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L'oiseau-ba, seconde vie dans l'Egypte antique. Les Egyptiens croyaient en une seconde vie. Cette survie serait possible grâce à un élément surnaturel qu'ils nommaient le ba. Cette entité-ba apparaît sous une forme surprenante, un oiseau à tête humaine. Elle est représentée sur les parois de tombe et le mobilier funéraire, mise en scène sortant du tombeau, rejoignant son défunt ou buvant à la déesse-arbre...L'observation de ces scènes, associée à la lecture des textes funéraires, nous plonge dans un monde quasi-magique, incite à imaginer cette seconde vie. Comme des chemins de réflexion nombre de questions se sont imposées. Pourquoi un oiseau à tête humaine ? Quelles espèces ont été choisies ? Pourquoi ? Au fil des pages nous avons émis quelques hypothèses...
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Seitenzahl: 298
Veröffentlichungsjahr: 2022
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En hommage à Josèphe Jacquiot, historienne de la médaille, fondatrice du Musée de Montgeron. Pour mon mari Pierre Juret, notre fille Patricia et nos petits-enfants Merri, Avril et Romane
Introduction
I –
Entité-ba et genèse de l’iconographie
II -
Motivations du choix iconographique
III -
Ba en relation avec les chapitres du
LdM
1 - L’entité et la cérémonie funéraire
Le ba et l’offrande alimentaire
2 - Sortie au jour, identification aux dieux
3 - Le ba et le cœur du défunt
4 - Réunion du ba et du corps du défunt
5 - L’oiseau-ba et la déesse-arbre
6 - Hommage au soleil
7- Protection de la tombe
8 - Liberté du ba
9 - Formule pour échapper au filet
10 - Le ba maintenu par son défunt
11 - Le ba et le bénou
12 - Le devenir « Ounneferique et Hathorique du ba »
IV Observations sur la variété des oiseaux-ba
1 - Répertoire des formes du ba
2 - Caractéristiques et rapprochement avec les espèces naturelles
3 - Evolution iconographique
4 - Choix des espèces par rapport aux textes
5 - Simultanéité de diverses formes pour un même défunt
6 - Originalité de certaines apparences
7 - Coiffures, parures et artéfacts
8 - Prémices d’évolution
Conclusion
Historique des interprétations du ba
Index des documents observés classés par supports
Bibliographie
Remerciements
Pour les anciens Égyptiens, la mort n’est qu’un passage vers une seconde vie. Cette survie après le trépas serait possible grâce à un élément surnaturel qu’ils nommaient le ba. Nous traduisons cette appellation communément par le mot âme, mais le concept se révèle beaucoup plus complexe. Ce ba apparaît sous une forme surprenante : un oiseau anthropocéphale. L’observation de son iconographie, associée à la lecture des textes funéraires, nous plonge dans un monde quasi-magique participant de ces croyances. Une longue histoire m’a orientée vers la présentation en 2002 d’un mémoire de recherche, sous la direction de Madame Jocelyne Berlandini-Keller, Professeur à l’École du Louvre et chargée de recherche au CNRS. Cette publication s’appuie sur cette étude de « L’iconographie de l’entité-ba au Nouvel Empire »
Comme des chemins de réflexion nombre de questions se sont imposées. Quand cet être composite est-il apparu dans l’iconographie ? Quelles notions ont présidé au choix d’un oiseau à tête humaine ? quelles espèces ont été choisies et Pourquoi ? Autant de questions auxquelles il fallait tenter d’apporter des réponses. D’emblée nous constatons que cet être insolite n’est pas apparu brusquement. Un long cheminement de la pensée a transformé sa matérialisation à travers l’image, depuis les premières graphies de l’Ancien Empire sous forme d’échassier, jusqu’à la création de cet être d’aspect encore plus mythique mi-oiseau/mi-humain.
Les Égyptiens ont abondamment illustré les textes funéraires. Leur lecture permet de mesurer combien, à travers cet être étrange, le défunt pensait vivre pleinement sa seconde vie. Ces écrits évoquent plusieurs devenirs post mortem. Comment les concilier ? comment suivre Rê dans sa course ? Comment le défunt, immobilisé par la mort, pourra-t-il sortir le jour et vivre pleinement cette seconde vie ? La pensée égyptienne semble avoir tout prévu avec la création de l’entité ba. Celle-ci, intermédiaire privilégiée, devient la réponse à ces nombreuses questions.
Alter ego doué de pouvoirs surnaturels, le ba jouit d’une totale liberté, peut sans entraves sortir de la tombe, monter dans la barque de Rê, puis rejoindre son défunt et s’unir à lui dans une interdépendance indispensable et émouvante. Bien qu’immatérielle, l’entité est douée d’une force vitale lui permettant de mener la vie active qui avait été celle du trépassé. Celui-ci profitera d’une existence pleine et entière à travers elle. Comment appréhender la complexité de cette existence entre deux-mondes imaginée par les anciens Égyptiens pour leur âme-ba ? Le sujet s’est révélé extrêmement vaste, tant par la diversité des situations évoquées dans les textes puis mises en scènes, que par l’extrême variété d’aspect des oiseaux. Le concept et son historique ont été étudiés et définis par les égyptologues, particulièrement par Louis Vico Zabkar, dans son ouvrage A Study of the Ba concept, source d’informations précieuses pour cette étude. L’iconographie s’appuie sur les textes funéraires, pour le Nouvel Empire principalement le Livre pour sortir le jour, couramment dénommé Livre des Morts, dans la suite des Textes des Sarcophages. Leur traduction par Paul Barguet transporte le lecteur, au fil des chapitres, dans un monde souvent déroutant. Les multiples souhaits formulés par le défunt à l‘ intention du ba permettent de comprendre que leur destin est étroitement lié, dans une interdépendance émouvante.
L’observation de l’aspect corporel des oiseaux-ba, autre face de cette étude, a également retenu notre attention. Leur variété et les options encore plus étrange adoptées pour certains peuvent étonner autant que leurs couleurs. Bien qu’ils soient particulièrement insolites, il convenait de tenter un rapprochement, parfois difficile, avec les espèces de la nature. Cette comparaison appelle quelques réflexions sur la pluralité des formes, leur évolution dans le temps ou le rapport de l’iconographie au texte.
Les sources écrites et archéologiques sont nombreuses et les supports véhiculant ces images multiples. La richesse de leur apparence, l’extrême variété avec laquelle les Égyptiens ont transposé les textes à travers l’image, donnent à cette étude un aspect multiface. Cette étude s’est limitée à l’iconographie de l’entité-ba au Nouvel Empire. Il faut noter que les ba (baou) des divinités ainsi que ceux des personnes royales n’ont pas été retenus ici, ou seulement pour illustrer certains points. Evoquer ceux des particuliers semblait déjà d’une extrême richesse.
L’ancien Égyptien croit en un devenir post-mortem qui peut revêtir plusieurs formes. Les textes évoquent un devenir stellaire, un devenir solaire et un devenir osirien, seconde vie à l’image de la vie terrestre. Quoique pouvant paraître antinomique, cette diversité s’accorde pleinement avec la pensée égyptienne. La conception même de la personnalité de l’individu peut sembler tout aussi complexe. Pour l’Égyptien l’homme est composé de cinq éléments qui seront dissociés par la mort. Le corps sera déposé dans la tombe. L’ombre acquiert une certaine indépendance, mais elle participe à son intégrité. L’esprit-akh, pouvoir magique surnaturel, évoque avant tout une notion d’efficience ; esprit céleste, il peut être bénéfique ou maléfique, redoutable, voire dangereux. Il peut s’exercer sur les vivants. Akh signifie encore le lumineux, Erik Hornung le définit comme une forme d’existence transcendante. Le ka, force vitale de l’individu, puise son énergie dans la nourriture. Le mort survivra par son ka grâce aux offrandes funéraires1. Enfin, le ba est un élément très important puisque indispensable à sa survie. Il se déplace dans l’au-delà, doit y surmonter maints obstacles dont le plus grand serait d’être retenu prisonnier et de ne pouvoir réintégrer le corps. Il émane du corps, sort du tombeau, accomplit sur terre les activités qui étaient celles du trépassé, de son vivant2.
La plus ancienne représentation de l’entité apparaît dans l’écriture. Peu à peu elle va se transformer, se matérialiser dans les scènes illustrant les textes funéraires. Ce hiéroglyphe prend, dès l’Ancien Empire, la forme stylisée d’un échassier muni d’une importante excroissance à la base du cou3. L’oiseau est figuré debout, précédé ou non d’une cassolette d’où sort une flamme4. Cette flamme souligne pleinement sa nature ignée.
Les égyptologues, encore récemment, s’accordaient pour penser que ce signe hiéroglyphique rappellerait un grand échassier, le jabiru (ephippiorhynchus senegalensis)5. Cet oiseau, disparu depuis longtemps d’Égypte, peuple actuellement l’Afrique tropicale, du Sénégal à l’Ethiopie, et l’Afrique du Sud. Il semble qu’il était encore présent dans la vallée du Nil à l’époque néolithique et au prédynastique 6. A première vue l’aspect stylisé du hiéroglyphe rappelle la silhouette du jabiru : ciconiiforme au long bec, long cou et corps gracile supporté par de très longues pattes. Il présente à la base du cou une sorte de boucle qui rappellerait, disait-on, les caroncules que possède l’oiseau mâle adulte7.
Cependant ce hiéroglyphe diffère en quelques points. D’une part, la boucle est beaucoup plus volumineuse que les petites caroncules du modèle et, détail important, chez le jabiru elles sont placées à la base du bec et non à la base du cou. D’autre part, la partie supérieure du bec de l’oiseau est munie d’une excroissance que l’on ne retrouve pas sur le hiéroglyphe et son bec est beaucoup moins effilé8. Ces quelques observations permettent d’affirmer que le signe évoquant le ba sous la forme d’un échassier, s’il s’inspire du jabiru n’en est pas sa représentation exacte 9. Si l’on admet cette hypothèse, comment expliquer cette transformation anatomique de l’oiseau dans le signe hiéroglyphique ? L’étude de Ludwig Keimer retrace l’évolution de cette figure depuis les plus anciens exemples retrouvés gravés sur le couteau Carnavon, jusqu’aux documents des Ve et VIe dynasties10. Une constatation s’impose, le hiéroglyphe semble s’éloigner peu à peu du modèle. A l’Ancien Empire, les caroncules sont encore souvent proches de la base du bec, cependant l’excroissance au-dessus de celui-ci disparaît. Citons les documents retenus par L. Keimer, Caire 1736 et Caire 39534, datés Ve dynastie 11. Ces caroncules peuvent encore être placées au milieu du cou, exemple Caire 541 daté VIe dynastie 12. Enfin, la forme hiéroglyphique exprimant le mot ba se fixera dans cet aspect d’échassier muni d’une boucle importante à la base du cou. L. Keimer conclue dans son étude : « Il n’existe, ni en Égypte ni dans un des pays voisins, un oiseau qui corresponde tout à fait à l’Oiseau-ba… »13. On peut donc admettre que, cet échassier ayant disparu d’Égypte depuis longtemps, de représentations en représentations son image se serait éloignée progressivement du modèle. Cette altération de l’iconographie, associée à sa disparition de la faune égyptienne, lui conférerait un caractère mythique illustrant parfaitement le concept.
Cette évolution ne s’arrête pas là, la métamorphose vers la représentation d’un être surnaturel s’accentuera. En effet, l’image d’échassier perdure dans l’écriture mais parallèlement, en avançant dans le temps, apparaîtra une autre forme : le rapace à tête humaine14, également figuré debout et souvent précédé de la flamme dans une cassolette. Cette image évoque pleinement le concept, exprime parfaitement par sa forme hybride à la fois l’essence divine et la composante humaine de l’entité. Nous verrons que le ba sera peu à peu évoqué sous cet aspect dans les textes du Moyen Empire, ceci bien avant d’être représenté.
Ces deux formes hiéroglyphiques sont les plus courantes. Cependant, signalons un autre type, plus rare, le bélier précédé ou non de la cassolette avec la flamme. Ce bélier est utilisé dans l’écriture pour son homophonie, mais on peut émettre une autre hypothèse. Dans le chapitre 85 du Livre des morts, Formule pour prendre l’aspect d’une entité vivante, le défunt s’identifie à Rê, mieux encore, il identifie son ba à celui des dieux. Or, dans les vignettes illustrant ce chapitre, le bélier-ba se substitue parfois à l’oiseau-ba. Il en est ainsi dans le LdM d’Ani (BM 10470)15. Nous remarquons la même substitution dans le texte du chapitre 17 pour la séquence mon ba est les dieux : le hiéroglyphe qui désigne le ba est ici encore le bélier16. Ce choix participerait probablement de l’identification, par le défunt, de l’entité avec le ba divin. Les dieux ovins sont nombreux mais ici on peut établir un rapprochement avec le ba de Rê et Osiris.
Citons encore quelques exemples de la pluralité des formes hiéroglyphiques relevés dans le LdM d’Ani (BM 10470). Trois formes sont réunies sur ce papyrus17 :
Chapitre 17 : l’oiseau anthropocéphale précédé d’une cassolette avec flamme,
Chapitre 148 : l’échassier précédé d’une cassolette avec flamme,
Chapitre 85 mon ba est les dieux : le bélier avec le déterminatif de l’humain.
Les hiéroglyphes désignant l’entité peuvent donc emprunter ces trois formes. Elles cohabiteront dans le temps - le ba bélier plus rarement - et elles pourront être employées simultanément sur un même document. Il demeure que la plus ancienne forme attestée est l’échassier. Enfin, le hiéroglyphe peut être suivi ou non d’un déterminatif : un homme assis. Les ba des défunts peuvent encore être suivis du déterminatif divin18, sauf ceux des ennemis d’Osiris, les damnés.
En dehors de ces choix, très souvent, une cassolette d’où jaillit une flamme est posée près de l’entité. Elle peut d’ailleurs aussi évoquer le son « ba ». J’ai pensé un temps qu’il y avait un lien entre l’entité et cette cassolette, à travers l’encens ou plutôt la flamme. Le chapitre 137 du LdM en éclaire peut-être partiellement la signification dans la formule des quatre flambeaux de glorification « faites que l’âme vivante de l’Osiris N soit puissante grâce à son flambeau, qu’elle ne puisse être écartée, qu’elle ne puisse être refoulée aux portes de l’Occident ! Que ses pains et ses étoffes lui soient apportés parmi les maîtres des biens… »19. Cette flamme symboliserait donc sa puissance.
Pour comprendre ce choix d’oiseau à tête humaine, il faut rechercher dans les textes les sources qui ont présidé à son apparition, ou tout au moins en déceler les prémices. Cette forme se développera surtout à partir du Nouvel Empire, mais les Textes des Sarcophages offrent de précieux indices sur son origine. Cette image prend forme dans la pensée des Égyptiens dès le Moyen Empire, probablement avant de se concrétiser. Malheureusement, il faut le reconnaître, les sources archéologiques évoquant la genèse de cette représentation sont peu nombreuses.
Sources écrites.
De nombreux spells des Textes des Sarcophages évoquent le ba. On y décèle l’aspect imaginé par les Égyptiens dès cette époque : il était bien perçu comme un être aviaire à tête humaine 20.
Une tête humaine pour le ba
Bien que l’entité n’y paraisse pas totalement sous cette forme, l’idée est exprimée dans le CT 101 (S1C) (3)
Nous savons que depuis l’Ancien Empire, l’entité apparaît dans l’écriture sous la forme d’un échassier. C’est ainsi qu’on la voit dans la graphie reproduite dans ce texte (CT 101). Or, on y relève un premier indice d’évolution important : le ba y est décrit avec une face des vivants, c’est-à-dire une tête humaine. On peut donc penser ici à l’évocation de l’oiseau anthropocéphale.
Nous savons que depuis l’Ancien Empire, l’entité apparaît dans l’écriture sous la forme d’un échassier. C’est ainsi qu’on la voit dans la graphie reproduite ici (CT 101). Or dans ce texte, on relève un premier indice d’évolution important : le ba y est décrit avec une face des vivants, c’est-à-dire une tête humaine. On peut donc penser ici à l’évocation de l’oiseau anthropocéphale.
De plus, le texte de A. de Buck propose deux variantes et l’on remarque bien au S1C les ânkhou ; les vivants, avec le déterminatif des humains21. « Va, va, cette mienne âme, que cet-homme-là te voie, avec ta face des vivants en quelque lieu que tu sois ; qu’il soit debout ou assis, sois en face de lui ! Chou t’a ouvert ses bras, irt.s-mn.s t’a envoyée… »22. L’entité est donc bien imaginée ici avec une tête humaine.
Un corps d’oiseau pour le ba
Plusieurs Textes des Sarcophages identifient formellement l’entité avec un oiseau notamment le CT 279 23. « Paroles (à dire ; Transformation en âme vivante ?) tu as ton âme-ba, de sorte que tu es une âme-ba […] N. que voici : tu es l’oiseau- khabes /(celui qui) , quand il /sommeille (sdr) réalise ce qu’il désire : les ailes de N que voici sont (celles d’) une image sacrée/. »
On relève encore de nombreux exemples d’identification du défunt avec des oiseaux.
le CT 271 le voit s’envoler en ibis « N. que voici s’est envolé en ibis, N. que voici s’est posé en oiseau-gad ».
les CT 278 et 287 le décrivent comme un jars
« je me suis envolé en Grand,(ai jargonné en jars ».
les CT 272-273 ou le 703 l’identifient au héron
« N. que voici est le héron-nour, Je suis ce héron schenti » dans le CT 294, il prend l’aspect d’une hirondelle
« Les aspects d’une hirondelle m’ont été donnés par la Flamboyante ». Il peut aussi se transformer en faucon divin dans le CT 312
« Horus est <sur> ses sièges, ses trônes, et N que voici est quelqu’un qui a son aspect. Les bras de N que voici sont (ceux d’) un faucon divin ».
Citons encore le CT 274
« N. que voici s’élèvera en faucon divin derrière les couples de sa barque »24.
Le défunt prend donc l’aspect de différentes espèces aviaires dans son cheminement vers la renaissance. Ces dernières formules attribuent ces transformations au défunt et non au ba. Pourtant, le CT 149 S2P prouve l’identification formelle de l’entité avec un faucon.
« Je suis un être humain qui est venu mécontent de l’île de l’Embrasement. Que l’on m’ouvre dans le tribunal à cause du tort qui m’a été fait par mes ennemis ! j’ai demandé à me transformer en homme-faucon qui s’en va en homme, afin que je sorte de là sans qu’un dieu ne me retienne. Je suis (maintenant) un homme-faucon, qui s’en va en homme [….] Me voici sur le chemin d’Horus pour atteindre mon ennemi parmi les hommes. Je suis apparu en grand faucon, je l’ai saisi dans mes griffes : mes lèvres contre lui sont un couteau fulgurant, mes griffes contre lui sont des flèches de Sekhmet, mes cornes sont contre lui (celles du) grand Taureau sauvage, mes ailes contre lui sont (celles) d’un rapace, ma queue contre lui est (celle d’) une âme-ba vivante […] je suis vraiment un homme-faucon à qui il a été accordé de se transformer en faucon dans le Château du Chef des Occidentaux [ ... ] et le cœur de l’Osiris a jubilé quand il m’a vu m’élever en faucon et marcher sur mes jambes, alors que j’étais encore un homme »25
Le ba est bien identifié dans ce texte. Considéré sous son aspect vengeur, il devient la force du défunt. Pour s’abattre sur ses ennemis, celui-ci se transforme en homme-faucon, donc l’aspect composite est évoqué. Les détails de ce texte parlent aussi : ses lèvres permettent de penser à la tête humaine (mais peut-être est-ce un bec). De l’oiseau il possède les griffes et les ailes, il s’envole. On perçoit aussi son caractère divin, chaque partie du corps est placée sous l’égide d’un dieu : les griffes sont celles de Sekhmet, la queue devient un morceau du corps divin. La notion de déplacement, de liberté est aussi bien évoquée : il vient du monde des morts (Château-du-Chef-des Occidentaux) chasse et détruit les ennemis (comparaison avec des griffes de lion), donc il sort dans le monde des vivants. L’iconographie hybride, que l’on rencontrera couramment au Nouvel Empire, est déjà exprimée dans ce texte et plus particulièrement dans ce passage : quand il m’a vu m’élever en faucon et marcher sur mes jambes, alors que j’étais encore un homme ». Mais s’agit-il d’un homme en tant qu’essence humaine ou ayant une apparence d’homme ? L’expression qui s’en va en homme laisse supposer sous une apparence humaine. Il s’élèverait donc sous une forme composite mi-humaine mi-aviaire. Le faucon, est plus particulièrement nommé ici. Or, au Nouvel Empire, le ba prendra souvent l’aspect d’un falconiforme anthropocéphale, tant dans l’écriture hiéroglyphique que dans les représentations. On perçoit bien dans ces textes la source d’une mutation iconographique : substitution de l’oiseau apparenté à l’échassier par un falconiforme.
Dès l’Ancien Empire l’entité était donc imaginée sous l’aspect d’un oiseau, ceci est attesté dans l’écriture hiéroglyphique. Les textes du Moyen Empire témoignent que cette image a perduré. Mais on y remarque un point important, l’évocation d’un ba aviaire possédant une tête humaine. Cet aspect hybride traduit pleinement son essence divine et sa composante humaine. Les textes offrent donc, dès le Moyen Empire, les prémices de cet aspect composite. Quelques sources archéologiques rarissimes offrent des jalons vers cette iconographie.
Sources archéologiques.
Sphinx ou proto-oiseaux-ba
Le ba sous forme d’oiseau anthropocéphale serait-il apparu dès l’Ancien Empire ? Un sceau étudié par André B. Wiese 26 pourrait susciter cette question. Le dessin publié est très schématique. La partie supérieure présente des lignes parallèles réparties de part et d’autre d’une ligne médiane ; elle évoquerait le sommet d’une tête humaine ( ?). En revanche la forme du corps, allongée et plate, rappelle plutôt un sphinx. De même l’observation de la face latérale ne permet pas l’identification avec un corps d’oiseau. Ce document ne sera donc pas retenu.
Le British Museum possède plusieurs amulettes à caractère hybrides datées Moyen Empire. Leur facture rudimentaire les rend difficilement identifiables. On y reconnait toutefois une tête humaine et un corps en position ramassée 27. Carol Andrews les qualifie de sphinx female ou de proto oiseaux-ba28. Citons pour exemples :
- une amulette en améthyste (EA 57793) coiffée d’une longue perruque aux mèches verticales bien dessinées, striées en oblique avant. Le corps, de volume ramassé, est séparé verticalement par deux lignes disposées en chevrons (pl. 1.1).
- une amulette en feldspath vert (EA 14754) coiffée d’une longue perruque. Le corps accroupi sur de très longues pattes élimine l’identification avec un sphinx. Ce document, plus élaboré que le précédent, semble plus proche du proto-oiseau-ba.
Signalons encore trois documents en améthyste provenant de la tombe V 21 en Abydos (MMA a 04. 18. 29 ; b 04,18,31 ; c 04.18.32)29. Mais Mrs D. Graig Patch les a comparées avec une amulette de cette même collection figurant un faucon. Or le faucon présente de façon bien visible sur le dos une ligne évoquant les ailes, qui n’apparait pas sur ces amulettes. Elles seraient donc tout à fait comparables à celles du British Museum et sont à considérer comme des sphinx ou proto oiseaux-ba30.
Enfin, une amulette en lapis-lazuli, conservée au British Museum (EA 57792) évoque l’apparition de cet oiseau-ba dès le Moyen Empire31. A première vue il est permis d’hésiter avec une tortue. Cependant, on identifie le poignet de l’aile très saillant du vautour et les lignes disposées en éventail en partie basse évoqueraient des rémiges extrêmes repliées. Très longues, elles cachent presque les rectrices, donnant ainsi l’illusion d’une queue très courte, celle du vautour. La tête humaine, coiffée d’une perruque à pans retombant vers l’avant, est parfaitement identifiable comme telle. Le nez aquilin et le menton très anguleux rappellent le profil du rapace. Cet aspect conforte l’idée d’un vautour à tête humaine (pl.1.2)32.
Les masques funéraires à décor de plumes sont attestés dès la XIIe dynasstie. En témoigne celui de Sénou retrouvé dans sa tombe à Dachour33. Un autre exemple (Caire CG 28109) serait daté vers la fin de la XIIIe dynastie (pl. II.1) ; la perruque disparaît sous une coiffure de plumes dont les deux pans, retombant vers l’avant, simulent des ailes d’oiseau. On retrouve cette association d’attributs aviaires sur le masque (Caire JE 45629)34 provenant de la tombe 287 à Béni Hasan (pl. II.2) et sur l’artéfact Manchester Museum 793135. Ces masques funéraires peuvent être considérés comme les précurseurs des cercueils richi.
Les cercueils rishi, comme ces masques funéraires, présentent des points de contact avec les représentations de l’oiseau-ba ; le visage du défunt semble émerger d’un corps recouvert de plumes 36. Citons Louvre E. 3020 ayant appartenu au roi Sekhemrê Herouhermâat et Louvre E 3019 du roi Sekhemrê Oupmaât, datés XVIIe dynastie (pl. 1.4). On peut penser que ces cercueils participent d’une vision proche du concept ba, en concrétisant l’idée d’un défunt au devenir mi-humain mi-oiseau. Evoquons encore celui de la reine Ahmès Mérit-Amon (Caire JE 56140), daté du début de la XVIIIe dynastie 37.
On retrouve cette option dans le mobilier funéraire des particuliers. Citons celui de la « Maitresse de maison » Reri (MMA 12.181299)38. Ici encore la coiffure et le corps de la défunte, recouverts de plumes, suggèrent une mutation vers une forme d’oiseau-ba. Ce type de cercueils disparaîtra.
Dans l’iconographie royale, une statue fragmentaire propose cette forme hybride (Caire JE 64770)39. Seules la tête et une partie du corps sont conservées, mais on y reconnait une reine à corps d’oiseau. La longue perruque dégageant les oreilles se prolonge en deux spirales s’enroulant vers l’extérieur du visage, coiffure caractéristique des reines du Moyen Empire. Elle est pourvue d’un diadème orné de l’uraeus, une tresse retombe dans le dos. Le corps est nettement identifié comme un corps aviaire (pl. 1.3). M. L. Keimer en 1935 proposait l’hypothèse d’une reine associée à la déesse vautour Moût, la mère par excellence. Il écartait celle d’un oiseau-ba, s’appuyant d’une part sur le fait que le ba humain sous cette forme n’était connu qu’à partir du Nouvel Empire et d’autre part qu’il était à l’origine figuré sous la forme d’un échassier40. Si l’hypothèse d’une statue de ba royal est écartée, ne serait-elle pas le prélude à cette iconographie ? L’image du ba royal en effet s’inspire le plus souvent du vautour ou du faucon. Pour le Nouvel Empire, citons celui de Toutankhamon (Caire JE 61903) ou celui de la reine Néfertari, en partie falconiforme (TT 66).
Pour résumer en quelques lignes cette genèse de l’iconographie, soulignons que les premiers hiéroglyphes évoquant le ba sous la forme d’un échassier, pourvu à la base du cou d’une boucle, ne correspondent pas, à mon sens, à l’image du jabiru ; ceci bien qu’il s’en soit peut-être inspiré à l’origine. En avançant dans le temps, la description de l’entité sous forme hybride humain/oiseau est bien attestée dès le Moyen Empire dans les Textes des Sarcophages, à travers l’appellation homme-faucon et l’évocation d’une tête humaine. Il tarde à se matérialiser comme tel dans l’iconographie. Cependant quelques jalons conduisent à cette figure composite. Elle aurait pu apparaître avant le Nouvel Empire ; les sources archéologiques proposent quelques amulettes, rares indices à l’appui de cette hypothèse. Les masques funéraires et cercueils rishi deviennent de toute évidence un jalon vers la représentation de cette forme aviaire anthropocéphale. Cependant un grand vide iconographique sépare ces prémices des exemples abondants que nous rencontrerons sur de multiples supports, à partir du Nouvel Empire.
1- Amulette British Museum - EA 57792, Fin XIII- Dyn (?).
D’après C. Andrews, Amulets of Ancient Egypt
2- Amulette British Museum EA14754, Moyen Empire.
D’après C. Andrews, Amulets of Ancient Egypt
3- Statuette de reine,
Caire JE 6470, Moyen Empire. D’après M.L. Keimer, ASAE 35
4 - Sarcophage de Sekhenrê- Oupmaât
Louvre E 3019 - XVIIe Dyn.
1 - Masque funéraire Caire CG 28109 - Moyen Empire
D’après Pierre Lacau, „Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire(CGC) I“ pl. XXIII
2 - Masque funéraire Caire JE 45629 Provenance Assasif
fin XVIIe dynastie/ Amosis ( ?)
© Archives Etienne Drioton, Montgeron
D’après A. Dodson « A Funerary Mask in Durham and Mummy Adornment in the Late Second Intermediate Period and Early eighteenth dynasty », JEA 84, p. 93-99, pl. XV.2
1 Cl. Traunecker, Les dieux de l’Égypte, Paris 1992, p. 24-29
2 L.V. Zabkar, , A Study of the Ba Concept in Ancient Egyptian Texts, Chicago 1968, p. 70-73. - M.C. Lavier, Égypte Vision d’Eternité, Musée de l’Ephèbe, Le Cap d’Agde Sept. 1999- janvier 2000, p.23.
3 A. Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford, ed. 1994, G 29, p. 470. P. Grandet, B. Mathieu, Cours d’égyptien hiéroglyphique, PARIS 1997, G 29, p. 686
4 A. Gardiner, op. cit. R7 p. 501. P. Grandet, B. Mathieu, op. cit. R 7 p. 700.
5 C’est le point de vue de A. Anselin dans L’oiseau-ba avec des L (i-Medjat 1 et 2, 2008)
6 J. Vercouter, L’Égypte et la vallée du Nil, T I, des origines à la fin de l’Ancien Empire, Paris 1992, p. 40-41.
7 Seuls certains jabirus mâles adultes possèdent deux très petites caroncules placées à la base du bec..
8 L’ibis carunculata présente également des caroncules au niveau de la gorge. Cependant sa morphologie est différente de celle de notre grand échassier. Ses pattes sont plus courtes, son bec recourbé et il présente une grande tache blanche sur l’aile.
9 L. Keimer, « Quelques hiéroglyphes représentant des oiseaux » ASAE 30 (1930), p. 3
10Ibid, p. 8-20.
11 L. Keimer, op. cit. p. 9, fig. 12 et 14.
12Ibid. p. 10.
13ibid. p. 3.
14 A. Gardiner, op. cit, G 53 , p. 473 P. Grandet, B. Mathieu, op. cit, G 53, p. 687.
15 E. A. W. Budge, The book of the Dead, the Papyrus of Ani, New York 1967, p. 174.
16Ibid, p. 50, my soul is the gods, (who are) the souls of eternity.
17Ibid, p. 50, p. 239, p. 174.
18Ibid, p. 228
19 P. Barguet, Le Livre des Morts des anciens égyptiens., Paris 1967, p. 181.
20 A. Gasse, « Une représentation particulière de l’âme-ba d’après les sarcophages égyptiens conservés au Vatican », Bollettino XVIII, Monuments Musei e Gallerie Pontificie, Citta del Vaticano, 1998, p. 19.
21 A. de Buck, ibid.
22 P. Barguet, Textes des sarcophages égyptiens du Moyen Empire, Paris 1986, pp. 237-238. P. Barguet traduit « avec une tête humaine »
23Ibid., p. 431.
24Ibid p. 425 -429 - 426 – 428 – 439 – 448.
25Ibid., p. 436-437.
26 A. Wiese, Die Aufänge der Ägyptischen Stempel Siegel-amulette, OBO 12, Fribourg 1996.
27 W. M. Flinders Petrie, Amulets, Londres 1914, p. 40, fig. 185 e, f, g, h.
28 C. Andrews, Amulets of Ancient Egypt, Londres 1994, p. 78. Fig. 64c), 64 j) et 78 b).
29 W. Hayes, The scepter of Egypt, part 1, New York 1990, pp. 236-237. W. Hayes signale qu’en 1914 l’Egypt Exploration Fund a offert au MMA des bijoux de la XIIe dynastie provenant d’Abydos, notamment une amulette représentant l’oiseau-ba.
30 Je remercie vivement Mrs Graig Patch, Gallery Administrator du Metropolitan Museum of Art qui a étudié ces documents, d’avoir bien voulu me communiquer ces précisions les concernant.
31 C. Andrews, op. cit., Londres 1994, p. 78. Fig 41 a)
32 P. M signale que in situ, la stèle BM 318 datée Moyen Empire était surmontée d’un oiseau-ba. D’après le dessin de Wilkinson, ce serait le ba de Sokar. Nous ne retenons pas ce document.
33 L ; Deguara, J.P. Senac, Fr. Servajean (ed.) « Les masques funéraires égyptiens, évolultion et symbolique » dans Colloque du Musée Lanquedocien, 14 niv. 2014, Montpellier 2014, p. 38
34 A. Dodson, « A Funerary Mask in Dunham and Mummy Adornment in the Late Second Intermediate Period and Early Eigtheenth Dynasty” JEA 84 (1998), p. 95-96, Pl. XIV et XV Datation par comparaison avec CG 28028 et 28029.
35Ibid Pl. XV.
36 M. Saleh et H. Sourouzian, Catalogue du Musée égyptien du Caire, Le Caire 1987, 127.
37 V. Schmidt, Levende og dode I det gamie Aegypten : album til ordnung af Sarkofager, Mumiekister Mumiehylstre o. lign, Copenhagen 1919.
38 W. C. Hayes, The scepter of Egypt, part II, New York 1990, p. 30, fig. 13.
39 M. L. Keimer, « Sur un fragment de statuette en calcaire ayant la forme d’un oiseau (vautour ?) à tête de reine », ASAE 95 (1935), pp. 182-192, pl. I-II (ref J. Berlandini-Keller)
40 M. L. Keimer rappelle que G. Brunton a évoqué lui aussi des amulettes de rapaces à tête humaine remontant à la Première Période Intermédiaire. On y reconnaîtrait une forme d’oiseau d’espèce non identifiable.
Après avoir perçu dans les écrits l’idée d’une forme nouvelle pour le ba, la représentation de cet être composite apparaît peu à peu. Il sera traduit de façon stylisée dans l’écriture hiéroglyphique, puis en des créations plus élaborées dans l’iconographie. On peut s’interroger sur les motivations qui ont guidé l’Égyptien vers cette création. Pourquoi une forme composite ? Pourquoi un corps d’oiseau ? Quelles sont les espèces choisies pour modèles ? Pourquoi une tête humaine ? Pour quel devenir post-mortem ? Les raisons qui ont conduit vers cette option hybride sont multiples.
Il est évident que l’oiseau peut se déplacer sans entrave. Le choix d’un corps aviaire est donc en totale adéquation avec la notion de liberté, de mobilité qui caractérise l’entité. Aucune figure ne pourrait mieux illustrer cette possibilité d’entrer et de sortir de la nécropole, de s’élever sans aucune entrave vers Rê. C’est donc cet aspect que l’Égyptien a choisi pour le ba de son roi dès l’Ancien Empire et cette image sera reprise plus tard par le particulier pour son propre ba.
A - Caractère solaire
Dès l’Ancien Empire les Textes des Pyramides décrivent le roi s’élevant au ciel comme un faucon ou un héron41, imaginant son ascension vers le soleil, les étoiles et vers Nout la déesse du ciel. L’oiseau illustre donc le concept de liberté, de plus, soulignons que le héron et le faucon, choisis pour évoquer le roi défunt, sont deux oiseaux solaires. Le héron, migrateur, vient de l’est comme Rê. On pense tout naturellement à le rapprocher du bénou, symbole de l’astre solaire lié à Héliopolis. Le bénou symbolise aussi le soleil de la nuit, l’âme d’Osiris, il annonce sa renaissance au matin 42. Le faucon peut être rapproché du « faucon Horus », protecteur de la royauté, mais aussi au faucon solaire, image de l’astre divin à son zénith43. Ce sont donc deux oiseaux symbolisant le soleil qui évoquent dans les Textes des Pyramides le roi montant au ciel. Nous verrons que dans les représentations comme dans l’écriture hiéroglyphique, l’entité-ba s’apparente le plus souvent à ces espèces.
B - Image de liberté
Au-delà de cette identification, on peut aussi percevoir l’origine de ce choix aviaire dans l’esprit d’observation de l’Égyptien, puisant dans son environnement naturel l’image qui illustrera le mieux le concept. Celle de l’oiseau, non seulement est toute désignée pour illustrer cette notion de liberté mais, plus précisément encore, elle évoque cette faculté pour l’entité, d’aller et venir entre le monde des morts et celui des vivants. En effet, l’observation encore plus précise de leur vol permet d’établir un parallèle avec le passage du ba entre ces deux mondes. Les nécropoles sont souvent creusées dans la montagne et l’Égyptien voit surgir quotidiennement des oiseaux, tels des ba surgissant hors des tombeaux. Cette idée est parfaitement évoquée sur la statue Bruxelles E 4295. Le défunt demande aux dieux de « sortir comme un ba vivant, ouvrir les falaises le jour du combat des deux terres… »44. Cette image illustre parfaitement cette notion de passage des entités ailées, sortant de la nécropole pour voir le soleil et profiter de ses rayons, puis rejoignant le défunt dans la tombe, chaque soir45.
C - Trait d’union entre «devenirs» post-mortem
Une autre idée se superpose à la notion de liberté de l’oiseau. L’Égyptien, en le voyant s’élever dans la sphère céleste peut très bien l’imaginer montant dans la barque de Rê pour le suivre dans sa course. Ce périple en compagnie du soleil est évoqué dans le chapitre 15 du LdM « que l’âme de l’Osiris N. monte avec toi au ciel ; qu’elle parte dans la barque du jour et qu’elle aborde dans la barque de la nuit, qu’elles se joignent aux étoiles infatigables dans le ciel… » Rappelons ici que les oiseaux choisis pour évoquer le roi défunt sont investis d’un symbolisme solaire. Ceci invite à rappeler la complexité du « devenir » de l’Égyptien après la mort ; devenir solaire, devenir stellaire ou royaume d’Osiris 46 ? La doctrine solaire le conduit vers Rê. Il sera jugé puis accompagnera le grand dieu dans sa barque lors de son périple diurne. Cette croyance d’origine héliopolitainne, très présente depuis l’Ancien Empire, est calquée pour le particulier sur le devenir post-mortem du roi 47. La doctrine osirienne se développera un peu plus tard. Au terme d’un long voyage dans le monde souterrain, semé d’embuches, que nous décrit le Livre des Morts, le défunt sera jugé devant le tribunal des dieux. Après avoir été « justifié », il aura sa place dans les Champs des Souchets où il pourra cultiver et vivre une seconde vie proche de son quotidien, idéal de bonheur sur terre
