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Un Marine, envoyé en Irak, cherche à venger son frère, tué par un membre de Daesh.
Devenu Marine comme son père, il est sniper en Irak et Afghanistan. Entre temps, Paul reporter "freelance" qui couvre la guerre en Syrie tombe dans les mains de Daesh. L'État islamique met en scène sa fin tragique en le décapitant. Peter qui a fini son service, n'a qu'une idée, retrouver le bourreau qui a tué son jeune frère. La seule info qu'il possède, c'est l'adresse d'un avocat au Liban. De fil en aiguille, il réussit avec l'aide d'une réfugiée syrienne Hiyam à localiser le bourreau et l'éliminer.
Dans un thriller contemporain, suivez les aventures de deux frères immergés dans la guerre en Irak.
EXTRAIT
C’était couru d’avance ! Peter le sait dès le début. Le vol n’a jamais rattrapé son retard. À Paris, malgré un sprint d’enfer dans ces foutus couloirs, il a raté la correspondance. Et pour comble de malchance...
— Désolé monsieur, mais aujourd’hui tous nos vols sont « fully booked ». Je ne peux vous proposer qu’une place demain matin à 9 heures sur un avion de notre compagnie.
— Mais moi je m’en f...
À quoi bon s’énerver ! Il y aurait bien une solution. Un vol sur une autre compagnie, en début de soirée. Ce qui le fait atterrir assez tard à Beyrouth. Pas « convénient » comme on dit aux States ! Il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur dit l’adage. Il se calme et accepte le vol du lendemain.
— Nous vous réservons une chambre à Paris si vous le voulez bien.
— Non, je veux rester à l’aéroport. On m’a parlé de l’hôtel Sheraton.
L’hôtesse tique un peu. Elle ne peut prendre elle seule la décision. Petit coup de fil dans une langue qu’il pense être de l’arabe. Des hochements de tête. Des « oui, oui » et :
— C’est OK ! Vous avez une chambre au Sheraton comme vous le désiriez. L’hôtel est le seul à être implanté dans l’aéroport. Il a la forme d’un bateau. En sortant, vous ne pouvez pas le rater. Est-ce que nous gardons votre bagage ?
— OK ! Demain, vous êtes certaines, départ à 9 heures ?
— Oui, monsieur, c’est cela. Vous devez vous présenter au comptoir MEA au moins deux heures avant pour les contrôles de police et de sécurité. Avec les excuses de notre compagnie pour ce fâcheux contretemps, je vous souhaite un bon vol demain.
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Seitenzahl: 385
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Roman
Phénix d’Azur
à Peter et Carole Spalding,
à Washington DC,
pour leur indéfectible amitié.
« Mama, put my guns in the ground
I can't shoot then anymore.
That long black cloud is coming down
I feel like I'm knockin' on heaven's door.
knock, knock, knockin' on heaven's door.
knock, knock, knockin' on heaven's door...
(chanson de Bob Dylan, bande sonore du film
« Garrett and Billy the Kid »
de Sam Peckinpah, 1973,
dans lequel le chanteur joue un petit rôle
« Sniper un jour, sniper toujours »
11 janvier 2015.
Aéroport international de San Francisco. L’hôtesse invite les passagers du vol United à embarquer immédiatement porte 47. Une fois dans l’avion :
— Bienvenue à bord du vol United Airlines...
— Et bla-bla-bla, bla-bla-bla...
Assis dans son fauteuil en « Classe Affaires », Peter n’écoute même plus le baratin du chef de cabine.
— Toujours le même discourt sur tous les avions, dans toutes les compagnies. Je me demande qui les écoute en-core...
Il fixe le dossier du siège devant lui, mais ne le voit même pas. Personne à côté de lui. Quelle aubaine ! Il n’a pas le cœur à discuter avec qui que ce soit. Les portes sont verrouillées. L’avion ne va pas tarder à rouler vers la piste d’envol. Enfin ! On a déjà perdu pas mal de temps en salle d’attente avant l’enregistrement.
— Les zincs ne sont plus jamais à l’heure ! Moi ça ne m’arrange pas ! J’ai juste un battement d’une petite heure pour prendre ma correspondance...
Au bout de cinq minutes, il commence à s’impatienter. Il arrête l’hôtesse qui passe.
— Vous pouvez me dire pourquoi on est toujours à l’arrêt et...
— Désolé monsieur, mais nous attendons un client im-portant. Il va arriver d’une minute à l’autre.
— Mais moi j’ai une correspondance à prendre...
— Nous sommes désolés et nous comprenons, mais cette personne haut placée doit prendre ce vol.
— Désolé, désolé ! Putain quelle compagnie ! La prochaine fois j’en choisis une autre, grommelle Peter.
Sur ces entrefaites, un petit gros, qui s’essuie le front avec un mouchoir, traverse la cabine et va s’installer en Première.
— Un mec, un seul, un gros plein de soupe qui fait at-tendre une centaine de passagers ! Et pas un mot d’excuse le bougre ! Ah ! L’impolitesse de ces fonctionnaires ou de ces gradés, ce qui déjà hérissait le poil de mon père. Rien n’a changé ! J’ai bien envie d’aller lui dire ce que je pense.
Il va pour se lever, puis se ravise.
— Par le Grand Coyote, vaut mieux ne pas trop se faire remarquer. Mais à l’escale si je le revois...
Il regarde sa montre. 14 heures 47.
— 37 minutes de retard sur l’heure prévu. Pourvu que les vents ne soient pas contraires et que le pilote pousse un peu les réacteurs, marmonne-t-il.
Quand l’avion a atteint l’altitude de 33 000 pieds, l’hôtesse repasse, poussant un petit chariot.
— Que puis-je vous servir à boire, monsieur ?
— Un double whiskey. Jack Daniels, si vous avez ?
— Oui ! Désolé, mais je ne peux vous en servir qu’un pour l’instant. Nous n’avons pas un stock suffisant de cette marque. Si personne n’en demande, il n’y aura aucun problème à vous resservir. Autrement nous avons du bourbon « Four Roses ».
Peter est sidéré. Il ouvre la bouche pour marquer son vif mécontentement, mais reste bouche bée un instant et finit par ravaler sa rancœur. Un quart d’heure plus tard, on est venu lui apporter non pas une mignonnette, mais deux...
— Pour vous remercier de votre patience, dit l’hôtesse avec un grand sourire.
Il savoure son whiskey lentement et repense aux jours précédents quand il a appris, comme tant d’autres de part le monde, à la télévision, la terrible nouvelle. Il n’a pu rester que 5 jours chez lui dans la petite ville de Sisters, dans le comté de Deschute, en Oregon. Ensuite, il a précipité son départ.
À Portland, il lui a fallu encore 2 jours pour avoir un nouveau passeport. Un faux. Avec un faux nom. Au cas où... qui lui a coûté un max ! Il a foncé à San Francisco, une trotte, pour prendre un vol qui l’amènerait d’une traite jusqu’en Europe. À Paris. Il aurait pu tout aussi bien prendre un avion à Portland, mais deux escales, quelle perte de temps !
La fatigue de ces derniers jours pendant lesquels il s’est démené comme un beau diable, pendant lesquels il a préparé son paquetage et a pris la route, ou peut-être le Jack Daniels, font leur effet. Il s’assoupit. Et bizarrement, il replonge dans son enfance.
. durant l’année 2001.
— Peter, tu viens avec moi en ville. Dépêche-toi, commande mon père.
Et quand il dit quelque chose, on doit obéir illico. Le paternel a gardé l’autorité du lieutenant de chez les Marines avec qui il a baroudé pendant de longues années. Obéissance aux ordres absolue. Commencer à discuter c’est désobéir et ça déclenche sa colère, puis ça conduit inexorablement aux sanctions.
J’ose pourtant lui suggérer qu’on pourrait amener Paul...
— Paul ? Qu’est-ce que je viens de dire ? Je t’ai parlé de ton frère ?
— Non, mais maman a besoin de certaines choses pour la cuisine, il pourrait faire les courses pendant que je te suis.
Un long silence. Je n’en mène pas large. Qu’est-ce qui va bien m’arriver ? Pourquoi ai-je ouvert la bouche ? À mon grand étonnement, il répond :
— OK ! Il vient, mais il ne traîne pas dans mes pieds et il a intérêt à se dépêcher. Tu es responsable de lui. Tu comprends ce que cela veut dire ?
— Oui, papa. J’ai compris.
J’appelle Paul. Je le mets au courant pendant qu’on se dirige vers le pick-up. Paul, c’est mon frère cadet. Onze mois d’écart, le dernier de la famille. Avant nous il y a eu Mary, notre sœur aînée. Deux années de plus que moi. Depuis quelque temps elle est toujours pâle. Elle ne va pas bien. J’ai entendu maman dire qu’elle a une santé fragile.
Peter, Paul et Mary. Je me suis toujours demandé pourquoi nos parents avaient choisi pour nous ces prénoms. Était-ce l’idée de mon père qui admirait ce trio de chanteurs folk et rock des années 60-70 et qui chantaient des chansons de Bob Dylan ? Ou bien était-ce ma mère qui, très pratiquante, avait insisté pour nous appeler ainsi ? Qui avait gagné ? Je n’ai jamais osé poser la question. Peur de me faire rabrouer. Peur de remuer le passé...
Le père a garé sa voiture presque en face de l’épicerie.
— Peter, suis-moi.
Avant d’emboiter le pas du paternel, une recommandation au cadet :
— Toi, tu files acheter ce que maman veut et tu reviens ici. Tu nous attends près du pick-up le temps qu’il faudra. T’as bien entendu Paul ?
— Oui, oui ! J’ai entendu. Je ne suis pas sourdingue !
— Peter, t’arrêtes de traîner !
Je me dépêche. J’essaie de suivre le père qui marche vite. Arrivé devant Western Gun, l’armurerie, je me demande ce qu’il vient faire ? Il a déjà une belle collection d’armes à feu.
— Viens fiston.
Dans le magasin, il est salué par le patron qui visiblement le connaît bien.
— Qu’est-ce que je peux faire pour toi John ?
— C’est pas pour moi cette fois, Kyle. Tu vois, je t’amène peut-être un futur client. C’est mon fils. 12 ans depuis hier. Je veux lui acheter un fusil pour son anniversaire.
Je n’en crois pas mes oreilles. Je reste bouche bée.
— Ouais ! Faut commencer jeune à manier une arme. Pour chasser ou se défendre. Par les temps qui courent !
— Exact ! Qu’est-ce que tu as à me proposer ? Fais-moi voir ton arsenal l’ami.
Et l’armurier qui ne se fait pas prier déballe « sa camelote » comme il dit.
— Je pense que pour ton gamin et pour sa première arme, il ne faut pas quelque chose de lourd.
— Oui ! Plutôt facile à manier, mais assez précis dans le tir. Alors ?
— Pour les flingues de précision, j’ai plusieurs modèles. Le poids à vide varie entre 2,9 kg, disons 3 et 6 kg. Avec différentes longueurs de canon, explique Kyle.
— Et tu me proposes quoi au juste ?
— Moi, tu vois, je verrais bien le AC556 Ruger.
— C’est pas un peu démodé ça ?
— Pas tant que ça. 2,9 kg. Chargeur de 5, 10, 20 ou 30 cartouches. 750 coups à la minute. Il a été utilisé longtemps par l’armée et la police. On l’utilise encore de nos jours.
— Fais-moi voir l’engin, demande mon père
— Viens dans l’arrière-salle.
L’arrière-boutique, une véritable caverne d’Ali Baba. Des fusils, des révolvers, des bazookas, des poignards... des armes à foison.
— Tiens voilà la bête !
— M’wouais ! Peter, prends ça en main. Soupèse. Manie-le un peu.
Je fais ce que demande mon père. Ce fusil n’est pas si lourd, mais je le trouve un peu grand.
— Alors ?
— Oui, il est bien.
Au ton de ma voix, papa remarque que je ne suis pas vraiment partant pour ce modèle. L’armurier lui aussi a tout de suite pigé.
— Attends petit ! J’ai aussi le Ruger mini 14. Un tantinet plus court. Je crois que tu aimeras.
C’est celui-là que le paternel a fini par m’offrir. Aussitôt payé. Aussitôt emballé. Les deux adultes se serrent la main, se congratulent. Me voilà sur le trottoir avec mon cadeau emmailloté.
— J’ai quelqu’un à voir en face. Retourne à la camionnette. Tu m’y attends avec ton frère.
Dans le pick-up, autour du pick-up, pas de Paul.
— Par le Grand Caribou où est-il donc ?
Je cours vers l’épicerie. Il n’y est plus. Il est déjà ressorti depuis belle lurette m’a dit le marchand. Où peut-il bien être ? Retour vers la voiture. Coup d’œil à droite et à gauche dans les magasins avoisinants. Et là, chez le photographe, mon Paul, rayonnant, le sourire jusqu’aux oreilles qui manie une boite noire.
— Paul. Qu’est-ce que... ? Sors immédiatement. Père va bientôt revenir et je n’ai pas envie de me faire engueuler à cause de toi.
Mon frangin pose comme à regret l’appareil. Il sort la mine triste.
— Mais qu’est-ce que tu fichais dans cette boutique ? Maman n’a besoin de rien dans celle-ci.
— Non ! Mais est-ce que t’as vu ces belles images dans la vitrine ? C’est avec la boite que j’avais dans les mains qu’on peut réaliser de telles choses. Je trouve ça splendide et magique à la fois. Après on a des vues qu’on ne reverra peut-être plus. Du moins plus exactement comme ça. C’est génial ce truc. Ça conserve le temps ! Et en plus c’est facile à s’en servir. Et c’est pas très cher.
— Ouais, ouais, ouais ! Parce que toi, maintenant, tu connais la valeur de l’argent ? Je suis bien certain que ce n’est pas donné. Plus cher en tout cas qu’un kilo de farine ou que 6 œufs. Bon ! Je t’ai retrouvé, c’est l’essentiel. Tiens, papa arrive. Vite, montons dans la voiture.
— Pourquoi qu’il voulait t’emmener avec lui ?
— Le voilà. Tais-toi. Je te le dirai plus tard. À la maison.
Les 3 miles de retour sont effectués dans le plus grand silence. Pas un mot. Quelque chose l’a irrité. Quelqu’un l’a sûrement mis en rogne à son rendez-vous, mais il essaie de le cacher. Une histoire qui n’intéresse pas les gamins !
Le lendemain, première leçon. Derrière la maison. Le « stand de tir » c’est dans les bois à un demi-mile de notre habitation. Au pied de la « montagne ». La première cambuse à l’est c’est celle de Pierce Black Stallion, un gamin indien de la tribu des Nez Percés. Enfin pas tout à fait. Le père Garrett c’est un père comme le mien, un visage pâle comme on dit dans les anciens westerns. La mère c’est une Amérindienne. Les unions mixtes ne sont pas vraiment acceptées. Ils se sont installés en dehors de la réserve de la Confédération des Tribus indiennes Umatilla. Black Stallion, « Étalon Noir », c’est mon copain. Il m’a appris à tirer à l’arc. Sans toutefois l’égaler, je me débrouille très bien. Il m’a surnommé d’un nom imprononçable qui voudrait dire « flèche qui atteint rapidement son but ». Moi je suis fier de porter ce nom indien. Même s’il est un peu exagéré.
Ma mère est horrifiée. À la vue du fusil, elle se signe plusieurs fois. Elle invoque tous les Saints. Une arme, je suis si jeune. Mon père élève la voix. Il prétexte que le fils d’un ex-Marine doit commencer tôt. Et que si je me destine un jour aux métiers des armes...
Je ne savais pas que mon paternel me destinait à une « brillante carrière dans l’armée » comme il l’a annoncé alors.
Maman hausse les épaules et elle part dans sa chambre. Pour pleurer, j’en mettrais ma main à couper ! Le soir en revenant père lui explique qu’il veut faire de moi un champion. Un champion de tir. Un champion olympique. Un rêve que lui même n’a jamais pu réaliser. Je ne sais pas si cette déclaration a vraiment calmé ma mère.
Au bout d’une semaine, après avoir éclaté des dizaines de bouteilles, percé des dizaines de boites de conserve, mon père m’a annoncé :
— Fiston, c’est sûr, t’es doué. J’aurais jamais pensé que tu ferais des progrès aussi rapidement.
Moi, je suis super fier. Je continue à tirer. Sur des cibles statiques, sur des troncs d’arbres, puis sur des cibles vivantes. Il y a tant d’animaux dans la forêt. Père me fait participer à des concours locaux, à ceux de l’État ou inter États. Je gagne quelques prix, des médailles. Je ne suis pas toujours le meilleur. Je ne monte pas à tous les coups sur la première marche du podium. Mais cela m’est égal. Je m’améliore sans cesse et c’est bien là le principal.
Quand j’ai eu 15 ans, mon père a échangé la carabine mini contre une autre plus performante.
S’appliquer au tir, progresser, voilà le but à atteindre, mais pour mon père on ne peut y réussir que si l’on connait bien son fusil. Il faut aussi en prendre soin. Savoir le démonter, le remonter, le nettoyer, le bichonner en quelque sorte. Mon père y veille. Particulièrement.
— Il doit faire partie intégrante de ta vie. Il doit être indispensable comme le boire et le manger. Une arme mal entretenue n’est pas efficace dans les concours. En temps de guerre, ça peut te coûter la vie.
Puis, avant d’atteindre mes 18 ans, nouvel échange contre une arme que j’ai toujours aimée, la MK11 Mod 0, calibre 7,62 utilisée par les Seals avec lunette Leupold, hausse de secours, silencieux KAC réduisant considérablement le bruit de la détonation. Un petit bijou.
. 12 janvier 2015.
C’était couru d’avance ! Peter le sait dès le début. Le vol n’a jamais rattrapé son retard. À Paris, malgré un sprint d’enfer dans ces foutus couloirs, il a raté la correspondance. Et pour comble de malchance...
— Désolé monsieur, mais aujourd’hui tous nos vols sont « fully booked ». Je ne peux vous proposer qu’une place demain matin à 9 heures sur un avion de notre compagnie.
— Mais moi je m’en f...
À quoi bon s’énerver ! Il y aurait bien une solution. Un vol sur une autre compagnie, en début de soirée. Ce qui le fait atterrir assez tard à Beyrouth. Pas « convénient » comme on dit aux States ! Il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur dit l’adage. Il se calme et accepte le vol du lendemain.
— Nous vous réservons une chambre à Paris si vous le voulez bien.
— Non, je veux rester à l’aéroport. On m’a parlé de l’hôtel Sheraton.
L’hôtesse tique un peu. Elle ne peut prendre elle seule la décision. Petit coup de fil dans une langue qu’il pense être de l’arabe. Des hochements de tête. Des « oui, oui » et :
— C’est OK ! Vous avez une chambre au Sheraton comme vous le désiriez. L’hôtel est le seul à être implanté dans l’aéroport. Il a la forme d’un bateau. En sortant, vous ne pouvez pas le rater. Est-ce que nous gardons votre bagage ?
— OK ! Demain, vous êtes certaines, départ à 9 heures ?
— Oui, monsieur, c’est cela. Vous devez vous présenter au comptoir MEA au moins deux heures avant pour les contrôles de police et de sécurité. Avec les excuses de notre compagnie pour ce fâcheux contretemps, je vous souhaite un bon vol demain.
Presque 24 heures à attendre. Il n’a guère envie de faire un tour à Paris. Il n’a pas l’esprit à ça. Pourtant, il ne peut pas rester enfermé dans cette chambre même si elle est très confortable. Il s’installe alors devant internet. Trouver un bon hôtel au Liban. Pas trop luxueux, mais pas un hôtel ordinaire. Si possible pas trop éloigné du centre ville. Ou de cet avocat qu’il doit rencontrer.
Voilà qui semble faire l’affaire : sur la corniche, hôtel Radisson Blu, rue Phoenicia. Parfait pour un « professeur d’histoire de l’art antique ». D’après une centaine de clients, si c’est vraiment l’avis de vrais clients, établissement est très bien rapport qualité-prix. OK ! Il réserve une chambre pour deux nuits d’abord. Il verra ensuite sur place, selon les évènements.
13 heures. Déjeuner vite pris au restaurant du Sheraton. Petite sieste. Puis il paresse dans sa chambre. Il regarde distraitement CNN. Radisson Blu lui demande son numéro de passeport et de carte bancaire pour confirmer la réservation de la chambre. Curieux.
Le passeport, ah ! le passeport ! Dans la banlieue de Portland, avant de partir sur San Francisco pour prendre le vol pour Paris, Peter a rendu visite à un certain Dimitri Sborokowski. Il n’est pas vraiment sûr que ça soit son vrai patronyme. Peut importe. Ce qu’il voulait, c’était un faux passeport, mais bien fait et qui lui permettrait de passer normalement les contrôles de police. Un qui aurait l’air bien réel.
L’entrevue fut digne des meilleures séquences du meilleur thriller connu. Cela ne l’a pas gêné. Il a compris que des précautions étaient nécessaires pour chacun dans ces cas-là. Il n’a pas hésité à payer beaucoup plus cher pour l’avoir rapidement. Livraison toujours dans un endroit très discret.
— Voilà ! Vous avez un vrai faux passeport ou un faux vrai passeport comme vous vouliez, précise le faussaire.
— Qu’est-ce que ça veut dire exactement ?
Dimitri a senti que le doute s’insinuait en lui. Il a tenu à le rassurer pleinement.
— J’utilise de vrais passeports que j’ai « empruntés ». Je ne change que l’identité de la personne. Faites-moi confiance vous n’aurez aucun problème.
— Je le souhaite !
Peter l’examine sous toutes les coutures. Il ne décèle rien d’anormal. Sauf que désormais Peter Woodstone a laissé sa place à Norman Teach, professeur en histoire de l’antiquité, avec moustache, fausse évidemment, et lunettes.
Effectivement, le document n’a éveillé aucun soupçon. Ni au départ. Ni ici en France. Pourvu qu’il en soit de même à l’arrivée au Liban. Il sourit.
Une petite chose l’intrigue. Envol à 9 heures. Arrivée à Beyrouth à 14 heures 15. Il ne m’imaginait pas que le Liban soit si éloigné de la France. Ah ! oui, on change de fuseau horaire. Le temps de sortir de l’aéroport, de sauter dans un taxi, de déposer son bagage à l’hôtel, disons 15 heures 30. Oui ! d’après le plan de la ville, le rendez-vous est situé pas très loin de l’Ambassade de France. Donc, 16 heures sur les lieux. Parfait !
Le lendemain, aucun retard. Il a franchi le contrôle des passeports presque « les doigts dans le nez ». Il a obtenu sans difficulté un visa gratuit pour les citoyens américains après quelques petites questions de routine, il présume, de la part de l’officier de l’immigration qui a même souri en voyant son nom et sa profession.
— Teach ! Professeur. Un nom prédestiné, n’est-ce pas ?
Pendant quelques secondes Peter n’a pas compris ce qu’il veut dire. Puis il s’est suis vite repris et il a ri.
— Oui, oui ! Mais je n’ai pas fait exprès, vous savez.
— Vous allez où exactement ?
— Ben ! Étudier les ruines des anciens ports phéniciens, Tyr, Sidon, mais aussi la colonisation grecque et romaine. Baalbek.
— Je vois. Mais faites très attention à Baalbek. La vallée de la Bekaa n’est pas très sûre avec les évènements en Syrie.
— Je vous remercie pour vos conseils. Je ferai attention, promis.
Maintenant, Peter est même un tantinet en avance sur ce qu’il avait prévu. Le voilà devant la plaque, en arabe et en anglais :
Maître Béchir Choukir
Avocat.
3e étage. Sur rendez-vous
C’est son homme. Ascenseur. Petit couloir, au fond à droite. Il sonne. Une fois, deux fois, avec insistance. Bruit de talons aiguilles. Une charmante brune, la secrétaire vient ouvrir. Très surprise de le voir. Peter pénètre dans la pièce sans attendre ses questions.
— Je viens voir monsieur Choukir.
— Mais... vous avez rendez-vous ?
Rapide coup d’œil dans la pièce. La porte là à gauche doit-être celle derrière laquelle se trouve l’avocat.
— Bien sûr ! Je suis même attendu, dit-il en se dirigeant vers la porte qu’il ouvre et qu’il franchit.
— Vous ne pouvez pas entrer comme ça... s’insurge la secrétaire.
— Qu’est-ce qui se passe Naïma ? Et vous monsieur qui êtes-vous ?
— Si je peux avoir une conversation en privé.
— Mais je ne vous permets pas ! Vous entrez dans mon bureau sans rendez-vous un peu par effraction... intervient Béchir.
— Ne le prenez pas sur ce ton avec moi, coupe Peter. Nous n’avons plus besoin de vous, mademoiselle.
— Euh ! C’est bon Naïma, laissez-nous. Monsieur va bientôt repartir.
— Ça dépendra de vous, murmure Peter.
La secrétaire partie, la porte refermée :
— J’ai besoin de votre aide. Mon nom est Woodstone.
— Wood...!
L’avocat semble réfléchir, mais très vite, il saisit.
— Non ! Vous voulez dire...
— Exact. Je suis le frère de Paul. Le photographe de presse freelance.
— Je suis sincèrement désolé. On a tous appris avec horreur ce qui s’est passé. Quelle tragédie ! Un crime abominable, barbare...
— Merci pour vos condoléances, mais cela ne le ramènera pas en vie. Comment l’avez-vous connu ?
— Dans l’avion. Nous étions l’un à côté de l’autre. Un charmant compagnon de voyage. Jamais le vol ne m’a paru aussi court. Nous nous sommes revus deux ou trois fois et...
— Et ? Oui, je vous écoute.
— Son souhait c’était d’aller en Syrie pour « couvrir la guerre ». C’était son expression.
— Comment y est-il allé ?
— Je l’ai un peu aidé à trouver quelqu’un qui veuille bien l’accompagner et lui faire passer la frontière. Illégalement bien entendu. Du côté de Damas on n’aime pas beaucoup les journalistes étrangers.
— Je peux rencontrer cette personne ?
— Je crains que non ! Il est porté disparu.
— Il vivait où ? Il avait de la famille ? Quelqu’un d’autre pourrait me faire passer la frontière ?
— Ça sera très difficile après ce qui s’est passé récemment. À peine 8 jours. C’est très frais dans toutes les mémoires et au camp...
— Quel camp ? coupe Peter.
— Euh ! Le camp des réfugiés syriens d’Aarsal. C’est là que votre malheureux frère a rencontré son guide.
— Je veux y aller.
— Vous savez, c’est dangereux. Il y a 5 jours un attentat a coûté la vie à cinq religieux qui s’occupent des réfugiés. Ils sont des dizaines de milliers en majorité sunnites qui ont fui la Syrie et nombre d’entre eux dans les montagnes voisines luttent contre le régime de Damas.
— Alors parmi eux je peux trouver quelqu’un... vous pouvez m’emmener à Aarsal ? Mon frère m’a laissé entendre que vous vous occupiez aussi des réfugiés, de leurs droits...
— Demain, c’est difficile, j’ai des tas de gens à voir...
— Je ne peux plus attendre. Vous comprenez !
Après un instant de réflexion, après avoir consulté son carnet, Béchir Choukir fait annuler tous les rendez-vous pour le matin suivant.
— Je veux bien vous emmener au camp. On va voir la famille du guide de votre frère. C’est tout ce que je peux faire. Départ demain matin à 6 heures devant cet immeuble.
— Merci Maître. Mon infortuné frère m’avait dit que vous étiez un type très sympa. Veuillez pardonner mon intrusion de tout à l’heure. À demain. Ne me raccompagnez pas, je connais le chemin.
À la secrétaire, juste avant de sortir, avec son plus beau sourire :
— Mille excuses pour mon attitude en entrant. Un petit présent pour vous, pour me faire pardonner.
Peter dépose sur le bureau un petit paquet. Un flacon de Chanel N° 5.
. de fin 2006 — à fin 2007.
Quelques mois avant mon 18e anniversaire, le malheur s’est abattu sur notre famille. Mary, ma chère Mary, ma grande sœur bien aimée mourut d’une hémorragie pulmonaire dans la nuit.
Voilà cinq années qu’elle n’allait pas bien comme aimait à le répéter maman. Le docteur qu’on allait voir très souvent ne savait pas vraiment ce qu’elle avait. Un temps, le toubib avait craint d’abord une anémie. Une leucémie. Puis une sclérose en plaques.
Maman était affolée. Elle allait plus que de coutume se réfugier dans la prière. Depuis tout petit, on avait coutume avec elle, à genoux au pied du lit de prier avant de se coucher.
— Pour que les anges et Dieu vous gardent et protègent notre famille, disait-elle.
Nous, les trois enfants, obéissants, on faisait ce qu’elle demandait. C’est vers ma douzième année que Mary commença à être patraque. C’était peut-être à ce moment-là que je m’aperçus que les prières, les messes le dimanche semblaient ne pas être entendues. Ne pas être suivies d’effet. Pourquoi les anges gardiens ne nous gardaient-ils plus comme avant ? Pourquoi délaissaient-ils Mary ? C’était la plus gentille de nous trois. La plus affectueuse envers nos parents. Avait-elle donc fait quelque chose de mal ? Commis de graves péchés ? Je n’arrivais pas à le croire.
Pourquoi Dieu à qui nous continuions d’adresser nos prières, nos confiteor, nos Salve Regina semblait-il soudain être sourd à nos demandes ? Pourquoi, s’il était insensible à nos prières, l’était-il à celles d’une mère très pieuse ?
Ce fut à cette époque, qu’insidieusement le doute me prit. Et s’il n’y avait pas d’anges gardiens ? D’ailleurs, à y bien réfléchir, je m’étais toujours demandé comment ces êtres pouvaient voler avec des ailes si grandes qu’elles touchaient presque par terre. Ils devaient avoir des muscles dorsaux terriblement puissants ! Je les aurais plutôt vus avec des ailes accrochées aux bras. Comme les chauves-souris. Comme Icare. Si je mettais en doute leur existence, je n’osais pas en parler avec mère, encore moins avec le prêtre. Qui aurait immédiatement tout répété à maman. Ce qui lui aurait fait beaucoup de peine !
Mary n’allait pas mieux loin de là. Elle s’affaiblissait chaque année un peu plus. Maman ne venait plus depuis que Paul et moi nous étions grands, dans notre chambre pour prier avec nous. Si Paul récitait toujours consciencieusement le « Notre Père », moi, je marmonnais.
Trois à quatre mois avant que son âme ne montât au paradis, Mary se mit à tousser. Des quintes d’abord espacées, puis plus nombreuses qui la faisaient souffrir. Certaines fois, elle macula son mouchoir de quelques gouttes de sang. Elle essaya de le cacher, mais Paul qui n’avait pas toujours les yeux dans sa poche la surprit et « cafta » tout aux parents.
Mère affolée pensa tout de suite à la tuberculose. Le toubib pencha plutôt pour un début de pneumonie. Médicaments sur médicaments. Cela sembla faire son effet. Mais pas longtemps. Elle décéda d’une infection aigüe des voies respiratoires inférieures, termes techniques pour mentionner les poumons !
— Les symptômes ne sont pas toujours faciles à identifier, nous avait dit le médecin. C’est même la maladie qui arrive en 4e position pour le nombre de décès parmi les maladies les plus mortelles d’après l’OMS.
Ça nous faisait une belle jambe ces explications !
J’ai piqué une colère effroyable contre Dieu, les anges et tous les Saints, qui a laissé mes parents consternés.
Pas longtemps, car mon père a réagi très vite et m’a rossé copieusement quand ma mère prise d’une crise de nerfs pour ne pas dire d’un accès de folie passagère, toutes griffes dehors comme une tigresse, voulut se jeter sur moi et me lacérer le visage, surtout cette bouche qui proférait des inepties.
Elle tomba à genoux, le visage dans les mains, pleurant toutes les larmes de son corps que ça faisait peine à voir, répétant sans cesse :
— C’est le diable, le diable ! C’est Satan, Lucifer ! Oh, mon Dieu, dans ma maison ! Oh, mon Dieu !
Quelque chose brusquement venait de se casser en elle. Mais cela ne m’a en rien fait changer d’avis. Ce fut à partir de ce jour que je n’ai plus cru ni en Dieu ni en diable, ni au paradis ni à l’enfer que ma mère me promit.
Mon frangin était sidéré de ma « sortie ». Il n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait soudain dans ma tête. J’étais en colère. C’était juste. On venait de perdre notre sœur. Mais quant à renier la divinité... je poussais le bouchon un peu loin !
La vie devenait intenable à la maison. Mon père ne m’adressait plus la parole. Ma mère me méprisait. Je n’étais plus son fils adoré. Je n’avais qu’une hâte, avoir 18 ans, prendre ma valise et faire ce que je voulais.
J’ai retrouvé dans le garage, le sac de paquetage de mon père. J’y ai fourré plusieurs effets, une petite couverture, un canif, des biscuits secs et d’autres bricoles qui me paraissaient être utiles. Un matin, de très bonnes heures, alors que tout le monde était encore assoupi dans la maison, je suis parti en direction de la bicoque de Black Stallion. Je savais qu’il se levait tôt. Je l’ai surpris en train d’uriner derrière un tas de bois.
— Damn it ! Tu m’as fait peur ! Qu’est-ce que tu fous dehors à pareille heure avec ton sac ? C’est pas dans tes habitudes ça !
— Ferme la un peu et écoute-moi. J’ai besoin de ton aide. Emmène-moi en ville. Je fous le camp d’ici.
— Shit, mais t’es dingue ! Tu vas aller où ?
— Prends ta bagnole, je t’expliquerai en route.
— OK ! OK ! On y va.
Sur le chemin je lui ai fait part de mon choix. J’allais chez les Marines à Pendelton, en Californie. Je m’engageais.
— T’es de plus en plus fou ! Les Marines, c’est pas comme l’entraînement sur les boites de conserve ni le tir à l’arc ou encore faire des cartons dans les concours. Tu vas en baver, mec ! Et après tous leurs tests, tu sais même pas s’ils vont t’accepter. Si c’est le cas, tu feras quoi, hein ?
— Fais-moi confiance, j’ai tout prévu. Avec nos interventions en Irak ou en Afghanistan y a pas de souci !
— Barjo de chez barjo ! Là-bas c’est la guerre, mec ! Tu vas te faire descendre ou alors si t’as de la chance tu risques de revenir au pays sur un fauteuil roulant. Comme tant d’autres déjà !
— Fais chier Stallion ! Ferme ta gueule ! Ma décision est prise et je ne changerai pas d’avis.
À Sisters, après une longue embrassade, on s’est dit au revoir. Mon copain est reparti, sans un mot. Mais j’avais senti qu’il avait le cœur lourd, la larme au bord des paupières.
Trois semaines plus tard, quatre lettres sont arrivées dans l’Oregon. Une pour mon frère Paul avec mille excuses de ne l’avoir jamais mis au courant de mes intentions et d’être parti comme un voleur. Une seconde pour ma mère en espérant qu’elle ne la jetterait pas au panier. Une autre pour mon père.
— J’ai rejoint la première division d’infanterie du corps prestigieux des Marines. J’ai décidé de marcher dans tes pas. Je vais tout faire pour réussir et me montrer digne de toi. Ça n’a pas été évident de me faire accepter, mais un père ex-Marine et mes résultats aux différents concours de tir m’ont ouvert les portes. L’entraînement est très dur. Plus dur que ce que j’imaginais quand tu nous le relatais à Paul et à moi. Je vais tenir le coup. Je vais tout faire pour afin que tu sois fier de ton fils.
La dernière pour Pierce Black Stallion.
— Me voilà, comme je te l’avais dit, chez les Marines. J’ai déjà réussi ce tour de force. Maintenant il faut réussir les épreuves. Tu ne peux pas imaginer ce que c’est. Même si je te les décris dans le détail. Il faut sans cesse dépasser ses limites. Il faut sans cesse s’améliorer. Il faut toujours coller au temps imparti. Entre deux minutes 30 à 3 minutes pour chaque exercice. Tu dépasses d’une seconde, tu es « out ». Je suis conscient que j’ai encore quelques petites faiblesses, pourtant j’ai l’impression qu’on fait semblant de ne pas les voir. Je me dis que mes performances au stand de tir y sont pour quelque chose. En tout cas, j’essaie de progresser un max !
Les premiers jours, j’étais si éreinté que je n’arrivais pas à dormir. Maintenant, ça va mieux. On s’endurcit. J’ai de bons copains dans la section. Mais un ou deux qui me jalousent quand je tire. Ce n’est pas grave. Il règne ici un esprit d’équipe incroyable.
Voilà mon pote, je t’écrirai de temps en temps. Tu as mon adresse et si tu peux mettre un mot et me parler de mon frangin et de ma famille...
. 14 janvier 2015.
Peter n’aime pas être en retard. Peut-être une mauvaise habitude prise à l’armée ! Il attend l’avocat. 6 heures moins 3. Le voilà. Il admire sa ponctualité.
Il s’installe à côté de lui dans son 4x4 Mercedes GLK, de couleur blanche.
— Bonjour. Belle voiture !
Peter a envie d’ajouter :
— L’aide aux réfugiés ça aide !
Mieux vaut éviter. Il faut rester en bons termes et il a encore besoin de ses services.
— Bonjour. Nous allons traverser le Mont Liban. J’espère qu’il n’a pas neigé dans la nuit. Sinon nous allons mettre du temps.
— Est-ce que votre itinéraire prévoit de passer par Baalbek ?
— Oui ! Je peux savoir pourquoi.
— Officiellement, je suis venu au Liban en temps que professeur d’art antique. Il serait bon que je fasse quelques photos des ruines romaines.
— Vous savez, nous n’avons pas vraiment le temps de jouer les touristes. Pourquoi ne pas revenir un autre jour, seul ?
— Je rentre, je photographie au pas de course, des clichés à droite et à gauche, ceux qui me paraissent les plus marquants, les plus significatifs et je ressors. Donnez-moi une demi-heure. Ça vous va ?
Après un court moment de réflexion :
— D’accord. On peut faire comme vous le dites. 30 minutes chrono, pas plus.
— Merci.
L’avocat appuie sur le champignon. Baalbek n’a jamais été visité aussi vite. Je peux être inscrit dans le livre des records du monde !
Arrivée à Aarsal vers midi.
— Désolé de vous dire cela, mais je ne comprends toujours pas pourquoi vous désirez tant voir ces gens. Je ne sais même pas pourquoi je vous ai conduit jusqu’ici.
— Mais vous l’avez fait. Le reste c’est mon affaire.
— Je vais vous présenter à la famille du Syrien qui a guidé votre pauvre frère dans un coin où il n’aurait jamais dû aller. C’est ma conviction, mais...
— Mais il y est allé. Vous ne connaissez pas Paul et son opiniâtreté.
— Chez ces gens, vous me laissez parler. D’ailleurs, je ne pense pas que la langue arabe vous soit familière. Je vous présente comme un ami. Je suis assez connu dans le camp. Tout devrait bien se passer. Enfin, j’espère.
— Je ne veux gêner quiconque. En aucun cas. Juste avoir quelques renseignements. Je vous suis.
Le camp est immense. Des tas de personnes qui ont fui le régime, les bombardements, les exactions des uns et des autres et qui s’entassent dans des baraquements de fortune, sous des tentes. Le gouvernement libanais s’occupe ainsi de 30 à 35 000 réfugiés. Avec tous les problèmes que cela pose.
— Nous voici arrivés. Vous aurez peut-être la chance de voir Fadil. Lui, c’est le beau-frère de Madji, le guide qui a épousé sa sœur qui et qui ont eu deux enfants. Je ne sais pas comment ils vont vous accueillir, mais il faudra rester calme et se montrer diplomate. J’ai votre parole ?
— Vous l’avez. Je suis prêt à les aider financièrement s’ils le désirent. Qu’en pensez-vous ?
— Je ne peux pas me mettre à leur place. Ils ont leur fierté et... on verra. On entre maintenant.
L’avocat passe le premier.
— « As Salam alaykom » (que la paix soit sur vous). Le traditionnel bonjour en arabe.
Peter répète la même salutation.
La demeure se compose de deux petites pièces et derrière un rideau, une petite cuisine et une minuscule douche. Quand il y a de l’eau courante. La famille est au complet pour le repas de midi. Une chance.
Peter ne dit rien d’abord et écoute. L’avocat traduit. Fadil s’inquiète parce que son beau-frère n’est pas revenu depuis la mort de « l’étranger ». Il craint le pire. Il intercède auprès de l’avocat pour qu’il fasse quelque chose, qu’il essaie d’avoir des nouvelles. C’est là que Peter dévoile sa réelle identité. Stupeur dans la famille. C’est Malika, la sœur qui « rugit » en premier et se jette sur lui en l’insultant, le frappant de ses poings contre sa poitrine.
Elle continue à crier et dehors on commence à s’amasser devant la porte laissée ouverte. Maître Béchir la referme et tente de calmer tout le monde.
— Arrêtez ! Arrêtez s’il vous plaît ! « L’étranger » n’est pas responsable de ce qui est arrivé. Il vient de perdre son frère et lui aussi voudrait comprendre, savoir ce qui s’est passé.
— Dites-leur que je viens ici pour essayer de ramener le corps de Paul et de connaître le sort qu’on a réservé à Madji.
Maintenant c’est l’avocat qui reste bouche bée devant cette déclaration. Il était très loin de la vérité.
— Mais vous êtes fou ! Complètement cinglé ! Je ne peux pas traduire ces paroles. Je ne peux pas cautionner votre départ en terre syrienne, car c’est là-bas que tout...
— Faites-le s’il vous plaît. Il le faut. Pour mon frère, je connais la funeste issue. Pour son mari si nous n’avons pas de nouvelles, cela ne veut pas dire pour autant qu’il est décédé. Il est peut-être encore vivant. Prisonnier dans quelque geôle. Il y a encore de l’espoir. IL y a des tas de gens ici qui ont réussi à échapper à la barbarie. Pourquoi pas lui ? S’ils ont été pris loin d’ici, c’est peut-être normal qu’une huitaine de jours ne suffisent pas pour qu’il revienne sain et sauf à Aarsal.
La famille s’est un peu calmée. Malika pleure toutes les larmes de son corps.
— S’il va là-bas, il va crever, articule Fadil. Comment va-t-il traverser la frontière. Je parie qu’il ne parle pas un mot d’arabe ! Ah, si ! As salam alaykom ! Il va aller loin avec ça ! Il part à l’aveuglette. À pied comme un Bédouin ! Sans arme ! Mais c’est peut-être mieux. Car de l’autre côté tout est ennemi, les rebelles contre le régime qui sont dans la montagne, les gens fidèles à Assad, les bouchers du Califat. Il se prend pour « Captain America » ou pour « Batman » ?
Peter n’a pas tout compris, mais les noms cités des héros de Marvel m’ont interpellé. La discussion a duré encore longtemps. Par malheur, la famille n’est pas au courant des accords entre Madji et Paul. Ils ne savent rien, rien de rien et c’est ce qui les mine.
Le rideau de la cuisine se soulève, une femme sort portant des plats. À la tête de l’avocat, je comprends qu’il ne la connait pas. Il semble un peu effrayé. Elle a tout entendu. Qu’est-ce qu’elle va raconter dans le camp ? Comme si elle a tout compris, intuition féminine sûrement, elle déclare :
— Je m’appelle Hiyam. Je suis une réfugiée syrienne comme beaucoup d’autres ici. Comme cette famille. Je suis leur amie depuis pas mal de temps. Malika peut confirmer. Ce que dit l’Américain est vrai. On peut s’échapper des griffes de l’État islamique. Il faut surmonter sa peur. Il faut être patient, et encore patient. Il faut attendre l’occasion propice. Ça a été mon cas. Maintenant, pour entrer en Syrie il y a des moyens. Mais il faut bien planifier à l’avance pour y arriver.
. de 2009 à 2011.
Notre pays a subi la pire attaque meurtrière de son temps le 11 septembre 2001. Des milliers de victimes innocentes à cause du fanatisme de quelques-uns. On a su très vite que l’organisation terroriste Al Quaïda avait commandité ces crimes affreux. Depuis, la traque du responsable, un certain Oussama Ben Laden, a été la priorité des États-Unis. D’après nos services de renseignements, il s’est planqué dans des zones tribales en Afghanistan. Le Président Georges Walker Bush a aussitôt déclenché « la guerre au terrorisme » contre les talibans qui ont refusé de le livrer et parallèlement contre le tyran Saddam Hussein.
Au camp de Pendelton, j’ai poursuivi mon entraînement avec ténacité. Au maniement des armes et au tir, j’étais de loin le meilleur à tel point qu’on m’a fait faire des heures supplémentaires. Lancer de grenades, pistolet MEU 45 des forces spéciales, pistolet mitrailleur, fusil d’assaut, fusil à lunette infrarouge pour tireur d’élite... je les ai tous essayés.
La seconde guerre du Golfe comme on l’appelait déjà, avait débuté le 20 mars 2003. Lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire d’État Colin Powell tenant à la main une capsule de poudre blanche d’anthrax, avait prétendu que l’Irak continuait ses activités nucléaires et possédait des laboratoires mobiles de recherches biologiques capables de produire des gaz mortels à grande échelle, sarin, gaz moutarde... ainsi que des usines de fabrication d’autres armes de destruction massive. Malgré l’opposition de la France, de la Russie et de la Chine, notre Président a lancé un ultimatum à Saddam Hussein et à ses fils. Il les a enjoints solennellement de quitter le pays. Resté sans réponse, les premiers missiles ont été lancés sur Bagdad. Puis, l’invasion du pays a commencé à partir du Koweït où nos troupes et celles de la coalition étaient positionnées.
Après sa victoire, la coalition a cherché à stabiliser la situation, mais très vite on s’est aperçu que la population n’avait rien compris à notre intervention pour les libérer d’un dictateur et qu’au contraire elle était majoritairement hostile à notre présence. Nous qui venions libérer le pays et installer la démocratie, nous étions considérés comme des troupes d’occupation. Il fallait désormais pacifier le pays en proie aux pillages, aux affrontements entre chiites et sunnites, aux règlements de compte en tout genre.
La chasse aux anciens dignitaires irakiens, aux 5 millions d’armes distribuées par l’ancien régime, n’a pas donné les résultats escomptés. Pire, des « brigades de résistance », des groupes terroristes ont recruté massivement parmi les anciennes forces militaires et les milices. De plus en plus d’attentats meurtriers étaient commis en leur nom. Ainsi que des enlèvements d’Occidentaux. Certains ont fini par une décapitation.
Le gouvernement irakien mis en place quant à lui avait beaucoup de mal à contrôler ses propres forces. De nombreux policiers procédaient au rapt de personnalités ou de riches sunnites contre d’énormes rançons.
Début 2009, j’étais versé dans la 1ère division des Marines et affecté aux opérations de recherches et de destruction des insurgés, afin d’assurer à tous les civils un retour à une vie normale.
À peine arrivé, j’ai eu droit au baptême du feu au nord de Bagdad contre des miliciens sunnites déguisés en policiers et qui contribuaient à faire grandir la pression entre les deux communautés religieuses.
Nous étions une cinquantaine à mener cette opération de nettoyage. Mon rôle était tout naturellement avec mon fusil M40A1, le « designated Marskman rifle ou DMR » d’abattre tous les insurgés qui pointaient le bout de leur nez dans la rue. Ce fusil, une petite merveille, faisait mouche à chaque fois. Au total, 17 rebelles à mon palmarès et les félicitations du commandant.
Jusqu’à fin 2009, ce fut pas loin de 90 ennemis à qui j’avais fait mordre la poussière.
Mon groupe fut ensuite envoyé en mission en Afghanistan. Au début, nous étions 13 000 hommes, puis environ 78 000 Américains qui, avec les pays alliés comme la France, le Canada, le Royaume-Uni, couvraient la plus grande partie du territoire afin de déloger et de détruire les bandes de rebelles talibans, mais aussi leurs caches d’armes, leur dépôt de carburant... Il fallait tout autant sécuriser les villages libérés et protéger au maximum la population locale. Gagner leur confiance sans toutefois leur faire une confiance absolue. Certains habitants, par peur de représailles ou par conviction, pouvaient aider l’ennemi.
Sécuriser, installer la démocratie et surtout continuer la traque de Ben Laden. Mon groupe d’intervention était basé autour de Kaboul, la capitale, à Bamyan, un peu au nord-ouest. Puis déplacé à Kandahar dans le sud-ouest. Patrouilles, accrochages, nettoyage de la zone, rapatriement des blessés, notre quotidien.
