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Une étude historique et psychologique sur la peur du diable, qui éclaire le véritable combat spirituel. Au diable la peur !
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Seitenzahl: 105
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Le Prince des anges, saint Michel, Paris, Téqui, 2002.
Le Diable existe, Paris, Salvator, 2003, 2004.
Les Anges existent, Paris, Salvator, 2005.
Saint François de Sales. Son combat contre le démon, Paris, Éditions Emmanuel, 2009.
Guérir des blessures de l’âme avec saint François de Sales, Paris, Éditions Emmanuel, 2010.
Foi, Espérance, Charité. Les vertus théologales selon saint François de Sales, Paris, Éditions Emmanuel, 2011.
Les Vertus dépoussiérées par saint François de Sales, Paris, Éditions Emmanuel, 2012.
100 prières pour vaincre les forces du mal, Paris, Salvator, 2012.
Humour et sainteté chez François de Sales, Paris, Salvator, 2013.
Traverser la mort avec les anges, Paris, Éditions Emmanuel, 2015.
Gilles Jeanguenin
La peur du diable
Pour ne plus trembler face au démon
Nihil obstat,
Paris, le 11 mars 2017
G. PELLETIER
Imprimatur,
Paris, le 11 mars 2017
M. VIDAL, Vic. Ep.
Conception couverture : © Christophe Roger (d’après la reproduction d’une tenture se trouvant au réfectoire des hôtes de l’abbaye de Solesmes)
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2017
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-637-0
Dépôt légal : 2e trimestre 2017
J’ai peur, donc je suis
« Tous les hommes ont peur. Tous.Celui qui n’a pas peur n’est pas normal3… »
Timeo, ergo sum (« J’ai peur, donc je suis »), s’exclame Michel Vienne, pour qui la peur est comme une expérience originelle et « créatrice d’être4 ».
La peur est née avec l’homme. Elle l’habite depuis toujours et peut surgir à tout moment de la vie. Nul ne peut alors l’ignorer ou s’en exempter… « Les peurs appartiennent au patrimoine de l’humanité », explique le Dr Christophe André, spécialiste des troubles anxieux et phobiques5 !
La peur, à l’instar du diable dépeint par Martin Luther(1483-1546), peut être envahissante si elle« colle à l’homme plus étroitement que son habit ou que sa chemise, plus étroitement que sa peau6 ».
L’animal ne peut anticiper sa propre fin ; l’homme, en revanche, sait et prévoit qu’il mourra un jour. Il est donc « seul au monde à connaître la peur à un degré aussi redoutable et durable7 ». Face à l’inexorabilité de son destin, l’individu éprouve un sentiment d’impuissance et d’insécurité, ce qui représente pour lui une source importante de tension et d’angoisse*8.
Réfléchir à sa propre mort ou à son devenir dans l’au-delà n’a rien d’anormal ; cependant, on ne peut pas en dire autant de toutes les phobies* qui pullulent de par le monde : peur du loup, peur des cataclysmes, peur des démons ou des sorciers, peur des morts, peur de la fin du monde, peur de la bombe atomique, peur de la famine, peur de la guerre, peur des maladies ou des épidémies, peur de la nuit ou de l’obscurité, peur des catastrophes naturelles, peur des marginaux ou des mendiants, peur de la folie et des malades mentaux, peur du toxicomane, peur des vampires et des esprits, peur du terrorisme, etc.
Freud (1856-1939) ironisait déjà à ce propos dans sa Théorie générale des névroses : « Cette série de phobies ressemble à l’énumération des dix plaies d’Égypte, avec cette différence que les phobies sont beaucoup plus nombreuses9. »
La peur est l’émotion la plus forte et la plus ancienne que connaisse l’humanité ; de ce fait, elle s’enracine dans l’histoire de chaque individu, indépendamment de toute considération religieuse, ethnique ou culturelle.
La peur est ambivalente. Comme dans toute émotion, il y a en elle des aspects positifs et négatifs : vue comme une réaction instinctive au danger ou comme réflexe de survie pour échapper à la mort, la peur est certainement une bonne chose ; mais lorsqu’elle dépasse un seuil de supportabilité, elle devient alors une expérience négative. Par ailleurs, la peur génère de grandes difficultés d’adaptation qui peuvent, dans des cas extrêmes, se conclure par le décès de la personne. De fait, la peur, en tant qu’émotion forte, peut provoquer des réactions inappropriées, voire nocives : fuite, agressivité, attaque de panique, stress, paralysie, syncope et, plus rarement, arrêt cardiaque.
La peur nous sert de signal d’alarme, dont la fonction est d’attirer l’attention sur la présence d’un danger. De fait, à l’approche d’une menace, la peur s’active et nous permet ainsi d’adopter les mesures adéquates pour affronter la situation. Sans la peur nous n’aurions pas conscience de nos limites.
En temps de crise, c’est souvent la peur qui rend l’homme capable de prendre des décisions énergiques et courageuses. En temps de guerre, par exemple, de nombreuses actions héroïques ont été menées par des gens ordinaires. Certains d’entre eux ont même donné leur vie pour sauver celle des autres.
Rien n’effraie tant l’homme que l’insécurité, l’incertitude et la perte des valeurs auxquelles il croit. Aujourd’hui plus que jamais, notre contemporain manifeste un besoin « compulsif » de sécurité et d’amour, pour vivre et se sentir protégé contre les aléas de la vie. Celui-ci reste un être fragile et inconstant : il suffit d’un sentiment profond d’insécurité et de frustration pour que se déclenche le mécanisme infernal de la peur. Et quand l’homme a peur, il est prêt à tout !
L’Histoire nous apprend que les périodes d’insécurité et d’instabilité sociopolitique ont été, presque à chaque fois, le point de départ des grands conflits : révolutions, guerres, violences de masse, etc. L’explosion de peurs collectives, survenue à la fin du Moyen Âge, nous en apporte la preuve irréfutable avec les vagues de persécutions qui traversèrent l’Europe. Ainsi, la « chasse aux sorcières » nous apparaît clairement comme la cristallisation de peurs et phobies sociales.
Pendant de nombreux siècles, la femme a été considérée comme l’incarnation du mal. Parmi les innombrables victimes, il faut inclure aussi ces prétendues sorcières que l’on tenait pour responsables de tous les désordres moraux et sociaux de l’époque. Livrées comme bouc émissaire à la vindicte populaire, puis jetées dans les flammes des bûchers, elles étaient nombreuses celles qui clamaient, ou plus exactement, hurlaient leur innocence !
3. Jean-Paul SARTRE, Le sursis (1945).
4. Cité in Jean DELUMEAU, Le péché et la peur, Paris, Fayard, 1983, p. 626.
5. Christophe ANDRÉ, Psychologie de la peur. Craintes, angoisses et phobies, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 42.
6. Cité par Patrick SNYDER, Trois figures du diable à la Renaissance : l’enfant, la femme et le prêtre, Québec, Fides, 2007, p. 22.
7. Guy DELPIERRE, La peur et l’être, Toulouse, Privat, 1974, p. 17.
8. Voir la signification du mot dans le lexique, en fin de volume.
9. Sigmund FREUD, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1923, p. 426.
