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Il me dit, ton texte est triste. Le cul c'est bon et c'est gratuit. Et tu aimes ça. Tu écriras quoi sur nous ? Le cul c'est bon et c'est gratuit. Et j'aime ça. Et nous c'est pas le stupre. C'est pas l'anatomie du désir que j'écris. C'est l'anatomie du stupre. C'est ma démarche. C'est pas nous. C'est une quête de la vacuité. Se remplir. Et réaliser qu'il ne reste rien. Le stupre c'est pas le désir. Faut pas confondre. Toi je te désire. Et je t'aime. Je n'obéis pas au stupre. Tout le monde se fait avoir. Même toi, même moi. Et tous les médiocres. Et souvent sans le saisir. L'anatomie du stupre c'est une démarche sans concession. Le stupre gouverne les frustrations. Le désir nourrit la création.
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Seitenzahl: 68
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Nous sommes annihilés par tous ces culs, ces chattes, ces queues. Et nous finissons par jouir de nous-mêmes, les yeux dans l’œil du sillon. Nous nous virtualisons en virages faussés et en chants de partisans hygiéniques. Je suis l'inexistence et le tremblement. Tu es la grâce et la fournaise. Et si on s'aimait pour de la vraie. Et si on s'apprenait comme les enfants qu'on n'a jamais été. Viens là, viens, touche-moi. C'est ma peau que tu sens, mon cœur que tu entends vibrer, mon souffle qui vient te lécher. Viens là, fais-moi toucher. C'est doux et ça fait mal. Ça brûle au corps. Tu crois qu'on va se blesser. Reviens. Je veux savoir. C'est ta peau qui transmet. Je veux apprendre ses sillons. Vers où mènent-ils ? Que vont-ils faire de nous. On n'a pas assez de cette vie. On en a plus qu'assez. On n'est pas bons à recycler. Déchets bien trop consommés. Arrête-toi là. Oui, juste là. Mon cœur bat jusque là. Plus fort. Encore.
L’amour est un acte manqué
Ce dont tu parles, c’est du désir bestial, simplement du désir, comme le nom de ce vieux tramway qui bringuebale à travers tout ce quartier, grimpant une petite rue étroite, dégringolant une autre.
Tennessee Williams, Un Tramway nommé Désir
A ceux qui m’ont un jour trouvée aimable ignorant nos monstres en miroirs. A ceux.
Il me dit, ton texte est triste. Le cul c’est bon et c’est gratuit. Et tu aimes ça. Tu écriras quoi sur nous ? Le cul c’est bon et c’est gratuit. Et j’aime ça. Et nous c’est pas le stupre. C’est pas l’anatomie du désir que j’écris. C’est l’anatomie du stupre. C’est ma démarche. C’est pas nous. C’est une quête de la vacuité. Se remplir. Et réaliser qu’il ne reste rien. Le stupre c’est pas le désir. Faut pas confondre. Toi je te désire. Et je t'aime. Je n’obéis pas au stupre. Tout le monde se laisse avoir. Même toi, même moi. Et tous les médiocres. Et souvent sans le saisir. L’anatomie du stupre, c’est une démarche sans concession. Le stupre gouverne les frustrations. Le désir nourrit la création. On est tous frustrés. Dès la naissance. Au sein, le bébé s’égosille du manque de débit. Au biberon, il cherche le mamelon. Dès la naissance, le stupre se niche. Le stupre est un animal indomptable. Le petit comptable reluque la secrétaire. Les vieux amants s’accordent des transgressions.
L’adolescente avale son mec pour la popularité. Le célibataire cumule les culs. Le vieux compte ses coups passés. Le stupre c’est pour tous, les tape-autour, les bénis-oui-oui, les pardon-j’ai-joui. C’est vrai mon texte est triste. Triste et vain. Comme le stupre. Je connais bien cette errance. Je ne la méprise pas mais je n’en suis pas dupe. L'es-tu ? Eux le sont. Ces fonctionnaires qui s’encanaillent, ces compteurs de points de retraite, ces néo-bourgeois sauveurs du monde, ces cultureux. Frustrés, comme tout le monde. Alors ils étalent et cavalent. Traitent leur maîtresse de petite pute et ont peur de faire jouir madame. Alors, chéri, je ne veux pas que nous soyons de stupre. Nous devons être désirs et créateurs. Tristes auteurs et gais baiseurs. Le stupre ne sera pas notre guide. Ni par ennui, ni par défi, ni par tromperie. Nous saurons nous inventer.
Prénom moyen, taille moyenne, fringues moyennes. Coupe de cheveu ? Très très moyenne. C’est un journaliste politique pour un webzine de province, une de ces gloires locales que tout le monde connaît mais dont le monde entier se fout. Il est aussi cadre sup. La gloire, c’est bien, le petit pavillon avec jardin, c’est mieux. Il sent la France catho, le pardon-j’ai-joui. Cheveux filasses et raie sur le côté. Bien en place. Et de gros yeux bleus globuleux. Jamais aimé les yeux d’amoureux. Toujours préféré les yeux de cochon et leurs pupilles absentes. Il aurait voulu être militaire. Son père voulait pas. Alors il s’est essayé à la politique avant de se remettre sur les rails. Destin tout propret. Le week-end il se prend pour un pilote et collectionne des décharges d’adrénaline à bord d’un Alpha Jet. Chronique d’une vie fantasmée. Il est presque journaliste. Comme moi. On fait le taf mais sans carte de presse. Et tout le monde y croit. La politique pour lui. La culture pour moi. Locales. Faut pas se leurrer.
L’ancien maire vient de se suicider. Tous les journaleux sont là. Ça s’agite dans le café. Mon rendez-vous arrive. Le journaliste le connaît. Il le salue et moi aussi. On discute un bout. L’ancien maire s’est suicidé. Tout le monde est excité. Pas moi. J’ai un article à rédiger.
J’accepte un verre, juste pour voir ce qu’il y a sous le polo Burberry. Une bière pour moi, un Perrier pour lui. Il pose des questions le journaleux. Je réponds ou j’esquive. Il est direct le catho. Je me moque de lui et de son côté vieille France. Je ne connais pas de femme comme toi. Elle est comment ta femme ? Gentille et dévouée, et deux enfants aussi. Le premier est précoce. Tu as eu beaucoup d’amants ? Quelques-uns. Il passe d’un sujet à l’autre. La politique revient. Je m’en fous et je lui dis. Il écrit un bouquin sur l’ancien maire. La fin est toute trouvée. J’ai un roman dans le tiroir, quelques poèmes, des milliers d’articles stériles. Je suis moins sage que je ne le parais. Je vais bosser sur un sujet pour la télé locale. L’échangisme. Ça va faire parler. Ça fait toujours parler le racolage. Il veut s’émoustiller dans les parties fines de la haute de province. Mais il a pas ses entrées. Faut pas compter sur moi. Il y a des sites pour ça. Mais lui a un autre angle. Evidemment. Tu me dragues ? Non. Tu penses vraiment que je te drague ? Les mecs comme toi ont envie de moi. Pourquoi ? Vos vies. Vos femmes. Vous vous emmerdez et pensez que la fille tatouée va vous réveiller. On se recroise à un concert. Son livre avance bien. Et son reportage aussi. Il a un angle. Je l’imagine filmer des couples de bourgeois. Les chattes et les queues. Corps échangés. Planqué derrière sa caméra, le journaliste jouit par procuration. Puis retour maison. J’ai bien bossé aujourd’hui. Sers-moi la soupe. Je l’imagine se finir sous la douche en rêvant à la femme de son pote.
Il a quarante ans ou un peu plus et veut être journaliste. Et garder le pavillon aussi. Et les gosses dans le privé. Il veut être pilote. C’est maintenant que tout se joue. Il abandonne la drague, accepte un poste à Paris et signe une bio au Cherche-Midi. Et moi j’essuie les refus.
Le musicien ne me jette pas un regard. Mes questions semblent le faire chier. C’est vrai, c’est bateau. Moi je l’ai trouvé beau quand il chantait, dans son trois-pièces à rayures. Il avait du charme. C’est un bâtard corpopétrussien qui chante des reines de l’âge de pierre. Dit comme ça c’est moins sexy. On a les idoles qu’on mérite. Il mate sur le côté. C’est bon, je le lâche. J’ai assez pour mon papier.
Le festival a démarré. Je couche les gosses et prends mon tour de caisse. Les gens passent. J’oublie la caisse. Les gens discutent en petits groupes. J’oublie les gens. Sauf le musicien. Il siffle une coupette sur une enceinte, l’œil rivé sur son collègue au clavier. J’enlève mon cuir et ondule ma croupe moulée, le défi au creux des reins. Hey ! Je mitraille l’artiste. Hey ! C’est cool de dire « Hey ! » alors je réponds « Hey ! » Le musicien se lève et rapporte du péteux. Défi relevé. Vaincu sans gloire. Moins d’une minute. La traque est décevante. Et il a perdu de sa superbe. Et des cheveux. Décevant. Sa cour se presse pour le saluer. Il les
