La couleur de l'amour - Tome 1 - Cady Agostan - E-Book

La couleur de l'amour - Tome 1 E-Book

Cady Agostan

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Beschreibung

Un devoir en commun, deux caractères explosifs : Cassydie et Mayron vont-ils succomber à l’inévitable ?

Cassydie, 18 ans, n’a jamais voulu intégrer ce lycée des quartiers populaires, mais la campagne politique de son père en a décidé autrement. Nouvelle, hors de son élément, elle peine à trouver sa place. De son côté, Mayron, adolescent au tempérament bien trempé, a grandi dans ces rues qu’il connaît par cœur. Pour lui, les petites bourgeoises au visage d’ange n’ont rien à faire ici. Lorsqu’ils sont contraints de travailler ensemble sur un devoir, leurs différences éclatent : disputes, provocations et confrontations deviennent leur quotidien. Mais parfois, les étincelles allument un feu inattendu. Entre oppositions et attirances, Cassydie et Mayron vont découvrir que certaines choses ne peuvent être contrôlées. Leur relation naissante, pourtant improbable, pourrait bien défier les préjugés et faire face aux obstacles. Après tout, les opposés ne s’attirent-ils pas ? Plongez dans cette romance unique et pleine de suspense, où les différences deviennent la force d’un amour inattendu.


À PROPOS DE L'AUTEURE

Cady Agostan

est une jeune maman de 30 ans, mariée à son héros personnel et mère de deux petits princes. Résidant à Marseille, ville où elle a grandi, Cady partage sa passion pour l’écriture et la lecture avec le soutien indéfectible de sa famille et de ses amis. Secrétaire dans un hôpital le jour, elle se plonge chaque soir dans ses mondes imaginaires, nourrie par l’amour et la musique, sources d’inspiration constantes. L’écriture est pour elle un rêve devenu réalité, et elle espère captiver ses lecteurs avec des histoires vibrantes et passionnées.

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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La couleur de l'amour

 

 

 

Tome 1

De l'inconnu naît l'amour

 

 

 

 

Cady Agostan

 

RomanceEditions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val

 

CHAPITRE 1

Cassydie

Six heures du matin, et c'est avec fracas que j'abats ma main sur le réveil. Aujourd'hui est mon premier jour de cours dans mon nouveau lycée. Comme sans doute des milliers d'adolescents, mais pour moi c'est un peu particulier. Je quitte le prestigieux établissement  Norman Dorm pour intégrer celui des quartiers populaires. Plus d'uniforme, plus de cours de latin, seulement la banalité d'une vie de lycéenne comme je ne la connais pas.

Je me lève à contrecœur, et me demande ce que je vais bien pouvoir mettre. La veille j'ai fait des recherches sur Google pour voir ce qu'une fille de mon âge dans ce genre de lycée pouvait bien porter, mais rien de ce que je n'ai vu ne ressemble de près ou de loin à ce que ma garde-robe contient. J'opte donc pour la tenue la plus approchante que je possède et la pose soigneusement sur mon lit avant d'aller me préparer dans la salle de bain.

J'ai une mine de déterrée. Je n'ai pas réussi à m'endormir aussi tôt que ce que j'avais prévu et en voilà la conséquence. Même un bon anti-cerne ne pourra cacher les poches que j'ai sous les yeux. Je fais de mon mieux et me lisse les cheveux que je coiffe en un chignon. Le résultat est plus que médiocre, mais il est temps de descendre pour le petit-déjeuner.

Mon frère me bouscule devant les escaliers et dévale les marches.

— Surtout ne t'excuse pas!

— Excuse, me lance-t-il à la volée.

Il a l'air plus enthousiaste que moi. Rien d'étonnant, il a toujours été beaucoup plus à l'aise que moi avec le changement.

Ma mère est déjà assise devant son thé et feuillette le journal avant de me remarquer. Elle me sourit en regardant ma tenue.

—Tu es ravissante ma chérie.

Je la remercie timidement et m'installe à mon tour à la table. Je dévisage mon frère qui se jette sur ses céréales comme si c'était les dernières qu'il mangerait avant un moment. Il se fige quand il me voit en haussant les épaules.

— Quoi, j'ai faim!

Je souffle et me blottis contre le dossier de ma chaise.

— Tu devrais te dépêcher chérie, la voiture sera là d'une minute à l'autre, me dit ma mère.

Je suis heureuse que nous soyons dispensés du bus. Trop de changement se traduit par une montée de stress chez moi, et de ce côté-là je suis déjà bien servie.

— Je n'ai pas faim, vraiment.

Elle boit une gorgée et prend son air réprobateur.

— Tu sais bien que je n'aime pas que tu partes le ventre vide.

— Je suis incapable d'avaler quoi que ce soit. Pourquoi devons-nous changer de lycée?

Mon ton plaintif la fait lever les yeux au ciel.

— Nous te l'avons déjà expliqué. Avec ton père qui compte se présenter à la mairie l'an prochain, il est important que les futurs électeurs puissent se reconnaître en lui. Il faut qu'il montre qu'il n'est pas comme tout le monde, et qu'il n'hésite pas à côtoyer toute sorte de classe sociale.

— Sauf que c'est nous qui allons les côtoyer.

— Je t'ai connue plus ouverte Cassydie.

— Et vous plus ambitieux pour notre avenir.

— Ça suffit, dit-elle en s'essuyant la bouche. Vous êtes suffisamment brillants pour vous en sortir, peu importe le lycée dans lequel vous vous trouverez.

— Là n'est pas la question.

— Il n'y a pas d'autre question. Va chercher ton sac, la voiture est là.

Elle se lève, embrasse mon frère et dépose un rapide baiser sur mon front. Je me suis toujours bien entendu avec mes parents, enfin, avec ma mère plus ou moins. Mais je dois dire que sur ce point-là, nous ne sommes pas du tout d'accord. J'ai quitté mes amis, mes habitudes et ma vie pour la campagne de mon père, et malgré leurs arguments je ne parviens pas à en comprendre la nécessité.

Quand ils nous ont appris la nouvelle, je m'attendais à recevoir le soutien de mon frère, mais c'est tout juste s'il n'a pas sauté de joie à cette annonce.

Une fois dans la voiture, j'essaie de le rallier à ma cause.

— Ça ne te fait rien à toi d'avoir tout quitté?

— Qu'est-ce que j'ai quitté? Un lycée chiant à mourir rempli de robot avec un uniforme à vomir?

Je lève les yeux au ciel. J'aurais dû me douter de sa réponse. Tyler n'a jamais aimé Norman Dorm, et ne s'en était pas caché. Moi je m'y sentais comme chez moi, et maintenant les rôles allaient être inversés. Il place ses écouteurs dans les oreilles et remue la tête en tapant de la main sur son genou, le tout en fredonnant. Comment  fait-il pour être détendu à ce point?

Le trajet passe plus vite que je ne l'aurais souhaité, et la voiture s'arrête juste devant l'établissement. Sa façade est entièrement recouverte de briques rouges et de larges escaliers mènent à l'entrée. Il y a des lycéens partout. Certains chahutent et se bousculent, d'autres dansent au milieu de groupe qui tape dans les mains pour battre la mesure, et d'autre encore sont juste assis sur toutes les surfaces possibles, attendant que le temps passe.

Je commence à paniquer, je le sens. Tyler ouvre la portière et me jette un coup d’œil en voyant que je ne bouge pas d'un millimètre.

— Alors, tu viens?

— Une minute. Mais vas-y toi.

Il se replonge dans sa musique et claque la portière.  Je le regarde s'éloigner, son sac à dos pendouillant sur seulement une épaule. Il n'a pas encore passé une seule journée ici qu'il a déjà tout l'air d'y avoir grandi. Rien qu'à voir sa tenue, beaucoup plus décontractée que la mienne, je comprends que ma journée va être difficile.

Jusqu'à présent personne ne nous avait encore remarqués, mais maintenant je distingue plusieurs regards scruter la voiture dans laquelle je me trouve.

— Ça va aller mademoiselle?

Le chauffeur me dévisage, sans doute inquiet.

— Oui merci, j'ai seulement besoin d'une minute.

 

CHAPITRE 2

Mayron

 

Je suis encore en train de comater sur la rambarde en pierre quand Josh me tape l'épaule.

— Hey mec regarde.

Il me désigne une bagnole noire qui à coup sûr vient des quartiers chicos.

— Et alors?

— C'est qui? me demande-t-il.

— Qu'est-ce que j'en sais?

Des voitures comme celle-là il en passe des centaines par jour ici. C'est vrai que d'habitude elle ne s'arrête pas devant notre bahut, mais qu'est-ce que j'en ai à foutre?

Un mec en sort, il ne doit pas avoir plus de seize ans et je peux déjà voir à sa manière de s'habiller que c'est la première fois qu'il vient ici. Il porte peut-être un jean large, mais son polo ne dupe personne. Il passe devant nous et entre directement sans hésiter.

Je ferme les yeux avec l'intention de finir ma nuit. Il ne reste que cinq minutes avant le début des cours mais c'est largement suffisamment.

— Non mais t'as vu ça?

Il me secoue et me force à rouvrir les yeux. S'il continu, je vais devoir m'occuper de lui. Je grogne et le repousse, mais le regard qu'il a m'intrigue et la curiosité l'emporte. La voiture est toujours garée, et une fille en sort. Elle n'a pas l'air à l'aise. Qui le serait dans une robe pareille? La coupe est tellement droite et rigide que je me demande comment elle fait pour avancer avec une telle facilité. Et je ne parle même pas de son chignon. Elle a tellement tiré ses cheveux en arrière que son visage est figé.

D'où elle sort celle-là? C'est vrai qu'elle est plutôt bien roulée, mais son allure fait froid dans le dos. J'ai horreur de ce genre de meuf et leur air supérieur.

Son arrivée fait sensation. Toutes les filles la regardent avec mépris et les mecs la sifflent comme s'ils n'avaient jamais vu de mollets de leur vie. J'aurai bien parlé de ses genoux, mais avec sa robe de bourge hautaine et coincée ils sont difficiles à apercevoir, pour ne pas dire impossible. Je finis même par me demander si elle savait où elle allait atterrir.

Quand elle passe devant nous elle sert son sac à main contre elle avec le regard affolé. Il ne lui faut que quelques secondes pour disparaître à son tour à l'intérieur.

— Wahou, ça c'est un morceau!

— T'appelle ça un morceau? Moi j'appelle ça un bloc de glace.

— Mec, je veux bien mourir d'une pneumonie moi. J'suis prêt.

La sonnerie retentit, et j'attrape mon sac.

— Rentre au lieu de dire des conneries.

 

Être coincé dans ce lycée c'est déjà chiant, mais commencer la journée par un cours de sociologie, y a rien de pire. Comme d'habitude, je m'affale sur la chaise la plus éloignée de la prof. Ça fait déjà quelques mois que les cours ont débuté, mais je veux qu'elle garde à l'esprit que sa matière est à chier. À voir le reste de la classe se précipiter sur les derniers rangs, je comprends que je ne suis pas le seul à ne pas les apprécier.

— Installez-vous vite, je ne veux pas perdre de temps.

Madame Lee est une petite femme aux cheveux grisonnants, avec une paire de lunettes qui lui tombe constamment sur le nez. Elle est beaucoup trop surexcitée et elle me fatigue déjà. Elle nous fait signe de la main de nous asseoir et repart ouvrir la porte. Bordel, il manquait plus que la bourge.

— Viens, ne sois pas timide.

La coincée entre derrière elle et nous regarde comme si elle se retrouvait face à une meute de loups. Madame Lee l'attire contre elle et je me retiens de rire quand je vois les yeux de miss perfection s'arrondirent.

— Je vous présente Cassydie Dunkan. Elle nous vient du lycée Norman Dorm et va passer le reste de l'année avec nous. Choisis une place ma grande.

Norman Dorm, bien sûr, j'aurais dû m'en douter. Et c'est tout naturellement qu'elle opte pour la place la plus près du tableau. Je n'ai jamais vu quelqu'un se tenir aussi droit de toute ma vie. C'est flippant.

Lee s'acharne à effacer ce qu'il y a marqué sur le tableau et note en gros le mot DIFFERENCE. Qu'est-ce qu'elle nous fait encore?

Quand elle se retourne, elle a un sourire à se déboîter la mâchoire.

— Voilà sur quoi nous allons travailler le reste de l'année.

Un brouhaha général m'indique que personne ne sait où elle veut en venir.

— Sortez de quoi écrire votre nom, et pliez le papier en deux. Je passerai entre les rangs pour les ramasser. Je vous en dirai plus quand tout le monde aura participé, et inutile de râler.

Je déchire un bout au hasard dans mon cahier et m'exécute. Ce n'est pas la peine de discuter avec elle, j'ai déjà essayé et j'ai perdu. Elle a beau être toute petite, elle sait se montrer persuasive.

Je suis le dernier à mettre mon nom dans la boîte, et elle repart au pas de course vers son bureau.

— Voilà le projet. Nous allons faire des équipes de deux. Équipes qui vont être constituées totalement au hasard grâce aux bouts de papiers que vous m'avez donnés. Après ça, vous formerez un binôme pour ma matière jusqu'à la fin de l'année, et c'est inutile de faire une quelconque réclamation, je ne reviendrais pas dessus. Je veux que vous me prépariez un devoir sur les différences entre vos deux familles, qu'elles soient culturelles, sociales, ou bien toute autre chose.

Oh putain, elle est sérieuse elle?

L'idée ne plaît à personne, et ils le font savoir. Bien évidemment, comme prévu, elle n'en a rien à faire et tire les deux premiers papiers. Je suis soulagé qu'elle ne dise pas mon nom, même si je sais que ça va arriver.

Mon répit fut de courte durée.

— Mayron, tu vas faire équipe avec...

Elle tire un deuxième papier, et je supplie intérieurement pour que ce soit Josh. On a grandi ensemble et on a rien à apprendre de nos familles.

— Cassydie!

Et merde. Je plaque ma main sur mon visage. Les rires et les sarcasmes fusent déjà. Je jette un regard noir à l'ensemble de la classe, mais la tentation est plus forte que mon intimidation.

— Va t’asseoir à côté de ton coéquipier ma grande. Josh, tu changes de place.

Il se lève et fait face à la nouvelle, lui bloquant le passage. Je sais à quoi il joue. Il veut la mettre mal à l'aise et ça marche. Elle regarde ses pieds et attend qu'il veuille bien se pousser.

— Josh ça suffit, laisse la passer.

Les rires redoublent et il se décale juste assez pour qu'elle puisse se faufiler, tout en l'obligeant à le frôler.

Elle tire la chaise à côté de la mienne et s'assoit, aussi raide qu'au premier rang. Ça promet.

Lee finit ses équipes et nous laisse organiser nos rencontres. J'attends quelques minutes qu'elle se décide à ouvrir la bouche, mais elle reste muette. Je veux en finir au plus vite.

— Alors?

Elle sursaute quand je lui parle et me regarde à peine. Ça m'énerve.

— Qu'est-ce qui y a? T'as jamais vu de métis de ta vie?

— Bien sûr que oui, bredouille-t-elle.

À ma grande surprise, sa voix est plus douce que son apparence.

— C'est pas l'impression que tu donnes.

Elle triture ses mains, le regard braqué dessus. Je me redresse pour la presser un peu.

— Bon, on fait quoi?

Elle paraît surprise par ma question.

— C'est-à-dire?

— Pour le projet. Tu veux procéder comment?

— Oh. Et bien comme tu préfères.

Pas contrariante, ça me plaît.

— Alors on va commencer par chez toi, déclaré-je.

Hors de question qu'elle vienne chez moi.

— Heu d'accord.

— Un problème?

Je prends volontairement un ton dur pour qu'elle comprenne que ses manières de bourgeoise ne m'impressionnent pas.

— Non non. Chez moi ce sera parfait.

 

CHAPITRE 3

Cassydie

 

Cette journée a sans doute été l'une des pires de toute ma vie. Chaque fois qu'un professeur me présentait à la classe, j'avais droit à des commentaires particulièrement désagréables sur le fait que je devais être une fille à papa ou bien pire. J'ai essayé de ne pas y faire attention, mais ça m'a plus touché qu'il ne devrait.

Je me suis perdue plus d'une fois en changeant de classe et pour couronner le tout je me retrouve à former un binôme avec un garçon qui ne semble pas m'apprécier plus que les autres.

Qu'est-ce qu'il m'avait pris d'accepter qu'il vienne chez moi? Je ne le connais pas, et mes parents ne vont sans doute pas beaucoup apprécier. J'étais déjà mal à l'aise à ses côtés en classe, alors me retrouver seule avec lui allait être plus que compliqué.

Je me jette sur mon lit, enfouis ma tête dans mon oreiller et prie pour qu'on m'oublie jusqu'à la fin de l'année.

J'essaie d'ignorer les coups à ma porte. Peut-être que si je reste silencieuse ça va marcher. Mais c'est sans compter sur la persévérance légendaire de ma mère qui entre sans y être invitée.

— Cassydie tout va bien?

Je grogne en guise de réponse et elle vient s’asseoir à côté de moi.

— Héloïse m'a dit que tu étais rentrée depuis plus de vingt minutes, pourquoi n'es-tu pas venue me voir pour me raconter ta journée?

— Parce qu'il n'y a rien à dire. C'était horrible.

— Je suis certaine que tu exagères.

Je me redresse et plante mon regard dans le sien pour donner plus de poids à mes mots.

— Je n'exagère rien du tout. Ils me détestent tous.

Elle se met à rire et place sa main sur la mienne.

— Comment pourraient-ils te détester, ils ne te connaissent pas.

— Ils ont autant envie que je sois dans leur lycée que moi.

— Ne dis pas de sottises.

— C'est vrai maman. Il fallait voir comme ils m'ont regardé. J'avais l'impression de venir d'une autre planète.

— Tu vas te faire des amis rapidement.

Bien, je vois que la discussion ne mènera nulle part. Je croise les bras et regarde le sol. C'est ma façon à moi de montrer que je boude.

— Ton père dîne avec nous ce soir. Tâche de lui montrer que tu es prête à faire des efforts. Il est suffisamment stressé avec les préparatifs de sa campagne, il n'a pas besoin de s'inquiéter davantage.

Je soupire et lui promets de faire mon maximum. Quand elle sort de ma chambre, je me jette de nouveau sur mon lit, et n'en bouge plus jusqu'au dîner.

 

Avec ma fourchette, je repousse les pommes de terre distraitement sur les côtés de mon assiette. J'ai à peine touché à ma viande et n'est pas beaucoup parlé non plus.

— Tu es bien silencieuse Cassydie. Est-ce que tout va bien?

Mon père me regarde, les sourcils froncés. J'ai bien envie de lui dire que rien ne va, mais l'expression de ma mère me rappelle la promesse que je lui ai faite un peu plus tôt.

— Tout va bien oui.

— Et cette première journée? Comment s'est-elle passée?

Il s'adresse à mon frère et moi, et je compte sur Tyler pour lui répondre.

— Super. Tout le monde est cool et je me suis déjà fait beaucoup d'amis, répond-il avec enthousiasme.

Des amis? Déjà? Des fois j'envie mon frère et sa facilité à parler aux inconnus.

— Voilà qui est merveilleux. Et toi?

Bien sûr il fallait que ça vienne à mon tour.

— Super aussi.

— Quoi c'est tout?

Fais un effort. Fais un effort. Fais un effort.

— J'ai rencontré des gens vraiment sympas et mon professeur de sociologie nous a donné un devoir à faire qui promet d'être très intéressant.

Et c'est peu de le dire.

— Vraiment? Tu ne m'en avais rien dit!

Les yeux de ma mère pétillent. Franchement il n'y a pas de raison.

— De quoi s'agit-il?

— Nous devons étudier le monde dans lequel chacun de nous vit.

— Et comment êtes-vous censé procéder?  m'interroge-t-il.

— J'ai proposé à mon binôme de venir à la maison.

Mes parents paraissent surpris. Chacun son tour après tout. Moi aussi j'ai été étonné quand ils nous ont dit que nous devions changer de lycée.

— Parfait.

Je sais qu'elle n'est pas enchantée. Moi non plus, mais c'est la conséquence de ce changement, et je ne serais pas la seule à en pâtir. Je dois même avouer que je ressens un certain plaisir à ce que cela les contrarie, bien qu'ils n'en montrent rien.

— Je pensais lui dire de passer demain après les cours.

— Fais comme bon te semble. Après tout si c'est pour le lycée...

Elle me sert un sourire de façade, que je lui rends. Notre petite discussion familiale est abrégée par mon père qui se lève en trombe après avoir remarqué l'heure.

— Bon sang, il faut que je vous laisse. J'ai promis à Lance que nous mettrions au point certains détails.

— Déjà? Mais tu n'as pas encore fini de dîner!

— Je sais bien mais que veux-tu, il faut faire des sacrifices. Et puis un peu de diète ne me fera pas de mal.

Il se tapote le ventre et embrasse ma mère avant de quitter la maison. Mon père est loin d'être gros, mais il fait toujours en sorte de prendre les choses avec humour pour que ma mère ne s'inquiète pas pour lui. Pour l'instant ça marche plutôt bien.

— Je vais aller me coucher. Je n'ai pas bien dormi la nuit dernière et toute cette histoire me demande beaucoup d'énergie.

— Bonne nuit ma puce, et ne t'en fais pas. Tout va bien se passer.

Je ne réponds pas et monte directement dans ma chambre. Ça m'agace qu'elle se permette de faire ce genre de commentaire. Je ne sais pas si c'est elle qu'elle essaie de convaincre ou moi, mais si c'est moi, c'est un échec.

 

CHAPITRE 4

Mayron

 

— Putain mec, elle est trop canon. Et dire que tu vas rien en faire!

Josh tire une taffe sur son joint, et recrache la fumée en faisant de petits ronds. Il me parle de cette fille depuis le cours de socio de Lee.

— Bien sûr qu'il ne va rien en faire. Il sait trop de quoi je suis capable sinon! Salut bébé.

Shanté s'assoit sur mes genoux et écrase ses lèvres pleines de rouge sur les miennes. Elle s'est auto attribuée le titre de petite amie, et comme elle est assez sexy je la laisse faire. Du moins jusqu'à ce qu'elle m'ait lassé, ce qui, me connaissant, peut arriver assez vite.

— J'te la laisse. T'as qu'à aller voir Lee et arranger ton affaire. Elle me fout les jetons cette fille.

— Je pensais être la seule à te faire peur.

Shanté attrape mon menton entre ses doigts et approche son visage du mien. Je tourne la tête et attrape le joint des mains de Josh. Elle ne va quand même pas m'embrasser à la moindre occasion! Ce n'est pas pour moi ces conneries de couple. Elle fait la grimace quand je tire dessus et que je recrache la fumée sous son nez.  Peut-être qu'elle va finir par se trouver sa propre place avec ça!

— Tu la connais. Si je lui demande elle va savoir que ce n'est pas pour son projet à la con et elle me trouvera sûrement un truc encore plus chiant pour me foutre les boules.

— Je ne vois pas ce qui te fait tripper chez cette meuf.

— J'te l'ai dit, c'est un morceau.

— Ton morceau il est congelé mec!

Ma pseudo petite amie se met à glousser et en profite pour se frotter un peu plus à moi. Si la nouvelle est coincée, on peut dire que Shanté en revanche est loin d'être dans la même catégorie.

— Laisse faire. D'ici un mois tu ne vas plus la reconnaître.

Il se lève et fait mine de donner une fessée imaginaire. Ce type est trop con, mais je suis obligé de rire devant ses conneries.

— À mon avis, il va te falloir un peu plus de temps.

Il rit aussi et s'affale dans le fauteuil.

— J'suis pas pressé.

— En tout cas si elle t'approche d'un peu trop près, je lui arrache les yeux.

Shanté exhibe ses longs ongles aussi acérés que des griffes et me gratte la peau avec. J'ai horreur de cette sensation et je trouve une excuse pour me lever.

— J'me casse. J'ai des trucs à faire chez moi.

— Quoi déjà? Mais je viens d'arriver! Je pensais qu'on pourrait peut-être passer un peu de temps ensemble...

Elle me fait un clin d’œil, mais sa proposition à peine dissimulée ne m'intéresse pas. Pas aujourd'hui.

— Plus tard peut-être. Là j'ai pas le temps.

Je me dirige vers la porte et elle me rattrape par le bras avant de m'embrasser pour la deuxième fois de la journée. Ça devient une habitude chez elle ces derniers temps.

— À plus bébé. Appelle-moi.

Je réponds vaguement et sors avant qu'elle me propose de passer la soirée avec elle. Devant la maison je salue quelques gars avec qui on a l'habitude de traîner et qui squattent toujours le palier de mon meilleur ami.

Josh ne vit pas seul mais c'est tout comme. Son père est mort quand il était petit et sa mère passe tout son temps chez son nouveau mec. Ou plutôt le mec du moment. Alors ici c'est devenu un peu le repère de tout le quartier. Tout le monde entre et sort comme dans un moulin. Lui ça ne le dérange pas, moi ça a tendance à me gaver, mais après tout c'est chez lui.

Je vis deux rues plus loin. On est huit à dormir dans cette maison prévue pour beaucoup moins de personnes. Quand mon père est parti il y a dix-huit ans, ma mère a refait sa vie avec un gars qui ne valait pas mieux que lui et qui lui a fait deux autres gosses avant de se barrer aussi.

Par manque d'argent, c'est mon oncle et ma tante qui nous ont recueillis chez eux. Je partage ma chambre avec mon frère. Ma sœur dort dans la même chambre que mes cousines et ma mère sur le canapé. J'essaie de passer un maximum de temps dehors. Ici j'étouffe.

Le deal avec mon oncle c'est que je ne lui ramène pas d'emmerde et que je fasse acte de présence au lycée, pendant que lui s'occupe de ma mère. Ce n'est pas une mauvaise femme, mais le fait d'avoir été abandonné par les pères de ses enfants la plonge dans une dépression constante et un alcoolisme avéré. Tout ça l'empêche de garder un travail fixe, ce qui fait que nous n'avons jamais vraiment eu notre propre chez nous.

La plupart du temps quand je rentre, je retrouve mon oncle assis à la table, en train de faire ses comptes pendant que ma tante prépare le repas. Il me regarde   par-dessus ses lunettes, le doigt en suspension au-dessus de sa calculatrice.

— Où est-ce que tu étais? me demande-t-il.

— Avec des potes.

— Encore à traîner avec ces bons à rien?

— C'est mes amis.

— Ils ne t'apporteront rien à part des ennuis,   crois-moi. Qu'est-ce que vous avez fait?

— Brûler une maternelle et agresser une vieille. La routine tu vois.

Il tape du poing sur la table.

— Ne me prends pas pour un imbécile. Je sais très bien que tu fumes quand tu es avec eux.

Je ne le contredis pas. Il a raison et j'en ai rien à foutre que ça ne lui plaise pas. L'arrivée de la plus jeune de mes cousines dans la pièce l'empêche de continuer ce qu'il a commencé, à savoir me casser les couilles. Elle se jette dans mes bras et je la rattrape au vol.

— Hey terreur, comment c'était l'école?

— J'ai fait un dessin pour toi.

Tya n'a que quatre ans, et c'est le rayon de soleil de cette maison. Cette petite me redonne le sourire à chaque fois que je passe du temps avec elle.

— Alors tu vas me le montrer!

Elle reste dans mes bras pendant que je rejoins sa chambre, me permettant d'échapper à une énième leçon de morale de mon oncle.

 

CHAPITRE 5

Cassydie

 

Ce matin je n'ai pas plus faim que la veille, et c'est pourquoi je ne suis pas descendue prendre le petit déjeuner en famille comme à chaque fois. Ma mère a insisté, avant de laisser tomber au bout de sa quatrième demande. Elle avait certainement prévu de me rabâcher encore son petit discours sur l'importance de tout ça, et combien mon sacrifice est important pour la famille. Bon, elle n'aurait pas employé le mot sacrifice, mais moi c'est comme ça que je le ressens. C'est même le mot exact.

Je ne sors de ma chambre qu'après avoir aperçu la voiture de ma fenêtre. Je l'embrasse rapidement et rejoins mon frère qui à coup sûr est déjà installé. C'est seulement une fois à l'intérieur que je remarque son absence. Le chauffeur démarre et je lui rappelle que Tyler n'est pas encore monté.

— Votre mère m'a dit qu'il était parti plus tôt ce matin.

— Comment parti plus tôt ? À pieds vous voulez dire?

Le lycée n'est pas loin, mais sans véhicule ça fait quand même une trotte.

— Je l'ignore. Elle ne m'en a pas dit plus.

Après tout si ça l'amuse de jouer à se fondre dans la masse c'est son affaire. J'ai déjà renoncé à Norman Dorm, je ne vais pas non plus y aller en transport. Je ne m'y sentirais pas à l'aise.

 

Ma deuxième journée s'est passée exactement comme la précédente. Personne ne m'a parlé ou très peu, et la plupart du temps c'était pour se moquer de moi. Tout le monde me fuit comme la peste et je peine à ne pas perdre mes moyens.

Je ne connaissais pas le sentiment d'exclusion avant, et je dois dire que ça n'a rien d'agréable. Je ne comprends pas pourquoi je ne parviens pas à m'intégrer un minimum quand mon frère lui s'est déjà fait des amis. Je l'ai aperçu plusieurs fois en compagnie du même groupe de garçons. Ils n'ont rien à voir avec lui, c'est plutôt même les extrêmes opposés, mais il semblait ravi de passer du temps avec eux.

Ses anciens amis étaient différents, ceux-là me donnent l'impression de sortir tout droit de l'un de ces clips de rap et m'effraient un peu. J'essaie de me raisonner en me disant qu'ici tous me font le même effet. Et dire que je dois faire équipe avec l'un d'eux... J'aurais préféré faire ce devoir seule, mais si je demande à mes parents d'intervenir, ils me mépriseront davantage c'est certain. Sans compter que du coup, il n'y aurait plus grand intérêt!

Dieu merci la dernière heure est passée et je me dépêche de sortir de l'établissement. Je n'ai aucune envie de m'attarder plus que nécessaire, je sens bien les regards braqués sur moi.

Je ralentis la cadence quand je réalise que mes talons sont hauts et qu'une chute au milieu de ces lycéens qui scrutent le moindre de mes faits et gestes n'arrangerait en rien mon intégration. Je ne veux pas être la risée de tous et être victime d'autres moqueries, bien qu'ils n'aient pas besoin de ça.

Je suis soulagée d'avoir atteint le bas des escaliers sans encombre, mais mon rythme cardiaque s'accélère quand je ne vois pas la voiture garée. Je reste plantée sur le trottoir sans savoir quoi faire. Même la position à adopter devient problématique. Les commentaires derrière moi fusent et je ne suis pas certaine de tenir longtemps. Un groupe de filles traversent et ne me lâchent pas du regard, me détaillant de haut en bas. On dirait qu'elles me détestent tellement qu'elles pourraient me tuer juste avec leurs yeux.

— Ton chauffeur t'a fait faux bond?

Je sursaute, je n'ai pas senti que quelqu'un se trouvait à côté de moi. Je ne l'ai pas recroisé depuis le cours de sociologie. Il me scrute de ses yeux verts et je prends sur moi pour réussir à formuler une phrase.

— Il ne va pas tarder, bredouillé-je.

— Tant mieux, parce que tu sembles au bord de l'asphyxie.

— Je ne me sens pas très bien, je dois couver quelque chose.

Je ne vais quand même pas lui dire que c'est le quartier tout entier qui me met dans cet état.

— Ah c'est pour ça alors...

Je sens l'ironie dans sa voix, et je suis agacée.

— Qu'est-ce que ça veut dire c'est pour ça alors?

Il hausse les épaules.

— Que tu sembles mal depuis hier.

Le groupe de filles de tout à l'heure se trouve maintenant face à nous, et je suis prête à parier qu'elles vont me sauter dessus d'un moment à l'autre. Je ne parle même pas de ses camarades qui nous regardent en riant.

— Faudrait qu'on commence cette connerie de devoir. J'aimerais m'en débarrasser assez rapidement, et je suppose que toi aussi.

— En effet.

Le plus tôt sera le mieux.

— Alors qu'est ce que tu proposes?

— Tu n'as qu'à passer chez moi tout à l'heure!

— Tu m'invites déjà chez toi?

Il me fait un grand sourire, mais je sais très bien qu'il se moque de moi.

— Étant donné que ça concerne nos vies, je ne vois pas de meilleur endroit pour commencer. Mais si tu préfères qu'on aille chez toi...

— Je te l'ai déjà dit, chez moi ce n'est pas possible.

Il se montre tellement agressif dès qu'il est question de chez lui.

— Alors à tout à l'heure.

Je veux mettre un terme à cette conversation le plus rapidement.

— C'est-à-dire qu'à cette allure j'y serai peut-être avant toi. Tu devrais monter avec moi.

Monter en voiture avec lui? Hors de question.

— C'est inutile, ma voiture va arriver d'un instant à l'autre. Mais je te remercie.

Je suis soulagée quand je l'aperçois au bout de la rue et j'ai envie de lui faire de grands signes pour qu'il aille plus vite. Il se tient beaucoup trop près de moi, et ça commence à devenir embarrassant. Par politesse je demande quand même à mon binôme s'il veut que nous le raccompagnions.

— Quoi moi dans une voiture comme ça? Jamais.

Il semble indigné. Il me dit ça comme si je lui avais proposé de nager au milieu des requins. Qu'est-ce qu'il y a de mal à être confortablement installé?

— Alors à plus tard.

Je m'apprête à refermer la portière quand il m'en empêche. Il se penche et jette un coup d'œil à l'intérieur.

— Qu'est-ce que tu veux?

— Ton adresse. Je n'ai ni la patience, ni l'envie de faire des recherches sur toi et ta baraque. On dit qu'elles se ressemblent toutes.

Quelle idiote. Ici personne ne sait où j'habite, ou même qui je suis. Je sors mon calepin de mon sac, écris rapidement dessus et lui tends le bout de papier. Je ne veux même pas débattre de sa petite remarque.

— Voilà, à présent tu as tout ce qu'il te faut.

— Ce n'est pas si sûr.

 

CHAPITRE 6

Mayron

 

Cette baraque doit au moins être dix fois plus grande que la mienne. Ça doit bien faire un quart d'heure que je suis là à me demander si je dois y aller. La pelouse de l'entrée est taillée au millimètre près. Je ne serais pas surpris de croiser un jardinier à quatre pattes en train de vérifier qu'aucun brin ne dépasse. La façade est encore plus blanche que blanche et l'allée contient plus de lumières qu'une piste d'atterrissage. Putain de bourges.

Je me décide à y aller. Quand j'appuie sur la sonnette, j'ai l'impression que c'est Mozart et tout son orchestre qui annoncent ma venue. Chez moi elle ne marche même plus. Je n'ai pas à attendre longtemps avant que quelqu'un ne vienne m'ouvrir. Quelle surprise de découvrir que c'est une domestique qui m'accueille!

Je n'attends pas qu'elle m'invite à entrer, et puis quoi encore! Elle fait les gros yeux et se dépêche de fermer derrière moi.

— Monsieur vous êtes?

— Invité.

— Qui est-ce Héloïse?

Héloïse? Ça existe?

— Je ne sais pas madame.

Une femme à l'allure stricte apparaît, et je comprends en voyant son visage que c'est la mère de miss perfection. La ressemblance est frappante, mis à part peut-être les yeux. Elle est surprise de me voir chez elle, c'est sûr. Elle ne doit pas beaucoup recevoir de visite comme la mienne, et sa gêne me met étrangement à l'aise.

— Que pouvons-nous faire pour vous jeune homme?

— Votre fille m'a invitée.

— Cassydie?

— Je crois ouais.

Elle fronce d'abord les sourcils, puis un homme apparaît à son tour.

— Qui est-ce chérie?

— Je n'en sais rien, ce garçon dit que Cassydie l'a invité! Enfin, il croit...

— Et si quelqu'un l'appelait non?

Ça devient chiant cette situation. Son mari plisse les yeux, puis son visage se détend et il s'approche de moi, la main en avant.

— Mais bien sûr, vous devez être le garçon avec qui elle doit travailler.

Bien joué Du-con.

— Nous sommes désolés, nous avions oublié que c'était ce soir que vous deviez venir. Héloïse, soyez gentille d'aller chercher Cassydie.

— Bien monsieur.

— Est-ce que je peux vous servir quelque chose à boire?

— C'est pas la peine, je ne vais pas rester longtemps.

Il sourit bêtement. Qu'est-ce qu'il lui arrive à lui? Je suis plus habitué à la réaction de sa femme qui me donne l'impression de faire un inventaire silencieux de tous les objets qui composent son hall que la sienne.

— Tu peux monter!

Miss perfection est en haut des escaliers et me fait signe de la rejoindre. Je passe devant son père qui continue à me sourire. Ça commence à me gonfler.

Je n'ai jamais vu de marbre de ma vie, pourtant je suis prêt à parier que le sol en est recouvert. Elle s'écarte et me laisse entrer dans sa chambre. Je m'attendais à un lit fait au carré et presque rien d'autre. De quoi un robot   a-t-il besoin après tout? Mais au lieu de ça, c'est dans une chambre à la teinte bleue dans laquelle je me trouve, ce qui me plaît assez étant donné que c'est ma couleur préférée. Son lit est recouvert de coussins et des peluches sont entassées sur le haut de son armoire. Une fille quoi.

— Je pensais que tu ne viendrais pas vu l'heure.

— On avait dit plus tard, pas tout de suite. Et il n'est que dix-neuf heures.

Je m'installe sur la chaise de son bureau et continue mon inspection.

— Sympa la chambre pour une bourge.

Elle referme la porte et augmente la luminosité.

— Ravie qu'elle te plaise. C'est ma chambre d'hiver mais c'est celle que je préfère.

Hein?

— Comment ça, c'est ta chambre d’hiver?

— Oui, j'ai une chambre différente pour chaque saison. Comme ça je ne me lasse pas.

— Tu te fous de ma gueule?

— Oui.

Celle-là je ne m'y attendais pas, et je ne peux pas m'empêcher de rire.

— Même pour toi c'était trop.

Elle s'installe sur le fauteuil en face de moi et croise les jambes. Mon regard est attiré par sa robe qui remonte légèrement sur ses cuisses. C'est vrai qu'elle est plutôt bien foutue.

— Quoi?

— Quoi quoi?

— Pourquoi tu me regardes comme ça?

— Parce que j'ai l'impression d'être en entretien.

— C'est-à-dire?

— Tu ne te mets jamais à l'aise? Même chez toi?

— Je n'allais pas te recevoir en pyjama!

— Pourquoi pas? On est là pour en apprendre plus sur le mode de vie de l'autre non? Alors ne te gêne surtout pas pour moi.

Comme elle ne réagit pas, j'insiste.

— Si j'avais su qu'il y avait une tenue exigée, j'aurais fait un effort.

— Moi je suis bien comme ça.

— Impossible.

— Je t'assure.

— Alors lève au moins tes chaussures!

Elle hésite puis retire ses talons. Je comprends qu'elle est soulagée quand elle se masse doucement la plante des pieds. Elle replie ses jambes sur le fauteuil et tire un peu sur sa robe. Dommage. Quitte à être bloqué ici, autant mater un peu.

— Vas-y, pose-moi tes questions, attaque-t-elle.

— Mes questions?

— Quoi, tu n'as rien?

— Ben ouais. On va le faire au feeling.

Elle lève les yeux au ciel.

— Comme tu veux. Mais étant donné que tu ne sais rien sur moi, tu aurais dû préparer une fiche.

— Franchement, tu penses que j'ai que ça à faire? Et puis j'en sais déjà pas mal sur toi.

— Tu ne sais rien. Je ne suis dans ton lycée que depuis hier.

— Et bien déjà je sais que tu es blonde.

C'est une information complètement inutile mais c'est la seule qui me vient à l'esprit dans l'immédiat. Il faut dire qu'à part son physique, je ne me suis pas trop attardé sur le reste...

— Je ne suis pas blonde.

— Tu m'excuses mais je sais encore faire la différence entre une brune et une blonde.

— Mes cheveux sont châtains.

Mes yeux s'arrondissent. Il n'y a qu'une fille pour faire ce genre de différence. Pour moi elles sont soit brunes ou blondes, soit rousses. Il n'y a rien entre.

— Si tu le dis. Je sais aussi que tu as les yeux verts.

— Ils sont bleus.

Dans le genre conversation merdique on ne peut pas faire mieux. C'est bien la preuve que cette fille et moi, on n'a rien en commun et c'est très bien comme ça.

— Tu vas me contredire dès que je vais te dire quelque chose?

— Seulement si ce que tu dis est faux.

Quel caractère de merde! Je m'affale un peu plus sur la chaise.

— Alors considère que je ne sais rien.

 

CHAPITRE 7

Cassydie

 

Ce devoir promet d'être compliqué. Après ses deux premiers échecs, il a décrété qu'il valait mieux me laisser décider de la suite. Je lui ai suggéré de me poser des questions plus importantes que la couleur de mes yeux, mais rien ne semble vraiment lui venir.

— On ne va pas aller loin si tu ne participes pas un minimum.

— T'as qu'à m'en dire plus sur toi.

Je réfléchis, mais finalement je ne sais pas par quoi commencer non plus.

— Eh bien je fais de la danse classique depuis mes quatre ans.

— Oh ça c'est vraiment intéressant.

— Je fais de mon mieux pour que tu en saches plus sur moi.

— À moins que tu aies l'intention d'enfiler ton justaucorps pour me faire une petite démonstration de souplesse, je m'en contrefous.

Je suis de plus en plus mal à l'aise. Tout bien réfléchi, j'aurais dû enfiler un pantalon. Peut-être même un jogging, bien que je ne sois pas certaine d'en posséder.

— Le type qui est sorti de la voiture hier, c'est ton frère?

— Tyler? Oui.

— Il a l'air plus détendu que toi si tu veux mon avis.

— Il n'a jamais aimé notre ancien lycée, il ne s'y sentait pas bien.

— Et maintenant c'est toi qui te sens mal?

Je ne réponds rien. C'est l'évidence même.

— Pourquoi est-ce que des bourges comme vous atterrissent de l'autre côté de la ville? Ne me dis pas que papa ne pouvait plus payer l’école!

J'inspire profondément. Je n'aime pas la manière dont il parle de ma vie.

— Papa pouvait payer, mais il a jugé préférable de nous transférer dans un autre établissement pour que nous découvrions d'autres choses.

Et crois bien que ça ne me fait pas plaisir.

— Quand tu dis d'autres choses, tu veux parler des pauvres?

— Nous ne sommes pas comme ça!

— Ça ne saute pas aux yeux. J'ai même était étonné que cette Héloïse ne soit pas black.

Mais de quoi il parle?

— Où est-ce que tu veux en venir?

— Nulle part, laisse tomber.

— Je pense que c'est préférable.

— Alors tu ne vas pas me dire ce que tu viens vraiment faire à Barclay?

— Je te l'ai déjà dit.