La Francophonie des exigences - Michaëlle Jean - E-Book

La Francophonie des exigences E-Book

Michaëlle Jean

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Beschreibung

Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie depuis janvier 2015, a vigoureusement pris la parole partout pour positionner l’action de l’Organisation sur l’échiquier multilatéral, dans ces temps troublés par des attentats meurtriers, des exodes migratoires jamais égalés, et des processus électoraux agités. On a entendu la voix de la Francophonie lors de discussions de haut niveau sur tous ces défis et toutes ces urgences dont les pays de l’espace francophone peuvent témoigner sur les cinq continents, mais aussi sur le financement de l’éducation, l’investissement dans le capital humain, les stratégies à engager en faveur de l’entrepreneuriat, de l’innovation, des écosystèmes économiques, le virage numérique et technologique, la protection de l’environnement, la défense des droits des femmes et des enfants, la mobilisation de la jeunesse, le multilinguisme comme une condition essentielle d’un multilatéralisme plus inclusif et plus démocratique, et bien d’autres questions encore.

Ce recueil d’un nombre choisi de discours et d’interventions, qui couvre des thématiques au cœur de l’actualité durant le mandat de la Secrétaire générale, montre son investissement inlassable pour la réalisation de la feuille de route ambitieuse qui lui a été confiée par les chefs d’État et de gouvernement membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la poursuite de l’idéal fondateur en faveur d’un humanisme intégral et universel, la sauvegarde des valeurs, des principes et des objectifs inscrits dans la Charte. Vision, convictions, nuances, courage, sensibilité, lucidité, expérience, pragmatisme, volonté de rassembler caractérisent cette première femme à la tête de la Francophonie.

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Seitenzahl: 1077

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Photo de couverture : © Cyril Bailleul / OIF

Cette version numérique de l’ouvrage a été réalisée pour le Groupe Larcier. Nous vous remercions de respecter la propriété littéraire et artistique. Le « photoco-pillage » menace l’avenir du livre.

Pour toute information sur nos fonds et nos nouveautés dans votre domaine de spécialisation, consultez nos sites web via www.larciergroup.com.

© ELS Belgium s.a., 2019Éditions BruylantRue Haute, 139/6 - 1000 Bruxelles

EAN : 978-2-802-76334-5

Cette version numérique de l’ouvrage a été réalisée par Nord Compo pour ELS Belgium. Nous vous remercions de respecter la propriété littéraire et artistique. Le « photoco-pillage » menace l’avenir du livre.

« Notre Francophonie n’est ni une tour, ni une cathédrale. Elle s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences ». Au moment où le poète-président sénégalais Léopold Sédar Senghor prononce ces mots, en 1985, la Francophonie institutionnelle, créée par le Traité de Niamey du 20 mars 1970 sous la forme d’une Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), a 15 ans d’existence à peine, et ces propos, à eux seuls, disent la clairvoyance de ceux qui avec lui, – le Nigérien Hamani Diori, le Tunisien Habib Bourguiba, le Cambodgien Norodom Sianouk, – ont eu le courage politique d’affirmer, au lendemain des indépendances, que la langue française, « trouvée dans les décombres de la colonisation », constituait « un outil merveilleux ».

Il leur a fallu briser bien des réserves et des résistances, au Sud comme au Nord, pour faire triompher l’idée que cette langue en partage pouvait devenir un puissant vecteur de dialogue, d’émancipation et d’ouverture au monde, un irremplaçable trait d’union pour agir, mais aussi le fondement et le ciment d’une communauté fraternelle et solidaire, unie dans le respect de toutes ses diversités, et pensée comme une « manière de poser les problèmes et d’en chercher les solutions, (…) toujours par référence à l’Homme ».

La dimension éminemment politique de ce projet de civilisation, tendu vers l’émergence d’un humanisme intégral et universel était déjà bien là, dès les origines. Et les étapes franchies depuis lors ont toujours eu pour vocation de servir sa réalisation, à commencer par la première réunion au sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français, tenue à Versailles, en 1986. Le IIIe Sommet, à Dakar en 1989, voit pour la première fois l’adoption d’une Résolution sur les droits fondamentaux. Ce sera, huit ans après, en 1997, lors du VIIe Sommet à Hanoï, l’élection du premier Secrétaire général de la Francophonie, ancien Secrétaire général des Nations unies, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali. C’est à cette occasion, aussi, que les chefs d’État et de gouvernement adoptent la « Charte de la Francophonie » et inscrivent la prévention des conflits ainsi que l’économie et le développement au cœur des programmes. Un an après, en 1998, les ministres de la Francophonie et des affaires étrangères adoptent l’appellation d’organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une étape décisive est franchie en 2000 avec l’adoption d’un texte normatif et de référence, la Déclaration de Bamako sur la pratique de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone, qui sera complétée et renforcée en 2006 par la Déclaration de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

La Francophonie, originellement cantonnée à une coopération culturelle et technique, notamment juridique et judiciaire, non contraignante, s’est donc dotée, à travers ces transformations successives, d’un projet politique exigeant, fondé sur l’acceptation et le partage, par tous ses États et gouvernements membres, de principes et de valeurs sur lesquels la Francophonie n’a jamais transigé car une organisation qui ruse avec les principes et les valeurs est déjà une organisation moribonde. Mais dans le même temps, l’OIF n’a jamais cessé d’accompagner ses pays membres dans la tourmente, avec la conscience que démocratie, paix et développement sont indissociables.

Cette affirmation revendiquée de la dimension politique et diplomatique de la Francophonie se veut résolument préventive. Au titre, par exemple, de la prévention des crises et des conflits, j’ai, depuis ma prise de fonction en janvier 2015, dépêché plus d’une quarantaine de missions politiques ou de facilitation, comme au Cameroun, en République centrafricaine, en République du Congo, au Gabon, en Guinée-Bissau, en République démocratique du Congo, à Madagascar, au Niger, en Haïti, et d’autres pays encore, pour contribuer à l’apaisement des contextes sociaux-politiques, à la restauration de la confiance et à l’ouverture d’espaces de dialogue et de réconciliation entre acteurs politiques.

L’OIF a su développer aussi une prévention structurelle inscrite dans le long terme, à travers des actions multiformes en faveur de l’enracinement de la culture de la démocratie, de la consolidation des institutions de l’État de droit, de la promotion des droits et des libertés, et ce, tout au long de ces étapes du continuum de la paix que sont bien sûr la prévention et le règlement pacifique des crises et des conflits, mais aussi les transitions et les sorties de crise sur la voie de la consolidation de la paix.

C’est dans cette perspective que prend place, par exemple, notre accompagnement des processus électoraux, qui a conduit l’OIF, depuis janvier 2015, à déployer plus d’une centaine de missions et d’actions, à la demande des autorités d’une trentaine de pays.

C’est aussi dans cette perspective que prennent place nos actions en faveur du renforcement des capacités des praticiens du droit – en particulier les magistrats et les avocats –, notre soutien aux institutions nationales des droits de l’homme, notre appui à la protection des journalistes et de la liberté d’expression, et plus largement aux médias francophones, notamment ceux engagés sur la voie de l’innovation, ou encore notre accompagnement des États engagés dans l’Examen périodique universel.

L’OIF n’a cessé de s’imposer comme un acteur incontournable des relations internationales, toujours plus recherché et sollicité, tant par les responsables nationaux que ses partenaires internationaux, – l’ONU et ses agences spécialisées, l’Union européenne, l’Union africaine, les pays ACP (Asie, Caraïbes, Pacifique), le Commonwealth, le Secrétariat général ibéro-américain, la Communauté des pays de langue portugaise, la Commission de l’océan Indien, … – du fait de ses spécificités et de son expertise qui sont autant d’avantages comparatifs.

L’OIF prend une part toujours plus active à la mission universelle de construction de la paix et de la sécurité, non seulement parce que près de la moitié des opérations de maintien de la paix (OMP) déployées par les Nations unies le sont dans des pays membres de l’OIF, mais aussi parce que les destins des nations sont aujourd’hui étroitement et irrémédiablement liés.

La collaboration entre l’OIF et les Nations unies s’est encore approfondie ces quatre dernières années afin d’augmenter la participation de contingents francophones aux OMP, tout en développant les capacités linguistiques des troupes non francophones, afin, aussi, de favoriser les candidatures de policiers et d’experts civils francophones, ainsi que la participation de femmes qui, pour l’heure, ne comptent que pour 3 % dans ces missions de paix.

Notre implication s’est traduit, également, par la création en 2017 de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix voué à renforcer le dialogue entre les États francophones contributeurs aux OMP, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies.

C’est aussi cette volonté permanente de la Francophonie de « s’enfoncer dans la chair ardente de notre temps et ses exigences », au nom des valeurs qui la guident, qui nous conduits à accompagner nos pays membres les plus touchés par ces menaces transnationales que sont le terrorisme, mais aussi la criminalité organisée et de tous les trafics, qui favorisent la corruption, fragilisent l’État de droit et minent les structures économiques.

C’est ainsi qu’en suivi des recommandations issues de la Conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation violente que l’OIF a organisée à Paris, en juin 2016, nous favorisons et appuyons les actions intégrées, concertées, des acteurs francophones investis dans la lutte contre le terrorisme, en particulier nos 16 réseaux institutionnels qui regroupent 600 organismes et institutions membres dans plus de 60 pays.

À cet égard, on peut citer, dans le cadre de notre partenariat avec le G5 Sahel, – Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger, Tchad –, notre contribution au renforcement et à la mise en réseau des centres stratégiques de veille, d’analyse et de renseignement récemment créés dans ces cinq États membres, au développement également d’outils d’analyse préventive et de prospection destinés à permettre aux autorités nationales et au Secrétariat permanent du G5 Sahel d’optimiser leurs capacités d’anticipation des risques et des menaces terroristes et de radicalisation violente.

Ce sont aussi les « exigences de notre temps » qui ont amené l’OIF à s’associer avec l’ONU-SIDA, la Fondation Jacques Chirac et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour organiser, en mai 2018, à Genève, une Conférence internationale sur l’Accès aux médicaments et produits médicaux de qualité en Afrique.

Le trafic de médicaments et de produits médicaux dangereux, de mauvaise qualité, falsifiés ou contrefaits, destinés aux plus pauvres et aux plus démunis, causent chaque année la mort de 800 000 personnes en Afrique, dont des enfants. Ce trafic crapuleux génère aussi une aggravation de la pauvreté, une entrave à la pleine réalisation des objectifs de développement durable, une atteinte à la sécurité des personnes et des biens, car cette économie souterraine frauduleuse et mafieuse constitue une véritable manne financière pour le crime organisé et les organisations terroristes. Aussi, en suivi de cette Conférence, un Plan d’action collectif et stratégique sera-t-il soumis, au Sommet d’Erevan, à l’adoption des chefs d’État et de gouvernement qui, depuis le Sommet de Montreux de 2010, reviennent obstinément sur le sujet, tant il est grave.

C’est aussi pour répondre aux exigences de notre temps en matière de sécurité humaine et de responsabilité de protéger des populations en danger, que nous avons voulu largement rassembler, à Ottawa, en mai 2018, lors de la Conférence internationale que nous avons consacrée à la Déclaration de Saint-Boniface, douze ans après son adoption. Notre objectif était de susciter un regain de mobilisation dans l’espace francophone et dans le monde en faveur de la prévention et du règlement des crises et des conflits, et d’identifier des mesures novatrices dans un contexte géostratégique qui ne cesse de se renouveler.

Au rang des exigences de notre temps, celle aussi de l’insertion harmonieuse de nos pays les plus fragiles dans l’économie mondiale. Et il y a urgence.

Les inégalités se creusent toujours plus, le taux de chômage des jeunes a atteint un taux record, sans compter les effets déjà dévastateurs des changements climatiques, notamment dans les petits États insulaires en développement. Comment s’étonner, dans ces conditions, que plus d’un million de réfugiés et de migrants aient affronté, en 2015, la mer Méditerranée pour tenter de rejoindre l’Europe au péril de leur vie, et que nous ayons franchi, cette même année, pour la première fois de l’histoire des Nations unies, le cap des 65 millions de déplacés forcés ?

Ne sous-estimons pas, non plus, le désenchantement de ces jeunes sans perspectives d’avenir, leur sentiment d’impasse, jusqu’au désespoir, jusqu’à se laisser prendre parfois dans les filets des organisations criminelles et se laisser séduire par le chant des sirènes de la radicalisation violente.

Pour avoir trop tardé, la communauté internationale est aujourd’hui dans l’obligation de tout mener de front, d’agir, enfin, autant sur les causes profondes de ces mouvements migratoires que sur leurs manifestations tragiques. Nous le savons, nous de la Francophonie, qui regroupons des pays de départ, de transit, de destination et d’accueil. Il arrive que certains pays soient même tout cela à la fois. 

Si les chefs d’État et de gouvernement ont voulu que l’économie et l’innovation fassent plus résolument irruption dans notre organisation, en la dotant, en 2012, d’une Stratégie numérique et en 2014, d’une Stratégie économique et d’une Stratégie jeunesse, c’est parce que nous avons conscience que le temps presse et que la réduction des fractures économiques, la lutte contre la pauvreté et le réchauffement climatique nécessitent une mobilisation sans précédent de toutes les organisations, de tous les pays, de tous les acteurs et une inclusion de toutes les forces vives, au premier rang desquels les femmes qui, en 2050, seront 350 millions dans l’espace francophone, et les jeunes qui dans nombre de nos pays représentent déjà plus de 60 % de la population.

Il faut investir massivement dans ce capital humain, briser le cycle du chômage chronique des jeunes, faire sauter les verrous qui cadenassent l’autonomisation économique des femmes.

J’en ai fait l’une des priorités de mon mandat, et tout nous donne raison d’avoir voulu mettre le pied à l’étrier, dans treize pays d’Afrique subsaharienne et de l’océan Indien pour commencer, à des femmes et des jeunes entrepreneurs et porteurs de projets, à travers la création ou le renforcement de dispositifs d’accompagnement, espaces collaboratifs, incubateurs, accélérateurs de très petites, petites et moyennes entreprises et industries, dans des filières ciblées et innovantes comme l’économie bleue et l’économie verte, mais aussi l’économie de la culture, l’économie numérique, l’économie sociale et solidaire. Les premiers résultats sont là : nous avons renforcé les capacités de plus de 13 000 femmes et jeunes entrepreneurs, consolidé une quarantaine de structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat innovant, favorisé le réseautage et les échanges de bonnes pratiques dans l’espace francophone. Dernier réseau en date, celui des femmes entrepreneuses créé à l’issue de la 2e Conférence des femmes de la Francophonie que nous avons tenue en novembre 2017, à Bucarest, 17 ans après sa première édition au Luxembourg.

Cela étant, rien ne peut remplacer la possibilité pour ces acteurs économiques de se rencontrer. Il est donc urgent d’en finir avec tous les blocages, les préjugés ou les amalgames qui au 21e siècle encore, entravent la libre circulation des entrepreneurs, des créateurs, mais aussi des étudiants, des chercheurs, des sportifs du Sud. C’est une réelle injustice qui nous dessert tous et génèrent un inacceptable déficit

Nous ciblons, aussi, les femmes en milieu rural, le plus souvent engagées dans des activités de transformation céréalière, de production maraîchère ou d’aviculture, en les aidant à mener à bien leurs projets, à les développer en accédant à des financements adaptés.

Dans un secteur bien différent, celui du numérique, nous proposons mentorat, inspiration, formation technique et technologique pour que se concrétise la volonté d’entreprendre d’une jeunesse francophone qui déjà innove, partout, et dans les domaines les plus variés.

Ces actions, nous les menons en co-construction avec les acteurs publics, privés, la société civile, les femmes et les jeunes eux-mêmes car dans notre esprit, il ne s’agit pas d’agir en faveur des femmes et des jeunes mais de les considérer comme faisant partie de la solution.

Nous nous sommes attachés à inclure la jeunesse, de manière transversale, dans tous nos programmes, jusque dans nos instances politiques, puisque de jeunes femmes et de jeunes hommes, issus de tout l’espace francophone, seront appelés, cette fois encore, à participer aux instances du Sommet des chefs d’État et de gouvernement d’Erevan.

C’est aussi ce souci de transversalité qui imprégnera la stratégie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes que nous présenterons lors de ce même Sommet.

Mais tout ne se joue pas à l’échelle nationale, ni même sous-régionale ou régionale. C’est pourquoi l’OIF déploie une véritable diplomatie économique et commerciale à l’échelle internationale. Avec, dans ses rangs, presque la moitié des États membres de l’ONU, l’OIF s’impose désormais comme une véritable force de coalition et de de proposition dans les grandes négociations internationales et dans tous les temps forts de l’agenda de la planète.

Pour exemple, l’OIF, à travers son institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), s’est fortement impliquée pour l’adoption, en 2015, des Objectifs de développement durable (ODD) en organisant une trentaine de plaidoyers et de concertations de haut niveau. Il en a été de même pour l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat. L’IFDD forme, depuis le Sommet de la terre en 1992, des négociateurs et des négociatrices francophones mobilisés pour chacune des Conférences sur le climat, organise en amont des ateliers conçus pour les pays du Sud aux mêmes standards que ceux du Nord.

L’OIF soutient ainsi la pleine participation des pays francophones aux processus de négociation sur le climat, la biodiversité et la désertification à travers le développement des capacités des acteurs impliqués, tant dans ces processus de négociation que dans les mises en œuvre qui en résultent.

Nous mettons également en réseau les ministres francophones des Finances, du Commerce et de l’Industrie que nous réunissons, respectivement, lors des assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et des conférences ministérielles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sera également lancé à Erevan, à l’initiative du Bénin, un réseau des ministres francophones en charge des économies numériques.

De la même façon, nous rassemblons les ministres de la Culture, nous nous appuyons depuis des années sur un réseau des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES) et sur un réseau des ministres de l’Education (CONFEMEN). Et dans ce domaine, aussi, il y a urgence, parce qu’il n’y a pas de développement et d’émergence possible, sans un accès pour toutes et pour tous à une éducation de qualité tout au long de la vie, à une éducation à la citoyenneté, à une formation professionnelle, technique et technologique, bien en phase avec les réalités socio-économiques de nos pays, leurs stratégies, leurs plans de développement et d’émergence.

Là encore, la Francophonie qui a une longue tradition en matière de coopération éducative, a franchi une étape déterminante avec la mise en place, en octobre 2017, à Dakar, de l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation (IFEF) qui rassemble tout ce qui se pense, se produit, s’accomplit dans l’espace francophone en matière d’éducation, de formation, d’innovation. Il a pour mandat d’accompagner les pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et de programmes novateurs dans ces domaines, pour tendre vers l’excellence.

L’IFEF a aussi vocation à mettre en œuvre un dispositif d’enseignement massif du français et en français, dont l’objectif principal est la formation de plus de 100 000 professeurs et cadres. Dans ce domaine aussi, nous savons faire. Nous avons déjà à notre actif le succès de l’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (IFADEM) qui utilise le numérique pour diffuser de nouvelles approches pédagogiques plus performantes le programme ELAN (École et langues nationales), qui favorise les premiers apprentissages dans la langue maternelle de l’enfant avant de passer à la langue française.

Alors en s’enfonçant, comme elle le fait, « dans la chair ardente de notre temps et ses exigences », en élargissant ses missions, en s’érigeant en force de rassemblement et de proposition, en s’ouvrant à toujours plus de pays – 84 États et gouvernements lors du Sommet d’Antananarivo en 2017 contre 21 en 1970 –, qui n’ont pas tous la langue française comme langue maternelle ou officielle, la Francophonie est-elle en train de perdre son âme ?

À celles et ceux qui le pensent, j’ai envie de dire que la Francophonie de 2018, dans sa volonté d’humaniser la mondialisation, n’a jamais été autant en phase avec l’esprit du projet de ses Pères fondateurs, qui montre plus que jamais toute sa modernité. Nous avons plus que jamais besoin de solidarité et de fraternité, parce que la mondialisation des défis et des menaces appelle la mondialisation des solutions et de l’engagement. Nous avons plus que jamais besoin de parvenir à conjuguer harmonieusement diversité et universalité. Nous avons plus que jamais besoin de nous mobiliser sur tous les fronts, parce que tout est dans tout et la Francophonie irait à l’encontre de ses valeurs, de ses principes et de son idéal si elle acceptait de « se croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleur n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse1. » Une organisation, à l’instar d’une civilisation, qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une organisation atteinte.

À tous les nostalgiques d’une Francophonie exclusivement tournée vers la promotion de la langue et de la culture, ce qu’elle n’a d’ailleurs jamais été, je veux dire que la Francophonie de 2018 est un hymne quotidien à la langue française et à la diversité linguistique parce qu’à travers toutes nos actions et nos programmes, nous démontrons que la langue française reste, nous l’affirmons fièrement et sans complexes, une grande langue d’intégration et de communication internationale, une langue de création et d’innovation, une langue de l’économie, des sciences et de la société de l’information, une langue juridique, d’enseignement, de partage de connaissances et de recherche, une langue qui n’est jamais plus belle que lorsqu’elle est fécondée et enrichie par les accents, les imaginaires, les idiomes et la créativité de toutes celles et tous ceux qui font le choix de l’adopter et de se l’approprier. Le fait que la langue française puisse, dans l’espace francophone, s’épanouir dans un foisonnement d’autres langues – plus du quart des 6 000 langues encore parlées dans le monde, le sont dans les pays de la Francophonie – est pour nous un gage de vitalité, et nous nous attachons aussi à soutenir ces langues.

La Francophonie de 2018 est aussi un hymne quotidien à la diversité culturelle. Au sein de notre espace, bien sûr, où la langue française est imbriquée dans une formidable mosaïque de cultures que nous nous employons à valoriser, à faire se rencontrer, se mieux connaître, se féconder mutuellement, en appuyant, au quotidien, la production audiovisuelle, la promotion des littératures, le développement de la lecture publique, le soutien à la circulation des artistes, l’accompagnement de nos pays membres dans la production et la diffusion de leurs expressions culturelles, et dans le développement de leurs industries culturelles à l’heure du numérique.

Mais aussi à l’échelle internationale où l’OIF a joué un rôle déterminant dans l’élaboration, l’adoption, en 2005, et la mise en œuvre de la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Nous nous mobilisons avec d’autant plus de vigueur en faveur de la préservation et de l’épanouissement de la diversité culturelle que ce droit à la différence est devenu, pour certains, prétexte à remettre en cause, au nom de particularismes confessionnels ou culturels, l’universalité de ces valeurs et principes qui honorent la famille humaine depuis 1948, date de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui fête cette année son soixante-dixième anniversaire.

La Francophonie s’inscrit et s’inscrira toujours en faux contre ce relativisme culturel, parce que ce qui nous définit, par-delà la diversité de nos cultures, de nos traits de civilisation, de nos religions, c’est aussi le partage de valeurs universelles.

Mais, pour nous, de la Francophonie, la culture ne se réduit pas à ses œuvres et à ses productions. Elle est aussi l’expression de choix politiques, économiques et sociaux. Et nous avons un impérieux besoin de cette diversité d’approches et de points de vue.

C’est bien cette conviction qui nous conduit à nous mobiliser pour que le droit fondamental de s’exprimer, de s’informer, de travailler, de négocier dans la langue de son choix, dans la langue que l’on maîtrise le mieux, soit respecté dans les organisations internationales. Il ne viendrait à l’idée de personne de nier que démocratie nationale et parti unique sont incompatibles. Alors comment prétendre que la démocratie internationale peut s’instaurer sur la base de l’usage d’une langue unique ?

Nous restons, comme le proclamait, mon prédécesseur, l’ancien Président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, des « indignés linguistiques », mais nous ne sommes et ne serons jamais en guerre contre aucune langue, parce que ce que nous revendiquons c’est le respect du multilinguisme.

C’est cette Francophonie intégrale, qui « s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences » au nom des principes et des valeurs qui sont, tout à la fois, sa raison d’être et d’agir, qui se présentera avec fierté au Sommet d’Erevan.

Une Francophonie, portée au quotidien par des équipes d’hommes et de femmes convaincus et engagés, qui œuvrent dans toute une palette de compétences et d’expertises au sein de l’OIF, mais aussi de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et de son réseau de 83 parlements, de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et de son réseau de 845 établissements d’enseignement supérieur, de l’Université Senghor d’Alexandrie et de ses campus décentralisés en Afrique, de l’Association internationale des maires francophones et de son réseau de 293 villes, de TV5Monde, 3e réseau de distribution au monde qui diffuse ses programmes en français dans 197 pays et de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales.

Toutes et tous, nous nous réjouissons de célébrer cette Francophonie en Arménie, à Erevan, à l’occasion du XVIIe Sommet des chefs d’État et de gouvernement.

Article paru dans la revue Politique internationale,

numéro 161 – Automne 2018.

1. Aimé CÉSAIRE, Cahier d’un retour au pays natal.

L’Organisation internationale de la Francophonie contribue par toutes ses actions, notamment politiques, à relever les grands défis et les exigences de notre temps. C’est pour ce faire que la Secrétaire générale a accéléré la coopération avec certaines organisations internationales et assuré une présence francophone effective et influente au sein des instances internationales. Son action vise à inscrire de manière plus significative l’OIF dans l’espace multilatéral et à renforcer les liens de collaboration avec les partenaires internationaux. Ainsi, l’OIF a-t-elle signé, depuis 2015, plus d’une dizaine d’accords dans ce sens. À l’initiative de la Francophonie, a été lancé puis adopté un plan d’action conjoint avec la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et le Secrétariat général Ibero-américain (SEGIB) à la Conférence de Paris du Forum économique de Amériques. Il fait suite à l’Appel de Montréal pour un humanisme universel lancé par les Secrétaires générales de ces trois organisations et du Commonwealth. Mais c’est surtout avec les Nations unies que l’OIF a considérablement renforcé ses liens de coopération qui se traduisent par des prises de position, des déclarations et des actions conjointes sur le terrain.

Militante active pour la cause des femmes, Michaëlle Jean a également eu à cœur de porter le plaidoyer pour leurs droits dans toutes les enceintes internationales. La Conférence de Bucarest a été l’expression de la volonté politique de la Francophonie de promouvoir l’égalité femme-homme et d’encourager l’autonomisation économique des femmes par la création du premier Réseau francophone des femmes entrepreneures.

L’évolution du rôle et de l’influence des acteurs de la société civile, tant auprès des pouvoirs publics que du système international, en fait des partenaires incontournables face aux défis qui affectent la Francophonie contemporaine. La Secrétaire générale a multiplié les initiatives pour soutenir les organisations et réseaux issus de cette société civile francophone, acteurs de terrain engagés proches des préoccupations des populations, viviers, leviers, et vigies de la démocratie.

Dans le même esprit, les synergies et les liens avec les acteurs institutionnels, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et les quatre opérateurs que sont l’Association internationale des maires francophones (AIMF), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), l’université Senghor d’Alexandrie et TV5, ont été renforcés.

1.1 Une présence renforcée sur l’échiquier international

« Tant que les femmes resteront en deçà de leurs potentialités et de leurs capacités, nombre de nos pays resteront, eux aussi,en deçà de leurs potentialités de croissance et de leur capacité à émerger »

Discours à l’ouverture de la concertation ministérielle francophone organisée aux Nations unies à l’occasion du 20e anniversaire de la IVe Conférence mondiale de Beijing sur les femmes et le développement

New York, ONU, le 9 mars 2015

Si je suis heureuse de m’adresser à vous, aujourd’hui, je suis aussi pleinement consciente de l’honneur que les chefs d’État et de gouvernement m’ont fait en me confiant cette responsabilité exigeante et cette mission exaltante, lors du Sommet de Dakar. Je suis d’autant plus fière que c’est la première fois qu’une femme accède à ce poste, qui plus est lors d’un Sommet que le Sénégal (…) avait voulu placer sous le signe des femmes et des jeunes, vecteurs de paix, acteurs de développement. N’est-ce pas l’illustration de l’engagement de longue date de la Francophonie en faveur des femmes, de son engagement fort et sincère, de son engagement qui a su joindre les actes à la parole ?

Par-delà ce signe du destin, il m’est apparu comme une évidence que mon premier déplacement officiel devait avoir lieu, ici, à New York, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Conférence de Beijing et surtout à un moment où la communauté internationale s’apprête à renouveler ses engagements en faveur des droits des femmes.

Je suis une femme et je dis toujours que la plus grande école que j’ai connue est l’école des femmes.

J’ai beaucoup appris des femmes comme ma grand-mère et ma mère qui ont élevé seules leurs enfants avec beaucoup de courage. Elles se sont affirmées malgré bien des épreuves, et elles ont su me transmettre toutes les leçons retenues et toute la force qu’il leur a fallu déployer pour conquérir leur autonomie.

J’ai beaucoup appris, aussi, du mouvement féministe du Québec, pour avoir milité en son sein pendant plus de dix ans. Des années pendant lesquelles je me suis beaucoup investie pour faire reconnaître, entre autres, la problématique et les droits des femmes victimes de violence conjugale. Je suis fière d’avoir été de ces pionnières qui ont bâti le plus vaste réseau au monde de refuges, de ressources d’urgence et d’accompagnement qui, à travers le Québec et tout le Canada, viennent encore en aide à des milliers de femmes et d’enfants, chaque année, déboussolés et profondément atteints pas la violence de leur plus proche : le conjoint, le compagnon, le père. Militer et agir est au cœur de ma vie.

J’ai donc bien l’intention de porter haut et fort la parole et les intérêts des femmes francophones pour qu’elles deviennent actrices de leur changement et du changement.

Et j’ai bien l’intention, pour ce faire, de mettre à profit, toutes les forces, tous les atouts dont dispose notre Organisation et ils sont nombreux.

La force de la Francophonie, c’est d’abord sa démarche, fondée sur la volonté de transcender les divergences, dans le dialogue, la concertation, la recherche permanente du consensus entre ses États et gouvernements : cette concertation en est un bel exemple.

C’est la volonté, aussi, d’offrir à chaque pays une tribune, souvent peu compatible avec la logique des groupes régionaux qui prévaut dans la plupart des concertations internationales.

C’est la volonté, enfin, de faire entendre, unis, notre plaidoyer et d’apporter notre contribution sur les grands enjeux et défis du moment.

Je veux saluer, à cet égard, le rôle de nos Groupes d’ambassadeurs francophones, toujours plus actifs, toujours plus nombreux, qui sont, en lien avec nos représentations permanentes, un relais, un appui considérable pour la Francophonie au sein des organisations internationales, comme, ici, auprès de l’ONU.

La force de la Francophonie, c’est aussi sa philosophie, fondée sur la volonté de placer la personne humaine au cœur de toutes ses missions.

De notre volonté de faire progresser, pour toutes et pour tous, partout, les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, de faire progresser les droits universels dans le respect de la diversité de nos cultures découlent nos actions. Toutes nos actions : en faveur de la diversité linguistique et culturelle, de l’éducation et de la formation, du développement durable, de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme. Il m’est toujours étrange de parler des droits de l’homme comme incluant ceux des femmes alors que nous savons, n’est-ce pas Mesdames, qu’il y a des droits spécifiques aux femmes. Il faudra bien un jour en tirer toutes les conséquences.

Et s’il est bien une population dont les droits sont encore largement bafoués, ce sont les femmes.

C’est à ce retard qu’entend répondre la Francophonie depuis vingt ans déjà, avec la conscience que beaucoup a été fait, mais que beaucoup reste à faire.

La situation des femmes s’aggrave même par endroits, les acquis restent fragiles. Les femmes sont les premières victimes des crises économique, politique, idéologique. Les femmes sont les premières à pâtir de la tension croissante entre universalisme et relativisme culturel : ce sont leurs droits fondamentaux, l’égalité entre les femmes et les hommes qui sont aujourd’hui, dans certains pays, gravement menacés. Cela, la Francophonie ne peut l’admettre ! Elle ne peut admettre, non plus, le statu quo. Ce que nous voulons, c’est progresser et vite. Nous n’avons été que trop patientes.

La force de la Francophonie, c’est aussi, la diversité et la large représentativité de ses acteurs.

Je pense aux parlementaires, et au réseau des femmes parlementaires que vous représentez, ici, Madame la vice-présidente de l’Assemblée nationale du Québec. Est-il besoin de souligner que c’est aux parlements qu’il revient, en suivi de la ratification des conventions internationales, de veiller, notamment, à ce que les gouvernements intègrent ces dispositions dans leur arsenal juridique interne et leurs politiques ?

Je pense, aussi, aux organisations non-gouvernementales et de la société civile. Je pense, bien sûr, à notre Réseau égalité femme-homme récemment créé, et représenté ici par sa coordinatrice.

Il était urgent que les organisations de femmes francophones s’unissent, qu’elles puissent échanger informations, réflexions, expériences, expertises ; qu’elles puissent engager, unies, un dialogue avec les responsables politiques ; qu’elles puissent renforcer leur influence dans les instances internationales.

La force de la Francophonie, c’est enfin cette langue qui nous fédère, qui nous permet d’être ce que nous sommes les unes aux autres, les unes pour les autres. C’est ce qui nous permet d’agir dans la complicité et la complémentarité. C’est parce que cette langue française nous inspire, c’est parce que nous la nourrissons de nos diversités et de nos valeurs communes, qu’elle doit rester, comme d’autres langues, cette grande langue de communication internationale, mais aussi cette langue officielle et de travail dans les organisations internationales. Alors ne baissons pas les bras.

Après l’adoption en 2010 d’une Déclaration, et en 2013 d’un Plan d’action pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, nous nous retrouvons, cette année, pour adopter une « Déclaration francophone pour l’autonomisation économique des femmes ».

Nous sommes toutes et tous conscients des nombreuses discriminations que nous entendons combattre à travers ce texte : difficultés d’accès aux ressources économiques et productives ; absence de contrats et de protection sociale, du fait de la forte présence des femmes dans le secteur informel ; non reconnaissance des travaux de soin et des travaux domestiques, et par conséquence accès limité à la sphère citoyenne et politique, ne l’oublions pas.

Autant de discriminations, d’obstacles intolérables si l’on veut bien considérer la contribution déjà déterminante des femmes à la croissance, et plus largement au développement, et ce que pourrait être cette contribution si les femmes disposaient de toutes les facilités, de toutes les garanties, pour agir, créer, entreprendre.

Le monde serait tout autre, je vous l’assure. Le FMI et sa directrice générale, l’ont du reste clairement démontré dans un récent rapport qui mériterait d’être largement relayé et exploité.

Mais si nous avons choisi de nous focaliser sur ce domaine parmi les douze que compte le Programme d’action de Beijing, c’est aussi par souci d’efficacité et de cohérence, au regard de la nouvelle stratégie économique de la Francophonie qui nous ouvre des perspectives très prometteuses, que nos pays, qu’on se le dise, n’atteindront jamais sans les femmes.

Alors que nous nous attelons à traduire cette stratégie en actions bien ciblées et en projets de terrain, que nous voudrons faire appuyer par de nouveaux partenaires, y compris dans le secteur privé, il nous faut tenir compte de l’apport et de l’entreprenariat des femmes.

Ces femmes qui sont à la tête de très petites, de moyennes, y compris de quelques grandes entreprises – qui sont autant des moteurs de nos économies –, ces femmes nous disent en termes clairs, pragmatiques, dynamiques et innovants quelles sont les conditions essentielles à réunir, quels sont les investissements et les financements nécessaires pour développer de nouvelles filières, de nouvelles industries, dynamiser la croissance. Elles ont une conscience très nette de ce qui pourrait les aider à développer leur activité, à accroître la qualité de leurs produits, de leurs créations et à favoriser la circulation de leurs productions. Il nous faut les accompagner, car je le redis, leur réussite est garante de celle de leur pays.

Tant que les femmes resteront en deçà de leurs potentialités et de leurs capacités, nombre de nos pays resteront, eux aussi, en deçà de leurs potentialités de croissance et de leur capacité à émerger.

Chacune et chacun d’entre nous repartira de New York, dans quelques jours, avec la conscience du travail bien fait. Mais nous savons que le vrai travail, celui de la mobilisation, du passage à l’acte, du suivi, commencera véritablement lorsque chacune et chacun d’entre nous sera revenu dans son pays, au sein de son gouvernement, au sein de son parlement, au sein de son association ou de son organisation.

Alors, si vous en êtes d’accord, pour adopter cette Déclaration, engageons-nous, dès maintenant, à lui donner toutes les suites concrètes qu’elle mérite. Soyons exigeants, ambitieux, progressistes et téméraires.

« Nous sommes, en Francophonie, en faveur d’une diplomatie de la concertation, non d’une diplomatie de la contestation, qui prive bien souvent les textes adoptés d’une grande part de leur substance et de leur efficacité »

Discours lors de la réunion des présidents des Groupes d’ambassadeurs francophones

Paris, le 28 avril 2015

Les Groupes d’ambassadeurs francophones réunissent les représentants et délégués d’États et de gouvernements généralement membres ou observateurs de l’OIF, accrédités auprès d’un État ou d’une organisation internationale. Ils peuvent avoir un fonctionnement formel ou se constituer ponctuellement à l’occasion d’un évènement ou d’une manifestation culturelle. En tant que regroupements de diplomates, ces Groupes se révèlent de précieux relais pour l’action de la Francophonie. C’est la raison pour laquelle les chefs d’État et de gouvernement avaient, lors du XIIIe Sommet de la Francophonie (Montreux, 2010), encouragé leur développement, tout en les appelant à « coopérer avec des institutions et des acteurs qui partagent les objectifs de la Francophonie ».

Nous souhaitions, à travers cette réunion, vous offrir la possibilité inédite de vous rencontrer, d’échanger entre vous parce que vous œuvrez tous, nous œuvrons toutes et tous en faveur de la même cause, celle de la Francophonie. Nous voulions, aussi et surtout, vous entendre, entendre les défis que vous rencontrez, entendre les initiatives que vous avez mises en œuvre, entendre les recommandations, les synergies, les stratégies que vous souhaiteriez voir se concrétiser pour que la Francophonie s’impose toujours plus, et toujours mieux, comme un acteur reconnu, comme un partenaire incontournable auprès du système des Nations unies, des organisations internationales, des organisations régionales et sous-régionales.

Voilà un peu plus de trois mois que j’ai l’honneur de présider aux destinées de la Francophonie. Et je veux vous dire, d’emblée, que je demande systématiquement qu’une rencontre avec les Groupes d’ambassadeurs francophones soit inscrite à mon programme lors de mes visites officielles ou de travail.

Ce fut le cas à New York, en marge de mes entretiens avec le Secrétaire général des Nations unies, les présidents de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, à l’occasion de la 59e session de la commission de la Condition de la femme.

Ce fut le cas à Conakry aussi lors de ma visite officielle en Guinée. A fortiori à Paris, où j’ai déjà rencontré le Groupe des ambassadeurs francophones à l’Unesco, et celui des ambassadeurs francophones en France.

Ce qui m’a immédiatement frappée, lors de ces rencontres, c’est le militantisme, le dynamisme, l’effervescence intellectuelle, la volonté d’agir et d’innover, mais aussi l’esprit de collégialité qui se dégagent de ces groupes, qu’ils soient formellement constitués ou informels. Car il faut dire que des groupes se sont spontanément formés un peu partout dans l’espace francophone, en dehors même de l’enceinte des organisations internationales ou régionales.

Aussi lorsque je vous affirme, ce matin, que votre rôle est essentiel et irremplaçable, croyez bien que ce n’est pas une parole convenue, parce que ce rôle, votre rôle, j’ai déjà pu m’en faire une idée réconfortante et stimulante.

Alors vous imaginez bien que si j’ai tenu à ce que nous nous retrouvions, ici, au siège de l’OIF, c’est aussi parce que je suis convaincue que vous pouvez, que nous pouvons, ensemble, aller plus loin, que nous devons, ensemble, aller plus loin.

Oui ! Nous pouvons et nous devons, ensemble, aller plus loin parce que le contexte international, l’évolution même des relations internationales l’exigent.

J’ai eu l’occasion de rappeler, la semaine dernière, devant les membres du Conseil exécutif de l’Unesco combien la Francophonie était attachée à l’affermissement d’un multilatéralisme rénové, solidaire, inclusif, ouvert à toutes les nations et à tous les acteurs.

Parce que nous savons bien, vous savez bien que les crises économique, politique, sociale, culturelle, sanitaire, environnementale se jouent désormais des frontières.

Nous savons bien que l’isolationnisme, le protectionnisme, le chacun pour soi, n’empêcheront pas que ces crises se propagent. Bien au contraire, c’est en se retranchant derrière de telles attitudes, attitudes à court terme, que nous courrons à notre perte à tous à long terme.

Il faut donc enfin admettre que, dans un contexte où aucun État n’est en mesure de résoudre seul certains défis qui ont pris une dimension planétaire, que dans un contexte où certains acteurs puissants et influents mettent en place leur propre gouvernance mondiale, tous les États de la planète n’ont d’autre choix que de réfléchir ensemble, de travailler ensemble, d’agir ensemble.

Cette mise en commun des énergies, des compétences, des bonnes volontés, ce multilatéralisme du XXIe siècle, qu’il soit à dimension universelle, à dimension sous-régionale ou régionale, ou encore à dimension culturelle et linguistique, comme l’illustre la Francophonie, ne peut s’incarner qu’au sein des organisations internationales. Et vous en êtes les chevilles ouvrières.

Nous pouvons et nous devons, ensemble, aller plus loin, parce que la Francophonie a une voix originale, forte, légitime à faire entendre. Cette originalité, cette force, cette légitimité, elle la tire de sa composition. La Francophonie, c’est aujourd’hui 80 États et gouvernements répartis sur les cinq continents, 80 États et gouvernements qui illustrent la diversité du monde dans toutes ses composantes : diversité politique, économique, culturelle, linguistique, géographique.

L’espace couvert par les pays francophones est à l’image de la physionomie du monde contemporain, avec ses exemples de réussite et ses échecs, avec ses progrès et ses régressions, ses promesses et ses défis, mais aussi ses réalités et ses inégalités intolérables.

Alors quand la Francophonie plaide dans les enceintes internationales en faveur d’un développent économique, social, humain, inclusif et durable, elle a toute la légitimité pour le faire, parce que les populations de certains de ses pays membres sont encore les victimes au quotidien des effets dévastateurs engendrés par la grande pauvreté, la malnutrition, le non-accès à l’éducation ou aux soins, les changements climatiques.

Quand la Francophonie plaide dans les enceintes internationales en faveur de la résolution des crises et des conflits oubliés de la communauté internationale, lorsqu’elle plaide en faveur d’une coalition internationale contre le terrorisme, elle a toute la légitimité pour le faire, parce que les populations de certains de ses pays membres en sont les victimes innocentes au quotidien.

Quand la Francophonie plaide dans les enceintes internationales en faveur de la démocratie, des droits et des libertés, en faveur de l’État de droit et de la bonne gouvernance, en faveur de la lutte contre l’impunité, elle a toute la légitimité pour le faire parce que les populations de certains de ses pays membres sont encore victimes des ruptures de la démocratie, de prises de pouvoir par la force, des violations des droits de la personne, singulièrement des droits des femmes.

Mais toutes ces réalités, la Francophonie ne se contente pas d’en porter témoignage, elle ne se contente pas de vouloir éveiller les consciences, de vouloir susciter les réactions et l’action dans les enceintes internationales, même si cette action de plaidoyer constitue pour nous une mission majeure.

La Francophonie agit aussi par elle même, sur le terrain, pour accompagner ses pays membres, les aider à relever les défis politiques, économiques, sociaux, éducatifs, environnementaux auxquels ils sont confrontés, pour les aider à prévenir les conflits qui les menacent, à résoudre ceux qui les déchirent, à maintenir et à consolider la paix.

C’est donc aussi de ces actions multiformes, menées si nécessaire pour plus d’efficacité en complémentarité ou en partenariat avec l’une ou l’autre des quelques 40 organisations auxquelles nous lient des accords de coopération, que la Francophonie tire sa légitimité. Mais je suis convaincue que l’esprit dans lequel elle agit est tout aussi important.

Nos actions sont en effet fondées sur la solidarité, une solidarité vraie, nourrie de la conscience de notre commune humanité, de notre commune destinée, et non pas dictée par de quelconques intérêts stratégiques ou économiques. Pour nous, tous les conflits se valent et méritent d’être résolus, toutes les détresses, toutes les misères se valent et méritent d’être éradiquées, toutes les vies humaines se valent et méritent d’être épargnées.

Nos actions sont aussi fondées sur le dialogue, un dialogue entre partenaires, bien loin de cette conception péremptoire qui consiste à vouloir imposer à des pays des modèles conçus pour répondre à des réalités totalement différentes. C’est aussi cela, concrètement, le respect de la diversité culturelle, mais je précise aussitôt : une diversité toujours adossée à l’universalité des principes et des valeurs, celle-là même qui nous conduit à récuser fermement toute forme de relativisme culturel.

Nos actions, enfin, sont fondées sur l’échange, le partage, la mise en commun d’expériences, d’expertises, de solutions. Le réservoir est à la dimension, tant de notre espace, intercontinental, que de la diversité des acteurs qui l’animent : réseaux professionnels et institutionnels, réseau de parlementaires, réseau de maires de grandes villes, réseau d’universitaires et de chercheurs, réseau d’organisations de la société civile, de femmes, de jeunes. Et la liste reste ouverte.

C’est tout cela que nous déposons entre vos mains sous le label « Francophonie » : une volonté de faire bouger les lignes au jour le jour à travers la coopération et la solidarité multilatérale, de faire prospérer une certaine vision du monde et de la condition humaine, de la dignité humaine, de la liberté humaine, à la lumière de valeurs universelles. Une certaine conception, aussi des relations internationales et de leur nécessaire démocratisation.

Vous le savez mieux que quiconque le principe « un État, une voix » tend à s’effacer devant cette règle de fait : « un PIB, une voix ». En Francophonie, nous ne l’admettons pas. Chaque voix, chaque pays a le même poids dans les négociations que nous menons, dans les décisions que nous adoptons. Cela explique sans doute que nous ne connaissions pas la logique des groupes régionaux qui est à l’œuvre dans la plupart des grandes négociations internationales.

Nous sommes, en Francophonie, en faveur d’une diplomatie de la concertation, non d’une diplomatie de la contestation, qui prive bien souvent les textes adoptés d’une grande part de leur substance et de leur efficacité.

Oui, c’est tout cela que nous déposons entre vos mains sous le label « Francophonie ».

Alors vous comprendrez mieux sans doute que notre combat en faveur de la diversité culturelle, qui a pour précepte la reconnaissance de l’égale dignité de toutes les cultures, que notre combat en faveur de la diversité linguistique, qui a pour précepte le droit pour chacun de s’exprimer, de travailler, de s’informer, de négocier dans la langue de son choix, que ces combats qui nous tiennent à cœur sont, dans notre esprit, une condition nécessaire à la démocratisation des relations internationales.

Préserver le multilinguisme dans les organisations internationales ne constitue pas une fin en soi. C’est un moyen, un moyen puissant de lutter contre la discrimination linguistique qui frappe encore trop de délégations.

Je pense encore à ces représentantes d’ONG de femmes francophones que j’ai rencontrées à New York. Elles étaient passées d’un continent à l’autre, au prix de maints efforts, pour venir témoigner de leur expérience, pour venir s’enrichir de celle des autres, pour participer aux négociations à l’occasion du vingtième anniversaire de la Conférence de Pékin sur les femmes. Elles ont du se résoudre à garder le silence faute de traduction. Je ne suis pas prête d’oublier leur sentiment de colère, de frustration, d’humiliation. Faut-il vraiment que s’impose à tous la langue de ceux qui cumulent déjà la puissance et le pouvoir de décision qui lui est souvent lié ? Est-ce vraiment ainsi que nous parviendrons à instaurer cette gouvernance démocratique à l’échelle de la planète, seule à même de répondre à la globalisation des problèmes et des solutions ? Est-ce ainsi, en laissant le droit de la force l’emporter sur la force du droit, que nous parviendrons à instaurer un État de droit mondial ?

Je sais, je vous l’ai dit, combien vous vous engagez déjà en faveur de la Francophonie. Les concertations privilégiées que vous avez su mettre en œuvre sur différents sujets, comme le développement durable, les échanges commerciaux, les droits de l’Homme, la diversité culturelle ou encore le multilinguisme, ont incontestablement contribué à renforcer la capacité de chacun de nos pays membres à faire valoir ses intérêts. Je sais combien vous contribuez, à faire entendre la « voix francophone » dans vos organisations respectives.

Mais je le redis nous pouvons, nous devons, ensemble, aller plus loin encore pour que vous deveniez, dans les enceintes internationales, le bras armé de notre diplomatie d’influence, pour que vous deveniez de véritables passeurs de Francophonie, non pas d’une Francophonie qui serait en quête d’existence ou de reconnaissance, mais d’une Francophonie qui est prête à offrir, à mettre à disposition sa connaissance fine des réalités politiques, culturelles, économiques de maints pays, sa formidable expertise acquise au fil de quarante années dans maints domaines, sa capacité de mobilisation et sa rapidité de réaction, à un moment où nous savons combien il est utile de pouvoir répondre dans l’urgence.

Nous pouvons et nous devons, ensemble, aller plus loin encore en exploitant tout le bénéfice que vos groupes tireraient d’un échange d’informations. La paix, la démocratie, le développement sont, sur le terrain, étroitement imbriqués, et les décisions, les initiatives qui se prennent à New York, ne peuvent être dissociées de celles qui se prennent à Genève, Bruxelles ou Addis-Abeba. La coopération multilatérale a trop pâti de ce cloisonnement. Sollicitez nos Représentations permanentes et nos Représentants permanents qui sont là pour vous appuyer, pour vous alimenter. Sollicitez l’OIF, les opérateurs. Sollicitez la Secrétaire générale. Vous serez toujours entendus, je m’y engage.

Ce sont là les quelques idées que je voulais partager avec vous, et surtout, vous l’aurez compris, l’appel à contribution que je voulais vous lancer. Que cette journée soit fructueuse, riche en initiatives, même les plus déraisonnables. Nous avons tant de grandes choses et tant de belles choses à réaliser ensemble.

« Il est de notre responsabilité commune de penser enfin, à court terme mais aussi à plus long terme, une politique migratoire sous le signe de la concertation, d’un échange gagnant-gagnant, mais aussi de l’humanisme et de la dignité humaine »

Discours au Sommet de La Valette sur la migration en présence de chefs d’État et de gouvernement européens et africains

La Valette, le 11 novembre 2015

Je me présente devant vous, aujourd’hui, comme une femme dont la famille a dû prendre le chemin de l’exil pour fuir la dictature en Haïti. Comme une femme qui en cet instant pense, en écho à sa propre histoire, à ces milliers d’hommes, de femmes, de jeunes, d’enfants, apeurés, traumatisés, hantés par le sort de ceux qu’ils ont laissés derrière eux, obligés de se cacher, de marcher de longues heures durant, déterminés à risquer leur vie pour avoir le droit de survivre, de vivre, de revivre.

Oui ! Ils ont été 5 000, en 2015, à perdre la vie sur le chemin de l’Europe. Je pense, aussi, à toutes celles et tous ceux, reclus, parqués depuis si longtemps dans des camps de réfugiés. Je pense à ces milliers de déplacés internes.

Qu’ils fuient la dictature, la guerre, la misère ou un environnement dégradé, peu importe ! Leur souffrance est la même ! Et n’oublions jamais, lorsque nous nous lançons dans des débats sémantiques pour qualifier les migrants, que ce sont d’êtres humains dont nous parlons, et que nous avons, dans tous les cas, quel que soit leur statut, un devoir « d’assistance à personne en danger. »

Je pense aussi à toutes ces associations, ces ONG, ces simples citoyens qui se mobilisent pour rassembler des vêtements et des vivres, pour offrir un hébergement. On n’a pas idée de ce que ces mains tendues, ces regards apaisants, réconfortants, représentent pour les réfugiés. Ces regards, ces mains tendues que ma famille et moi-même avons trouvés à notre arrivée, en plein hiver, en terre inconnue, au Canada, et qui nous ont permis de nous reconstruire, de revivre à nous-mêmes. Il est de notre responsabilité commune de combattre sans relâche, face à tant de souffrances, l’indifférence, le chacun pour soi, le chacun chez soi et de renouer avec la fraternité, la solidarité.

Il est de notre responsabilité commune de combattre, avec la dernière des énergies, ces voix haineuses, ces mouvements extrêmes, nourris de populisme et de nationalisme, qui alimentent et instrumentalisent la peur de l’autre, la peur de l’étranger, à des fins purement électoralistes.

Il est de notre responsabilité commune de penser enfin, à court terme mais aussi à plus long terme, une politique migratoire sous le signe de la concertation, d’un échange gagnant-gagnant, mais aussi de l’humanisme et de la dignité humaine.

Ce sont ces convictions qui m’animent au moment où je me présente devant vous, comme Secrétaire générale de la Francophonie, une organisation internationale qui, parmi ses 80 États et gouvernements, compte des pays de départ, de transit et d’accueil des migrants et des réfugiés ; une organisation passerelle entre l’Europe et l’Afrique puisqu’elle accueille 30 États africains et 17 États membres de l’Union européenne.

C’est dire que l’Organisation internationale de la Francophonie salue, comme il se doit, la tenue de ce Sommet de La Valette et la volonté de réunir, autour d’une même table, les pays européens et les pays africains afin qu’ils travaillent dans un esprit de concertation et de partenariat et trouvent des solutions communes à des problèmes communs, parce que les flux migratoires ne sont pas le seul problème des pays d’accueil !

C’est dire, aussi, que l’Organisation internationale de la Francophonie fait siens les axes de travail retenus pour ce Sommet et qu’elle est déterminée à prendre sa part dans cette nécessaire mobilisation.

Bien sûr, la Francophonie, qui plus est au regard de ses moyens, n’entend pas agir seule ou isolément sur ce sujet. Nous sommes bien plutôt déterminés à inscrire nos actions en complémentarité des initiatives déjà existantes ou à venir, sous l’angle notamment du traitement des causes profondes de migrations contraintes, avec la conviction que ce n’est pas en dressant des murs bien dérisoires mais en multipliant les ponts et les partenariats constructifs que nous pourrons répondre au souhait de ces millions de migrants de travailler et de s’épanouir dignement chez eux. On n’entend pas assez, on ne dit pas assez que l’exode est toujours un déchirement.

Nous y contribuons, d’ores et déjà, à travers nombre de nos programmes. Qu’il s’agisse de la lutte contre l’instabilité politique par le biais d’interventions en faveur du rétablissement de la paix et de la démocratie, de la consolidation des instituions, du renforcement de l’État de droit et des droits de l’Homme, de la promotion du respect de la diversité culturelle et religieuse.

Qu’il s’agisse de notre toute nouvelle stratégie économique et des actions menées, notamment, en faveur de l’emploi des femmes et des jeunes, et de leur pleine participation à la vie sociale et politique.

Qu’il s’agisse, enfin, de nos actions, dans le domaine du développement durable, afin de contribuer à réduire les risques liés au changement climatique.

Toutes ces actions, et d’autres auxquelles nous sommes ouverts, nous sommes bien décidés à les renforcer et à les mener de concert avec d’autres partenaires.

C’est dans cet esprit que nous nous sommes rapprochés du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme et du Conseil de l’Europe pour améliorer les droits des migrants. C’est dans cet esprit, aussi, que nous avons noué des contacts avec le Comité international de la Croix-Rouge. C’est dans cet esprit que nous nous présentons, ici, à La Valette, aujourd’hui.

Nous avons devant nous un grand défi à relever, et une très lourde responsabilité à assumer. De notre courage, de notre lucidité, de notre imagination et de notre détermination, dépendent, tout de suite, maintenant, et pour les années à venir, le sort de millions d’hommes et de femmes, mais aussi la stabilité et la sécurité du monde. C’est à l’aune des orientations, des mesures, des décisions qui seront prises ici pour le présent et pour l’avenir, que nous serons jugés. Soyons-en convaincus à chaque instant.

« La question qui se posera de plus en plus est comment assurer aux citoyens un niveau suffisant de sécurité sans pour autant sacrifier les libertés fondamentales »

Discours lors de la 4e édition du Forum mondial de la démocratie sur le thème « Liberté vs contrôle : pour une réponse démocratique »

Strasbourg, Conseil de l’Europe, le 18 novembre 2015

Nous vivons des temps difficiles et incertains. Nous vivons des moments d’une extrême gravité. La France est en deuil et en état d’urgence et d’extrême vigilance. L’opération policière majeure dans la ville de Saint-Denis nous dit combien la situation demeure préoccupante et les cellules terroristes sont toujours menaçantes.

Le choc terrible des attentats de vendredi dernier dans plusieurs quartiers de Paris est tangible et le traumatisme est profond. Ces attentats sont venus troubler des moments de joie paisible de la vie ordinaire : une partie de foot au Stade de France, des retrouvailles entre copains au bistrot du quartier, une sortie en famille dans une pizzeria du coin, un spectacle de rock au Bataclan.

Des moments heureux se sont transformés en cauchemar et en véritable carnage. Nous savons que rien ne sera plus comme avant. Ce qui nous horrifie, c’est que ce sont, en grande majorité, des jeunes gens qui sont tombés sous les balles, alors qu’ils goûtaient agréablement à la vie.

Ce qui nous horrifie, c’est que ce sont aussi d’autres jeunes gens qui ont tiré et qui se sont fait exploser, sous les ordres de meneurs criminels qui les ont détournés de tout respect pour la vie et de tout désir de vivre.

Cela est d’une tristesse infinie. Et il nous faut, par tous les moyens, défaire cette spirale infernale qui fauche la jeunesse. J’ai mal pour toutes ces familles, pour tous ces proches et pour tous ces amis, ces copains en deuil. Nous pleurons avec eux. J’ai mal pour tous les blessés et je leur souhaite de guérir vite. Certains sont entre la vie et la mort et nos pensées les accompagnent. J’ai mal aussi pour Beyrouth qui la veille, jeudi 12, a connu l’horreur d’un double attentat kamikaze, également revendiqué par Daesh. J’ai mal aussi pour les passagers à bord de l’avion de la compagnie Egypt Air pulvérisé en plein vol, le 31 octobre dernier, dans des circonstances qui laissent supposer et craindre le pire, soit un acte criminel délibéré. J’ai mal pour les milliers de victimes des commandos de la secte islamiste Boko Haram, qui sèment la mort en Afrique de l’Ouest. Boko Haram qui s’identifie maintenant sous État islamique – Province d’Afrique de l’Ouest (EIPAO). Affilié à Daesh. Recourant aux mêmes méthodes. N’hésitant pas à faire exploser des adolescentes et des jeunes femmes dans des marchés publics et d’autres lieux d’affluence. J’ai mal pour le Mali qui subit aussi son lot de violence, porte son lot de deuil et dont la sécurité nécessaire pour la mise en œuvre de l’Accord de paix est constamment menacée par des commandos djihadistes…

La liste est longue et elle est tragique.

Nous avons connu cette année et l’année dernière, tout un cortège d’attentats horrifiants, motivés par la haine. Une haine macabre que les coupables cherchent par tous les moyens à rendre visible, à afficher, dans des mises en scènes sordides. Leur objectif est clair maintenir une stratégie de terreur, partout sur la planète, frapper les esprits, tous nos esprits, bouleverser ignoblement des vies, nos vies, toutes nos vies.

Après avoir été élue Secrétaire générale de la Francophonie, le 30 novembre 2014, au Sommet de Dakar, j’ai pris fonction à Paris, le 5 janvier 2015. Deux jours plus tard, le 7 janvier, l’équipe de Charlie Hebdo était massacrée sous les ordres des mêmes fossoyeurs. L’épicerie cachère était aussi prise d’assaut.

Deux mois plus tôt, au Canada, fin octobre 2014, j’avais vécu avec effroi, les attaques perpétrées par deux jeunes Canadiens radicalisés et embrigadés par Daesh. L’un avait pour mission de s’en prendre à des soldats de l’École militaire de St-Jean d’Iberville, au Québec. L’autre, d’entrer dans l’enceinte du parlement canadien, à Ottawa et de tirer à vue. Son plan a échoué, il a été mis hors d’état de nuire, mais de justesse, car dix minutes plus tard, il aurait réussi à mitrailler des parlementaires à la sortie de leurs travaux et avec eux des journalistes au point de presse quotidien.

Tout cela pour dire la menace qui pèse sur nos institutions démocratiques.

L’intention manifeste de semer le chaos, de déstabiliser partout, de détruire tout sur leur passage, y compris des sites patrimoniaux, dans un refus viscéral de la différence, dans un fanatisme irrationnel qui les amène à s’en prendre à tout ce qui illustre la diversité des cultures.

Ils sont dans le refus totalitaire de la différence, et de l’autre dans sa différence. Ils s’en prennent à la liberté d’expression et à toutes les libertés. Ils s’en prennent à l’éducation.