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Résumé : En 2019, l’entreprise Insilico Medecine a réussi, grâce à l'intelligence artificielle, à élaborer un médicament contre la fibrose en moins de 50 jours, là où les laboratoires les plus puissants de la planète ont besoin d’une décennie pour mettre au point un nouveau traitement. Avant 2023, grâce à l'IA, le secteur bancaire pourrait économiser jusqu'à 440 milliards et sera capable de prédire les crises financières. À l’ère du capitalisme cognitif gouverné par l'IA, l'information devient la matière première et par chance pour nous, elle est infinie. C’est la fin de notre mode de production insoutenable et le début d’une croissance éternelle nécessaire à l’humanité dans tous les secteurs. L'intelligence artificielle est la révolution du XXIe siècle. Dans un contexte de faible croissance et de tension sociale, l’auteur nous propose un essai d'espoir qui lance un appel à bâtir une société de développement par l’information fondée sur l'intelligence artificielle, garantie par une Charte universelle du « consutoyen » (néologisme conceptuel qui associe "consommation" et "citoyenneté"). Auteur : Économiste et politologue de formation et membre du Management Committee du Belgian Finance Center, Badr Boussabat questionne les dynamiques qui transforment nos vies.
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Seitenzahl: 194
Veröffentlichungsjahr: 2020
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L’intelligence artificielle
Éditions Luc Pire [Renaissance SA]
Drève Richelle, 159 – 1410 Waterloo
Éditions Luc Pire
www.editionslucpire.be
L’intelligence artificielle
Auteur : Badr Boussabat
Couverture et mise en page : Corinne Dury Photo couverture : Plargue Doctor
Photo couverture : Plargue Doctor
e-ISBN : 9782875422101
Dépôt légal : D/2020/12.379/04
© Éditions Luc Pire, 2020
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Badr Boussabat
L’intelligence artificielle
Notre meilleur espoir
Préface du Dr Bruno Colmant
Préface
Dr. Bruno Colmant
Membre de l’Académie Royale de Belgique
Le développement des sciences et des techniques se propage désormais au rythme de la transmission de l’information et de la fluidité des capitaux. Cette mondialisation économique altère les espaces-temps. Elle est globale et donc dissocie le lieu où se forme le savoir du lieu de sa commercialisation. La synchronisation des temps sociaux devient planétaire. Désormais, la plupart des hommes peuvent, individuellement ou collectivement, être en contact de manière synchrone. La révolution de la transmission de l’information induit elle-même un sens de l’histoire instantané, c’est-à-dire un rapport au temps différent. Elle crée des communautés éphémères, transitoires, promptes à stimuler l’échange, la créativité et l’échange commercial. Cette nouvelle relation de l’homme à l’information engendre des associations humaines élastiques, mobiles et multiloculaires.
Internet est donc devenu un substitut à l’allocation géographique des facteurs de production en permettant la délocalisation et la désynchronisation des circuits de production. Plusieurs études, menées transversalement dans différents pays européens, indiquent que près de 40% des métiers pourraient être aspirés par l’automatisation des tâches. D’autres métiers vont apparaître, mais la nature de leur contenu intellectuel ou manuel est indécise. Ce processus est inhérent à la destruction créative des vagues du progrès humain. L’innovation numérique précède une vague de destruction d’emplois, d’autant que la technologie est une arme de concurrence.
Il y a alors deux manières extrêmes de se pencher sur une mutation sociétale, c’est-à-dire qui touche aux fondements du système économique et à une mutation technologique sans précédent. Une première attitude, précipitée et fébrile, conduit à prêcher la fin du capitalisme innovant et à invoquer une stagnation séculaire, c’est-à-dire le grand plateau déflationniste de l’économie. À l’opposé, une autre posture replace cette crise dans une récurrente torsion de nos communautés.
Quoiqu’il en soit, si les ruptures présentent un seul aspect positif, c’est celui probablement de forcer à réfléchir au modèle économique et à la « destruction créatrice » énoncée par l’économiste Schumpeter (1883-1950). Ce dernier soutenait que les innovations apparaissent par «grappes» et que lorsqu’une innovation se fait jour, elle entraîne des innovations connexes qui stimulent l’ensemble de l’économie. Cet économiste a démontré le rôle moteur de l’innovation, ce qui expliquerait incidemment le retard pris par l’Europe continentale en matière de recherche et de développement.
Mais observer la « destruction créatrice » de manière résignée ou fataliste n’est pas suffisant. En effet, ces bouleversements de l’économie exigent qu’on s’y agrippe, en embrassant le futur de manière volontaire. En l’espèce, la numérisation de l’économie va pulvériser nos modes de fonctionnements collectifs en nous entraînant dans des organisations décentralisées et flexibles. Des pans entiers de l’économie vont être immergés dans un remplacement de tâches humaines par la machine. Il s’agit d’une attrition économique d’autant plus difficile à surmonter que les gains de productivité vont être aspirés par des entreprises technologiques à forte intensité de capital et à faible intensité de main d’œuvre. Cette transition vers l’économie digitalisée sera d’autant plus périlleuse que lorsqu’on relit soigneusement Schumpeter, on comprend que la destruction créatrice passe d’abord par la création (de nouvelles technologies) et ensuite par la destruction des entreprises anciennes, avant que l’innovation ne se dissipe et s’infuse.
Cette situation a déjà été observée dans les années septante, lors de la déliquescence de l’économie industrielle au bénéfice de l’économie tertiaire (qui sera désormais atteinte violemment par le choc digital).
Un monde technologique exigera une élévation des sciences exactes, mais il permettra aussi une fragmentation des activités humaines, dans une logique décentralisée de déstructuration des monopoles d’exercice (il s’agit de l’«Uber »-isation de nos économies).
Pour appréhender le basculement sociétal inouï auquel nous allons être confrontés et, surtout, pour être prêts à le traverser, il faut effectuer un basculement mental géométrique. En effet, il convient d’abandonner l’image d’un monde vertical et de stocks (comme celui des bâtiments qui abritent nos entreprises) pour pénétrer dans un monde horizontal, c’est-à-dire un monde de flux. Tout se passe comme si l’économie de l’intangible était, par essence, une oscillation latérale. Dans cette logique d’horizontalité, les schémas de commerce vont être fracturés, dans le sens d’une désintermédiation. Cette nouvelle perception du monde demande un effort de versatilité et d’agilité, car nos schémas mentaux, qui sont essentiellement déductifs, doivent désormais apprendre l’induction.
Ce sera très complexe car nos économies sont imprégnées d’un modèle d’économie de marché. Tout est-il perdu ? Pas du tout : il faut voir l’apport technologique comme un support utile. Cela voudrait-il dire qu’il ne faut plus étudier ou apprendre ce qui sera automatisé, mais ce qui ne le sera pas ? Les filières techniques et professionnelles auront-elles un avenir radieux, au contraire des sciences humaines, si nous nous immergeons dans un monde de sciences exactes ? L’inverse pourrait être défendu. C’est une question. Mais une chose est certaine, dans un monde où la connaissance est accessible partout, de manière presque infinie et gratuitement, il faut, à titre individuel, collectif et de manière organisée ou pas, apprendre, apprendre, apprendre.
Dans ce maelstrom d’intuitions, je suis honoré de préfacer le premier ouvrage de Badr Boussabat. Je dis bien le premier car cet ouvrage révèle une telle innovation intellectuelle et une pensée latérale si inspirante qu’elle devra s’épanouir dans une activité d’écriture féconde qui ne pourra que scintiller de plus en plus haut. Cet ouvrage est aussi l’avertissement qu’un monde nouveau s’impose, sans qu’on l’ait imaginé, pressenti ou appréhendé et qu’il faut l’accueillir avec optimisme et conviction. Et puis, surtout, la fulgurance d’un jeune auteur ramène à l’écrivain français Bernanos qui suggérait que tous les vingt ans, la jeunesse posait aux vieillards une question à laquelle ils n’ont pas de réponse.
Introduction
En 2019, l’entreprise américaine Insilico Medicine a réussi à élaborer un médicament contre la fibrose en moins de 50 jours en ayant recours à un système d’intelligence artificielle (IA), GENTLR, là où les laboratoires les plus puissants de la planète ont besoin d’une décennie pour mettre au point un nouveau traitement. La même année, l’algorithme de recherche de ligands 1 (Search Algorithm for Ligands, SAM) 2 a créé le premier vaccin antigrippe grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Un vaccin plus efficace et moins cher que les vaccins classiques.
La même année, une intelligence artificielle élaborée par la startup américaine Descartes Labs3 est capable de localiser le lieu d’un incendie neuf minutes après son départ. Cela permettra à l’humanité d’anticiper certains désastres naturels dus au réchauffement climatique, dès lors que les incendies actuels sont encore détectés trop tardivement, parfois quelques jours après le déclenchement.
En 2020, l’artiste islandaise Björk a signé un partenariat avec Microsoft4 pour créer de la musique grâce à une intelligence artificielle. Microsoft a analysé toutes les archives de la chanteuse pour créer de nouvelles compositions musicales qui changent continuellement en fonction des conditions météorologiques comme le coucher du soleil ou encore la pression atmosphérique. Plus l’intelligence artificielle apprend, plus les chorales de l’artiste évoluent.
Les promesses quotidiennes que nous déclare l’intelligence artificielle dans tous les domaines ne sont pas de l’ordre du rêve, mais du concret. Il ne passe pas un jour sans qu’une entité ne fasse un pas révolutionnaire grâce à l’intelligence artificielle. Des années durant, nous cherchions en vain un espoir de croissance qui pourrait relancer l’économie et apaiser les tensions sociales. Mais lorsqu’un médicament peut voir le jour en moins de deux mois, alors que jadis il nécessitait dix ans, l’humanité démontre qu’elle peut encore construire un destin formidable.
À travers cet essai qui se veut positif, nous soulignerons l’importance de cette révolution technologique et démontrerons que la croissance reste indispensable pour le futur de l’humanité. Cette révolution passe par l’utilisation de la donnée comme matière première, et heureusement pour l’humanité, elle est infinie. Le capitalisme cognitif permet de quitter le capitalisme marchand qui fonde sa production sur le puisement des ressources naturelles terrestres. Aujourd’hui, le monde est véritablement en train de changer. Nous créons chaque jour de la matière première sans même le savoir. Grâce au développement par la technologie de l’information, nous avons amorcé une nouvelle ère qui permet à chaque individu de créer des ressources grâce à l’émergence de la donnée. Et plus la population est nombreuse, plus le potentiel de richesse par l’utilisation de ces ressources augmente.
La Chine a d’ailleurs connu un développement technologique stupéfiant grâce à une population qui avoisine les 1,5 milliard d’habitants. La croissance démographique n’est pas nécessairement une menace. Elle peut aussi représenter une opportunité pour l’humanité.
La croissance l’est encore davantage, surtout dans un capitalisme cognitif qui fait de l’information la ressource première dans la création de richesses. La croissance renvoie à l’augmentation des quantités de biens et services produits d’une année par rapport à celle qui précède dans un pays ou région donné. Dans le capitalisme cognitif, nous pouvons la définir comme étant le rapport entre la variation de la quantité d’informations de qualité multipliée par sa vitesse de circulation d’une année dans un pays et celle de l’année qui précède. Nous détaillerons ce capitalisme cognitif dans le chapitre 6.
La croissance est primordiale si nous souhaitons que l’humanité puisse continuer à se développer. Serait-il possible de soigner ces maladies mortelles qui déciment des millions de familles partout dans le monde sans la croissance ? Serait-il possible d’offrir une seconde vie digne à nos seniors sans la croissance ? Serait-il possible d’affranchir les individus de ces métiers pénibles sans la croissance ? Serait-il possible d’améliorer la qualité de l’éducation des générations futures sans la croissance ? Serait-il possible de poursuivre la baisse de l’extrême pauvreté sans la croissance ? Serait-il possible de trouver des réponses technologiques au dérèglement climatique sans la croissance ? Serait-il possible de diminuer les inégalités et d’augmenter l’inclusion sans la croissance ? La réponse est d’une évidence absolue : non. La croissance qu’offre ce nouveau capitalisme crée davantage de richesses et à un rythme de plus en plus intense et ce, dans un cadre durable et inclusif si nous le maîtrisons. Lorsque chacune et chacun d’entre nous est capable de produire une quantité de richesses de manière illimitée, sans effort et sans en avoir conscience, il est peut-être, enfin, possible de penser une société idéale.
La croissance est une condition sine qua non d’une société plus prospère. Elle n’est certes pas suffisante, mais sans elle, nous sommes condamnés au chaos. D’ailleurs, la croissance est souvent confondue avec la production, qui, pour sa part, doit radicalement changer dans sa forme. Il est évident qu’il n’est plus soutenable de produire comme nous le faisons aujourd’hui.
Cette confusion mène habituellement à soutenir des programmes intenables comme celui de la décroissance. Bien que celle-ci se présente sous une allure séduisante, elle est un véritable danger pour l’humanité. En particulier pour les couches sociales les moins aisées. Cette théorie visant à diminuer la consommation parfois de manière soudaine est en réalité une opération de destruction économique. La démonstration est simple. Si nous diminuons la consommation sans préparer un nouveau système de production basée sur l’information par l’IA, nous aggraverons, avec une violence inouïe, la précarité des individus les plus fragiles de notre société. Lorsque la consommation baisse, la production diminue, les investissements chutent, les licenciements explosent et l’insécurité gronde. La croissance est notre bouclier face au désastre, mais cette croissance est insuffisante. Elle ne pourra redevenir un espoir que grâce à l’émergence de l’intelligence artificielle. Par ailleurs, l’IA et la big data viennent battre en brèche cette fameuse citation de Kenneth E. Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste »5. Effectivement, cet adage, datant des années 1960 encore répété de façon dogmatique dans tous les débats, n’a plus aucune pertinence dans un capitalisme cognitif où la principale matière première sera la donnée. C’est toute une autre société qui se dessine à l’avenir. À nous, individus, de se saisir de ce virage plein d’espoirs qui s’offre à nous et d’éviter le pessimisme qui restreint le génie humain. Nous devons croire au développement et non pas se contenter des restrictions imposées par une société de décroissance qui condamnera d’abord et surtout les victimes déjà trop nombreuses du capitalisme productiviste. De plus, la décroissance n’offre par essence aucun levier pour relancer le développement d’une société, or l’humanité est destinée à s’accomplir dans une évolution positive.
La croissance ne peut opérer seule dans une jungle d’injustices et le développement ne peut être bénéfique à l’humanité s’il n’est pas intelligemment pensé. L’histoire nous démontre que malgré la baisse des inégalités ainsi que la réduction de la pauvreté extrême et le prolongement de la durée de vie, la technologie n’a pas encore effacé tous les maux. C’est pourquoi le développement de nos sociétés par l’intelligence artificielle doit se fonder sur une Charte universelle de protection du consutoyen6et du développement de l’intelligence artificielle pour l’humanité, que nous développerons dans le dernier chapitre. Cette Charte universelle devra se baser sur une croissance économique, un pouvoir d’achat garanti pour toutes et tous, une anonymisation des données personnelles, une collaboration des secteurs public et privé et enfin, un apprentissage adaptatif généralisé pour éradiquer les inégalités scolaires. Ce dernier point nous mènera naturellement dans le dernier chapitre vers ce que nous appellerons une approche « augmentée » de la théorie de John Rawls7.
Averroès, grand penseur rationaliste, antérieur au cogito cartésien, considérait que le raisonnement, par la recherche du savoir, élevait notre degré d’humanité. Jean-Baptiste Brenet8, spécialiste du mouvement averroesien, souligne que l’apport fondamental de ce philosophe du xiie siècle serait invraisemblablement l’universalité. Ce lieu commun trouve sa naissance dans l’intellect, qui n’est autre que le réservoir de connaissances jaillissant sur l’humanité. Et qu’est-ce qui est caractéristique de l’humain, si ce n’est sa capacité à contribuer à l’universalité pour finalement et véritablement appartenir à l’humanité ?
Par ailleurs, l’intelligence artificielle constitue un accélérateur sans pareil de cette recherche du lieu commun. En effet, cette macrotechnologie est une source infinie de l’information, dont l’essence même se fonde sur sa capacité prédestinée à circuler parmi toutes et tous, sans exclusion aucune. En outre, ce serait une contre-vérité d’attester que l’information ne serait pas de nature à inclure les individus. Étant donné son caractère simultanément indivisible et multiplicateur. L’information n’est pas de nature à stagner, ou alors elle n’est pas. L’intelligence artificielle, par le biais de savoirs additionnels utiles à nos sociétés, nous offre en définitive un marche-pied vers plus d’humanité, qui s’étend davantage au rythme de notre volonté à partager ou transmettre ce que l’intellect nous a permis de former et formaliser.
Baruch Spinoza, un des philosophes les plus brillants et subversifs de l’humanité, considérait que la cognition, l’action de penser, était l’expression de la liberté. Et via celle-ci, le bonheur est à portée de main. L’approche spinozienne formule l’idée que toute décision prise par l’individu, découle en réalité de causes que l’esprit aura toujours peine à capturer. Cependant, l’acquisition de la connaissance, diluée dans un processus de compréhension de ce qui nous entoure, permet de supplanter l’opacité de ces causes. Et chaque accomplissement, traduit par la compréhension de la cause et permis par la raison, au-delà de nous rendre libres, nous ouvre les portes de la joie et du bonheur.
En réalité, l’intelligence artificielle permet à l’être humain d’étendre son espace de liberté. Effectivement, via l’intelligence artificielle, les collecte et traitement de données permettent d’acquérir de nouveaux savoirs (l’information) et une compréhension plus profonde des causes. Or, ce sont précisément ces compréhensions supplémentaires du monde ambiant qui conférera à l’être humain la possibilité de mieux accéder à la liberté et conséquemment, de faire des choix plus responsables envers l’humanité. Avec l’intelligence artificielle, notamment via le « business intelligence » en entreprise, nous serons capables de prendre de meilleures décisions pour les générations futures, car nous disposerons de plus d’informations sur notre monde, simplement car nous aurons décidé de mieux le comprendre. Il n’y a pas plus formidable projet que celui-ci, de garantir la liberté de celles et ceux qui nous succéderont.
L’intelligence artificielle a pour particularité de générer des définitions antagonistes. Certains soulignent l’importance du terme « intelligence », justifiée aisément par la capacité d’adaptation de la machine. D’autres considèrent que le terme « intelligence » n’est qu’un fantasme pour vendre un produit ou un service. Toutefois, il semble qu’un consensus peut être formulé sur la définition de l’intelligence artificielle. Nous pouvons la définir comme l’ensemble des systèmes non biologiques reproduisant des activités neuronales.
Le terme « intelligence artificielle » a été inventé en 1956 lors de la conférence de Dartmouth dans le New Hampshire aux États-Unis. Cette conférence avait pour but de lancer un nouveau chantier de recherche. Cette initiative fut entreprise par les scientifiques Marvin Minsky et John McCarthy. Elle avait cependant été déjà évoquée par Alan Turing en 1950. Ce brillant mathématicien et cryptologue britannique, pionnier des sciences informatiques, livrait ses interrogations sur la possibilité qu’aurait une machine d’être consciente. Alan Turing est d’ailleurs à l’origine de la proposition du test de Turing9, dont l’objectif est de vérifier la capacité d’une machine à reproduire une conversation humaine. Ce test consiste à placer un être humain face à des allocutaires composés d’un ordinateur et d’autres humains. Le test de Turing est considéré comme réussi lorsque l’être humain qui enclenche le dialogue ne reconnaît pas si la réponse provient de l’ordinateur ou des autres allocutaires humains. Aujourd’hui, Google Assistant, Alexa d’Amazon, Cortana de Microsoft ou encore Siri d’Apple tentent d’établir une conversation humaine avec l’homme grâce à l’intelligence artificielle.
L’IA représente un tsunami d’opportunités pour l’économie mondiale. Selon l’entreprise américaine Gartner, spécialisée dans le conseil, la valeur commerciale créée par l’intelligence artificielle pourrait atteindre les 190 milliards de dollars en 202510. Selon une étude réalisée par le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers France (PwC), le produit intérieur brut (PIB) mondial augmentera de près de 14 % entre 2017 et 2030 grâce à l’intelligence artificielle. Cette augmentation est estimée à 5,4 % en Amérique du Sud et pourrait atteindre 26 % en Chine11. Les gains de productivité profiteront donc au monde entier.
Nous pourrions nous interroger sur ce qui explique des prévisions à ces niveaux exceptionnellement élevés. Chaque année, d’innombrables innovations bouleversent nos économies. Pourtant, aucune innovation ne semble recéler de promesses aussi positives que celle qu’offre l’intelligence artificielle, et ce, à l’échelle du globe terrestre dans sa totalité. La première explication qui justifie ces prévisions réside dans la particularité que possède l’intelligence artificielle de pouvoir bouleverser la totalité des secteurs économiques, de la matière première à l’expérience client. L’intelligence artificielle possède cette vertu de transformer profondément tout ce qu’elle augmente.
La deuxième explication se fonde sur la capacité que détient l’intelligence artificielle à porter toute une économie. Avec l’intelligence artificielle, nous pouvons véritablement concevoir l’idée d’une croissance forte, car l’IA offre des opportunités infinies en termes de création de valeur ajoutée. Cela s’explique par le phénomène de « contamination par la valeur ». Si une valeur ajoutée, créée par une intelligence artificielle, bénéficie à un secteur, elle se répercute automatiquement sur l’ensemble de ceux qui lui sont liés ou sous-jacents. Elle permet tantôt d’abaisser les coûts, tantôt d’améliorer la qualité du produit ou du service.
Le développement de l’intelligence artificielle est une promesse d’avenir et de paix. C’est l’investissement le plus rentable et il n’est, étonnamment, pas plus risqué qu’un autre produit à très long terme. Cette technologie en vient jusqu’à remettre en cause la fameuse conception qui voudrait que la croissance soit impossible sans une prise de risque. La seule prise de risque repose sur la bonne compréhension du marché et la maîtrise de la donnée.
Cette macrotechnologie transformera l’économie, mais également toutes les sociétés. Elle porte en elle quelques défis que nous devons relever pour permettre à tous les individus – consutoyens – de réussir la transition vers une économie pleinement cognitive. Ces défis sont intimement liés au pouvoir d’achat, à l’éducation et à l’emploi. C’est pourquoi, conjointement à un développement intensif de l’intelligence artificielle, il convient de garantir la situation de celles et ceux qui auront le plus de mal à vivre dans un monde gouverné par un capitalisme pleinement cognitif. Pour y parvenir, nos sociétés doivent immanquablement instaurer une Charte universelle de protection du consutoyen et du développement de l’intelligence artificielle pour l’humanité qui réunirait les États et les entreprises. Dans un esprit collaboratif et bienveillant envers l’humanité, secteur privé et public, nations et supernations s’accorderont pour relever le défi de l’intelligence artificielle.
Nous avons choisi de créer ce néologisme conceptuel afin de souligner l’acte citoyen qu’engage la consommation aujourd’hui. Ce terme fusionne les mots « consommateur » et « citoyen » pour mettre en évidence les liens de plus en plus étroits qui existent entre les devoirs d’un État et ceux d’une entreprises, l’impact des entreprises étant de plus en plus considérable dans la vie quotidienne. Lorsqu’Amazon projette de créer un hôpital numérique pour ses employés, c’est une manière, pour le secteur privé, d’étendre ses services jusqu’aux portes de notre vie extra-professionnelle. Lorsque nous sélectionnons des produits spécifiques sur Alibaba, c’est une manière de voter pour ceux dont nous acceptons la production, que ce soit sur une base éthique, écologique ou encore environnementale.
1. En français : algorithme de recherche pour des médicaments.
2. Roisin, J., « Vers le premier vaccin entièrement créé par une intelligence artificielle », Les Échos, 28 juillet 2019.
3.Wolfe, A., « A look at how Descartes Labs is leveraging AI to alert fire managers of wildfires and decrease the damage on homes and habitats across the US », Business Insider, 19 décembre 2019.
4.MICROSOFT, « Björk’s Kórsafn: a choral retrospective », 2020.
5.Boulding, K., « The Economics of the Coming Spaceship Earth », New York, p.362, 1966.
6. Ce terme sera défini plus tard.
7. La théorie de la justice de Rawls évoque les principes de liberté et de différence qui défendent respectivement une égale liberté pour tous et une égalité des chances.
8. Brenet, J. B., Je fantasme. Averroès et l’espace potentiel, Verdier, 2017.
9.Lassegue, J., « What Kind of Turing Test did Turing have in Mind? »,Tekhnema; Journal ofPhilosophy and Technology, p. 2-4, 1996.
10.Mishra, V., « 21 Leading Artificial Intelligence-Driven Startups with Over $50 Mn Funding », MEDICI, 9 août 2019.
11.PricewaterhouseCoopers, « What’s the real value of AI for your business and how can you capitalise? », PWC, 2017.
