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L’ouvrage commente les seize chapitres d’Isaïe, de 40 à 55. On parcourt l’ensemble, chapitre après chapitre, en tenant compte de la composition de chaque unité et de leur agencement dans le recueil unifié. Le commentaire souligne la profondeur de la réflexion du théologien, et les reprises de sa pensée jusque dans la littérature ultérieure, y compris dans le Nouveau Testament et l’usage liturgique d’aujourd’hui. [Deux appendices examinent la présence de ce recueil dans les écrits néotestamentaires et dans le lectionnaire de l’année liturgique]. Le moment historique qui forme le cadre de la plupart de ces oracles et poèmes hymniques, est l’arrivée de Cyrus le Perse sur la scène du Moyen-Orient. Tout est bousculé mais l’espoir d’un retour de l’exil prend forme. Le livre console et inspire, notamment dans les pages qui exaltent Sion reconstruite, et celles qui esquissent la figure étrange du « Serviteur souffrant ». Celui-ci est éprouvé à l’extrême, mais sa destinée reste victorieuse. Il est un miroir pour toute communauté et pour chaque individu. Il y a de quoi « espérer contre toute espérance », selon le mot saint Paul, grand lecteur de ce recueil isaïen.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Le P.
Benoît Standaert est moine bénédictin du monastère de Saint-André à Bruges. Après des études à Anvers, Rome, Jérusalem et Nimègue, il a enseigné au monastère même puis à Rome, Jérusalem, Bangalore et Leuven. Il est engagé depuis plus de trente ans dans le dialogue interreligieux monastique (DIM/MID).
Il est l’auteur des "Lettres de Paul de Tarse en trois volumes" (2021), de "L’amitié dans la Bible" (2022, papier et audio) et de "Prier. Avec des mots et au-delà de tout mot", (2023), "Regarder l’icône et voir Dieu" (2023), "La Bonne nouvelle annoncée aux pauvres" (2024), chez le même éditeur. Notons encore cet ouvrage récent plus large : "Le Nouveau Testament. Commentaire esthétique", paru au Biblique de Rome (P.I.B.), dans la collection Subsidia biblica n°59, 2023.
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Seitenzahl: 196
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Page de titre
P. Benoît Standaert
Le Livrede la Consolation
Commentaire du Deutéro-Isaïe (40 à 55)Une lectio divina pour notre temps
Couverture
Titre
Le Deutéro-Isaïe : le Livre de la Consolation (Is 40 à 55)
I. Chapitres 40-48
II. Chapitres 49 à 55
Réflexion conclusive
Appendice I : le Deutéro-Isaïe reflété dans le Nouveau Testament
Appendice II : Le Deutéro-Isaïe dans la Liturgie
Conclusion : tous disciples d’Isaïe
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Cover
Introduction
Le grand recueil d’Isaïe avec ses soixante-six chapitres est le fruit d’un travail d’une école qui a traversé les siècles. Certains oracles proviennent de fait de l’époque où vécut Isaïe, le fils d’Amots, au temps des rois de Juda Ozias, Yotam, Acaz et Ézékias, au viiie siècle avant notre ère (cf. 1,1). Certains événements sont clairement datés comme en 6,1 : « L’année de la mort du roi Ozias » ou au chapitre suivant, en 7,1 : « Au temps d’Acaz, fils de Yotam, fils d’Ozias roi de Juda ». On est déjà au temps du troisième des quatre rois qu’Isaïe a connus. Si l’on poursuit la lecture avec attention, on constate que les éditions de la Bible subdivisent la suite du livre en plusieurs grandes sections. Ainsi l’on parle d’une Apocalypse pour les quatre chapitres 24 à 27, et on considère ces réflexions sur la Fin comme regroupés à l’époque grecque, après la venue d’Alexandre le Grand. Aujourd’hui les exégètes s’accordent pour dire que le grand Isaïe est essentiellement composé de trois grandes unités, simplement appelées Isaïe I (du ch. 1 à 39) ; Isaïe II (ch. 40 à 55) et Isaïe III (ch. 56-66).
Récemment nous avons publié un commentaire suivi d’Isaïe III, appelé aussi « le Trito-Isaïe »1. Dans ce livre-ci nous voulons nous limiter au Second Isaïe, avec les seize chapitres de 40 à 55. Un jour viendra sans doute où nous pourrons publier le commentaire de la première partie, des chapitres 1 à 39.
Cette deuxième partie du Livre d’Isaïe qui commence au chapitre 40 et que l’on distingue des onze derniers chapitres du livre, à savoir d’Is 56 à 66, a été nommée par plusieurs exégètes depuis un bon siècle : le Second ou Deutéro-Isaïe. Deutéro provient du grec et veut dire « deuxième ». C’est ainsi que s’est également formé le mot « Deutéronome », qu’on pourrait traduire par « seconde Loi (nomos, en grec) ». En réalité le mot apparaît tel quel dans l’ancienne traduction de la Bible en grec, au chapitre 17 du cinquième livre de Moïse. Là, il est dit que le roi doit disposer « d’une copie de la Loi » dans laquelle il lit chaque jour (Dt 17,18). Or en grec il est dit littéralement : il lui faut écrire un « deuteronomion » ou une « deuxième Loi » !
Paul Beauchamp a élargi l’usage de ces redoublements en parlant du phénomène de « deutérose » qui se retrouve un peu partout dans la Bible dans la mesure où un livre donné a été enrichi par des éditeurs, une ou deux ou plusieurs générations plus tard. Isaïe lui-même atteste qu’il a enfoui certains oracles dans le cœur de ses disciples, pour plus tard (Is 8,16-17). Également le livre de Jérémie est tout à fait curieux de ce point de vue là – nous possédons une version grecque de son recueil qui a été faite à partir d’un texte hébreu bien plus court que le texte actuel du prophète en hébreu. Cela signifie que certains éditeurs du texte hébreu ont continué à enrichir le texte de base, connu des premiers traducteurs en langue grecque. Cela a dû se faire plus ou moins quatre siècles après la mort du prophète qui vivait à la fin du septième siècle avant notre ère. Le même phénomène de « deutérose » se retrouve jusque dans le Nouveau Testament. On parle ainsi de « lettres deutéro-pauliniennes » car écrites non plus par lui mais par la génération suivante : Éphésiens en est un bon exemple.
Quand et où ?
Reste la double question du moment et du lieu même où ces oracles réunis dans le Deutéro-Isaïe ont été prononcés et recueillis. Les avis sont partagés, comme presque toujours, inévitablement en exégèse biblique, même si certains manuels essaient de se rallier à l’opinion la plus courante. « Lu sans a priori, Es 40-55 doit plutôt être situé à Jérusalem », lit-on dans une Introduction à l’Ancien Testament. « Le Deuxième Ésaïe prêcherait plutôt à Jérusalem après la prise de Babylone par Cyrus (538), mais avant la mort de ce dernier (530). » « L’auteur s’adresserait à des Israélites qui refusent de se rallier au nouveau régime. » « Depuis longtemps, les “poèmes du Serviteur” et les passages évoquant la fabrication des idoles (40,19-20 ; 41,6-7 ; 44,9-20 ; 46,5-8) sont considérés par de nombreux auteurs comme des éléments étrangers au texte primitif du recueil » (Jacques Vermeylen).
Ces quelques énoncés, cueillis ici et là, obligent à voir au moins deux stades antérieurs, avant la rédaction finale du recueil : un prophète a vécu à Jérusalem au sixième siècle et a prédit la grande révolution qu’apporterait la venue des Perses au pouvoir, renversant l’empire babylonien. Tout le monde à Jérusalem ne pensait pas comme lui. Jérémie par exemple, son stricte contemporain, prêchait la loyauté à l’égard des Babyloniens, au contraire de notre prophète anonyme, davantage pourrait-on dire de tradition isaïenne. La Bible contient donc pour une même période deux théologies politiques avec deux sons de cloche diamétralement opposés, alors que le Dieu qui parle en chacun d’eux est le même et unique Seigneur. Il y a de quoi méditer, pour hier comme pour nos lendemains !
Les passages qui font la critique radicale des idoles et la présentation en quatre tableaux d’un « serviteur » hors pair dont on suit jusqu’au bout la destinée paradoxale, sont des oracles qu’un éditeur a cru bon d’intégrer dans l’ensemble des oracles conservés du prophète anonyme. On s’interroge jusqu’à ce jour pour savoir qui fut cette silhouette remarquable ? Le prophète lui-même ? ou Néhémie (cf. la fin du Ps 89) ? ou encore un « Jérémie » repensé dans le milieu de ses disciples ? On ne le saura sans doute jamais mais chaque hypothèse retient quelque chose de l’unicité de cette figure hors du commun. Tout le Nouveau Testament méditera à frais nouveaux sur ces quatre « Chants du Serviteur » en les reconnaissant dans la destinée paradoxale de Jésus lui-même et de ceux qui imitent par toute leur vie ce témoignage.
Composition d’ensemble
Is 40 est certainement l’ouverture de tout le livret jusqu’en Is 55, mais il est aussi la charnière qui tient ensemble Isaïe I, II et III. Il faudra y être sensible en le relisant de façon plus détaillée.
On distingue assez fréquemment deux grands blocs d’oracles dans ce recueil de seize chapitres :
A. de 40 à 48 ;
B. de 49 à 55.
Neuf chapitres contre sept chapitres dans nos bibles. Seul un des quatre chants du Serviteur apparaît dans la première partie (cf. Is 42). Cela contribue sans aucun doute à souder les deux parties entre elles.
La finale de la première partie (48,20-22) commande de « sortir de Babel » : un nouvel Exode prend forme, annoncé dès 40,3-4. Relisons les deux passages :
« Une voix crie :
“Dans le désert, frayez le chemin du Seigneur ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
4 Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée…” » (Is 40,3-4).
Et : « Sortez de Babylone,fuyez de chez les Chaldéens,
avec des cris de joie, annoncez, proclamez ceci,
répandez-le jusqu’aux extrémités de la terre, dites :
le Seigneur a racheté son serviteur Jacob. (Is 41,8 !)
21 Ils n’ont pas eu soif quand il les menait dans les déserts,
il a fait couler pour eux l’eau du rocher,
il a fendu le rocher et l’eau a jailli.
22 Point de bonheur [paix], dit le Seigneur,
pour les méchants » (48,20-22). (cf. 57,21 !)
Claus Westermann observe que dans une série de cas, des morceaux hymniques (qu’il appelle « chants de louange ») avaient pour fonction de conclure de plus grandes unités. Rolf Rendtorff intègre cette remarque et résume alors l’état de la question sur la composition en voyant pour l’ensemble une bonne dizaine d’unités, conclues presque toutes par des fragments hymniques :
40,1-11 : Prologue
40,12-42,13 : avec hymne conclusif : 42, 10-13.
42,14-44,23 : hymne 44,23
44,24-45,8 : hymne 45,8
45,9-48,22 : hymne : 48,20s.
49,1-13 : hymne 49,13
49,14-51,3 : hymne 51,3
51,4-52,12 : hymne 52,9s.
52,13-54,3 : hymne 54,1-3
54,4-55,7
55,8-13 : Épilogue (v. 12s., thématique des hymnes)
De 40 à 48, il retient donc quatre grandes unités, précédées d’un prologue qui introduit à tout l’ensemble, jusqu’en Is 55.
Jacques Vermeylen (Cathédrale, p. 42-43) voit dans les deux parties (40 à 48 et 49 à 55) chaque fois une articulation en trois parties :
Introduction : le Seigneur est tout-puissant (40,12-31)
1. Les nations et les dieux ne peuvent résister au Seigneur, qui envoie Cyrus (41,1 – 42,9)
Chant de louange (42,10-13)
2. Longtemps sourd et aveugle, Israël prend conscience de la puissance de salut du Seigneur, qui vaincra les idoles (42,14 – 44,22)
Chant de louange (44,23)
3. Le Seigneur envoie Cyrus et va renverser Babylone (44,24 – 48,19)
Chant de louange (48,20-22).
Pour les chapitres 49 à 55, voici sa proposition (p. 46) :
Introduction : la mission du serviteur et la joie du retour (49,1-12).
Chant de louange (49,13)
1. Sion, qui se croit abandonnée, reçoit des promesses (49,14 – 52,8)
Chant de louange (52,9-12, écho à 40,1-11)
2. Le serviteur du Seigneur meurt et ressuscite pour justifier les multitudes (52,13 – 53,12)
3. Sion, la délaissée, peut se réjouir (54,1 – 55,8)
Épilogue : L’efficacité de la parole de Dieu (55,9-13, en écho à 40,6-8).
Pour R. Rendtorff la deuxième partie d’Isaïe (40-55) a « une composition logique et homogène » et aurait donc « pu avoir une existence distincte avant d’être insérée dans l’œuvre actuelle ». Vermeylen, pour sa part, est beaucoup moins convaincu de l’homogénéité du deuxième Ésaïe.
Petite notice bibliographique sur le Deutéro-Isaïe
Claus Westermann, « Sprache und Struktur der Prophetie Deuterojesajas », dans Forschung am Alten Testament, 1964, p. 92-170.
P.-E. Bonnard, Le Second Isaïe. Son disciple et leurs éditeurs, Isaïe 40-66 (Études bibliques), Gabalda, Paris, 1972.
Wim A. M. Beuken, Jesaja (De prediking van het Oude Testament), Deel IIA et Deel IIB, Nijkerk, Callenbach, 1979 et 1983.
Pierre Grelot, Les poèmes du Serviteur.De la lecture critique à l’herméneutique (Lectio divina, n° 103), Paris, 1981.
Herbert Haag, Der Gottesknecht bei Deuterojesaja (ErtForsch, 233),Darmstadt, 1985.
Paul Beauchamp, « Lecture et relectures du Quatrième Chant du Serviteur : d’Isaïe à Jean », paru d’abord dans les Actes du Colloque biblique de Louvain, sur Isaïe, de 1987 (BETL LXXXI), Leuven 1989, p. 325-355, puis repris dans ID., Pages exégétiques (Lectio divina, n° 202), Paris, 2005, p. 183-220.
Rolf Rendtorff, Introduction à l’Ancien Testament, Cerf, Paris, 1989, p. 325 à 330.
Joëlle Ferry, Isaïe. «Comme les mots d’un livre scellé… » (Is 29,11) (Lectio divina, n° 221), Paris, 2008.
Jacques Vermeylen, Le livre d’Isaïe. Une cathédrale littéraire (Lectio divina, n° 264),Paris, 2014.
1 Voir B. Standaert, La Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Commentaire de la finale du grand Isaïe. Une lectio divina pour notre temps, Saint-Léger éditions, 2024, 136 p.
Relief particulier de la première partie : la figure prometteuse de Cyrus
Son nom ne surgit qu’en 44,28 et 45,1 mais il apparaît dès le début du ch. 41 (v. 1s. ; voir encore v. 21-29, fin du chapitre). La montée de Cyrus, roi des Perses, coïncide avec la chute des dieux de Babylone.
Voici la fréquence de l’apparition de Cyrus : 42 (5-9 : Cyrus ?) ; 43 (14-15, Cyrus, sans son nom) ; 44 (Cyrus : v. 24-28) et 45 (Cyrus : 1-4 ! 5-13 aussi ?) ; 46,9-11 ; 48,12-15.
Tout le chapitre 46 annonce la chute de Bel et de Nébo, idoles impuissantes de Babylone.
Tout le chapitre 47 est une élégie sur Babel.
48A (1-19). Voir la mention réitérée de la venue de Cyrus (12-15) (cf. ch. 41,1s. !) ; 48B (20-22, cités plus haut, « sortie » de la première grande partie du livret).
Abordons maintenant chapitre après chapitre les deux sections (40-48 et 49-55), en suivant les seize chapitres au total.
Chapitre 40
On peut distinguer au moins deux poèmes importants dans ce chapitre. Le plus long, unifié, commence en 40,12. Poème (12-31, avec une insertion sur les idoles 18-20) où sagesse et prophétie, perspectives universelle et particulière, sont articulées l’une sur l’autre avec des accents émouvants.
Quant aux onze premiers versets, appelés le Prologue du livret, ils contiennent plusieurs petits poèmes :
– Annonce de délivrance (1-2)
– Appel à préparer le chemin du Seigneur (3-5)
– Un appel qui résonne comme une vocation, où est exaltée la Parole de Dieu (6-7)
– Un contenu donné à la mission de prophète-héraut à Sion (8-11).
Le Prologue : 40,1-11
« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
2 parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui
que son service est accompli,
que sa faute est expiée,
qu’elle a reçu de la main du Seigneur
double punition pour tous ses péchés » (40,1-2).
L’ouverture contraste avec l’ouverture du premier livre (1,2-20). Ici résonne non pas le jugement mais le pardon, non plus l’accusation mais l’expiation de la faute. Les péchés ont été punis, doublement même. La parole est parole de salut, de consolation. Le thème de la consolation (nikham) reviendra tout au long du Deuxième Isaïe (49,13 ; 51,3 ; 52,9) et jusque dans le Troisième (61,2 ; 66,13). C’est Dieu qui console, et c’est son envoyé qui annonce la consolation aux endeuillés de Sion (61,2). Dans le premier Isaïe, voir le psaume placé en finale des onze premiers chapitres (12,1s.). Ce thème forme le fil rouge qui unit I, II et III d’Isaïe.
Consolamini, consolamini : prophétie inoubliable car chantée à douze ans, autrefois, lors de la veillée de prière préparant à la messe de minuit de Noël. Le Messie de Händel reprend cette prophétie. Une fois il m’a été donné de l’entendre chanté, lors d’une répétition générale, au cœur de la Jérusalem actuelle : « Tell to the heart of Jerusalem that her sins are forgiven. » À la lettre le texte de la Bible anglaise proclame : “Speak comfort to Jerusalem, and cry out to her, That her warfare is ended, That her iniquity is pardoned ; For she has received from the LORD’s hand Double for all her sins” ! Grande émotion d’entendre cet oracle-là rejoué vingt-cinq siècles plus tard, peu avant la guerre de Kippour (1973)… La prophétie interpelle encore et encore, jusqu’à ce jour, un bon demi-siècle plus tard.
La faute (’avon) était mentionnée en Is 1,4 déjà ! Ici le texte répond à l’ouverture du premier livre. La faute est pardonnée !
3« Une voix crie : “Dans le désert, frayez le chemin du Seigneur ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
4 Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
5 alors la gloire du Seigneur se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche du Seigneur a parlé” » (40,3-5).
Le dernier mot (« la bouche du Seigneur a parlé ») reprend à la lettre la finale du premier grand oracle en Is 1,20 ! Là l’épée dévorera, ici la gloire sera vue !
Un nouvel Exode s’annonce, un passage où Dieu lui-même vient, et sa gloire se manifestera. Il s’agit de laisser passer Dieu, outre le peuple de Dieu ! La gloire sera vue de tous ! Oui, « toute chair verra » !
Le Nouveau Testament, avec la figure du Baptiste comme héraut du salut à venir, prendra appui sur cet oracle (voir déjà Mc 1,3s.par). « Dans le désert ». Les LXX ont rattaché l’expression à « la voix qui crie ». Elle crie dans le désert. Ainsi Jean lors de son apparition en Mc 1,4-7. C’est devenue une locution courante pour dire : une prédication qui n’a qu’un bien pauvre effet, un retentissement vain et vide : « Voix qui crie dans le désert » ! Mais le désert est aussi la régression nécessaire pour redécouvrir les rapports justes, à l’état pur, en toute vérité et nudité, en droiture et justice, comme on l’entend sur les lèvres du prophète Osée (2,18 : « Je vais la reconduire au désert, lui parler à son cœur… »). L’ouverture du Trito-Isaïe (56-66) rejouera cette thématique, avec un rapport de cause à effet, qui unifie les deux premières parties de tout le recueil :
Ainsi parle le Seigneur : Observez le droit, pratiquez la justice,
car mon salut est près d’arriver et ma justice de se révéler.
2 Heureux l’homme qui agit ainsi… (Is 56,1-2)
Il y a une justice à pratiquer et il y a la Justice divine qui va se manifester. Le bonheur de l’homme juste « qui agit ainsi », est un bonheur reçu – gratuitement, parce que Dieu est Dieu – autant que réalisé, par une pratique généreuse, conséquente, en toute responsabilité religieuse et éthique (voir en Is 58 le véritable « jeûne qui plaît à Dieu » et la lumière qui en résulte).
« Voir la gloire ». Belle finalité promise et pour l’évangéliste Luc, accomplie dans l’histoire même de Jésus (voir Lc 3,4-6).
Ces trois versets vont engendrer bien d’autres textes jusqu’à leur reprise dans le NT. Voir Ml 3,1.23-24 ; Si 48,10 ; Baruch 5,7 ; Mc 1,4par ; Lc 1,76 ; 3,4-6. On se trouve devant un imaginaire qui fascine, dès qu’on l’entend, un archétype incroyablement interpellant : « Toute vallée sera comblée, toute colline abaissée. » Texte matrice de tant d’autres textes.
6 Une voix dit : « Crie », et je dis : « Que crierai-je ? » –
« Toute chair est de l’herbe
et toute sa grâce est comme la fleur des champs.
7 L’herbe se dessèche, la fleur se fane,
quand le souffle du Seigneur passe sur elles ;
oui, le peuple, c’est de l’herbe
8 l’herbe se dessèche, la fleur se fane,
mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais. »
Nouveau petit dialogue interpellant : Crie ! – Que crierai-je ? On apprend la transcendance de la seule Parole de Dieu et l’éphémère de tout le reste ! Parole et Souffle du Seigneur. Parler pour dire l’un et l’autre, le caractère périssable de tout et le caractère impérissable de ce qui vient du seul Seigneur. La bouche qui parle se trouve à la lisière des deux. Pour autant que lui aussi est chair et herbe, il périra ; pour autant qu’il s’ouvre à celui qui lui ordonne de parler, il prononce un jugement, une vue, une vérité, une parole qui, elle, ne passera jamais. Le mot de Jésus est de la même trempe : « Le ciel et la terre passeront ; mes paroles ne passeront jamais » (cf. Mc 13,31).
On a pu considérer ce paragraphe comme le moment où le prophète des oracles qui suivent, reçoit sa vocation, son appel. Dieu dit : Crie ! Le prophète demande des précisions sur le contenu de ce cri, comme le premier Isaïe osa demander : « Jusques à quand, Seigneur ? » (6,11). Il criera la Parole, sa transcendance, son jugement, sa force aussi de tout pénétrer et de tout transformer.
Un verset, au beau milieu du Trito-Isaïe, à la charnière de deux parties, offre à sa manière une réflexion sur la transmission de l’impérissable à travers des générations qui se succèdent avec leur caractère toujours périssable :
« Et moi, voici mon alliance avec eux, dit le Seigneur :
mon esprit qui est sur toi et mes paroles que j’ai mises dans ta bouche
ne s’éloigneront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance,
ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dit le Seigneur,
dès maintenant et à jamais » (voir Is 59,21).
Dans la transmission même il y a de l’impérissable, du « à jamais ». Tout de même !
La finale du livret, Isaïe 55 (10-11), rejouera ce thème de la merveilleuse transcendance de la Parole de Dieu.
« De même que la pluie et la neige descendent des cieux
et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre,
sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer
pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
11 ainsi en est-il de la Parole qui sort de ma bouche,
elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli
après accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission. »
Elle vient, elle descend, elle agit, elle passe par tout le créé, comme la pluie, comme la neige, et « ne me revient pas sans avoir accompli ce pour quoi elle a été envoyée ». La Parole visite notre terre, notre réalité éphémère pour la fertiliser, la renouveler, la glorifier d’une gloire qui, elle, ne passera jamais. L’efficacité de la Parole est témoin à la fois de sa transcendance et de son souci de prendre à cœur toute notre histoire humaine, si faible, contingente et périssable soit-elle. Comment ne pas en être « consolé » ?
9 Monte sur une haute montagne, messagère de Sion :
cf. 52,7-12 !
élève et force la voix, messagère de Jérusalem ;
élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda :
« Voici votre Dieu ! »
10 Voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance,
son bras assure son autorité ;
voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.
11 Tel un berger il fait paître son troupeau,
de son bras il rassemble les agneaux,
il les porte sur son sein,
il conduit doucement les brebis mères.
Nouvel appel, nouvelle recommandation à crier, à élever la voix et annoncer des choses de la part de Dieu. Parole de consolation, où il est question de « récompense », de « salaire ». Force et douceur. Deux images derrière un mot symbole : « son bras ». Bras qui a autorité comme d’un guerrier vainqueur et bras tendre qui « rassemble les agneaux, les porte sur son sein, et conduit doucement les brebis mères ». Passage de l’un à l’autre, comme souvent (voir la suite du chapitre (40,25 et 27s.) ou encore Ps 103, 11-13). Il s’agit d’une constante de la révélation, nous disent les rabbins (Rabbi Yochanan, dans le Talmud babylonien) : « Partout où l’on affirme la grandeur incommensurable de Dieu, tu trouveras aussitôt après la révélation de sa proximité et de son humble tendresse. » Et il cite la Torah, les Prophètes et un extrait de Psaumes à l’appui (voir bMegilla31a, avec Dt 10,17 et 18 ; et Is 57,15 ; et Ps 68,5 et 6).
Is 66,1-2 : « Ainsi parle le Seigneur : Le ciel est mon trône, et la terre l’escabeau de mes pieds. Quelle maison pourriez-vous me bâtir, et quel pourrait être le lieu de mon repos, 2 quand tout cela, c’est ma main qui l’a fait, quand tout cela est à moi, oracle du Seigneur ! Mais celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’humilié, celui qui tremble à ma parole. »
Ps 103,11-13 : « 11
