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Retour sur un symbole fort pour la France : son drapeau.Après les attentats meurtriers qui ont frappé notre pays en 2015, il apparaît nécessaire de faire bloc autour de valeurs communes censées constituer le socle de la société française. Le drapeau tricolore en est un des éléments à la fois symbolique incontestable et incontournable. Malgré les divergences qu’il suscite, il n’en demeure pas moins un refuge solide et fort. Ces trois couleurs représentent la France, son peuple et son histoire, que la narration développe ici, avec une écriture fluide et puissante.Comment le drapeau est-il né ? Comment s’est-il construit et quelle fut son évolution au cours des siècles ?Pour répondre à toutes ces interrogations, l’auteur nous entraîne sur les chemins jusqu’alors restés secrets de ce drapeau, et nous montre que les trois couleurs ont chacune leur histoire et leur propre signification.Cet ouvrage nous rappelle l’importance de revenir aux sources pour comprendre et se présente comme un travail d’historien, mais surtout, un geste de citoyen.EXTRAITÀ la naissance de chaque Français, point n’est besoin de lui expliquer que le rectangle de tissu tricolore, flottant au sommet d’un mât ou accroché à la façade des bâtiments publics, est l’emblème principal représentant la Nation française ; il le sait d’instinct.Car il en est ainsi depuis la séance houleuse du 15 février 1794 (27 pluviôse an II) à la Convention nationale.Le sujet à l’ordre du jour concerne l’esprit d’insurrection de la Marine. Les officiers refusent de continuer de hisser le pavillon blanc, symbole d’une monarchie abhorrée, ils exigent son remplacement par un autre emblème, encore peu connu, mais qui cependant est déjà utilisé par la Garde-française, lequel est constitué de trois bandes, une bleue, une blanche et une rouge.A PROPOS DE L’AUTEURCinéaste et écrivain, Raphaël Delpard a publié de nombreux romans, documents, essais, dont certains ont été adaptés pour la télévision. Ce passionné d’Histoire aborde souvent des thèmes difficiles et des vérités dissimulées.
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Seitenzahl: 307
Veröffentlichungsjahr: 2016
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La Fabuleuse Histoire du drapeau français
Du même auteur
Les Enfants cachés, Jean-Claude Lattès, 1993, prix Wizo
20 ans pendant la guerre d’Algérie. Générations sacrifiées, Michel Lafon, 2011
L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, Michel Lafon, 2002
La minute où l’on tombe amoureux, Page après page, 2002
L’Armée juive clandestine en France (1940-1942), Page après page 2002
Les Oubliés de la guerre d’Algérie. Les dossiers restés secrets, Michel Lafon, 2003, prix Norbert Cepi
Les Rizières de la souffrance (1945-1954), Michel Lafon, 2004
Les Convois de la honte. Enquête sur la SNCF et la déportation, Michel Lafon, 2005
Aux ordres de Vichy. Enquête sur la police française et la déportation, Michel Lafon, 2006
Les Souffrances secrètes des Français d’Algérie. Histoire d’un scandale, Michel Lafon, 2007, prix de la Lettre de Veritas
La Guerre des Six jours : la Victoire et le Poison, Lucien Souny, 2007
La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Michel Lafon, 2009
La Résistance de la jeunesse française, Pygmalion, 2009
L’Enfant sans étoile. Coll. Jeanine Balland, Calmann-Lévy, 2010
Pour l’amour de ma terre, Calmann-Lévy, 2012
Ils ont vécu dans l’Algérie en guerre, Archipel, 2012 L’Enfant qui parlait avec les nuages, Calmann-Lévy, 2013
Le Courage de Louise, Calmann-Lévy, 2015
La Conférence de la honte. Évian juillet 1938, Michalon, 2015
Sommaire
Avant-propos
Préface d’Yves Guéna
LES ORIGINES DU DRAPEAU
Chapitre 1 - L’utilité du drapeau
Chapitre 2 - En remontant le temps
Chapitre 3 - Les couleurs
Chapitre 4 - Le blanc et le rouge
HISTOIRE DU DRAPEAU FRANÇAIS
PÉRIODE BARBARE
Chapitre 5 - La préhistoire de la Gaule
Chapitre 6 - Portrait des Gaulois
Chapitre 7 - Les emblèmes des Gaulois
Chapitre 8 - Fin de la Gaule et commencement de la France
PÉRIODE CHRÉTIENNE
Chapitre 9 - Évangélisation de la Gaule
Chapitre 10 - Clovis
Chapitre 11 - Le bleu du drapeau
Chapitre 12 - Charles Martel
Chapitre 13 - L’étendard de Charlemagne
Chapitre 14 - Louis VI
Chapitre 15 - Saint Denis
Chapitre 16 - L’oriflamme de saint Denis
Chapitre 17 - Le porte-drapeau
Chapitre 18 - Actes de bravoure
Chapitre 19 - Pennon ou phanon
Chapitre 20 - L’énigme de la fleur de lys ou de lis
PÉRIODE ROYALE
Chapitre 21 - Les croisades
Chapitre 22 - Le drapeau blanc
LE DRAPEAU TRICOLORE
Chapitre 23 - 1789 : Naissance du drapeau tricolore
ORIGINES ET HISTOIRE DU DRAPEAU ROUGE ET DU DRAPEAU NOIR
Chapitre 24 - Le drapeau rouge
Chapitre 25 - Le drapeau noir
LE DRAPEAU TRICOLORE
Chapitre 26 - Informations supplémentaires sur le drapeau
Chapitre 27 - Usages et protocole du drapeau
Chapitre 28 - Emblèmes républicains, Symboles de la République
Chapitre 29 - Littérature patriotique
Chapitre 30 - Portraits de passionnés
Bibliothèque sélective
En 2015, la France a été secouée jusque dans ses fondations par des attaques sanglantes qui visent à transformer son mode de vie actuel, celui d’un pays libre et ouvert. Le choc généré par ces attentats a mis en évidence une nécessité d’union durable autour de valeurs communes incontestables comme la liberté, l’égalité et la fraternité.
Nos concitoyens ont longtemps entretenu des rapports complexes et ambigus avec leur emblème national, lequel a parfois donné matière à controverse – les notions de patriotisme et de nationalisme y étant le plus souvent associées.
Notre besoin d’unité a désigné le drapeau comme un refuge solide et fort. Il est l’éclatant symbole d’une réunion, car aux yeux du monde ces trois couleurs représentent la France, son peuple, son histoire.
(Ancien président du Conseil constitutionnel)
À l’heure où les programmes scolaires réduisent, dans l’enseignement de l’Histoire, la place de la France au bénéfice d’autres pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique, La Fabuleuse Histoire du drapeau français de Raphaël Delpard vient combler ce vide inquiétant.
Oui, nous sommes français, et notre histoire, l’Histoire de France, qui depuis vingt siècles a forgé notre destin, doit être célébrée. Certes on ne peut en quelques centaines de pages, même talentueuses, tout rapporter, à moins que l’on ne s’appuie sur le symbole suprême, le Drapeau.
Ainsi avec Raphaël Delpard et « La fabuleuse histoire du drapeau français », nous comprenons que même si l’emblème national a évolué depuis « nos ancêtres les Gaulois » (et nous en apprenons beaucoup dans cet ouvrage), à travers les siècles, dans les grands moments, nous nous sommes toujours rassemblés sous un drapeau qui a porté nos espoirs et, à travers les épreuves, maintenu dans toute sa splendeur le sentiment national.
Et depuis plus de deux siècles, depuis cet événement qui a changé la face du monde, la Révolution française, tout en France à la terne exception de 1815 à 1830 oui, tout s’est déroulé sous l’égide du drapeau tricolore.
Le bleu, le blanc, le rouge, ces couleurs avaient depuis l’origine ornée nos drapeaux, nos pavillons, nos étendards. Et dans sa simplicité et sa rigueur, le bleu-blanc-rouge est devenu l’image même de la France. Dans les grands moments, aucun Français n’oserait renier ce symbole qui fait battre tous les cœurs. Il flotte sur les monuments, il précède les défilés de nos troupes, il est présent sur les champs de bataille. Je pense à cette image de la guerre de 1914, avec une unité française qui s’apprête à sortir de la tranchée pour se jeter sur l’ennemi, et son chef, un colonel, déjà debout sous le feu adverse, brandissant le drapeau du régiment.
Le drapeau tricolore a un accompagnateur, La Marseillaise. Et qui, entonnant notre hymne national sous les plis du drapeau, n’a pas eu le cœur battant et les larmes aux yeux ?
Alors ne cédons pas. Restons fidèles à nous-mêmes. Je me permets de rappeler une vérité que l’on semble avoir perdue de vue lorsque voisinent, comme à égalité, notre drapeau tricolore et le drapeau de l’Europe : « Des millions d’hommes sont morts sous le drapeau tricolore, pas un seul sous le drapeau européen. » Pour que « Vive la France » « Allons, enfants de la Patrie »
À la naissance de chaque Français, point n’est besoin de lui expliquer que le rectangle de tissu tricolore, flottant au sommet d’un mât ou accroché à la façade des bâtiments publics, est l’emblème principal représentant la Nation française ; il le sait d’instinct.
Car il en est ainsi depuis la séance houleuse du 15 février 1794 (27 pluviôse an II) à la Convention nationale.
Le sujet à l’ordre du jour concerne l’esprit d’insurrection de la Marine. Les officiers refusent de continuer de hisser le pavillon blanc, symbole d’une monarchie abhorrée, ils exigent son remplacement par un autre emblème, encore peu connu, mais qui cependant est déjà utilisé par la Garde-française, lequel est constitué de trois bandes, une bleue, une blanche et une rouge.
L’effervescence des journées de la Terreur ne se prête guère aux longues discussions, car l’ambiance est à l’action et pas aux tergiversations.
Parmi les députés se trouve un parlementaire, connu sous le nom d’André Jeanbon, baron de Saint-André. Ce personnage, à la face lugubre et aux épaules voûtées, est né dans une famille protestante à Montauban (Tarn-et-Garonne), le 25 février 1745 ; il décédera à Mayence en Allemagne le 10 décembre 1813.
Abandonnant ses études chez les Jésuites, il s’engage dans la marine où il atteint le grade de capitaine. Il met un terme à sa carrière après trois naufrages et la perte de ses économies. Il se tourne alors vers la politique et passe des Jacobins aux Girondins. Pour trouver une comparaison de nos jours, il va de la droite à la gauche, sans jamais se sentir gêné par les allers et retours. Il fait encore plus fort en rejoignant la Montagne. Le groupe appelé les Montagnards siège à la Convention sur les gradins les plus élevés.
C’est de cette situation géographique, si l’on peut dire, que le nom de Montagne ou de Montagnards leur a été attribué. Les députés qui sont assis plus bas dans l’hémicycle sont désignés par le nom de la Plaine.
André Jeanbon, promoteur du Tribunal révolutionnaire avec ses amis de la Montagne, impose aux Français les journées de la Terreur.
Au mois de janvier 1793, il vote la mort du roi Louis XVI, sans délai et sans sursis et déclare comme voulant justifier la précipitation de son acte : « Un roi, par cela seul qu’il est le roi, est coupable envers l’humanité, car la royauté même est un crime. » Le 15 février 1794 donc, André Jeanbon parvient à la tribune en jouant des coudes. Il veut prendre la défense de la Marine en mémoire des années qu’il passa sur les mers. Parvenant à ramener le calme, il propose à l’Assemblée au nom du Comité de salut public : « l’adoption d’un pavillon formé tout entier des trois couleurs nationales, simple comme il convient aux idées et aux principes républicains, qu’on ne puisse confondre avec celui d’aucune autre nation, et qui, dans quelque sens qu’il soit placé, présente toujours ces couleurs dans le même rapport entre elles. » Le député Jeanbon ne peut terminer l’exposé de son projet.
Tous les parlementaires ont compris, ils sont debout et accueillent la proposition par un long applaudissement. Le décret est adopté sur-le-champ et précise que : « Le pavillon national sera formé des trois couleurs nationales, disposées en bande verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule (le mât) du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs. »
L’histoire se montre parfois facétieuse. C’est un coupeur de têtes, artisan des journées de la Terreur, qui donne son emblème à la République française laquelle symbolise, entre autres choses, la fraternité entre les citoyens.
Pour ne pas être en reste avec l’historiographie du drapeau, il convient d’ajouter à l’épisode de Jeanbon celui de La Fayette. Durant la révolution, les combattants arborent sur leur vêtement une cocarde bleue et rouge et, quelques jours après la prise de la Bastille, La Fayette a l’idée d’y incorporer le blanc, qui est pourtant le symbole de la royauté honnie. Le succès est néanmoins foudroyant. Chaque Français veut la sienne, à Paris et ailleurs, des ateliers voient le jour où l’on fabrique des cocardes à longueur de journée. La Fayette qui venait de combattre aux côtés des insurgés américains, a-t-il voulu, en ajoutant le blanc, se rapprocher de la cocarde américaine ? Pure spéculation, car en effet, on ne trouve dans les archives nulle piste pour justifier son action.
Le drapeau connaîtra encore bien des aventures, renié par les uns, remis à l’honneur par les autres. Durant tout le xixe siècle, on le considère, écrit Françoise Martinelli, spécialiste en éducation civique, « comme un compromis entre le drapeau blanc de la contre-révolution et le drapeau rouge de la révolution sociale. »
Il est définitivement adopté dans les Constitutions de 1946 et de 1958 comme l’indique l’article 2 : « La langue de la république est le français, l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge… »
À la question que l’on peut se poser au plan général de l’utilité du drapeau, la plongée dans les archives apporte une infinie possibilité de réponses. De la plus utile à l’exemple du drapeau rouge prévenant d’un danger ou d’un handicap pour le piéton ou l’automobiliste, à la plus sophistiquée. Il est cependant fascinant d’observer que le même drapeau, si on lui applique un signe particulier, peut diffuser un message différent. Ce qui signifie que nous vivons avec les drapeaux, depuis les époques les plus reculées. Ils constituent des messages permanents et répondent à des demandes intimes communes à tous les hommes. À quelle pulsion endogène correspond le geste de l’enfant qui plante avec naturel un drapeau de papier de sa fabrication au sommet d’un château de sable ?
Le drapeau écrit dans l’espace les origines de l’homme, et indique ses croyances, sa volonté de convaincre, ses aspirations et ses choix politiques. « Le drapeau est une communication d’un homme ou d’un groupe d’hommes, écrit l’historien Whitney Smith, qui peut être reçue et à laquelle d’autres peuvent répondre. »
Le drapeau est aussi le témoin du passage de l’homme dans l’Histoire. Les astronautes américains, en plantant la bannière étoilée dans le sol lunaire le 23 juillet 1969, ont voulu laisser une trace.
La Révolution française, en faisant disparaître le drapeau blanc représentant la classe dirigeante, au profit d’un symbole (le drapeau tricolore) unifiant un peuple, a donné naissance au nationalisme ; nationalisme découlant du concept d’appartenance à une nation. Cessons de mélanger nation et patrie. Une nation qui se trouve en exil, même si elle ne vit plus sur la terre (la patrie) qui la vit naître et prospérer, ne reste pas moins une nation.
Le drapeau est donc bien le signe visuel d’une nation.
Voilà sans aucun doute ce qui constitue l’indiscutable originalité du drapeau. Permettre à des individus, grâce à une lecture simple et rapide du symbole, de se reconnaître comme membres d’une même nation.
Que font dans les stades les supporters d’une équipe sportive ? Voulant montrer leur lien avec la nation à laquelle appartiennent les compétiteurs, ils peignent sur leur visage le drapeau de leur pays. À l’époque de la préhistoire celte gauloise, pour se reconnaître comme faisant partie d’un même groupe, les femmes et les hommes enduisaient leur corps d’un apprêt coloré de leur fabrication. Des tribus ajoutaient sur leur visage des cercles rouges.
À l’occasion d’un regroupement, le drapeau devient l’expression politique du rassemblement. Pendant les événements de mai 1968, les emblèmes qui étaient brandis exprimaient sans ambiguïté l’appartenance idéologique des manifestants. À Paris sur l’avenue des Champs-Élysées, c’était le drapeau tricolore qui était déployé en grand nombre, à ses côtés au Quartier Latin, on trouvait une floraison d’emblèmes rouges et noirs.
Le drapeau peut aussi devenir le porte-voix de revendications ou l’expression de la colère d’un peuple. Celle-ci s’exprime souvent en brûlant le drapeau du pays dont la politique est contestée. Le drapeau incriminé est le reflet d’un peuple ; n’y a-t-il pas de la désinvolture à ne pas imaginer la souffrance de ce peuple devant la destruction du symbole de sa nation? On peut me répondre que dans de nombreux cas, c’est uniquement le gouvernement qui est visé. Sans aucun doute ! Le message n’est pas toujours lisible dans l’effervescence de la manifestation.
Dans la confusion des armes, l’arrogance du premier fanion arraché au vaincu, trempé dans son sang, puis, pendu à la pointe d’une lance, et montré aux vainqueurs, fut accueillie par un cri de joie. Ce cri de victoire et de domination se répercute de siècle en siècle et ne semble jamais devoir s’éteindre.
En France, la loi sur la sécurité intérieure en date du 18 mars 2003, à l’article 45bis, punit un délit d’outrage à La Marseillaise et au drapeau français de 7 500 euros d’amende et de dix mois d’emprisonnement. Lors du débat au Sénat, à ceux des parlementaires qui voyaient dans la proposition de la loi une intolérable atteinte aux libertés, Jean Chérioux leur répondit: « Le drapeau, c’est l’image de la République, et, quand on l’insulte, c’est la République elle-même qui est insultée. »
Aux États-Unis, la Cour suprême a jugé en 1989 que les réglementations sanctionnant l’outrage au drapeau (flag desecration) étaient inconstitutionnelles, car elles portaient atteinte à la liberté d’expression, reconnue et protégée par le Premier Amendement. Brûler un drapeau a donc été considéré comme une manifestation de la liberté d’expression dont bénéficie tout citoyen américain.
Que fait un groupe humain rendu soudainement à la liberté ? Il crée son drapeau. C’est ce que fait Jean-Jacques Dessaline. Le 1er janvier 1804, dans les heures qui suivent la victoire éclatante à Vertières contre l’Empire français venu rétablir l’esclavage, il crée le drapeau d’Haïti, et l’île devient le premier État noir des temps modernes.
À propos de l’identification de la nation, il est étonnant de ne constater nulle trace dans les archives de l’établissement d’un règlement international qui aurait proposé aux nations d’adopter un symbole pour les représenter.
« Les nations ont prouvé, écrit l’historien américain Whitney Smith, par des cérémonies compliquées, que leur drapeau était un objet commandant une considération et un respect particuliers. »
Des Gaulois de la préhistoire enduisant leur corps de peinture pour se reconnaître entre membres d’une même tribu, au drapeau tricolore tel que les Français le connaissent aujourd’hui, le symbole de la Nation française s’est construit pendant deux mille ans, par étapes souvent sans lien entre elles, et parfois à la faveur d’événements surprenants.
Mais il reste qu’à la fin du voyage, le chercheur ébloui par l’aventure de cette pièce de tissu reste néanmoins confronté aux deux mêmes questions terriblement perturbantes, parce que sans réponse depuis deux millénaires : l’effet hypnotique du drapeau, et sa capacité à susciter de l’émotion.
Nous devons à l’historien Nicolas Perrot d’Ablancourt l’utilisation du mot drapeau. Cet érudit né à Châlons-sur-Marne en 1606 et mort à Paris en 1664, élu à l’Académie française au fauteuil n° 20 en 1637, bouleversa à son époque l’art de la traduction de textes anciens en les modernisant, permettant ainsi un accès plus facile aux lecteurs.
Pour ce qui concerne notre recherche, d’Ablancourt s’appuya sur le mot italien drapello et considéra que la pièce de tissu – le drapello (petit drap) – que les légions romaines accrochaient à la pointe d’une lance et qui servait aux soldats à se repérer lors des batailles, était finalement une sorte de drapeau sans distinction de symbole.
Plus près de nous, le généalogiste Jean-Marie Drapeau – comme c’est curieux ! – propose une lecture complémentaire.
« Le nom drapeau est dérivé du mot français drap utilisé au xe siècle, lui-même venant du bas latin drappus ; on retrouve également cette origine latine en ancien espagnol et portugais dans le mot drapo et en anglais dans trapping (harnachement), où le d s’est transformé en t. Drapeau, diminutif de drap, se rencontre aussi dans le patois des vieilles provinces françaises ; draipéa en Bourgogne, drapeau (lange) en Berry, le drapet en Normandie et en Provence ainsi que trapillo en Espagne, trapinto au Portugal et drapello en Italie.
Drapeau en tant que patronyme.
Le nom de Drapeau se rencontre essentiellement en France dans le département de Vendée et ensuite dans ses départements limitrophes. C’est un nom du Poitou et surtout de l’Aunis (sud Vendée et nord Charente-Maritime), vraisemblablement la plus petite des provinces françaises. Rattachée au royaume de France en 507, elle passa sous l’influence anglaise au xiie siècle ; réunie à la couronne en 1271, incluse dans l’Aquitaine, donnée aux Anglais en 1360 par le traité de Brétigny, elle fut acquise définitivement par la France en 1373. Dévastée par les guerres de religion au xvie siècle, c’est la prise de La Rochelle en 1628 qui marqua son appartenance définitive au royaume de France. C’est aussi vers cette époque que beaucoup de Français et particulièrement des Poitevins, à l’exemple d’Antoine Drapeau (4000 sont ses descendants au Québec), mais aussi des Charentais et des Normands, quittèrent la vieille mère patrie pour la Nouvelle France : la Belle Province devenue ensuite le Québec. »
Si l’adoption du mot drapeau n’a pas soulevé de vagues parmi la communauté des chercheurs, en revanche il n’en est pas de même dès qu’il s’agit de fixer son apparition. Chacun y va de sa proposition. Très franchement, à la lumière des archives que j’ai pu consulter pendant les dix années qu’auront duré mes recherches, je peux affirmer que l’exercice est impossible. Impossible et pourquoi ? Tout simplement parce que les mots drapeau ou étendard sont deux expressions qui se confondent pendant des siècles et qu’elles sont étroitement liées à l’histoire de l’homme.
La Bible regorge d’allusions au drapeau ou à l’étendard en commençant par Moïse, lorsque celui-ci proclame : « Dieu est mon étendard. »
Dans le Zohar, le Livre des Splendeurs, nous trouvons ceci : « C’est ainsi qu’il agit à l’égard d’Abraham, ainsi qu’il est écrit « Et le Seigneur éprouva (nisah) Abraham. » Or le mot « nisah » signifie que Dieu en a relevé le drapeau, la gloire ; car le mot « nes » signifie également drapeau, ainsi qu’il est écrit : « Élevez l’étendard aux yeux des peuples. » Traduction de Jean Pauly, éditions Maisonneuve et Larose (1985).
Chaque tribu juive des douze possède son drapeau d’une couleur différente sur lequel se trouve la figure ou le symbole qui la caractérise.
Les Égyptiens adoptent le taureau et le crocodile, les Assyriens des colombes et des pigeons. Les animaux sont utilisés comme emblèmes jusqu’à la fin du Moyen Âge.
À l’époque de la Grèce Antique, un bouclier, un casque ou une cuirasse, placés au bout d’une lance, servent d’enseigne militaire.
Homère nous rapporte qu’au siège de Troie, Agamemnon prit un voile de pourpre et l’éleva avec la main pour le faire remarquer aux soldats et les rallier à ce signal.
Dans l’exposé qui vient d’être fait de ces drapeaux que nous pourrions nommer primitifs, nous retrouvons le thème de l’unité du groupe et son identité visible vis-à-vis des autres, même si, dans le cas du héros de la Guerre de Troie, le geste recouvre un but pratique, celui d’empêcher les soldats de s’égarer chez l’ennemi.
Puis est venue la mode de graver des devises sur les enseignes. Les Athéniens adoptent la figure de Minerve, l’image de l’olivier et de la chouette.
Pour les Corinthiens, le symbole est le cheval ailé ; les Messéniens se contentent de la lettre M et les Lacédémoniens de la lettre L.
L’enseigne des Perses est un aigle d’or perché à la pointe d’une lance placée sur un chariot; être nommé gardien de l’emblème est vécu comme un suprême honneur.
Chez les Francs ripuaires installés au sud du Rhin (Würms) et le long de la Moselle (Trèves et Metz), c’est une épée la pointe vers le haut. Les Francs saliens vivant autour de Cologne dans l’actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphale ont opté pour une tête de bœuf.
Je n’évoquerai pas plus amplement les Francs ripuaires et saliens car, quoi qu’on en dise, les sources les concernant sont d’une telle imprécision qu’on ne peut adopter à leur égard une attitude nette et tranchée ; d’autant que les débats qu’ils continuent de susciter depuis des lustres dans le milieu universitaire sont, de mon point de vue, parfaitement stériles.
Des historiens proposent 1270 comme étant l’année de l’apparition réelle du drapeau. Leur démarche s’appuie sur le traité entre le roi d’Angleterre Henri III et Gui Dampierre, le comte des Flandres, exigeant une identification de tous les drapeaux existants et leur enregistrement officiel, afin que leur légalité soit confirmée. Pourquoi pas ? Mais c’est, me semble-t-il, faire table rase du passé ; ce passé sans lequel les emblèmes présents en 1270 n’auraient pas vu le jour.
Et puis, notons que la proposition nous renvoie à la question débattue depuis des siècles, apparemment restée sans réponse : à quel moment de l’histoire de l’humanité, le premier drapeau a-t-il été hissé ? Whitney Smith y répond magistralement: « Nous ne savons pas quand, où et en quel endroit fut hissé le premier drapeau des hommes, mais l’antiquité des drapeaux est attestée par le fait que chaque découverte par les archéologues de drapeaux même vieux de plus de cinq mille ans, montre une complication indiquant une ancienneté déjà considérable. D’ailleurs, la question du « premier drapeau » est une fausse question, car les drapeaux ne sont que la manifestation d’une forme plus étendue et encore plus vieille que l’activité humaine : la création des symboles. »
Bientôt apparaissent les drapeaux des régions, des villes, des villages, des associations, des paroisses, des clubs sportifs, des mouvements politiques. Le drapeau donne naissance à la littérature militaire et héroïque, des jeux de drapeaux sont pratiqués par les scouts, des sociétés commerciales créent leur drapeau. Le drapeau, s’il n’est pas le centre de la vie sociale, politique et culturelle des communautés humaines, du moins en est-il le témoin privilégié et l’absolu miroir.
Enseigne militaire et religieuse pendant des siècles, à compter de la Révolution française le drapeau n’est plus le privilège d’une caste civile et militaire, mais la propriété de tout un peuple.
À mesure que l’homme prend possession du monde, l’emblème subit des modifications ; révolue l’époque des bottes de foin, des branches d’arbres, des oiseaux empaillés ou des têtes d’animaux placés au faîte d’un bâton, chaque peuple déborde d’imagination à la fois dans la représentation et dans l’utilisation des matériaux. Les enseignes gagnent en souplesse et le maniement en devient plus aisé. La découverte de la sériciculture, pratiquée déjà en Chine depuis 3 000 ans avant notre ère, permet aux Occidentaux de créer des drapeaux légers, en dépit parfois de leur dimension, résistants et ne craignant pas les intempéries. Sir Nathaniel Boteler, grand amiral de sa Majesté Britannique, écrit un texte à l’intention des marins, intitulé : Six dialogues sur le service de la mer, édité une première fois en 1634, suivi d’une seconde parution en 1638. Comme le titre l’indique, il s’agit d’un dialogue entre un amiral et un capitaine de vaisseau, sur les précautions à prendre dans le traitement de la nourriture à bord. Boteler fait dire au capitaine, en évoquant les drapeaux ou les étendards : « Les drapeaux et les pavillons sont pour moi la même chose, mais où doit-on les placer et à quoi servent-ils ? »
L’histoire a fini par lui répondre. Si le drapeau colle aux origines de la civilisation humaine, jusqu’en 1959 où l’Américain Whitney Smith ouvre un centre de recherches Flag Research Center à Winchester dans le Massachusetts, aucune étude sérieuse n’avait vu le jour sur l’histoire générale du drapeau.
L’initiative fit boule de neige ; au fil des années des associations se constituèrent et l’on vit la création de lieux d’études. En France une association est créée en 1985.
Par quel terme désigner cette nouvelle race d’historiens ? Whitney Smith proposa Vexillologie. Le mot tire son origine du latin vexillum. Le vexillum est un étendard utilisé par la cavalerie romaine, devant permettre aux cavaliers de pouvoir se reconnaître sur le champ de bataille. Le porte-enseigne romain est un vexillaire, et l’amateur de vexillologie est un vexillologue.
Nées dans le berceau de l’humanité, les couleurs accompagnent l’homme depuis son apparition, elles lui servent de moyen de communication bien avant la naissance de l’écriture, comme elles lui permettent dans son lointain passé de laisser libre cours à son imagination en peignant des scènes de sa vie quotidienne sur les parois des grottes.
Les couleurs racontent notre individualité, témoignent de nos angoisses, de nos préjugés et de nos ambivalences. Elles sont aussi le miroir de nos paradoxes.
À l’aide de codes que nous feignons de ne pas vouloir comprendre, elles parlent de nous, mieux que nous ne saurions le faire nous-même. L’homme pouvait-il rêver de meilleur ambassadeur ?
Elles mettent à nu notre intimité tout en nous protégeant du regard des autres. « Elles sont de formidables révélateurs de l’évolution de nos mentalités », écrit l’anthropologue Michel Pastoureau. Nous ne choisissons pas les couleurs, ce sont elles qui nous accaparent.
Nous devons aux Maures d’Espagne la codification de certaines couleurs : le bleu emblème de la fidélité, le jaune de la jalousie, le rouge de la cruauté, le blanc de l’innocence, le noir de la tristesse et du deuil, et le vert de l’espérance.
La chromothérapie découverte dans la haute Antiquité égyptienne, utilisée encore de nos jours, traite toutes sortes de maladies. Les couleurs peuvent rééquilibrer et revitaliser les énergies corporelles et améliorer les traitements thérapeutiques.
En 1857 le baron Frédéric Portal (1804 – 1875), par ses travaux sur la symbolique des couleurs, élabore un schéma où il distingue une « langue divine » laquelle, s’adressant directement à la compréhension de tous les hommes, a pour objectif de leur révéler l’existence des Dieux ; rappelant également aux monothéistes que le Verbe de Dieu est appelé Lumière procédant de la lumière.
La « langue sacrée » a vu le jour avec la construction des sanctuaires, des temples et lieux de recueillement, mais règle aussi la symbolique du langage de l’architecture, de la sculpture et de la peinture.
Enfin une langue « profane » qui est l’expression existentielle de la position de l’homme entre le macrocosme et le microcosme.
Plus proche de nous, Michel Pastoureau, historien, anthropologue, spécialiste des couleurs, a aussi la particularité d’appartenir à une famille qui compte trois grands-oncles peintres et un père passionné de tableaux. Cette hérédité suffit à nous faire comprendre les raisons de son engouement.
Je me suis appuyé sur les travaux de ces éminents chercheurs pour vous entraîner dans le dédale du mystère des couleurs.
Le choix d’une couleur devant illustrer le drapeau d’une nation est-il dû au hasard ou puise-t-il son originalité dans les racines du peuple ?
Prenons le bleu de l’emblème français. Voilà une couleur qui met des années avant de trouver sa place. Il est absent des dessins dans les grottes paléolithiques et néolithiques, guère considéré dans l’Antiquité, car il n’apparaît pas comme une couleur utilisable. Le blanc, le noir et le rouge sont les seuls à jouir de la considération des créateurs.
Le bleu devient une couleur à la mode durant l’époque pharaonique. Les Égyptiens découvrent qu’il porte bonheur lors du voyage dans le royaume des morts, mais il doit partager la vedette avec le vert.
Toutes les dynasties utilisent la poudre de lapis-lazuli qui donne un bleu profond. Ce colorant correspond à la cuisson dans les fours de potier, pendant plusieurs heures, d’un mélange de silice, de produits calcaires et d’un fondant – à l’époque le natron (sesquicarbonate de sodium naturel) – il s’agit du premier colorant synthétique. Le secret de fabrication transmis de bouche à oreille est bien gardé.
Et puis, sans que l’on sache trop pour quelle raison, le bleu disparaît. Michel Pastoureau indique qu’il s’agit d’une couleur difficile à fabriquer et en déduit qu’il faut peut-être trouver là, la raison fondamentale de son retrait de la vie sociale, religieuse et militaire. De plus le bleu ne jouit pas d’une bonne réputation. Dans la Rome antique, c’est une couleur qu’utilisent les Barbares ; avoir les yeux bleus pour une femme est le signe d’une vie de débauche, pour un homme la caractéristique d’une personnalité sans éclats.
Durant le haut Moyen Âge, le bleu est en retrait, absent de la liturgie chrétienne. Et soudain dans le courant des xiie et xiiie siècles, il réapparaît et occupe avec violence la première place. Savait-on mieux le fabriquer? Non, la réhabilitation vient des Pères de l’Église, qui découvrent que la lumière de la foi chrétienne est bleue. Le ciel des tableaux n’est plus peint en noir mais en bleu ; sur les vitraux montrant Jésus pendant les trois années de sa prédication de vérité et de sagesse, ses vêtements sont bleus. Mais c’est à la Vierge et à Clovis que le bleu doit sa pérennité.
Pour ce qui concerne la Vierge, elle est souvent représentée vêtue d’un manteau ou d’une robe bleue ; l’Église catholique se place pendant des siècles sous le culte marial.
Et à Clovis ai-je annoncé. En choisissant le manteau de saint Martin comme emblème protecteur avant la bataille de Vouillé, le souverain impose le bleu comme la première couleur du drapeau français à venir. Il l’impose aussi à ses descendants directs et indirects : Philippe Auguste se couvre d’un manteau bleu, son petit-fils Saint-Louis suit le mouvement et ainsi de suite jusqu’à Charles X. « Le bleu, dit Michel Pastoureau, devient la couleur des aristocrates. Les teinturiers stimulés par l’engouement des princes et des rois fabriquent des bleus magnifiques. »
Les hommes d’Église qui sont pour certains des scientifiques, cherchent à élargir le champ d’exploitation des couleurs. Ils dissertent longuement autour du phénomène de l’arc-en-ciel, dont on dit qu’il recèle quelque 700 couleurs qui sont visibles à l’œil nu.
Le bleu est partout, un peu utilisé à tort et à travers ; on lui prête le pouvoir de dissiper les ténèbres, ce qui fait que les vitraux explosent de bleu. « On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, précise Michel Pastoureau, le cafre appelé plus tard le bleu de cobalt. De l’abbatiale de Saint-Denis regorgeant de bleu, la couleur va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où elle deviendra le célèbre bleu de Chartres. »
Le bleu qui avait connu des difficultés à s’imposer prend toute sa place en Europe dans le milieu du xviiie siècle. Un pharmacien de Berlin par accident invente un bleu qui va faire fureur: le bleu de Prusse. Cette teinte ouvre la possibilité aux teinturiers, qui sont les grands magiciens en la matière, de diversifier la gamme en offrant une palette importante de nuances. À la même époque, des marchands importent l’indigo des Antilles, dont le pouvoir colorant se révèle plus fort que l’ancien pastel. Le bleu poursuit sa route, la jeunesse européenne s’habille de bleu, c’est si mélancolique et romantique. En Amérique du Nord apparaît le blue-jean inventé à San Francisco en 1850 par un tailleur nommé Lévi-Strauss ; ce pantalon taillé dans une grosse toile teinte indigo convient parfaitement à la société protestante qui prêche qu’un vêtement de travail doit être utile sans plus.
À compter de 1930, le jean devient un vêtement de loisir, et en 1960 dans le reste du monde, le symbole de la révolte.
« Pour un court moment, ajoute malicieusement Michel Pastoureau, car un vêtement bleu ne peut être vraiment rebelle. Aujourd’hui, regardez les groupes d’adolescents dans la rue, en France : ils forment une masse uniforme et… bleue. »
Après des années d’agitation, le monde est devenu bleu. Omniprésent, consensuel ; on peut dire qu’il s’agit de la couleur du raisonnable. Pour s’en rendre compte, il suffit de dresser la liste des organismes qui tous ont choisi le bleu pour les représenter : l’ONU, l’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne. Le drapeau européen est bleu.
À force de consensus, du refus de faire des vagues, de chercher le compromis et défenseur d’un certain conservatisme, le bleu finalement se montre à nouveau discret, comme il l’avait été durant des siècles.
Le bleu, couleur de la pérennité et de la fidélité, qui jamais ne révèle son intimité.
Le blanc bénéficie d’une situation privilégiée par rapport aux autres couleurs. Sur les grottes du paléolithique, la représentation d’animaux est faite à l’aide d’une matière crayeuse. La lumière du Big Bang est blanche et les Chrétiens ont vu de tout temps la parole de Dieu comme un blanc lumineux à la manière de l’écoulement de la lumière divine qui serait issue du soleil.
Le blanc et le noir matérialisent le principe de la lumière et de l’obscurité ; l’éternel combat entre le bien et le mal, le jour et la nuit. Les Anciens n’admettaient que deux couleurs primitives, le blanc et le noir et savaient faire la distinction entre le blanc mat du brillant, entre le lisse et le rugueux.
Dans la Bible, les vêtements blancs sont les symboles de la régénération des âmes et la récompense des élus ; « Celui qui vaincra, dit l’Apocalypse, sera vêtu de blanc, et je n’effacerai point son nom du livre de vie ; le royaume du ciel appartient à ceux qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang et l’Agneau. »
Toujours dans l’Apocalypse, Jésus dit : « Je donnerai au victorieux une pierre blanche sur laquelle sera écrit un nom nouveau, que nul ne connaît que celui qui le reçoit. »
Le mot grec leukos signifie blanc, heureux, agréable, gai ;
Jupiter avait le surnom de Leucens. Le latin candidatus – candidat – dérive de candidus (blanc), car celui qui se présente au suffrage des électeurs met une robe d’un blanc éclatant. Les Romains notaient les jours fastes avec de la craie et les néfastes avec du charbon.
Dans la mémoire collective, le blanc se rattache à la pureté, à l’innocence, à l’enfance perdue, à la paix, la sérénité, à la vieillesse et à la virginité des femmes.
Ce ne sont pas des symboles exclusivement occidentaux, nous les retrouvons à l’identique en Asie et en Afrique noire.
Au xiiie siècle, l’Église institue la virginité des femmes au moment du mariage. Durant l’Antiquité, le pucelage – puisqu’il faut bien appeler les choses par leur nom –, n’avait pas l’importance qu’on lui a donnée par la suite. C’est devenu une obsession en particulier chez les Juifs et les Musulmans. De nos jours, du moins en Occident, la virginité et le mariage ne sont plus reconnus comme des valeurs, la femme qui se marie en blanc veut seulement perpétuer une tradition.
