La couleur de l'amour - Tome 2 - Cady Agostan - E-Book

La couleur de l'amour - Tome 2 E-Book

Cady Agostan

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Beschreibung

Tout n'est pas toujours rose au sein d'un couple...

Cassydie et Mayron ont tout pour être heureux : l'amour, des projets communs et des envies plein la tête. Mais leur histoire ne plaît pas à tout le monde. Les jugements vont s'immiscer dans leur vie, et le doute parviendra à s'insinuer dans le cœur de Mayron, qui ne se sent pas à la hauteur.

Les obstacles se dresseront tour à tour devant eux. Incompréhensions, disputes, accident, trahisons et erreurs viendront chambouler leur quotidien, mettant leur couple à rude épreuve. L'amour se montrera-t-il plus fort que le chaos ?

Découvrez la suite des aventures sentimentales de Cassydie et Mayron, qui devront se battre pour vivre leur amour !

EXTRAIT

"— En effet, j’aurais pu. Mais j’ai eu la naïveté de penser que ça pourrait te faire plaisir que je vienne.
— Qu’est-ce qui t’a fait penser ça ?
Cette fois je me tourne vers lui, et ce n’est plus du tout sur le volant que j’ai envie de taper, mais sur ce connard. Il se pince l’arête du nez, mais j’ai décidé d’aller au bout des choses. Quitte à souffrir, autant que les choses soient claires. Alors après quelques secondes de silence, j’enchaîne. De toute façon, je n’ai pas envie de répondre à sa question. Qu’est-ce que je pourrais lui dire ? Que je suis amoureuse de lui et que même si ce n’était pas son cas, je pensais compter un minimum.
— Tu ne gardais pas tes cousines jeudi soir. Alors, qu’est-ce que tu faisais ?
C’est à son tour de regarder fixement devant lui et son silence en dit long pour moi. J’essuie rapidement une larme qui m’a échappé. Je pense qu’il ne l’a pas remarqué, le contraire m’aurait contrariée.
— C’est le moment d’être honnête Mayron. Si tu ne voulais plus être avec moi, si tu vois d’autres filles, il fallait me le dire.
J’ai l’air prête à encaisser le choc, mais la vérité, c’est que je suis terrorisée à l’idée qu’il le dise vraiment."

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

"Whaouh... de l'amour, premier amour même, les différences sociales, de couleur, de la joie, des peines." - Marion-1, Booknode

À PROPOS DE L'AUTEURE

Cady Agostan - Jeune maman de 30 ans de deux petits princes, je suis mariée à mon héros personnel depuis 3 ans et j'ai le bonheur de partager sa vie depuis bientôt 13 ans. L'écriture et la lecture font partie de ma vie depuis toujours et l'amour et la musique sont une source d'inspiration constante pour moi. J'habite Marseille, une ville aux multiples facettes dans laquelle j'ai grandi et que j'adore. Je suis secrétaire dans un hôpital la journée, et le soir c'est avec impatience que je me plonge dans l'un de ces mondes imaginaires. Ma famille et mes amis sont un grand soutien pour moi et je crois que sans eux, je n'aurais jamais pu réaliser l'un de mes plus grands rêves. Je ne les remercierais jamais assez d'être aussi présents dans ma vie.

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Seitenzahl: 327

Veröffentlichungsjahr: 2020

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La couleur de l'amour

Tome 2

 

 

De l'amour naît le chaos

 

Cady Agostan

 

Romance

Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val

 

CHAPITRE 1

Mayron

 

1 mois plus tard...

 

— Oncle Abel voudrait que nous soyons tous les trois là, il dit que ça fera plaisir à tante Holly. Toute la famille arrivera pile à onze heures pour lui faire la surprise. Je pense qu’elle sera émue. Tu crois qu’elle va pleurer ?

Putain, c’est qui ce type qui lui tourne autour encore? J’essaie tant bien que mal d’avaler mon sandwich, mais j’ai plutôt envie de l’écraser en m’imaginant que c’est la tête de ce mec. Je ne suis pas du genre à ne pas vouloir qu’elle adresse la parole au sexe opposé, mais j’ai des limites, surtout quand il a l’air intéressé par elle.

D’un côté je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, c’est moi qui n’ai pas voulu ébruiter notre relation et qui ai voulu la garder secrète. Pourtant là tout de suite, c’est à lui que j’ai envie de m’en prendre !

— May !

— Hein ?

Sam se met à souffler fortement en balançant son sac à dos par terre et en venant s’asseoir à côté de moi sur le banc.

— C’est pas vrai, tu n’écoutes rien de ce que je te raconte ma parole.

— Pas vraiment non.

— T’es pénible ! Je te parle de l’anniversaire de notre tante là, tu pourrais faire un effort.

— Je fais déjà un effort, je ne t’envoie pas chier pendant que tu me prends la tête avec tes conneries à l’heure du déjeuner.

Elle arque les sourcils.

— Un déjeuner ça ? T’es en train de tout faire à ce pauvre sandwich, sauf le manger.

— Je suis un peu occupé si tu veux tout savoir.

J’espère que mon ton sec qui veut dire « barre-toi tu m’as gonflé » la dissuadera de rester, mais il faut croire que je connais mal ma sœur.

— Occupé à regarder Cassydie ? murmure-t-elle.

Je grogne pour seule réponse. Il n’y a qu’un terrain de basket en béton qui nous sépare, mais j’ai l’impression d’être à l’autre bout de la planète. Je suis heureux qu’elle se soit fait quelques copines, et encore plus qu’elle ne soit plus le centre d’attention de tout le lycée et la petite blanche fraîchement débarquée des beaux quartiers depuis que la fin de l’année approche, mais quand même, ça ne me va pas.

Le mec ne décolle pas et prend même la peine de s’agripper au grillage comme s’il comptait rester là des heures. Cassydie lui sourit poliment, du moins c’est ce que j’espère, et hoche la tête en écoutant le monologue de ce crétin. Même ses copines ont l’air saoulées et parlent entre elles maintenant.

— Qu’est-ce qu’il lui veut ce branleur à ton avis ?

— Sûrement coucher avec elle !

Je me retourne vers elle en un éclair et mon sang ne fait qu’un tour. Elle lève les yeux au ciel.

— Arrête de faire la jeune vierge effarouchée. Tu sais bien qui il est, et Pharell n’est pas particulièrement connu pour sa chasteté si tu vois ce que je veux dire !

OK là c’est bon. Je me lève d’un bond, et Sam me retient avant même que je n’ai fait le premier pas.

— Hey où tu vas ?

— Lui faire bouffer sa langue.

Elle me tire pour me faire rasseoir, mais je résiste, sans pour autant pouvoir avancer.

— Non, mais je rêve, tu t’imaginais quoi ? Qu’aucun mec n’allait tenter sa chance avec elle ? C’est déjà un miracle qu’elle n’ait pas eu plusieurs propositions depuis qu’elle est là. Ta copine est canon. Mais du genre archi canon, et elle n’a rien à voir avec toutes les pétasses qui traînent dans le coin. J’te jure, tu peux vraiment t’estimer heureux qu’on ne te l’ait pas piqué avec tes conneries de te cacher.

— Je sais à quoi elle ressemble, grogné-je, Tu connais le fonctionnement ici, c’est mieux comme ça.

— Mouais, si tu le dis. En attendant, Pharell n’a pas l’air de ton avis, et il ne semble pas gêné que tout le monde sache qu’elle lui plaît.

— C’est pour ça que je vais m’assurer qu’il ressente une gêne au niveau du nez.

Elle se met à rire.

— Incroyable, un vrai paradoxe à toi tout seul.

J’attends qu’elle finisse de se marrer pour qu’elle m’explique en quoi je suis un paradoxe. Le problème, c’est que ma sœur à le rire facile et que ça peut prendre trois plombes.

— Tu dis que c’est mieux que personne ne sache pour vous deux, mais tu veux quand même aller lui péter la gueule ? Franchement, où est ta logique ?

— C’est bon, t’as fini ?

— Non. Pour l’anniversaire, tu seras là ?

Elle me fait un grand sourire et je dégage mon bras en vitesse. Même si elle m’a autant foutu les boules que ce mec, ou presque, je reconnais qu’elle a raison sur un point. C’est le bordel dans la partie rationnelle de mon cerveau.

— Ouais, je serai là.

Et je me barre en balançant mon sandwich presque intact dans la poubelle. Je me force à ne pas jeter un coup d’œil vers Cassy, parce que je pense que ça pourrait me détourner de mon objectif, à savoir rentrer dans le bâtiment pour être sûr de ne pas faire de connerie.

Je passe devant la porte d’une des nombreuses classes saccagées et laissées à l’abandon depuis plusieurs années, et dans laquelle des filles se prennent pour des danseuses professionnelles quand on m’interpelle.

— Monsieur Cole !

Je ferme les yeux et continue de marcher comme si je n’avais pas entendu. Peut-être qu’il va sauter sur l’occasion.

— Monsieur Cole s’il vous plaît.

Merde, il insiste. Décidément ce n’est pas ma journée. Tout le monde veut parler à tout le monde aujourd’hui ou quoi ? Je me retourne lentement et passe devant le directeur qui se pousse juste suffisamment de l’entrée du secrétariat pour me laisser passer. Je fais un signe de main à la secrétaire, puis m’installe dans son bureau sans y être invité. Il ferme la porte, baisse les stores pour un délire sur la confidentialité avant de s’asseoir en face de moi.

Il sort de son tiroir un gros dossier qu’il laisse retomber lourdement sur le bureau et sur lequel est écrit mon nom en noir. Génial, je sens qu’on va passer un bon moment.

— Où alliez-vous comme ça ?

— C’est ma pause déjeuner non ?

— Hum, en effet. Mais traîner dans les couloirs pendant celle-ci est strictement interdit. Vous devriez le savoir maintenant. Être à la fin de votre dernière année ne vous donne pas tous les droits, monsieur Cole.

— Et c’est pour ça que vous m’avez fait venir ?

Il me fixe tout en ajustant ses lunettes rondes et métalliques sur son nez. Objectivement, ce n’est pas le pire proviseur que j’ai croisé. Ça fait trois ans qu’il est ici, et il a plusieurs fois tenté de sortir de la merde des mecs qui s’étaient foutus dedans jusqu’au cou, mais ça n’avait pas souvent marché !

— Si je vous ai fait venir c’est pour vous parler de votre avenir, qui est incertain.

J’attrape une boule en verre posée sur un socle devant moi et qui ne sert strictement à rien, puis décide de jongler avec en écoutant le baratin du proviseur.

— Je reconnais que depuis ces dernières semaines vous faites preuve d’une plus grande assiduité, même si ce n’est toujours pas ce qu’on attend d’un élève, surtout quand celui-ci est en dernière année. J’ignore à quoi nous le devons et j’espère simplement que cela va continuer. En revanche, votre comportement lui ne s’est franchement pas amélioré. Madame Kane est venue me voir hier, elle m’a rapporté que vous n’aviez pas rendu votre devoir maison et que vous lui aviez répondu que c’était volontaire ! Mayron, non, mais vous vous rendez compte ?

— Madame Kane est une prof à chier et ce devoir on l’a déjà fait en début d’année. J’ai tout sauf du temps à perdre Jeff.

Ouais bon, là ok, c’était carrément de la provocation. Il ouvre brièvement la bouche avant de la fermer, puis se penche par-dessus son bureau pour me récupérer la boule en verre.

— Alors tout d’abord, c’est monsieur le proviseur ou monsieur Willams.

— Ouais ouais.

Je déteste avoir les mains vides dans ce genre de bureau, alors je prends un stylo qui traîne là et appuie sans cesse sur le mécanisme. Si ce n’était pas moi qui le faisais, j’aurais pu péter un câble.

— Ensuite, je ne vous permets pas de parler de votre professeur de la sorte. Madame Kane est tout à fait apte à vous faire cours et j’aimerais que vous la respectiez, c’est un minimum.

— J’ai été très respectueux, il me semble.

— « Je ne ferai pas ce putain de devoir de merde » ne me semble pas très correct.

— Une deuxième fois.

— Pardon ?

— "Je ne ferai pas ce putain de devoir de merde une deuxième fois ». Ce n’est pas très important, mais quand même. J’aime que les choses soient claires.

Finalement, ce connard de Pharell Green m’a vraiment énervé. Williams n’y est pour rien, mais j’ai besoin d’envoyer chier quelqu’un.

— J’ai l’impression que vous cherchez la sanction monsieur Cole, je me trompe ?

— Qu’est-ce que vous voulez ? Non parce que là, j’ai juste l’impression d’être convoqué ici pour votre conscience !

— Que voulez-vous dire ?

— Ce que je veux dire, c’est que vous n’en avez rien à foutre de moi, et que Kane non plus. Je fais juste partie de votre quota journalier pour une morale à la con et pour que vous puissiez rentrer chez vous en vous disant que vous avez essayé.

— C’est faux Mayron, je vous assure...

— Ne m’assurez rien, j’en ai rien à foutre aussi. Dans deux mois je me casserai de ce bahut, et toutes ces années n’auront servi à rien d’autre qu’à faire semblant qu’il y a un avenir pour moi dehors. Personne ne se soucie de ce que l’on va devenir.

Je repose violemment le stylo sur la table et garde ma main à plat dessus. Williams cligne plusieurs fois des yeux, mais ne semble pas en colère. Pourquoi ?

— Vous savez, reprend-il d’une voix calme. J’ai conscience que l’état vous a abandonné, mais vous avez tort. Le soir, quand je rentre, je suis encore un peu ici. Je veux faire plus qu’essayer, malgré les moyens que l’on me donne. C’est vrai que les bureaux ne sont pas neufs, que la peinture est décrépie et que les manuels ont fait plus que leur temps, mais ce n’est rien tout ça, vous n’en avez pas besoin.

Je hoche un sourcil en faisant la grimace. Qu’est-ce qu’il raconte lui ? Il place le bout de son index contre sa tempe, comme si ça allait devenir plus clair.

— Tout ce que vous avez besoin de savoir se trouve ici. Vous êtes brillant Mayron, vos notes le prouvent quand vous voulez bien vous donner la peine.

— OK, et j’en fais quoi de ces notes une fois sorti ? Je les montre aux grandes entreprises en espérant qu’elles changent leur manière de voir les choses et qu’elles m’embauchent ? Réveillez-vous, ce n’est pas comme ça que ça va se passer. Je vous épargne les statistiques, mais ça ne sent pas bon pour nous.

La grande majorité de ce lycée va mal tourner, c’est une certitude. Certains vont mourir avant de fêter leurs vingt-cinq ans. D'autres vont tomber dans la drogue ou l’alcool, entrer dans un gang, finir en prison ou se satisfaire d’une petite vie minable qui les fait agoniser. Voilà notre avenir à nous. J’en ferai sûrement partie, reste à savoir dans quelle catégorie je vais me trouver...      

Je me lève et me dirige vers la porte. Rien ne me dit qu’il a fini de parler, mais moi j’ai décidé que ça suffisait. Il ne m’arrête pas, ne me fait même pas une remarque sur le fait qu’il ne m’a pas autorisé à partir.

— Trouvez-vous une raison d’avancer, de réussir. Il vous faut un but à atteindre, et une fois ce but trouvé je suis certain que vous l’atteindrez. Ça va marcher Mayron, il faut juste vous en donner la peine. Votre destin, malgré ce que vous pensez, c’est vous qui l’écrivez. Ne le bâclez pas, pour rien au monde. Nous n’en avons qu’un et parfois il est difficile d’en réécrire une partie, voire même impossible.

— Vous avez fini ?

— Non.

Et merde.

— Rendez votre devoir à madame Kane pour demain. Puisque vous l’avez déjà fait, ce ne devrait pas être trop difficile de le réécrire sous une autre forme !

— Ça me fait chier.

— Moi aussi monsieur Cole, moi aussi.

Avant même que je ne sorte, il se plonge dans une autre pile de dossiers. Son optimisme m’a foutu les boules. Ça ne sert à rien de croire en des choses qui ne peuvent pas arriver, ou de toucher du doigt un truc qu’on nous lèvera.

 

CHAPITRE 2

Cassydie

 

Je ris quand je vois Mayron râler. Avec les beaux jours, le rosier sur le treillage qui mène à ma chambre a fleuri, et les épines sont plus nombreuses que jamais. Je l’entends jurer en mettant son pouce dans la bouche et me pince les lèvres pour qu’il ne m’entende pas. De toute évidence, c’est un râleur, mais pour le coup, je reconnais que ça devient vraiment pénible et difficile pour lui de venir me voir le soir. Non seulement il faut qu’il se dépêche de monter pour que personne ne le voie, même si j’éteins la lumière de ma chambre et que le vieux chêne dans le jardin nous aide pas mal à ce niveau-là, mais en plus il commence à se blesser.

— Tu y es presque, arrête de faire le bébé.

Il se stoppe et bloque son regard sur moi. Si ses yeux pouvaient parler, je suis certaine qu’ils me demanderaient de répéter. Je me recule un peu dans la chambre, car cette fois je n’arrive pas à contenir mon rire. Je vois sa tête passer par la fenêtre, et le reste de son corps suivre. Il reste allongé par terre en tenant son doigt.

— Merde, je suis blessé !

— Les mecs vous êtes tous pareils, tous des chochottes.

— Attends, je souffre et tu m’insultes ? Je le crois pas. Je ferais mieux de me trouver une fille qui a sa chambre au rez-de-chaussée, je me ferais moins chier.

— Et tu t’ennuierais.

— Tu crois ? J’en suis pas si sûr moi.

Je lui lance un paquet de mouchoirs, afin de faire comme si je me souciais vraiment de la microscopique goutte de sang qui perle sur son index et je m’assieds en tailleur aux pieds de mon lit. Mayron se redresse, sans en utiliser un. Je hausse les épaules, l’air détaché.

— Fais-le si ça te chante, je n’aurais pas de mal à te remplacer.

En temps normal, il m’aurait traitée de prétentieuse, et c’est un peu ce que je cherchais avec ma petite remarque. Mais à la place, son visage se ferme.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas de quoi il parle.

— Qui ça ?

— Green.

— Green ? répété-je.

— Putain Cassy, tu sais très bien de qui je parle. De ce connard qui est venu te parler à midi. Qu’est-ce qu’il voulait ?

Son ton monte et je jette un coup d’œil à la porte comme si elle allait s’ouvrir à la seconde. Je lui demande de baisser la voix et sors dans le couloir sur la pointe des pieds. En bas j’entends toujours mes parents discuter de la campagne, avec deux collaborateurs de mon père. Je n’ai jamais vu ma mère s’investir autant dans ses affaires. Il faut croire qu’elle tient vraiment à ce que mon père gagne son élection !

Je retourne dans la chambre et Mayron est assis sur le lit, regardant droit devant lui. Je me place derrière et l’enlace. Il ne me repousse pas et ça me soulage. S’il l’avait fait, je n’aurais pas compris, mais il semble tellement contrarié tout d’un coup que je l’ai envisagé une fraction de seconde.

— Pourquoi tu es en colère ?

— Parce que je sais ce que ce genre de mec a dans la tête.

— Il voulait simplement faire connaissance.

Je sens les muscles de ses épaules se tendre. Je ne suis pas si naïve, je sais exactement pourquoi Pharell est venu me parler. À vrai dire, il ne s’en est pas vraiment caché ! Mais je sais aussi que si je raconte dans les détails ce qu’il m’a dit à Mayron, mes parents risquent de découvrir mon petit secret très rapidement.

— Il veut te mettre dans son lit, voilà le genre de connaissance qu’il veut faire avec toi ! dit-il les dents serrées.

— Je ne crois pas que ce soit ça, je t’assure.

Bien sûr que c’était ça. Je pense que je l’avais compris à la minute où il m’a appelé "poupée", et où il m’a proposé de se voir un soir pour traîner, si possible chez moi. Je l’ai bien entendu rembarré, mais il a insisté en m’invitant à une fête chez lui à laquelle je n’irai évidemment pas. Il a dû me faire une quinzaine de clins d’œil et m’a montré son ventre l’air de rien tout en se caressant. Franchement, il n’y avait rien d’attirant dans son attitude, même si je dois admettre qu’il est plutôt pas mal.

Il se lève, et tout à coup je ne sais plus quoi faire de mes bras.

— J’ai été ce genre de mec Cassy, et je le serais probablement encore si nous n’étions pas ensemble.

Je ressens comme une gêne dans la poitrine quand il dit ça. Je ne sais pas si c’est un reproche ou un simple constat. Toujours est-il que le fait que nous n’ayons pas encore fait l’amour me trotte dans la tête, et j’ai peur qu’il m’en veuille sachant que je lui avais dit que j’étais prête. C’était le cas, vraiment. Puis j’ai eu un peu peur, et n’en ai plus jamais reparlé. Lui non plus d’ailleurs.

— Et moi je ne suis pas ce genre de fille, le rassuré-je.

— Je sais bien.

— Alors pourquoi on se retrouve à parler de Pharell alors que je ne t’ai pas vu de la journée ? Peu importe qu’il ait essayé de me draguer ou pas, ça ne change rien. Je n’ai pas envie d’être avec lui, pas plus qu’avec un autre. Et je n’irai pas non plus à sa stupide fête.

Mince, je ne voulais pas lui parler de ça, mais je commence à vraiment être en colère à mon tour et c’est sorti tout seul.

— Quelle fête ?

Il se passe une main sur le crâne devant mon silence.

— Putain, comment tu veux que je reste calme ?

— C’est bon.

J’avance jusqu’à lui sur les genoux et lui attrape le bas du t-shirt pour l’attirer jusqu’à moi. Je n’ai pas envie de me disputer avec lui, et surtout pas à propos d’un type que j’avais même oublié jusque-là.

— Laisse tomber d’accord ? lui demandé-je.

Il effleure ma nuque de sa main et son regard se fait plus tendre.

— J’ai raison ou tort à propos de lui ?

Je ne comprends pas pourquoi c’est si important de le savoir, mais visiblement ça l’est. J’attends de l’honnêteté de sa part alors je me dois de l’être en retour, même si ce détail ne me semble pas essentiel pour que notre relation avance.

— Oui, soufflé-je, tu as raison. Content ?

— Non. Mais je te fais confiance.

Je lui souris pour le remercier de cette précision.

— Promets-moi de ne pas aller lui casser la gueule, plaisanté-je.

— S’il oublie jusqu’à ton existence, ça devrait pouvoir se faire.

Il me fait un sourire en coin et m’embrasse enfin. Je l’attire un peu plus pour le faire basculer sur le lit, ce à quoi il ne résiste pas.

— En tout cas, je constate que tu me surveilles.

— Bien obligé ! D’après Sam, c’est un miracle que tu n’aies pas une foule de mecs à tes pieds.

— Qui a dit que c’était le seul qui m’avait dragué ?

Il tente de se redresser, mais je l’en empêche en riant. Il vaut mieux que je lui dise que c’est faux, sinon nous allons passer la soirée dessus, même si j’ai déjà eu quelques propositions que j’ai gardées pour moi depuis que nous sommes ensemble. Et puis, il est mal placé. Comme si je n’avais pas remarqué que les filles bavaient presque toutes sur lui !

— Je plaisante Mayron. Essaie de te détendre un peu et dis-moi où tu étais cet après-midi.

— Comment tu sais que je n’étais pas au lycée ? Nous n’avons pas eu les mêmes cours.

— Qu’est-ce que tu crois, tu n’es pas le seul à surveiller l’autre.

Je ne le surveillais pas vraiment, mais Sam m’avait envoyé un message pour me demander si je savais où était son frère. Du coup, j’en ai déduit qu’il avait encore séché les cours.

— Williams m’a pris la tête.

— À propos de ?

— De mon avenir, d’un devoir que je n’ai pas rendu et de tout le blabla habituel.

— Il t’a parlé d’une université ?

Il me regarde bizarrement.

— Quoi, tu viens de me dire qu’il t’avait parlé de ton avenir !

— Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ?

— Me mettre à quoi ?

— À me dire que je suis brillant et que je ne dois pas foirer ma vie.

— Mais c’est la vérité pourtant.

Il se met à grogner en fermant les yeux. Décidément, ce soir nous avons beaucoup de désaccords.

— Tu es loin d’être bête et je suis certaine que tu pourrais intégrer une université si tu voulais bien. Je pourrais même t’aider.

— Ce sont des conneries tout ça. Il n’y a aucune université, aucune grande école pour moi. Je n’ai pas une thune et je ne suis pas blanc. Il faut soit l’un, soit l’autre pour être accepté, voire même les deux.

— Ce n’est pas vrai, tu le sais bien.

— Et si on parlait plutôt de tes projets à toi ?

Je fais des cercles sur son torse en faisant la moue. Je n’aime pas qu’il se dévalorise comme il vient de le faire. Je suis sûre qu’il y a une place pour lui quelque part et je lui prouverai.

— J’ai envoyé mes demandes il y a plusieurs semaines, mais il n’y en a qu’une que j’aimerai intégrer.

— Tu iras à Juilliard princesse.

— Ça m’étonnerait, soufflé-je presque les larmes aux yeux. Ma mère s’y opposera c’est certain. Elle déteste que je danse.

— Ta mère est une conne !

Je devrais mal le prendre, pourtant il n’a pas tort. Ma mère ne supporte pas que je sois un être humain à part entière et non une marionnette. Prendre mes propres décisions relève du délire pour elle.

— Je ne me voile pas la face. Quand bien même je serais acceptée, elle s’opposera à mon admission.

— Tu t’en fous qu’elle s’y oppose, elle ne peut pas t’empêcher d’y aller si c’est ce que tu veux.

— Ça se voit que tu ne connais pas ma mère.

— Pour mon plus grand plaisir.

Je ricane de nouveau.

— Elle a certainement déjà une fiche de route concernant ma vie avec mon nom marqué en gras et au marqueur rouge dessus. Je ne serais pas étonnée qu’elle ait même réfléchie au nombre d’enfants qu’il serait convenable que j’aie.

— Elle est dingue.

— Tu ne crois pas si bien dire.

Je réfléchis un bref instant à quoi ressemblerait ma vie si ma mère la dirigeait, mais ce que j’entr'aperçois ne me plaît pas du tout. Non, à chaque fois que je vois mon avenir, la seule chose qui ne change pas peu importe la direction qu’il prend, c’est Mayron. Il est toujours à mes côtés.

— Et si on arrêtait de se soucier des autres, et qu’on pensait à nous là maintenant tout de suite ? proposé-je.

— Enfin une bonne idée.

 

CHAPITRE 3

Mayron

 

— Mais tu triches Mayron !

Tya, déguisée en princesse et portant son diadème fièrement, pointe son sceptre à paillette vers moi. Comme un imbécile, j’ai accepté de jouer à un jeu qui, selon elle, s’appelle « Princesse Tya ». Bien entendu, il a été inventé par ses soins et je n’ai strictement rien compris aux règles qui changent selon ses humeurs et surtout en fonction de ce qui pourrait la faire gagner. Moi, je me contente de lancer des dés et de faire ce qu’elle me dit, ce qui n’est franchement pas toujours très viril.

Cette fois, il est question de me mettre du vernis rose sur les ongles. J’ai bien entendu refusé. Elle me fait craquer, c’est vrai, mais j’ai mes limites quand même ! Ce qui m’a valu une accusation en règle.

— Qu’est-ce que j’ai fait ? demandé-je.

— Tu dois me laisser te mettre du vernis pour que tu puisses entrer dans le château.

Avec son corps tout maigrelet, elle saute pour m’attraper les mains, que je laisse juste à la limite de sa portée pour l’entendre râler. Je sais, c’est moche. Mais elle est tellement drôle quand elle tente de me jeter un sort mentalement...

— Je doute que les princes charmants doivent mettre du vernis pour entrer.

— Mais tu n’es pas le prince charmant.

— Si ce n’est pas moi, alors qui c’est ?

Elle souffle et remet son diadème en place.

— C’est Kris le prince.

— Quoi ? Mais il n’est même pas là !

Alors c’est moi qui me tape le jeu avec la gamine et c’est lui le prince ? Les filles sont décidément trop compliquées à tous les âges.

— Si je ne suis pas le prince, alors je veux être le roi. Sinon je vais me transformer en dragon et détruire le château.

Ouais, ça c’est vraiment connard ! Mais peu importe les circonstances, je n’aime pas perdre.

— Non, s’écrit-elle. C’est bon d’accord, c’est toi le roi.

Je me délecte de ma victoire sur mon frère qui n’est pas là quand mon portable vibre. Tya ne semble pas vraiment bouder et tourne sur elle-même pour voir « comment sa robe tourne vite ».

— Ton gars est là, tu veux que je l’attrape ? lis-je

Putain, je l’avais oublié celui-là. J’ai demandé à Lord de me prévenir si le frère de Cassydie rodait dans le coin, et apparemment c’est le cas. À cette heure-ci, ce ne peut être que pour un ravitaillement, mais il ne peut pas me le dire par message.

— Ne fais rien, j’arrive, réponds-je.

— Mec, par pitié dis-moi que tu vas lui botter le cul. Ça fait trop longtemps qu’il n’y a pas eu de baston dans le coin.

Son message me fait rire. Complètement fou ce type. Je ne réponds rien et constate que Tya tourne toujours sur elle-même. C’est sûr, elle va vomir si elle continue. Je la stoppe et ses yeux louchent bizarrement.

— Il ne m’en manquait que six ! râle-t-elle.

— Ce sera pour plus tard princesse. Il faut que j’y aille.

 

Ce soir, j’opte pour la marche. La discrétion est ce que je cherche, surtout que Tyler commence à bien connaître ma caisse. J’ignore encore ce que je vais faire. Tout ce que je sais, c’est qu’il va falloir que je me maîtrise. Je sais que j’avais dit que ce n’était plus mon problème, et qu’il n’avait qu’à se prendre un mur dans le meilleur des cas. Mais un jour, Cassy m’a dit qu’elle souhaitait le meilleur pour son frère, et là je n’ai plus pu faire l’autruche. Ça remonte à un bail maintenant, j’aurais pu le rechoper à de nombreuses reprises, seulement je reconnais que j’espérais au fond de moi qu’il arrête seul ses conneries.

Je me stoppe devant l’une des maisons que squatte Lord, sur l’un des trottoirs d’en face et surtout dans l’ombre, la capuche sur la tête. Je n’ai pas à attendre longtemps avant de voir sortir le crétin tant attendu, le regard à cent mille et les mains pleines. Il jette les paquets sur la banquette arrière comme s’il venait d’acheter du pain et je lève les yeux au ciel devant tant de médiocrité et d’amateurisme.

Il le fait exprès c’est pas possible ! Il fait le tour rapidement et s’installe derrière le volant. Dans cette rue il n’y a qu’une seule issue, et il devra passer devant moi s’il veut se tirer.

Il démarre et je me poste au milieu de la route pour l’obliger à freiner. Il pile sec, comme s’il avait été à cent cinquante kilomètres-heure, et devient blanc comme un linge. Il faut croire qu’il ne m’a pas reconnu. J’ouvre le côté passager et m’assois tranquillement, comme si j’y avais été invité. Il me regarde, incrédule.

— Bordel, j’ai cru que tu étais un flic !

Je vois ses mains légèrement trembler sur le volant qu’il serre un peu trop fort à mon avis. Je lui fais un signe de tête en direction de l’arrière.

— C’est quoi tout ça ?

Il ricane sans desserrer sa prise, et j’ai l’impression de voir la moiteur s’installer sur son front à mesure que les secondes passent.

— Oh allez Cole, ne fais pas l’innocent. Tu sais très bien ce que c’est.

— Alors je vais reformuler ma question. Qu’est-ce que ça fout sur la banquette arrière ?

Il se tourne à son tour en fronçant les sourcils.

— Quoi ? Ça ne rentrait pas dans la boite à gant.

Mon reflex premier ? Lui mettre un bon plat de la main derrière la nuque. De ceux qui claquent et ça me fait un bien fou.

— Hey ! proteste-t-il comme s’il avait huit ans, et il n’en est vraiment pas loin. Pour qui tu te prends ? Et puis qu’est-ce que tu fous dans ma voiture ? Ma sœur t’a plaqué c’est ça ?

— Ne mêle pas ta sœur à ça. C’est entre toi et moi.

— Je me demande ce qu’elle fout avec un mec comme toi. OK l’autre était chiant, mais quand même...

Je l’imagine avec le volant dans la bouche quand il me parle de ce connard des beaux quartiers. Quand je le revois embrasser Cassy j’ai des envies de meurtre.

— Bon, reprend-il. Qu’est-ce que tu me veux ? Je suis pressé.

Je me tourne et rassemble les paquets sous mon siège. Ce n’est pas terrible comme planque, mais c’est toujours mieux qu’étalé à l’arrière aux yeux de tous.

— Je viens avec toi. Roule.

— Hein ! s’étrangle-t-il. Non, mais tu débloques complètement là. Moi je ne me balade pas avec une racaille comme toi dans la voiture, c’est un coup à se faire prendre !

Une racaille comme moi ? Qui deal ici ? Il faut que je pense à la fille aux yeux turquoise pour qui je fais tout ça pour m’empêcher de faire une connerie.

— Et puis je croyais que tu devais me foutre la paix et arrêter de te mêler de mes affaires ? Tu te souviens de ce que je t’ai dit au sujet du pardon, de la famille qui passera avant et tout le bordel ?

— Je me souviens surtout à quel point j’ai envie de péter ta petite gueule de premier de la classe et de toutes les perches que tu me tends. Ce soir je livre avec toi, que ça te plaise ou pas et on verra bien si t’as les couilles de balancer tout un réseau et d’avoir des mecs enragés derrière ton cul ! Maintenant démarre, j’ai pas toute la nuit devant moi.

Il souffle, mais fait quand même ce que je lui dis. À mon avis il n’avait pas pensé à cet aspect-là dans sa minable petite tentative d’intimidation.

— Et où on va ?

— À toi de me dire. Qui est-ce que tu dois approvisionner en premier ?

— Un gars de Kelis Street, un mec qui s’appelle Garett.

Kelis Street, pour l’instant ça reste de mon côté de la ville. Le silence s’impose, il n’a pas envie de parler et moi encore moins. Je regarde mon portable et constate que j’ai un message de Cassy.

— J’ai hâte que tu arrives, m'écrit-elle.

Merde. J’ai tellement les boules de me retrouver avec le petit frère quand je pourrais être avec la grande sœur ! Et surtout, je ressens un peu de culpabilité à devoir lui dire que je ne pourrais pas la voir ce soir.

— Désolé princesse, ce soir je ne vais pas pouvoir passer. Un truc de dernière minute.

Je ne mens pas vraiment là, non ? J’espère qu’elle ne me demandera pas de précision parce que sinon il va falloir que j’invente quelque chose et je n’ai pas envie de ça.

— D’accord. On se voit demain au lycée alors ? demande-t-elle.

— Et le soir chez toi. Si tu veux bien de moi bien sûr...

—... Peut-être.

Je souris en voyant son message. Je ne sais pas si je dois avoir les boules qu’elle n’insiste pas plus ou si je dois me réjouir qu’elle me fasse tout simplement confiance. Quoi qu’il en soit, c’est le morveux d’à côté qui va devoir prendre.

— Bouge-toi le cul un peu, t’es à quarante.

— J’ai pas envie de me faire choper !

— Rouler lentement est aussi suspect que de rouler trop vite Ducon. Qu’est-ce que tu crois qu’ils vont penser les flics s’ils te voient te traîner ?

— Que je suis ton otage ?!

Ça le fait marrer, mais moi pas. Il est bien capable d’affirmer que c’est le cas si on se fait choper. Je sens que la soirée va être longue. Très, très, très longue.

Ça fait maintenant trois fois que l’on fait le tour du pâté de maison à dix kilomètres-heure et que l’on repasse devant la piaule du fameux Garett. Jusque-là, je n’ai rien dit. J’ai patiemment croisé les bras et observé cet apprenti dealeur sans avenir, mais quand il s’apprête à refaire un nouveau tour de piste, là s’en est trop.

— Si jamais tu ne lèves pas ton pied de l’accélérateur, je jure que tu rentreras chez toi sur les mains !

— Ça va, ça va, pas la peine de toujours jouer les gros bras.

— Alors bouge-toi un peu le cul. Ça me fait déjà bien chier de me retrouver ici avec toi, je ne vais pas non plus y passer la nuit.

— Je te rappelle que je ne t’ai rien demandé. C’est toi qui me colles aux basques pour impressionner ma sœur.

Je serre le poing pour essayer de me contenir. Lui péter la gueule ici attirerait l’attention sur nous et ce n’est surtout pas ce que je veux. Il tire le frein à main et regarde distraitement par la fenêtre en direction de l’arrière de la maison. Je l’observe quelques secondes, mais rien ne se passe.

— Je devrais peut-être me garer plus loin non ?

J’écarquille les yeux. Sans blague !

— Pourquoi ? T'es plutôt bien ici ! Pile devant la maison avec la voiture garée juste en dessous des lampadaires pour plus de confort. Ce sont les conditions idéales là !

— Tu crois ?

J’en fais claquer une deuxième contre sa nuque. Un peu plus forte cette fois, parce que mes nerfs commencent à me lâcher. Et dire que je devais passer la soirée avec Cassy...

— Putain, mais tu vas arrêter ça oui ! beugle-t-il.

— Je fais ton éducation. Gare toi là-bas.

Il redémarre, un peu brusquement.

— J’ai des parents je te rappelle.

— Oui, et c’est évident quand on sait ce que tu es en train de faire.

Nous sommes enfin à l’abri des regards, mais suffisamment près pour que la livraison soit rapide. Il envoie la main sous mon siège et prend le soin de me mettre un coup dans le genou.

— Et les tiens de parents, ils sont où alors ?

Je ne m’attendais pas à ce qu’il me balance ça et pour la première fois, je reste sans voix devant lui.

— Tu passes toutes tes soirées dehors avec des mecs pas nets qui font bien pire que moi, tu m’accompagnes pour une livraison et vu ton sang-froid, tu n’en es pas à ta première. Sans compter que le ministre fait partie de tes meilleurs amis. J’crois qu’au niveau de l’éducation, chez toi aussi il y a quelques lacunes.

Il sort et a au moins la présence d’esprit de ne pas claquer la portière. Il doit se délecter de mon silence, mais c’est plus fort que moi, les mots restent bloqués. Il faut que je me reprenne, je ne peux pas le laisser croire qu’il m’a atteint. Je réglerais ça d’une manière ou d’une autre plus tard. En attendant, je le regarde traverser la pelouse défraîchie et laisser tomber l’un des paquets par terre sans s’en apercevoir, avant de faire demi-tour pour le récupérer. Quel abruti ! Je crois que son envie de faire partie de mon côté de la ville me dépassera toujours.

 

CHAPITRE 4

Cassydie      

 

 

C’est avec mélancolie que je regarde pour la centième fois peut-être la brochure de Juilliard que je cache dans le tiroir de mon bureau. Si ma mère le savait, elle l’aurait certainement mise à la poubelle depuis longtemps. Elle déteste tellement l’idée que la danse me passionne autant que ça en devient presque ridicule. Je crois même l’avoir vu sourire quand elle a appris que madame Fisher m’avait viré de ses cours.

Les auditions sont terminées depuis le mois de février et je sais pertinemment qu’il n’y aura aucun miracle pour cette année, et qu’il n’y en aura probablement jamais. Alors, c’est avec mélancolie que je range mon rêve écorné au fond du tiroir, et que j’en sors la lettre de Columbia. Le mot « ADMISSION » aurait dû me faire bondir de joie à l’instant même où je l’ai ouverte. Pourtant, ça n’a pas eu cet effet. J’ai mis une bonne semaine à l’ouvrir, et je ne l’ai finalement fait que pour me débarrasser. Autant en finir, puisque mon avenir se trouve dans cette université qui ne me fait ni chaud ni froid !

Quand je me serai décidé à le dire à mes parents, ma mère fera une crise de bonheur pour nous deux. Elle a tellement rêvé que j’y entre que je m’étonne même qu’elle ne soit pas déjà au courant.

J’écarquille les yeux en remarquant l’heure sur mon téléphone. À force de flâner, je vais finir par être en retard ! Je m’étonne que mon frère n’ait pas encore hurlé mon prénom en bas des escaliers ou que ma mère ne soit pas entrée horrifiée dans ma chambre. J’attrape mon sac, puis rejoins la chambre de Tyler.

— Ty, dépêche-toi un peu, on n’est pas en avance.