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Pour ceux et celles qui ont gardé leur âme d'enfant, laissez-vous envoûter par les singulières aventures d'une jolie demoiselle qui survole sa vie en compagnie de son infatigable et fidèle chat noir. Malgré les cailloux de l'existence, que cette lecture, vous soit aussi légère que possible !
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Veröffentlichungsjahr: 2022
« Oui, je suis le rêveur. Je suis le camarade Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade
Et l’interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît,voyez-vous. J’ai souvent
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées.
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet…
………………………………………………
Et le frais papillon, libertin de l’azur,
Qui chiffonne gaîment une fleur demi-nue,
Si je viens à passer dans l’ombre, continue,
Et, si la fleur se veut cacher dans le gazon,
Il lui dit : Es-tu bête ! Il est de la maison.»
Victor HUGO
Les Contemplations ( Premier Livre XXVII)
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Épilogue
Glossaire
Bibliographie
En ce printemps précoce, moi, Zébuline, je déboule dans un foyer chaotique. Quand les bigotes vêtues de noir se penchent sur mon berceau, elles restent bouche bée ! Avec ma jolie frimousse, moi, le numéro huit, je ne ressemble à aucun des membres de ma famille.
Que vais-je devenir dans ce logis envahi par les chiures de mouche, les toiles d’araignée, les excréments de souris ?
Mon accouchement à peine terminé, mes géniteurs s’écharpent comme des chiffonniers. Mes sept frères et sœurs -tous aussi malpropres les uns que les autres- se bagarrent au milieu d’un champ de détritus. La coutume veut que le nouveau-né reçoive un chaton : Catchou, le chat noir qui m’escortera pendant mon séjour terrestre, se réfugie sous mon lit.
Dès mon plus jeune âge, affublée de haillons rapiécés, je me déplace courbée, joue dans la boue, rentre crottée dans le taudis. Ressembler à une souillon, mentir comme une arracheuse de dents, jurer à l’instar d’une charretière, m’empiffrer, roter, péter ne présentent plus de secrets pour moi : je me sens aussi moche que méchante !
Ma fratrie m’apprend à poser des pièges. N’éprouvant nul plaisir à maltraiter les bêtes sans défense, je contemple les fourmis et leurs avancées fastidieuses, les lézards sur les pierres torrides, les papillons dans le ciel euphorique. Si je rencontre un chat assis sur son arrière-train, je lui tape un brin de causette. Fière de ma réputation de mouflette cracra, je ramasse par terre les bonbons sans papier que j’engloutis en une seule bouchée. Rien n’échappe à mon œil aiguisé surtout pas les chewing-gums au sol.
Sous peine de cuisantes punitions, avec mes frères et sœurs, je dois m’amuser à l’extérieur : interdit de courir, de rire, de chahuter dans la maison. Ces règles inflexibles rougissent mon corps, noircissent mon âme, obscurcissent mes pensées.
Me voilà parvenue à l’aube de mes quatre ans. Cet été-là, je pars en Provence : avec mon grand-père, je prends le train où je rencontre des inconnus aux drôles d’habitudes. Quand un couple âgé mange avec fourchettes et couteaux sur une nappe à carreaux rouges dépliée sur leurs genoux, je n’en crois pas mes yeux de petite fille. Comme personne ne crie à tue-tête dans ce lieu feutré, bercée par le roulis, j’arrive à destination.
Mes vacances chaleureuses se déroulent de manière insolite : pas de hurlements, de courses-poursuites, d’éclats de voix toute la sainte journée. La villa simple, la campagne verdoyante, la cabane au fond du jardin, les ancêtres bienveillants, le ruisselet bordé de roseaux, les lapins dans leurs cages, le vieux figuier, le jeune cerisier, la balançoire en bois, les champs de pêchers, les vignes à perte de vue : ces découvertes me désorientent.
En me civilisant, je deviens propre, polie, affectueuse.
Dans une bassine posée à même le sol, j’éclabousse mon entourage quand l’eau ruisselle sur mon jeune corps poussiéreux.
Je salue les voisines venant à la rencontre de la petite sauvageonne.
Je dépose les armes sur les genoux de mon aimable grand-père.
Dés mon retour dans le gourbi familier avec le terroir ensoleillé dans mes bagages, je me change en une authentique fée du logis : je passe le balai, ramasse la poussière accumulée sous les lits, lessive la cuisine, range le linge, astique les cuivres, cire les chaussures. Tiraillée entre mes origines et mes récentes envies de propreté, je subis une irréversible mutation.
Un an plus tard, un dernier petit frère voit le jour dans cette tribu qui compte maintenant neuf enfants !
On me confie aussitôt la responsabilité de Zéphyrin, le blondinet fragile. Déposé près de sa couche, le minet Kalin arbore un chatoyant pelage gris-bleu.
Avec Catchou, Zéphyrin, Kalin et moi-même, nous formons le club des quatre.
Laissant flotter sans réserve mon imagination, j’invente des jeux saugrenus.
Moi, la cadette, je file comme une dératée en transportant le benjamin dans sa poussette, instaure des concours de grimaces pour la plus grande joie du pitchoun aux subits accès de nostalgie, me mouche dans un large tissu devant le petit pris de hoquets : plus drôle que d’utiliser le doigt appuyé sur la narine et en plus interdit ! Déguisée en fée, je parade dans ma robe fluide, ma capeline aux fleurs multicolores, mes talons hauts, mes bijoux scintillants. En face de ma baguette magique, l’enfant aux yeux enfoncés dans les orbites rit de bon cœur : à longueur de journée, je lui concocte un festival de trouvailles !
Le temps poursuit sa route et à mon grand désespoir, je franchis le cap des sept ans, le fameux âge de raison : déroutante perspective !
Alors quand la maisonnée dort à poings fermés, telle une squaw, emmitouflée dans une cape, je rejoins la terrasse. L’obscurité étend son manteau, les oiseaux diurnes se taisent, les adultes se mettent sur pose. Dans l’univers apaisé, un souffle de vent caresse mes cheveux.
Telle une sorcière arrivée d’une contrée lointaine, mon chat perché sur mes épaules, je chevauche un balai fatigué.
En scrutant les ténèbres, mon regard rencontre un rapace aux yeux ronds comme des billes. Je m’extasie devant ce drôle d’animal posé sur une gouttière : curieuse, je m’avance à pas feutrés mais l’oiseau effrayé s’échappe. Déçue, je cherche à l’attraper et à cet instant précis, ma vie bascule dans une autre dimension.
Je me penche dans le vide et en chutant, mon corps de plomb devient aussi léger qu’une plume. Par réflexe, j’ouvre mes ailes-bras : oh ! Miracle, je décolle ! Prenant de la hauteur, je vole puis retombe sur le toit. Un rêve éveillé ? Une hallucination ?
Tous les soirs, je renouvelle l’expérience : peu à peu, je plane au-dessus du monde des mortels aussi longtemps que je le souhaite.
Si seulement je pouvais m’envoler le jour ! Je me rendrais dans le jardin public le dimanche, journée insipide par définition. J’observerais le manège des enfants sages, les mémés tricoteuses, le marchand de glaces, les mères en plein papotage. Rapide comme l’éclair, j’amorcerais un piqué vers ce monde merveilleux pour un numéro réglé comme du papier à musique.
Je tirerais les cheveux des chères têtes blondes, détricoterais les ouvrages des grands-mères, asticoterais les mamans, plongerais mes doigts crades dans le bac à glaces. Inondé par un déluge de cris, de pleurs, d’injures, le parc deviendrait une foire d’empoigne : déjà haut dans le ciel, je m’éloignerais en riant à gorge déployée.
J’abandonne cet égarement irréaliste et je reste incognito.
En une seule nuit, je viens d’acquérir une maturité incroyable : personne ne doit connaître mon secret. Cette particularité représente un gage d’autonomie même si je ne sais pas comment l’utiliser : je me sens si jeune dans ce bas monde !
Dans mes prières du soir, je remercie Dieu de me donner ce don extraordinaire qui me permet de m’évader de ma vie ténébreuse.
Catchou, l’immuable complice qui ne me quitte pas d’une semelle, participe à mes délires nocturnes.
Vivement que Zéphyrin et Kalin grandissent ! J’ai hâte qu’ils nous accompagnent.
