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Laura était un personnage de roman, une aventurière qui s'était forgée au fil des épreuves qu'elle avait traversées. Elle n'avait peur de rien, savait se faire chatte ou tigresse, n'avait ni dieu, ni maître, était une maîtresse-femme et la maîtresse d'aucun homme ou de tous les hommes à la fois. Elle savait séduire au premier coup d'oeil et tisser son emprise en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire et surtout pour le réaliser consciemment. C'était un piège ambulant qui transformait en or le vil plomb dont elle était faite et plombait la vie de ses proies avant de les dévorer.
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Seitenzahl: 55
Veröffentlichungsjahr: 2023
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AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence.
« Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? »
SOMMAIRE
Préambule
Laura
Le sexisme
Les félins
Un peu d’histoire
La fable
(In)différence
Le cabinet
Les moyens de harceler
Le conflit
Dégâts et remèdes
Compta nostra
Tinder loves #MeToo
Seule
PRÉAMBULE
Le harcèlement sexuel —les Anglo-Saxons préfèrent parler d’harassement sexuel— est classiquement le fait d’imposer des propos ou des comportements répétés à connotation sexuelle qui portent atteinte à la dignité, ou d’user de toute forme de pression qui a pour but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle. Il désigne donc implicitement la victime comme étant une femme et est donc par essence sexiste. Quid de l’homme harcelé par une femme et sous quelle forme pourrait se présenter un tel harcèlement ? Nul ne le dit et encore moins n’ose l’écrire. C’est pourtant, inconsciemment bien sûr, le harcèlement le plus répandu au monde, excepté dans les pays musulmans les plus rigoristes. Même les juifs orthodoxes tolèrent la perruque blond platine chez leurs femmes, du moment que leurs cheveux naturels ne soient pas exposés au regard d’autrui. Tartuffe lui-même, en bon catholique, profite du spectacle tout en le dénonçant : « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! »
Point besoin de mains baladeuses ou de SMS grivois, la femme expose ses atours et ses avantages avec une parfaite innocence, victime de la mode, de la nature et de la concurrence des autres femmes. Victime aussi de la loi « scélérate » du 13 juillet 1965 qui autorisait la femme mariée à signer un contrat de travail sans l’autorisation de son mari. Fini la femme au foyer : cette loi a non seulement doublé le PIB de la France en quelques années en libérant la force de travail de la femme française au détriment des maris jaloux, mais elle a ouvert un immense terrain de chasse quotidien aux Dianes chasseresses prêtes à bondir sur leurs proies, enfin à portée de leurs yeux maquillés et de leurs effluves parfumés. Et si la loi finalement sexiste de 1992 a réprimé le harcèlement du petit chef bedonnant, elle a omis dans sa rédaction de réprimer le harcèlement des secrétaires sur les cadres dynamiques célibataires ou mal mariés. La chasse était définitivement ouverte, dans un silence médiatique assourdissant.
LAURA
La famille de Laura venait de la région de Naples. Elle avait émigré en France à une époque où le travail se faisait rare en Italie et s’était installée dans les Alpes, dans l’indifférence un peu méprisante des indigènes pour les « Ritals ». La famille de son « cousin » Luciano avait fait de même et le clan des Napolitains s’était ressoudé loin de ses origines, mais en préservant ses coutumes qui les protégeaient de l’oppression du pouvoir centralisateur installé dans la ville éternelle. Ils continuaient notamment à appliquer la loi du silence, c’est-à-dire l’art de ne pas répondre aux questions posées par les étrangers au sens large. Mon ami Abdel, qui venait d’un pays encore plus au sud et qui les connaissait bien pour en avoir défendu plus d’un, avait une expression pour décrire cette loi fondamentale : « acqua in bocca », l’eau dans la bouche, qui empêche de parler sous peine de la cracher ou de s’étouffer. Laura pratiquait cette loi, avec des nuances qui lui appartenaient. Elle en avait fait tout un art, qui allait du simple mensonge à la réponse à côté en passant par le changement de sujet, jusqu’au fou-rire immotivé qui trahissait chez elle une exaspération croissante lorsque son interlocuteur insistait. Si celui-ci avait l’outrecuidance de ne pas partager ce fou-rire, sans plus de raison que d’emprunter la porte de sortie qui lui était offerte, il s’exposait alors à une réaction violente qui pouvait aller jusqu’à l’agression verbale ou même physique.
C’était un trait culturel chez Laura et elle cultivait à ce point le secret qu’on ne pouvait reconstituer le puzzle de sa vie qu’en recoupant les informations en vrac qu’elle délivrait avec parcimonie. Comme d’autres héritiers de la maffia napolitaine, elle avait des raisons plus pragmatiques de garder le secret sur ses activités passées, qui auraient pu jeter une ombre sur le CV fictif et particulièrement vague qu’elle arborait auprès de tout un chacun. Ainsi, elle prétendait volontiers à ses admirateurs béats qu’elle aurait voulu « faire médecine », alors qu’elle n’avait en réalité jamais passé le bac et qu’elle avait obtenu tout au plus un CAP pour exercer un métier manuel habituellement réservé aux femmes. Si elle n’avait pas « fait médecine », c’était bien entendu parce que ses parents avaient favorisé son frère comme dans toute famille traditionaliste italienne. En réalité, elle n’avait guère étudié au collège et piaffait d’impatience en attendant que ses parents psychorigides la laissent enfin sortir en boite de nuit. Au final, c’est dans ce genre d’établissement qu’elle rencontrera non pas l’amour, mais sa première confrontation avec une espèce vivante qu’elle haïrait toute sa vie durant : les autres femmes ! Confrontation n’est pas trop fort, puisque son succès immédiat lui attirera l’agression au tesson de bouteille d’une autre créature qui ne supportait pas qu’elle lui vole la vedette au milieu de tous ces hommes. Elle en gardera une cicatrice qui aurait pu la défigurer et qui sera sa première blessure de guerre.
LE SEXISME
Les violences des hommes sur les femmes, que l’on croyait légitimées depuis toujours par la supériorité physique et par un sexe en relief chez l’homme, sont notamment le viol, un diminutif de violence, comme s’il s’agissait d’une petite violence sans importance qui fait couler le sperme au lieu du sang, les violences conjugales, qui mènent à tant de féminicides chaque année, et le harcèlement sexuel, que l’on croyait injustement réservé aux hommes alors qu’il est généralisé chez la plupart des femmes depuis la nuit des temps. On voit donc plus facilement la paille dans l’oeil du voisin que la poutre dans l’oeil de la voisine. Et pourtant, combien de fois la voisine n’a-t-elle pas coloré ou peroxydé ses cheveux, mis trop de rouge à ses lèvres, verni ses ongles ou fait poser de faux ongles longs comme des griffes, exposé ses seins grâce à un décolleté avantageux, osé des transparences qui dévoilent ce qu’elles sont censées couvrir, montré son string au-dessus de son jean taille basse, porté une jupe plus courte que ne le voudrait la météo ou des talons hauts qui lui font de longues jambes, par ailleurs soigneusement épilées et gainées de nylon fin et teinté, ou de résille noire ? Tous
