian avait pourtant conservé son uniforme, qui le désignerait immanquablement à l’attention du public. Depuis trop d’années, l’Amirauté s’occupait de le loger. dé le nourrir et de le vêtir selon des normes excluant toute recherche et toute fantaisie personnelle, pour qu’il eût encore à sa disposition des vêtements civils convenables. La garde-robe qu’il avait pu rassembler à son retour datait de bien longtemps et le quatorzième baron de Guise, bien que son retour au château évoquât un peu celui de l’enfant prodigue, ne pouvait se résoudre à y revenir dans un costume de confection. Il aurait bien le temps de convoquer un tailleur quand il aurait repris possession de son domaine...

Car c’est pour cela surtout qu’il était si pressé de rentrer en Ecosse. Il n’attendait pas beaucoup de plaisir des premiers contacts, mais à quoi aurait-il servi de renvoyer de jour en jour l’inévitable rencontre ? Bien des choses désagréables devraient être dites et faites et Ninian ne voulait pas reculer devant la nécessité de se mettre à sa place légitime, cela dût-il remettre à la leur certains membres de sa famille qui s’étaient trop aisément habitués à une situation maintenant périmée.

Il aimait son pays, il aimait le domaine dans lequel il avait grandi et joué. Durant des années, il s’y était senti heureux. Pourquoi n’y retrouverait-il pas le bonheur de naguère, lorsque chaque chose aurait été à nouveau placée à sa juste place, éclairée par sa juste lumière ?

* * *

L’employé à qui Ninian présenta sa demande hocha la tête d’un air navré et expliqua qu’il était nécessaire de réserver sa couchette au moins un jour à l’avance, si on voulait en avoir une dans ce train. Un pourboire l’amena à dire :

— Il arrive qu’un voyageur n’utilise pas la place qu’il a retenue, mais on ne le sait pas avant le départ du train. Si cela se produit cette nuit, je vous avertirai. Voulez-vous me donner votre nom et le numéro de votre compartiment ?

— Je suis Ninian-James Moray, répondit-il. Il n’ajouta pas « baron de Guise » ; il n’était pas encore accoutumé à son titre. L’employé regarda attentivement l’officier, avec intérêt et même avec sympathie et il affirma :

— S’il se produit une annulation, je vous réserverai la couchette, commandant. Il y en a généralement, mais le nombre des voyageurs qui n’en ont pas retenu et qui en réclament une est toujours supérieur à celui des places libérées... Je vous donnerai la préférence, commandant... Nous vous devons bien une petite compensation pour ce que vous avez souffert.

Lorsqu’on avait l’air de le considérer comme un héros, Ninian se sentait toujours mal à son aise. Il était convaincu que cet honneur était entièrement immérité. Mais, en plus de son admiration, cet homme lui offrait de la pitié. L’idée qu’on pût l’estimer pitoyable révoltait l’orgueil d’un Guise. Il ne pouvait se résigner à se voir traiter avec cette commisération que les bien portants témoignent à ceux qui ne le sont plus tout à fait...

Sa première réaction fut donc de répondre, sec et hautain, qu’il ne demandait aucune faveur...

Mais il se sentait pourtant faible et las, et l’égoïsme lui dicta une autre réponse. « Après tout, pensa-t-il, si cet employé estime que le fait d’avoir passé deux ans sur une banquise constitue un motif pour me faire, par préférence, bénéficier d’une couchette, pourquoi m’en plaindrais-je ? Ne suis-je pas en congé de convalescence ? Cela signifie que les autorités militaires considèrent que je suis malade. Autant passer la nuit confortablement étendu, que calé dans l’angle d’une banquette. »

— Merci, dit-il donc. Je vais monter dans mon compartiment. Prévenez-moi dès que je pourrai me coucher.

Ninian, qui était arrivé assez en avance, se trouva seul dans le wagon. Il choisit la meilleure place, disposa dans le filet la petite valise qui contenait tout son bagage, se débarrassa de sa casquette et de son manteau, alluma une cigarette et allongea les jambes. Puis il prit dans sa poche un roman qu’il venait d’acheter au kiosque et s’efforça de s’intéresser aux aventures des héros d’une histoire sans doute passionnante, mais qui fut incapable de retenir son attention plus de quelques minutes.

Car, dans son esprit, se déroulait une histoire autrement passionnante, dont l’héroïne s’appelait Catherine et ses pensées, quoi qu’il eût tenté pour les retenir, s’étaient bien vite envolées vers elle. Par l’effet d’une très longue et très chère habitude, c’est à Catherine qu’il avait pensé. Il aimait cette jeune fille depuis des années, il avait toujours envisagé l’avenir à son côté, dans le domaine des ancêtres auxquels elle était attachée par mille liens faits d’espoir et de souvenirs. Dans l’esprit de Ninian, Catherine avait toujours appartenu à Guise : elle constituait un des charmes de la vieille demeure et une partie de son avenir. Elle devait constituer un des maillons de la longue chaîne. Quand, dans son exil, il songeait au château de ses ancêtres, c’était toujours Catherine qui l’accueillait du fond du temps et à l’extrémité de la route. C’était toujours elle qu’il voyait régner sur le domaine. Elle, à son bras, et tous deux entourés de leurs enfants, pour que ne mourût pas la famille respectée de tout le pays.

Et maintenant ? Eh bien ! Catherine était la maîtresse du château, mais elle l’était en tant que femme d’Andrew. Provisoirement... Pour quelques jours encore puisque le retour de l’aîné allait la déposséder de son fief.

Avait-elle un enfant ? Ninian se le demanda avec surprise, étonné de se poser une telle question au sujet de celle qu’il ne parvenait pas encore tout à fait à ne plus considérer comme sa fiancée...

« Il faut pourtant que j’en prenne mon parti... Elle est mariée depuis une année déjà ! soupira-t-il. Allons, oublions Catherine... »

Mais il savait bien que c’était beaucoup demander à son cœur aimant et fidèle et, en dépit de tout ce qui le séparait maintenant de la jeune femme, il eut l’impression qu’en cessant de lui accorder la première place dans son souvenir, il la trahirait...

Mais pouvait-il désormais penser à elle autrement que comme on pense à un rêve mort ? Toute autre façon d’agir eût été insensée !

Puisque le livre n’avait pas été capable de le distraire de tant de problems, Ninian ouvrit un journal et tenta, courageusement, de se passionner pour les grandes questions internationales. Il y en avait pas mal et la plupart étaient plutôt inquiétantes.

Mais l’image de Catherine ne se laissa pas aisément bannir de la pensée de celui qui n’avait pas cessé de l’aimer. A l’abri des feuilles déployées, Ninian se plongea à nouveau dans ses souvenirs.

* * *

— Celui-ci, peut-être ? demanda une voix déférente, tandis qu’un porteur ouvrait la porte du compartiment. Il y a de la place, face à la locomotive.

Par un simple réflexe d’homme bien élevé, Ninian se serra davantage dans son coin et, d’un geste de la main, indiqua que toute la banquette opposée était libre. Une voix féminine, agréable et fraîche en dépit d’un léger accent nasal qui évoquait l’Australie, répondit :

— Celui-ci me convient tout à fait.

Le porteur commença à disposer, dans le filet, de nombreuses valises et Ninian y jeta un coup d’œil. Belles valises, en beau cuir, indiquant que la propriétaire de ces bagages était suffisamment nantie sous le rapport de la fortune et qu’elle avait l’habitude de voyager avec tout ce qu’une femme peut désirer avoir sous la main.

Quand tout fut disposé et cela emplissait le filet, la voyageuse remercia le porteur, le pava, généreusement sans doute car il se confondit en remerciements, puis elle entra dans le compartiment. Ninian lui glissa un regard intéressé. Vingt-cinq ans, sans doute. Non, pas tout à fait. Mais sûre d’elle, et, surtout, très séduisante. Elle resta un instant debout en face de l’officier, attendant quelque chose puis elle lui dit, d’un ton joyeux :

— Eh bien ! Ninian, bonsoir. Content de voyager en ma compagnie ?

Elle tendait la main. Son sourire, chaud et amical, indiquait qu’elle connaissait très bien l’homme à qui elle parlait si librement.

Mais Ninian avait beau se creuser la tête, il ne pouvait se souvenir d’avoir jamais rencontré cette femme. Il se rendait parfaitement compte que, s’il l’avait vue, s’il lui avait parlé comme le suggérait l’attitude de la voyageuse, il n’aurait pas pu l’oublier.

La jeune femme attendait visiblement qu’il répondît à son salut. Il bredouilla, horriblement gêné :

— Madame... excusez-moi, mais... je ne... Je crains...

Elle eut un sursaut et retira sa main d’un geste vif, rompant le contact confiant des doigts qu’il avait saisis machinalement. Sa voix trahit son désappointement. Elle contenait plus de surprise que de colère, mais elle révélait quand même un peu de colère qu’on s’efforcait de dissimuler. Elle plongea dans les yeux de l’officier un regard offensé et lança :

— Vous êtes assez différent, quand vous portez l’uniforme, commandant Moray, mais moi, je vous ai pourtant reconnu. Il est vrai que je vous cherchais. Je m’attendais à être accueillie tout autrement !

II

Seuls dans l’étroit compartiment, debout en face l’un de l’autre, les deux jeunes gens s’observaient attentivement.

Plus il étudiait la voyageuse surgie soudain dans sa vie, plus Ninian sentait s’affermir en son esprit la certitude de n’avoir jamais, avant cette minute, rencontré la femme qui l’appelait par son nom et prétendait le connaître. Il en était sûr, il ne l’aurait pas oubliée ! Elle n’était pas de celles dont le souvenir s’efface aisément de la mémoire d’un homme.

En cet instant, ses yeux gris, très grands, s’étaient un peu rétrécis. Ils témoignaient de la surprise, du mécontentement, mais ils ne devaient pas, d’habitude, être durs et sévères. Ils savaient aussi, Ninian ne voulut pas en douter, se faire tendres el caressants. Des cheveux possédaient cette teinte rare qu’on appelle le blond cendré, et ils ne la devaient pas à l’artifice d’un coiffeur. Quand en entrant dans le compartiment, l’inconnue avait souri, c’avait été un éblouissement et même à présent que les lèvres fermes et pleines, délicatement dessinées, s’étaient un peu contractées, elles laissaient quand même apercevoir une rangée de perles.

Elle était admirablement vêtue, d’un tailleur qui évoquait Paris bien plus que les Highlands. Son sac, ses souliers bruns, le clip accroché à son revers et qui n’était manifestement pas du toc, s’accordaient en formant un ensemble auquel on ne pouvait adresser aucun reproche. Cette jeune personne possédait de la classe. Elle devait aussi disposer de beaucoup d’argent et savoir intelligemment s’en servir.

Bref, personne ne l’aurait prise pour une aventurière et, si elle se servait d’un prétexte plus ou moins habile pour lier connaissance avec un homme, celui-ci pouvait-il s’en offenser, et repousser ce qui aurait ressemblé à des avances de la part d’une femme moins distinguée ?

Ninian ne recherchait certainement pas une aventure, mais cette femme, il en était convaincu, ne désirait non plus rien de tel.

Alors, quelle explication trouver à ses paroles ? Car il savait très bien que cette ravissante jeune personne était pour lui une inconnue. Enfin, qu’elle l’avait été jusqu’à la minute précédente. A présent, il n’en était plus de même. Il savait son nom.

Quand le porteur avait disposé les valises dans le filet, Ninian avait très bien pu lire, sur les étiquettes accrocheés aux poignées, le nom de la propriétaire : « miss Arden » et celui de la gare où elle descendrait : « Lorne ». Celle, précisément, où il se rendait lui-même, avant de gagner le château de Guise. Curieuse coïncidence, qu’il n’essaya pas d’expliquer.

D’un ton très neutre, qui n’encourageait pas de nouvelles questions, il demanda à sa voisine :

— Préférez-vous vous asseoir dans le sens de la marche du train ?

— Ça m’est égal, répondit-elle d’un ton un peu sec.

Elle prit place dans un angle et Ninian s’assit en face d’elle. Il n’avait pas de motif de s’éloigner. Il abandonna son journal et tourna la tête vers la fenêtre, semblant s’absorber dans la contemplation de la foule qui, de plus en plus dense, envahissait le quai. Il se rendait fort bien compte que sa voisine le regardait, sans effronterie mais sans gêne. Une expression intriguée remplaçait peu à peu, dans les grands yeux gris, le mécontentement qu’y avait fait naître l’accueil que l’officier lui avait réservé...

Et, soudain, rompant un silence qui serait vite devenu gênant, elle demanda d’une voix précise :

— Vous êtes pourtant bien Ninian Moray, baron Guise ? Il est impossible que je me trompe à ce point !

— C’est ce que m’a dit ma mère depuis ma plus tendre enfance, répondit-il en tournant la tête vers la jeune femme et en souriant. Enfin, je veux dire : elle m’a déclaré que j’étais Ninian-James Moray, parce que, aussi longtemps que mon grand-père a vécu, c’était lui, le baron Guise. J’étais tout simplement l’héritier présomptif.

Elle lui glissa un regard où la détresse se mêlait au reproche, et, d’une voix anxieuse, demanda :

— Et... vous ne vous souvenez pas de moi ?

Il fit de la main un geste évasif, mais affirma :

— J’en suis navré... Croyez que je voudrais bien... je suis sans doute impardonnable, mais je n’ai aucun souvenir de vous avoir jamais vue avant l’instant où vous êtes entrée dans ce compartiment.

La voix de la jeune femme se fit compatissante quand elle soupira :

— Toutes ces épreuves ont certainement porté un rude coup à votre santé, et la mémoire est une chose si capricieuse !

Ninian se sentit blessé par cette compassion, et surtout par l’insinuation relative à son état mental. Il protesta, d’un ton vif :

— Je ne suis pas du tout amnésique. Je suis absolument certain que je ne vous avais jamais rencontrée avant cette minute. Je regrette de vous contredire, mais je vous jure que c’est l’exacte et absolue vérité.

Regardant l’officier avec des yeux où s’allumaient la colère et le mépris, elle lui lança au visage :

— Je crois que je comprends votre jeu, Mr Moray, et je comprends surtout que je me suis conduite comme une sotte. Je m’étais imaginé... tout autre chose... après ce qui s’est passé entre nous, la semaine dernière... Après ce que vous m’avez dit... Votre conduite... n’est pas digne d’un gentleman !

Elle s’interrompit, les lèvres se serrèrent, les yeux lancèrent des éclairs. En face d’elle, Ninian ressentait l’impression de s’être très mal conduit. Elle semblait si sincère, dans son indignation ! Il baissa la tête, sans répondre, sans tenter de se justifier et, après un court silence, elle reprit la parole. Mais elle parlait à présent d’une voix hachée. Etait-ce l’effet de la colère, ou bien des sanglots, qu’elle refoulait courageusement, tentaient-ils de monter à sa gorge ? Elle accusait :

— Vous n’avez pourtant pas pu oublier que nous avons dansé ensemble pendant toute une soirée, chez Pauline Delage, il y a une semaine à peine ? Vous m’avez dit des choses... de caractère très intime. Et, dans le taxi qui me ramenait à mon hôtel... vous m’avez... embrassée ! Osez-vous dire que ce n’est pas vrai ? Après cela, n’avais-je pas le droit d’espérer de vous un accueil... amical ? Non pas ces mensonges ridicules...

C’en était trop pour Ninian. Il ne parvenait plus à se dominer et il se laissa aller à crier, d’un ton furibond :

— Mais, enfin, quel jeu jouez-vous ? Jamais je n’ai dansé avec vous. Je ne connais pas cette Pauline chez qui nous nous serions rencontrés. Je ne vous ai jamais embrassée. Enfin, je ne suis pas fou. Si j’avais fait une chose pareille, croyez-vous que je ne m’en souviendrais pas ?

Il s’interrompit, parce qu’il voyait le visage de la jeune femme s’altérer. Elle posait sur lui des yeux où se lisait la détresse. Il acheva, d’un ton plus doux et où vibrait une évidente sincérité :

— Supposez-vous que... si j’avais tenu dans mes bras une femme telle que vous... je l’aurais oublié ? Je ne connais pas un homme qui ne s’en souviendrait pas jusqu’à la fin de ses jours !

Il n’ajouta pas ce qu’il avait pourtant sur le bout de la langue : « Et je connais peu d’hommes qui, l’ayant fait une fois, n’auraient pas envie de vous embrasser encore et refuseraient de tenter leur chance. » Il n’était pas un homme à femmes. Loin de là. Pourtant, il éprouvait le désir de prendre celle-ci dans ses bras. Cette jeune femme qu’il avait rencontrée quelques instants à peine auparavant. Quelle stupéfiante aventure !

Il s’était tu, et le silence s’était étendu sur eux comme un manteau. Elle avait longtemps gardé les yeux baissés, sans rien dire, mais toute son attitude indiquait l’incrédulité, le désarroi. D’une toute petite voix, elle demanda soudain, comme si cela constituait la seule explication possible à cet incroyable malentendu :

— Peut-être étiez-vous... un peu ivre quand vous avez dit ces choses ?

Il allait protester, mais la porte du compartiment s’ouvrit et le chef de train annonça :

— Commandant Moray, j’ai une couchette pour vous.

Ninian ne pouvait moins faire que demander à sa voisine :

— Avez-vous retenu une place pour la nuit ? Un peu décontenancée, elle avoua :

— Non... je n’y ai pas songé.

Ninian se retourna vers le chef de train et l’interrogea d’un ton prometteur d’un bon pourboire :

— N’auriez-vous vraiment pas une seconde couchette ?

— Malheureusement pas en première classe, commandant. Je suis navré...

La jeune femme intervint et affirma en souriant :

— Ça n’a vraiment pas beaucoup d’importance. Je puis très bien m’arranger à sommeiller dans ce compartiment.

— Il n’en est pas question, riposta l’officier, d’un ton résolu. Vous prendrez la couchette qui est libre. Je m’arrangerai mieux que vous. J’ai dormi dans de pires conditions, au pays du soleil de minuit.

— Si vous voulez, commandant, il reste une place en seconde classe. C’est très bien aussi.

— Je n’en espérais pas tant, dit-il avec bonne humeur. Donc, c’est entendu : vous inscrivez la couchette de première classe pour miss Arden, et celle de seconde classe pour moi.

Un billet changea discrètement de main. salué par des remerciements et le fonctionnaire demanda encore :

— Dois-je vous retenir une table pour le premier service ? On servira dans un quart d’heure, dès que nous serons en route.

— Une table, bien sûr.

Ninian glissa un rapide regard à la jeune femme et, voyant qu’elle ne protestait pas, il confirma :

— Une table pour deux.

L’employé s’éloigna. La jeune femme posa sur le visage de Ninian des yeux mi-fâchés, mi-heureux, et elle demanda, en s’efforçant de paraître sévère :

— Vous avez des plaisanteries détestables, Mr Moray.

— Pourquoi ? Je ne me rendais pas compte que je plaisantais. Ne voulez-vous pas dîner avec moi ?

— Naturellement, je le veux. Vous le savez bien ! Mais pourriez-vous m’expliquer comment vous connaissez mon nom, si nous ne nous sommes jamais rencontrés avant ce soir ?

Il se mit à rire, d’un rire jeune et franc, et désigna les valises, dans le filet, en disant :

— Si vous recherchez l’incognito, c’est raté. Votre nom est écrit sur une demi-douzaine d’étiquettes. A moins d’être aveugle, n’importe qui peut le lire.

Le sourire qui s’était amorcé sur ses lèvres disparut. Elle haussa légèrement les épaules avant de dire, d’un ton assez protocolaire :

— Permettez-moi de vous remercier pour m’avoir cédé votre couchette. Je suis, en vérité, confuse de votre amabilité. Vous êtes trop aimable pour une inconnue... Une importune, aussi !

Ninian protesta vivement. La courtoisie, évidemment, lui en faisait de toute façon un devoir, mais ce n’était pas pure politesse de sa part. Il se rendait parfaitement compte que, loin de lui être importune, la présence de cette jeune personne, si séduisante, avait fait naître en lui un émoi qu’il s’expliquait mal. Il affirma, d’un ton sincère :

— J’ai été heureux de pouvoir vous rendre un léger service. Ne vous imaginez pas, surtout, que je l’ai fait dans l’intention de vous voir me quitter plus tôt !

Elle fit un geste. Un petit geste de la main, qui ne signifiait peut-être rien du tout. Ou qui, au contraire, voulait dire beaucoup de choses. Elle restait sur ses gardes, mais ne semblait plus hostile et Ninian dit, d’un trait :

— Nous ne devrions pas nous considérer comme des ennemis parce que nous ne sommes pas d’accord sur des événements dont je n’ai aucun souvenir. Ne voulez-vous pas laisser toutes ces choses anciennes de côté ? Imaginons que vous venez d’entrer dans ce compartiment, que nous nous voyons pour la première fois et, puisque nous allons devoir passer quelques heures ensemble, permettez-moi de me présenter : je suis Ninian Moray. Tout le monde voit au premier coup d’œil que je sers dans la Royal Navy. Je rentre chez moi, à Guise et, par conséquent, je descendrai à la gare de Lorne.

Elle sourit, tendit la main et se présenta à son tour :

— Je suis Juliet Arden. Miss Arden... mais on m’appelle plutôt Jill. J’habite l’Australie, et je suis venue faire un voyage d’études en Europe. Je vais à Lorne, moi aussi. Nous serons donc compagnons de voyage jusqu’au bout.

Ninian n’avait pas abandonné la petite main qui s’était posée dans la sienne et Jill ne la retirait pas. Elle regarda Ninian avec des yeux qui brillaient, puis elle fit une petite moue et soupira :

— Mais je crains... que vous n’oubliiez bientôt jusqu’à mon nom ! Encore une fois !

— Vous ne jouez pas le jeu, protesta-t-il. Nous devions effacer le passé et tout recommencer. Cela vaut mieux, de toute façon. Je vous jure que je n’ai aucun souvenir que nous ayons été présentés l’un à l’autre.

— Eh bien ! dit-elle après une très légère hésitation, nous n’avons pas vraiment été présentés... Nous nous sommes rencontrés chez Pauline Delage, dans une soirée plutôt bohème et où personne ne se préoccupait du protocole.

Un trait de lumière sembla jaillir et éclairer ce passé récent dont Ninian ne se souvenait plus... Il demanda, anxieux :

— Mais si nous n’avons pas été présentés, comment saviez-vous qui je suis ?

Car, pensait-il, on avait publié sa photo un peu partout et Jill pouvait fort bien avoir fait une confusion, causée par une ressemblance plus ou moins nette. Mais elle le démentit, avouant, en rougissant un peu :

— Voyons... vous m’avez vous-même dit votre nom... dans le taxi qui me reconduisait à mon hôtel. C’était bien le moins que vous puissiez faire, après m’avoir embrassée !

Il répondit, d’un ton un peu sarcastique :

— En effet, c’était bien le moins. Vous avez même dû me juger fort mal élevé d’avoir attendu si longtemps. Habituellement, on n’embrasse une femme que lorsqu’on la connaît...

Elle le regarda d’un air étrangement pensif, puis murmura :

— Vous avez sans doute fort mal jugé une femme qui se laisse embrasser par un inconnu, mais...

A cet instant précis, la locomotive se mit en marche, et cela ne se fit pas sans quelques secousses. Ninian, qui ne s’y attendait pas. se sentit précipité en avant. Pendant une seconde, le visage de Jill fut tout près du sien. Il lui aurait suffi d’un tout petit mouvement pour poser ses lèvres sur celles de la jeune fille. Mais il se retint à l’appui latéral et s’éloigna, tandis qu’elle lui lançait d’un ton railleur :

— Vous avez perdu vos réflexes, Ninian. Quand le taxi a pris un tournant trop brusque et que cela nous a serrés l’un contre l’autre, vous n’avez pas laissé passer l’occasion. A moins que vous n’ayez plus envie de m’embrasser !

Ninian sentait le terrain devenir glissant sous ses pas. Il s’efforça de répondre par une plaisanterie, et n’y réussit pas. Il dit, bêtement :

— C’est parce que nous nous connaissons, à présent. Je n’ai pas de motif... de saisir une occasion pour me présenter. Car c’est bien après vous avoir embrassée que je vous ai dit mon nom ?

— Oui... rougissez-en si vous pouvez, c’est bien ainsi que vous avez agi : vous êtes resté pour moi un inconnu jusqu’au moment dont je parle... et que vous êtes très inexcusable d’avoir oublié ! Je commence à me demander si vous embrassez toutes les femmes avec qui vous montez dans un taxi.

— N’en croyez rien, Jill, affirma-t-il. Il y a des années que je n’ai embrassé aucune femme. Vous comprenez, sur la banquise, je n’avais guère d’occasions de le faire. Et, depuis mon retour, je n’en ai pas repris l’habitude. Mais, dites-moi, je savais qui vous êtes, vous-même, quand... disons quand nous étions dans le taxi ?

— Mais oui, Je n’avais aucun motif pour dissimuler mon identité. Vous connaissiez mon nom, mon origine australienne — n’importe qui la devine dès que je parle. Vous saviez que je fais un voyage en Europe pour visiter les musées. Je crois que je ne vous avais pas encore dit que je suis la cousine de Jocelyn Farquhar, qui habite à Lorne et chez qui je vais justement passer quelques semaines. Nous nous sommes amusés de la coïncidence, parce que Jocelyn est une amie de votre famille.

Cette fois, Ninian avait compris. Il lança, comme un cri de victoire :

— Et c’est après avoir entendu cela que je vous ai dit mon nom !

Elle le regarda, un peu surprise, et confirma :

— Oui. Enfin, je crois... Cela a-t-il une importance ?

Il répondit, d’un ton impatient :

— Oui, oui. Une très grande importance pour moi. J’aimerais connaître la façon dont les choses se sont passées. Surtout, l’ordre dans lequel elles se sont succédé.

— Je puis essayer de me rappeler. Nous nous sommes rencontrés chez Pauline, vers dix heures.

— Il me suffit de savoir ce qui s’est passé dans le taxi.

— Alors, c’est très simple. Nous l’avons pris à la station qui est à l’angle de la rue où habite Pauline. C’est à Chelsea et, jusqu’à mon hôtel, le trajet était assez long. Nous avons parlé de choses et d’autres. Nous étions l’un et l’autre très gais, mais je n’ai pas l’impression que vous fussiez ivre. Je vous ai parlé de mon pays, et vous, du vôtre. Quand j’ai compris que vous habitiez près de Lorne, je vous ai dit que j’y ai une cousine, Jocelyn Farquhar...