La science romanesque de Jules Verne - Daniel Compère - E-Book

La science romanesque de Jules Verne E-Book

Daniel Compère

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Beschreibung

L'auteur revisite le contexte historique et scientifique qui a mené Jules Verne à l'écriture.

Issu de travaux menés depuis une trentaine d’années, ce livre propose une relecture passionnante d’un maître en science de la fiction.
Science et littérature ne sont pas toujours associées de manière harmonieuse. Tout en se référant à des travaux scientifiques, Jules Verne développe un jeu avec l’imaginaire, avec les territoires encore inconnus, faisant jaillir des monstres de certaines inventions scientifiques. Même si son œuvre frôle souvent le domaine du fantastique, les incursions y sont rares mais d’autant plus intéressantes à observer.
Romans d’aventures, les écrits de Jules Verne jouent volontiers avec les conventions du genre : de nombreux romans se présentent comme des jeux avec le lecteur, jeu du chat avec la souris, mais aussi clins d’œil qui renvoient brusquement le lecteur d’un roman vers un autre. La science romanesque de Verne présente une large palette.
Enfin, le travail d’écriture romanesque repose sur la juxtaposition de voix issues de diverses origines. Elles constituent un feuilleté du texte romanesque où s’expriment les multiples discours de l’époque, y compris ceux d’autres auteurs. C’est tout le XIXe siècle qui se fait entendre.
La science est donc souvent un prétexte dans la démarche de Verne, apportant le plaisir de jouer avec les références, les conventions du fantastique, le lecteur et même les grands textes littéraires.

Un ouvrage passionnant et richement documenté qui explore des aspects encore inédits des romans de Jules Verne.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Daniel Compère est un historien du livre et un spécialiste du roman populaire. Il est Maître de conférences à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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www.lerocambole.net

Bibliothèque du Rocambole

Magasin du Club Verne – 4

collection dirigée par Daniel Compère

Daniel Compère

La Science romanesque de Jules Verne

2013

Encrage édition

© 2013

ISBN 978-2-36058-949-4

Un lecteur acharné : le juge Jarriquez (La Jangada) — dessin de Léon Benett

Introduction

Combien de fois, alors que je disais m’intéresser à Jules Verne, ne m’a-t-on pas répondu « Quel étonnant précurseur : il a tout prévu ! » ou « Ah ! oui, le père de la science-fiction ». Or, ma lecture de ses romans et la conception que je me suis forgée de son œuvre sont bien loin de ces désignations. Il est vrai que les romans de Jules Verne ont à voir avec la science, mais ce sont avant tout des textes littéraires.

Si Verne se distingue d’autres auteurs, c’est par sa réussite dans l’association de la science et du romanesque. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est cette science.

Rappelons deux aspects essentiels du contexte dans lequel Verne compose ses romans. D’une part, le cadre éditorial s’impose fortement puisque, par contrat, Verne doit réaliser un projet qui comporte à la fois une création romanesque et une visée pédagogique : par contrat signé avec l’éditeur Hetzel en 1865, Jules Verne s’est engagé dans un projet romanesque double. Son œuvre se trouve placée sous la double appellation d’éducation et de récréation : ce sont les deux termes qui désignent les publications d’Hetzel, tant la revue — le Magasind’éducation et de récréation — que la collection — la « Bibliothèque d’éducation et de récréation ». Le roman vernien est donc à la fois réaliste par son ambition descriptive de la Terre, de transmission des connaissances, et fantaisiste par les moyens de transport imaginés, les personnages mis en scène et les situations où ils sont placés.

Ce double projet entraîne la co-présence de deux voix, chacune prenant en charge une de ces contraintes : la voix narrative raconte les événements, et la voix savante dont Michel Foucault a bien repéré la place dans le texte vernien 1, apporte des explications. C’est par cette voix savante que le roman incorpore des écrits documentaires grâce auxquels il peut imiter le discours scientifique : notes, références, guillemets, termes techniques, chiffres, démonstrations, etc. Ensuite, le narrateur délègue la garantie d’authenticité à un personnage porteur des signes de confiance, un spécialiste (médecin, professeur, ingénieur), ou à une voix anonyme qui doit être marquée par le sérieux (précision, clarté, objectivité, exhaustivité, neutralité, etc.). Enfin, le tout est unifié pour devenir un roman.

Je précise, sachant que ma position est peu partagée dans le monde des vernistes, que, pour moi, l’œuvre vernienne est multiple et porte la trace de plusieurs mains dans son élaboration. Dès l’origine, les romans de Verne sont présentés comme un projet commun de l’auteur et de l’éditeur. Ensuite, plusieurs plumes ont participé à la rédaction de cette œuvre, celle majoritairement de Jules Verne bien sûr, mais aussi celle de Jules Hetzel pour certains chapitres et paragraphes, celle aussi de Paschal Grousset (qui prendra le pseudonyme d’André Laurie pour publier des romans chez Hetzel), celle de Michel Verne et d’autres plus ponctuelles (Albert Badoureau, Paul Verne). Je n’entrerai donc pas dans les questions d’attribution et de paternité : elles sont un faux problème et doivent être replacées dans l’optique du fonctionnement du texte vernien dont la caractéristique est précisément d’être constitué à partir d’écrits antérieurs, repris et transformés. L’œuvre vernienne est définie comme l’ensemble des textes publiés sous le nom « Jules Verne ».

D’autre part, le second aspect essentiel du contexte de l’œuvre de Verne est qu’elle rejoint la fascination d’un certain nombre d’écrivains du XIXe siècle pour le réalisme, la représentation d’un réel déjà-écrit qui passe par des paroles, inscriptions et écritures. Contrairement à l’image de « précurseur scientifique » que j’évoquais plus haut, Verne est essentiellement un témoin de son temps, le chroniqueur de son époque, non celui d’une « Comédie humaine » comme Balzac ou d’une « famille sous le Second Empire » comme Zola, mais du monde du XIXe siècle dans sa globalité. Ainsi trouve-t-on dans de nombreux romans l’évocation des événements marquants de ce siècle : les grands conflits comme la guerre franco-prussienne de 1870 (Les Cinq cents millions de la Bégum) et plus encore la guerre de Sécession aux Etats-Unis (L’Ile mystérieuse, Nord contre Sud), ainsi que les mouvements pour l’indépendance de certains peuples comme les Grecs en lutte contre l’occupant turc (Vingt mille lieues sous les mers) ou les Canadiens français contre les Anglais (Famille-Sans-Nom). De même y voit-on évoqué les grandes explorations des lieux encore inconnus (le centre de l’Afrique, l’Amérique du Sud, les pôles), et les entreprises de colonisation de l’Algérie par la France (L’Invasion de la mer) ou de l’Australie par la Grande-Bretagne (Mistress Branican). L’œuvre représente tout ce développement industriel et des transports que le siècle a connu, passant du cheval et de la diligence à l’automobile et à l’avion. Le chemin de fer est particulièrement utilisé comme symbole du progrès et de la civilisation (Le Tour du monde en quatre-vingts jours).

Certes, le monde réel ne passe pas de manière directe dans le roman. Les personnages, les lieux, les événements font souvent l’objet d’une appréciation valorisante ou d’une dévalorisation, voire d’une notation ironique. Chez Jules Verne, rare est la neutralité : il travaille toujours en sympathie, en accord ou en désaccord avec tel ou tel événement, avec telle admiration ou telle moquerie qu’il exerce. Sur ce plan également, l’observation du texte vernien comme un entrelacs de voix différentes qui n’ont pas toutes la même intensité, est essentielle. Comme dans tout roman, la voix principale est celle du narrateur : elle encadre l’ensemble du récit et distribue la parole aux autres. Son rôle est d’apporter au lecteur toutes les informations nécessaires à la compréhension de l’histoire. Mais d’autres voix prennent son relais, en particulier la voix savante évoquée ci-dessus, ainsi que la voix ironique ou la voix inquiétante.

Enfin, pour aborder l’œuvre de Jules Verne, il faut être sensible au paysage littéraire dans lequel elle existe, les auteurs qui l’ont précédée, les contemporains et ceux qui écrivent des romans sur des sujets parfois très proches. La confrontation avec les œuvres de certains d’entre eux permet de relire ses romans dans une perspective qui les relativise et les enrichit, qu’il s’agisse de Paul d’Ivoi, André Laurie, Georges Le Faure ou Albert Robida. La plupart des romanciers populaires contemporains n’ont pas, comme Jules Verne, une contrainte éducative, mais ils ont souvent le souci de s’appuyer sur une documentation tout aussi fiable.

Ajoutons que les romans de Jules Verne gardent parfois la trace de questions que se pose l’écrivain sur le monde et sur son œuvre en cours d’élaboration. Axel, Aronnax, les nombreux narrateurs anonymes et les personnages qui sont représentés en train d’écrire se posent des questions sur la manière dont ils racontent leurs récits. Ils sont nombreux et permettent à l’écrivain de faire part de certaines de ses interrogations : est-il capable d’être un grand romancier, d’être l’égal de Victor Hugo, par exemple ? Peut-il créer une œuvre artistique ? Son œuvre littéraire va-t-elle durer, avoir une pérennité ? Curieusement, sur ce plan, il me semble que Jules Verne est rempli de doutes.

En reprenant des réflexions publiées depuis une trentaine d’années, récrites et actualisées, je suivrai ce fil conducteur : quel est le véritable rôle des connaissances scientifiques dans cette œuvre où elles sont souvent un prétexte et dissimulent le plaisir de l’auteur à jouer avec les références, les conventions du fantastique, le lecteur et même les grands textes littéraires ? Jules Verne est un maître en science de la fiction.

1Pour rendre la lecture de ce livre plus fluide, toutes les indications bibliographiques sont regroupées en fin de volume.

Jacobus Vandergaart (L’Etoile du Sud) — dessin de Léon Benett

Première partieScience et littérature

Jules Verne apparaît dans la littérature française en 1863 avec son premier roman, Cinq semaines en ballon. En ce milieu du XIXe siècle, il est témoin et va devenir acteur d’une évolution de la littérature due, en particulier, au développement du nombre des lecteurs et à une mutation de l’édition. De nouveaux genres romanesques sont nés au cours des années qui précèdent : le roman de mœurs, le roman réaliste, le récit judiciaire, l’anticipation. Verne va tenter de trouver sa place en réalisant une œuvre qui relève à la fois du réalisme et de la fantaisie, une littérature qui intègre des données scientifiques. Tel est le programme fixé par l’Avertissement de l’éditeur qui précède l’édition de 1866 de Voyages et aventures du capitaine Hatteras chez Hetzel : « Son but est, en effet, de résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, astronomiques, amassées par la science moderne, et de refaire, sous la forme attrayante et pittoresque qui lui est propre, l’histoire de l’univers. »

Dès lors, les romans de Jules Verne sont présentés comme des romans scientifiques. Cette appellation apparaît en 1876 sous la plume de Marius Topin :

« Outre le roman des sentiments et des passions, qui est le roman par excellence, nous avons déjà étudié avec Gabriel Ferry le roman du nouveau monde, avec M. Louis Reybaud le roman satire, avec M. Marmier le roman du voyageur, avec M. Ferdinand Fabre le roman du moraliste, avec M. Daudet le roman du poète, avec Gaboriau le roman judiciaire, avec Dumas, Chavette, Paul Féval, le roman d’aventures. Voici maintenant le roman scientifique. »

Verne lui-même utilisera aussi cette appellation « faute d’un meilleur terme », ainsi qu’il le précise dans son entretien avec Marie C. Belloc en 1895 (Entretiens, p. 101). La nouveauté qu’il apporte est de s’appuyer sur des connaissances scientifiques pour produire des effets narratifs, comiques et même poétiques. Le même Marius Topin note que « ses romans ne sont pas seulement scientifiques par les descriptions qu’ils renferment, par les buts qu’ils poursuivent ; ils le sont aussi par les ressorts mêmes employés pour exciter sans cesse et renouveler l’intérêt ».

Cette ouverture à la science entraîne toutefois des conséquences paradoxales : au lieu de rapprocher l’œuvre vernienne des grands textes de la modernité (Baudelaire, Rimbaud, Flaubert), elle a contribué à l’exclure du champ littéraire légitimé. Pendant longtemps, en effet, cette œuvre, quoique reçue par un large public, n’a pas été reconnue par les instances de légitimation telles que l’Académie française qui n’accepta jamais l’auteur en son sein, les manuels scolaires et les travaux critiques sur le roman au XIXe siècle.

Verne se souciait peu de créer un nouveau genre romanesque. Au contraire, il se posait volontiers en héritier de Robinson Crusoe ou d’Edgar Poe. Ce qui l’intéressait, c’est la possibilité de créer une œuvre littéraire et ouverte à son époque.

Mais ouvrir la littérature à la science ne va pas de soi. Sans reprendre dans le détail l’ensemble de la démarche créatrice du romancier (je l’ai développé dans mon Jules Verne écrivain en 1991), j’observerai d’abord la manière dont les références à des travaux scientifiques entrent dans un jeu avec l’imaginaire et comment la voix narrative transforme en monstres nouveaux les machines romanesques. Je suivrai Jules Verne dans ses rêves sur les blancs des cartes géographiques et dans la mise en place de véritables supercheries.

La presse (Sans dessus dessous) — dessin de Georges Roux

1. Le jeu avec les références scientifiques

Dans le discours scientifique, la référence est un outil essentiel qui permet de renvoyer à des travaux précédents et de faire avancer la recherche de manière cohérente. Mais dans une œuvre romanesque comme celle de Verne, comment vont se justifier les références à des travaux scientifiques ? Et à quoi se réfère-t-on exactement ?

Petite typologie des références scientifiques

Diverses formes de référence peuvent être relevées en fonction de trois critères. Le premier est la place occupée par la référence dans le livre : soit dans le corps du texte (ce qui est le cas le plus fréquent), soit en bas de page (ce qui n’est guère la coutume dans un texte romanesque). On remarquera que Verne n’utilise pas les parenthèses pour y placer des références.

Le deuxième critère est le volume que représente la référence. Le volume le plus important est occupé par celle qui accompagne une citation : un extrait d’un texte est alors donné entre guillemets avec indication du nom de son auteur. A noter que le titre est souvent omis et que les dates et lieux de publication ne sont jamais indiqués. Ainsi, dans Vingt mille lieues sous les mers, Verne cite « le savant Maury, l’auteur de la Géographie physique du globe » (II, XI) 2. Il existe même des citations anonymes, par exemple : « Curieuse anomalie, bizarre élément, a dit un spirituel naturaliste, où le règne animal fleurit, et où le règne végétal ne fleurit pas ! » (Vingt mille lieues sous les mers, I, XVII).

Un volume moins important est pris par la référence qui accompagne le résumé d’un ouvrage scientifique dont est indiqué le titre et/ou l’auteur. Toujours dans Vingt mille lieues sous les mers, je prends cet exemple :

« Ces polypes se développent particulièrement dans les couches agitées de la surface de la mer, et par conséquent, c’est par leur partie supérieure qu’ils commencent ces substructions, lesquelles s’enfoncent peu à peu avec les débris de secrétions qui les supportent. Telle est, du moins, la théorie de M. Darwin, qui explique ainsi la formation des atolls. » (I, XIX)

Aronnax, le narrateur de ce roman, ne signale pas que cette théorie est émise par Darwin dans ses Voyages d’un naturaliste dont une traduction en français est publiée dans la revue Le Tour du monde en 1860. Il faut reconnaître qu’il existe des exceptions : dans Voyage au centre de la Terre, le résumé d’un ouvrage est accompagné de son titre, du nom de son auteur et de sa date : « Cet ouvrage c’est l’Heims-Kringla de Snorre Turleson, le fameux auteur islandais du XIIe siècle ! C’est la Chronique des princes norvégiens qui régnèrent en Islande ! » (II).

Enfin, le troisième critère est la dominante du roman où paraissent les références. Ainsi, De la Terre à la Lune qui est un roman à dominante fantaisiste, évoque essentiellement des écrivains parmi les prédécesseurs de l’aventure lunaire (Cyrano de Bergerac, Edgar Poe, etc.). Roman à dominante sérieuse, Vingt mille lieues sous les mers se réfère davantage à des ouvrages scientifiques (Darwin, Maury, Michelet). Réaliste d’abord, puis plongeant dans le fantastique, Voyage au centre de la Terre associe références scientifiques et littéraires : Humboldt, Cuvier, Boucher de Perthes, mais aussi Virgile, Shakespeare, Hoffmann.

Comme on peut le constater, le texte vernien recourt à des connaissances antérieures, mais il s’efforce de limiter son invasion par d’autres voix, en leur retirant le plus possible leur autonomie pour les assimiler. Il cherche à effacer leur origine. Là est sans doute l’un des aspects paradoxaux de l’œuvre vernienne : à la fois, elle montre une multitude de propos tenus par diverses voix, et se présente comme une parole unique et unifiée. Le texte vernien trouve dans cette diversité sa richesse, sa force et son originalité.

Ajoutons que cette intertextualité et plus précisément l’insertion dans un texte romanesque d’un extrait d’un autre texte prélevé ailleurs comporte deux aspects. D’une part, Verne apporte une transformation importante à l’extrait emprunté (citation textuelle, montage conservant une cohérence, collage). En effet, tout emprunt transforme le texte emprunté même s’il s’agit d’une citation littérale dans la mesure où celle-ci est changée de contexte. Exemple : dans Michel Strogoff, au sujet du lac Baïkal, Verne reprend une anecdote : « Mme de Bourboulon rapporte, au dire des mariniers, qu’il veut être appelé “madame la mer”. Si on l’appelle “monsieur le lac”, il entre aussitôt en fureur. » (II, X). En fait, il est écrit dans le Voyage en Chine et en Mongolie de M. de Bourboulon ministre de France et de Mme de Bourboulon 1860-1861 (ce récit publié en 1866 n’est pas dû à Mme de Bourboulon, mais à Achille Poussielgue) : « O Baïkal, tes tempêtes sont affreuses, tes mariniers prétendent que tu veux être appelé Madame la mer, mais que si on t’appelle Monsieur le lac, tu soulèves aussitôt tes vagues en fureur ! » Les propos des mariniers sont textuellement repris par Verne, mais retirés de leur contexte poético-naïf.

D’autre part, il faut tenir compte de l’attitude de Verne par rapport à cette parole étrangère. Assume-t-il ces propos en les intégrant au sien sans commentaire ou souligne-t-il la différence ? On remarquera qu’ils sont souvent attribués à un personnage qui possède déjà un savoir, un spécialiste : naturaliste comme Aronnax (Vingt mille lieues sous les mers) et Axel et Lidenbrock (Voyage au centre de la Terre), médecin comme Clawbonny (Voyages et aventures du capitaine Hatteras), ingénieur comme Barbicane (De la Terre à la Lune), etc. Ce type de personnage est une véritable incarnation de l’information dans le texte. A l’extrême, il peut permettre parfois de supprimer la référence proprement dite, car il la remplace.

Fonctions des références scientifiques

La référence scientifique est l’un des moyens par lesquels le texte vernien entre en rapport avec le réel et se donne une certaine vraisemblance. La fiction s’appuie sur la réalité pour exister. Dans Voyages et aventures du capitaine Hatteras, Clawbonny déclare :

« […] j’ai lu les ouvrages de Parry, de Ross, de Franklin, les rapports de Mac Clure, de Kennedy, de Kane, de Mac Clintock, et il m’en est resté quelque chose. J’ajouterai que ce même Mac Clintock, à bord du Fox, brick à hélice dans le genre du nôtre, est allé plus facilement et plus directement à son but que tous ses devanciers.

— Cela est parfaitement vrai, répondit Shandon ; c’est un hardi marin que ce Mac Clintock ; je l’ai vu à l’œuvre ; vous pouvez ajouter que comme lui nous nous trouverons dès le mois d’avril dans le détroit de Davis […] » (I, V)

Shandon a vu, Clawbonny a lu. Tous deux reconnaissent la valeur des prédécesseurs réels dont ils répètent l’aventure : « dans le genre du nôtre », « comme lui ». La mention des devanciers fait que, dans le texte vernien, il « en est resté quelque chose », un peu de leur réalité. En citant une personne réelle un personnage imaginaire tente d’exister, lui qui est un personnage de roman.

En fait, la référence fonctionne en plusieurs temps. D’abord, elle ne renvoie pas directement à un réel. Prenons l’exemple du lac Baïkal dont je parlais précédemment. Le lac est une « chose » réelle qui existe en dehors de toute perception. Lorsqu’un voyageur, Mme de Bourboulon entre autres, se trouve devant ce lac, il se construit dans son esprit un concept immatériel, c’est le référent.

Ensuite, pour être véritablement l’objet d’une communication, ce référent doit être traduit en un signe qui puisse être ensuite combiné avec d’autres : c’est le syntagme qui désigne ce référent, c’est-à-dire en français les deux mots « lac Baïkal ». Un substantif qui désigne une grande nappe naturelle d’eau à l’intérieur des terres, et un nom propre qui vise spécifiquement cette nappe d’eau. Puis, ce syntagme est utilisé par Mme de Bourboulon qui le combine avec d’autres mots pour parler de ce référent.

Lorsque Verne parle du lac Baïkal dans Michel Strogoff, on voit combien le réel est loin. Le romancier fait croire qu’il parle directement du lac réel, alors qu’il ne fait que reprendre — en l’avouant — le syntagme de Mme de Bourboulon ! Comme le disait joliment Roland Barthes dans S/Z : « L’artiste “réaliste” ne place nullement la “réalité” à l’origine de son discours, mais seulement et toujours, si loin qu’on puisse remonter, un réel déjà écrit, un code prospectif, le long duquel on ne saisit jamais, à perte de vue, qu’une enfilade de copies. » (p. 173). Ajoutons que Verne travaille à partir de notes de lecture : le document scientifique qu’il utilise a donc toujours été transcrit une première fois avant de passer dans le texte vernien, ce qui ajoute une distance supplémentaire par rapport au réel.

Toutefois, cet éloignement est compensé ici par la nature de l’écrit auquel Verne se réfère : il est scientifique, donc sérieux. La référence produit un effet d’autorité ou un effet testimonial. Le renvoi à un nom de savant, nom plus ou moins connu du lecteur, apporte à celui-ci une garantie : cela existe puisque Untel a écrit là-dessus. Le texte introduit ici le critère du vérifiable : « comme le dit Untel dans le texte T ». Le lecteur curieux peut aller voir que le texte T est correctement cité, que la citation appartient bien au texte T, que ce texte T est bien écrit par l’auteur Untel. Prenons un exemple de cette fonction d’autorité : Vingt mille lieues sous les mers cite l’extrait d’un ouvrage de Maury à propos de la mer des Sargasses :

« Et voici pourquoi, suivant le savant Maury, l’auteur de la Géographie physique du globe, ces hydrophytes se réunissent dans ce paisible bassin de l’Atlantique :

“L’explication qu’on peut en donner, dit-il, me semble résulter d’une expérience connue de tout le monde. […] Dans le phénomène qui nous occupe, le vase, c’est l’Atlantique, le Gulf Stream, c’est le courant circulaire, et la mer de Sargasses, le point central où viennent se réunir les corps flottants.”

Je partage l’opinion de Maury, et j’ai pu étudier le phénomène dans ce milieu spécial où les navires pénètrent rarement. » (II, XI)

Le texte emprunté est donné entre guillemets et introduit par un « voici pourquoi » qui prépare le lecteur à une explication. Le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage sont indiqués. De plus, l’extrait emprunté se trouve nettement valorisé par le narrateur qui vient confirmer l’hypothèse du savant. Un narrateur qui se pose en observateur privilégié puisqu’il peut « étudier le phénomène » sur place et apporte sa garantie de témoin au propos savant. Entre parenthèses, l’on voit ici comment Verne retourne la réalité : dans le récit, son narrateur qui se présente en observateur pouvant étudier les phénomènes sur place, vient apporter sa garantie de témoin au propos du savant. Dans la réalité, c’est le discours scientifique qui vient appuyer la fiction.

La référence en bas de page, même rare, accentue la ressemblance entre le roman vernien et un ouvrage scientifique. Citant Ptolémée, Hipparque, Copernic et Tycho Brahé, le narrateur de De la Terre à la Lune introduit une note : « Voir Les Fondateurs de l’Astronomie moderne, un livre admirable de M. J. Bertrand, de l’Institut. » (V). Ici encore, l’objet de la référence est mis en valeur par l’adjectif « admirable » et par la mention du fait que son auteur est membre de l’Institut.

Le prédécesseur fait aussi figure d’autorité : Hatteras se lance vers le pôle Nord à la suite de John Franklin et de Mac Clure dont les voyages sont résumés dans plusieurs chapitres des Voyages et aventures du capitaine Hatteras. Le personnage vernien se compare à ses prédécesseurs qui font figure d’exemple. Ils sont à la fois l’illustration venant à l’appui d’une affirmation (il est possible de faire cela) et l’action à imiter (donc je le ferai aussi) : « Ce voyage […] résumait toutes les découvertes antérieures […] ; il reliait entre elles les expéditions […] ; il complétait […] la carte » (II, XXVII).

La référence scientifique joue donc indéniablement un rôle dans la valorisation des connaissances et par conséquent dans l’effet d’autorité qui s’exerce sur le lecteur.

Une troisième fonction de la référence scientifique est de contribuer à faire du texte. J’entends par là que, grâce à elle, Verne introduit dans son œuvre des éléments qui, a priori, ne sont pas littéraires. Comme nous l’avons vu, la documentation n’est jamais recopiée telle quelle, mais arrangée, récrite, pour s’insérer dans le fil du discours vernien sans rupture. La science est naturalisée vernienne. Et Verne semble prendre un plaisir à tenir la gageure d’intégrer à ses ouvrages les éléments les plus disparates, les moins « littéraires » : chiffres, termes techniques, tables des matières d’ouvrages scientifiques.

Il cherche ainsi à faire jouer la fonction poétique dans le discours scientifique, à mettre l’accent sur l’aspect formel du langage, ce qui est étranger à ce discours. Je me contenterai de renvoyer sur ce point aux démonstrations faites par Michel Butor ou Alain Buisine qui soulignent des effets stylistiques dans Vingt mille lieues sous les mers, en particulier par la transformation des noms de coquillages en un véritable poème. Ainsi, lorsque Aronnax contemple les vitrines du Nautilus, il voit :

« […] d’admirables tellines sulfurées, de précieuses espèces de cythérées et de vénus, le cadran treillissé des côtes de Tranquebar, le sabot marbré à nacre resplendissante, les perroquets verts des mers de Chine, le cône presque inconnu du genre Cœnodulli, toutes les variétés de porcelaines qui servent de monnaie dans l’Inde et en Afrique, la “Gloire de la mer”, la plus précieuse coquille des Indes orientales ; enfin des littorines, des dauphinules, des turritelles, des janthines, des ovules, des volutes, des olives, des mitres, des casques, des pourpres, des buccins, des harpes, des rochers, des tritons, des cérites, des fuseaux, des strombes, des ptérocères, des patelles, des hyales, des cléodores, coquillages délicats et fragiles, que la science a baptisés de ses noms les plus charmants. » (I, XI)

Ces données scientifiques n’ont pas qu’un effet de réel ; ils font donc l’objet d’un travail de l’écrivain : non seulement celui-ci prouve sa compétence lexicale (la variété de son vocabulaire), mais il affirme son pouvoir linguistique (sa capacité à faire jouer les mots).

Selon leur origine, les références ne sont pas introduites de la même manière. Ainsi, les informations géographiques viennent en appui des descriptions. L’ouvrage de Henri Russel-Killough est utilisé à plusieurs reprises dans Michel Strogoff. Lionel Dupuy en a analysé le traitement. Un exemple :

« Quoi qu’il en soit, M. Russel-Killough dit positivement que Tomsk est non seulement la plus jolie ville de la Sibérie, mais encore une des plus jolies villes du monde, avec ses maisons à colonnades et à péristyles, ses trottoirs en bois, ses rues larges et régulières, et ses quinze magnifiques églises que reflètent les eaux du Tom, plus large qu’aucune rivière de France. » (II, IV).

Les informations naturalistes contribuent à mettre en ordre ce qui est vu. Exemple : « Conseil avait suivi la méthode de notre maître Milne-Edwards, qui fait trois sections des décapodes : les brachyoures, les macroures et les anomoures. Ces noms sont légèrement barbares, mais ils sont justes et précis. » (Vingt mille lieues sous les mers, II, VII)

Les références aux sciences physiques ou chimiques interviennent plutôt dans des scènes d’action et justifient ce que Verne appelle dans Mathias Sandorf un « phénomène singulier, mais parfaitement explicable » (I, V). Par exemple, égaré dans les entrailles de la Terre, Axel retrouve son oncle Lidenbrock grâce à un phénomène d’acoustique : « Cet effet d’acoustique très étonnant s’expliquait facilement par les seules lois physiques ; il provenait de la forme du couloir et de la conductibilité de la roche. » (Voyage au centre de la Terre, XXVIII).

Parfois, la référence alimente la création romanesque. Il en est ainsi pour les noms des personnages. Dans Voyage dans les mers du Nord de la corvette « La Reine Hortense » écrit par Charles-Edmond, il est question du bibliophile Arne Magnussen dont Verne utilise le nom pour son Arne Saknussemm, un « savant du XVIe siècle » qui est « à la fois grand naturaliste, grand alchimiste et grand voyageur » (Voyage au centre de la Terre, X). Dans ce même roman, comme l’a souligné Daniel-Henri Pageaux, Verne cite aussi les Lettres sur l’Islande de M. de Troïl (1781) dont le traducteur se nomme Gabriel-Axel Lindblom : le second prénom de celui-ci est donné à Axel, le narrateur du récit et neveu de Lidenbrock.

Références et création littéraire

Il arrive que le jeu avec les références juxtapose le vrai et le faux. Il contribue alors à la création romanesque.

Parfois, le contenu d’une référence réelle est modifié. Dans Voyages et aventures du capitaine Hatteras, l’amateur de lectures qu’est Clawbonny « avait lu un livre assez rare de M. Kraft, ayant pour titre : Description détaillée de la maison de glace construite à Saint-Petersbourg, en janvier 1740, et de tous les objets qu’elle renfermait. » (II, VI). Ce livre, s’il est effectivement assez rare, existe réellement et le résumé qu’en donne Clawbonny est relativement exact. Toutefois, il ajoute un élément qui ne figure pas dans le livre de Kraft et que Thieri Foulc a découvert : l’impératrice de Russie aurait fait faire dans cette maison de glace « les noces de l’un de ses bouffons ». Ainsi Verne oriente-t-il cette référence vers l’humour et plus précisément la bouffonnerie qui s’attaque aux normes et conventions sociales (ici, le pouvoir impérial et l’institution du mariage).

Verne établit souvent un « contrat de véracité » en représentant dans le roman la publication du récit par l’un des personnages. Axel et Aronnax, respectivement narrateurs de Voyage au centre de la Terre et de Vingt mille lieues sous les mers, évoquent la publication de l’aventure qu’ils sont en train de raconter. Plus discrètement, dans Voyages et aventures du capitaine Hatteras, on voit Clawbonny prendre des « notes de voyage, dont ce récit est la reproduction fidèle » (I, XXV). Le roman cherche une sorte d’authenticité par la garantie de son origine : l’auteur a vécu les événements qu’il raconte, ou bien il les tient directement de celui qui les a vécus.

D’autres publications sont aussi évoquées. Par exemple, dans Voyage au centre de la Terre, le savant allemand Otto Lidenbrock est présenté comme l’auteur d’un Traité de cristallographie transcendante paru en 1853 à Leipzig, « grand in-folio avec planches » (I). De même, dans Vingt mille lieues sous les mers, Pierre Aronnax est l’auteur d’un « ouvrage in-quarto en deux volumes intitulé : Les Mystères des grands fonds sous-marins » (I, II). Nemo a lu cet ouvrage ; il y fait référence (I, X).

Formellement, il n’y a pas de différence entre une référence à Maury et une à Aronnax. Il existe toutefois des indices qui permettent de les distinguer. D’abord, il y a des indices « culturels » : on peut vérifier qu’Aronnax ne figure dans aucun dictionnaire, sauf, éventuellement, comme personnage de Vingt mille lieues sous les mers. Ensuite, il existe des indices sur le statut du texte : Vingt mille lieues sous les mers se présente comme un roman par son mode d’édition, la collection où il s’inscrit, le commentaire critique qui l’accompagne, etc. Enfin, il faut tenir compte d’indices liés au mode de transmission du récit : il existe une sorte de pacte implicite qui fait que, quand un lecteur aborde un roman comme Vingt mille lieues sous les mers, il s’attend à lire une histoire imaginaire, même s’il y est fait référence à la réalité.

Mais le jeu entre réel et imaginaire est peut-être plus complexe. Comme on l’a vu, les informations scientifiques apportées par les références se trouvent amalgamées au texte vernien. Ces références se présentent sous de multiples formes qui correspondent à cette intention de l’auteur dont on soulignera qu’il ne se contente pas de recopier des données scientifiques, mais se livre à un véritable travail de création littéraire pour les assimiler à son œuvre. Ces références jouent aussi un rôle dans le fonctionnement du roman auquel elles donnent un statut intermédiaire entre le vrai et le faux : elles parlent du réel et le roman raconte une fiction. Dans son essai Fiction et Diction, Gérard Genette parle de « pseudo-référence » du texte de fiction dans la mesure où, dit-il, tout emprunt fait à la réalité « se transforme en élément de fiction » (pp. 36-37). D’où une sorte de loi qui pourrait s’énoncer ainsi : la fiction est du réel fictionalisé. Et son corollaire : du réel qui entre dans une fiction, devient fictif.

Non seulement, la référence extérieure est assimilée, naturalisée vernienne, mais son objet même perd son statut de réalité pour devenir fiction. Verne réussit le tour de passe-passe de transformer, sous les yeux du lecteur, la réalité en fiction !

La force de la fiction vernienne est de poser un univers imaginaire face au monde réel. Verne met ses romans à l’épreuve de la vraisemblance et confronte l’univers imaginaire qu’il construit de roman en roman à la réalité.

2Dans les citations des romans de Jules Verne, les références indiquent le numéro du chapitre, éventuellement précédé de celui de la partie, mais sans donner les numéros de page d’une édition particulière, faute d’une édition de référence.

2. Monstres nouveaux et machines romanesques

Jules Verne passe parfois pour un inventeur et à en croire certains il aurait prévu le sous-marin, l’hélicoptère et la fusée ! Passons sur ces élucubrations d’auteurs mal renseignés… Prenons les exemples de quelques machines verniennes et examinons les attentivement, qu’il s’agisse de moyens de transport comme le Nautilus (Vingt mille lieues sous les mers), le Great-Eastern (Une Ville flottante) ou l’Albatros (Robur-le-Conquérant) ou de moyens de transformation : armes comme le Fulgurateur Roch (Face au drapeau), armes détournées comme la Columbiad (De la Terre à la Lune), le canon géant de Sans dessus dessous et celui de Cyprien Méré (L’Etoile du Sud), ou enregistrements phonographiques (Le Château des Carpathes).

Parlant de ce sujet, il faut mentionner le fait que Verne est loin d’être le seul à imaginer de manière romanesque des machines étranges. Pour n’en donner qu’un exemple, je cite l’œuvre d’Albert Robida qui met en scène des fantaisies technologiques ainsi que des développements sociaux étonnants dans ses romans : Le Vingtième siècle (1883), La Guerre au vingtième siècle (1887), La Vie électrique (1890), L’Ingénieur von Satanas (1919). Robida anticipe de manière beaucoup plus intéressante que Verne qui reste dans le cadre du XIXe siècle : auteur et dessinateur à la fois, il est en particulier sensible au développement des moyens de communication dont le célèbre téléphonoscope et des formes que pourraient prendre les conflits futurs.

Revenons aux machines verniennes et voyons comment ces machines fonctionnent.

Des machines de langage

Fonctionnant dans un récit romanesque, les machines verniennes n’existent que par le langage. Quelles que soient les explications données sur leur machinerie, elles ne fonctionnent que grâce à la technique du romancier qui les rend vraisemblables. Le discours pseudo-scientifique dissimule les lacunes du savoir ou la magie. Ainsi des éléments Bunzen du Nautilus qui sont « forts et grands » (Vingt mille lieues sous les mers, I, XII), du « système particulier de leviers et d’engrenages » et du « pouvoir dynamique » des machines qui « est à peu près infini » (I, XIII). Comme l’a finement souligné Etienne Cluzel, « toute cette mécanique imaginaire n’est pas autre chose qu’une formidable supercherie, un extravagant canular, et bien que la ficelle paraisse vraiment un peu grosse, il semble cependant qu’elle aurait jusqu’ici échappé aux lecteurs qui ont dû rester émerveillés et sans doute fascinés devant ces mirifiques inventions qu’ils ont assimilées à celles qu’on rencontre dans les contes de fées ».

Les machines sont entourées de métaphores et comparaisons qui, relevant de différents domaines du lexique, leur font subir une série de métamorphoses. On le constate, par exemple, dans les hypothèses que soulève l’apparition du Nautilus :