La formation des catéchistes paroissiaux - Joseph Biyaga - E-Book

La formation des catéchistes paroissiaux E-Book

Joseph Biyaga

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Beschreibung

Cet ouvrage analyse avec sensibilité, mais sans complaisance, les situations dans lesquelles sont confrontés les catéchistes dans l’exercice des fonctions qui leur sont confiées: pluralité religieuse, pression de la vie... Toutes ces situations mettent à mal la catéchèse, l’initiation chrétienne et les autres activités pastorales.
A-t-on pour autant tiré les conséquences très pratiques de ces nouvelles situations? Cet ouvrage tente de le faire en partant d’un dispositif de formation basé sur une pratique de compagnonnage et d’autoformation. Il développe une réflexion théologique sur les ministères au service de la communauté et de l’Église articulée avec les défis du temps présent et montre quel type de leadership invite à un engagement plus résolu et confiant. C’est cette nouvelle approche de la formation qui est mobilisée dans cet essai, portant sur une nouvelle éthique de l’action formative. L’auteur prend acte des défis actuels et élabore une réflexion qui peut réenchanter la formation des catéchistes dans nos paroisses et dans nos églises particulières. La théologie de l’appel requise aujourd’hui contraint d’inventer des initiatives nouvelles qui répondent aux besoins des personnes, à la vocation à laquelle ils répondent et au contexte dans lequel ils se développent.




À PROPOS DE L'AUTEUR




Prêtre du diocèse d’Eséka (Cameroun), Joseph Biyaga assure la charge pastorale des paroisses de la Velaine dans le diocèse de Namur. Titulaire d’un diplôme spécialisé en catéchèse et pastorale (Belgique) et d’un doctorat en théologie pratique (Université Laval, Québec), il poursuit ses recherches en andragogie : formation en catéchèse des adultes, dans l’accompagnement et la formation des catéchistes en paroisse.

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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Formationdes catéchistes paroissiaux

© Saint-Léger éditions, 2019.

Tous droits réservés.

Formationdes catéchistes paroissiaux

Compagnonnage et autoformationpour un leadership pastoral partagé

P. Joseph Biyaga

Liste des abréviations

AL : Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolat des laïcs(18 novembre 1965)

AG : Décret sur l’activité missionnaire de l’Église Ad Gentes(7 décembre 1965)

CL : Exhortation apostolique synodale Christifideles laici(30 décembre 1988)

CT : Exhortation apostolique Catechesi Tradendae(16 octobre 1979)

CV : Lettre encyclique L’amour dans la vérité Caritas in Veritate(29 juin 2009)

DGC : Directoire général de catéchèse (11 avril 1971)

DGC : Directoire général pour la catéchèse (15 août 1997)

DV : Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum(18 novembre 1965)

EA : Exhortation post-synodale Ecclesia in Africa (14 septembre 1995)

EN : Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi(8 décembre 1975)

GC : Guide pour les catéchistes (3 décembre 1993)

LG : Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gen-tium(21 novembre 1964)

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Préface

« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples »(Mt 28,19). C’est la consigne que le Christ donne à ses Apôtres avant de retourner vers son Père. Il les aura pré-parés pendant trois ans à cette mission. Il leur a promis l’Esprit Saint tout en les assurant de sa présence perma-nente. Les Apôtres ont annoncé la Bonne Nouvelle du Salut avant de confier la mission reçue à leurs succes-seurs. Mais cette tâche n’est pas de la responsabilité des seuls Apôtres. Tout baptisé est prêtre, prophète et roi, choisi pour annoncer les merveilles de « celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P 2,9).

Très tôt la place du catéchiste est née et est devenue incontournable dans l’évangélisation. L’Église recon-naît la valeur et le courage de ces témoins vivants de l’amour de Dieu pour son peuple. Cependant le tra-vail des catéchistes appelle chaque jour à réfléchir sur la manière d’accomplir la mission du Maître dans un monde en perpétuelles mutations.

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D’une manière générale, le rôle de ces Apôtres est de faire vivre de l’Évangile et d’accompagner le peuple de Dieu dans les diverses activités d’initiation chré-tienne, dans l’approfondissement de leur sacrement de baptême tout en les préparant aux autres sacrements dont l’Eucharistie et la Confirmation. Au quotidien, ils sont appelés à former à l’écoute et à la célébration de la Parole de Dieu. Enfin ils guident le peuple à un changement de mentalité et au témoignage de la foi par l’observation de la Parole de Dieu. Cette démarche doit aboutir à la conviction que Jésus-Christ n’est pas un personnage d’une légende ancienne, mais bien le Fils de Dieu qui nous aime, nous parle et nous sauve en donnant sa vie pour nous. Bien sûr que cela se fait à la lumière des contextes socio-culturels et des défis qui caractérisent notre temps. L’on voit que la mission que le Christ a confiée à ses Apôtres et à laquelle participent, à un certain degré, les catéchistes est partie intégrale et déterminante de la formation humaine et spirituelle de la personne, de manière à aider les uns et les autres à construire un rapport personnel avec Jésus-Christ, à expérimenter et à intégrer les valeurs chrétiennes et à être protagonistes, voire promoteurs, des rapports de fraternité. L’engagement de la catéchèse doit insister sur la formation humaine et intégrale : la crainte de Dieu, la tolérance, la charité, la non-violence, la jus-tice, la paix, la vérité.

Si le catéchiste d’hier a joué son rôle avec efficacité et honneur, celui d’aujourd’hui, à n’en pas douter, a du mal à imposer sa présence et sa tâche à la communauté ecclésiale qu’il dessert. De par la formation d’un laïcat adulte et responsable d’une part, le développement des

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sciences humaines et technologiques dans un monde pluriel et complexe d’autre part, le catéchiste n’est plus à même d’encadrer, sans distinction, les différentes couches de la société. Pourtant le modèle n’est pas à ranger dans les placards. L’on ne conçoit pas un vil-lage ou un « poste » de quartier sans catéchiste. Cepen-dant le modèle traditionnel d’un catéchiste bénévole, à mi-temps ou à plein temps, ne se comprend plus et ralentit les ardeurs des prétendants. Il faut réfléchir à une nouvelle génération de catéchistes, surtout dans nos pays de Tiers-Monde.

L’auteur propose un type de catéchistes de paroisses moulés dans le compagnonnage et l’auto-formation. Ce n’est certes pas nouveau. Pendant trois ans le Christ ne s’est pas séparé de ses Apôtres. Ils ont vu et entendu ce qu’il enseignait et faisait. Ils ont demandé à apprendre à prier. Parfois le Christ les a envoyés en remplacement dans les villes et villages où il devait aller lui-même. Il leur a appris à se préoccuper des malades, des possédés et des affamés : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16). Il les éprouvait, sachant lui-même ce qu’il allait faire. D’ailleurs il leur disait : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). « Attendez l’Esprit Saint. Il vous expliquera en détail ce que je vous ai dit » (Jn 14,26). En aucun cas le Christ n’a délivré à ses « amis » des cer-tificats de fin de formation, il les a envoyés, comme des agneaux au milieu des loups (Lc 10,3).

Après le retour du Christ vers son Père, et une fois investis de la force de l’Esprit Saint, les Apôtres se sont lancés dans le monde pour témoigner de ce qu’ils ont vu et entendu, de ce que leurs mains avaient touché.

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L’auteur propose « des pratiques de compagnonnage et d’autoformation qui rendent les personnes capables de se repérer dans leur environnement social aussi bien qu’ecclésial ». C’est une bonne suggestion. Cependant, ne faudrait-il pas revoir la conception globale de la mission du catéchiste, telle que la définissent Vatican II et les différents Papes ? Dans une récente réflexion, la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC) a déploré l’absence des prêtres dans la forma-tion par la catéchèse. Même la préparation aux sacre-ments est totalement laissée entre les mains des caté-chistes, très souvent, et surtout dans les campagnes, malmenés par la paupérisation ambiante, sans soutien financier ou psychologique et parfois même ne sachant ni lire ni écrire ou n’ayant qu’une formation intellec-tuelle fondamentale. Pendant ce temps les prêtres se battent pour une vie matérielle aisée. Certains n’hé-sitent pas à parler de salaires. Les catéchistes dans cet environnement ne servent qu’à racoler et à rempiler pour le clerc qui considérera que les autres ne sont que des « serviteurs inutiles ». Ils ne font que leur travail.

La perspective de formation qui est proposée ici est interpellative. Elle nous permet de nous remettre en question. Le Christ n’a jamais mis ses Apôtres dans une salle de classe. Il a vécu avec eux, marchant et man-geant avec eux. De retour à la maison il leur expliquait certains de ses propos. Il allait seul sur la montagne pour prier. Les Apôtres ont eu soif de prier et ils ont demandé à apprendre. Rien d’étonnant que dans leur ministère pastoral ils exhortent à la prière, à l’invoca-tion du Saint Nom de Dieu. Par le seul nom de Jésus,

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ils opèrent des miracles et transforment le monde en un peuple de croyants.

Le prêtre doit entraîner par l’exemple, par la convic-tion de sa foi. Lorsqu’il réunit ses catéchistes c’est pour leur communiquer ce qu’il a reçu lui-même. L’auteur nous remet ainsi à l’école de Jésus, cet « étranger » sur la route d’Emmaüs qui sait tout de l’histoire de la Rédemption, qui est au courant de l’actualité, mais qui demande à ses compagnons de quoi ils parlent et de manière triste (Lc 24,13-17). Nous pourrions dire avec la sagesse populaire : telle catéchèse, tel prêtre et tel prêtre, tel catéchiste. Nous avons donc intérêt à soigner le compagnonnage que nous propose l’auteur.

Monseigneur Jean-Bosco Ntep

Évêque d’Edéa (Cameroun)

Président de la commission épiscopale pour l’évangélisation

Aux formateurs des catéchistes.

À tous les catéchistes.

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Introduction générale

Au cours des dernières décennies, de nombreux écrits théologiques et réflexions sur la pastorale caté-chétique se sont appuyés sur certains textes ecclésiaux : l’Exhortation apostolique post-synodale Catechesi Tradendaede Jean-Paul II (1979), le Directoire Géné-ral pour la catéchèsede la Congrégation pour le clergé (1997). Ces documents ecclésiaux reconnaissent en effet la place de la catéchèse dans l’Église et la néces-sité d’assurer aux catéchistes laïcs une formation à la hauteur des fonctions ecclésiales qui leur sont confiées. Même si l’Église a toujours assumé ces responsabilités, elle est aujourd’hui confrontée à de nouvelles situa-tions. la diversification des fonctions ecclésiales exer-cées par les catéchistes, leur vieillissement, leur chemi-nement varié, les mouvements des populations et un environnement multi-religieux ont des conséquences majeures sur la catéchèse et le catéchiste. Enfin, la com-plexité des problèmes sociaux, les mutations dans les

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rôles pastoraux impliquent dorénavant qu’il n’est plus possible pour les catéchistes de répondre aux attentes multiples des membres de la communauté paroissiale. Alors que les services ecclésiaux dans leur paroisse requièrent un ensemble de compétences et d’aptitudes de plus en plus complexes et diversifiées, les catéchistes sont maintenant appelés à exceller non seulement dans leur pratique catéchétique centrée sur la transmission, mais aussi à développer également une plus grande capacité à collaborer dans une pastorale d’ensemble. En conséquence, leur engagement exige de plus en plus un haut degré de participation au service de leur paroisse.

Aux mutations sociales actuelles, s’ajoute la crise qui affecte les modèles traditionnels de participation des catéchistes à l’activité pastorale paroissiale. Tout cela invite l’Église à se questionner sur ses pratiques de for-mation et d’accompagnement. De multiples proposi-tions de formation et d’accompagnement existent dans l’Église, mais une différence existe entre ce qui est dit de la formation des catéchistes et ce qui se vit réellement sur le terrain. Il n’est pas rare que des catéchistes en res-ponsabilité ecclésiale se sentent seuls ou se plaignent de ne pas être préparés à exercer les charges qui leur sont confiées. Qu’attendent-ils vraiment ? Que demandent-ils réellement ? Ne pourrait-on pas prendre en compte dans leur formation et accompagnement d’autres domaines que la catéchèse ? Dans son ouvrage, le théo-logien et catéchète André Fossion se pose à cet effet une triple question sur l’organisation de la formation des catéchistes : quelle Église, quelle catéchèse, quelle

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formation des catéchistes ?1Il montre par ce question-nement une possibilité d’intégrer d’autres apports qui relèvent plutôt de la pastorale dans son ensemble.

L’enjeu de cette réflexion vise à mieux comprendre l’influence de la formation pastorale offerte sur la pra-tique des catéchistes en responsabilité ecclésiale. Nous avons fait le choix d’étudier ces questions dans un tra-vail de théologie pratique, à partir d’un terrain pasto-ral concret : les catéchistes paroissiaux exerçant dans le diocèse d’Eséka2.

L’analyse de leurs réponses nous a permis de cerner d’une part, ce qu’est le catéchiste dans le contexte actuel et d’autre part, quels défis il rencontre dans l’exercice de sa mission ecclésiale. Nous avons cherché à cer-ner ce que chacun entendait par accompagnement. Ils nous ont amenés également à voir dans leurs pro-pos une autre manière de considérer l’accompagnent comme une manière d’apprendre à être, à faire chemin ensemble en Église sous la forme d’une pratique de compagnonnage. Prenant appui sur cette analyse, nous avons remarqué que l’accompagnement des catéchistes dans l’exercice de leurs fonctions pastorales s’appuyait pour une grande part sur leur cheminement, leur enga-gement, leur expérience humaine et ecclésiale.

Denis Villepelet avertit que le christianisme, qui a tellement longtemps fait partie des fondements

1 FOSSION A., Dieu toujours recommencé. Essai sur la catéchèse contemporaine,Bruxelles/Montréal/Paris/Génève : Lumen Vitae/Novalis/Cerf/Labor et Fides, 1997, p. 214.

2 BIYAGA J., Effets d’un dispositif de formation basé sur une pra-tique de compagnonnage et d’autoformation de catéchistes parois-siaux dans le diocèse d’Eséka, Thèse, université Laval, Québec, 2017.

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institués de la culture, doit apprendre à agir comme n’en faisant plus partie, mais comme une force insti-tuante dans la culture, qui offre donc du nouveau et une alternative au culturel3. Il remarque qu’en tant que chrétiens, nous regardons encore trop notre situation et notre position dans un espoir implicite de récupérer ce qui existait dans le passé. Pourtant, il ne s’agit pas de récupérer un tissu chrétien perdu, mais de prendre conscience du nouveau contexte dans lequel nous sommes entrés. Cette transposition brutale des codes religieux influence les jeunes générations. Elle s’étend dans nos campagnes désormais ouvertes à la pluralité religieuse et à la diversité sociale.

Ce nouveau contexte social et ecclésial a des consé-quences pour la catéchèse et les catéchistes appelés dorénavant à se positionner. Comment donc rompre avec cette figure de catéchiste qui, traditionnellement, se fondait sur sa différence, sur son altérité par rapport aux autres membres de la communauté chrétienne, et qui misait sur sa capacité d’intervenir en première ligne dans le processus de vie chrétienne ? Le catéchiste n’est plus aujourd’hui celui qui exécute sans rien dire, mais celui qui prend sa part de responsabilité dans l’anima-tion pastorale de la paroisse. Le catéchiste n’est plus celui sur qui repose uniquement la préparation des enfants aux sacrements, mais celui qui participe à la structuration de la communauté à travers la diversité de ses responsabilités pastorales. Les catéchistes, en effet, ne sont plus ceux qui portent seuls la charge de

3 VILLEPELET D., Les défis de la transition dans un monde com-plexe. Nouvelles problématiques catéchétiques, Paris, Desclée De Brouwer, 2009, p.132.

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la catéchèse et de l’animation chrétienne de leur com-munauté, mais ceux qui exercent un certain leadership pastoral en son sein de la même communauté. Nous percevons ici une évolution de la figure du catéchiste. Cette évolution coïncide avec une transition ecclésio-logique et pastorale en cours. La crise de l’identité du catéchiste et les modalités de sa formation proviennent d’un contexte ecclésial mouvant. Le problème n’est pas strictement catéchétique ; c’est un problème d’environ-nement pastoral et ecclésial et même de foi.

Parler de formation des catéchistes suppose donc, aujourd’hui, d’être attentif à cette transition ecclésiale marquée par la complexité de son environnement, l’ins-tabilité de sa vie personnelle et chrétienne, mais aussi, des défis d’une pluralité religieuse et d’une mobilité croissante qui forcément les affectent. Dans une note de synthèse des recherches effectuées sur l’adulte, Bou-tinet montre la transformation importante opérée dans les représentations de l’adulte qui désormais échappe à tout modèle unique et englobant4. Dans ce cas, ce qui est dit des adultes est assez proche de ce qui se dit des catéchistes ou de ce que divers écrits désignent par catéchètes, c’est-à-dire « l’ensemble des personnes qui interviennent dans le domaine de la formation chré-tienne : bénévoles ou non, accompagnant des enfants, des groupes d’adultes et, dans certains cas, des ensei-gnants et des enseignantes »5.

4 BOUTINET J.-P., Penser l’accompagnement adulte. Ruptures, transitions, rebonds, Paris, PUF, 2004,p. 211.

5 OFFICE DE CATÉCHÈSE DU QUÉBEC, PROFESSION CATÉCHÈTE, Dire sa foi avec les mots d’aujourd’hui, Montréal, Fides-Médiaspaul (FPR), 2005, p. 11, note 5. Au regard de la nouvelle identification

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C’est ici que la réflexion sur la formation des caté-chistes paroissiaux prend toute son ampleur. Dans la perspective de la formation des personnes qui inter-viennent dans la catéchèse ou dans la préparation aux sacrements, l’approche traditionnelle visait une forma-tion les rendant capables de répondre aux besoins de la catéchèse. Nous venons de le dire plus haut, si le contexte d’aujourd’hui nous interpelle et si le problème de la formation des catéchistes n’est pas un problème catéchétique, la formation doit prendre en compte l’ensemble des réalités ecclésiales en mouvement. Elle ne peut demeurer dans une optique d’entretien et d’en-cadrement de ce qui s’est toujours fait, mais doit faire référence à un nouvel environnement social et ecclé-sial qui interroge la foi elle-même. En effet, les socié-tés évoluent et la vie change, si bien qu’une approche pastorale adaptée à la situation d’hier ne le sera plus demain. Ce devenir de l’Église nous amène à dévelop-per cette conviction qu’il n’y a pas de formation des catéchistes indépendante d’une dynamique de crois-sance des communautés paroissiales d’évangélisation. Il nous faut penser une formation qui soit à même d’ou-tiller le catéchiste sur le plan de la foi comme aussi sur le plan de l’organisation pastorale des communautés dans la société actuelle.

Le travail ici présenté n’a pas pour ambition de cou-vrir l’ensemble des pratiques de formation en Église, ni des pédagogies de formation. Nous ne nous inté-ressons pas non plus directement aux formations et à

du catéchiste, nous pouvons ici assimiler le catéchiste des temps modernes à ce que l’office de catéchèse du Québec désigne par le terme « catéchète ».

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l’accompagnement des personnes consacrées ou des ministres ordonnés dans l’Église. Notre contribution concerne la formation des catéchistes laïcs en responsa-bilité pastorale au sein d’une paroisse : les bénévoles ou les permanents au service de cellules paroissiales d’évan-gélisation. L’enjeu est d’initier des stratégies de forma-tion qui soient crédibles et opérantes dans le contexte présent. Mais cela implique que ces stratégies tiennent compte des personnes en formation. Cela oblige les formateurs et formatrices à ne plus s’adresser aux adultes de façon indistincte et neutre, ni de leur pro-poser des parcours uniformes. Il faut un cheminement qui réponde aux besoins de chacune des personnes. Il n’est plus possible de proposer des parcours de forma-tion bâtis sur un modèle unique de catéchiste, étant donné la variété de leurs motivations personnelles et la diversité de leurs expériences ecclésiales et pastorales.

De plus en plus, les intervenants et intervenantes en pastorale doivent accepter de faire route avec les per-sonnes pour mieux saisir les différents chemins qu’elles empruntent. Les formateurs et formatrices doivent renoncer à l’illusion de savoir ce dont les gens ont besoin sans même les avoir écoutés. Il faudra mettre en place désormais des formations décentralisées qui puissent accompagner les catéchistes autant dans leur développement personnel ou chrétien que dans les orientations pastorales et le processus d’évangélisation dans lesquels ils sont impliqués.

Ces différentes évocations entraînent la nécessité de penser la formation des catéchistes dans une dyna-mique de participation et d’intégration : participation et intégration constituent la garantie d’une formation

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de qualité. Ce qui contrarie souvent les catéchistes, c’est la difficulté de penser leur travail, de délimiter leurs responsabilités et de reconnaître leur identité et leur rôle propre au sein de la communauté paroissiale. La question qui se pose alors est de savoir comment pen-ser la formation des catéchistes à partir des fonctions qu’ils exercent. Autrement dit, devant l’importance et la nécessité de leur participation à la vie paroissiale, quel dispositif de formation peut-on mettre en place, afin d’aider les catéchistes, aux prises avec les réalités du monde moderne, à contribuer efficacement à la vitalité des activités pastorales de la paroisse ? Comment envi-sager la formation et l’accompagnement des catéchistes paroissiaux sans oublier ceux qui ne rentrent plus dans un système traditionnel de formation ? Comment leur permettre de développer des compétences pasto-rales nécessaires à leurs actions ? N’est-il pas impératif d’adapter nos pratiques diocésaines de formation des catéchistes en tenant compte de leurs cheminements tissés d’expériences variées et de défis particuliers ?

Le contenu de cet ouvrage est divisé en trois parties composées chacune de deux chapitres. La première par-tie situe le catéchiste paroissial dans son contexte et ana-lyse les pratiques actuelles de leur formation. La seconde partie montre l’opportunité et même la nécessité de développer des formations sur le mode de l’accom-pagnement. Nous pensons à des pratiques de compa-gnonnage et d’autoformation qui rendent les personnes capables de se repérer dans leur environnement social aussi bien qu’ecclésial et d’y promouvoir des actions pastorales adaptées. La troisième partie insistera sur les facteurs qui peuvent influencer la pertinence de cette

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pratique de formation, c’est-à-dire le leadership pastoral et les services ou ministères exercés par les catéchistes. Enfin, nous illustrerons, à partir de l’intérêt suscité par le thème du « leadership au service d’une vocation » emprunté chez Nick Craig et Scott Snook, comment, dans un dispositif de formation, aider les catéchistes à découvrir leur vocation en matière de leadership, lorsque l’on sait que la fonction la plus importante d’un catéchiste est d’être le garant de la réussite d’un projet pastoral. Nous le ferons en invoquant quelques figures bibliques, notamment prophétiques qui peuvent inspirer les responsables de formation dès lors qu’ils s’éloignent des pratiques traditionnelles de formation et adoptent un style nouveau sous le mode du compa-gnonnage et de l’autoformation.

Première partie

La formation des catéchistes :entre services baptismaux et ministères ecclésiaux

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La présente partie vise à situer le contexte et la pro-blématique de l’expérience ecclésiale des catéchistes paroissiaux à partir d’une Église locale particulière. On y découvre, entre autres choses, une réalité mise en place par les premiers missionnaires à l’intention des catéchistes sur le terrain pastoral. On y trouve aussi une distinction entre la figure du catéchiste intervenant spécifiquement dans le domaine de la catéchèse et celle du catéchiste responsable d’une cellule ou d’une com-munauté d’évangélisation au sein d’une paroisse. Plus encore, nous parlons d’une autre réalité qui nous per-met de mieux situer le contexte à partir duquel nous parlons. Celle de la paroisse qui ne se limite pas au village, mais qui est un centre autour duquel gravitent de nombreuses communautés chrétiennes d’évangéli-sation6sous la responsabilité des catéchistes.

Cet état de la question sert, en fait, à désigner les acteurs pastoraux dont il est question. Nous voulons aussi amorcer une esquisse de la notion de leadership pastoral partagé. Cette expression recouvre des réalités

6 Pour les besoins de cet ouvrage, nous utilisons volontiers postes, cellules paroissiales ou communauté chrétiennes d’évangélisation pour exprimer une communauté chrétienne regroupée dans un village.

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différentes, tout comme le terme de catéchiste ou caté-chète dans d’autres contextes. L’enjeu sera de situer les catéchistes dans l’exercice ou la participation aux acti-vités pastorales et de penser à la revalorisation de ces laïcs engagés de manière permanente dans la vie ecclé-siale de leur paroisse. La question que nous accom-pagne dans cette partie est celle-ci : l’engagement pas-toral des catéchistes est-il lié à un service baptismal ou à un ministère ecclésial ? Dès lors que nous savons que les services baptismaux sont des services ponctuels et que les ministères dans l’Église s’exercent de manière continue, où situer les catéchistes paroissiaux et quelle formation pourrait-on leur proposer, qui soit adaptée à leur statut au sein de la communauté chrétienne ? Je me propose donc, dans un premier temps, de situer l’en-gagement des catéchistes paroissiaux et leur formation dans un environnement marqué par des considérations théologiques et plus particulièrement par la théologie des ministères et de l’ecclésiologie.

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Chapitre I

Les catéchistes en pastorale, un état de la question

Le contexte particulier dans lequel nous avons mené nos recherches, comme d’ailleurs dans le reste du Sud-Cameroun, la figure du catéchiste est un héritage qui, depuis les premiers missionnaires, n’a que très peu évolué. Certes, il y a eu quelques adaptations mais, en matière d’organisation du ministère pastoral, du rôle et de la formation des catéchistes, des changements sont peu perceptibles. Nous avons toujours la même orga-nisation des paroisses, surtout en milieu rural, où l’ani-mation paroissiale est bâtie autour des postes d’évangé-lisation animés par des catéchistes.

L’évangélisation au Sud-Cameroun a été l’œuvre successive des missionnaires protestants et catholiques. À ne considérer que les missions catholiques, les seules étudiées dans le cadre de cet ouvrage, les missionnaires

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Pallotins ont été les premiers dès 1890 à porter l’Évan-gile au Sud du Cameroun. L’action des missionnaires pallotins a été poursuivie par les missionnaires spiri-tains dont l’œuvre a marqué nos régions. En revanche, ce que nous allons signaler ici, au sujet des catéchistes, était presqu’un héritage, avec des améliorations certes, de ce que les missionnaires pallotins et avant eux, les missionnaires protestants, avaient commencé7.

Les missionnaires spiritains ont pris la relève des missionnaires pallotins qui avaient largement implanté des missions dans la majorité des régions. Seulement, ils éprouvaient des problèmes qui attendaient des solu-tions urgentes. Parmi ceux-ci, il y avait le manque de personnel religieux pour couvrir l’immensité du terri-toire. Pour Tonyè, « la création des stations répondait à une certaine stratégie d’implantation, autant le pla-cement et l’utilisation des missionnaires dans les sta-tions devaient répondre à un double souci : efficacité dans la responsabilité confiée et continuité dans le tra-vail missionnaire »8. Nous sentons ici que l’orientation donnée par les Pallotins était de fonder une Église en terre camerounaise mais, que cette fondation se heur-tait à des problèmes structurels qui empêchaient leur évolution. Il y avait malgré tout un besoin d’assurer

7 Pour une étude plus approfondie de la question de l’évangélisa-tion du Cameroun et du Sud-Cameroun en particulier, se rapporter à Tonyè, 1991. C’est aussi avec un grand intérêt que les publications du Centenaire du Cameroun peuvent éclairer l’activité missionnaire des différents instituts et congrégations présents au Cameroun.

8 Tonyè S.P., « Nos Pères dans la foi : Les Pallotins, premiers mis-sionnaires catholiques du Cameroun 1890-1916 ». Essai de l’œuvre missionnaire pallotine au Cameroun ». Thèse de doctorat. Stras-bourg, Université Marc Bloch, 1991, p. 275

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une évangélisation harmonieuse avec cette confronta-tion entre le besoin de s’implanter et les difficultés à affronter pour que cette implantation soit véritable-ment efficace. Comment donc remédier à cette situa-tion ? L’école paraissait comme une des solutions privi-légiées à la transmission des valeurs humaines, sociales et religieuses qui permettent de construire la vie. Car, porter attention à l’école était synonyme de toucher la jeunesse. Fonder ces valeurs sur la jeunesse correspon-dait aussi à semer les valeurs qui devaient accompagner cette jeunesse, jusqu’à sa pleine maturation.

L’intérêt que les Pallotins attachaient à l’école comme voie d’acquisition des valeurs devenait alors un moyen d’évangélisation sûr. Jean Paul Messina9parle de la création d’écoles post-primaires, comme moyen de formation des agents d’évangélisation. Parmi eux, il y avait des moniteurs-catéchistes, une autre appella-tion des maîtres d’école-catéchistes. Malheureusement, cette œuvre des missionnaires Pallotins devait s’arrêter avec l’arrivée de la guerre de 1914-1918.

Mais, à côté de ces écoles, une autre solution s’impo-sait aux Pallotins pour assurer l’encadrement des fidèles dans les villages convertis ou en voie de conversion. Il s’agissait des auxiliairesindigènes d’évangélisation. Par ailleurs, afin de répandre l’Évangile et de construire une vie chrétienne sur des bases solides, la création des postes relais, que nous appelons également stations secondaires, apparaissait comme une solution crédible et un moyen de transmission de l’enseignement à la vie

9 Messina J.-P., et van Slageren J., Histoire du Christianisme au Cameroun, des origines à nos jours Paris, Khartala,2005.

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chrétienne et à la vie de foi. Cette création s’accom-pagnait toujours d’une mise en place d’une Mission10. Aussi, si les Pallotins comptaient sur ces auxiliaires, qui donc étaient-ils ?

Pour Tonyè, que nous avons cité plus haut, ces auxiliaires indigènes étaient d’une part des maîtres d’école-catéchistes et d’autre part des curateurs de communautés. Les maîtres d’école-catéchistes, selon notre auteur, étaient un palliatif au manque de prêtres. Ils étaient des relais indigènes pour soutenir et appuyer l’action pastorale des Pallotins, non seulement à la mission centrale, mais aussi et surtout dans les villages où ils voulaient prendre racine. « Ces relais nécessaires furent les maîtres d’école-catéchistes, c’est-à-dire des maîtres d’école qui, en plus de leur fonction d’enseigne-ment de la science, jouaient aussi le rôle de catéchistes dans les villages où ils étaient implantés »11. Les maîtres d’école-catéchistes étaient choisis parmi les meilleurs élèves issus de ces écoles créées par les pallotins et qui se destinaient à ce métier.

En plus de ces maîtres d’école-catéchistes, il y exis-tait des curateurs de communautés12. Ceux-ci étaient habilités à mieux assurer l’encadrement spirituel et à

10Mission ici se rapporte à une paroisse. Elle se confond souvent à une station « centrale », pour signifier que tout partait de là pour atteindre les stations secondaires ou les postes de brousse éloignés du centre paroissial.

11Tonyè S.P., Ibidem,277. Tonyè explique dans sa thèse que cette dénomination est une traduction de l’allemand Die Gemeindepfle-gerqui signifie curateur de communauté, terme qui sera traduit par « chef des chrétiens » et adopté dans l’ensemble du pays.

12Tonyè explique dans sa thèse que cette dénomination est une traduction de l’allemand Die Gemeindepflegerqui signifie curateur

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prêter attention à la vie et à la moralité des chrétiens. Ils étaient choisis pour prendre la responsabilité de la communauté et en être les modèles de foi, de fidélité et de vie chrétienne.

Vu l’étendue des missions, il devenait pratiquement impossible à ces missionnaires d’assurer une bonne for-mation à ces curateurs. La seule qui leur était possible de suivre consistait à assister aux rencontres des pre-miers vendredis du mois que les missionnaires orga-nisaient à l’intention des maîtres d’école-catéchistes. Devant parfois les remplacer, ces curateurs devaient s’initier auprès d’eux à la conduite de la prière domi-nicale, à la conduite des réunions, à l’enseignement et à l’explication du catéchisme et des vérités de la foi chrétienne13.

Ces deux groupes d’auxiliaires d’évangélisation vont vite être dépassés. L’indisponibilité des maîtres d’école-catéchistes et l’impréparation des curateurs face à leurs tâches devenaient insupportables. Les mission-naires devenus peu nombreux, n’arrivaient pas à assurer de manière convenable une bonne formation à ces der-niers. Cette situation a favorisé l’émergence d’une troi-sième catégorie d’auxiliaires d’évangélisation comme l’exprime bien Tonyè lorsqu’il constate que :

« Cette formation sur le tas n’était qu’un palliatif qui, tout en rendant d’énormes services, ne permet-tait pas une saine et bonne articulation de la pastorale d’ensemble […], les carences de ce mode de formation devinrent de plus en plus évidentes et pénibles à traîner

de communauté, terme qui sera traduit par « chef des chrétiens » et adopté dans l’ensemble du pays.

13Tonyè S.P., Ibidem, 280.

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plus longtemps. En particulier, le besoin se faisait de plus en plus sentir d’avoir des catéchistes tout entiers dévoués à leur tâche de catéchistes et délivrés du souci de l’école »14.

Le rôle des catéchistes à cette époque était indé-niable. En même temps qu’ils animaient la commu-nauté chrétienne du village, ils préparaient à la récep-tion des sacrements, organisaient les prières et célé-braient la liturgie de la Parole.

C’est sur eux que reposaient l’implantation et la propagation de l’Évangile dans les nombreux villages confiés aux missionnaires pallotins. Ce rôle et leur reconnaissance ne deviendront manifestes qu’après le départ des Pallotins. En effet, ces missions étaient restées de 1916 à 1922 sans encadrement. Ce sont les catéchistes qui ont gardé le patrimoine religieux laissé par les premiers missionnaires catholiques. Ils ont fait figures de responsables de communauté et ont assuré la survie et même l’animation de la vie chrétienne. Certains sont devenus de véritables leaders de commu-nauté. C’est grâce à leur dévouement que l’Église et la foi chrétienne n’ont pas sombré15. Jusqu’à l’arrivée des Spiritains, leur rayonnement a permis de préserver une bonne base pour l’évangélisation. Habitués à la rigueur des Allemands, « chacun a un registre dans lequel il

14Ibidem, p. 280.

15ESSONO A.K., L’annonce de l’Évangile au Cameroun : l’œuvre missionnaire des Pallotins de 1890 à 1916 et de 1964 à 2010, Paris, Karthala, 2013. La référence à cet ouvrage est utile pour appro-fondir cette œuvre des Pallotins. L’auteur y développe de manière originale l’œuvre missionnaire des Pallotins au Cameroun de 1890 à 1916 et de 1964 à 2010.

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note les baptêmes, les naissances et les décès de sa com-munauté. Ce registre contient les noms de toutes les familles catholiques »16. Ces registres et ce patrimoine ont été cédés aux Spiritains à leur arrivée. Ce sont donc de toute évidence ces catéchistes, devenus leaders de communauté qui ont assuré le passage de témoins entre Pallotins et Spiritains. Mais ils ont fait mieux encore, non seulement en s’occupant de toutes les structures laissées par les Pallotins, mais aussi en s’investissant en gardiens des quelques missionnaires restés à leur mis-sion au moment de la première guerre mondiale, dont les conséquences n’ont épargné personne17.

Nous avons voulu donner ces précisions sur l’œuvre missionnaire des Pères pallotins pour mieux situer celle des pères de la congrégation des Pères du Saint-Esprit : Les Spiritains. Ces derniers avaient connu les mêmes problèmes que leurs prédécesseurs à leur début. La pénurie de prêtres était un handicap pour continuer l’évangélisation ainsi que pour répondre aux besoins et attentes des communautés habituées à avoir un prêtre. Les missionnaires nouvellement venus visaient pour leur part à faire le maximum de chrétiens convaincus en s’appuyant sur l’Évangile qui, pour eux, était sus-ceptible de provoquer l’adhésion des populations à la foi au Christ et à son Église. Ils n’ont pas donné

16ESSONO A.K., ibidem, p. 305.

17Jean-Paul Messina développe à souhait les circonstances du départ précipité des missionnaires pallotins, il présente une situation chao-tique qui s’était installée après leur départ et les dégâts causés par l’occupant dans les missions catholiques mises en place. Il ne manque pas non plus de relever le mauvais traitement qu’avaient connu les catéchistes, suspectés de connivence avec le politique.

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la priorité à la formation des auxiliaires d’évangélisa-tion ou aux catéchistes, mais plutôt à la formation des prêtres. Leurs moyens d’action, contrairement aux Pal-lotins, reposaient essentiellement sur l’éducation de la jeunesse et l’entretien des catéchistes laissés par les Pal-lotins à travers les tournées de ministère18. Pourquoi ce cloisonnement des missionnaires du Saint-Esprit ?

La réponse nous vient de l’environnement social et politique de l’époque. En effet, les catéchistes, déjà per-sécutés après le départ des Pallotins, l’ont été davantage au moment de l’arrivée des Spiritains. Leur influence était tellement grande qu’ils devenaient une menace pour l’administration. Jean-Paul Messina le dit clai-rement : « Les catéchistes constituaient une source de nuisance pour l’autorité coloniale qui n’arrivait pas à établir des contacts directs et profonds avec les mêmes populations »19. Cette défiance a même amené les autorités coloniales à vouloir diminuer l’influence des missions catholiques et celle des catéchistes en régle-mentant la création de nouveaux postes de village. Les catéchistes avaient pourtant acquis une certaine ascen-dance dans leur communauté et dans le pays. Même si leur prestige semblait décliner, leur influence morale et spirituelle et l’effet de leur nombre donnaient à

18Les tournées de ministères peuvent être comprises comme des tournées pastorales où le missionnaire allait de village en village pour rencontrer les populations et leur porter la Parole de Dieu. Il mettait ainsi en pratique ce conseil de saint Paul « retournons donc visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur, pour voir où ils sont » Ac 15,36). C’est cette réa-lité que nous appelons tournée de ministère.

19MESSINA J.-P., ET VAN SLAGEREN J., Histoire du christianisme au Cameroun, des origines à nos jours, Paris, Karthala/Clé, 2005, p. 171.

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leur présence une influence sociale telle que « le chef de circonscription de Douala proposa de débaucher les catéchistes des missions catholiques pour en faire des auxiliaires administratifs »20. Même ce débauchage n’arriva pas à réduire leur action. En revanche, il accrut leur notoriété au service de l’Église. Leur fidélité et leur amour pour leur Église compensaient leurs persécu-tions. Pourtant, malgré cet apparent désintérêt, les Spi-ritains ont été sensibles à l’engagement infaillible des catéchistes et se sont inquiétés de leur confinement et de leur peu de formation. Pour maintenir leur statut, Monseigneur Vogt, vicaire apostolique au Cameroun, fit une note envoyée à ses prêtres en ce sens : « Chaque mission devrait prendre en main la formation des caté-chistes […] ces précieux auxiliaires qui, malgré leur peu de formation, ont en général avec beaucoup de générosité contribué à répandre l’Évangile dans tout le Sud du Cameroun »21. C’est dès lors que l’action des catéchistes a été associée à l’activité missionnaire des Spiritains qui consacraient le temps nécessaire à leur formation. Comme pour les Pallotins, chaque mois, renchérit Jean Criaud, en général, « le premier ven-dredi du mois, les catéchistes viennent à la mission et y reçoivent leur formation : conseils pour une vie chré-tienne plus fervente, explication du catéchisme à ensei-gner le mois suivant, avis à transmettre aux chrétiens et aux catéchumènes »22. Cette sollicitude traduisait ce leadership et cette place privilégiée qui faisait d’eux des

20MESSINA J.-P., ET SLAGEREN J., ibidem,171

21CRIAUD J., La geste des Spiritains. Histoire de l’Église au Came-roun de 1916-1990,Yaoundé, Saint-Paul, 1990, p. 76.

22Ibidem.,p. 76.

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interlocuteurs en pastorale sur qui on pouvait compter. Les catéchistes participent à l’évangélisation dans les villages éloignés de la mission centrale et dans les zones difficiles d’accès pour les missionnaires et suppléent au manque de prêtres en exerçant des fonctions d’anima-tion de communauté.

Pour conclure, nous pouvons comprendre l’atti-tude des Spiritains vis-à-vis des catéchistes. La mission d’évangélisation à cette période coïncidait avec la colo-nisation au point que les limites d’actions et les zones d’influence de l’Église et de la société coloniale étaient difficiles à circonscrire. Il va sans dire que cette situa-tion a évolué au fil du temps. Elle a influencé le rôle et la place des catéchistes dans la communauté paroissiale. Aussi, tant que le catéchiste ne restera qu’un auxiliaire, nous aurons l’impression que le christianisme restera aussi superficiel et qu’on ne pourra même pas présa-ger qu’il aura droit de cité dans la société. Dès lors, la cause est entendue : l’annonce de l’Évangile ne peut être considérée comme définitive et réussie que dans l’inculturation de ce même message par ceux-là mêmes qui, vivant dans leur contexte social, culturel et fami-lial, sont susceptibles de parler un langage qui soit com-préhensible par les bénéficiaires. Ce sont les catéchistes, dont la contribution à l’expansion de l’Église et à son enracinement dans leur environnement de vie n’est plus à démontrer. Le pape le reconnaît lui-même « Le rôle des catéchistes a été et demeure déterminant dans l’implantation et l’expansion de l’Église en Afrique. Le synode recommande que les catéchistes non seulement bénéficient d’une parfaite formation initiale […] mais aussi continuent à recevoir une formation doctrinale,

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ainsi qu’un soutien moral et spirituel » (Ecclesia in Africa : n° 91). Le pape reconnaît ici le rôle des caté-chistes et la nécessité de leur formation, mais ce rôle et cette formation peuvent-ils se comprendre en dehors d’un milieu d’expression et de reconnaissance ?

Le malaise dans le travail pastoral

Le catéchiste, chargé de l’animation chrétienne d’un poste d’évangélisation, d’une communauté ou d’un village exerce des fonctions qui ne se réduisent pas à la catéchèse. Ceux qui acceptent d’exercer ces fonctions ne l’ignorent pas. En soi, être catéchiste, dans les conditions actuelles, c’est être confronté aux situations nouvelles : société multiculturelle et mul-tireligieuse où se côtoient diverses pratiques et réfé-rences. Aujourd’hui, notamment avec ces mutations sociales, être catéchiste ne s’accompagne plus d’une considération qui était la sienne en période de chré-tienté. La famille, qui était le support de cette chré-tienté, ne jouit plus de la grande considération « des déjà chrétiens ». On peut utiliser le mot « encadrer » pour exprimer cette époque où toute la vie chrétienne était cadrée vers Dieu, l’au-delà et où la majorité de la population était chrétienne « catholique ». En effet, les chrétiens d’aujourd’hui sont confrontés à diverses propositions religieuses aussi alléchantes les unes que les autres. D’ailleurs, beaucoup sont devenus étrangers à leur Église. Les efforts pour relancer et redynamiser la foi chrétienne n’ont produit qu’un résultat aléatoire sinon contraire. Certains pasteurs comme certains

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catéchistes se sont lancés dans l’imitation des pratiques de ces églises nouvelles qui promettent monts et mer-veilles. Il faut remarquer que ces tentatives pastorales, au lieu de leur ramener les chrétiens, les en éloignent davantage ou les réduisent à fréquenter une Église pour des pratiques magico-chrétiennes. La conséquence de tous ces changements est que nos paroisses semblent pleines, la foi chrétienne paraît encore vivante et les chrétiens donnent encore l’impression d’être engagés dans divers mouvements catholiques, mais leur foi et leur vie chrétienne manquent de consistance. Ils fré-quenteront le féticheur ou l’église voisine dès que l’oc-casion se présentera.

Ce sentiment de glissement ou de débandade de la vie chrétienne n’est pas le monopole des ministres ordonnés, il concerne également les catéchistes paroissiaux. Ces derniers, souvent abandonnés à eux-mêmes, se frottent à la réalité qui les dépasse. En effet, les questions que se posent les chrétiens les concernent aussi. Par conséquent, devant les situations qui touchent davantage la foi ou le croire, les questions religieuses ou bibliques notam-ment, ils hésitent à répondre parce que leur culture reli-gieuse et leur formation ne les ont pas préparés à ces questions nouvelles. À cela s’ajoutent la situation per-sonnelle et le travail de catéchiste. Certains ne veulent pas changer, parce qu’ils estiment que les pratiques pas-torales anciennes avaient plus de pertinence que celles d’aujourd’hui. Ils ne nient pourtant pas les difficultés, mais ils s’obstinent malgré tout, à défendre de manière sentimentale ce passé déjà révolu, tout en ne voulant pas empêcher les autres à s’engager sur de nouvelles voies.

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D’autres, en revanche, sont favorables au change-ment et essayent de s’adapter tant bien que mal au contexte actuel qui les oppresse. Seulement, ceux qui s’engagent dans cette voie se résignent à un piétine-ment un peu passif, incapables de définir clairement leurs propres fonctions et leur identité