La Nouvelle Came - Audrey Terrisse - E-Book

La Nouvelle Came E-Book

Audrey Terrisse

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Beschreibung

Dans une écriture asthmatique et sans concession, elle se livre entre bribes de mémoire et sensations retrouvées. Un texte éclaté, comme les flashs d’une nuit trop arrosée, où les ellipses narratives capturent le lecteur vers l’essence d’une mosaïque de vie à reconstruire. Loin des effets de style et des politesses littéraires, elle dresse un portrait à la fois brut et tendre, dense et dépouillé, exhibitionniste et pudique, où les mots résonnent comme une poésie en prose.

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EPUB

Seitenzahl: 40

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Ah ça ! l'horloge de la vie s'est arrêtée tout

à l'heure. Je ne suis plus au monde.

Arthur Rimbaud, Une Saison en Enfer,

Nuit de l’Enfer

David, Agathe, Bertrand, Dominique,

merci.

Ma tête est pleine de trous. Tant d’abus. De maltraitances. Pas facile de mettre tout bout à bout. Les sensations demeurent. Instinctives. Longtemps je les ai fuies. Je les accepte désormais. Attraction répulsion. Une seule âme. Deux êtres en perdition. Deux corps en oubli. Sans reddition. J’ai soldé mes terreurs. J’ai liquidé leurs dettes. L’errance était insupportable. Cheminement vers la destruction. Puis un regard, une délivrance.

Première soirée. La godiche est de sortie. Ils dansent et rigolent. Bières, cheveux gras, jupes trop courtes et bras trop longs. Moi, au bord du canapé, seule et déplacée. Une clope, pas de briquet. Flamme. Zippo métal. Longs doigts fins en tremblote. Grande carcasse surplombée de cavités noires. Le mégot brûle entre nous deux. Le défi dans l’œil, sa main attrape la mienne. Et je le suis dans la nuit froide. Course enivrante. Je le poursuis, je le devance, il me retient. Viens-là. Sa bouche, la mienne. Les cœurs s’emballent. Je fonds dans sa danse. Premier baiser. Et son parfum d’herbe fraîchement coupée. Petit chappy. Grimpe. Son cuir au ventre, cheveux au vent, le visage aux étoiles, je goûte la nuit. Stop. Hall de marbre, porte de service, 7 étages, la lumière au fond du couloir. Petite chambre étriquée. Les cendriers débordent et le matelas est au sol. Livres écornés et écriture désordonnée punaisée aux murs. Des vieux vinyles. Fume. Une roulée. C’est fort, c’est chaud. Poumons cramés. Je m’étouffe et il se marre. Second baiser. Désir. Bouffées cosmiques. Je sombre. Jim Morrison. Caresse profonde. Je pars. Le matelas. Et son parfum qui m’envahit. Son prénom, le mien. Je savoure les deux syllabes en murmure. Ses lèvres. Désir. Frissons. Les tissus glissent sur nos peaux. Je suis à lui, à son regard, à son souffle. Je me tends. Poitrine dressée, chair en offrande. Prends-moi. Il plonge et grogne. Il me déchire. Douleur délicieuse. Tu es belle. Soupirs à mon oreille. Promesses. Caresses. Nos mains soudées. Nos cœurs cadencés. Mon prénom perdu dans son spasme. Son corps en moi, noyé dans mes bras. Nous sommes nés.

Les adultes sur la terrasse. Les vieilles cocottées et les vieux transpirants. Ça picole, ça graillonne, ça parle fort. Musique dans les oreilles pour couvrir leurs relents de vulgarité. Les invités reviennent toujours. La vie de châtelain ça fait rêver. Une bonne et un gardien. Et des invités. Chambre, cuisine, 50 mètres. Mais la Reine-Mère guette. Viens saluer. Pas traînants, sourire forcé. Une vraie jeune fille. La peau explose. Faut voir ses seins. Regards baissés, sourires gênés. Elle est fière de sa fille qui grandit, la Reine-Mère.

Plus la chair se rapproche, plus elle me devient insupportable. Je donne mon corps mais le reste est insoutenable. Je sursaute. Je frémis. Des démons sont en moi. D’abord pas la main. Puis pas les bras. Le cou jamais. On évite les baisers. La croix sur la poitrine. Repli spontané. Défense. Pas tomber amoureuse. Plaisir animal. Pas de douceur. Pas de tendresse. Pas d’affection. Les peaux me dégoûtent. L’odeur de l’autre. Torture. Ne rien ressentir. Ou si peu. Insatisfaction. Mais ils s’accrochent. Toujours. Frustration. Je suis en sacrifice. Et je me replie. Jusqu’à la nausée. Pas d’effusions. Je suis forte. J’ai survécu, moi. Je ne me suis pas perdue. Juste trop aimé. Et je l’ai enterré sous ma peau. En secret. Ne pas parler. Ne pas prononcer son prénom. Rien n’existe. Sourires. Culpabilité. Et mes bras recouvrent ma poitrine en vagues de nausée.

Haptophobie. Dernier refuge du souvenir. Quand il souriait, je lisais ses années de souffrance. Derrière ses lèvres entrouvertes, un cri muet. Mais son regard vivait pour moi. Quand il souriait, j’oubliais. Il était mon unique. Et j’étais la sienne. Deux reflets parfaits. Loin de tous. A l’abri des néfastes, des toxiques, des violents. Loin des bleus. Loin des maltraitances. Des heures l’un contre l’autre, fondus en un seul corps. Lentement et sereinement, nous dérivions vers les mêmes étoiles. Quand il souriait, je n’avais plus peur. Nous n’avions que les instants aimantés de nos peaux, nos cœurs à l’unisson, nos souffles au ralenti. Quand il souriait, j’ignorais son corps meurtri et il ne voyait pas mes terreurs. Nous étions beaux. Et si jeunes. Lui pour toujours. Quand il souriait, j’aimais. Il m’a appris l’amour. Et la grâce.