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La brouilleuse de piste ...le courage de la poésie ...Je sais Grand-père que je ne te rattraperai jamais, que tu n’attendras pas... Je serai grand avant d’être vieux. Un jour je poserai mes pas où tu posais les tiens, et comme toi sans me décourager, je gueulerai après les imbéciles. Comme toi j’irai sommeiller sur une canne à pêche qui me servira d’excuse pour rêver et bougonner. Je continuerai Pépé, de te parler de papillons, de te confier mes secrets, et surtout je te parlerai de celle qui, comme Grand-mère quand vous aviez vingt ans, m’aura donné le goût d’aimer. Et je n’oublierai jamais, je te le promets, de te donner des nouvelles d’en bas, de notre village et de ses “analphabètes” comme tu les appelais avec tant d’amour... Louis.
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Seitenzahl: 332
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Il faut sauver la tendresse...
BOOKS ON DEMAND, 2011.
La Cigale
& autres douceurs
BOOKS ON DEMAND, 2011.
Enfin bref...
BOOKS ON DEMAND, 2012.
En vrac et en douleur
BOOKS ON DEMAND, 2012.
Phil...
ou le mensonge des apparences
BOOKS ON DEMAND, 2013.
Il nous fut donné d’aimer
BOOKS ON DEMAND, 2013.
La brouilleuse de piste
...le courage de la poésie
Boris et les autres
Boris, Hans et les autres
Nous irons nous étendre...
Nana, elle voulait vous dire
Il y aura toujours
Les escarpins
Un cœur contre les mensonges
La poésie
Je reste
Fanette et le bonheur
J’étais entrée dans un jardin
Nous nous sommes tant aimés
Souvenirs de voyage
Couleur de rien
Si j’avais su
Ton visage
La vieillesse
« Pas cap »
Les cendres encore rouges
Les mots
Comme des bateaux
Une année particulière
Les premiers jours...
Passe le temps...
Et des jours...
Nous revoilà...
Après congés...
Premier contact avec ma
Cigale
Au fil du temps...
Sa tendresse
Horreur et damnation
Floralies
Les voies submergées...
Avec le temps...
Une secrète mélancolie
Le vieux paysan...
Un cœur trop grand...
Des nuages dans le ciel...
Clairs-obscurs...
Quelque part sur la terre
Cherche la terre...
Au nom de ma liberté
Dis-moi si tu peux
A mon père
L’ombre noire
Etrange est la misère des hommes
Dans ta lumière
Ne lui dites pas
Côté mer
Un certain tapis rouge
Nous avions rendez-vous
On fait ce que l’on peut
Juste un peu de temps
Entre nous...
Ça s’apelle un
MARI
Des mots pour des maux
Complexité de la nature humaine
Le début des embrouilles
Larmes...
Le désespoir mal placé
Il y a quelque temps de cela
Le crabe aromatisé...
Une femme...
Bavardages
Tu me raconteras
L’invitée...
Discours...
Et tout recommence
La Beauce...
En toute amitié
L’omelette
Sur la plage abandonnée
Extra
Je déciderai
Un lézard offusqué détale devant mes pieds
Ma Mère
Révélations
L’hôpital
La révolte des Normandes
Avant
L’importun
Quel tirelire Dieu a-t’il cassé ?
Le grenier
Avec vous
Alzheimer
Extrait de vie
Les marins
L’homme est beau
Un îlot oublié
Vous êtes mon plus beau paysage
L’homme qui pleure
J’ai aimé
Le piaf enroué
Le trou
Le pardon
La fourmilière
Phil
Prologue
Marie-Antoinette
Et soudain un peu de paix...
Sur le sable...
Confusion de genres
Et dorment les grands arbres
Il ne faut plus faire pleurer
Et le soleil se couche
Il est dans sa vie
Je l’aime
Je voulais son nom
La saison qui craque sous nos pieds
Ainsi tu sais que je t’aime
Il court le temps
Oui, mais
La vie
Mon esprit, ma liberté
Par ces aveux
Si j’étais un homme
La nuit se marbre
Le dernier départ
Un petit du CP se plaint d’un grand du CM2… le maître gronde…
C'est un maître qui se rêve gouverneur, il en subit quelques perturbations, et dans son esprit malmené, la certitude enracinée, que son rêve deviendra réalité de toutes façons !
Il demande le silence. Satisfait d’être obéi, il se rengorge devant son assemblée de mouflets, imaginant, au gré de ses égarements fantaisistes, que dans vingt ans, sa grandeur reconnue, ils seront probablement ses sujets : et aucun doute ne vient troubler cette béate conviction…
« Barbe à papa, pomme d’amour et cacahuète ! » L’enfance est un pré où se jouent les duels des grandes personnes ; mais en nous elle se garde, quoique la vie lui ait infligé… et même la voilà souvent qui se démène pour venir en aide à la grande personne dont elle fut la première incertitude… au pays des indiens et des cowboys, dessinée sur une page arrachée d’un cahier d’écolier, elle vole, s’envole, emportée par le vent, joyeuse, indécise… et volera infiniment tout au fond de nos mémoires, au milieu de nos exigences décimées.
Maintenant il y a des indiens chez les cowboys, et des cowboys chez les indiens, partout sur la terre !
Et il n’est plus question de participer à la dissipation générale où les perdants perdent vraiment, et où le meilleur se met à ressembler au pire.
Le maître d’école, perché sur son estrade, gonfle ses plumes comme un roitelet fiérot qui aurait atterri, malgré lui, sur le dos d'un cheval harnaché de cuivre brillant, décoré comme les hommes qui se font beaux après la guerre, avec des pompons rouges et bleus pour la parade d'un 14 juillet, dans la cacophonie des flonflons qui remplacent le bruit des canons...
La tromperie se déguise, et, se montrer petit, mais se montrer, voilà la force inconsciente des imbéciles qui ignorent l'inconfort du doute.
Louis se moque des guéguerres anciennes, de la révolution, et de la dernière tentative de soulèvement de la terminale où les élèves demandaient une ration alimentaire supplémentaire, qu’ils ont d'ailleurs obtenue !
Il faut maintenant qu’ils trouvent une autre cause à défendre ! Papa paie pour que son fils devienne un homme si possible ressemblant à celui que lui-même aurait voulu devenir dans une autre vie, quand batailler pour une part de ragoût supplémentaire pour tous, donnait le sentiment de se mériter les uns les autres, avec juste ce qu’il fallait de fierté.
Du fond de la classe, un coude sur son pupitre et la rondeur de sa joue écrasée dans le creux de la main, Louis s’échappe, surtout des mathématiques, en regardant par la fenêtre le temps qu'on lui fait perdre…
Sans impatience ; parce qu’il sait que cela ne sert pas à grand-chose de s’agacer, il attend le gong de seize heures.
Louis a trouvé, sur le chemin de l'école, un hanneton couleur caramel, avec des lignes dorées sur ses belles ailes, et Louis, qui transporte dans son cartable un échantillon de petits riens « qui peuvent toujours servir », a installé le volant “raréfié” dans une grosse boîte d'allumettes qu’il a équipée pour la circonstance d’un nécessaire de survie…
Et soudain nous sommes deux ! Ni dépouillés, ni abusés, seul un petit qui aide un plus petit encore, rêveur éternel protégé du banal, dans un village de chez nous, où les grands ont gardé au fond de leur cœur, sur leurs rires sans gène, l’indocile précieuse enfance.
Et pour ne jamais la perdre, tricotent la sienne à la leur…
Le hanneton qui ne devait rien savoir, bien heureusement ! des clapiers à lapin et autre HLM, se tamponne d'être remisé dans un quatre-étoiles.
Il pense prendre ses ailes à son cou dès qu'il en aura l’opportunité. Ce n'est pas parce qu'il s'était vautré sur le trottoir à la suite d'un moment d’inattention qu'on peut le ramasser sans lui demander son avis.
Pour le moment, il va tranquillement se faire une petite sieste, sentant, la tête sur le billot, qu’avec ce môme à l'ancienne il ne risque rien de bien méchant.
Et puis, se dit-il, à vivre au jour le jour on apprend par cœur le sens du mot essentiel, qui forcément reste éminemment relatif quand il faut l’appliquer ! Entre la toile de tente, celle de carton, la chambre d'un hôtel de classe zéro, et celle d'une suite aux étoiles incalculables, la question devient superflue et peut fournir le prétexte à quelques rancœurs… reste pour tous la nécessité de dormir.
Mais avec la mauvaise foi, on a construit des cathédrales et instauré la politique de l’autruche, alors…
Le hanneton entend la voix appliquée murmurer les mots d'une histoire à dormir debout…
Le ronron bienfaisant l’engourdit d'une chaleur qui se concentre dans l'étroitesse de la boîte d’allumettes.
J’en connais qui vous diraient avec l’aplomb des cons : Que c’est là un des avantages d’habiter dans un mouchoir de poche !
Je ne te ferai pas de mal, je sais que tu es un hanneton parce que grand-père me montre les insectes dans ses livres exprès.
Grand-père est un “scientifique’’ qui cherche.
Il m’a dit que quand lui il était petit comme moi, il y en avait plein des hannetons…
Les gens, ils n'ont pas fait attention à eux, alors maintenant les hannetons sont presque tous mortibus, et grand-père il a dit aussi qu'il ne fallait pas tuer les insectes ! Saperlipopette ! Il dit qu'il ne faut rien tuer sauf pour se remplir la panse…
La faim justifie l'hécatombe. Là-bas ils font griller les vers luisants, ici on ampute les grenouilles.
Mais que sommes-nous au regard du vaste univers et de l’infini petit ? Si ce n’est que le grain de poussière, d’étoile avec un peu de chance, ou le grain de celle, sournoise, qui nous cerne de partout.
Une femme si belle ! Un homme si beau ! Cendres sur la mer, la rumeur du vent, et le retour du silence…
La légère passerelle est franchie, on était toi et moi et on s’aimait.
Quel fou pourrait nous faire croire, qu’après tant d’années nous pourrions vivre l’un sans l’autre, et qu’importe si le vent emporte nos poussières… puisqu’est venue pour nous, l’impatience d’être emportés.
– Dans les livres de grand-père c’est écrit que les hannetons sont nuisibles, mais ils ne piquent pas comme les frelons qui sont des gangsters sans foi ni loi.
Nuisibles, ça veut dire que vous faites beaucoup de bêtises !
Nous aussi les zhumains, on en fait beaucoup de bêtises, grand-père dit que c'est une question d’enver-gure, en rapport avec l’intelligence d'un petit nombre et sa capacité équivoque à croire tout ce que les autres leur racontent : pépé va m’expliquer lorsque je serai plus grand…
Mais je te trouve quand même très beau !
Il ne faudra plus en faire des bêtises hein ? Sinon vous allez être en disparition…
Bercé par le discours courtoisement énoncé, Sir Hanneton oscille entre sommeil et éveil, le cœur ‘‘vomiteux’’ dû au ballottage que lui inflige son transporteur. Inventeur de conneries, l’insecte caramel se doute qu'un de ces jours il lui faudra bien rendre des comptes : inestimables semble t-il ?
Pour l’heure, sur son carré de papier hygiénique rose, caressé par le souffle doux que lui envoie le garçon, il se sent comme un coq en pâte… Heureux sort ! Quand il réfléchit à l'étendue fumeuse des possibilités plus désagréables les unes que les autres dont sont capables ces abominables miniatures ! Digne reproduction des paranoïaques arrache-vie, suant des trouilles inutilisables, que sont ceux qui leur donnent vie…
Mais ! Il n’est pas prouvé que les hannetons réfléchissent… bref !
Brusquement ramené à la réalité par la course folle du gamin qui rentre de l’école avec l’énergie d’un bulldozer, le hanneton à l’étroit malgré tout dans son tiroir, commence à trouver la chose un peu longue.
Heureusement, le calme doucement se rétablit et interloqué, l’insecte voit deux yeux brillants se coller à la fente que Louis a pris soin de laisser pour que sa bête ne meure pas étouffée.
Le gamin reprend son monologue apaisant :
– Tu seras dans une belle cabane, je vais te laisser ta boîte ouverte en grandeur ce sera ton lit, et je viendrai te voir tous les jours après l’école. Grand-père te trouvera de la bonne nourriture, c’est lui qui donne à manger aux lapins, aux poules, aux dindons, et à des bêtes qu’il garde pour chercher pourquoi elles font des choses comme nous mais pas de la même façon… ?
Grand-père il parle à tous les animaux ! Il crie des fois mais t’en fais pas c’est après les “zhumains’’, il leur dit des gros mots quand il est en colère, un jour il a jeté le percepteur dans la fosse à purin ; heureusement il n’y a plus de purin dedans depuis avant ma naissance, mais grand-père lui a dit que c’était sa place, au percepteur.
Rien ne remplace une démonstration informelle pour rendre compréhensible une idée informulable avec des mots…
Mon grand-père c'est le roi, je l’aime beaucoup parce qu’il m’a fait mon papa, et mon papa il sera comme grand-père parce que grand-père sur les photos d’avant il ressemble à mon papa, et moi je serai comme tous les deux. Je fais attention, je mange beaucoup pour être vite vieux avec eux deux…
Louis, Pierre, Jean, son épouse Jeanne, l’oncle Paul, Marie la poétesse, Henri, Sophie, Pépé, ‘‘King’’ le chien, sa concubine ‘‘Fanfreluche’’ et tous les autres, habitent un village incongru, avec un nom incongru !
Un jour, il y a longtemps, une mouette qui s'était égarée, malmenée par des vents contrariants, a lâché le poisson qu’elle tenait dans son bec au lieu de l’avoir gobé sitôt péché comme font les mouettes d'habitude ; étourderie d’autant plus surprenante quand on connaît la voracité hargneuse de cet oiseau caractériel.
Mais en arrivant sur la terre ferme (ce qui est certain c’est que ce n’était pas la saison des pluies car alors dans cette contrée la terre perd de sa consistance) le poisson s’est écrabouillé de telle façon qu'il était devenu méconnaissable, même pour le plus vieux pêcheur du village. Stupéfait, il observait le ciel avec dans sa caboche un million de questions devant le spectacle lamentable de ce poisson tombé des nues… questionnement légitime évidemment, sur la soi-disant hérédité de certaines bestioles qui aujourd’hui, on en est certain, peuvent se prévaloir de descendre de ces carnassiers ; invincibles en leur temps, les Archéoptéryx et autres dinosaures volants…
Donc à cette époque ce mini village normand n'avait pas de nom. C’était simplement “Le village’’.
Ce poisson tombé du ciel, malgré le fatalisme des habitants de cette province qui en a vu d’autres, pouvait marquer les esprits les plus cartésiens.
On se dit que le ciel justement ! Avec ses voies ô combien détournées, adressait un message ; et là il n’y était pas allé de main morte, le ciel !
Comme il ne restait plus qu’un œil au malheureux poisson, et que cet œil miraculeusement indemne laissait transparaître une certaine tristesse, les habitants, avec l’humour indéniable de ceux qui se sont habitué aux coups du sort, décidèrent à l’unanimité de baptiser leur village “Le Merlan”, vu que le poisson du même nom donne toujours un sentiment de culpabilité à ceux qui le sortent de la mer, à cause de son regard affligeant qui laisse en chacun le sentiment d’avoir pêché… et puis, on ne voulait surtout pas oublier la mouette assez bécasse dans sa tête, pour avoir perdu sa proie en même temps que sa réputation.
Celle-là ! Elle n’avait rien à envier au sieur Corbeau qui s’était fait ramassé par le baratin d’un renard…
…Il y a des sentiments qui traversent le temps en contournant la bêtise humaine, bêtise qui elle aussi d’ailleurs, gaillardement sûre d’elle, traverse ce même temps sans problèmes majeurs, et rarement remise en question.
Avec le printemps reviennent les hirondelles…
Si tu prends l’innocence pour de la bêtise, demande-toi qui a saboté le monde ?
Il en faut du cœur pour ne voir que la beauté des choses ! Pour croire simplement… et se dire que le fiasco ambiant n’est qu’une coquetterie pour faire parler de nous…
– Un jour, le cousin Jean a acheté un bateau sur un catalogue, à première vue inoffensif.
Se fiant à l’image sournoisement trafiquée, il a cru s’offrir une maquette.
– Et ?
– Je ne sais pas quoi penser ? Parce qu’il n’est pas possible de se mettre à la place de Jean, dans la tête de Jean ; finement réfractaire aux arguments de l’évidence.
On lui a livré, juché sur un grand camion rouge qui avait l’air de trimbaler une énorme cuvette de ‘‘water-closette’’ posée à l’envers, un ‘‘rafiot’’ démodé, de trois mètres de long.
Malgré ses dimensions passe-partout au large de la Normandie, il était impossible de le confondre avec la maquette attendue.
Jean consterné, devant son acquisition :
– Mais Paul ! Sur le catalogue il était grand comme ça ! (dit-il en montrant son avant bras coupé en deux.)
On ne peut plus se fier à personne ni à rien !
– Jean.
– Quoi ?
– Un jour Il faudra que tu arrêtes
– Que j’arrête ?
– Oui.
– Tu te rends compte Paul, la mer, elle est à soixante kilomètres !
– Oui, justement…
– Que va dire ma Jeanne ? Mon amour ma douce, elle va se tourmenter !
Jeanne, le double et l’opposée, épouse incontestable de Jean, pense que le destin cruellement injuste, s’acharne sur son homme adoré. Elle bichonne et couve son rêveur de mari, le houspille et l’engueule à rendre jaloux le soudard que je suis à ses yeux…
Femme amoureuse, noble dans son aveuglement calculé pour ne servir que l’homme gentiment déjanté qui lui sert de moitié.
L’amour détraque les plus solides.
– Jeanne pensera, comme d’habitude, que c’est une personne mal intentionnée qui t’a fait une blague !
– On va le mettre où mon bateau ? On va le mettre où ?
– Avec tes autres maquettes voyons !
– Pas dans le salon tout de même ?
– Jean !
– Oui Paul ?
– Il me semble à moi aussi, bien que tu sois mon ami privilégié et aimé entre tous, que même ta connerie douce-amère doit, malgré sa grandeur emberlificotée qui ne manque jamais de m’étonner et je l’espère continuera longtemps encore à me surprendre, doit avoir ses limites ! Tu vas foutre ton truc là-bas ! Dans ton hangar où attendent tes autres ‘‘maquettes’’ grandeur nature.
– Tu parles de quoi exactement, Paul ?
Je vous disais, plus-haut, faisant acte de tendresse interrogative, qu’il était impossible de se mettre en travers de la tête de Jean, parce que Jean n’est pas fou ! Il n’est pas illuminé !
Mais quand on croit entrevoir une interprétation libératrice... vlan ! Il vous assène une de ses idées traduite par une explication irréfutable sans aspérités où raccrocher nos analyses vulgaires, un acte subordonné à une logique intraduisible… et nous voila revenus, désarmés, face à Jean, sans trop se rappeler le pourquoi de la discution…
Avec parfois une envie furieuse d’aller se jeter la tête contre les murs.
Jean déstabilise n’importe quel homme sain d’esprit, ou qui croit l’être…
Il suffirait qu’il se reproduise ; heureusement cela ne fut pas dans ses ambitions, pour remettre en question les fondations mystérieuses de l’humanité même.
– Jean ! Je parle de ton hangar !
– Oui mais tu vois bien que c’est un bateau !
– Et alors ? Tu ne vas pas le laisser sur le chemin !
– Paul on dirait que tu le fais exprès ? C’est un bateau ! Et ça va Où un bateau ? Sur l’eau !
– Oui, mais ici, il n’y en a pas de l’eau !
– Et la rivière alors ! Ce n’est pas de l’eau ?
– Sauf que ton fichu rafiot Jean, il a une quille, donc c’est un bateau qui va sur l’eau de la mer !
– On va la lui raser sa quille prétentieuse ! Et il ira très bien sur la rivière.
– Tu vas lui raser la quille ?
– Oui !
– Et comment ?
– Avec une scie…
La colère est définitivement une garce de conseillère !
La malheureuse barcasse fut transportée dans le fameux hangar en question où attendaient déjà un tracteur vert et un petit ULM biplace, (autres achats sur catalogue)… Jean lui a effectivement rasé la quille… maintenant il cherche bêtassement le moyen d’utiliser un ‘‘bateau’’ sans fond. Jeanne qui n’avait pas assisté à la livraison de la ‘‘maquette’’ a trouvé dommage que l’on puisse construire de telles embarcations. Elle a souligné :
– On ne peut pas en faire une baignoire non plus ? Dommage !
Son Jean amoureux réfléchissait, un œil concupiscent posé sur la croupe de sa femme…
C’est la faute aux bateaux si les marins aiment la Mer… c’est la faute à la Mer si les marins sur des bateaux partent en voyage…
Pendant cet échange philosophiquement redoutable, Henri, voisin et compère de Jean, autre sage branché directement sur un voltage imputrescible, terminait tranquillement la construction d’une rampe de lancement… avec laquelle il a expédié vers les nuages une espèce de fusée faite à partir de boites de conserve bourrées de pétards.
L’engin, remettant en question sa trajectoire, est allé s’écraser sur le hangar de Jean, que celui-ci venait de quitter.
La fusée subversive a incendié involontairement évidemment, la toiture de goudron laquelle en tombant a mis le feu au tracteur vert, qui fut, en un instant très court, réduit à un tas de ferraille noircie…
La providence a voulu que Jean dans sa sagesse insondable, n’ait jamais mis de carburant dans le réservoir du malchanceux tracteur.
Autrement on peut se demander si la dizaine de maisons tout autour auraient résisté à l’explosion.
Plus tard Jean a engueulé Henri pour la forme ; Henri déçu par la fusée a promis de ne plus concurrencer la NASA ! Jeanne a reproché à Henri de faire du tort à son homme.
Henri a proposé de réparer les dégâts, et de racheter un tracteur, qui entre nous ne servait à rien.
Ce n’est pas une raison me direz-vous !
Jean en retard d’une facture a supplié Henri de lui remplacer le tracteur carbonisé par une ‘‘maquette’’…
…Qui pourrait parier sur nos amours… On ne peut pas vivre les uns sans les autres, sinon pour faire des conneries, du moins pour les réparer.
Sophie épouse de Henri, et Jeanne épouse de Jean, se connaissent depuis la tendre maternelle.
Dans cette école en effet, toutes les classes font bloc ! Primaire collège lycée, tu rentres en couches-culottes, tu ressorts avec le costume cravate et le bac en poche sans te forcer… et leur maman à toutes les deux, ont joué en attendant la vie et ses lourdeurs, dans cette même cour d’école laquelle dans ce temps-là n’était qu’une pataugeoire insoumise.
Donc, ces épouses modèles ont l’habitude d’affronter les complications qui découlent des agissements souvent savoureux mais imprudents, que provoque leur compagnon respectif.
La seule chose qui les met dos à dos, encore une fois ! c’est la mauvaise foi !
Car l’une comme l'autre a la certitude inébranlable d’avoir, en, et sur son sein, le meilleur mari du monde.
Aujourd'hui plus qu'hier, nous ne savons guère de quoi sera fait demain, mais le temps, quand on s’aime pour de vrai, est un poète qui nous donne raison…
A quelque temps de là, Henri, en accord avec Jean sur la méthode, a voulu débarrasser son jardin d'une bande de taupes qui ravageaient ses rangs de salades.
C’est peut-être qu’ils ne voulaient surtout pas faire de mal à ces mignonnes de la nuit, tout en souhaitant leur déménagement, qu’ils ont cru nécessaire de faire beaucoup de bruit ?
Le fait est ! En même temps que l’ensemble de son potager, ayant mal estimé les distances, Henri a fait sauter le poulailler de Jean, une partie du tout-à-l’égout et du trottoir adjacent, ainsi que la cabane de jardin qui appartenait à Tom, (Descendant indirect des troupes aéroportées américaines). Cabane banale bâtie de l’autre côté de la rue, où se trouvait rangé un bric à brac qui du coup, propulsé par l’explosion s’est éparpillé aux quatre coins du village ; heureusement sans blesser personne.
À la suite de ce cafouillage qui rappelait aux anciens, qu’on ne doit pas jouer avec le feu… les choses ont failli dégénérer bêtement.
On restait butés, chez soi, refusant la discussion.
Par bonheur ou malice, Fanfreluche la chienne de Henri ; ‘‘enceinte’’ des bons soins du ‘‘King’’ le chien de Jean, a accouché avec cinq jours d'avance, ce qui eût pour effet de laisser couler…
On s’est congratulé, on a débouché un brut de brut pour arroser l'événement…
Pour finir on a oublié de régler les comptes.
Les taupes, ayant effectivement trouvé le procédé indigeste, ont choisi de déménager on ne sait où.
…Aux voyageurs qui ont la bonne idée de faire un détour par notre village, nos anciens, depuis des décennies, narrent à la manière d’une fable, les façons de faire de notre rivière, de ses affluents et les conséquences de leurs manifestations débordantes.
Lorsque le conteur est dans de bonnes dispositions, ou qu’il se trouve face à la gente féminine ; ne voulant surtout pas indisposer ces dames, ‘‘La Facile’’, notre rivière, est la source bienfaitrice, poissonneuse et coquine qui a empêché les villageois du ‘‘Le Merlan’’ de mourir de faim pendant les guerres assommantes, que les historiens et autres sorciers d’aujourd’hui appellent, avec du beurre plein la bouche : conflits !
Tu parles ! La guerre c’est la guerre, avec plein de morts, de sang, d’aberrations et de saloperies ! Bref.
A d’autres moments si le conteur est de mauvaise humeur, notre ‘‘Féconde’’ devient : une fripouille de rivière, crâneuse et désobéissante qui se prend pour ‘‘L’Egyptien’’, affolant les vaches dans la prairie, faisant fuir lapins et perdreaux ; et le conteur remonté, l’accuse par la même occasion, de faire une mauvaise réputation à notre pays ; ce qui est inexact.
Car notre pays, bien que minuscule… à sa guise, se pare de tant de beautés, que l’intégrité de sa réputation n’a jamais subit d’atteintes.
Mais il faut bien le dire, le fait qui reste le plus marquant, celui qui rend nos conteurs intarissables, c’est quand même l’histoire de la mouette et de son poisson, grâce auxquels nous devons le nom particulièrement remarquable de notre village !
Après maints et maints remaniements, la fin retenue dans la plupart des versions, est que l’oiseau étourdi serait venu finir ses jours aux rives de la ‘‘Facile’’, frappé de mutité et de mélancolie…
Le Merlan est un village prédestiné pour être comme un bouton antipathique qui se conduirait mal sur le nez d'une jolie fille.
Patelin distingué par le sens de l’imprévisibilité de ses habitants, du hasard décidément acharné, de la géographie, des précipitations, de l’acceptation sans la soumission, et de l’histoire qui finalement s’incline devant toutes les beautés, surtout quand elles dépassent les bornes.
Ce pays est parcouru de petits ruisseaux qui serpentent, qui se croisent, se décroisent, se côtoient pour finir par se perdre dans les eaux cristal de ‘‘La Facile’’, qui est elle-même, on le suppose étant donné l’imbroglio des allées et venues et le nombre de cours d'eau dans un espace aussi limité, un affluent inconnu de ‘‘La Seule’’.
‘‘La Facile’’, malgré son nom coulant, n'a jamais abdiqué sa liberté, et si l’été elle sert de piscine et de bassine, l'hiver avec le concours des pluies persistantes, elle déborde soutenue par ses ruisseaux, submerge les prairies d'une eau limpide et vigoureuse, comme l'eau d'une source qui jaillirait cachée au milieu de toute cette pagaille aquatique.
Maître de cérémonies, la vie s’impose dans sa splendeur, efface l’offense qu’elle sait venir de son impermanence…
De ce pays tout entier émane alors une nostalgie ciselée de courage et de beauté… Pays ‘‘autrement’’ beau, avec son ciel changeant comme sa mer…
…Il n’aurait pas fallu nous parler de la lune, de l’attraction et de tout ce tintouin, il n’aurait pas fallu… parce que chez les calamiteux disgracieux, cela a écorné le rêve et la poésie.
Heureusement, il y a un peu partout des coriaces comme Marie qui plantent des mots comme des panneaux indicatifs, avec des sentiments sans retenue pour tout ce qui est beau, surprenant, triste, révoltant, rigolo...
Marie dit que lorsque la mer se retire c’est comme une femme qui va se repoudrer le nez, même si elle n’en à pas besoin, parce qu’elle est encore plus magnifique sans la poudre. Et que chez nous la Mer reprend sa liberté pour des rondes de solitude où elle se console comme elle peut de porter le chapeau, « pour une histoire d’homme », honteuse et brutale, qui ne s’arrête jamais…
Le soleil entre deux averses, éclabousse malicieux, ces champs de mer calme et révèle une magnificence impitoyable à nos cœurs…
Les herbes noyées frémissent à peine. Sur elles passent des poissons curieux, de drôles de bêtes devenues marines, le temps que dure une saison de pluie, sauf que dans ce pays la pluie, c’est elle qui fait les saisons…
Marie justement, juchée sur les débris d’une caisse-casier abandonnée et transformée en piédestal, a quelque chose à nous dire ; Louis aime les ‘‘récitations’’ de Marie qu’elle déclame avec force et grandiloquence, abandonnant dans ces instants, le monde qui l’entoure et nous entrainant avec elle aux rivages d’intrépides rêveries…
Chuuuut !
J’ai pour moi la tendresse
Et puis des mots d'amour à coucher sur vos peaux
Et des pages blanches pour des deuils de velours…
Ils vont, ils viennent
Pour une vie, où nous ne serons pas…
Et le passé qui s'égare au fond de ma mémoire, retrouve sa voix sur vos rives nouvelles…
Nous ne sommes qu'un seul dans la main du destin, à tourner comme tournent les aiguilles des horloges.
Les heures sont les mêmes qui reviennent appuyer le soleil, et nous, stupides, de nous demander :
De quoi sera fait demain ?...
Il n'y a que le jour qui se lève pour affirmer quelques certitudes.
J’ai pour moi la tendresse
Et des bribes d'infini
Et le quotidien boiteux de son passé, mal de nos enfances,
Pays lointain auquel nos âmes réclament un supplément…
Juste un peu de rab.
De ruisseaux capricieux, de rivière inconstante, d’âmes enracinées et dans l'eau et dans la terre, entre rivière, mer et bocage un village planté là, comme si un fainéant s'était délesté de ces maisons et du hangar, (maintenant en cour de reconstruction !) – devenus trop lourds à porter.
Elles étaient restées groupées comme elles avaient atterri, un ensemble désordonné sur une bande de terre qui, allez savoir pourquoi, restait épargnée par les crues pourtant généreuses de la rivière qui coulait en contrebas, à quelques enjambées de la première habitation.
Il fallait seulement s'habituer :
À la montée des eaux qui franchissaient le vallon comme une troupe d'assauts, en apportant le goujon et l’ablette aux portes des maisons…
Avec la mer à l’horizon tantôt bleue tantôt grise, les nuages en stationnement permanent…
Et le soleil, toujours, qui s’arrange de l’ensemble.
Dans la fin d’une belle journée encore brûlante de soleil, Marie s’éloigne à pas lents, le son de sa voix traine derrière sa silhouette. Sur la colline un vent chaud soulève des volutes de poussière… chez nous l’été rabiote par ci par-là quelques jours à l’Automne pour se faire pardonner d’être parfois trop court : Est-ce l’Automne ?
Un jour il ne chantera plus, sa voix s’éteindra… il n’y pourra rien.
Un orchestre invisible joue…
Un jour il n’écrira plus, il oubliera les lettres… il n’y pourra rien.
Et la musique des violons…
Il posera ses pinceaux, emportera ce rêve aussi… il n’y pourra rien.
Restera dans sa tête…
Farce attrape de son existence, le printemps qui s’éloigne sur un visage de femme et le prénom qui était le sien…
Un jour il quittera la table, il tombera le masque… il n’y pourra rien.
Mais cet air toujours…
Les rouages de sa raison suspendus, sa vie dans une cage… Il aura joué la dernière carte, sur l’ultime bluff…
La dernière grimace…
Il n’y pourra rien.
Philibert Auguste descendant des grands blonds ; c’est ainsi qu’il s’est présenté à Tom, affublé d’un béret basque garni d’une plume de Paon, a accosté aux rives de ‘‘La Facile’’.
Fièrement campé sur le pont d’une longue embarcation agrémentée d’une toile de tente couleur sang, qui faisait office de chambre à coucher, comme le laissait à penser l’ameublement cartésien qu’on y apercevait…
…Philibert dira plus tard – qu’il aurait dû mourir plusieurs fois noyé, mais sans succès – !
– On ne meurt pas sur commande, dommage ce serait commode : commentera Jean dans sa téméraire sagesse…
L’équipage extravagant, en effarouchant les oiseaux a surprit Tom et Henri qui sommeillaient mollement sur leur canne à pêche improductives.
– Oh oh ! Moise sauvé des eaux !
– Tom ! Cet homme a la tête trop près du bonnet et il est horriblement laid !
– Pourtant j’aime assez la plume de Paon…
On accourt du village pour aider Philibert… sa laideur motive, par l’interrogation qu’elle suscite.
Au loin, un concerto magique pour piano de Wolfgang Amadeus, se fraie un passage et s’élance hors de chez Jean… Jean fait de ses voisins des mélomanes malgré eux.
– Monsieur aimerait se désaltérer ?
– Pourquoi êtes-vous incertain ? Je m’appelle Marie, je ne suis pas douce, méfiez-vous !
– Je n’ose m’imposer, c’est le hasard qui…
– Seriez-vous avare ? Venez nous allons manger et boire ! Vous êtes une excuse pour notre débauche ! Il en faut !
Et joyeuse, sous le regard chaviré d’un Philibert qui ne sait pas encore qu’il est entrain d’apprendre à se noyer, lance au vent de sa belle voix :
La vie impermanente drôle sévère
De plus en plus fragile, de plus en plus craintive
La vie entre obligations et libertés
Glorieuse dévorante frivole casquée de soleil,
Coupante indocile pleureuse mouillée de pluie,
Epaisse lourde carnassière et vandale
La vie élégante vaurienne
Mourante sur les murs fanés
Dans le lit défait de nos aventures grossières
La vie sous les feux éteints de nos exigences
Mensongère réaliste
Rachetée par tous ceux qui en paient le prix
Navire en partance qui nous quitte doucement…
La vie arc-boutée obstinée morcelée
Cueillie abandonnée reprise
Vivante de nous
Naissante demain
Dans une autre vie, un de ses vieux amours, écrira quelques pages pour elle. Et c’est Louis, longtemps après, devenu écrivain de talent, qui reprendra, dans un très beau livre, certaines pages de ces souvenirs…
…Joyeuse, désespérée, sans ombres… tu n’étais jamais banale, sous ton apparente désinvolture, derrière le clown qui semblait se rire de tout il y avait cette femme lumineuse, secrète et fragile, qu’il était si facile d’atteindre et de blesser…
Tu pouvais prendre les armes, jurer sans mesure contre toutes les injustices, te désoler devant la misère de monde et te maudire pour ton impuissance… il n’y avait que la bêtise pour te laisser sans courage, tu disais : elle est partout surtout là où elle ne devrait pas être.
Nous aimions tes poésies impromptues, ton imaginaire, tes sentiments sans concession, ta liberté…
Nous avions tous l’âge de t’écouter, de nous égarer avec toi. Ignorante de la médiocrité, du mensonge, de l’ordinaire, il nous était impossible de résister à tes élans, et si quelques-uns bougonnaient parfois, la perspective d’un futur où tu ne serais plus, nous laissait désemparés et pourtant…
Ici, sur notre lopin de terre, si merveilleusement particulier, après ton départ quelques uns de ceux que tu aimais ont résisté, mais d’autres se sont laissé aller…
Que jamais tu ne saches le mal causé par ton départ…
Henri est mort de chagrin, et Sophie ne s’est plus sentie de vivre sans lui, à quelques jours d’intervalle au milieu du Printemps, elle est allée le rejoindre.
Ils furent les premiers, et pour nous ce fut les premiers départs accompagnés seulement de nos larmes et de nos silences… tu n’étais plus là pour accuser le ciel de tes mots, ces mots qui soudoyaient nos chagrins et résonnaient dans nos cœurs de vivants, nous faisant croire que de dire adieu à l’un d’entre nous, ce n’était pas plus sérieux que de lui dire ‘‘à bientôt’’.
Beaucoup des plus jeunes alors ont quitté ‘‘le Merlan’’. Le laboratoire de grand-père a brûlé ; nous n'avons jamais su comment le feu s'était déclaré.
Pierre est resté inconsolable, malgré cela ; un peu grâce à toi, il est devenu écrivain.
Il nous arrive encore de rire ensemble en souvenir de jour où il a fini par nous montrer sa boîte d'allumettes avec dedans complètement desséchée, son malheureux hanneton : toi en riant aux éclats tu avais déclaré haut et fort :
– Nous n'aurons jamais cette chance ! Depuis je crois avoir compris… mais ai-je vraiment, plus que les autres, entrevu un peu de ton mystère ?
Notre village a perdu de sa folie, la rivière garde plus souvent ses distances… Et les choses parlent un autre langage…
Partout le manque de toi…
Mais le temps n’est pas venu…
Fendant l’air de ses belles mains ressemblant aux ailes d’un oiseau blanc, levant la tête vers ses rêves, Marie en profite pour continuer l'improvisation de poésies gaillardes, que nous écoutons parfois ébranlés, mais toujours ‘‘émotionnés’’.
Quelques gardes posés sur des pierres sans accueil, roses ou bleues, ce n’est que du marbre…
J’ai perdu la vie avec délicatesse, dans la saveur de mon Automne et la suffisance de toutes choses
Sans même un murmure sur le dernier souffle, seulement le supplice de laisser ceux que j’aime…
Je vais retrouver l’éternité, la mer sans rivage, avec le soleil des glaces pour une saison solitaire…
Je peux rire de l’impermanence !
J’ai perdu la vie, il serait malséant de vouloir en souffrir, quand à cause de ses maux, j’ai tant de fois voulu la fuir…
Dans cet état de grâce après tirage au sort, il ne reste jamais que des suivants, qui, leur ticket à la main, attendent…
Rien qu’une illusion, un peu d’azur peut-être…
Comme elle chante la vie que j’ai perdue !
Philibert Auguste est traversé par des frissons qui lui donnent envie de se coucher sous Marie : Philibert bande outrageusement, c’est une bonne nouvelle pour lui…
Gloire à mon pays ! Partout désormais ! Sur les rochers, la terre, le vent, dans les bouches et sur les sexes gonflés de sucre, visible, invisible…
Oui partout, je me faufilerai, gaie, sans âge et sans nom…
Active impudique dans vos nuits de miel, dans la lumière qui baigne vos ébats, et l’eau qui éclabousse vos corps, et la blême lueur de vos matins frileux…
Dans vos cris, vos humeurs, vos chagrins, sur toutes les routes que vous suivrez…
J’ai perdu la vie la folle aventure !
Voyage autour du monde, dispersée, sans barrage…
J’ai perdu la vie adieu la comédie !
…Philibert pleure… dans son pantalon la torture a eu raison de ses résolutions.
Henri lui aussi verse quelques larmes, mais comme il provoque souvent les événements on ne sait plus s’il pleure pour de bon.
Jeanne qui n’est pas Marie, arrive exaspérée par la grandiloquence de Marie.
– Jeanne, je te présente Philibert Auguste !
– Merci Tom, il est en piteux état et suffisamment laid !
– Avez-vous croisé beaucoup de monde ?
– Des femmes, très belles qui se baignaient nues, c’était fort agréable, leurs seins charmants semblaient posés sur l’eau.
C’était tentant mais ce n’était pas assez important…
– Qu’est-ce qui vous paraît plus important que les seins des femmes ?
– J’ai lutté !
– C’est une mauvaise idée !
– Oui sans doute, mais me voilà ici.
– Ce n’est pas si terrible…
Ils se hâtèrent de rejoindre les autres, Jean, le cousin René, Clara… ils vidaient des verres remplis d’un liquide jaune qui leur faisait faire des grimaces de singe… avec sur leurs vies, Mozart, qui achevait d’être magique !
Philibert pensait que c’était une erreur, mais il ne définissait pas pourquoi ?
Clara interloquée regardait Philibert :
– Vous êtes vraiment vous-même, je vous félicite ! Elle se colla à lui durement et l’embrassa à pleine bouche, c’est un défi voyez-vous !
– Elle vous montre qu’elle n’a pas peur !
– J’en suis heureux, car je suis si laid que je me garde d’en avoir envie…
– Moi je suis fou, dit Henri.
– Et moi aussi confirma Jean, malheureusement on ne peut pas se le permettre…
– Venez lui dit Marie, la table est mise ! Et vous allez voir, nous sommes tous un peu fous !
– Je suis Nicole, pensez-vous rester longtemps ? Si oui nous allons vous réconforter, nous n’avons guère de visiteurs venant de la rivière… elle tortillait des fesses pour apporter sa contribution, souple comme un roseau, elle se lova à son tour tout contre le corps de Philibert
– Vous me faites trop d’honneur, je sens mon ventre se soulever, je deviens consistant…
– Mais c’est normal, vous êtes notre invité !
La table était longue, si longue qu’elle sortait de la salle à manger trop petite, par les deux portes qui se faisaient vis-à-vis, une coté jardin, une coté rivière.
Sur la table, deux oies patientaient, détendues et dorées à souhait sur un copieux lit de pommes de terre, à peine tuées de leur premier et dernier atterrissage dans ces lieux qui servaient d’escale aux migrateurs, lesquels comme on le voit, acceptaient de temps en temps de payer un écot tout relatif, pour service rendu… on fait ça partout !
Il y avait des rondelles de carottes incongrues, des salades vertes, des fromages bleus, un camembert irréprochable sous surveillance, un coq dans son vin, des miches de pain appétissantes comme les lèvres de Marie, qui venaient elles aussi de faire leurs preuves sur la bouche de Philibert.
