I
IÉpoque
primitive.—Premiers colons du Rhin.—Des savants à l’école.—De
la langue sanscrite et du bas-breton.—Un dieu fainéant.—Divinités
microscopiques.—Culte des arbres.—Des arbres de naissance et des
arbres de mort.
Quoique
né en Suisse, dans le pays des Grisons, quoique côtoyant ou
traversant une partie de la France, et allant ensuite, après un
long
et magnifique parcours, s’absorber dans les nombreux canaux de la
Hollande, le Rhin est un fleuve essentiellement allemand.Dans
les siècles les plus reculés, avant de planter des villes sur ses
bords, toutes les peuplades germaniques y ont tour à tour planté
leurs tentes, y ont abreuvé leurs troupeaux, y ont livré leurs
interminables combats, sans que le cliquetis de leurs épées et le
bruit de leurs trompes de guerre aient pu un instant attirer
l’attention de l’impassible histoire, qui dormait alors de son
plus profond sommeil.Malgré
son silence, qui devait se prolonger longtemps encore, on peut le
supposer à coup sûr, le Rhin était déjà la grande voie de
communication des peuples allemands entre eux, comme du reste de
l’Europe avec l’Allemagne. Par le Rhin lui sont venus le commerce
et la civilisation, mais aussi les invasions de toutes les espèces.
Nous ne parlerons avec quelque détail que des invasions
religieuses,
les seules qui soient de notre sujet.Dans
les âges primitifs, le midi de l’Europe était seul habité; la
partie nord ne présentait que des forêts inextricables, aussi
vieilles que le monde, et où les pas de l’homme n’avaient pas
encore tracé un premier sentier: sombres et froides solitudes
sylvestres espacées de marécages, où les arbres se disputaient le
terrain, les plus forts étouffant les plus faibles pour se faire
une
place au soleil; désert boisé parcouru seulement par des bandes
d’animaux sauvages qui se poursuivaient et se dévoraient entre
eux; ombrages séculaires où des volées d’oiseaux timides et
palpitants cherchaient de vains refuges contre les troupes voraces
des oiseaux de proie.Ainsi,
même en l’absence de l’homme, la guerre existait déjà, elle
existait partout, dans ces régions où il était du destin de ce
grand destructeur de s’en faire un jeu, une fête, une nécessité,
une gloire!Nul
regard humain ne s’était ouvert sur les magnificences de ces
contrées ignorées?Puis,
un jour, une peuplade de sauvages s’y établit avec ses troupeaux.
Après elle, en vint une autre, plus guerrière, mieux armée, qui
chassa les premiers occupants, et prit leur place, déjà
défrichée.Après
celle-ci, une autre, puis une autre encore.Il
en fut de même pendant une longue série d’années et de siècles;
et tous ces flots humains descendaient de l’extrême nord, marquant
chacune de leurs étapes par de sanglantes batailles; et c’est
ainsi que les vaincus, forcés, l’épée dans les reins, de faire
une marche en avant, tour à tour pourchassés et pourchassant,
allèrent peupler ces pays incultes et déserts, qui furent depuis la
Belgique, les Gaules, l’Angleterre, la Bretagne, poursuivant leur
course de plus en plus, du Rhin à la Méditerranée, s’épanouissant
de droite à gauche, de l’est à l’ouest, franchissant les
Pyrénées et les Alpes, pour s’emparer, dans leur fuite
conquérante, de l’Ibérie d’un côté, et des plaines lombardes
de l’autre.Ces
vaincus, ces vainqueurs, ces envahisseurs, ces envahis, ces
premiers
pionniers, ces premiers défricheurs d’un monde inconnu, étaient
tous issus d’une même famille et ne portaient qu’un même nom,
le nom de
Celtes.Mais
d’où était sorti ce long chapelet de familles, de peuplades, de
nations, s’égrenant ainsi, par jets successifs, sur la plus grande
partie de notre continent? D’où venaient à l’Europe, naguère
morne et silencieuse, ces flots de visiteurs inattendus, affluant
tous des régions hyperboréennes? Quoi! à ces lointaines époques,
les flancs glacés du pôle étaient-ils donc doués d’une si
prodigieuse fécondité? répondez, hommes de la science!... La
question est grave, peut-être même indiscrète; car sur ce point
litigieux qui interroger? l’histoire? Elle n’existait pas; les
monuments écrits ou sculptés? les anciens Celtes n’avaient songé
à cultiver ni l’écriture ni la sculpture.Devant
ce mutisme universel que pouvaient nos savants? rien! si ce n’est
de s’avouer impuissants, vaincus.... Eh bien, non! Des savants ne
se résignent pas à de semblables aveux. A défaut d’autres
monuments, les Celtes avaient laissé une langue, un jargon, encore
en usage aujourd’hui dans quelques parties de l’ancienne
Bretagne, ainsi que dans le pays de Galles, en Angleterre.D’illustres
académiciens, la plupart Allemands, n’hésitèrent pas à rentrer
à l’école pour apprendre le bas-breton. De quel dévouement la
science n’est-elle pas capable!Après
de longs travaux d’analyse et d’élimination pour séparer ce qui
appartenait à la langue primitive de ce qui avait pu s’y ajouter
depuis, nos érudits se trouvèrent face à face avec le sanscrit,
idiome sacré des brahmes, idiome générateur de la vieille langue
germanique, de la vieille langue celtique, par conséquent du
bas-breton.L’affaire
était jugée, jugée scientifiquement et catégoriquement, sans
appel. Les Celtes, nos ancêtres, étaient Indiens: nous descendons
tous d’indiens émigrants, poussés sans doute par une puissante
pression, soit politique soit religieuse, peut-être par de grandes
famines périodiques, hors de cet immense et intarissable réservoir
de peuples.Au
premier abord, la chose a pu nous étonner nous autres bourgeois,
artistes, poëtes, romanciers ou dramaturges, assez généralement
tous gens de petit savoir; mais les doctes ont prononcé; Bénarès
et Quimper-Corentin ont fraternisé; les brahmes de Bénarès parlent
le bas-breton, tout comme les Bas-Bretons de Quimper parlent le
sanscrit. Nous avons une Bretagne indienne et une Inde
bretonnante.Aujourd’hui,
grâce à la linguistique comparée, le rapprochement de deux
syllabes de race différente constate l’alliance de deux peuples;
l’hybridité vaut parenté.Bienheureux
sont les savants! A trois mille ans de distance ils peuvent
converser
avec les morts, et les morts n’ont pas de secrets pour eux. Un seul
mot laissé par une nation disparue leur suffirait pour reconstruire
l’histoire de cette nation.Mais
il me reste à leur adresser une autre question, bien plus
importante
pour moi. Quelles étaient les croyances religieuses de ces premiers
habitants de l’Europe?...M.
Simon Pelloutier, pasteur de l’Église réformée de Berlin,
d’origine française, et l’un des hommes qui ont le plus et le
mieux étudié les religions primitives des Celtes, nous l’apprend.
Ces peuples, avant l’arrivée des druides, adoraient, ou, plutôt,
honoraient les astres, le soleil, la lune, les étoiles, sorte de
sabéisme qui, cependant, n’excluait pas l’existence d’un dieu,
créateur, mais non régulateur de toutes choses.Ce
dieu, bien imparfait, selon moi, engourdi, somnolent, inexplicable,
sans forme définie, n’ayant ni des yeux pour voir, ni des oreilles
pour entendre, était incapable de sentiments, de pitié ou de
colère; les vœux et les prières des hommes ne pouvaient arriver
jusqu’à lui. Invisible, intangible, incompréhensible, flottant
dans l’espace, qu’il remplissait, qu’il animait sans y songer,
tout-puissant quoiqu’inactif, faisant par son approche seule naître
les îles et les continents, flamboyer les soleils et les étoiles,
ce divin fainéant avait créé le monde sans daigner se donner la
peine de le gouverner.Le
gouvernement des astres, à qui l’avait-il confié? M. Pelloutier
lui-même ne l’a jamais bien su. Quant à celui de la terre, il en
avait commis le soin à une foule innombrable de petites divinités
subalternes, dieux et sous-dieux de très-petite espèce, sans formes
comme lui, invisibles comme lui; mais plus que lui, actifs,
remuants,
doués de toute l’énergie qu’il n’avait pas voulu garder pour
lui-même; et ils suppléaient par le nombre, par la force
collective, à leur faiblesse individuelle, bien présumable, vu
l’incroyable exiguïté de leur taille, qui permettait à un
millier d’entre eux de s’abriter commodément sous la feuille
d’un noisetier.Aussi,
aux différents départements qui leur étaient assignés
présidaient-ils non par centaines, mais par myriades, par millions
de myriades, faisant, sous leur impulsion, sous leur élan, bruire
l’air dans toute son étendue, dirigeant le cours des ruisseaux et
des fleuves, surveillant les terres et les forêts, pénétrant dans
les profondeurs du sol à travers la moindre fissure, s’y frayant
une sortie par le cratère des volcans, qui, dans ce temps,
formaient
une ceinture du Rhin au Taunus, y brillant un instant sous forme de
pluie d’étincelles, ou se rabattant vers la plaine en colonnes de
fumée noirâtre.La
physique d’alors avait établi ce principe incontestable: le
mouvement ici-bas ne peut se produire que de deux façons, ou par la
volonté des êtres animés, ou par le choc de ces petits dieux
microscopiques.Si
les flots se gonflaient ou jaillissaient en cataractes, si le
feuillage des bois s’agitait sous le vent, si la fleur se courbait
sur sa tige, c’étaient ces dieux infimes, invisibles, toujours
agissants, qui les forçaient à se mouvoir, qui provoquaient les
éclaboussures de la cataracte, les tourbillons du vent à travers
les arbres; eux, qui passaient sur la fleur, et la contraignaient
de
plier la tête; eux qui, rasant le sol avec rapidité, soulevaient la
poussière du chemin; eux, qui déroulaient les cheveux de la jeune
fille se rendant à la fontaine; qui faisaient vaciller sur son
épaule la cruche de terre durcie au soleil; eux, qui crépitaient
dans la flamme du foyer; eux encore qui mugissaient avec la tempête
ou dans les éruptions de la montagne de feu.En
songeant à ce que devait être tout ce petit monde de
dieux-moucherons, fendant l’air par essaims, allant, venant,
luttant, virant de droite et de gauche, bourdonnant, tourbillonnant
partout sur votre tête comme sous vos pieds (je demande pardon à
leurs divinités de les comparer à d’humbles insectes, nés de la
fange, et soumis comme nous aux infirmités et à la mort), mais ne
songe-t-on pas involontairement à ces beaux vers de Lamartine,
dans
Jocelyn:Chaque
fois que nos yeux, pénétrant dans ces ombres,De
la nuit des rameaux éclairaient les dais sombres,Nous
trouvions sous ces lits de feuille où dort l’été,Des
mystères d’amour et de fécondité.Chaque
fois que nos pieds tombaient dans la verdureLes
herbes nous montaient jusques à la ceinture,Des
flots d’air embaumé se répandaient sur nous,Des
nuages ailés partaient de nos genoux;Insectes,
papillons, essaims nageants de mouches,Qui
d’un éther vivant semblaient former les couches,Ils
montaient en colonne, en tourbillon flottant,Comblaient
l’air, nous cachaient l’un à l’autre un instant,Comme
dans les chemins la vague de poussièreSe
lève sous les pas et retombe en arrière.Ils
roulaient; et sur l’eau, sur les prés, sur le foin,Ces
poussières de vie allaient tomber plus loin;Et
chacune semblait, d’existence ravie,Épuiser
le bonheur dans sa goutte de vie,Et
l’air qu’ils animaient de leurs frémissementsN’était
que mélodie et que bourdonnements.Tels
étaient donc les dieux reconnus par les premiers et naïfs riverains
du fleuve; ces dieux bien dignes d’une société naissante....
Cependant, le dirai-je? Et pourquoi ne le dirais-je pas puisque M.
Simon Pelloutier, de Berlin, mon guide jusqu’ici, a négligé de
nous en instruire? Au fond de cette mythologie soi-disant
primitive,
puérile, en apparence seulement, il me semble voir se tordre un
monstre hideux, tout à la fois menaçant et ricanant. Ce dieu Chaos,
insoucieux et nonchalant, doué de fécondité, mais sans l’amour
de son œuvre, n’est-ce pas la matière s’organisant d’elle-même?
Cette poussière de dieux de bas étage, je les ai nommés
microscopiques; j’aurais pu les désigner mieux sous le titre de
moléculaires, de corpusculaires; ce sont des atomes, des monades.
Il
y a évidemment ici moins une croyance religieuse à l’état de
germe, qu’un symbole de philosophie matérialiste, fruit d’une
civilisation antérieure, civilisation dégradée et décrépite.J’en
ai douté d’abord, je commence à le croire, les savants ne s’y
sont pas trompés; oui, ces premiers Celtes descendaient de l’Inde,
de l’Inde déjà en décadence morale, et, dans leurs bagages de
voyageurs, ils en avaient emporté, par mégarde, ce lambeau de
cosmogonie symbolique, dont, à coup sûr, eux-mêmes ne comprenaient
pas la triste signification.Au
bout de quelques années, de quelques siècles peut-être (ici nous
n’avons pas à ménager le temps), toujours s’obstinant à
prendre au sérieux ce dieu égoïste, perdu dans la contemplation de
soi-même au sein d’un ciel froid et vide, n’abandonnant pas
l’espérance d’établir quelques relations entre eux et lui, à
défaut du Créateur, les Celtes s’adressèrent à la création,
lui demandant un intermédiaire qui écoutât leurs plaintes ou leurs
actions de grâces et pût les transmettre plus haut.On
le sait, ils avaient d’abord à cet effet pris conseil du soleil et
de la lune; mais ils n’avaient pas eu à se louer d’eux.Placés
trop loin de leurs clients pour entendre leurs plaintes, ou
préoccupés de leur labeur quotidien, ces astres participaient
vis-à-vis des hommes à la parfaite indifférence de leur maître
commun.Irrités
de ce manque d’égards, nos dévots songèrent à se choisir
d’autres intercesseurs moins occupés, qu’ils pussent
non-seulement toucher du regard, mais de la main, et qui, autant
que
possible, restassent en place, afin qu’on fût toujours sûr de les
trouver à domicile.Ils
s’adressèrent aux fleuves et aux montagnes, mais les fleuves
n’avaient d’immobile que leurs rivages; comme le soleil, comme la
lune, ils poursuivaient leur course; quant aux montagnes, refuge
des
loups, des ours et des serpents, ce qui était déjà une mauvaise
recommandation, les neiges ou les brumes les voilaient sans cesse
aux
regards des suppliants.De
guerre lasse, on finit par s’adresser aux arbres, et, comme il
arrive toujours, on reconnut que c’était par là qu’il eût
fallu commencer.L’arbre
était le médiateur le plus favorable; placé entre ciel et terre,
il tenait à la terre par ses racines, et sa tige, semblable à une
flèche empennée de verdure, se dressait vers le ciel comme pour s’y
élancer.Le
culte des arbres, probablement, fut une première tentative de vie
sédentaire, opposée à la vie nomade que les Celtes avaient menée
jusqu’alors, de gré ou de force; il s’établit en peu d’années
dans tous les pays en deçà comme au delà du Rhin.Les
arbres ne manquaient pas; chacun eut le sien. Ne pouvant l’emporter
avec soi, on s’habitua à vivre près de lui.L’homme
pouvait y adosser sa cabane; le troupeau y dormir à l’ombre.Les
oiseaux y venaient d’eux-mêmes. Chantaient-ils? c’était un
signal de plaisir; y suspendaient-ils leurs nids? une invitation au
mariage.L’arbre
qui produisait des fruits parlait de bien-être, d’abondance et de
fêtes; des fêtes de la récolte, de celles du pressurage, où
assisteraient les amis, tenant à la main la corne de bœuf débordant
d’un liquide mousseux.Bientôt,
à la naissance d’un enfant on planta l’arbre natif, qui devait
être son compagnon et son conseiller pendant toute sa vie.Plus
tard, un massif représenta une famille.Les
soins religieux à rendre à l’arbre, c’était de l’émonder,
de le diriger dans sa maîtresse branche, de nettoyer son écorce de
toute herbe parasite, d’écarter de sa base les animaux nuisibles,
les fourmis, les rats, les serpents. Ces soins continus devaient
nécessairement aider aux progrès de la culture.Les
sectateurs des arbres firent plus. A de certains jours consacrés,
ils suspendirent à leurs branches des bouquets d’herbes et de
fleurs; leur portant à boire, et même à manger. Le fétichisme
s’en mêlait déjà. L’homme a-t-il jamais su se préserver de
l’excès?Quand
le vent murmurait à travers le feuillage, le fervent propriétaire
écoutait attentivement, essayant d’interpréter le langage
mystique de son cèdre ou de son poirier, et une causerie en règle
s’établissait entre eux.Qu’un
orage s’élevant secouât vigoureusement l’arbre, présage
fâcheux; que sous la rafale une de ses branches fût brisée,
pronostic certain d’une catastrophe prochaine; que la foudre le
frappât, signe infaillible de mort pour le propriétaire; et
celui-ci se résignait, fier d’avoir enfin forcé son dieu fainéant
de correspondre directement avec lui.Si
un enfant mourait, on l’enterrait sous son arbre, encore
arbrisseau. Il n’en était pas de même quand il s’agissait d’un
homme.Les
Celtes usaient de divers et étranges moyens vis-à-vis des
dépouilles humaines pour les faire disparaître. Dans tel pays, on
les brûlait, et l’arbre natif fournissait le bois du bûcher; dans
tel autre, le
Todtenbaum
(l’arbre de mort), creusé par la hache, servait de cercueil à son
propriétaire. Ce cercueil, on l’enfouissait sous terre, à moins
qu’on ne le livrât au courant du fleuve, chargé de le
transporter, Dieu sait où! Enfin, dans certains cantons existait un
usage,—usage horrible!—qui consistait à exposer le corps à la
voracité des oiseaux de proie; et le lieu de cette exposition
lugubre, c’était le sommet, la cime de ce même arbre planté à
la naissance du défunt, et qui cette fois, par exception, ne devait
pas tomber avec lui.Or,
que voyons-nous dans ces quatre moyens si tranchés de restituer les
dépouilles humaines aux quatre éléments, à l’air, à l’eau, à
la terre et au feu? quatre genres de funérailles, de tout temps, et
même encore aujourd’hui, pratiqués aux Indes, parmi les
sectateurs de Brahma, de Bouddha ou de Zoroastre. Les Guèbres de
Bombay, comme les derviches noyeurs du Gange, en savent quelque
chose. Donc voilà quatre preuves pour une en faveur du système qui
donne aux Celtes une origine indienne. Quant à moi, je le déclare,
cette quadruple preuve achève de me convaincre.On
doit croire que l’usage des arbres de mort et des noyades posthumes
dura séculairement dans la vieille Gaule comme dans la vieille
Germanie. Vers 1560, des ouvriers hollandais, occupés à fouiller un
atterrissement du Zuyderzée, rencontrèrent, à une grande
profondeur, plusieurs troncs d’arbres miraculeusement conservés
par pétrification. Chacun de ces troncs avait été habité par un
homme, dont il conservait quelques débris, eux-mêmes presque
fossilisés. Évidemment, c’était le Rhin, ce Gange de
l’Allemagne, qui les avait charriés jusque-là, l’un portant
l’autre.En
1837, en Angleterre, du côté de Solby (Yorkshire), plus récemment
encore, dans le grand-duché de Bade, au mont Lupfen, à la date de
1846, des arbres
todtenbaum,
de même conservés par la vertu spéciale du sol, ont été
rencontrés avec leur habitant.Ces
preuves, authentiquement données, de l’usage de livrer les arbres
de mort, soit aux fleuves, soit à la terre, est-il indispensable
d’en produire d’autres à l’appui pour la combustion des corps,
pratiquée partout dans la vieille Europe?Au
surplus, moi mythologue, suis-je tenu de prouver quoi que ce soit.
Laissons donc là les arbres de naissance, les arbres de mort, les
arbres fétiches, que, du reste, nous devons retrouver bientôt, et
hâtons-nous de passer à une époque mythologique autrement
importante.Les
druides viennent d’apparaître dans la Gaule et dans la
Germanie.