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18 nouvelles d’un auteur à découvrir. Frissons, confidences, romantisme, surnaturel… Aux frontières de la pensée, là où se mêlent imaginaire et réalité, à chacun son genre. Découvrez, vibrez, partagez et laissez-vous transporter…votre imagination fera le reste.
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Seitenzahl: 98
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Je trempe ma plume dans l’encre de mes pensées…
LE MONUMENT DES LEVRES CLOSES
BELLE EGYPTE
LA CONFESSION SILENCIEUSE
LE JOUEUR
LES PROMENEURS
RONCES ET CHIMERES
ELOGE PARISIENNE
SEDUCTION MORTELLE
LA VALSE DES EMOTIONS NEGATIVES
HUG ME
LE THEATRE DES ADIEUX
DORIAN OU LA MEGALOMANIE PERSONNALISEE
UN MEDECIN À LA MAISON BLANCHE
L’ASCENSEUR DES SENTIMENTS
TABLEAU BORDELAIS
VII.I.MMXV
UNE VIE SUR LA TOILE
LA ROSE DU SANG
On ne survit pas toujours au jeu de la syncope. Moi le premier. Et ma mémoire s'en souvient très bien. Une fois de l'autre côté du miroir, notre corps n'est qu'association d'éléments et de chair sans vie. J'arrivais là, dans cette espèce de grand capitole, me demandant si c'était ça le paradis. Il n'en était rien. J'étais comme dans un rêve, mais j'étais mort. Je me suis dit que ça allait durer un certain temps alors autant profiter du voyage pleinement. C'était un tout autre monde que celui de la réalité : grand, beau, lumineux, empli de silence, et serein. J'avançais sur cette terre inconnue, qui allait désormais être la mienne...pour l'éternité. Arrivé au milieu de la place, plusieurs chemins s'offraient à moi. Je n'en revenais pas : même mort, il fallait faire des choix. J'optai pour la seule direction en pente, niveau prise de risque je ne risquais plus rien, et surtout plus ma vie. Alors autant foncer. Je glissais, et semblais m'enfoncer dans les ténèbres. Au lieu de ça, pas de flammes, pas de chien à trois têtes, juste une grande pièce comme les autres où se mélangeaient des phrases, comme un immense livre ouvert. Ou comme l'intérieur d'un cerveau dévoilé. Le mien, en l'occurrence. Je m'étais aventuré dans mes pensées. Toute mon âme était ici contenue, en un vrai déluge de souvenirs. Et, parmi toutes ces phrases, une retint mon attention. Une à l'origine de mon arrivée ici. À l'origine de tout. Alternative à la roulette russe, à défaut de flingue, on avait toujours son corps à disposition : "On ne survit pas toujours au jeu de la syncope". Dieu que j'ai été con d'y jouer.
Regardant au-dessus de moi, je vis trois soleils alignés. Ils portaient tous trois une couronne et une étoile au-dessous d'eux, et brillaient de mille feux, à presque m'en aveugler. Comme un éclair dans l'azur, ils dominaient l'endroit. Tout s'était transformé : les phrases n'étaient maintenant qu'étoiles, mes pensées étaient telle une galaxie. Je compris alors que ces trois soleils traduisaient les trois chances de ma vie, un peu comme au casino. Et je les ai avais toutes jouées. Derrière eux, je pus apercevoir une mince ligne de lumière, un peu comme la lumière au bout du tunnel que l'on est censés voir à la fin. Moi, je n'ai rien vu, je voyais juste à cet instant l'opportunité d'une évasion propice, de cet endroit. Je voulais retourner d'où je venais, sortir de ma tête. À l'ombre des statues, je paraissais vivant mais je ne l'étais plus. Et entre être ou paraître, se posait là une véritable question.
Je réussis à me libérer de cet enfer intellect, et y parvenant j'eus changé de "monde". Je voulais repartir d'où je venais et j'avais atterri sur ce bateau pirate. Je ne sais ni comment, ni pourquoi, mais j'étais au milieu des matelots. Enfin, de ce qu'il restait, je suppose que les autres s'étaient enfuis avant que le bateau ne sombre dans les limbes. Il ne restait ici que les plus fidèles : deux matelots, un commandant et un capitaine. Celui-ci faisait les cent pas sur le ponton, scrutant l'horizon, son fusil à la ceinture, comme s'il craignait encore une attaque par ici. Tous avaient eu le courage de risquer leur vie pour la piraterie, bravant la mer, luttant contre la brise, non sans l'ivresse de l'aventure...et des bouteilles de rhum. Le capitaine avait gardé son regard lointain, imperturbable, au grand dam de la libellule qui s'était aventurée devant ses yeux, mourant impitoyablement écrasée entre ses phalanges. Ni lui, ni aucun des matelots n’avaient prononcé mot, et pour cause, arrivés en ce « monde », tous perdaient la parole. Je me surpris moi-même à ne plus pouvoir parler, depuis tout ce temps, je ne faisais que penser. Une fois morts, leurs lèvres ne faisaient plus qu’une, les soudant et éteignant à jamais leur voix : on les appelait les lèvres closes. Et j’étais désormais un des leurs. Alors que le commandant hissait les voiles, j'en profitai pour m'éclipser en sautant du ponton dans ce qui semblait être la mer, mais qui vraisemblablement n'en était pas.
Après un trou noir, je me retrouvai au point de départ, là où la fin de ma vie avait commencé : dans le grand hall sous le capitole. Décidément, toutes les routes menaient à ce même endroit ; certes, on pouvait visiter, passer par des impasses, rallonger le voyage en faisant des détours et en profitant d'autres paysages, mais cela mènerait toujours à la place où je me trouvais. Tous les chemins ont la même issue, aussi fatale et incontournable soit-elle. Un peu comme la vie.
Il est des devises dans tout royaume. Chaque roi a ce blason qui le définit, chacun de ses mots est pesé et fait de lui ce qu’il veut être pour son peuple. Chaque roi a sa devise. La sienne aurait pu être la suivante : « Séduire pour mieux régner ».
Elle était de ces femmes que l’on ne peut oublier, de celles qui marquent le monde à jamais. Elle est LA femme du monde. Non mécontente de dominer les hommes, elle domine de surcroît la gente féminine. Nulle mortelle ne peut l’égaler, elle exerce un pouvoir qui réduit au mutisme le genre humain, dès le premier regard.
A 20 ans, elle règne déjà sur l’univers, sans même le savoir. Belle, intelligente, vénale, manipulatrice, charmeuse. Bref, une vraie femme. Authentique. Elle est la charmeuse et moi le serpent qu’elle fait danser à sa guise.
Aussi, je ne m’étais jamais soumis à aucune femme, jusqu’à cette rencontre. Rencontre aussi particulière qu’époustouflante. Habillée d’un tapis d’Orient, elle m’est apparue, telle Isis déployant ses dorures. La Beauté était là, devant moi. Je n’avais encore croisé son regard que, déjà, j’en étais amoureux. Son corps sublime, ses formes gracieuses. Ses hanches qui ondulent comme le courant du Nil. Parfaite.
Elle était vêtue d’or et sa chevelure ébène réduisit mon cœur en cendres. Elle avait les yeux couleur émeraude et son regard en disait long sur ses ambitions. Profond, intense. Perçant. En me noyant dans cet océan, je lui donnais l’autorisation d’accéder à tous ses désirs. Elle est venue à moi comme la grâce vient à l’ange. Je venais de découvrir la huitième merveille du monde.
Je sus d’avance que j’étais condamné, et que, dès lors, elle faisait ce qu’elle voulait de moi. Et elle le fit. Mais elle est sans scrupules. Elle te veut, te trouve et te possède. Elle en fait ce qu’elle veut, le monde et les hommes lui appartiennent. Elle les domine comme elle m’a dominé, moi. Grâce aux hommes, elle peut tout contrôler. Et ça, elle l’avait bien compris avant moi. De par ses charmes, elle m’a enrôlé, elle me dirigeait comme elle dirigeait le monde, par le bout de son nez. Sa beauté m’a rendu aveugle, mais mes sentiments, eux, m’ont absolument crevé les yeux. Je lui ai offert la planète entière en gage d’amour. On était unis à jamais.
Les hommes jaloux la haïssent. Ils voient en elle une menace, pour notre royaume, pour l’humanité. Toutefois, ils n’y peuvent rien. Je sais qu’au fond d’euxmêmes, ils la désirent. Qui oserait rester insensible à ses attraits ? Les hommes n’ont point cette capacité.
Et cette femme en est consciente. La séduction est pour elle une arme lui servant à atteindre ses objectifs. Elle envoûte, elle obsède, elle manipule. C’est grâce à cette rencontre que j’ai compris que les femmes étaient venues sur Terre afin de manipuler les hommes. C’est son délassement favori. Elle n’a aucune limite, elle est prête à tout. Je n’ai jamais vu aucune détermination d’une telle envergure. Avide de pouvoir, elle sait comment s’y prendre pour avoir le contrôle sur tout. Elle dépend des hommes et, pourtant, c’est la femme la plus indépendante que je n’aie jamais connue. Elle gère son royaume d’une main de fer, et n’avouera jamais ouvertement ses faiblesses. Elle n’a jamais eu besoin de personne, tout en ayant besoin de moi. Elle est venue réclamer mon aide et m’a subjugué en connaissant d’avance ma réponse. Elle avait tout prévu, tout était planifié à l’intérieur d’elle-même, c’est ce qui fait son indépendance si remarquable. Et ce qui la rend d’autant plus désirable. Je n’ai jamais ressenti autant d’attirance pour une femme.
Elle est magnétique, hypnotisante. Elle est faite d’or et de préciosités. C’est une œuvre d’art qui se suffit à elle-même. Elle m’a effleuré comme une brise d’été effleurerait mes joues. Elle m’a empli le corps d’une chaleur venue d’Orient et réveillé en moi des sentiments insoupçonnés, des choses qui ne sont pas susceptibles d’être ressenties ici-bas. Une véritable vague de désir m’a envahi, me laissant tantôt, tenter par le diable, et détachant tantôt mon regard de ces voluptés corporelles. Il était inconcevable que je m’abandonne à elle, et pourtant, n’importe qui l’aurait fait.
Je ne me reconnaissais plus, un homme de mon envergure ne laisserait pas une femme inconnue le soumettre ainsi. Il n’y a que les immortelles qui sont capables d’un tel exploit. J’allais être la victime de ce sacrifice. Le pantin entre ses mains.
J’ai vu tout ce que l’Egypte a de plus beau. Elle m’a offert son corps, son cœur, ses rêves et m’a conquis. Elle est ma plus belle victoire. L’esclave est à son maître ce que moi, je suis à cette Reine. Elle est la gloire de son père ; ma gloire tout court, qui possède un nom : Cléopâtre.
De la lumière ne sort rien de vraiment bon, à part la nuit. Ah la nuit…le meilleur moment de la journée, selon moi. Oui. Là où les gens peuvent se montrer sans être vus. Telle une libération, j'attends la nuit toute la journée. Enfin la plénitude, le sentiment de pouvoir faire ce que je veux sans être épié, dévisagé. La nuit maîtresse des lieux, sans un mot je me confesse à elle, ne fais plus qu'un en osmose avec les étoiles. Je suis comme un homme de famille qui ne souhaite qu’une chose : voir la fin de la journée apparaître pour espérer rentrer chez lui et retrouver sa famille, et souffler d'un souffle de délivrance. Voilà : à la tombée de la nuit, je souffle.
