La Fan du Bois de l'Ubac - Marine Audran - E-Book

La Fan du Bois de l'Ubac E-Book

Marine Audran

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Beschreibung

Charline, auteur d'un conte où il manque la fin. Fan refoulée d'un chanteur. Elle décide de dompter ses craintes et les autres à coup de salade de fruits. C'est ainsi que débutera la recherche de l'authentique, du vrai, d'un point final, pour mieux recommencer...

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Table des matières

1 | Jack l’ananas

2 | Le lendemain de la rencontre

3 | Un zeste plus fort

4 | La Famille Addams

5 | Les gens sont méchants

6 | On sort ce soir ?

7 | Le chat

8 | Le pompier fan de lui-même

9 | Sans nom

10 | Le geek à la boule de Motus

11 | Moment de doute

12 | À table !

13 | Rêve réaliste

14 | Djef

15 | L’homme à la manifestation

16 | La marche

17 | Premier soir

18 | Rétrospective

19 | Peu productive

20 | Proust

21 | Touchée-coulée

22 | Aller faire ses courses

23 | Jeudi

24 | Vendredi

25 | Terre rouge

26 | Joyeux anniversaire

27 | Plus besoin d’eux

28 | Rêve infidèle

29 | Au revoir

30 | Avant le concert

31 | Concert avec Jimmy

32 | Petit traité pour les cuisiniers en tout genre

33 | La démission

Épilogue

Discographie

Remerciements

1 | Jack l ’ananas

Les sites de rencontres devenaient lassants. Peu importait la personne, les mêmes sujets revenaient encore et toujours. Que fais-tu dans la vie ? Tu as des passions ? Que recherches-tu ?

Charline essayait d’être originale. Elle adaptait ses conversations en fonction du contenu qu’elle lisait. Parfois, elle lâchait des bombes comme : « Aimes-tu les ananas ? » En principe, cela déroutait son interlocuteur et elle lui proposait un rendez-vous.

Elle échangeait depuis une quinzaine de jours avec un homme de vingt-huit ans. Son profil se composait d’une seule photo. Elle n’avait donc pas pu faire son diagnostic qui consistait à analyser attentivement son profil pour déterminer s’il lui plaisait. Elle le regardait intensément, comme si elle était sur le point de percer son mystère.

Sur le cliché, l’homme était assis sur une marche, l’objectif capturait son sourire dans son intégralité. Elle lisait dans son expression de la malice. Il portait un bonnet qui lui donnait un air nébuleux et inébranlable. À court d’arguments virtuels, ils décidèrent de se rencontrer.

« Je t’invite à manger un morceau chez moi », la devança-t-il.

Elle hésita ; elle préférait généralement que ses premiers rendez-vous se déroulent dans un lieu public.

« Que puis-je apporter ? »

« De la vodka. »

« OK, à tout à l’heure ! »

Elle entra les coordonnées sur le GPS de son portable et commença à se préparer.

Elle s’habilla d’une robe blanche et fluide qui s’arrêtait aux genoux ; de fins bleuets ornaient sa poitrine. Elle se chaussa de sandales en cuir camel dont les lanières lui remontaient à mi-mollets. Enfin, elle opta pour un maquillage naturel avec un léger trait de liner et détacha ses cheveux ondulés.

Elle adorait apporter un fruit chez ses hôtes en guise de remerciement. Elle aimait observer la surprise se refléter dans leur regard. Elle savait que ses amis n’y voyaient rien d’autre qu’un simple aliment, mais elle s’en moquait. Elle savait aussi qu’ils la trouvaient surprenante et folle. On ne choisit pas sa famille, mais son entourage restreint oui, et ils l’avaient élue comme l’artiste du groupe.

Avant de partir, elle appela Margot, sa complice de circonstance.

— Coucou ma belle ! la salua-t-elle quand elle décrocha.

— Salut ma chérie ! Aujourd’hui, je vais dîner chez un mec. Je t’envoie son adresse et je t’écris quand j’y suis.

— OK, bonne baise… soirée ! se reprit-elle, feignant que sa langue avait fourché.

— Incorrigible !

Un immeuble se dressait face à elle. Elle reconnut la lettre « C » indiquée dans l’adresse communiquée un peu plus tôt. Elle franchit l’entrée principale, puis se retrouva devant celle de son hôte. Il apparut dans l’entrebâillement de la porte.

Stupéfaite, elle le vit, barbe de trois jours, la quarantaine, ventre à bière sous un gilet noir, les yeux brillants d’alcool. « Faites que ce soit son jumeau moche », implora-t-elle.

Malgré ce que lui criait tout son être, elle le salua de son plus beau sourire. Une partie d’elle lui ordonnait : « Tire-toi de là », et l’autre l’invitait à le prendre en pitié. Dans ces moments-là, son côté ultra-optimiste refaisait surface. Elle avait espoir de passer une bonne soirée même avec un homme au physique très éloigné de l’unique photo de son profil.

— Ah, salut. Entre, l’accueillit-il de manière nonchalante.

Elle l’observait. Lui fuyait son regard. Sans un mot, il la conduisit dans le salon. Charline avançait à petits pas. Elle sentit une odeur drôlement inexplicable, celle d’un ordinateur poussiéreux en surchauffe. Le salon s’étendait dans toute sa longueur avec, au bout, un balcon abandonné. Une table basse en verre départageait les deux rives. À gauche, un immense meuble TV habillait une grande partie du mur. Sur les étagères de celui-ci, il y avait des coupes de sport, une collection de bouteilles de vodka vides, des bibelots dépareillés, une carte postale avec le fessier d’une femme en très petite culotte... Une télévision était bien présente également. Dans l’alignement du meuble, une collection d’armes était accrochée, dont une carabine qui tenait, semblait-il, grâce à deux pattes de sanglier. À droite, le canapé d’angle moutarde mettait en évidence des coussins aux mille couleurs réalisés avec une technique du crochet irréprochable. Une troisième personne participait à cette soirée : une femme au regard vert perçant, peinte à l’huile.

— Assieds-toi sous Maman, lui intima-t-il, les yeux injectés de sang.

Il la débarrassa de sa bouteille de vodka. L’ananas éveilla son attention, mais il ne posa aucune question. Une occasion en moins pour Charline d’aborder un sujet léger sans enjeu. Il mit le fruit en évidence sur la table basse.

— Alors, tu as trouvé facilement ? s’enquit-il joyeusement.

Ce changement d’intonation l’interpella. Elle s’efforça de répondre naturellement :

— Oui !

— J’étais même surpris en te voyant devant moi ; je n’étais pas prêt.

Elle choisit avec prudence ses mots, il était quand même plus lourd d’au moins quinze kilos.

— Moi non plus.

— Tu me trouves comment ?

— Plus grand que sur la photo. Elle n’est pas récente, si ?

— Elle a dix ans, j’aime pas trop ces trucs-là. Je ne suis pas comme les Dieux du stade !

L’angoisse de Charline se cristallisait au plus profond de ses entrailles. La soirée était un fiasco. Ils n’avaient rien à se dire, elle n’avait pas envie de s’intéresser à lui et encore moins d’avoir un rapport sexuel avec cet homme. Il la dégoûtait.

Il lui servit un verre. Elle ne comprenait pas comment l’ambiance pouvait être si différente de leurs précédents échanges, pourtant tellement chaleureux. Elle attrapa une poignée de cacahuètes pour se donner une contenance.

— Tu es si belle et jeune !

Elle avala d’une seule traite son apéritif et mâcha frénétiquement le reste des cacahuètes coincées entre ses dents.

— J’ai le même âge que sur le profil.

Il tapota le canapé de sa main.

— Tu es trop loin, approche-toi de moi.

— Je te garantis que non, assura-t-elle en lui montrant d’un geste peu assuré l’écart qui les espaçait.

Elle essaya d’aborder une attitude détachée et prit son téléphone : « Margot, appelle-moi dans dix minutes et fais-moi une scène pour que j’arrive sur-le-champ. » Un silence s’installa. L’homme regarda en face de lui, se leva brusquement et attrapa un sabre accroché au mur.

— Je vais couper l’ananas ! annonça-t-il, ravi de son idée.

Elle leva les yeux de son téléphone ; ses pupilles se dilatèrent. Elle imaginait parfaitement la une des journaux : « Femme retrouvée scalpée. » Son cœur se mit à battre plus vite et elle réalisa qu’il lui faisait peur. Elle l’observa monter et descendre le sabre en direction de l’ananas.

— Tiens la tige.

— Non merci, je suis encore au salé !

Il lâcha son arme sur la table basse.

— Je reviens, je vais pisser.

Charline se leva. Ses tempes tambourinaient à la cadence des battements de son cœur. Elle se dirigea vers la porte d’entrée et l’ouvrit. Soulagée qu’elle soit déverrouillée, elle se mit à courir jusqu’à sa voiture. Dans sa hâte, elle laissa son cabas en plastique s’envoler. Elle le regarda tout en fuyant. Ses mains tremblaient et l’ouverture de la voiture lui sembla prendre une éternité. Elle s’y engouffra avec précipitation et démarra.

Elle n’arrivait pas à réaliser la tournure qu’avaient prise les évènements. Les mains crispées sur son volant, elle s’éloigna de la résidence, puis de la ville. Elle regarda dans son rétroviseur. La nuit profonde de la départementale et l’absence totale de voitures renforçaient sa solitude. À l’entrée de la ville suivante, elle dépassa les guirlandes festives accrochées à l’année. Sur le bas-côté, elle improvisa une place dans coin ni trop illuminé ni trop sombre situé entre deux lampadaires. Son frein à main était déjà levé : elle se dit que c’était le genre d’oubli à ne plus réitérer, puis contacta Margot.

— Salut toi ! Je n’ai même pas eu le temps de t’appeler.

— Il a sorti un sabre, j’ai fui.

— Bordel ! Qu’est-ce que je t’avais dit ? Ça t’excite le pistil, de rencontrer des gens tordus, ou quoi ?

— J’ai failli me faire dessus.

— Ce n’était pas Jack l’Éventreur, mais Jack le Sabreur…

— On s’en amusera plus tard, car là, tu comprendras que je n’ai pas trop la fibre ! On se parle demain.

Elle raccrocha. Arrivée chez elle, elle découvrit les messages de son hôte du soir. « Tu es partie, dommage. » Elle avait également reçu une photo de son pénis en érection. « Tu avais peur de te le prendre dans ton cul, petite cochonne. »

Elle était écœurée rien qu’à l’idée de l’imaginer se masturber en pensant à elle. D’humeur assassine, elle mit les choses au clair : « Écoute-moi bien, gros dégueulasse, quand on n’a pas le courage de recevoir sans être bourré, on évite d’envoyer des photos de ses couilles ! J’ai fait preuve de charité en passant la soirée avec toi. Je vais faire le nécessaire pour que tu ne puisses plus approcher d’autres femmes. Tu es un grand malade ! Pour le bien de toutes, coupe-la-toi avec ton sabre et fous-toi l’ananas dans le cul, gros porc ! »

Charline bloqua ce malade sur tous les réseaux, le signala sur le site de rencontres et effaça toute trace de lui sur son téléphone.

Elle vit un message de Margot. Cette dernière voulait s’assurer que son amie était bien rentrée. Dans un pêle-mêle à mi-chemin entre la blague pour détendre l’atmosphère et le rappel qu’elle était là au besoin, Margot tenta de la réconforter à sa manière. Elle termina par : « Je te laisse digérer tout ça… Je t’appelle demain, bisous. » Charline lui répondit avec une émoticône pouce levé et éteignit son téléphone. En tailleur dans sa baignoire, elle laissa l’eau couler. Charline ferma les yeux et mentalisa ses pensées noires s’évaporer le long de son corps. Elle cherchait à se purifier de cette soirée malsaine. Elle se coucha, le cœur dépourvu de chaleur.

2 | Le lendemain de la rencontre

Sur un fond de musique, bande de cire en main, stylo pincé entre ses dents, Charline faisait une séance d’épilécriture. Elle avait toujours aimé écrire des histoires. Elle en avait même commencé une lorsqu’elle était à l’école primaire. Elle souhaitait la terminer pour la faire éditer, le seul bémol étant qu’elle ne trouvait pas la fin. Elle avait choisi de raconter aux gens la vie à travers ses filtres. Pour l’instant, elle ne se la racontait qu’à elle-même, étant donné qu’il fallait accessoirement qu’elle se nourrisse et paie ses factures. Elle travaillait comme employée polyvalente dans un hôtel.

Ce matin-là, elle cherchait à se perdre dans ses pensées en espérant que des idées surgissent. Alors qu’elle se concentrait sur l’épilation de l’arrière de son genou, elle entendit sortir de son poste radio une mélodie agréable : « Tout petit caneton, j’attendais la plume qui ferait que mon nom soit dans les tribunes, des canards, des journaux, des vendeurs de brume. » Des tambours s’emballèrent dans sa poitrine. Elle reconnut la voix du chanteur qu’elle avait trouvé furtivement sympathique il y avait de ça quelques semaines. Cette chanson s’avérait moins lassante que celle où il comparait son cœur à une cruche. À cet instant, les paroles qui s’évadaient faisaient sens. Elle aurait presque pu croire qu’elle avait été écrite pour traduire ce qui se passait en elle, lorsqu’elle était en quête d’inspiration.

Elle s’évada, s’imaginant le célèbre vilain petit canard. Elle visualisait la démarche hésitante du caneton avec ses palmes bien trop grandes pour lui, qui savait en son for intérieur qu’il ne ressemblerait jamais aux oiseaux « normaux ». Il se sentit médiocre, malaisant, honteux jusqu’au jour où il se rendit compte qu’il ne voulait pas être comme eux. Désormais, leur approbation lui importait peu. Il avait trouvé dans son salut la liberté de s’affirmer.

Elle leva sa bande de cire en l’air sur laquelle quelques poils ondulaient. « “Fuck” ! dit le canard aux connards. Un pas après l’autre, j’atteins mes objectifs. Je passe outre les remarques de tous ces individus soi-disant bien intentionnés ! Ce sont des perfectionnistes qui me découragent et ils noircissent tout ce que j’entreprends. Pourtant, eux, ils n’accomplissent rien. »

Elle se demanda si les textes de ce chanteur étaient basés sur son propre vécu. Avait-il dû surpasser les jalousies ? Avait-il entendu « reste dans le moule » et surtout « ne prends pas le risque d’assumer qui tu es » ? Pour Charline, il avait suffisamment cru en ses mots et s’en était allé chercher les bonnes personnes pour créer les opportunités malgré les chutes, les réponses négatives et les « je te l’avais dit ».

Elle se reconnaissait dans l’image du caneton qui cherche son identité. Toujours une bande de cire en main et l’autre sur sa jambe, elle ferma les paupières. Ses doigts devinrent plumes, formant des ailes dans le prolongement de ses mains. Elle ressentit un vent de liberté, une envie de s’élancer. Elle aussi voulait survoler un monde où elle resterait authentique à travers ses mots.

Elle se leva brusquement et lâcha un petit cri quand elle sentit les poils de sa cuisse s’arracher. Elle se dirigea vers la table du salon et coucha à la hâte quelques phrases. Charline comprenait qu’elle éprouvait des sentiments contradictoires vis-à-vis de cet artiste. Elle aimait les émotions que lui procuraient ses chansons, mais elle ne gérait pas sa vulnérabilité tandis qu’elle les écoutait. Elle se demanda pourquoi elle n’arrivait pas à être une simple fan. Elle se compliquait souvent la tâche lorsqu’un aspect créatif de sa vie se mêlait à ses sentiments. Les deux étant étroitement liés, Charline mettait en place des actions souvent loufoques que Margot, en tant que copine franche, accueillait positivement ou bien repoussait sans le moindre tact quand elle estimait que c’était nécessaire. Quel subterfuge étrange Charline allait-elle donc inventer pour donner un sens à ce melting pot de sentiments ? Dans l’attente de prendre une quelconque mesure, elle décida de ne plus nommer ce chanteur. Elle interdit également à ses amis, surtout à Margot, de l’évoquer. Il devint Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

3 | Un zeste plus fort

Charline regarda la sonnette, tendit le doigt et appuya.

— Entre, dit Margot.

Au creux de ses mains logeaient quatre citrons.

— Il manque les autres ingrédients, annonça timidement Charline.

— J’ai toujours une pâte et des œufs.

Directement, les deux jeunes femmes revêtirent leur tablier. Margot pressa les citrons qu’elle ajouta au beurre fondu. Charline surveillait la cuisson de la pâte sablée et mélangeait en même temps le sucre et les œufs. C’était un moment de partage silencieux. Le plaisir de faire quelque chose sans que les mots dénaturent l’instant présent.

Elles réunirent les ingrédients. Margot remua la préparation dans la casserole. Charline regarda le liquide s’épaissir, puis devenir onctueux et prêt à être déposé sur sa base toute dorée.

— On aurait pu faire un cake à l’ananas, déclara Margot.

— C’est trop frais, vraiment trop frais pour en rire.

— Comment te sens-tu ?

— Salie, vide, révoltée.

— Révoltée ? releva Margot.

— Oui. Il m’a envoyé des messages écœurants et une photo de sa bite.

— Oh my God ! Elle était comment ?

— Ferme-la.

— Ma Cha », nous allons enquêter sur la gent masculine que tu fréquentes.

— Il va peut-être falloir, oui. Et toi, comment ça se passe au boulot ?

— Changeons de sujet ! Eh bien, la routine. La plupart des clients sont faciles à vivre. Hier soir, rien à signaler à part un gamin qui regardait trop fort son dessin animé sur le téléphone de ses parents.

Charline adorait écouter son amie parler de son travail. Elle était serveuse. Margot avait comme projet d’ouvrir sa propre affaire en organisant conjointement des évènements multiculturels. Charline comprenait mieux la complexité de ce métier depuis qu’elle servait, elle aussi, dans le restaurant de l’hôtel.

Margot regarda Charline d’un air intéressé.

— Et toi, comment se portent tes consanguins de patrons ?

La jeune femme éclata de rire.

— Ils sont complètement frappadingues. L’autre matin, j’ai débarrassé la table du petit déjeuner et il restait un croissant que j’ai rapporté en cuisine. Je retournais à la plonge quand la patronne s’est époumonée sur moi : « Vous avez mangé mon croissant ! » Lorsqu’elle a vu qu’il était sur la table devant elle, elle a marqué un arrêt et a continué son train-train. J’avoue que, dans ces moments-là, une rage monte en moi et j’ai envie de leur crever les yeux.

Charline avait les zygomatiques qui frétillaient : son visage réagissait à l’acidité du citron, ce qui lui vivifiait les papilles. À chaque bouchée, la crème se mêlait au goût sucré du sablé.

— Tu aurais dû manger le croissant : avec un peu de chance, elle aurait fait une attaque.

— Ne dis pas de choses pareilles. Je les déteste, mais je ne souhaite pas leur mort.

— Ouais, c’est mieux de leur arracher les yeux.

— Crever ! corrigea-t-elle en lui tirant la langue.

La journée fut aussi douce que les pâtisseries partagées. L’esprit rempli de réconfort, Charline rentra plus apaisée.