La couleur de l'amour - Tome 3 - Cady Agostan - E-Book

La couleur de l'amour - Tome 3 E-Book

Cady Agostan

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Beschreibung

Cassydie, à la rencontre de son premier amour, verra ressurgir tout un tas de sentiments du passé...

Après le départ de Mayron, Cassydie a tout fait pour l’oublier. Désormais, elle pense avoir trouvé un équilibre auprès de Mark, un homme doux et prévenant. Mais cet équilibre est soudainement menacé lorsqu’ils arrivent à Chicago.
L’ouragan qui s’abat sur elle a des yeux verts perçants, une détermination inébranlable, et porte un prénom qu’elle n’a plus osé prononcer depuis cinq ans. Depuis le jour où son cœur s’est brisé. Mayron est de retour, et avec lui, des souvenirs et des émotions qu’elle croyait enterrés.
Saura-t-elle se protéger de cet amour du passé ? Une nouvelle vie, un nouvel amour... mais les fantômes de l’ancienne vie refusent de disparaître. Un premier amour peut-il réellement s’effacer ?

Plongez sans attendre dans le troisième tome de la saga La couleur de l'amour, un volet palpitant rempli d’émotions et de choix déchirants !


À PROPOS DE L'AUTEURE

Jeune maman de 30 ans de deux petits princes, je partage ma vie depuis 13 ans avec mon héros personnel, que j’ai épousé il y a trois ans. L’écriture et la lecture sont mes refuges depuis toujours, et je puise mon inspiration dans l’amour et la musique. J’habite à Marseille, une ville aux multiples facettes qui m’a vue grandir et que j’adore. Secrétaire dans un hôpital le jour, j’ai hâte chaque soir de me plonger dans mes mondes imaginaires. Soutenue par ma famille et mes amis, j’ai réalisé l’un de mes plus grands rêves grâce à eux, et je ne cesserai jamais de les remercier pour leur présence inestimable.

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Seitenzahl: 258

Veröffentlichungsjahr: 2022

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La couleur de l’amour

Tome 3

Du chaos naissent les étoiles

Cady Agostan

Romance

Illustration graphique : Graph’L

Image : Adobe stock

Art en Mots éditions

CHAPITRE 1

Mayron

5 ans plus tard...

Les mains dans les poches, c’est au ralenti que je monte les escaliers. La nuit a été mouvementée, et je n’ai qu’une envie, me jeter sur le canapé et pioncer.

Je pousse la porte, déjà presque endormi, quand je vois l’état de mon sofa. Une multitude de fringues de filles est empilée dessus, sous-vêtements compris.

De ma chambre sort la coupable, l’air de rien et le sourire aux lèvres.

— Déjà rentré ? me demande-t-elle en passant à côté de moi avant de m’embrasser sur la joue. Ça a été ?

— Ouais, comme d’hab, réponds-je. Mais qu’est-ce que tu fous ?

Elle saute sur le plan de travail pour s’asseoir, puis boit son jus directement à la bouteille en haussant les épaules.

— Rien de spécial, finit-elle par dire. Un peu de tri, j’ai envie de changement.

— Je me retiens de lui demander si ça ne pouvait pas se faire à un autre moment de la journée, ou plutôt autre part.

— Tu en as pour longtemps ?

Elle secoue la tête.

— Je file. J’ai une livraison au bar et je devrais déjà y être. Tu pourrais me donner un coup de main ce soir ? Gale m’a encore lâché et ça risque d’être la folie…

Elle fait la moue pour m’attendrir.

— Hors de question, lâché-je de but en blanc.

Je balance ses affaires sur le fauteuil, puis m’installe. Putain que ça fait du bien. Je zappe déjà sur toutes les chaînes quand elle se met à genoux devant moi, puis refait une tentative.

J’écrase ma main sur son visage pour ne pas la voir, mais ça ne l’empêche absolument pas de parler.

— Quand est-ce que tu vas te décider à virer ce gros con ? Il te fout plus dans la merde qu’autre chose !

— Il a des problèmes, soupire-t-elle. Sa famille est dans la galère et il a vraiment besoin de ce travail.

— C’est toi qui vas avoir un problème si tu continues avec lui. Ray te fait confiance pour gérer le bar, mais s’il sait que tu couvres toujours ce branleur…

— Bon, me coupe-t-elle. Est-ce que tu vas m’aider oui ou non ?

C’est vrai, c’est un patron plutôt cool, mais il y a des limites à tout. Il lui laisse la gérance de son affaire pendant ses longues absences et elle s’en sort vraiment bien. Mais Gale et ses plans foireux vont lui faire perdre son taff.

— Mayron, s’il te plaît, je te promets que c’est la dernière fois !

Mon regard lui demande clairement si elle se fout de ma gueule. Elle a dû me dire ça une dizaine de fois au moins.

— Bon, OK, enchaîne-t-elle. On sait tous les deux que c’est faux. Mais si je prends mon air de fille en détresse, est-ce que tu viendras ?

Elle exagère une moue, et je capitule.

— Que ce soit clair, je ne suis pas là avant vingt heures !

Elle serre les poings de satisfaction et se jette sur moi pour m’embrasser au bas mot une quinzaine de fois. Son agression terminée, elle attrape un blouson, puis file comme s’il y avait le feu.

Elle réouvre la porte presque immédiatement et pointe un doigt accusateur dans ma direction.

— Interdiction de renifler mes affaires pendant que je ne suis pas là. C’est vraiment une habitude dégueulasse.

Elle grimace, puis repart aussitôt. Je n’ai même pas encore eu le courage de tourner la tête. Cette fille est tarée. Je le savais déjà quand j’ai accepté qu’elle emménage ici, mais maintenant, c’est confirmé.

Je retourne à mon film et crois battre des paupières, mais en vérité c’est dans un sommeil profond que je m’enfonce. Un sommeil sans rêve, comme toujours.

CHAPITRE 2

Cassydie

— Tu repars déjà ? Franchement ça fait quoi, deux mois que tu es revenue ?

Jill me regarde avec son air de chien battu, ce qui me fait culpabiliser. Je pose mon cappuccino, puis serre sa main dans la mienne. Moi aussi ça me fait de la peine de me dire que nous ne nous retrouverons plus dans notre petit café comme nous avions pris l’habitude de le faire.

— Je sais, mais ça ne nous empêchera pas de nous voir !

— Oui, mais ce n’est pas pareil. Là je sais que tu n’es pas loin, et ça me fait du bien de savoir que ma meilleure amie est proche de chez moi.

Jill a vécu des choses difficiles ces deux dernières années. Sa famille s’est retrouvée en grande difficulté financière et elle a dû abandonner ses études pour trouver du travail. Son abruti de petit ami l’a plaqué pour se barrer étudier au Canada, puis pour couronner le tout, sa mère a fini par se mettre en couple avec un alcoolique qui dilapide le peu d’argent qu’elles ont dans la vodka.

— Viens avec nous, balancé-je soudain, émerveillée par mon idée. Plaque tout et suis-nous. Mark sera plus qu’enchanté, tu sais !

Elle me sourit, avant de déclarer.

— Non, c’est gentil, mais tu sais bien que je déteste Mark…

Elle hausse les épaules et j’éclate de rire. Ce qu’elle déteste chez mon petit-ami, c’est qu’il n’y a rien qu’elle puisse lui reprocher.

— Tu pourras le haïr aussi souvent que tu le souhaites, je te le promets. Il va adorer.

— C’est très tentant, mais je vais devoir décliner l’invitation. Tu sais que je t’embête. Je suis très heureuse pour toi, pour la vie qu’il t’offre. C’est un homme extraordinaire et tu le mérites.

Je vois à son regard à quoi elle fait allusion, mais je ne relève pas. Elle doit remarquer mon changement d’humeur et change de sujet pour moi.

— Et puis d’abord vous partez où ?

— Chicago.

— Oh, dit-elle surprise. La cité des vents ? Je vous imaginais plus dans une ville comme San Francisco…

— Mark s’est vu proposer un poste qu’il convoitait depuis longtemps. Je suis vraiment contente pour lui. Le déménagement va être un peu précipité, mais cette fois je pense que l’on pourra avoir un véritable chez nous. Tyler est déjà sur place. Il rêvait tellement de s’installer là-bas qu’il n’a pas pu s’empêcher de s’intégrer au projet, ris-je.

Avec Mark nous nous sommes rencontrés pendant nos années d’université. Nous étions d’abord amis, puis notre relation a évolué doucement vers quelque chose de plus intime. J’étais réticente au départ. Non pas à cause de lui, mais plutôt parce que je ne me sentais toujours pas capable de m’investir dans une relation. J’ai beaucoup hésité, souvent soufflé le chaud et le froid, puis un jour je me suis lancée. Depuis, nous ne nous sommes jamais quittés.

— Et pour toi ? lance-t-elle, me sortant de mes pensées. Tu es contente pour toi aussi ?

— Bien sûr, pourquoi cette question ?

Elle se dandine sur son siège, et bien que je sache pertinemment de quoi elle veut me parler, je préfère gagner du temps en la laissant commencer.

— Je n’ai pas voulu aborder le sujet avant, mais je vois bien que ça te perturbe d’être ici. Cassy, est-ce que ça va ? Tout est OK pour toi ?

— C’est vrai que je ne me sens pas spécialement à l’aise ici, mais ça va. Je t’assure.

En réalité, j’y pense un peu trop pour que ça aille comme je voudrais le lui faire croire. Tout me le rappelle, et depuis que je suis revenue, j’ai une boule au ventre dont je n’arrive pas à me débarrasser. Mark est au courant de cette partie de mon passé, mais il n’en a pas absolument tous les détails.

J’ai peur qu’il veuille faire une balade sur le lac, de croiser Sam ou même de passer devant Barclay.

Lui montrer ma chambre d’ado m’a ramené à toutes ces fois où il est passé par la fenêtre le soir. Je le revoyais encore étendu sur le lit. Et même si j’ai vraiment tourné la page, me rappeler ce qu’il avait fait de moi en partant me touche encore beaucoup.

— J’ai évolué, j’ai grandi et je suis passée à autre chose. Mais ce n’est pas le meilleur moment de ma vie, ni même un bon endroit pour moi.

C’est à son tour de me prendre la main.

— Je regrette de t’y avoir fait penser. Je sais à quel point tu tiens à Mark…

— J’aime Mark, la coupé-je, un peu sèchement. Il n’est pas le petit ami parfait auquel je m’accroche sans passion juste pour combler un manque comme tu le crois.

— Ce que je crois n’a aucune importance. Je l’apprécie beaucoup et je vous souhaite tout le bonheur du monde.

— Mais non ! lâché-je un peu brusquement. Non, ce n’est pas rien.

Je lève ma main, puis la passe dans mes cheveux.

— Et puis non, tu as raison, enchaîné-je. Je n’ai pas envie de justifier, d’expliquer, ni même de prouver mon amour pour lui. Je l’aime pour qui il est, et je suis la seule à savoir ce que je ressens.

Elle me sourit, puis secoue la tête.

— Tu as raison, et ce n’est pas ce que je te demande. Je ne t’ai même rien dit…

Je bois une gorgée en réalisant que c’est vrai, elle ne m’a rien dit. Évoquer mon ex-petit ami met mes nerfs à rude épreuve et je m’emballe pour rien.

Pauvre Jill. Elle veut s’assurer que je vais bien, et moi je lui tombe dessus…

— Et si je vous laissais vous installer, et que je venais vous rendre visite dans la foulée ? Qu’est-ce que tu en dis ?

Je lui souris à mon tour, pleine d’amour pour cette fille avec qui j’ai vécu tant de choses et que je considère comme une sœur.

— J’en dis que ce serait génial.

CHAPITRE 3

Mayron

Ce soir ça a été la folie, et pour le coup je me félicite d’avoir cédé à Teri. Jamais elle n’aurait pu s’en sortir seule avec ses deux serveuses en devant en plus gérer le bar. Fedge, le deuxième barman, souffle en me désignant la salle qui commence à se vider d’un mouvement de tête. C’était pas trop tôt. J’ai l’impression que toute la ville s’est passé le mot pour sortir ce soir.

Je suis en train d’essuyer un verre, le regard braqué sur ce dernier quand j’entends un mec s’exclamer près de moi.

— Putain, je n’y crois pas. Mayron Cole !

Je fronce les sourcils et lève les yeux vers ce type qui semble me connaître. Il me fixe, un sourire un peu trop large et les yeux arrondis. Il ne me faut qu’une seconde pour reconnaître ce crétin accoudé au comptoir, et j’empêche les miens de s’arrondir à leur tour, du mieux que je peux. La stupeur m’empêche de parler, mais mes mains, elles, s’activent toujours.

Merde. Incroyable que ça m’arrive !

— Alors c’est ici que tu es venu te cacher ? me demande-t-il.

— Qui se cache ? grommelé-je, automatiquement.

J’espère que le regard que je lui lance va le dissuader de continuer cette conversation que je ne souhaite pas avoir, qu’il va poursuivre sa soirée, et faire comme s’il ne m’avait pas vu. Bien que je doute d’y arriver de mon côté.

Mais visiblement, Tyler est toujours le même petit con qui refuse de comprendre quand il est temps de bouger.

— Sers-nous un verre non ? Que l’on fête ces retrouvailles inattendues.

Inattendues c’est un faible mot. Bordel, comment ça peut arriver ? Je crois que le pire dans tout ça, c’est qu’il parle sérieusement. Une partie de moi voudrait le balancer dehors, mais la partie la plus forte se demande ce qu’il fait ici, et surtout ne peut pas s’empêcher de penser à…

J’ai la sensation de faire un bond de cinq ans en arrière, et je ne suis pas certain que ça me plaise. Trop de souvenirs sont déjà en train de remonter. Des souvenirs que je n’aime pas, et que j’espérais pouvoir effacer un jour, sans trop vraiment y croire.

Il me tend son verre vide, et j’attrape le robinet extensible pour le braquer directement dedans. La pression de l’eau lui mouille la main, mais il ne bouge pas.

— À nos retrouvailles ! lui balancé-je.

Il sourit de plus belle en se servant de mon torchon pour s’essuyer, puis boit son eau.

— Bon sang, Mayron Cole, répète-t-il. Si je m’attendais à te trouver ici.

Je lui tourne le dos afin de remettre le verre à sa place, le laissant seul avec son enthousiasme.

— À vrai dire, enchaîne-t-il, je ne m’attendais pas à te trouver tout court. Mais avoue que c’est complètement improbable que l’on se rencontre après tout ce temps ici, à Chicago ?

Il attend ma réponse, les bras écartés.

— J’ai jamais eu de cul, réponds-je. Il faut croire que ça n’a pas changé.

Il ne fait pas cas de ma réponse, puis hoche la tête.

— Quand ma sœur va savoir ça…

Je pointe un doigt dans sa direction, les dents serrées.

— Je t’interdis de lui parler de moi, c’est clair ?

— Relax, rétorque-t-il. Ne va pas t’imaginer que tu as encore de l’importance pour elle. Si je dis ça, c’est parce qu’elle trouvera ça amusant elle aussi. C’est tout.

J’ai un pincement au cœur quand il souligne le désintérêt de sa sœur pour moi.

— Elle a tourné la page depuis un moment déjà. D’ailleurs elle va se fiancer.

Là c’est plus un pincement au cœur que j’ai, mais une décharge électrique bien appuyée dans tout le corps. Bien entendu, l’organe dans ma poitrine n’est pas épargné !

Je dois faire une drôle de tête, car Tyler ne se prive pas d’en rajouter une couche.

— Quoi, tu n’étais pas au courant ? J’aurais pensé que tu te renseignais un minimum…

— En quittant la ville, j’ai tiré un trait sur tout, y compris sur Cassy.

C’est un mensonge. Sans doute l’un des plus gros que j’ai sorti de toute mon existence. Mais à cet instant, je le pense nécessaire.

Il fronce les sourcils puis reprend, l’air plus décontracté que jamais.

— Et c’est une bonne chose. Mark est un mec super. Sans déconner, il décrocherait la lune pour elle et je ne crois pas l’avoir vu plus épanouie que depuis leur rencontre. Ne le prends surtout pas mal.

— Pas de soucis, répliqué-je, un sourire forcé aux lèvres.

Je sens bouillir en moi une colère immense, sans trop savoir si c’est après ce connard que j’en ai, après ce Mark ou bien après moi. Probablement un peu des trois. Beaucoup des trois même.

— Je ne te cache pas qu’au début, c’était un peu difficile. La première semaine surtout. Mais finalement elle s’est vite relevée, et j’ai la sensation que tu as fait le bon choix en l’abandonnant. Vraiment.

Je m’apprête à lui dire d’aller se faire foutre lui et sa sensation de merde quand Teri pose un plateau plein de verres et de cadavres de bouteilles sur le comptoir.

Son regard passe alternativement de moi à Tyler, et je comprends qu’elle se demande ce qu’il fout encore là et pourquoi je ne lui ai pas demandé de partir quand je m’aperçois que le bar est presque vide.

— Il allait partir, déclaré-je, sans en ajouter plus.

Mais Tyler prend des libertés, et il tend la main vers Teri en se présentant. Heureusement, il ne mentionne pas Cassy !

— Alors, reste boire un dernier coup avec nous, dit-elle, tu ne vas pas t’éclipser comme ça !

Elle passe de l’autre côté du bar.

— Je te serre la même chose ? Tu bois quoi, vodka ?

Elle lui prend le verre des mains, puis le renifle avant qu’il ne réponde. Elle grimace quand elle s’aperçoit de ce qu’il y avait dedans.

— De l’eau ? Tu es quoi, un genre d’alcoolique anonyme ?

— Sûrement pas, s’exclame-t-il en riant. Mais le barman n’est pas top.

Teri se penche vers lui, comme si elle allait lui avouer son plus grand secret, et lui balance :

— Heureusement qu’il ne travaille pas ici alors !

Il se recule, et paraît très intéressé par ce qu’elle vient de lui révéler. Ça ne me plaît pas qu’il en sache trop sur moi, alors je tente de la stopper.

— Teri…

— Il a sa propre société de chauffeurs privés, me coupe-t-elle, comme si je n’étais pas là.

— Putain Teri, m’énervé-je, balançant le torchon dans l’évier.

Elle n’a pas l’air de comprendre où est le problème, et même moi je n’en sais trop rien. Je sais juste que je n’ai pas envie que la vie que je me suis construite ici depuis toutes ces années soit dévoilée à ce mec que je considère toujours comme un des merdeux de mon passé.

— Et alors Mayron, il faut que j’attende que ce soit cette sublime créature qui m’en dise plus sur toi ?

— J’aime ton ami, déclare Teri, faisant glisser un verre vers Tyler.

— Ce n’est pas mon ami, et il allait partir.

— Pas du tout, signifie-t-il.

— Tyler, fulminé-je. Tire-toi !

Il laisse passer une seconde, et pour une fois, Teri ne se mêle pas. Il boit son verre d’une traite, puis comprend que cette fois, il est temps de partir.

CHAPITRE 4

Cassydie

— Chérie, nous partons dans exactement…

Mark remonte la manche de sa chemise avec énergie avant de froncer les sourcils en regardant sa montre.

— Mince, six minutes. Il nous reste seulement six minutes. Tu penses pouvoir être prête ?

Je lève les yeux au ciel en souriant. Je ne connais personne de plus précis que lui et d’aussi ponctuel.

— Je n’ai plus que mon manteau à mettre, je pense que ça va le faire, le taquiné-je.

Il s’approche de moi et écrase un baiser sur ma joue.

— Tu es parfaite, me dit-il en contrôlant la rue par la fenêtre. La voiture est déjà là, poursuit-il, nous n’avons plus qu’à descendre.

Je referme mon magasine, puis acquiesce. Je sais que nous allons arriver bien trop tôt à l’aéroport, mais je sais également que ça le rassure, alors c’est de bon cœur que je me lève, et me prépare à quitter la chambre de cet hôtel dans lequel nous avons passé ces deux derniers mois.

En nous installant à Chicago, Mark m’a promis que nous pourrons enfin avoir un appartement dans lequel nous établir, et m’a donné carte blanche pour le trouver.

Je ne connais pas cette ville, et j’ai hâte de la découvrir. Je dois dire que cette promesse de changement dans notre vie m’enthousiasme au plus haut point. J’ai envie d’un chez moi, ou plutôt d’un chez nous. Un endroit dans lequel je me sentirais à l’aise, et qui me ressemblerait. Je ne veux plus de ces chambres d’hôtel sans âmes, qui se ressemblent toutes.

Nous nous installons dans la voiture et le chauffeur ne tarde pas à démarrer.

— Tu vas voir, me dit Mark. Tout va changer là-bas, je te le promets. Nos vies ne seront jamais plus pareilles.

Je lui souris et regarde défiler à travers la fenêtre cette ville qui m’a vu grandir, dans tous les sens du terme.

Je m’en veux quand mes pensées divaguent vers celui qui m’a fait le plus souffrir, alors que je m’étais promis de ne plus le faire. C’est une promesse que j’ai malheureusement trahi un bon nombre de fois…

Je pense que ma conversation avec Jill n’y est pas pour rien. Elle a été là pour moi quand j’étais au plus bas. Chaque jour elle a pris de mes nouvelles, et ce même quand je me montrais exécrable. Ce n’était pas contre elle, c’était comme ça, c’est tout. Je ne voulais plus voir personne, plus rien entendre, plus rien sentir. Je voulais qu’on me laisse tranquillement sombrer, comme je l’avais décidé, mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.

— Tu regrettes de ne pas avoir dit au revoir à ta mère ? me demande Mark, l’air triste.

Je suis d’abord surprise, puis finis par ricaner.

— Tu plaisantes j’espère ? Tu sais bien ce que je pense d’elle !

Notre relation ces dernières années ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle s’est empirée. À vrai dire, je crois que si j’ai encore un contact avec elle, c’est parce que je refuse de ne plus voir mon père pour l’éviter. Mais Mark, lui, a beaucoup d’affection pour ma mère, ce que je ne m’explique pas. Il a essayé un nombre incalculable de fois de nous réconcilier, sans succès.

— Oui, mais je me dis que maintenant que nous partons loin, tu regrettes peut-être…

— Regretter quoi au juste ? m’agacé-je. Mark, elle ne m’a jamais soutenu pour rien, elle n’a jamais été là pour moi, pas même dans le moment le plus…

Je m’interromps. Par chance il ne le remarque pas, ou du moins ne le relève pas.

— C’est sans doute de la maladresse de sa part, essaie-t-il, pour la millième fois depuis que je l’ai présenté à mes parents. Elle ne sait pas comment réagir face à toi, tu devrais lui laisser une chance.

J’inspire profondément, afin de contrôler mon envie de lui hurler dessus. Nous n’avons pas ce genre de relation avec Mark. Nous discutons, nous nous écoutons, et nous trouvons une solution. Tout ça dans le calme. C’est génial, la plupart du temps. Ça nous a permis de poser des bases solides dans notre couple, et j’aime ce côté rassurant.

— Je t’ai déjà expliqué que ce n’était pas ce qu’elle attendait de moi.

Elle n’attend plus rien d’ailleurs, si ce n’est un mariage. Mais elle est déjà suffisamment heureuse du choix de mon petit-ami qu’elle ne cesse d’encenser à longueur de temps.

— Un jour peut-être, conclut-il.

Alors, seulement pour lui faire plaisir, j’acquiesce, puis tourne de nouveau la tête vers ma fenêtre. La seule personne qui me manquera réellement ici, c’est Jill.

CHAPITRE 5

Mayron

Je rate plusieurs fois le trou de la serrure et me marre tout seul, mon trousseau de clefs à la main. Putain, elle refuse vraiment de coopérer cette conne. À croire que cette fichue porte s’oppose à ce que je rentre chez moi !

Je crois poser mon front dessus, avec délicatesse, mais en réalité ça ressemble plus à un coup de tête qu’autre chose. J’en viens même à me demander si je ne l’ai pas enfoncé. Si c’est le cas, ça lui apprendra… Je suis chez moi merde. Elle n’a pas à m’empêcher d’entrer !

Je m’apprête à refaire une tentative, quand finalement elle se décide à s’ouvrir.

— Ah ben quand même, maugrée-je. C’est pas toi qui décides.

Je lève les yeux, et vois que Teri se tient dans l’embrasure, les yeux plissés. Elle n’a pas l’air contente.

— À qui est-ce que tu parles ?

Je la dévisage un instant, puis remarque la marque de l’oreiller sur sa joue. Quelle heure il est au juste ?

— À elle, dis-je en faisant un mouvement de tête.

Elle balaie du regard le couloir derrière moi, puis s’écarte pour me laisser passer.

— Tu m’inquiètes si tu penses ne pas être seul.

Je ne relève pas.

— Où tu étais encore ? enchaîne-t-elle.

— Qu’est-ce que ça peut te faire ?

Ma réponse se veut plus agressive que ce que j’avais prévu, mais merde, j’ai tout sauf envie de répondre à un interrogatoire. Je me laisse tomber sur le canapé, les bras écartés. Je pourrais m’endormir comme ça…

— Je me fais du souci pour toi, dit-elle en s’installant à son tour.

— C’est quand même pas la première fois que tu me vois rentrer au milieu de la nuit bourré, Teri, marmonné-je, à moitié dans les vapes.

— Non. En revanche ça n’est jamais arrivé huit fois d’affilée et tu n’es pas systématiquement ivre. Mayron, est-ce que tu veux m’en parler ?

Je ricane, persuadé qu’elle s’amuse à jouer à la psy, mais qu’elle va se barrer avant même d’avoir une réponse. Mais non, elle reste plantée là, à me fixer. Mon sourire s’efface, et je me redresse légèrement. Du moins je fais ce que je peux.

— Quoi sérieusement ? De quoi tu veux que je te parle ? De ce que je fais aux meufs que je ramasse dans des bars ?

J’ai conscience que la manière dont je lui parle est déplacée, mais elle ne s’en offusque pas et je trouve ça presque dommage. Si elle l’était, elle me laisserait peut-être pioncer.

— De Cassydie.

Mon cœur rate un battement et j’ouvre les yeux brusquement.

— Je sais que tu n’aimes pas en parler, enchaîne-t-elle. Mais avec son frère qui s’est pointé la dernière fois au bar et ton comportement depuis je me dis que ça a forcément un lien…

J’inspire profondément, puis tente d’avoir l’air le plus détendu possible. Je n’aurais jamais dû lui dire qui il était.

— Il n’y a absolument rien à dire sur elle et ça n’a aucun lien avec le fait qu’en ce moment, je m’amuse peut-être plus que d’habitude. Son frère est réapparu dans ma vie le temps de me casser les couilles et il est reparti. Fin de l’histoire.

— Et ça ne t’a rien fait ?

Elle me scrute. Son but est davantage de lire dans mes yeux que d’entendre ma réponse.

— Bien sûr que ça m’a fait quelque chose. Ça m’a fait chier ! Je n’ai jamais pu blairer ce trou du cul et c’est pas les années passées qui y ont changé quelque chose. Mais concernant sa sœur, jusque-là j’ignorais ce que ça me ferait, et maintenant, je sais.

— Et donc ? s’empresse-t-elle de me demander.

— Rien du tout.

Elle hausse les sourcils, peu convaincue.

— C’est définitivement du passé. C’était sympa, mais ma vie aujourd’hui me convient plus. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière.

Elle garde le silence un instant, puis fait la moue en hochant la tête. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais tout ce que je retiens c’est qu’elle se lève, et qu’elle se dirige vers la chambre. Je vais enfin pouvoir dormir tranquille. L’avantage, c’est que sa petite intervention dans ma vie privée a eu le mérite de me faire dessaouler. Du moins en partie.

J’enfonce ma tête dans le coussin, puis tire le plaid. Teri se permet encore de m’emmerder.

— Ne t’installe pas trop. Tu dois aller chercher un mec dans deux heures à l’hôtel…

Elle regarde la paume de sa main avant de reprendre.

— Solar. Enfin je crois. C’est Owen qui a appelé. Il devait s’en occuper lui, mais il a un empêchement, il voulait savoir si tu pouvais le faire. Je lui ai dit qu’il n’y avait aucun problème. J’ai bien fait ?

Elle se fiche complètement de savoir si c’est le cas. Elle m’envoie un baiser, puis disparaît. Je pensais qu’être le boss avait quelques privilèges, mais j’avais oublié que j’avais une peste dans ma vie !

Il m’aura fallu pas moins de quatre cafés pour me sentir à peu près en vie, accompagné d’une douche bien fraîche. J’ai dû dormir quarante-cinq minutes et faire quelques excès de vitesse pour être à l’heure. J’ai dix minutes d’avance, mais le client lui en a quinze de retard. Seize maintenant. Je m’empêche de me rendormir, parce que c’est la réputation de ma boîte qui est en jeu. Elle n’est pas bien grosse, mais je n’aurais jamais pensé être mon propre patron un jour, alors j’aimerais que ça dure.

La première fois que j’ai servi de chauffeur, c’était un peu par hasard. J’avais sympathisé avec un avocat français qui était venu boire un verre où bosse Teri après une grosse affaire. Ce soir-là, je lui donnais un coup de main, pour changer, et de fil en aiguille, le mec a fini par me proposer de promener sa fille dans toute la ville pendant une semaine. Il ne voulait pas l’avoir dans les pattes et il payait bien, alors…

Après ça, le bouche-à-oreille a été assez efficace et j’ai eu plusieurs propositions dans les semaines qui ont suivi. Au départ, j’acceptais pour me faire un peu de fric facilement, puis j’ai fini par me dire que ça serait pas mal d’arrêter d’enchaîner les petits boulots de merde pour me lancer dedans à temps plein.

Jusque-là je n’ai pas eu à me plaindre. L’année dernière j’ai dû embaucher deux types supplémentaires afin d’accepter plus de contrats, et je reconnais que je gagne plutôt bien ma vie. Si on m’avait dit ça il y a quelques années…

Je suis sorti de mes pensées quand on tape à ma vitre. Je tourne vivement la tête et vois un mec avec un sourire jusqu’aux oreilles. Qui est d’aussi bonne humeur à cette heure de la journée ?

En principe, j’aurais déjà dû être dehors à son arrivée, mais il faut croire qu’un cinquième café n’aurait pas été de trop. Il est déjà en train de me parler alors que je n’ai même pas encore la main sur la poignée, et je comprends vite qu’il s’excuse de son retard. Qu’est-ce que je peux dire de toute façon ?

Il me serre la main avec énergie et il va falloir que je me ressaisisse parce qu’à cet instant, j’ai la poignée de main d’une huître dans le coma !

— J’espère que je ne vous ai pas mis en retard pour le reste de la journée ?

— Pas de soucis, réponds-je simplement. Vous avez des valises ?

— Quelques-unes oui. Si ça ne vous ennuie pas, je vais aller les chercher. Ah ben tient, enchaîne-t-il, voilà ma fiancée.

Je le vois vaguement agiter le bras en direction d’une femme qui n’est même pas encore sortie du sas de l’hôtel, puis décide de prendre de l’avance en faisant le tour de la voiture.

— Chérie, je te laisse avec notre chauffeur, je n’en ai pas pour longtemps, l’entends-je.

Elle acquiesce, puis, comme je la sens se diriger vers moi, j’ouvre la portière, et me tourne pour l’accueillir.

Mes yeux rencontrent les siens immédiatement, et la terre s’arrête de tourner.

CHAPITRE 6

Cassydie

Je n’arrive pas à croire que nous soyons en retard ! Ce n’est pas grand-chose, juste un quart d’heure, mais ça ne nous ressemble tellement pas d’avoir des écarts de planning. Pour ma part, ça ne me dérange pas, seulement Mark a un emploi du temps chargé, et j’ai pris l’habitude de tout millimétrer.

Il s’est préparé en vitesse, puis s’est dépêché de rejoindre notre chauffeur qui devait probablement déjà nous attendre.