Avant qu'on ne disparaisse - Audrey Terrisse - E-Book

Avant qu'on ne disparaisse E-Book

Audrey Terrisse

0,0

Beschreibung

Chroniques où il est question d'exil, de ponctuation, de désir, d'épilation, de tabac à rouler, de poésie, de ruines, de plug anal, de manque, de régime, de tatouage, de Tigrou, et même de Stéphane Sénéchal. Et peut-être aussi un peu d'amour.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 52

Veröffentlichungsjahr: 2016

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Chroniques où il est question d'exil, de ponctuation, de désir, d'épilation, de tabac à rouler, de poésie, de ruines, de plug anal, de manque, de régime, de tatouage, de Tigrou, et même de Stéphane Sénéchal.

Et peut-être aussi un peu d'amour.

19 Juillet 2015 – 6 septembre 2015

Je pourrais alors poser sur toi mes premiers mots. Je pourrais alors te dire que tu as retrouvé l’absente qui errait dans mes veines. Tu pourrais alors m’avouer que j’ai ranimé l’absent qui coulait dans tes brumes. Je pourrais alors te dire que l’hiver est arrivé et que je suis prête à m’y glisser.

Poète, prends ton luth et me donne un baiser

Alfred de Musset, La Muse, Les Nuits

Le 1er jour, elle prépare le terrain

Avant qu’on ne disparaisse, je dois tout te dire et je dois t’écouter, car nous sommes condamnés à disparaître. Ensemble ou séparément, en beauté ou sans dignité, physiquement ou intellectuellement. On a beau être d’éternels insoumis, on devra bien se plier à la fin. Ephémères, simples passagers, le glas va sonner, avec majesté j’espère, mais peut-être le cul posé sur un chiotte. Avant qu’on ne disparaisse, on doit tout réaliser, se réaliser, nous mettre en scène, nous observer pour nous raconter, nous dépouiller pour nous enrichir. Il ne restera que peu, peut-être une œuvre, ou de vieux carnets entassés dans un grenier. Avant qu’on ne disparaisse, notre encre doit couler, petits ruisseaux à exploiter, la cyprine et le foutre aussi, loin de nos certitudes, loin de nos évidences, loin de nos facilités. Avant qu’on ne disparaisse, on doit tout donner. Et seulement après, le glas pourra sonner. Alors je m’écris, je t’écris, je nous écris. Et toi aussi. Des riens et des envolées, comme un journal du temps en train de trépasser. Avant qu’on ne disparaisse, je veux nous chanter dans mon style pas très ampoulé, un peu trop scandé et ponctué. Mais je ne vais pas changer. Tu me liras et peut-être tu répondras. Tu commenteras. Je me vexerai et t’enverrai chier. Tu vois, rien ne va changer.

Le 2e jour, elle met les points sur les i

Avant qu’on ne disparaisse, il va falloir qu’on règle cette question de la ponctuation. Il va falloir qu’on se décide si on en abuse ou si on la supprime, par maniérisme ou par automatisme. Est-ce une pose ou un style. On est d’accord sur au moins deux choses. Le point-virgule est mort et hors de question de le déterrer. Et les points de suspension me font hurler. Attention, secret partagé, suspense garanti. Les virgules, j’en mets quelques-unes. La preuve. Quant aux points, ma foi, ils sont ma came. Peut-être ma façon de tenter d'avoir le dernier mot. Tu fais des retours à la ligne et mets une majuscule en début de phrase. Abus et dépouillement. Mon côté rigide, ton côté nonchalant. Le point d’exclamation, on s’en fout un peu. Les deux points, ça sent la notice explicative. Par contre les parenthèses en milieu de phrase me volent des petites pensées ailées en aparté. Et le point d’interrogation, on va essayer de ne pas se poser trop de questions.

Le 3e jour, elle fait l'état des stocks

Avant qu’on ne disparaisse, on va faire un dernier inventaire. On en a déjà fait des dizaines et à la fin on en aura fait des milliers. Mais le dernier, faudra pas le louper. On aurait des esprits synthétiques on se contenterait de dire qu’on aime baiser. Mais voilà, on a toujours besoin de s’épancher, alors on inventorie, même si on n’a rien inventé. J’aime ta peau. J’aime ta bouche. J’aime ton corps. J’aime ton cul. Moi aussi. J’aime ta queue. J’aime tes bras. J’aime tes yeux. J’aime te sucer. Et te baiser aussi. Je t’aime. Moi aussi je m’aime. Moi je ne m'aime pas assez alors aime-moi pour deux. Et on inventorie sans se lasser. Tous les matins, souvent le soir, sauf quand tu t’endors les doigts dans la prise, on fait nos inventaires de gourmets. On radote un peu, c’est vrai. C’est qu’on vieillit.

Le 4e jour, elle fomente un mauvais coup

Avant qu’on ne disparaisse, on va s’installer sur une île, une grande de préférence. Manquerait plus qu’on se marche dessus. Et il nous faut des endroits pour faire la gueule tranquilles. En fait, je crois qu’on a trouvé. Il nous manque juste la solution expéditive pour poser nos valises. On a quelques pistes et beaucoup d’imagination. Avec quelques ronds, un groupe de serbes et un peu d’organisation, on pourrait y arriver. Si on récapitule, l’arsenic et le potassium, ça le fait mais ça laisse des traces. Les freins, je crois qu’on va abandonner. Je ne te sens pas mécano dans l’âme et pour moi le frein ne se situe pas vraiment là. Donc on doit recruter. Il va falloir économiser. Sinon on avait pensé au bon vieux coup de pelle. Je vote pour. Ça pourrait même m'épargner quelques séances chez le psy. Après, on peut attendre, mais avec cette manie d’arrêter de fumer, c’est pas gagné. Sans être parano, ça sent le complot. On l’a méritée notre île. C’est pas qu’on ait des goûts de luxe, on est même prêts à partager.

Le 5e jour, elle se fait douce

Avant qu’on ne disparaisse, je vais me faire épiler. Faut pas changer, entretenir la coupe bien dégagée derrière les oreilles, faut pas se laisser aller. Mini pelisse, maxi plaisir. La fille tirera sur ma peau plissée pour arracher quelques vestiges gris sur mes jambes et ma chatte pelée. Il faudra peut-être qu’elle s’attaque aux picots sur le menton. Ce qui tombe en bas repousse en haut, je suis au regret de te l'annoncer, on ne peut pas y échapper. Mais elle oubliera pas le sillon fessier, le SIF, comme tu dis. Le cul faudra pas le laisser tomber, il mérite le sharpei, et d’ici-là il aura gagné quelques plis. Elle va galérer la fille pour le lisser, mais on le laissera pas tomber mon cul, même s’il est déjà un peu plus bas qu’hier et bien moins que demain. On s’en occupera du sharpei. Alors j’oublierai sûrement de mouiller et toi de bander, mais on sera prêts pour notre dernier baiser.

Le 6e jour, elle roule cool