Les mémoires d'un singulier buffet - Michèle Daniel Capra - E-Book

Les mémoires d'un singulier buffet E-Book

Michèle Daniel Capra

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Beschreibung

Né en Provence, au milieu des cigales stridulantes, un buffet singulier a reçu le pouvoir de la parole. Ce meuble vagabond qui partage la vie d'une turbulente progéniture se réjouit et souffre avec elle. De Fréjus à Marseille en passant par Paris, sa famille tourmentée vit une existence déracinée : dans un océan de fureur et de folie quotidienne, quelques gouttes d'auto-dérision, d'humour, de souvenirs tendres... Laissez-vous guider par ce buffet qui veille sur les plus faibles de cette famille endeuillée et maltraitée. La forêt protectrice dont il est originaire n'est jamais bien loin.

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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«On se fée tout le tems disputer, on ne nous écoutent jamais, on ne peux pas rigolé quand on veux, on doit se coucher trop taux, on ne peut pas mangé de chocollat au lit, il fôt toujours qu’on se brosse les dants : on en a assez des grands, on s’en vat. On vous lesse !»

«Les zenfants»

Philippe CLAUDEL

Le monde sans les enfants.

Table des Matières

Le Commencement

Quelque part en Provence

Les Grandes Vacances

Le garde-meuble

A la Capitale

Le garde-meuble

Le Sud

Le garde-meuble

Sur les bords de la Méditerranée

Épilogue

Glossaire

1

Le Commencement

Une immensité à perte de vue avec d’innombrables nuances de vert...

A la surface de l’écorce terrestre, une vie fourmillante, une perpétuelle agitation : à longueur de journée et de nuit, des grattements, bourdonnements, piétinements, feulements, craquements, hululements...

Par-dessus, des effluves d’humus, de mousse, de feuilles mortes, de champignons...

Dans la forêt exubérante, moi, le vieil arbre au tronc solide et au feuillage protecteur, je prends soin de tous ses hôtes.

Mais un jour, le fracas régulier d’une hache coupe court à mon existence bucolique : oh ! Peuchère ! Je retrouve toutes mes branches sur le sol !

Débité en morceaux, moi, le feuillu, j’attends au bord du chemin forestier : un camion brinquebalant, le chargement rapide de mes billots, mon arrivée dans une scierie, mes rondins entassés pêle-mêle dans un coin...

Au milieu des troncs anonymes, un ébéniste me reconnaît pour mon bois souple, léger, résistant : moi le chêne qui suis à terre, je vois se profiler à l’horizon ma deuxième vie.

En l’an 1951, au cœur d’un proche village provençal, l’hiver est fort rigoureux.

Un matin froid, une matrone au verbe haut et aux formes opulentes se décide à pousser la porte du modeste atelier de l’ébéniste expérimenté.

-«Madame... Bonjour ! dit l’artisan.

-«Bonjour monsieur ! Écoutez! J’ai une table en chêne qui me vient de ma mère, je voudrais un buffet pour aller avec : c’est possible ?» interroge la femme.

-«Oui ! Aucun souci ! On regarde ensemble quel modèle vous voulez...» répond l’homme.

Après s’être mis d’accord sur la forme et la teinte, l’artisan chevronné propose :

-«Je peux vous le faire pour dans six mois, ça ira ?»

-«Oui d’accord, mais si on discutait du prix d’abord ?» réplique la femme déterminée.

A la suite d’âpres négociations, la matriarche lui commande un bahut constitué d’une partie haute et d’une partie basse : un plateau en marbre, un miroir biseauté, cinq portes et deux tiroirs complètent le tout.

Ainsi, dans la poussière et le bruit, je prends peu à peu forme entre les mains habiles de mon créateur qui monologue :

-«Maintenant, je vais le raboter, le poncer, le vernir jusque dans les moindres recoins ! J’ai envie qu’il soit parfait !!!»

Je fais le bulou :

-«Vé ! Regardez-moi bien ! Je suis le plus beau !

N’est-ce-pas que je suis le plus beau ?»

Mon chef me donne un dernier coup de patine pour mon premier voyage prévu le lendemain à l’aube.

Je bougonne :

-«Oh! Non ! Je veux pas partir ! Je veux piétiner les copeaux, percevoir le bruit du rabot, humer l’odeur du bois coupé, m’extasier devant les mains expertes de mon maître... Mèfi ! Je partirai pas ! Je resterai ici ! »

Sans prêter attention à mes vaines supplications, mon artisan chevronné, maître-ébéniste, part sommeiller après son éprouvante journée de travail.

2

Quelque part en Provence

Le matin suivant, moi, le buffet chagriné, je suis trimbalé dans une camionnette crasseuse.

Au bout d’un chemin de terre, une bâtisse écrasée par le soleil se prolonge sur le devant par une tonnelle ombragée recouverte d’une vigne retombante.