La bonne nouvelle annoncée aux pauvres - Benoît Standaert - E-Book

La bonne nouvelle annoncée aux pauvres E-Book

Benoît Standaert

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Beschreibung

Les onze derniers chapitres du grand recueil du Prophète Isaïe forment une unité littéraire assez homogène. Les oracles qui s’y trouvent, furent rassemblés après l’Exil babylonien. Ils forment un manifeste original où retentit une voix ouverte à l’universel, à l’inclusion des marginaux et même des exclus. Ces textes jouent un rôle prépondérant dans la liturgie chrétienne, notamment autour de la fête de l’Épiphanie, et connaissent déjà dans le Nouveau Testament une répercussion remarquable par de nombreuses citations et allusions. Jésus lui-même se reconnaît dans cette ouverture quand il reprend l’oracle : « Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7, cité en Mc11,17). Il a conscience qu’avec lui se réalise « l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres » (cf. Is 61,1 ; cf. Lc 7,22). Trois des quatre béatitudes lucaniennes, parallèles en Matthieu 5, sont tirées des oracles de ce livret isaïen. La spiritualité qui habite ces chapitres annonce celle qui domine dans l’ouverture des évangiles. Le commentaire valorise ces liens et offre une lecture contemporaine de cette petite cathédrale sur laquelle s’achève le grand livre d’Isaïe. Alors que les contemporains vivaient une dépression collective, le rédacteur de ce dernier recueil vient, au nom de Dieu, nourrir l’espérance. Cela nous affecte tout autant.




À PROPOS DE L'AUTEUR

P. Benoît Standaert est moine bénédictin du monastère de Saint-André-à Bruges, entré en 1964. Après des études à Anvers, Rome,Jérusalem et Nimègue en philosophie, philologie classique, théologie et spécialisation biblique, il a enseigné l’Écriture sainte et la Christologie à-l’Institut international Gaudium et Spes, au monastère de Bruges, donné des cours sur le Nouveau Testament à Rome (Saint Anselme) et à-Bangalore (Sint Peter’s Seminary), et en France au STIM (formation théologique pour moines et moniales). Il a dirigé la revue de spiritualité-Heiliging (« Sanctifier ») de 1978 à 2006. Il est engagé depuis plus de vingt-cinq ans dans le dialogue interreligieux monastique (DIM/MID). Il est l’auteur de "L’amitié dans la Bible" (version papier et enseignement audio), d’une étude des Lettres de Paul de Tarse en trois volumes, et de "Prier avec des mots et au-delà de tout mot" chez le même éditeur.

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Seitenzahl: 140

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

P. Benoît Standaert

La Bonne Nouvelleannoncée aux pauvres

Commentaire de la finale du grand IsaïeUne lectio divina pour notre temps

Citation

« Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. »

(Is 56,6 ; Mc 11,17)

Dédicace

Je dédie ces pages au moine syrien, disciple du P. Paolo dall’Oglio s.j.,

abouna Jacques Mourad,

désigné par le Pape François en ce début 2023 comme archevêque de Homs.

Bénédiction sur lui et louange à Dieu.

fr. Benoît Standaert osb

Préface. La finale du grand Isaïe. Les chapitres 56 à 66

Au cœur de la Bible, il y a le grand recueil des prophéties d’Isaïe. Or, tout en finale, on découvre un ensemble particulier, fait de onze chapitres bien agencés : Isaïe 56 à 66.

Il s’agit d’une unité littéraire organique, telle une petite cathédrale, avec un centre, une abside ornée, tandis que des refrains entretiennent tout au long du recueil une thématique unifiée. L’exclu devient un élu : l’étranger, l’eunuque, le pauvre sont tous considérés comme inclus dans la « maison de prière pour tous les peuples ». L’auteur témoigne ainsi d’un universalisme des plus larges. Ce livret peut être lu comme une des plus puissantes finales du Premier Testament. Il offre un univers qui interprète et valorise tout d’abord les grands recueils déjà constitués que sont le Deutéro-Isaïe (ch. 40 à 55) et l’ensemble qui précède sous une forme encore inachevée (ch. 1 à 39). Il offre aussi un cadre spirituel qui interprète notamment le monde des Psaumes dans leur dernière mouture. Il se présente en même temps et surtout comme l’ouverture la plus directe qui donne accès au Nouveau Testament. Car là, on voit se réaliser ce qui ici est promis et annoncé : « L’évangile est proclamé aux pauvres ». On retrouve les béatitudes qui exaltent les humbles, les doux, les miséricordieux, les assoiffés de justice. On rencontre notamment l’Humble sur qui repose la complaisance divine.

Le commentaire analytique permet de voir la cohérence de composition du livret et la profondeur du théologien qui propose ses vues unifiées sur ce qui est en train de se passer, après la profonde épreuve que fut l’exil babylonien. L’exercice de relecture s’apparente à celui que les moines pratiquent depuis les origines : la lectio divina. Lire jusqu’à rencontrer Dieu qui nous relit dans notre actualité ambiguë ou hautement problématique, pour être sauvés par lui seul.

Ce recueil isaïen a trouvé dans la liturgie depuis Vatican II une place privilégiée autour des fêtes de Noël et de l’Épiphanie. C’est en particulier un excellent livre biblique pour passer un bon moment ensemble, lors du réveillon de Nouvel An, avec un cercle d’amis, « à deux ou à trois », selon le mot de Matthieu (18,20). En trois grandes unités (56-59 ; 60-62 ; 63-66) on traverse le tout en moins d’une heure. Il y a de quoi renaître à l’an nouveau sous la Parole de Dieu. Les plus humbles y renaissent à coup sûr ! Toute communauté qui a soif d’un renouveau inspirant, en continuité avec le Synode récent sur la synodalité, y puisera, comme qui « boit à une source qui désaltère, sans jamais pouvoir l’épuiser » (saint Éphrem).

Introduction

Le petit corpus d’Isaïe 56 à 66 contient dans nos Bibles exactement onze chapitres. Ceux-ci sont clairement disposés autour d’un centre, formé par les chapitres 60-61-62. Le moment vocationnel du prophète vient se loger au beau milieu (61), alors que l’éloge de la Jérusalem glorieuse (60 et 62) encadre cette haute prise de conscience du prophète.

L’ensemble est une construction où des oracles d’origine diverse sont recueillis et disposés avec un souci de tendre des arcs, d’encadrer et de donner du relief à telle ou telle pièce plus particulièrement. Certains commentateurs ont en outre perçu comment ce Troisième Isaïe, distinct du Premier (ch. 1 à 39), et du Second (ch. 40 à 55), n’est pas simplement accolé aux deux autres, mais que certaines trajectoires traversent intentionnellement tout le livre unifié depuis Isaïe 1-6 jusqu’à cette finale glorieuse. Il est bon de s’en souvenir au gré des commentaires plus détaillés.

Un plan

On peut sans peine dégager trois grandes unités :

– Une première grande section compte quatre chapitres, de 56 à 59 ;

– Une section centrale, formée par trois chapitres (60-61-62), vient encadrer le moment vocationnel, rapporté aux premiers versets du chapitre central 61 (1-3) ;

– Une dernière grande section se compose de nouveau de quatre chapitres (63 à 66).

Première grande section :les chapitres 56 à 59

Il s’agit de quatre chapitres avec une brève introduction qui donne le ton (56,1-2.3-8), et un verset charnière tout à la fin (59,21), précédé d’un poème final aux perspectives eschatologiques (59,14-20). On ne peut nier le côté bien encadré et donc construit de cette grande unité de 68 versets (12 ; 21 ; 14 ; 21). L’analyse de détail devra montrer les enchaînements et d’éventuelles articulations entre les poèmes réunis. Voici un aperçu des petites unités regroupées :

56, 1-2 et 3-8

56, 9-12

57, 1-2

57, 3-13

57, 14-21

58, 1-12. 13-14

59, 1-5. 6-13. 14-20.

59, 21

On peut compter pour cette première grande unité une bonne dizaine de poèmes, mis ensemble. Certains morceaux sont concis (57,1-2), tandis que d’autres prennent toute une page et davantage (ch. 58 par exemple ; voir aussi plus loin le ch. 60 qui forme un seul poème avec ses 22 versets).

À suivre toutefois la disposition de la TOB, outre le chapitre 58, on considère tant l’ensemble du chapitre 59 (1-20) que le chapitre 56,9 à 57,21, comme une grande unité. On aurait alors un verset de conclusion (59,21) (E) et une double introduction : 56,1-2 et 3-8 (A), tandis que le corps de la section contiendrait tout juste trois grandes unités : 56,9 à 57,21, tout le ch. 58 et tout le chapitre 59 (B, C, D).

A. 56,1-2.3-8

B. 56,9 à 57,21

C. 58,1-12.13-14 : sur le véritable jeûne et sur la joie du sabbat

D. 59,1-20

E. 59,21.

Le vrai centre (C) est alors formé par le seul chapitre 58. On s’y interroge sur le véritable jeûne et sur la joie du sabbat, un point qui fait écho à l’ouverture (56,1-8).

La paix, thématisée au début et à la fin du ch. 57, est aussi là au centre du ch. 59 (v. 8), qui s’achève par ailleurs sur les mots-clefs de « salut » et « rédemption », termes synonymes de « la paix », proches aussi des termes « droit » et « justice » du verset d’ouverture (56,1-2).

« Non, le bras du Seigneur n’est pas trop court pour sauver » (59,1). Sur fond d’épreuves, de perte de vraie justice dans la vie sociale, communautaire (« Le juste périt et nuln’y prête attention », 57,1 ; « ceux qui s’abstiennent du mal sont dépouillés », 59,15), le prophète croit dans une reprise en main des choses. Il croit tout particulièrement que Dieu lui-même interviendra, lui « qui a vu », et « comme il n’y avait personne », il se manifestera en personne. « Alors, c’est son bras qui l’a sauvé », ce bras qui n’est pas trop court pour le faire ! (59,16, inclusion avec 59,1).

56,1-2.3-8 : introduction

56,1-2 :

Ainsi parle le Seigneur1 :

Observez le droit, pratiquez la justice,

car mon salut est près d’arriver et ma justice de se révéler.

2 Heureux l’homme qui agit ainsi,

le fils d’homme [fils d’Adam] qui s’y tient fermement,

qui observe le sabbat sans le profaner

et s’abstient de toute action mauvaise.

Exhortation fondamentale, qui rappelle Amos (5,24 ; 8,5), le décalogue (Ex 20,8, quant au sabbat), Jr 22,3 (« Pratiquez le droit et la justice ; tirez l’exploité des mains de l’oppresseur ; l’étranger, l’orphelin et la veuve, ne les maltraitez pas, ne les outragez pas ; le sang innocent, ne le versez pas en ce lieu ») ou Is 28,17 (« Et je prendrai le droit comme mesure et la justice comme niveau »).

« Pratiquer la justice » et « ma justice est près de se révéler ». Le même mot est à la fois objet d’une pratique zélée de l’homme et fruit de l’action divine. Il n’y a qu’une justice, celle qui vient de Dieu. Elle demande à être observée, pratiquée par l’homme en alliance avec Dieu. Plus on la pratique, plus elle advient comme pure grâce. Chez Matthieu, notamment dans le Sermon sur la montagne, cette notion de « justice » est centrale, et retentit déjà sur les lèvres de Jésus lors de sa toute première prise de parole dans cet évangile, quand il rencontre au Jourdain Jean le Baptiste : « C’est ainsi qu’il nous convient d’accomplirtoutejustice » (Mt 3,15). Sous la plume de Matthieu elle est à la fois Justice de Dieu et pratique juste de l’homme. Le « il faut » de cette justice en Mt 3,15 enracine la justice dans la volonté divine, selon les Écritures.

Exhortation initiale fondée sur « le salut » qui est « proche ». Salut, justice, le droit : ce sont les mots-clefs de tout le recueil, et ils reprennent ce que Is 40 à 55 proclamait déjà (voir 46,13 ; 51,5). Une urgence de la part de Dieu qualifie ce parler prophétique mais elle se répercute aussi dans la vie de tous, car désormais le temps se fait court, Dieu vient, Dieu approche. Les accents de la première prédication de Jésus y résonnent à leur tour : « Convertissez-vous ! Le Royaume de Dieu – Dieu comme Roi – est tout proche ! » (Mc 1,15).

« Heureux l’homme… » (v. 2). Le prophète lance une première béatitude, comme l’en-tête du psautier (Ps 1,1) ou l’entête du grand Psaume de la Loi : Ps 119,1-2. Comme l’en-tête aussi du Sermon sur la montagne, jusqu’à huit fois (Mt 5,3-12). Si Dieu parle, c’est pour rendre l’homme heureux. Qu’on s’en souvienne ! La Parole alterne promesses et menaces mais ce qui toujours est visé, c’est la béatitude, le bonheur. Un « Heureux l’homme » se trouve à la clef et donne le ton !

« Honore ton père et ta mère,

comme te l’a commandé le Seigneur ton Dieu,

afin que se prolongent tes jours

et que tu sois heureux sur la terre que ton Dieu

te donne » (Dt 5,6).

Au cœur du décalogue selon le Deutéronome, voilà la toute première fois que la Torah promet le bonheur et se sert du mot « heureux » à l’adresse du destinataire : « afin que tu sois heureux ».

La Loi ici se résume en deux principes : « Observer le sabbat et se garder de toute mauvaise action », ou encore de façon très générale : « Observez le droit ! Pratiquez la justice ! ».

Derrière cette simplicité, il y a le souci d’aller à l’essentiel, avec un vrai minimum. Le sabbat est ce qui structure le temps et oriente finalement toute la semaine et donc toute la vie vers Dieu qui a créé le tout en six jours et institué le sabbat pour tous. Le droit, la justice, se garder de toute action mauvaise, cela concerne la vie de tous les jours, les relations aux autres et à soi-même. Le prophète n’impose rien de neuf et ne vise pas à établir tout un régime de règles à observer, plus ou moins rituelles. Il n’abolit rien mais il accentue ce qui importe d’abord et par-dessus tout. L’homme contemporain ne s’embarrasse pas des multiples règles possibles, d’une étiquette religieuse étriquée, et pourrait donc se retrouver sous une telle parole. Mais que fait-il du « sabbat » ? Où est le temps libre pour ne rien faire ? Le temps gratuit, libre pour la louange et l’action de grâces ? Où est tout simplement la grande structure du temps, si l’homme n’a que des affaires à soi à régler du matin jusqu’au soir, sept jours sur sept ? Is 58, 13-14 reviendra sur la manière de bien vivre le sabbat, dans la joie.

La justice conduira à la paix. Celle-ci reviendra par la suite, plus d’une fois (57,2.19-21 ; 59,8, etc. ; 66,12), comme la véritable finalité visée par Dieu. L’une ne va pas sans l’autre : pas de paix sans justice, et s’il y a justice véritable, la paix en sera le fruit immédiat. Notons encore le thème de la louange qui apparaîtra par la suite et constitue également une des finalités de l’agir divin, comme il est dit admirablement en finale du chapitre 57 : « Oui, je te guérirai ! (…) en faisant éclore la louange sur leurs lèvres » (57,18-19). Le mot « paix », répété, resurgit aussitôt après (v. 19b) ! Le thème de la louange revient au moins quatre fois dans tout le recueil (57,19 ; 60,18 ; 61,11 ; 62,7 ; voir à la page suivante l’excursus avec le relevé complet des mots « louange » et « louer »). En 61,11 il est directement associé à la justice (« Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations »). Dieu veut la justice, Dieu veut la paix, Dieu veut la louange. La ville de Jérusalem est à la fois ville de la paix, le lieu où siègent les trônes de la justice et la ville de la louange et des fêtes. Tout cela est dit en quelques versets du seul Psaume 122 :

« C’est là que sont montées les tribus, les tribus du Seigneur, selon la règle en Israël, pour célébrer le nom duSeigneur. Car là sont placés des trônespour la justice, des trônes pour la maison de David. Demandez la paix pour Jérusalem » (Ps 122, 4-6a) !

L’espérance d’une figure messianique, mentionnée au centre même avec le nom de David, nourrit la garantie des trois : la louange, la justice et la paix. Notre recueil d’oracles est en consonance avec le livret des Psaumes, constitué comme collection de collections et rédigé à peu près à la même époque. Son titre n’est rien d’autre que « Louanges » (Tehillim).

L’évangéliste Luc retiendra l’idée : pas de guérison si ce n’est en redevenant pleinement capable d’action de grâce et de louange ! Quasiment tous les guéris louent Dieu dans son évangile comme dans les Actes, et quand ce n’est pas le cas, cela provoque une pénible surprise, comme pour la guérison des neuf lépreux, qui ne sont pas revenus rendre grâce avec le dixième qui était pourtant un étranger, « un Samaritain » (Lc 17,15-17).

Voilà l’entête, l’orientation globale, la perspective essentielle de tout le livret qui suit.

Excursus : « Destinés à la louange »

Inventaire du substantif et du verbe : « Louange » (tehillah) et « louer » (hallel)

Il s’agit de « devenir louange », selon le dessein même de Dieu. La louange concerne les actes merveilleux du Seigneur, et elle est elle-même un tel acte sur nos lèvres et dans nos cœurs.

Is 56,3-8 : « Le Temple : maison de prière pour tous les peuples » (TOB)

Tel est le premier oracle. Il concerne deux catégories marginales : (le fils de) l’étranger et l’eunuque. Le mouvement est bien celui de faire de l’exclu un élu. On peut relire Dt 23,2-9, pour apprendre l’exclusion communautaire du fils de l’étranger (« Ammonite et Moabite ») et de l’eunuque (« L’homme aux testicules écrasées ou à la verge coupée ne sera pas admis à l’assemblée du Seigneur »).

56,3-8 :

3 Que le fils de l’étranger, qui s’est attaché au Seigneur, ne dise pas :

« Sûrement le Seigneur va m’exclure de son peuple. »

Que l’eunuque ne dise pas : « Voici, je suis un arbre sec. »

4 Car ainsi parle le Seigneur aux eunuques qui observent mes sabbats et choisissent de faire ce qui m’est agréable, fermement attachés à mon alliance :

5 Je leur donnerai dans ma maison et dans mes remparts

un monument et un nom meilleurs que des fils et des filles ;

je leur donnerai un nom éternel qui jamais ne sera effacé.

6 Quant aux fils d’étrangers, attachés au Seigneur pour le servir,

pour aimer le nom du Seigneur, devenir ses serviteurs,

tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner,

fermement attachés à mon alliance,

7 je les mènerai à ma sainte montagne,

je les comblerai de joie dans ma maison de prière.

Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel,

car ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples.

8 Oracle du Seigneur Dieu qui rassemble les déportés d’Israël :

J’en rassemblerai encore d’autres avec ceux qui sont déjà rassemblés.

Le dernier verset (8) clôture et ouvre la perspective sur les conditions de vie après l’Exil. Le Dieu qui s’est révélé en rassemblant les déportés d’Israël (cf. Ps 147,2 ; Is 11,12), continue son action, de l’extérieur vers l’intérieur, et à l’intérieur même, à l’égard des « fils d’étranger ». Ceci contredit sans doute des prises de position d’autres milieux que celui du prophète : là, on veut une nouvelle rigueur pour acquérir de nouveau une identité bien tranchée, nette, sans la moindre contamination étrangère (voir Dt 23 et les lois sur les mariages mixtes sous Esdras et Néhémie). Les livrets de Jonas et de Ruth contestent à leur tour ces mesures rigoristes, décrétées par le milieu qui se réclame de Dt 23.

On revient sur « le sabbat » et sur les observances fondamentales, récapitulées dans le mot berit : (se tenir dans) « mon alliance ». Même l’eunuque et même l’étranger sont en mesure d’accomplir ces deux requêtes fondamentales. Le temps saint du sabbat est associé maintenant au lieu saint par excellence, « ma maison », le Temple.

Celui-ci est déclaré de façon solennelle, au futur, comme une perspective à venir, « maison de prière pour tous les peuples